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Le grand hiver de 1709 à La Romagne : chronique d’une année terrible


La dernière décennie du XVIIe siècle est marquée, à La Romagne, comme dans l’ensemble de la Champagne, non seulement par les conséquences économiques et financières de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697), mais aussi par des conditions de vie très précaires, avec une polyculture soumise aux aléas météorologiques, et caractérisée par de faibles rendements.

A cela, il faut ajouter que les ménages ont peu de liquidités, en dehors de celles obtenues par un artisanat familial de la filature du lin ou du chanvre.


David Teniers II, dit le Jeune (1610-1690), L’Hiver, huile sur bois, 12 × 17 cm, Paris, musée du Louvre, numéro d’inventaire MI 998, © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.
David Teniers II, dit le Jeune (1610-1690), L’Hiver, huile sur bois, 12 × 17 cm, Paris, musée du Louvre, numéro d’inventaire MI 998, © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.

Les années 1693 et 1694 ont été particulièrement difficiles à vivre, en raison de la petitesse des récoltes et des moissons, de la cherté des grains et des épidémies (dont la dysenterie) au point d’affecter la démographie.


De 1693 à 1696, La Romagne (Ardennes) connaît une forte baisse des naissances et une hausse des décès, tandis que les mariages restent stables. Graphique de type « courbe ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 1 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 1 = années 1693-1702, manque l'année 1700], pages non paginées, vue 1/38 et suivantes, consultables en ligne.
De 1693 à 1696, La Romagne (Ardennes) connaît une forte baisse des naissances et une hausse des décès, tandis que les mariages restent stables. Graphique de type « courbe ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 1 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 1 = années 1693-1702, manque l’année 1700], pages non paginées, vue 1/38 et suivantes, consultables en ligne.

Le début du siècle suivant, commencé dans la paix, sombre rapidement dans la guerre de la Succession d’Espagne 1701-1714). A cela s’ajoute en 1704 de fortes gelées en janvier, une des périodes les plus critiques de l’année agricole, en raison des semis de blé d’automne.


La vie quotidienne dans les Ardennes aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, à travers les chroniques de Jean Taté et du Cadet Dameras, étudie les pratiques sociales, économiques et culturelles des populations locales. Il a été tiré à 1 000 exemplaires.
La vie quotidienne dans les Ardennes aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, à travers les chroniques de Jean Taté et du Cadet Dameras, étudie les pratiques sociales, économiques et culturelles des populations locales. Il a été tiré à 1 000 exemplaires.

Quatre années plus tard, le conflit dure toujours, et la France est en fâcheuse position avec le siège de la ville de Lille[1], au point que l’on demande des prières dans toutes les paroisses pour éviter un désastre.

Celles-ci sont faites à Château-Porcien au tout début septembre, alors que l’avenir des paysans locaux est sombre, en raison de la petitesse des récoltes moissonnées pour le blé, tandis que l’orge est en plus grande quantité[2].


[1] Ce blocus, mené du 28 juillet au 9 décembre 1708, opposa les forces du royaume de France aux armées de la Grande Alliance (Grande-Bretagne, Saint-Empire et Provinces-Unies).

[2] Société d’études ardennaises. La vie quotidienne dans les Ardennes aux XVIIe et XVIIIe siècles : à travers les chroniques de Jean Taté et du Cadet Dameras. Les Cahiers d’études ardennaises, no 14. Charleville-Mézières : Société d’études ardennaises, 1985, page 46. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)



Pendant la nuit des Rois[1], survient un brutal changement météorologique : « La vague de froid, issue d’un anticyclone qui vient de se former sur l’Europe du Nord, se rue à l’assaut de la France à partir de la frontière septentrionale ; en vingt-quatre heures, la pression atmosphérique, au niveau de la mer, passe de 754 à 772 mm de mercure[2]. »

Le refroidissement, venu du nord, s’abat jusqu’à Marseille, et se maintient jusqu’au 23 janvier, offrant seulement une courte accalmie le 19. Un premier dégel intervient ensuite, entre le 24 janvier et le 4 février[3].


[1] Célébration de l’Épiphanie le 5 ou 6 janvier, marquée par des pratiques festives populaires.

[2] Marcel Lachiver, Les Années de misère : la famine au temps du Grand Roi (Paris : Fayard, 1991), 573 p. : ill., couv. ill. en coul. ; 24 cm, bibliogr. p. 529‑566, page 273. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)

[3] Émile Bouant, Les Grands Froids (Paris : Hachette, 1880), VIII‑296 p. : illustrations ; 18 cm, Bibliothèque des merveilles, pages 147-161. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-411556, vue 154/303 et suivantes, consultables en ligne sur Gallica, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-V-4098.


Paysage d’hiver au bûcheron, Gysbrecht Lytens (vers 1586-1650), XVIIᵉ siècle, huile sur bois, 32,5 × 43,9 cm, Saint-Omer (Pas-de-Calais), musée de l’Hôtel Sandelin, numéro d’inventaire Inv.0276CD, dépôt du musée Henri-Dupuis de Saint-Omer (1952-1953), © GrandPalaisRmn / Agence Bulloz, notice descriptive consultable en ligne.
Paysage d’hiver au bûcheron, Gysbrecht Lytens (vers 1586-1650), XVIIᵉ siècle, huile sur bois, 32,5 × 43,9 cm, Saint-Omer (Pas-de-Calais), musée Sandelin, numéro d’inventaire Inv.0276CD, dépôt du musée Henri-Dupuis de Saint-Omer (1952-1953), © GrandPalaisRmn / Agence Bulloz, notice descriptive consultable en ligne.

A Château-Porcien, dès le premier jour, « la gellé prit au point du jour, et avant midy on pouvait marcher sur certaine glace, et trois jours après on pouvoit marcher sur celle de la rivière[1] ».


[1] C’est-à-dire l’Aisne. Cf. Société d’études ardennaises. La vie quotidienne dans les Ardennes aux XVIIe et XVIIIe siècles : à travers les chroniques de Jean Taté et du Cadet Dameras. Les Cahiers d’études ardennaises, N° 14. Charleville-Mézières : Société d’études ardennaises, 1985, page 47. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)


Paysage d’hiver, Denis van Alsloot (1570-vers 1626), huile sur bois, 36 × 47 cm, Paris (Île-de-France), musée du Louvre, numéro d’inventaire MNR431, © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.
Paysage d’hiver, Denis van Alsloot (1570-vers 1626), huile sur bois, 36 × 47 cm, Paris (Île-de-France), musée du Louvre, numéro d’inventaire MNR431, © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.

Le froid reprend sans neige, atteignant les semis d’automne, et les enserrant dans une enveloppe de glace. Il apparaît être aussi intense que celui de 1608, ainsi décrit : « L’on a vu le vin gelé dans les caves, les vignes ont esté entièrement gelées, on a esté obligez de les couper sur terre[1]. »

Situation que dépeint dans des termes quasiment identiques un autre auteur, qui ajoute : « A cette funeste température succéda[2] des neiges, dont la fonte amena un débordement extraordinaire qui rompit le pont de Château[3]. »


[1] Société d’études ardennaises. La vie quotidienne dans les Ardennes aux XVIIe et XVIIIe siècles : à travers les chroniques de Jean Taté et du Cadet Dameras. Les Cahiers d’études ardennaises, N° 14. Charleville-Mézières : Société d’études ardennaises, 1985, page 23. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)

[2] Le verbe « succéda » est au singulier, malgré le pluriel de « des neiges », car l’événement est envisagé comme un phénomène unique ou collectif. Le « il » sous-entendu, qui pourrait introduire le verbe (Il succéda…), est omis pour créer un effet stylistique et dramatique, lié à l’inversion du complément circonstanciel avant le verbe.

[3] Lire Château-Porcien. Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est. Cf. Lépine, Jean-Baptiste, Histoire de Château-Porcien (Vouziers : impr. de Duchêne-Defrène, 1858), 1 vol. (125 p.) ; in‑8, couverture imprimée servant de titre, p. 77. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-6529805, vue 81/134 et suivantes, consultables en ligne sur Gallica, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-LK7-1972.


Paysage d’hiver, Gysbrecht Lytens (vers 1586-1650), XVIIᵉ siècle, huile sur toile, 50 cm (hauteur), Valenciennes (Hauts-de-France), musée des Beaux-Arts, numéro d’inventaire P46-1-514, legs Benezech, © GrandPalaisRmn / René-Gabriel Ojeda, notice descriptive consultable en ligne.
Paysage d’hiver, Gysbrecht Lytens (vers 1586-1650), XVIIᵉ siècle, huile sur toile, 50 cm (hauteur), Valenciennes (Hauts-de-France), musée des Beaux-Arts, numéro d’inventaire P46-1-514, legs Benezech, © GrandPalaisRmn / René-Gabriel Ojeda, notice descriptive consultable en ligne.

En 1709, le nouveau redoux de quelques jours laisse espérer une amélioration de la situation, mais une troisième gelée revient vers le 10 février, et se prolonge jusqu’au 2 ou 3 mars.

Le grand dégel se produit à partir de la première décade du mois de mars « cette fâcheuse[1] hiver dura jusqu’environ le 8 ou 10e mars[2], que le verglas fut entièrement fondu[3] ».


[1]« Hiver » est normalement masculin (Dictionnaire de l’Académie française, 1re éd., 1694). L’accord féminin dans « cette fâcheuse hiver » reflète un usage ancien ou régional, et peut s’interpréter comme une ellipse de type « fâcheuse saison de l’hiver ».

[2] L’expression « dixième mars » [dixième jour de mars] correspond à la manière ancienne de dater les jours du mois en français. En français moderne, l’on écrirait simplement « le 10 mars ».

[3] Société d’études ardennaises. La vie quotidienne dans les Ardennes aux XVIIe et XVIIIe siècles : à travers les chroniques de Jean Taté et du Cadet Dameras. Les Cahiers d’études ardennaises, N° 14. Charleville-Mézières : Société d’études ardennaises, 1985, page 47.



Sur une courte période, « quatre vagues de froid et autant de redoux en deux mois[1] » se succédèrent, mettant à rude épreuve la nature, tant la faune sauvage et domestique que la flore.


[1] Gauthier Aubert, 1709 : l’année où la révolution n’a pas éclaté (Paris : Calype éditions, 2023), 1 vol. (169 p.) ; 21 cm, bibliographie p. 156‑166, p. 34. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)


Paysage d’hiver, Jacob Isaakszoon van Ruisdael (1628-1682), peinture à l’huile, 27 × 32 cm, Hambourg (Allemagne), musée des Beaux-Arts – Kunsthalle, numéro d’inventaire 154, © BPK, Berlin, Dist. GrandPalaisRmn / Elke Walford, notice descriptive consultable en ligne.
Paysage d’hiver, Jacob Isaakszoon van Ruisdael (1628-1682), peinture à l’huile, 27 × 32 cm, Hambourg (Allemagne), musée des Beaux-Arts – Kunsthalle, numéro d’inventaire 154, © BPK, Berlin, Dist. GrandPalaisRmn / Elke Walford, notice descriptive consultable en ligne.

À partir du 16 mars, les températures redeviennent enfin normales. Bien que les instruments de mesure de l’époque fussent moins précis que ceux d’aujourd’hui, ils permettent néanmoins d’estimer que les températures les plus basses atteignaient environ -20 °C. Le printemps qui suit reste froid et humide, accompagné de fortes pluies et d’inondations.


Paysage d’hiver, attribué à Pieter Brueghel le Jeune (1564-1638), huile sur bois, 50 × 64,5 cm, Valenciennes (Hauts-de-France), musée des Beaux-Arts, numéro d’inventaire P46-1-513, © GrandPalaisRmn / Thierry Le Mage, notice descriptive consultable en ligne.
Paysage d’hiver, attribué à Pieter Brueghel le Jeune (1564-1638), huile sur bois, 50 × 64,5 cm, Valenciennes (Hauts-de-France), musée des Beaux-Arts, numéro d’inventaire P46-1-513, © GrandPalaisRmn / Thierry Le Mage, notice descriptive consultable en ligne.

Les conséquences de ce trimestre sont tragiques, car le froid a provoqué l’arrêt du travail extérieur. Ce sont donc les journaliers et petits manouvriers qui sont les plus touchés : ils voient leur pauvreté s’accroître, car ils n’ont plus aucun revenu, et souffrent de malnutrition.

