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Mission historique et mémorielle à Krems-Gneixendorf sur les traces de Pierre Bonhomme, natif de La Romagne, prisonnier de guerre dans le Stalag autrichien XVII B Krems-Gneixendorf.


Cadre général de la mission historique et mémorielle à Krems-Gneixendorf


Plaque commémorative du bombardement de Krems, apposée à un mur de la gare. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plaque commémorative du bombardement de Krems, apposée à un mur de la gare. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Après avoir cherché les traces de Pierre Bonhomme, natif de la Romagne[1], prisonnier de guerre n° 53026 dans les Stalags[2] allemands III A Luckenwalde[3], III B Fürstenberg (Oder)[4], III D Berlin[5], une nouvelle mission historique et mémorielle s’est accomplie au Stalag XVII B de Krems[6]-Gneixendorf[7] en Autriche du dimanche 29 juin au jeudi 10 juillet 2025. Ce déplacement a combiné échanges professionnels, recherches documentaires et exploration de terrain autour de la période 1939-1945 et des lieux de mémoire.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Abréviation de Mannschaftsstammlager (camp de sous-officiers et d’hommes de troupe prisonniers de guerre en Allemagne, pendant la Seconde Guerre mondiale).

[3] Commune allemande située actuellement dans le Land de Brandebourg, en Allemagne ; elle est le chef-lieu de l’arrondissement de Teltow-Fläming.

[4] Fürstenberg (Oder), ancienne ville allemande située actuellement dans le Land de Brandebourg, en Allemagne ; indépendante jusqu’en 1961, elle constitue aujourd’hui un quartier de la ville d’Eisenhüttenstadt.

[5] Berlin, capitale de l’Allemagne, située actuellement dans le Land de Berlin, en Allemagne ; elle constitue à la fois une ville-État et un Land fédéral.

[6] Krems an der Donau, littéralement « Krems-sur-le-Danube », commune autrichienne dotée d’un statut propre (Statutarstadt), située actuellement dans le Land de Basse-Autriche, en Autriche ; elle constitue à la fois une commune et un district.

[7] Gneixendorf, ancienne commune autrichienne située actuellement dans le Land de Basse-Autriche, en Autriche ; elle constitue aujourd’hui un quartier de Krems an der Donau.


Vestige du Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vestige du Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Apport des archives du CICR (Comité internationale de la Croix-Rouge)



Il a notamment permis des échanges avec le CICR[1] (Comité international de la Croix-Rouge), incluant l’envoi de reproductions de sources primaires, ainsi qu’une rencontre avec Edith Blaschitz à l’Université de formation continue de Krems[2] (Universität für Weiterbildung Krems).

Le CICR propose un service de recherche historique et humanitaire destiné à reconstituer le parcours des personnes disparues, détenues ou déplacées pendant la Guerre d’Espagne et la Seconde Guerre mondiale.

Dans le cas du second conflit mondial, ce dispositif concerne notamment les prisonniers de guerre français de 1939-1945, mais aussi les déportés, internés civils et travailleurs forcés. À partir de ses archives et de ses réseaux internationaux, le CICR peut fournir des informations relatives à la captivité, aux lieux de détention, aux transferts ou au sort des personnes recherchées.

Ce service fonctionne sur demande individuelle, mais il est actuellement saturé : aucune nouvelle demande standard ne sera acceptée avant le 25 janvier 2027 à 8 h (heure de Genève).

Dans le cadre de cette recherche, les Archives du CICR ont transmis plusieurs documents relatifs à Pierre Bonhomme. Parmi eux figure notamment une photocopie de la liste n° 222 établie par les autorités allemandes concernant le Stalag XVII B, sur laquelle apparaît son nom.

Ce document porte un tampon du CICR daté du 21 novembre 1940 ainsi qu’un autre cachet marqué « RF » avec la numérotation 140632-140681. Il est conservé sous la cote « C G2 FR ».