Il n’y a rien à vendre, comme c’est le cas sur le marché de Charleville[1]. L’intendant de Champagne intervient pour cette ville au mois de mai, et envoie des sacs d’avoine[2].


[1] Lire Charleville-Mézières, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Cart, Michel, « Essai sur l’hiver de l’année 1709 dans les Ardennes », in Revue historique ardennaise, vol. XII (1977), p. 142–161. Charleville-Mézières : Fédération des sociétés savantes des Ardennes ; Société d’histoire des Ardennes ; Société d’histoire et d’archéologie du Sedanais. Rubrique « Documents historiques ». Archives départementales des Ardennes, PERH12 9.


Paysage de neige, attribué à Gysbrecht Lytens (vers 1586-1650), 1643-1656, huile sur bois, 85 × 123 cm, Nantes (Loire-Atlantique), musée d’Arts de Nantes, numéro d’inventaire INV502, © GrandPalaisRmn / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.
Paysage de neige, attribué à Gysbrecht Lytens (vers 1586-1650), 1643-1656, huile sur bois, 85 × 123 cm, Nantes (Loire-Atlantique), musée d’Arts de Nantes, numéro d’inventaire INV502, © GrandPalaisRmn / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.

A cela s’ajoute une crise frumentaire[1], avec la raréfaction des grains et l’augmentation spectaculaire de leur prix[2] (celui du seigle double très rapidement). En effet, il reste des grains des deux récoltes précédentes, mais ceux qui les possèdent ne tiennent pas à les délivrer rapidement, espérant faire de substantiels bénéfices.

La famine s’installe et, pour tenter de survivre, les plus pauvres essaient de subsister avec de maigres soupes (d’herbes ou de racines) et, dans le meilleur des cas, de pain d’orge ou d’avoine.


[1] « Relatif au blé. Loi frumentaire, qui, dans la Rome antique, réglait la vente à bas prix ou la distribution gratuite de blé au peuple. Crise frumentaire, provoquée par l’insuffisance des récoltes de blé. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Toussaint, Renaud, « Les conséquences démographiques du grand hiver de 1709 à Rocroi », in Revue historique ardennaise, vol. LVI (2024), 1 vol., p.57‑72, Charleville-Mézières : Fédération des sociétés savantes des Ardennes ; Société d’histoire des Ardennes ; Société d’histoire et d’archéologie du Sedanais.


Bataille de Louis XIV, Adam Frans van der Meulen (1632-1690), dessin avec rehauts de gouache et eau-forte, 18,9 × 26 cm, Paris (Île-de-France), musée du Louvre, numéro d’inventaire 3449 DR/Recto, don du baron Edmond de Rothschild (1935), © GrandPalaisRmn / Thierry Le Mage, notice descriptive consultable en ligne.
Bataille de Louis XIV, Adam Frans van der Meulen (1632-1690), dessin avec rehauts de gouache et eau-forte, 18,9 × 26 cm, Paris (Île-de-France), musée du Louvre, numéro d’inventaire 3449 DR/Recto, don du baron Edmond de Rothschild (1935), © GrandPalaisRmn / Thierry Le Mage, notice descriptive consultable en ligne.

Les autorités, conscientes de la spéculation sur les grains, font ce qu’elles peuvent : le roi ordonne ainsi que chacun déclare les grains qu’il a chez lui, pour les inventorier et procéder à des réquisitions. L’on achète ailleurs des grains de toutes sortes, mais il faut beaucoup de temps pour que cet approvisionnement arrive en France.

Cela ne suffit pas pour affronter cette crise, et ce d’autant plus qu’il faut aussi prévoir le ravitaillement des troupes avec du pain (pour les soldats) et du foin (pour les chevaux). Pour éviter les vols, l’on monte la garde près des moulins et, pour soulager la misère, l’on organise des quêtes périodiques auprès des plus aisés.


Vue d’un village en hiver, d’après Joos de Momper (1564-1635), huile sur bois, 62,2 cm (hauteur), Lille (Hauts-de-France), palais des Beaux-Arts, numéro d’inventaire P 839, acquisition 1888, © GrandPalaisRmn / Thierry Le Mage, notice descriptive consultable en ligne.
Vue d’un village en hiver, d’après Joos de Momper (1564-1635), huile sur bois, 62,2 cm (hauteur), Lille (Hauts-de-France), palais des Beaux-Arts, numéro d’inventaire P 839, acquisition 1888, © GrandPalaisRmn / Thierry Le Mage, notice descriptive consultable en ligne.

À la fin du mois de mars, les paysans demeurent dans l’incertitude. Le roi prescrit de ne pas replanter, et d’observer attentivement toute reprise des semis d’automne. Mais leurs efforts restent vains : la terre, épuisée et gelée, refuse de produire du blé d’hiver[1].

Cependant, certains paysans n’ont pas attendu l’ordre royal publié le 23 avril pour recommencer les semis, et planter de l’orge. La récolte est assez abondante, alors que le seigle et le froment n’en donnent que de maigres, en raison d’un temps frais et capricieux : le printemps tardif et l’été humide empêchent ces céréales d’arriver à maturité. Elles montent en tige et ne font que peu ou pas d’épis.


[1] Semé à l’automne, il servait à la fabrication du pain.


Tapisseries des Saisons : l’hiver, Sébastien Leclerc le Jeune (1676-1763), burin et eau-forte, 36,8 × 45,6 cm, Paris (Île-de-France), musée du Louvre, numéro d'inventaire 26152 LR/Recto, don du Baron Edmond de Rothschild, © GrandPalaisRmn / Tony Querrec, notice descriptive consultable en ligne.
Tapisseries des Saisons : l’hiver, Sébastien Leclerc le Jeune (1676-1763), burin et eau-forte, 36,8 × 45,6 cm, Paris (Île-de-France), musée du Louvre, numéro d’inventaire 26152 LR/Recto, don du Baron Edmond de Rothschild, © GrandPalaisRmn / Tony Querrec, notice descriptive consultable en ligne.

A partir du printemps, des émotions[1] éclatent : les habitants de Signy-l’Abbaye[2] et des villages voisins s’emparent de grains achetés par la ville de Charleville[3] si bien que le maire de cette bourgade est emprisonné pour ne pas avoir su tenir sa population. Des vols identiques se produisent à Rethel[4].


[1] « Mouvement populaire spontané, trouble subit provoqué par un évènement imprévu. On s’efforça de calmer l’émotion populaire. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Cart, Michel, « Essai sur l’hiver de l’année 1709 dans les Ardennes », in Revue historique ardennaise, vol. XII (1977), p. 142–161. Charleville-Mézières : Fédération des sociétés savantes des Ardennes ; Société d’histoire des Ardennes ; Société d’histoire et d’archéologie du Sedanais. Rubrique « Documents historiques ». Archives départementales des Ardennes, PERH12 9.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Les Mémoires du chevalier de Quincy (1677‑1749), publiés pour la première fois par Léon Lecestre entre 1898 et 1901, retracent la carrière militaire et diplomatique de ce chevalier français sous le règne de Louis XIV. Ces textes offrent un témoignage précieux sur les campagnes militaires, la vie quotidienne des soldats et les intrigues de la cour à l’époque moderne.
Les Mémoires du chevalier de Quincy (1677‑1749), publiés pour la première fois par Léon Lecestre entre 1898 et 1901, retracent la carrière militaire et diplomatique de ce chevalier français sous le règne de Louis XIV. Ces textes offrent un témoignage précieux sur les campagnes militaires, la vie quotidienne des soldats et les intrigues de la cour à l’époque moderne.

Pour les armées, les quartiers d’hiver se prolongent de manière inhabituelle, comme en témoigne ce propos du Chevalier de Quincy : « Le froid, depuis la veille des Rois, fut si violent, et il dura si longtemps, que les troupes, tant celles des ennemis que les nôtres, sortirent très tard de leurs garnisons et de leurs quartiers d’hiver pour entrer en campagne[1]. »

Cette dernière s’ouvre au mois de juin et, après la rupture de pourparlers de paix, et la déclaration du roi informant ses sujets de la nécessité de poursuivre cette guerre, l’armée se prépare à une bataille qui doit, après la chute de la citadelle de Lille le 8 décembre 1708, être décisive pour empêcher l’ouverture de la route de Paris.


[1] Sevin de Quincy, Joseph. Mémoires du chevalier de Quincy. Publiés pour la première fois pour la Société de l’histoire de France par Léon Lecestre. Paris : H. Laurens, 1898‑1901. 3 vol. (XXIII‑372, 394, 386 p.) ; in‑8., tome II, p. 326. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-6562703 < Tome 2 >, vue 346/428, consultable en ligne sur Gallica, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-LN27-46259 (2).


Plan de la ville et citadelle de Lille, Brüchman et Eugène Henri Fricx (1644 1730), 1709, carte, 55,5 × 44 cm, Bibliothèque nationale de France, document numérique, IFN 53058740, image reproduite d’après l’exemplaire original de la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, GE D-21890, document numérique, consultable en ligne sur Gallica.
Plan de la ville et citadelle de Lille, Brüchman et Eugène Henri Fricx (1644‑1730), 1709, carte, 55,5 × 44 cm, Bibliothèque nationale de France, document numérique, IFN‑53058740, image reproduite d’après l’exemplaire original de la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, GE D-21890, document numérique, consultable en ligne sur Gallica.

Par deux arrêts, pris les 17 août et 15 octobre 1709, les douze élections de Champagne sont réquisitionnées[1] pour la fourniture de cinquante mille sacs d’orge, à déposer dans les magasins de Rethel, Mézières[2] et Sedan[3], et ce pour assurer les quartiers d’hiver de l’armée de Flandre[4].


[1] Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 1469 [série C = administrations provinciales. – lntendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, États provinciaux, principautés, régences, etc. ; fonds C1-2059 = intendance de Champagne, cotes C 1216-1519 = armée, marine, colonies, articles C 1468-1497 = subsistances militaires (1695-1789) ; document C. 1469 = (Portefeuille.) – 61 pièces, papier (2 imprimées). 1709-1710 Subsistances militaires. – Impositions d’orges pour la subsistance des troupes : états des impositions et répartition de 110,000 quintaux d’orge sur les 12 élections de Champagne, ordonnées par arrêts du Conseil des 17 août et 15 octobre 1709 ( 100,000 quintaux pour la première imposition et 66,000 pour la seconde). – États des approvisionnements d’orge dans les différents entrepôts de Champagne en 1710. – États des quintaux d’orge fournis par les communautés de Champagne et déposés dans les magasins de Verdun, Rethel, Mézières, Sedan, Saint-Dizier, Chaumont, Bar-sur-Aube et Langres (1709-1710). Cf. Hatat, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Alphonse Vétault et Paul Pélicier, Marne, Archives civiles, série C, art. 1-2059, t. I (Châlons : Le Roy, 1884), in-fol., XVI-474 p. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C), page 354.

[2] Lire Charleville-Mézières, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 1473 [série C = administrations provinciales. – lntendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, États provinciaux, principautés, régences, etc. ; fonds C1-2059 = intendance de Champagne, cotes C 1216-1519 = armée, marine, colonies, articles C 1468-1497 = subsistances militaires (1695-1789) ; document C. 1473 = (Portefeuille.) – 99 pièces (3 parchemins)., 1709-1717. – Imposition des orges : arrêts du Conseil des 17 août et 15 octobre 1709 ordonnant la levée de 50,000 sacs d’orge en Çbampagne pour la subsistance de l’armée de Flandre. – Correspondance ministérielle concernant cette imposition : le ministre de la Guerre, Voisin, écrit le 14 août à l’Intendant D’Harrouys : « J’ay lieu de croire que ]a récolte des orges est à présent commencée dans vostre département. Vous connoissés sans doute le· peu de provisions qu’il y a en Flandres: il seroit par conséquent très à propos de s’assurer incessamment de soixante mil sacs d’orge pour ]es mois de septembre et octobre. On en fera le meslange autant qu’il se poura avec du bled, moyennant quoy la provision dureroit pendant quatre mois au lieu de deux et assureroit encore la subsistance des troupes lorsqu’elles seroient entrées en quartier d’hiver. Je vous suplie de me mander quand vous croirez pouvoir faire une imposition sur votre département, quelle quantité vous estimerez en pouvoir tirer, quel prix vous croyez- que l’on en doit payer aux peuples et de quelle manière on pourra s’expliquer dans les mandemens pour en assurer le payement en déduction sur les impositions, n’estant guères possible de les payer en argent comptant. Il faut tacher de faire trouver ces soixante mil sacs du poids de deux cents livres chacun dans vostre déparlement et dans celuy de Picardie… » Le 20 septembre il écrit : « M. de Bernières me mande que ses embaras augmentent tous les jours pour la subsistance de l’armée de Flandres et qu’à moins qu’on n’y pourvoye promptement, la fourniture du pain manquera avant qu’il soit peu. Comme l’on a compté pour soutenir ce service sur les orges que vostre département doit fournir, je vous prie de faire tout le plus de diligence que vous pourez pour les faire voiturer à Mézières. » Le 16 octobre, le contrôleur-général Desmarets écrit à l’Intendant : « Comme cette fourniture est d’autant plus pressée qu’elle est destinée pour la subsistance des troupes qui vont entrer en quartier d’hiver, il n’y a pas un moment à perdre pour faire exécuter cette imposition. Le Roy veut estre obéi et que cette levée se passe avec une extrême diligence. » Cf. Hatat, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Alphonse Vétault et Paul Pélicier, Marne, Archives civiles, série C, art. 1-2059, t. I (Châlons : Le Roy, 1884), in-fol., XVI-474 p.] Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C), page 355.


François-Eugène de Savoie-Carignan, dit le Prince Eugène (1663-1736), en cuirasse, atelier de Jacques Van Schuppen (1670-1751), vers 1708, huile sur toile, 145 × 113,5 cm, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire MV3655, © GrandPalaisRmn (château de Versailles) / Gérard Blot, , notice descriptive consultable en ligne, notice descriptive consultable en ligne.
François-Eugène de Savoie-Carignan, dit le Prince Eugène (1663-1736), en cuirasse, atelier de Jacques Van Schuppen (1670-1751), vers 1708, huile sur toile, 145 × 113,5 cm, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire MV3655, © GrandPalaisRmn (château de Versailles) / Gérard Blot, , notice descriptive consultable en ligne, notice descriptive consultable en ligne.

Louis-Claude-Hector de Villars (1652-1733), maréchal-duc de Villars, représenté en 1704, gravure par Thomas N. (1750-1812) d’après Hyacinthe Rigaud (1659-1743), 1784, 13 × 8 cm, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire invgravures7034, © GrandPalaisRmn (château de Versailles) / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.
Louis-Claude-Hector de Villars (1652-1733), maréchal-duc de Villars, représenté en 1704, gravure par Thomas N. (1750-1812) d’après Hyacinthe Rigaud (1659-1743), 1784, 13 × 8 cm, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire invgravures7034, © GrandPalaisRmn (château de Versailles) / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.

Portrait de John Churchill, premier duc de Marlborough (1650-1722), Louis Coblitz (1814-1863), d’après Gottfried Kneller (1646-1723), vers 1845, huile sur toile, 123,5 × 94 cm, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire MV4319, © GrandPalaisRmn (château de Versailles) / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne, notice descriptive consultable en ligne.
Portrait de John Churchill, premier duc de Marlborough (1650-1722), Louis Coblitz (1814-1863), d’après Gottfried Kneller (1646-1723), vers 1845, huile sur toile, 123,5 × 94 cm, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire MV4319, © GrandPalaisRmn (château de Versailles) / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne, notice descriptive consultable en ligne.

Or, cette armée famélique, payée irrégulièrement, commandée par le maréchal de Villars, est dans un si triste état, que les ennemis[1] conduits par le Prince Eugène de Savoie et le duc de Marlborough ne doutent pas un instant de leur victoire.

Pour eux, « il ne s’agit pas de faire la guerre mais de sonner l’hallali[2] ». Cette métaphore cynégétique[3] montre bien que les belligérants opposés à la France la considéraient aux abois, et espéraient l’asservir.


[1] Il s’ensuit la formation d’une Grande Alliance, réunissant contre Louis XIV l’Angleterre, les Provinces-Unies, la Prusse et l’Autriche, à laquelle se joignent ultérieurement le Danemark, puis le Portugal et la Savoie.

[2] Oury, Clément. Malplaquet 1709 : la défaite qui sauve le royaume. Paris : Perrin ; ministère des Armées et des Anciens Combattants, 2024. 1 vol. (358 p., [8] p. de pl.) : ill. en coul. ; 22 cm. Collection Champs de bataille, n° 7. Bibliographie p. 334-342. Index, p. 10. (Exemplaire dédicacé conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)

[3] « Qui se rapporte à la chasse, aux chiens de chasse. Exploits, exercices cynégétiques. L’art cynégétique. Subst. La cynégétique, l’art de la chasse. Traité de cynégétique. », selon la Dictionnaire de l’Académie française.



La bataille, d’une grande violence, avec vingt mille morts et blessés du côté adverse, et dix mille du côté français, se déroule à Malplaquet le 11 septembre 1709[1].

Quoique considérée comme une défaite militaire, cette bataille marque un sursaut politique. Elle permet, à la fois de barrer la route de Paris, et de préserver ainsi le sort du royaume de France.


[1] Cet affrontement fut caractérisé par l’acharnement des combats, l’ampleur des pertes, et la profonde désorganisation du champ de bataille.


Plan de la bataille de Malplaquet suivant M. de Feuquières, François de Feuquières (marquis de Ribénac), 1750, carte, 27 × 19 cm, Bibliothèque nationale de France, document numérique, IFN-8444172, image reproduite d’après l’exemplaire original de la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, GE D-5179, consultable en ligne sur Gallica.
Plan de la bataille de Malplaquet suivant M. de Feuquières, François de Feuquières (marquis de Ribénac), 1750, carte, 27 × 19 cm, Bibliothèque nationale de France, document numérique, IFN-8444172, image reproduite d’après l’exemplaire original de la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, GE D-5179, consultable en ligne sur Gallica.

Les désordres ne cessent toutefois pas. En novembre, Gallard, commissaire des vivres, signale à l’intendant de Champagne de nouveaux pillages de grains sur les marchés de Sedan et de Rocroi.

Il précise à cette occasion que les soldats stationnés sur cette frontière meurent d’inanition. En 1710, l’arrivée de sacs d’orge à Givet[1] permet d’améliorer leur ravitaillement, alors qu’auparavant ils ne recevaient plus « qu’un quartier de pain par jour[2] ».


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 1470 [série C = administrations provinciales. – lntendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, États provinciaux, principautés, régences, etc. ; fonds C1-2059 = intendance de Champagne, cotes C 1216-1519 = armée, marine, colonies, articles C 1468-1497 = subsistances militaires (1695-1789) ; document C. 1470 = (Portefeuille.) – 161 pièces, papier. 1709-1710. – Subsistances militaires : correspondance de Galland, commissaire des vivres, et de Paris Duverney, directeur des vivres à Maubeuge, avec l’Intendant de Champagne André de Harouys. – Le 20 novembre 1709, Galland écrit de Charleville: « Il ne m’a pas été possible d’empescher les désordres. Le marché de Sedan a esté pillé deux jours de suitte et j’ay trouvé en arrivant icy que le pillage y estoit encore bien plus considérable : les soldats ne font pas difficulté de voler dans les rues en présence de leurs officiers qui ne peuvent plus les contenir. » « Les désordres continuent toujours, écrit-il le 1er décembre : le marché fut pillé avant hier à Rocroy où j’estois et l’on n’oze plus icy sortir les soirs. » Le 16 janvier 1710, il écrit : « Les vols continuent et mesme augmentent tous les jours. Les soldats ne prennent plus que deux partis : les plus forts celuy de vosler, et les malingres celui de demander l’aumone. Voilà l’estat des troupes de cotte frontière qui ne prennent point la viande. » Le 20 février :- « Outre qu’il meurt beaucoup de soldats d’inanition, ceux qui demeurent sont faits comme déterrez et ont si peu de force que s’il falloit faire quelque mouvement, je suis certain que plus des trois quarts resteroient en chemin. » – Paris Duverney écrit de Maubeuge le 28 janvier 1710 : « L’arrivée des 650 sacs d’orge à Givet a été fort à propos, car l’on ne donnoit depuis trois. jours à Philippeville qu’un quartier de pain par jour aux soldats. » Cf. Hatat, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Alphonse Vétault et Paul Pélicier, Marne, Archives civiles, série C, art. 1-2059, t. I (Châlons : Le Roy, 1884), in-fol., XVI-474 p.] Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C), page 354.


Entre 1703 et 1712, la répartition annuelle des décès à La Romagne (Ardennes) montre des fluctuations importantes. Le nombre de décès varie d’un à onze par an, avec parfois une prédominance masculine ou féminine. Certains enregistrements restent partiellement renseignés, illustrant les limites des registres BMS de l’époque. Graphique de type « histogramme empilé 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], pages non paginées, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.
Entre 1703 et 1712, la répartition annuelle des décès à La Romagne (Ardennes) montre des fluctuations importantes. Le nombre de décès varie d’un à onze par an, avec parfois une prédominance masculine ou féminine. Certains enregistrements restent partiellement renseignés, illustrant les limites des registres BMS de l’époque. Graphique de type « histogramme empilé 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], pages non paginées, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.

Les conséquences de ce grand hiver de 1709 n’apparaissent nulle part dans les registres BMS[1] de La Romagne, bien que le curé intègre parfois des annotations concernant des évènements (abjurations, testaments, legs) concernant la paroisse. Or, il n’y a rien concernant cette période de froid, qui a pourtant réduit la production agricole de cette dernière.


[1] Baptêmes, mariages, sépultures.


Paysage d’hiver, Allart van Everdingen (1621‑1675), dessin, 95 × 133 cm, Schwerin (Allemagne), Staatliches Museum, Kunstsammlungen, Schlösser und Gärten, numéro d’inventaire 644HZ, © BPK, Berlin, Dist. GrandPalaisRmn / Staatliches Museum Schwerin, notice descriptive consultable en ligne.
Paysage d’hiver, Allart van Everdingen (1621‑1675), dessin, 95 × 133 cm, Schwerin (Allemagne), Staatliches Museum, Kunstsammlungen, Schlösser und Gärten, numéro d’inventaire 644HZ, © BPK, Berlin, Dist. GrandPalaisRmn / Staatliches Museum Schwerin, notice descriptive consultable en ligne.

Il est à remarquer qu’il en est de même pour les villages environnants que ce soit Chaumont-Porcien[1], ou Rocquigny[2]. Pourtant, dans d’autres régions et contrées, les curés sont assez prolixes sur cet événement remarquable.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Entre 1703 et 1712, la mortalité à La Romagne (Ardennes) présente une répartition mensuelle irrégulière. Certains mois, comme janvier ou février, connaissent plusieurs décès, tandis que d’autres restent peu affectés. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], pages non paginées, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.
Entre 1703 et 1712, la mortalité à La Romagne (Ardennes) présente une répartition mensuelle irrégulière. Certains mois, comme janvier ou février, connaissent plusieurs décès, tandis que d’autres restent peu affectés. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], pages non paginées, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.

Les Romanais et les habitants circonvoisins[1] ont-ils interprété ce phénomène comme un châtiment divin, ou bien, habitués à des conditions de vie difficiles en raison des guerres presque incessantes, des mauvaises récoltes et de la cherté du bois, se sont-ils résignés face à ce malheur supplémentaire ?

Habitués au froid[2], dans des maisons où les chambres (souvent dans un autre bâtiment que la pièce à feu) ne sont pas chauffées, se seraient-ils contentés du seul refuge un peu plus confortable qu’est le lit, avec ses maigres couvertures et son édredon ?


[1] « Qui est situé tout près et autour de ce dont on parle. Les communes, les provinces circonvoisines. Les peuples circonvoisins. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Le climat ardennais, de type océanique dégradé à influence continentale, se caractérise par des hivers froids, souvent neigeux, avec des gelées fréquentes et une forte humidité.


Paysage d’hiver avec un pont en bois, Philips Wouwerman (1619‑1668), huile sur bois, 28,5 × 41 cm, Berlin (Allemagne), Gemäldegalerie, numéro d’inventaire 900F, © BPK, Berlin, Dist. GrandPalaisRmn / Jörg P. Anders, notice descriptive consultable en ligne.
Paysage d’hiver avec un pont en bois, Philips Wouwerman (1619‑1668), huile sur bois, 28,5 × 41 cm, Berlin (Allemagne), Gemäldegalerie, numéro d’inventaire 900F, © BPK, Berlin, Dist. GrandPalaisRmn / Jörg P. Anders, notice descriptive consultable en ligne.