Le CICR a également communiqué les fiches individuelles recto-verso de Pierre Bonhomme, plusieurs listes officielles mentionnant son nom, ainsi que trois rapports de visite du Stalag XVII B rédigés par ses délégués :

  • rapport du 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49 ;
  • rapport du 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées ;
  • rapport du 14 octobre 1941, tapuscrit, 7 pp., non paginées.

Dans un courrier daté du mardi 22 juillet 2025, Valérie Hashemi, pour les Archives du CICR, rappelle que ces documents, bien que publics, contiennent également les noms d’autres prisonniers et doivent donc être utilisés avec précaution.

Cette consultation est autorisée dans le cadre de la recherche et de la citation scientifique, mais leur publication intégrale en ligne demeure interdite.

L’ensemble de ces sources constitue un matériau essentiel pour retracer le parcours administratif de Pierre Bonhomme et documenter les conditions de détention des prisonniers de guerre français au Stalag XVII B pendant la Seconde Guerre mondiale.


[1] Le siège du CICR se trouve au 19, avenue de la Paix, 1202 Genève, en Suisse.

[2] Dr.-Karl-Dorrek-Straße 30, 3500 Krems.


Rencontre entre Marie-Noëlle Estiez Bonhomme et Edith Blaschitz à l’Université de formation continue de Krems (Universität für Weiterbildung Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 7 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Rencontre entre Marie-Noëlle Estiez Bonhomme et Edith Blaschitz à l’Université de formation continue de Krems (Universität für Weiterbildung Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 7 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Rencontre scientifique à l’Université de formation continue de Krems (Universität für Weiterbildung Krems) avec Edith Blaschitz


Une rencontre s’est tenue le lundi 7 juillet à Krems avec Edith Blaschitz, historienne et responsable du pôle « Études sur la mémoire numérique » (« Digitale Erinnerungsforschung ») à l’Université de formation continue de Krems (Universität für Weiterbildung Krems).

Docteure en culture visuelle et histoire contemporaine de l’Université de Vienne (Wien Universität), elle est spécialisée dans les cultures de la mémoire, avec une attention particulière portée aux représentations du nazisme et de l’après-guerre en Autriche.

Ses travaux portent sur les usages médiatiques et numériques de la mémoire ainsi que sur les dispositifs participatifs en histoire. Depuis les années 1990, elle a conduit de nombreux projets internationaux consacrés à l’exil, aux migrations et à l’histoire du nazisme, en lien avec différentes institutions mémorielles.

À Krems, elle s’inscrit également dans des projets associant recherche historique, médiation culturelle et participation citoyenne, notamment autour des camps nazis et de l’histoire des femmes. Son approche, résolument transdisciplinaire, combine histoire, pratiques artistiques et technologies numériques afin de rendre visibles des mémoires et des espaces souvent peu documentés ou marginalisés.

Edith Blaschitz a confirmé à cette occasion, la participation du blog laromagne.info au programme de recherche européen consacré aux prisonniers de guerre français. Cette collaboration s’accompagne de la transmission de documents personnels, notamment plusieurs articles scientifiques en prépublication, ainsi qu’une liste des commandos de travail issue des archives de Caen. Ce document, daté de 1945, constitue une source précieuse pour l’étude des parcours de captivité.


Panorama des institutions internationales consultées dans le cadre de la recherche


Les recherches ont été approfondies au sein de plusieurs institutions internationales de référence, reconnues pour la richesse et la fiabilité de leurs fonds documentaires, afin de croiser les sources, compléter les données existantes et garantir une analyse rigoureuse et exhaustive du sujet étudié :

  • consultation des archives Arolsen (Arolsen Archives – International Center on Nazi Persecution) ;
  • orientation bibliographique au musée d’Histoire militaire (Heeresgeschichtliches Museum, Vienne), fournissant des références bibliographiques et des indications archivistiques ;
  • exploitation des fonds des Archives nationales de Russie (GARF – Государственный архив Российской Федерации) ;
  • recherche aux archives fédérales d’Allemagne (Bundesarchiv) à Berlin, notamment dans le département du personnel militaire (Abteilung PA) issu de l’ancienne « Deutsche Dienststelle – WASt » ;
  • dépouillement de documents aux Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv – ÖStA), notamment les archives militaires (Kriegsarchiv) ;
  • repérage des sources au sein du Service des Archives régionales de Basse-Autriche (Niederösterreichisches Landesarchiv) ;
  • Investigation documentaire à la Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek), en particulier sur les Stalags.