Un autre problème soulevé par ces conditions météorologiques est de pouvoir procéder à une inhumation dans une terre gelée. Là encore, le registre est muet sur ce sujet. Pourtant, quatre des cinq inhumations de 1709 ont lieu entre le 23 janvier et le 3 mars, c’est-à-dire entre les grandes gelées et le début du dégel. Or, rien n’est dit à ce propos, quel que soit le registre paroissial consulté.

Alors que l’année 1707 présente une mortalité importante, avec neuf décès[1] (six adultes entre dix-neuf et quarante-cinq ans, deux personnes âgées de soixante ans et un enfant de moins d’un an), la mort atteint en 1709 cinq habitants : deux dans la maturité de l’âge (quarante-cinq ans), deux vieillards (soixante-quatorze et quatre-vingt-un ans), et une mention de décès le 3 mars 1709 sans indication de nom ou d’âge.


[1] Dus probablement, comme dans les environs, à des épidémies récurrentes.



Entre 1708 et 1711, Chaumont-Porcien (Ardennes) connaît des fluctuations démographiques : le nombre de naissances reste relativement élevé, avec un pic en 1708, tandis que les sépultures varient de six à dix par an. Les mariages restent peu nombreux et stables. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.  Cf . archives départementales des Ardennes, EDEPOT/CHAUMONT-PORCIEN/E 3 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/CHAUMONT-PORCIEN/E 3 = fonds concernant Chaumont-Porcien ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 3 = années 1703-1712],  folio 1 recto, vue 44/75 et suivantes, passim, consultables en ligne.
Entre 1708 et 1711, Chaumont-Porcien (Ardennes) connaît des fluctuations démographiques : le nombre de naissances reste relativement élevé, avec un pic en 1708, tandis que les sépultures varient de six à dix par an. Les mariages restent peu nombreux et stables. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMMECf . archives départementales des Ardennes, EDEPOT/CHAUMONT-PORCIEN/E 3 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/CHAUMONT-PORCIEN/E 3 = fonds concernant Chaumont-Porcien ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 3 = années 1703-1712],  folio 1 recto, vue 44/75 et suivantes, passim, consultables en ligne.

L’année 1710 présente une surmortalité essentiellement masculine, puisqu’elle touche huit hommes, à opposer aux trois de la mortalité féminine, et un déficit naturel de naissances. Les épidémies (dysenteries, fièvres malignes, fièvres putrides, petite vérole) ravagent l’ensemble de la région. Cette mortalité est aussi marquée dans des bourgs plus importants, que ce soit à Chaumont-Porcien ou à Rocquigny, où il y a quinze décès en 1709, mais trente-trois en 1710.


Entre 1708 et 1711, Rocquigny (Ardennes) connaît une forte variabilité démographique. Les naissances restent relativement nombreuses, avec un pic en 1708, bien qu’elles chutent en 1710, tandis que les sépultures connaissent un pic cette même année. Les mariages restent peu nombreux et irréguliers. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROCQUIGNY/E 1 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROCQUIGNY/E 1 = fonds concernant Rocquigny ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 1 = années 1700-1810], page 7 et suivantes = vue 8/92 et suivantes [naissances] ; page 2 = vue 51/92 [mariages] ; page 4 et suivantes = vue 64/92 et suivante, [sépultures], consultables en ligne.
Entre 1708 et 1711, Rocquigny (Ardennes) connaît une forte variabilité démographique. Les naissances restent relativement nombreuses, avec un pic en 1708, bien qu’elles chutent en 1710, tandis que les sépultures connaissent un pic cette même année. Les mariages restent peu nombreux et irréguliers. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROCQUIGNY/E 1 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROCQUIGNY/E 1 = fonds concernant Rocquigny ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 1 = années 1700-1810], page 7 et suivantes = vue 8/92 et suivantes [naissances] ; page 2 = vue 51/92 [mariages] ; page 4 et suivantes = vue 64/92 et suivante, [sépultures], consultables en ligne.

A Montmeillant[1], le registre est en mauvais état, et il n’y a pas de page pour 1710. Ceux d’Adon[2], Givron[3], Draize[4], Chappes[5] ont disparu, ce qui ne permet pas de tirer de conclusions pour ce secteur.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune française fusionnée avec Chaumont-Porcien, située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Entre 1703 et 1712, les mariages à La Romagne sont peu nombreux et se répartissent de manière irrégulière au cours de l’année. Certains mois, comme janvier, concentrent plusieurs unions, tandis que d’autres (avril, juin, juillet, août) restent dépourvus de mariages. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], page non paginée, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.
Entre 1703 et 1712, les mariages à La Romagne (Ardennes) sont peu nombreux et se répartissent de manière irrégulière au cours de l’année. Certains mois, comme janvier, concentrent plusieurs unions, tandis que d’autres (avril, juin, juillet, août) restent dépourvus de mariages. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], page non paginée, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.

Cet hiver a également réduit le nombre de mariages et de naissances. En 1710, aucun registre de naissances et de mariages n’existe à La Romagne, ce qui serait un cas unique. Chaque année, le nombre de mariages oscille entre un et trois.

Rocquigny, une plus grosse paroisse[1], n’en enregistre que trois en 1710, et deux en 1711, mais onze en 1713, ce qui peut s’expliquer par des cérémonies retardées, compte tenu du contexte économique.


[1] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROCQUIGNY/E 1 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROCQUIGNY/E 1 = fonds concernant Rocquigny ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 1 = années 1700-1810], page 2 et suivante, vue 51/92, consultables en ligne.


Entre 1703 et 1712, La Romagne (Ardennes) enregistre un total de quatre-vingt-seize naissances, avec une nette prédominance des filles (soixante et une) sur les garçons (trente-cinq). Les naissances varient légèrement d’une année à l’autre, et l’année 1710 ne comporte aucun enregistrement. Graphique de type « histogramme empilé 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], pages non paginées, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.
Entre 1703 et 1712, La Romagne (Ardennes) enregistre un total de quatre-vingt-seize naissances, avec une nette prédominance des filles (soixante et une) sur les garçons (trente-cinq). Les naissances varient légèrement d’une année à l’autre, et l’année 1710 ne comporte aucun enregistrement. Graphique de type « histogramme empilé 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], pages non paginées, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.

L’absence de naissances durant toute une année interroge encore plus. En analysant les registres, l’on peut remarquer, parfois, des oublis corrigés par la suite, des actes incomplets qui pourraient évoquer une perte de feuillets.

En se reportant, pour les Ardennes, au supplément à la série E de l’Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790[1] (établi au XIXe siècle), aucune naissance n’est signalée en 1710. Il reste à noter que les recensions ne mettent en avant que quelques évènements, et certaines familles.


[1] Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17188 (6), Laurent, Paul. Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790. Tome VI, Ardennes. Série E supplément : Archives communales. Collection des inventaires sommaires des archives départementales antérieures à 1790. Charleville : Imprimerie & Lithographie F. Devin–A. Anciaux successeur, 1902, pp. 28., E. Suppl. 135 — GG. 3(Registre)— In-4°, 34 feuillets, papier. 1703-1713. Baptêmes, mariages et sépultures : Baptême du 11 mai 1708, Marie-Jeanne, fille de Nicolas Bouillard, maître d’école, et de Marie Rifflet. Mariages : 28 janvier 1703, Paul-Alexandre Titeux, veuf de Nicole Bouchier, avocat au siège de Rethel, avec Jeanne Daniel, fille de feu Rollain Daniel et de Marie Leblanc ; 23 novembre 1706, Gérard Merlin, fils de Remacle Merlin, maître chirurgien, et de Martine Meunier, de Château-Porcien, avec Jeanne Leblanc, fille de Pierre Leblanc, marchand, et de Marie Foulon. Abjuration : 13 janvier 1705, Lazare Barré. [série E. Suppl. = supplément aux archives de la série E ; articles E. Suppl. 1-151 = canton de Chaumont-Porcien, documents E. Suppl. 133-143 = commune de La Romagne.]


Entre 1703 et 1712, la natalité à La Romagne  (Ardennes) varie fortement selon les mois. Certains, comme janvier, mars, juin, août et septembre, comptent plusieurs naissances, tandis que d’autres n’en enregistrent que quelques-unes. L’année 1710 ne comporte aucun enregistrement. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], pages non paginées, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.
Entre 1703 et 1712, la natalité à La Romagne (Ardennes) varie fortement selon les mois. Certains, comme janvier, mars, juin, août et septembre, comptent plusieurs naissances, tandis que d’autres n’en enregistrent que quelques-unes. L’année 1710 ne comporte aucun enregistrement. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], pages non paginées, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.

Ainsi, pour cette période, et en ce qui concerne La Romagne, seul est cité selon cette source le baptême, le l l mai 1708, de Marie-Jeanne, fille de Nicolas Bouillard, maître d’école, et de Marie Rifflet. Apparemment, aucune des familles importantes du village n’aurait eu un enfant, ce qui n’est pas plausible. Il faut plutôt voir dans ce phénomène les effets de la malnutrition, des aménorrhées[1] et des épidémies.

En outre, l’on ignore le nombre de grossesses qui n’ont pas atteint leur terme. De même, la chute des naissances est très marquée à Rocquigny, puisqu’en 1710, onze naissances[2] sont enregistrées mais vingt-huit en 1711.


[1] « Absence ou interruption anormale des menstruations. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROCQUIGNY/E 1 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROCQUIGNY/E 1 = fonds concernant Rocquigny ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 1 = années 1700-1810], page 9 et suivante, vue 9/92 et suivante, consultables en ligne.


René Antoine Ferchault de Réaumur (1683‑1757), physicien et naturaliste, portrait gravé par Philippe Simonneau (1685‑vers 1753) d’après Alexis Simon Belle (1674‑1734), burin et eau-forte, 34,4 × 23,5 cm, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire LP65.91.1, © château de Versailles, Dist. GrandPalaisRmn / image château de Versailles, notice descriptive consultable en ligne.
René Antoine Ferchault de Réaumur (1683‑1757), physicien et naturaliste, portrait gravé par Philippe Simonneau (1685‑vers 1753) d’après Alexis Simon Belle (1674‑1734), burin et eau-forte, 34,4 × 23,5 cm, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire LP65.91.1, © château de Versailles, Dist. GrandPalaisRmn / image château de Versailles, notice descriptive consultable en ligne.

Cet hiver a frappé les esprits, car il survient à un moment critique du long règne de Louis XIV, dont les Français commencent à se lasser. L’événement a ensuite suscité l’intérêt des savants, comme Réaumur[1], qui étudient la météorologie et ses implications pour l’agriculture. D’autres hivers rigoureux marqueront le XVIIIᵉ siècle, mais aucun ne restera dans les mémoires comme celui de 1709.


[1] Physicien et naturaliste français, né à La Rochelle (Charente-Maritime) en 1683 et mort au château de la Bermondière en 1757. L’échelle Réaumur est une ancienne mesure de température, fixant la congélation de l’eau à 0° et son ébullition à 80°.


Catégories
Fronde (1648-1653) Guerre d'indépendance des États-Unis (1775-1783) Guerre de Dévolution (1667-1668) Guerre de Hollande (1672-1678) Guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697) Guerre de la succession d'Autriche (1740-1748) Guerre de la succession d'Espagne (1701-1714) Guerre de la succession de Pologne (1733-1738) Guerre de Sept Ans (1756-1763) Guerre de Trente Ans (1618-1648) Guerre franco-espagnole (1635-1659) Militaires Victimes de guerre

La Romagne au service des armées du roi (XVIIᵉ-XVIIIᵉ siècles)


Au XVIIe siècle, l’effort militaire imposé à la France est considérable, car les  conflits marquent toute cette période : dernières guerres de Religion en France (1621-1629), guerre de Trente ans (1618-1648), révolte des Grands ou Fronde (1648-1653), guerre de Dévolution (1667-1668), guerre de Hollande (1672-1678), guerre de la Ligue d’Augsbourg ou guerre de Neuf Ans (1688-1697), guerre de la Succession d’Espagne (1701-1714).



Les règnes suivants de Louis XV et de Louis XVI connaitront, pour le premier, la guerre de la Succession de Pologne (1733-1738), la guerre de la Succession d’Autriche (1740-1748), et la guerre de Sept ans (1756-1763) et, pour le second, une participation financière très importante à la guerre d’Indépendance des Etats-Unis (1775-1783).


Maison du roi : étendard, planche 14 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, de gouache et de dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Maison du roi : étendard, planche 14 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, de gouache et de dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Le recrutement de l’armée royale se fait sous la forme d’engagements volontaires de longue durée, puisqu’ils passent de quatre à huit ans, tout d’abord au nom du capitaine, puis au nom du roi, et ce jusqu’à la Révolution.

La misère et le vagabondage peuvent pousser à un enrôlement, mais, comme les volontaires ne sont pas assez nombreux, le capitaine devient, la plupart du temps, un marchand d’hommes faisant pratiquer pour son propre compte le racolage[1].

Nul lieu n’échappe aux recruteurs, que ce soient les marchés, les promenades publiques ou les cabarets. Ainsi, pour la base de l’armée, ce recrutement donne des troupes déplorables, souvent prêtes au pillage.


[1] « Sous l’Ancien Régime, en particulier au XVIIe et au XVIIIe siècle, pratique à laquelle recouraient les capitaines, considérés comme propriétaires de leur compagnie, ou les sous-officiers agissant sur leurs ordres, et qui consistait, lorsque les effectifs étaient insuffisants, à amener des hommes, par de fausses promesses ou par la contrainte, à s’enrôler dans l’armée. Louvois s’efforça de combattre les abus du racolage. Le racolage disparut avec l’établissement de la conscription. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Maison du roi : étendard de la compagnie de Noailles, planche 15 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, de gouache et de dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Maison du roi : étendard de la compagnie de Noailles, planche 15 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, de gouache et de dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Jusqu’au milieu du XVIIe siècle, les effectifs sont relativement faibles : la victoire de Rocroi[1] en 1643 est obtenue avec quelque vingt-deux mille hommes[2], alors que la guerre de Hollande mobilise plus de cent vingt mille soldats et officiers. En 1705, les effectifs alignés sont d’environ trois cent mille hommes. Les troupes se partagent entre l’infanterie et la cavalerie.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Bonal, François. Les Régiments de Champagne sous l’Ancien Régime : Champagne-Infanterie, Royal-Champagne de cavalerie. Langres : Dominique Guéniot, 1999. 137 p., couv. illustr. en coul. Bibliographie p. 133. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.), p. 12.


Infanterie : régiment de Champagne, page de titre, planche 55 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Infanterie : régiment de Champagne, page de titre, planche 55 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.


Maison du roi : étendard des mousquetaires, planche 38 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, gouache et dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Maison du roi : étendard des mousquetaires, planche 38 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, gouache et dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.


Etendard du régiment de la Reine, planche 80 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe et dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Etendard du régiment de la Reine, planche 80 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe et dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Au début du règne de Louis XIV, la Maison militaire[1] du roi se compose d’un ensemble particulièrement vaste et prestigieux de régiments. Cette institution, chargée d’assurer à la fois la sécurité personnelle du souverain et le faste de sa représentation, réunit des unités d’élite telles que :

  • les gardes du corps[2] (Charles de Canogne, né vers 1693 et résidant à Maranwez[3], se trouve dans la compagnie de Noailles. Il sert par quartier[4] à Versailles[5]) ;
  • des chevau-légers : Firmin de Canel est l’un des chevau-légers de la garde du roi après 1697 ;
  • des mousquetaires ;
  • des gardes suisses ;
  • des grenadiers ;
  • le régiment de la Reine[6] : en 1720, Robert Bechet d’Arzilly, fils de Charles Bechet et Marie Foulon de la Romagne[7], y est lieutenant comme cavalier.

[1] Masson, Rémi. Défendre le roi : la Maison militaire au XVIIe siècle. Ceyzérieu : Champ Vallon, 2017. 415 p., ill. En appendice, choix de documents. Bibliogr. p. 394‑402. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)

[2] Les gardes du corps du roi comprennent quatre compagnies : la première, dite « compagnie écossaise », la plus ancienne et la plus prestigieuse, est commandée de 1445 à 1462 par Robert de Pottelach. Les trois autres, dites « compagnies françaises », sont créées respectivement le 10 juillet 1473, en 1475 et en 1515. Cf. Forges de Parny, Léon de. Les Gardes du corps du roi. Préface de Paul Bertrand de La Grassière. Paris : L’Auteur, 1972. 166 p., pl. Bibliogr. p. 149. Index. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.), p. 135 et ss.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] « Sous l’Ancien Régime, période de trois mois pendant laquelle certains officiers de la Maison du roi étaient de service à tour de rôle, au contraire des officiers ordinaires qui remplissaient leurs fonctions toute l’année ; par métonymie, la fonction occupée pendant cette période. Médecin par quartier. Être de quartier, en quartier. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[5] Commune française, actuellement chef-lieu du département des Yvelines, dans la région Île-de-France.

[6] Plusieurs régiments d’infanterie et de cavalerie ont successivement porté le nom de régiment de la Reine sous l’Ancien Régime, chaque unité étant distincte et recréée à différentes époques (XVIIᵉ-XVIIIᵉ siècles).

[7] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Maison du roi : gardes du corps à cheval de la compagnie de Noailles, planche 8 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe avec aquarelle, gouache et dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Maison du roi : gardes du corps à cheval de la compagnie de Noailles, planche 8 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe avec aquarelle, gouache et dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Forges de Parny, Léon de. Les Gardes du corps du roi. Préface de Paul Bertrand de La Grassière. Paris (Île-de-France) : L’Auteur, 1972. 166 p., pl. Bibliogr. p. 149. Index. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)
Forges de Parny, Léon de. Les Gardes du corps du roi. Préface de Paul Bertrand de La Grassière. Paris (Île-de-France) : L’Auteur, 1972. 166 p., pl. Bibliogr. p. 149. Index. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)

Deux gardes du corps de la compagnie de Noailles, à cheval, dont un porte-étendard, planche 9 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765) et Robert-Alexandre d’Hermand (1674-1739), aquarelle, gouache et encre sur papier, 47 × 64,5 cm, numéro d’inventaire 10851-15 BIB, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Deux gardes du corps de la compagnie de Noailles, à cheval, dont un porte-étendard, planche 9 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765) et Robert-Alexandre d’Hermand (1674-1739), aquarelle, gouache et encre sur papier, 47 × 64,5 cm, numéro d’inventaire 10851-15 BIB, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Il en va ainsi des régiments de Champagne, qui recrutent sur la région, mais y combattent très peu : c’est le cas du Champagne-Infanterie et du Royal-Champagne[1], plus récent.


[1] Le Régiment Royal‑Champagne, créé en 1682 sous le nom de régiment de Tallard-Cavalerie, prend son titre en 1761, après l’incorporation du régiment de Preissac.



Ce dernier est la possession de Henri II de Durfort de Duras[1]. Il passe ensuite à son frère Jean-Baptiste de Durfort, qui devient ainsi duc de Duras. Il est en garnison à Compiègne[2] en 1698, avant de participer en 1701 à la guerre en Flandre.

Ensuite, et pendant treize ans, le régiment est la propriété de Louis d’Aumont de Villequier, avant de passer aux mains du comte Louis-Charles de la Motte Houdancourt, dont l’épouse était « dame de La Romagne ».


[1] Jacques‑Henri II de Durfort (1670‑1697), fils de Jacques Henri de Durfort, duc de Duras, et de Marguerite Félicie de Lévis‑Ventadour, épousa en mars 1689 Louise‑Madeleine Eschalart de la Marck, comtesse de Braine (commune française située actuellement dans le département de l’Aisne, en région Hauts-de-France) et baronne de Sérignan.

[2] Commune française située dans le département de l’Oise, en région Hauts-de-France.


Régiment de Languedoc, anonyme français, planche 52 page 107 de Troupes du roi, infanterie française et étrangère, année 1757, tome I, aquarelle et gouache sur papier, 18ᵉ siècle, 50,5 × 36 cm, numéro d’inventaire 10858 BIB ; A1J12, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn, notice descriptive consultable en ligne.
Régiment de Languedoc, anonyme français, planche 52 page 107 de Troupes du roi, infanterie française et étrangère, année 1757, tome I, aquarelle et gouache sur papier, 18ᵉ siècle, 50,5 × 36 cm, numéro d’inventaire 10858 BIB ; A1J12, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn, notice descriptive consultable en ligne.

Plusieurs habitants de La Romagne et des villages voisins témoignent de ce recrutement dans les provinces, montrant que la levée d’hommes pour la Maison du roi ne se limitait pas à la Cour, mais puisait aussi largement dans les campagnes :

  • Le sieur Nicolas Belancour (marié en secondes noces à Marie-Nicolle Devie de la Romagne) est lieutenant réformé du régiment de Champagne ;
  • Pierre Jadart du Merbion (1692-1759) est capitaine au régiment de Champagne ;
  • Paul Boucher d’Avançon (marié à Marie-Thérèse Devie le 15 juin 1733) est officier au régiment de Languedoc ;
  • A la Romagne est célébré le 11 février 1765 le mariage du grenadier Pierre Braux dit Tonnerre, originaire de Rocquigny[1],et de Marie Nicolle Chamouillet.

[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Officier et soldat du régiment de Champagne, planche 58 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée.
Officier et soldat du régiment de Champagne, planche 58 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Jusqu’au règne de Louis XIII, lors des déplacements des armées, il n’y a aucune organisation quant à leur ravitaillement, d’où de nombreux vols, pillages et dommages.

De plus, les finances royales, le plus souvent impécunieuses, payent avec beaucoup de retard les soldes et les approvisionnements, ce qui fait que, pour la population, le passage des troupes est synonyme de violence, de désolation, et d’épouvante.

Compte tenu de toutes les guerres qui se sont déroulées sur le sol ardennais, ces sentiments se sont ancrés durablement et profondément parmi les habitants.


Régiment de Champagne n° 3, anonyme français, 18ᵉ siècle, aquarelle et encre sur papier, 23,4 × 16,4 cm, numéro d’inventaire NF AR UNI ; Est A 118, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Régiment de Champagne n° 3, anonyme français, 18ᵉ siècle, aquarelle et encre sur papier, 23,4 × 16,4 cm, numéro d’inventaire NF AR UNI ; Est A 118, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Dans le premier tiers du XVIIe siècle, l’administration, à la demande du roi, organise le déplacement des troupes en mettant en place le système des étapes.

Pour cela, l’on utilise les routes, voies et chemins existants, pour prévoir des lieux de stationnement distants de vingt-cinq kilomètres entre eux.

Provisions, vivres et fourrages doivent se trouver rassemblés dans ces lieux, et ce d’autant plus qu’il y a une imposition additionnelle à la taille qui est attribuée à ces frais. Cela n’empêche pas l’argent de manquer.


Officiers porte-drapeau du régiment de Champagne, planche 56 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Officiers porte-drapeau du régiment de Champagne, planche 56 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Ce sont souvent les mêmes villes et villages qui supportent la présence plus ou moins momentanée des troupes, si l’on n’est pas en période de quartier d’hiver.

Et ce sont eux qui finalement pourvoient à la nourriture, dont la quantité et la qualité dépendent du grade. Ce système connait une courte éclipse, avant de perdurer bien au-delà de la Révolution.


Officiers du régiment de Champagne, planche 57 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Officiers du régiment de Champagne, planche 57 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

La constitution d’une armée permanente est l’aboutissement de la prise de conscience des insuffisances et des méfaits du mercenariat, qui a été, jusqu’en 1650, la règle pour tous les états européens, même si la France avait déjà un embryon d’armée permanente dans cette période. En font partie :

  • Jean-Baptiste Devie de La Horgne[1], décédé le 17 juillet 1728 à La Romagne, seigneur de Logny et de la Cour Avril, était capitaine au régiment de Condé-Cavalerie[2].
  • Pierre Merlin (14 décembre 1745-mort le 7 janvier 1772 à La Romagne) était soldat au Royal-dragons[3]
  • Pierre Goulard (fils de Pierre Goulard[4] et Jeanne Caré ), né en octobre 1718[5], est caporal dans la compagnie colonelle du régiment de Beauce (créé en 1684). Il est « dit La Romagne[6] », tiré de son village natal. A la fin de son engagement, il revient vivre au village.

[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2]Le régiment de Condé‑Dragons, régiment de cavalerie française créé en 1665 sous le nom de régiment de Condé‑Cavalerie, sert sous l’Ancien Régime comme unité de cavalerie légère, avant de devenir le 2ᵉ régiment de dragons lors de la Révolution.