Document des archives d’Arolsen (Arolsen Archives) relatif à Pierre Bonhomme et au Stalag XVII B


Dans le cadre de recherches entreprises auprès des archives d’Arolsen (Arolsen Archives), un document concernant Pierre Bonhomme et le Stalag XVII B a été retrouvé et transmis le vendredi 11 juillet 2025 par Martina Saueracker.

La fiche de la mission de liaison à Berlin ; Français de toutes les zones (Kartei der Verbindungsmission in Berlin ; Franzosen aus allen Zonen) comporte plusieurs mentions significatives. Sur le recto figurent notamment le nom de Pierre Bonhomme, sa date de naissance « 6.1.10 » associée à « Le Breuil Marne », ainsi que la référence « P.G. [prisonnier de guerre] 53.026 Stalag XVII B ». Une mention complémentaire indique également « Rap. [rapatrié/rapatriement] mai/juin 45 », suggérant un retour en France au printemps ou au début de l’été 1945, à la fin de la guerre.

Au verso, plusieurs éléments administratifs apparaissent : un numéro imprimé en haut à gauche (450025), un tampon en bas à droite (29966), ainsi qu’une mention technique en allemand : « Sichteckkartei DRP Neutralkarte Bestell-Nr 1780 Nachdruck verboten » (fichier à onglets DRP, fiche neutre, n° de commande 1780. Toute reproduction interdite).

Ces indications confirment la nature strictement administrative de la fiche, issue des systèmes d’enregistrement allemands et alliés dédiés à la gestion des prisonniers de guerre.


Informations et orientations fournies par le Musée d’Histoire militaire de Vienne (Heeresgeschichtliches Museum, HGM)


A la suite d’une demande adressée au musée d’Histoire militaire de Vienne, (Heeresgeschichtliches Museum, HGM) de Vienne, le docteur Richard Germann a transmis le vendredi 4 juillet 2025 un ensemble de références bibliographiques et archivistiques relatives au Stalag XVII B.

Il mentionne notamment les ouvrages de synthèse Kriegsgefangene des Zweiten Weltkrieges[1], l’étude de Hubert Speckner consacrée aux camps de prisonniers dans l’Ostmark[2], ainsi que l’ouvrage collectif dirigé par Karin Böhm et autres auteurs consacré à une approche topographique du Stalag XVII B[3].

Sur le plan archivistique, il signale plusieurs documents conservés aux Archives nationales d’Autriche (ÖStA), qui apparaissent particulièrement significatifs pour l’étude du fonctionnement administratif et humain du camp[4].

Corinna Beran, archiviste référente, titulaire d’une licence et d’un master en sciences humaines ou disciplines équivalentes, rattachée aux Archives nationales d’Autriche, et plus précisément aux archives de la République, abonde dans son sens dans un courrier du vendredi 27 juin 2025.

Ces ensembles documentaires permettent d’appréhender de manière complémentaire l’organisation administrative du Stalag XVII B, son encadrement militaire, ainsi que les mécanismes d’enregistrement des décès en captivité.


[1] Bischof, Günter, Stefan Karner et Barbara Stelzl-Marx (dir.). Kriegsgefangene des Zweiten Weltkrieges: Gefangennahme – Lagerleben – Rückkehr. Vienne/Munich: R. Oldenbourg Verlag, 2005, 432 pp.

[2] Speckner, Hubert. In der Gewalt des Feindes: Kriegsgefangenenlager in der “Ostmark” 1939 bis 1945. Vienne: R. Oldenbourg Verlag, 2003, 368 pp.