[3] Le régiment Royal-Dragons, créé en 1667 sous le nom de régiment des Dragons étrangers du roi, devient le 1er régiment de dragons en 1791.

[4] Ou Goullar, selon une version orthographique alternative.

[5] EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 2 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 2 = années 1713-1721], page non paginée, vue 24/34, consultable en ligne.

[6] Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17188 (6), Laurent, Paul. Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790. Tome VI, Ardennes. Série E supplément : Archives communales. Collection des inventaires sommaires des archives départementales antérieures à 1790. Charleville : Imprimerie & Lithographie F. Devin–A. Anciaux successeur, 1902, p. 29 [E. Suppl. 141. — GG. 9. (Registre.) — In-4°, 40 feuillets, papier. 1763-1773. —Baptêmes, mariages et sépultures célébrés dans l’église paroissiale de La Romagne. — Baptêmes : le 4 mars 1763, de Pierre, fils de Jean-Baptiste Daveaux, maître d’école, et de Jeanne Leroy ; — le 21 juillet 1763, de Nicolas, fils de Bertaud Soret et de Catherine Marchand ; parrain : Nicolas Baudoin ; marraine : Catherine de Morgny, de la paroisse de Logny, proche Aubenton. — Mariage : le 10 mai 1768, de Pierre Goulard, dit La Romagne, fils de feu Pierre Goulard et de défunte Jeanne Caret, ci-devant caporal de la compagnie colonelle du régiment de Beauce, avec Madeleine du Bois, veuve de Louis Le Brun.]


Guidon du régiment de Condé-Dragons, 1776, textile, 100 × 118 cm, numéro d’inventaire 2018.48.1, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Émilie Cambier, notice descriptive consultable en ligne, notice descriptive consultable en ligne.
Guidon du régiment de Condé-Dragons, 1776, textile, 100 × 118 cm, numéro d’inventaire 2018.48.1, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Émilie Cambier, notice descriptive consultable en ligne, notice descriptive consultable en ligne.

Le sobriquet est une tradition dans les anciens régiments français. Il rappelle souvent le village ou la province d’origine, des fleurs, des défauts ou des qualités. Ainsi Etienne Gasque, époux de Marguerite Delangre[1], est surnommé « La Bonté ».

De même, Pierre Lépinois, dont le décès a lieu le 3 janvier 1740 à La Romagne, était dit « la Rigueur ». Ces surnoms expriment parfois par dérision tout le contraire de ce qu’ils symbolisent. Ils servent aussi lorsque le soldat entre à l’hôtel des Invalides à distinguer les homonymes.


[1] Née à La Romagne le 22 février 1717.


Royal-Champagne n° 15, planche 31 d’Uniformes militaires des troupes françaises sous Louis XVI, 1779, anonyme, dessin rehaussé d’aquarelle et encre, 23 × 17 cm, numéro d’inventaire 10866 ; NF AR UNI, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Émilie Cambier, notice descriptive consultable en ligne.
Royal-Champagne n° 15, planche 31 d’Uniformes militaires des troupes françaises sous Louis XVI, 1779, anonyme, dessin rehaussé d’aquarelle et encre, 23 × 17 cm, numéro d’inventaire 10866 ; NF AR UNI, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Émilie Cambier, notice descriptive consultable en ligne.

En 1674, l’hôtel des Invalides est inauguré. Cet établissement[1] est destiné à recueillir, soigner, héberger des soldats mutilés, usés par l’âge ou les infirmités.

Néanmoins, tous les soldats qui ont reçu des blessures au service du roi ne sont pas admis aux Invalides. Les plus alertes, ou ceux qui peuvent encore être utiles, sont parfois employés à Versailles pour la surveillance et la sécurité du château.


[1] Belmas, Élisabeth ; Coste Joël. Les soldats du roi à l’hôtel des Invalides : étude d’épidémiologie historique, 1670-1791. Paris : CNRS Éditions, 2018. 364 p., ill. en coul. Bibliogr. p. 276‑278. Index. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)



Almanach pour l'année 1704, Jean Langlois (1649 ?-1712 ?), burin, 88,5 × 57,3 cm, numéro d’inventaire invgravures1670, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, © GrandPalaisRmn / Franck Raux. Almanach illustré représentant la guerre sous Louis XIV. Le roi examine le plan de la ville de Landau et reçoit de monsieur le chevalier de Croissy la nouvelle de la prise par le maréchal de Tallard le 18 novembre 1703. [Nota bene : Landau in der Pfalz (ville-arrondissement de Landau in der Pfalz, Land de Rhénanie-Palatinat) est une ville allemande à ne pas confondre avec Landau an der Isar (arrondissement de Dingolfing-Landau, district de Basse-Bavière, Land de Bavière).], notice descriptive consultable en ligne.
Almanach pour l’année 1704, Jean Langlois (1649 ?-1712 ?), burin, 88,5 × 57,3 cm, numéro d’inventaire invgravures1670, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, © GrandPalaisRmn / Franck Raux. Almanach illustré représentant la guerre sous Louis XIV. Le roi examine le plan de la ville de Landau et reçoit de monsieur le chevalier de Croissy la nouvelle de la prise par le maréchal de Tallard le 18 novembre 1703. [Nota bene : Landau in der Pfalz (ville-arrondissement de Landau in der Pfalz, Land de Rhénanie-Palatinat) est une ville allemande à ne pas confondre avec Landau an der Isar (arrondissement de Dingolfing-Landau, district de Basse-Bavière, Land de Bavière).], notice descriptive consultable en ligne.

Dans d’autres cas, ils sont nommés à la garde d’autres châteaux, comme l’a été Henry Macquart (natif de Saint-Jean-aux-Bois[1]), sieur de Damonville, capitaine blessé lors du siège de Landau[2] (1702) : il a été recouvert de terre par le souffle d’une bombe. Incommodé par cette blessure, il a été accueilli le 12 mai 1720 à l’hôtel des Invalides[3], puis a été nommé capitaine d’une compagnie d’invalides au château de Sedan[4].


[1] Commune française, située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Landau in der Pfalz (ville-arrondissement de Landau in der Pfalz, Land de Rhénanie-Palatinat) est une ville allemande à ne pas confondre avec Landau an der Isar (arrondissement de Dingolfing-Landau, district de Basse-Bavière, Land de Bavière). La forteresse de Landau, construite par Vauban entre 1688 et 1691 sur ordre de Louis XIV, illustre l’art de la fortification bastionnée de l’Ancien Régime et joua un rôle stratégique dans le Palatinat durant la guerre de la Ligue d’Augsbourg et la guerre de Succession d’Espagne.

[3] Service historique de la Défense, site de Vincennes, GR 2 XY 20, acte n° 32561 [série GR = guerre et armée de Terre ; sous-série GR XY = Invalides ; partie GR 2 XY 1 à 374 = registres de l’hôtel des Invalides.]

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Le duc de Bourgogne devant Brisach en 1703, Jean Langlois (1649 ?-1712 ?), burin, 88,5 × 57,3 cm, numéro d’inventaire invgravures1670, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, © GrandPalaisRmn / image GrandPalaisRmn. Almanach illustré représentant la guerre sous Louis XIV. Le roi examine le plan de la ville de Landau et reçoit de monsieur le chevalier de Croissy la nouvelle de la prise par le maréchal de Tallard le 18 novembre 1703. Le duc de Bourgogne est représenté devant Brisach [Nota bene : Landau in der Pfalz (ville-arrondissement de Landau in der Pfalz, Land de Rhénanie-Palatinat) est une ville allemande à ne pas confondre avec Landau an der Isar (arrondissement de Dingolfing-Landau, district de Basse-Bavière, Land de Bavière). D’autre part, Breisach am Rhein (arrondissement de Brisgau-Haute-Forêt-Noire, district de Fribourg-en-Brisgau, Land de Bade-Wurtemberg), est une ville allemande appelée Vieux-Brisach par les Français pour la distinguer de Neuf-Brisach, commune française située actuellement dans le département du Haut-Rhin, en région Grand Est.], notice descriptive consultable en ligne.
Le duc de Bourgogne devant Brisach en 1703, Jean Langlois (1649 ?-1712 ?), burin, 88,5 × 57,3 cm, numéro d’inventaire invgravures1670, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, © GrandPalaisRmn / image GrandPalaisRmn. Almanach illustré représentant la guerre sous Louis XIV. Le roi examine le plan de la ville de Landau et reçoit de monsieur le chevalier de Croissy la nouvelle de la prise par le maréchal de Tallard le 18 novembre 1703. Le duc de Bourgogne est représenté devant Brisach [Nota bene : Landau in der Pfalz (ville-arrondissement de Landau in der Pfalz, Land de Rhénanie-Palatinat) est une ville allemande à ne pas confondre avec Landau an der Isar (arrondissement de Dingolfing-Landau, district de Basse-Bavière, Land de Bavière). D’autre part, Breisach am Rhein (arrondissement de Brisgau-Haute-Forêt-Noire, district de Fribourg-en-Brisgau, Land de Bade-Wurtemberg), est une ville allemande appelée Vieux-Brisach par les Français pour la distinguer de Neuf-Brisach, commune française située actuellement dans le département du Haut-Rhin, en région Grand Est.], notice descriptive consultable en ligne.


On retrouve également, dans les listes des pensionnaires de cet hôtel des Invalides, Hubert Laroche, natif de La Romagne. En effet, ce dernier appartient au régiment de Touraine (crée en 1725) et à la compagnie d’Harmeville[1].

C’est un régiment d’infanterie, où il a servi cinq ans et quatre mois. Blessé durant la guerre de Sept Ans à la bataille de Minden[2] d’un coup de sabre sur l’épaule droite, il entre aux Invalides[3] le 19 mars 1761, ce qui met fin à sa carrière militaire.


[1] Ancienne commune française, associée à la commune de Lezéville depuis 1972, située actuellement dans le département de la Haute-Marne, en région Grand Est.

[2] La bataille de Minden, le 1er août 1759, fut un épisode décisif de la guerre de Sept Ans, qui se déroula aux portes de la ville de Minden, actuellement dans l’arrondissement de Minden-Lübbecke, district de Detmold, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Allemagne). Les troupes britanniques, prussiennes, du Brunswick-Lunebourg et de Hesse-Cassel infligèrent une lourde défaite aux forces françaises et à leurs alliés, dont le duché de Saxe, marquant un tournant stratégique dans le conflit en Europe centrale.

[3] Service historique de la Défense, site de Vincennes, GR 2 XY 38, acte n° 86418 [série GR = guerre et armée de Terre ; sous-série GR XY = Invalides ; partie GR 2 XY 1 à 374 = registres de l’hôtel des Invalides.]


Plan du siège de Minden, Pays-Bas, 1766, estampe à l’eau-forte, 54,5 × 72,5 cm, numéro d’inventaire CFAb102, Blérancourt, musée franco-américain du château de Blérancourt, © GrandPalaisRmn / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.
Plan du siège de Minden, Pays-Bas, 1766, estampe à l’eau-forte, 54,5 × 72,5 cm, numéro d’inventaire CFAb102, Blérancourt, musée franco-américain du château de Blérancourt, © GrandPalaisRmn / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.

Maison du roi : étendard du régiment du Roi, planche 105 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Maison du roi : étendard du régiment du Roi, planche 105 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Avant la fondation des Invalides, les soldats estropiés sont envoyés dans des abbayes où ils sonnent les cloches, ouvrent les portes, entretiennent la chapelle, etc. Le roi verse alors au monastère, pour l’entretien de chacun, une somme annuelle de cent livres[1].


[1] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-LF50-137, Mention, Léon. L’Armée de l’Ancien Régime, de Louis XIV à la Révolution. Paris : L.-H. May, s. d. In-8°, 312 p., fig., portraits. Bibliothèque d’histoire illustrée, publiée sous la direction de J. Zeller et H. Vast. [Nota bene : l’ouvrage de Léon Mention propose une synthèse accessible sur l’organisation et l’évolution de l’armée française de Louis XIV à la Révolution. Illustré et destiné à la vulgarisation, il présente les principales structures, les différents types de troupes, et les réformes successives. Malgré une approche aujourd’hui datée, il demeure une introduction utile à l’armée de l’Ancien Régime.]


Pistolet d’officier de dragons, modèle 1767, calibre 17,1 mm, manufacture de Charleville (Ardennes), 18ᵉ siècle, numéro d’inventaire 2002.21.31, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Pascal Segrette, notice descriptive consultable en ligne.
Pistolet d’officier de dragons, modèle 1767, calibre 17,1 mm, manufacture de Charleville (Ardennes), 18ᵉ siècle, numéro d’inventaire 2002.21.31, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Pascal Segrette, notice descriptive consultable en ligne.

En 1693, le roi crée l’ordre royal et militaire de Saint-Louis pour récompenser les militaires qui se sont distingués par leur bravoure et leurs actions d’éclat : on y trouve Philippe Jadart du Merbion (1678-1738).

Seuls peuvent y être admis les officiers de nationalité française et de religion catholique ayant au moins dix ans de service. Cet ordre disparaît avec la Révolution, mais on sait qu’en 1773, messire Louis Dieudonné Robert de la Bove de L’Isle, ancien capitaine de dragons, résidant à Rocquigny, en était chevalier.


« Chef de musique » et tambour du régiment de Champagne, planche 60 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
« Chef de musique » et tambour du régiment de Champagne, planche 60 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

La convocation du ban et de l’arrière-ban est une survivance féodale, et un devoir impérieux pour la noblesse. Les seigneurs se doivent d’aider le roi en cas de guerre, et sur sa demande. Le ban et l’arrière-ban sont formés par les possesseurs de fiefs et d’arrière-fiefs, nobles ou non nobles, qui sont astreints au service militaire et viennent ainsi grossir l’armée régulière.

Ce que ne peut pas faire, en octobre 1636, Christophe de Bouzonville (de la Cour Avril). Alors qu’il doit se rendre à l’armée conduite par le comte de Soissons[1], suivant un commandement envoyé à tous les gentilshommes, il déclare alors qu’il ne peut répondre à cet ordre, car il est constitué chef de la milice de Chaumont[2] pour la conservation des frontières de Champagne et Thiérache, et plus particulièrement des places de Charleville[3] et de « Chastel en Porcien[4] ».


[1] Commune française située actuellement dans le département de l’Aisne, en région Hauts-de-France.

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Charleville-Mézières, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Lire Château-Porcien, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est. Archives départementales des Ardennes, 5J 4 [série J = archives d’origine privée (entrées par voie d’achat, don, legs ou dépôt) ; sous-série 5J = collection généalogique constituée par Louis Bossu, procureur général de la cour d’appel de Chambéry, né à Mirecourt (commune française, actuellement chef-lieu de canton du département des Vosges, en région Grand Est) en 1857, et décédé en 1929, cote 5J 4 = dossiers généalogiques Ca-Ch.]


Marche des Gris-Vêtus (régiment de Champagne), page 303 de l’album musical n° 125, supplément de Musica, février 1913, François Couperin (1668-1733), impression sur papier, H. 34 cm, numéro d’inventaire 27170 BIB, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Pascal Segrette, notice descriptive consultable en ligne.
Marche des Gris-Vêtus (régiment de Champagne), page 303 de l’album musical n° 125, supplément de Musica, février 1913, François Couperin (1668-1733), impression sur papier, H. 34 cm, numéro d’inventaire 27170 BIB, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Pascal Segrette, notice descriptive consultable en ligne.

Il en est de même pour le sieur d’Aguisy de Mainbresson[1], convoqué en 1694, mais qui est hors d’état de servir, car il est gravement malade. Cela n’empêche pas qu’il soit taxé avec d’autres membres de sa famille de soixante livres[2].


[1] Commune associée de Rocquigny et ancienne commune française, située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 17B 104 [série B = juridictions d’Ancien Régime ; sous-série 17B = bailliage royal et siège présidial de Reims ; articles 17B 1-126 = actes non judiciaires et actes administratifs et de police ; cotes 17B 101-104 = ban et arrière-ban (1689-1697).]


Fantassin du régiment de Champagne, planche 2 page 7 de Troupes du roi, infanterie française et étrangère, année 1757, tome I, anonyme français, 18ᵉ siècle, aquarelle et gouache sur papier, 50,5 × 36 cm, numéro d’inventaire 10858 BIB ; A1J12, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Fantassin du régiment de Champagne, planche 2 page 7 de Troupes du roi, infanterie française et étrangère, année 1757, tome I, anonyme français, 18ᵉ siècle, aquarelle et gouache sur papier, 50,5 × 36 cm, numéro d’inventaire 10858 BIB ; A1J12, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

A l’origine, ce sont les baillis qui ont pour mission de lever ce ban et cet arrière-ban. Lorsque celui-ci tombe en désuétude, les baillis sont réduits à leurs fonctions judiciaires.

Sous Louis XIV, les rapports des intendants stipulent que les convocations du ban et de l’arrière-ban font apparaître des gentilshommes dont on ne peut faire grand-chose.

Toutefois, si ces derniers refusent de répondre aux convocations, ils s’exposent à la confiscation de leur fief ou de leur arrière-fief[1]. En outre, ils sont obligés aussi de contribuer à cet arrière-ban, en versant une taxe proportionnelle à la valeur de ce fief.

Si, pour une raison valable, ils ne sont pas en mesure de faire face à cette convocation, une somme compensatoire est demandée. S’ils ne peuvent pas la donner, ils sont poursuivis, comme l’a été par exemple monsieur d’Aguisy de Mainbresson.


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 17B 102 [série B = juridictions d’Ancien Régime ; sous-série 17B = bailliage royal et siège présidial de Reims ; articles 17B 1-126 = actes non judiciaires et actes administratifs et de police ; cotes 17B 101-104 = ban et arrière-ban (1689-1697).]


Soldat du régiment de Champagne sous les armes, planche 61 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Soldat du régiment de Champagne sous les armes, planche 61 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Ce ban et cet arrière-ban sont convoqués à plusieurs reprises au cours du XVIIe siècle, par exemple de 1635 à 1639 pour la guerre de Trente ans (1618-1648), puis en 1674 pour lutter contre les agissements des Impériaux[1] (die Kaiserlichen), et rejoindre l’armée de Turenne qui, les trouvant par trop indisciplinés, ne veut pas les garder. On fait encore appel à eux en 1689, puis en 1697, au sujet des troubles que l’on redoutait du côté des nouveaux convertis.


[1] Lettres patentes du 12 août 1674, pour la convocation du ban et arrière-ban de la province de Champagne. Cf. Archives du Palais princier de Monaco, MC/APM/T/11 (1540-1693) = ban et arrière-ban. Liasse. 14 pièces et 16 cahiers papier. 1 pièce imprimée [série T = cotes MC/APM/T/1-MC/APM/T/1419 (années 687-2014) correspondant à l’inventaire des archives du comté et duché de Rethel-Mazarin au Palais de Monaco ; articles MC/APM/T/3-MC/APM/T/27 (années 1200-1786) = affaires féodales.], document consultable en ligne, pages non paginés, vue média 8/139 et suivantes.


Officier et soldat du régiment de Champagne, planche 59 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Officier et soldat du régiment de Champagne, planche 59 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

La suppression du ban et de l’arrière-ban suit de près l’établissement des milices. Créés par Louvois dans le contexte de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) afin de fournir des renforts, deux régiments de milice, comptant chacun dix-huit compagnies, sont levés au tout début de l’année 1689, en vertu de l’ordonnance royale du 28 novembre 1688.

C’est une troupe auxiliaire, forte d’environ vingt-cinq mille hommes, utilisables en temps de guerre. Cette institution inaugure un principe nouveau : celui de service militaire, territorial et forcé, exclusivement imposé aux classes inférieures.


Coupe de l'uniforme d'un soldat du régiment de Champagne, planche 62 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Coupe de l’uniforme d’un soldat du régiment de Champagne, planche 62 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Toutes les paroisses, sauf les plus faibles (c’est-à-dire celles où la taille globale est inférieure à quatre cents livres et qui en sont par conséquent dispensées), doivent équiper au moins un milicien, si la taille collective est inférieure à quatre mille livres. Sinon, elles se doivent de fournir un milicien supplémentaire par tranche de deux mille livres.

La désignation a lieu à la sortie de la messe, le dimanche suivant la notification envoyée par l’intendant. Pour la communauté villageoise, c’est parfois l’occasion d’écarter certains habitants jugés indésirables, de les éloigner, voire de les ostraciser ou de régler des tensions locales.


Coupe de l'uniforme d'un soldat, planche 10 du tome II d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée de gouache, aquarelle et dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, définition 5 24 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10850, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Coupe de l’uniforme d’un soldat, planche 10 du tome II d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée de gouache, aquarelle et dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, définition 5 24 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10850, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Pour essayer d’éviter les excès que permet ce premier mode de désignation, l’on a recours en 1691 au tirage au sort. Il s’effectue dans la maison du subdélégué, où le syndic du village conduit les hommes célibataires âgés de seize à quarante ans.

Ces derniers doivent répondre à certains critères physiques : il faut mesurer au moins cinq pieds quatre pouces[1]. Une ordonnance de 1774 interdit d’admettre dans cette milice les mendiants, les vagabonds, et autres « gens sans aveu[2] ».


[1] Sous l’Ancien Régime, le pied de roi mesurait 0,32483 m et se subdivisait en 12 pouces (1 pouce ≈ 2,706 cm). Ainsi, cinq pieds quatre pouces correspondent à environ 1,73 m.

[2] Cette expression désignait autrefois un individu isolé, sans statut social clair, et souvent perçu comme immoral ou criminel.


Drapeaux des Cent-Suisses du roi, planche 61 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe avec aquarelle et gouache sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Drapeaux des Cent-Suisses du roi, planche 61 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe avec aquarelle et gouache sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Le service dure deux ans mais, à partir de 1726, il passe à quatre ans, pour aboutir, en 1736, à six ans. L’âge d’appel varie de vingt-deux ans, lors de la création, à seize ans vers 1726, pour atteindre dix-huit ans durant le règne de Louis XVI.


Guidon du régiment Royal-Dragons, planche 36 du tome V d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, gouache et rehauts d’or, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10853, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Guidon du régiment Royal-Dragons, planche 36 du tome V d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, gouache et rehauts d’or, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10853, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Dans la région ardennaise, la milice s’ajoute à la réquisition de pionniers, chargés des réparations ou de la surveillance des places fortes et des rivières. Cette mesure est impopulaire à plusieurs titres car :

  • cette charge imposée par le roi est très inégalement répartie au sein du royaume et des communautés ;
  • elle est un véritable fardeau pour les paroisses rurales, qui supportent le plus durement cet effort : si le milicien désigné ne se présente pas au point de rassemblement, qui ne doit pas (après 1750) se trouver à plus de trois jours de marche, il est qualifié de traitre à la Couronne. La paroisse est alors obligée d’en fournir un nouveau pour le remplacer.

Coupe de l’uniforme d’un soldat du régiment de la Couronne, Delaistre Jacques-Antoine, planche 102 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, estampe, aquarelle, gouache et dessin à la plume sur papier, 18ᵉ siècle, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Coupe de l’uniforme d’un soldat du régiment de la Couronne, Delaistre Jacques-Antoine, planche 102 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, estampe, aquarelle, gouache et dessin à la plume sur papier, 18ᵉ siècle, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Si les villages des alentours sont mis régulièrement à contribution, l’on ne retrouve actuellement, pour La Romagne, que la participation d’ Antoine Chamouillet, François Merlin, Benoit Panier et Jean Ronsin, quatre de ses habitants (ce qui ne veut pas dire que d’autres n’ont pas été appelés à d’autres moments).

Ces derniers ont été appelés pour la garde du treizième poste[1], qui se trouvait sur la ligne de défense allant de Charleville à Signy-le-Petit[2], qui en comptait vingt et un. L’ensemble de ces postes doit assurer la protection de la frontière pendant la guerre de la Succession d’Autriche (1740-1748).


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Châlons en Champagne, C 1263, pièce n° 17 [série C = administrations provinciales ; cotes C1-2059 = intendance de Châlons ; articles C1216-1519 = armée, marine, colonies ; documents C1256-1267 = fortifications et lignes de défense de la Champagne (1675-1788).]

[2] Commune française, située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Étendard de la première compagnie des mousquetaires, planche 46 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), aquarelle et gouache, 47 × 54 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Anne-Sylvaine Marre-Noël, notice descriptive consultable en ligne.
Étendard de la première compagnie des mousquetaires, planche 46 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), aquarelle et gouache, 47 × 54 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Anne-Sylvaine Marre-Noël, notice descriptive consultable en ligne.

Dans la généralité[1] de Champagne, on recrute un homme pour trois cent quatre-vingt-cinq habitants, ce qui fait qu’en suivant cette décision en 1768, La Romagne et Grandchamps[2] doivent en fournir un, tandis que Rocquigny et Mainbresson en donnent deux.

Pour d’autres généralités, comme celles de Poitiers[3] ou La Rochelle[4], c’est un homme pour mille trois cents habitants qui est requis. Certaines provinces nouvellement rattachées, comme l’Artois, la Flandre ou le Hainaut, sont dispensées de ce recrutement.


[1] « Circonscription administrative où s’exerçait la juridiction d’un bureau de trésoriers de France, et qui était placée sous la direction d’un général des finances ou, plus tard, d’un intendant. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Commune française située actuellement dans le département de la Vienne, en région Nouvelle-Aquitaine.

[4] Commune française, actuellement préfecture du département de la Charente-Maritime, en région Nouvelle-Aquitaine.


Les cas de dérogation sont très nombreux, comme le prouve l’exemple de Rocquigny, en 1783, ou l’exempté est le domestique du garde-étalon pansant le cheval. On peut dénombrer parmi les dispensés :

  • les titulaires d’offices comportant exemption de logement des gens de guerre ;
  • les médecins, les chirurgiens, les apothicaires ;
  • les employés des fermes du roi ;
  • le directeur d’une forge ;
  • le fils aîné d’un laboureur ;
  • les nouveaux convertis ;
  • les serviteurs de nobles, etc.

Régiment de Condé, anonyme français, planche 38 page 79 de Troupes du roi, infanterie française et étrangère, année 1757, tome I, aquarelle et gouache sur papier, 18ᵉ siècle, 50,5 × 36 cm, numéro d’inventaire 10858 BIB ; A1J12, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Régiment de Condé, anonyme français, planche 38 page 79 de Troupes du roi, infanterie française et étrangère, année 1757, tome I, aquarelle et gouache sur papier, 18ᵉ siècle, 50,5 × 36 cm, numéro d’inventaire 10858 BIB ; A1J12, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

La charge est très onéreuse, puisque l’équipement et l’entretien du milicien jusqu’à sa convocation dépendent de la paroisse. Dès sa désignation, le milicien n’a plus le droit de s’en éloigner. Il reçoit de celle-ci deux sols par jour puis, à partir du jour où les régiments sont assemblés par ordre du roi, trois sols et le pain.

Son habillement et son armement sont également à la charge de la paroisse, qui lui fournit un justaucorps de drap, des culottes et des bas, un bon chapeau et de bons souliers.

Aucune uniformité ou couleur ne sont imposées. L’armement consiste en un mousquet ou fusil, une épée dont la lame mesure au moins deux pieds neuf pouces[1], et un baudrier (remplacé plus tard par un ceinturon). Les ensembles sont très disparates, et de qualité souvent médiocre.


[1] Environ 89,3 centimètres.


Régiment de Beauce n° 71, anonyme français, aquarelle et encre sur papier, 18ᵉ siècle, 23,4 × 16,4 cm, numéro d’inventaire NF AR UNI ; Est A 118, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Régiment de Beauce n° 71, anonyme français, aquarelle et encre sur papier, 18ᵉ siècle, 23,4 × 16,4 cm, numéro d’inventaire NF AR UNI ; Est A 118, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Lorsque l’on a la malchance d’être tiré au sort, il est possible de se faire remplacer. C’est ce que fait Thomas Devie qui, désigné en 1743, use de ce droit. Pour cela, un contrat est passé devant maître J.-B. Douce, notaire à Rocquigny, par lequel, et moyennant finances, Servais Créquy le Jeune, demeurant sous les Faux, lieu-dit de Rocquigny, s’engage à le remplacer.


Cent-Suisses du roi : soldat avec hallebarde et porte-étendard, planche 64 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Cent-Suisses du roi : soldat avec hallebarde et porte-étendard, planche 64 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Mathieu Arbonville (natif de Wasigny[1] mais de droit rattaché à la paroisse de La Romagne) n’a certainement pas pu, pour sa part, bénéficier de cette possibilité (en raison du coût que représente le choix d’un remplaçant), puisqu’il reçoit son congé le 1er janvier 1765, après avoir été soldat au bataillon de la milice de Mazarin.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Cent-Suisses du roi : tambour et joueur de flûte, planche 63 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Cent-Suisses du roi : tambour et joueur de flûte, planche 63 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Parisle-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Etre tiré au sort peut susciter parfois de la jalousie à l’égard d’un plus chanceux. Dans ce cas, l’on n’hésite pas à faire appel de la décision du tirage au sort. C’est ce que fait Nicolas Lacroix, qui estime anormal que l’un des garçons de la paroisse, Nicolas Dupont, n’ait pas été inscrit sur la liste et que, de ce fait, le sort ne lui aurait peut-être pas été aussi fatal.

Pour la défense de Nicolas Dupont, il est indiqué qu’il ne pouvait figurer sur la liste de La Romagne, alors qu’il était, à la date du 25 décembre 1768, au service du curé de Marlemont[1] et, qu’un mois plus tard, il entrait au service de monsieur de La Rancée, procureur-syndic de la ville de Charleville.

Nicolas Lacroix fait tant et si bien que le subdélégué de Château-Porcien organise un tirage au sort entre les deux hommes. Mais la chance n’est décidément pas de son côté, puisque le billet tiré confirme son sort. Il ne lui reste plus, pour se consoler, que l’indemnité de cinquante livres qu’ont dû lui verser les principaux habitants de la paroisse[2].


[1] Commune française, située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Archives départementales de la Marne, centre de Châlons‑en‑Champagne, C 1368, pièces n° 568 et 614 [série C = administrations provinciales ; cotes C1-2059 = intendance de Châlons ; articles C1216-1519 = armée, marine, colonies ; documents C1341-1378 = milice et régiments provinciaux (1706-1789).]


Régiment de Touraine n° 34, anonyme français, aquarelle sur papier, 18ᵉ siècle, 23,4 × 16,4 cm, numéro d’inventaire NF AR UNI ; Est A 118, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Régiment de Touraine n° 34, anonyme français, aquarelle sur papier, 18ᵉ siècle, 23,4 × 16,4 cm, numéro d’inventaire NF AR UNI ; Est A 118, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Chaque compagnie se compose d’un capitaine, d’un lieutenant, de deux sergents et de quarante hommes, soit au total sept cent quatre-vingt-douze individus par régiment.

Les officiers qui commandent les compagnies doivent, autant que possible, être domiciliés au centre, ou à proximité des villages d’où sont issus les miliciens. Assez souvent, ces officiers ont servi dans les troupes du roi, ou dans les compagnies de sa Maison militaire.


Régiment de Touraine, planche 18 page 39 de Troupes du roi, infanterie française et étrangère, année 1757, tome I, anonyme français, aquarelle et gouache sur papier, 18ᵉ siècle, numéro d’inventaire 10858 BIB ; A1J12, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Régiment de Touraine, planche 18 page 39 de Troupes du roi, infanterie française et étrangère, année 1757, tome I, anonyme français, aquarelle et gouache sur papier, 18ᵉ siècle, numéro d’inventaire 10858 BIB ; A1J12, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Pour la milice de Champagne, deux régiments sont formés : le premier est attribué à monsieur de Joyeuse, comte de Grandpré[1], et le second à monsieur de Berzau de Molins. Une fois assemblés, ces deux derniers sont éloignés de leur province d’origine.

Le régiment de Grandpré est envoyé en 1688 à Vernon[2] puis à Abbeville[3]. en 1690, il tient garnison à Besançon[4], avant de se rendre en Savoie. Il est affecté à la garnison de Suse[5], l’une des clés du Piémont avec Pignerol[6].


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune française située actuellement dans le département de l’Eure, en région Normandie.

[3] Commune française, actuellement sous-préfecture du département de la Somme, en région Hauts-de-France.

[4] Commune de l’Est de la France, actuellement préfecture du département du Doubs et siège du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté.

[5] Actuellement, commune italienne de la ville métropolitaine de Turin, dans le Piémont.

[6] Actuellement, commune italienne de la ville métropolitaine de Turin, dans la région du Piémont.


Officiers des gardes françaises et drapeau, planche 1 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, de gouache et de dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Officiers des gardes françaises et drapeau, planche 1 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, de gouache et de dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

En 1693, pour faire face à l’ennemi, chaque compagnie est augmentée de dix hommes. Le premier bataillon est présent à l’armée des Flandres, et le second, après avoir tenu garnison à Schlettstàdt[1], est intégré à l’armée d’Allemagne.

Ces deux régiments sont réformés, l’un en 1695, et l’autre en 1697, aussitôt la paix revenue[2]. En effet, avec la fin de la guerre de la Ligue d’Augsbourg et les traités de Ryswick[3], le successeur de Louvois, Barbezieux, ne garde pas cette milice.


[1] Alsacien pour Sélestat, commune située actuellement dans le département du Bas-Rhin, en région Grand Est.

[2] Bibliothèque du Sénat, 3FPM0957 [= Anciennement 9352 selon une cotation antérieure], numéros de notice 957-960, Mémoire sur la province de Champagne (1708). [XVIIIe siècle. Manuscrit en français sur papier. 492, 418, 488 et 506 feuillets. 370 sur 250 mm. Reliure en veau raciné. Le manuscrit doit être incomplet, car au bas du dernier feuillet du tome IV on lit les mots d’appels pour le feuillet suivant : « De l’évêché. » — Ce mémoire a dû être rédigé par André de Harouys, qui fut intendant en Champagne de 1702 à 1711.]

[3] À Ryswick, deux traités signés les 20 septembre et 30 octobre 1697 mirent un terme à la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) et limitèrent l’expansion de la France sous le règne de Louis XIV. Ryswick (Rijswijk en néerlandais) est actuellement une commune des Pays-Bas, située en Hollande-Méridionale, au sud-est de La Haye.


Officier de grenadier des gardes françaises, planche d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), aquarelle sur papier, 23,4 × 16,4 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Officier de grenadier des gardes françaises, planche d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), aquarelle sur papier, 23,4 × 16,4 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

A partir de 1726, le duc de Bourbon et monsieur de Breteuil, ministre de la Guerre, prennent la résolution de rétablir les milices de façon permanente.

Elles ont une place très importante dans les guerres du règne de Louis XV, soit en s’occupant des places frontières, soit en prenant part à des opérations actives, que ce soit pendant la guerre de la Succession de Pologne, la guerre de la Succession d’Autriche, ou durant la guerre de Sept Ans. Elles se composent en 1762 de quatre-vingt-dix mille hommes.



Dès 1771, le nom de milice disparaît au profit d’une nouvelle appellation, celle de « régiment de soldats provinciaux ». Dans le dernier quart du XVIIIe siècle, ce n’est plus chaque paroisse qui doit fournir un milicien, mais un groupement de villages.

En 1778, l’on constate que les paroisses de La Romagne et de Montmeillant[1] sont regroupées avec celles de Chaumont-Porcien et de Givron[2], tandis que celles de Rocquigny et Mainbressy[3] forment un autre rassemblement.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune française située dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.



Un peu plus tard, l’autorisation est donnée aux villages et aux particuliers de pouvoir remplacer le milicien désigné, soit par un « volontaire », soit par une somme d’argent, alors même que cette pratique est quasiment dénoncée depuis la première création de la milice.

Celui qui se substitue à l’homme désigné signe un contrat, dans lequel figurent la somme d’argent remise, et le nom de l’homme qu’il remplace. Il est tenu de remplir toutes les obligations du milicien, et il n’est libéré que six ans après l’époque de la substitution.



Dans les cahiers de doléances, s’élèvent des plaintes contre le recrutement et le service de la milice ou régiments provinciaux. La suppression officielle de ces derniers a lieu le 4 mars 1791. Les régiments sont licenciés, et les soldats reçoivent un congé absolu.



Il est à noter que, bien avant la Révolution, Maurice de Saxe (1696-1750)[1] avait recommandé l’instauration d’un service militaire obligatoire d’une durée de cinq ans.

Cette réforme ne fut pas adoptée sous la monarchie, le pays n’étant pas prêt pour une telle mesure. Toutefois, elle contribua à faire évoluer les mentalités et à préparer l’émergence d’une nouvelle conception du service armé, qui aboutira au XIXᵉ siècle à l’instauration du service militaire obligatoire pour tous.


[1] Maréchal général des camps et armées de Louis XV.