[3] Böhm, Karin; Blaschitz, Edith; Rühse, Viola, Nichts zu sehen? Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – eine topografische Vermessung, Weitra, Verlag Bibliothek der Provinz, 2024, 208 pp.

[4] Österreichisches Staatsarchiv (ÖStA), Kriegsarchiv (KA), NL 787 (Wittas), Karton « Kriegsschule », Unterbestand 10: Handakten als Kommandeur des Stalag XVII B (1940–1944); Österreichisches Staatsarchiv (ÖStA), Archiv der Republik (AdR), 314 Zs-120: Totenbuch Stalag XVII B (2.8.1943–26.4.1945).


Archives nationales de Russie (Государственный архив Российской Федерации, GARF)


Les Archives nationales de Russie (GARF – Государственный архив Российской Федерации) constituent l’un des principaux dépôts d’archives publiques du pays. Situées à Moscou[1], elles conservent les fonds administratifs de la RSFSR[2] et de l’URSS[3] couvrant la période 1917–1991. Depuis la perestroïka et l’après-URSS, une part importante de leurs collections a été progressivement ouverte à la recherche.

Parmi les outils développés figure le système НИКА (NIKA)[4], basé sur l’intelligence artificielle, dédié aux documents liés à la Seconde Guerre mondiale (Grande Guerre patriotique). Il facilite l’exploration de sources massives issues des archives.

Le site propose aussi des expositions virtuelles et des visites en ligne, principalement consacrées à l’histoire russe et à la Seconde Guerre mondiale, notamment à travers des projets commémoratifs comme la « Chronique de la Victoire 1941–1945 ».

Dans le cadre de la recherche consacrée à Pierre Bonhomme, les archives nationales de Russie (RGVA) ont répondu le mercredi 24 septembre 2025 sous la référence n° 3640/2025. Le courrier indique qu’aucune information n’a été retrouvée dans le fichier nominatif des détenus des camps de concentration nazis conservé dans leurs fonds, constitué à partir de documents allemands saisis pendant la Seconde Guerre mondiale. La réponse est signée par O. V. Golovnikova, directrice adjointe de la RGVA, et cosignée par N. A. Myshov, chef du service de l’utilisation et de la publication des documents d’archives.

Par ailleurs, une seconde réponse, datée du 4 août 2025 (réf. n° 6921-T, en réponse à la demande n° N/A du 6 juillet 2025), a été transmise par I. V. Baikova, cheffe du département des travaux scientifiques, d’information et de référence, avec exécution par N. S. Baklanova. Elle précise que les archives nationales de Russie ne conservent qu’une part limitée de documents relatifs aux personnes détenues dans le Stalag III-A Luckenwalde, sans qu’aucune mention de Pierre Bonhomme n’ait été retrouvée.

La réponse souligne également que les fonds relatifs aux autres camps mentionnés, ainsi que les listes nominatives de prisonniers de guerre, n’ont pas été transférés aux Archives nationales de Russie. Il est recommandé de poursuivre les recherches auprès des archives centrales du ministère de la Défense de la Fédération de Russie, 29 rue de l’amiral Makarov, 125215 Moscou[5].


[1] Москва, Большая Пироговская улица, 17 (17 rue Bolchaïa Pirogovskaïa, Moscou, Russie).

[2] République socialiste fédérative soviétique de Russie (Российская Советская Федеративная Социалистическая Республика).

[3] Union des républiques socialistes soviétiques (Союз Советских Социалистических Республик, СССР).

[4] Système de recherche sémantique développé par les Archives nationales de Russie (GARF).

[5] Центральный архив Министерства обороны Российской Федерации, 125215, Москва, ул. Адмирала Макарова, д. 29.


Archives fédérales d’Allemagne (Bundesarchiv, Berlin)


Les archives fédérales d’Allemagne (Bundesarchiv), à Berlin[1], ont répondu le 18 avril 2023 sous la référence PA 2 – 2023/G-3899 à une demande concernant le prisonnier de guerre français Pierre Bonhomme (né le 06.01.1910). Le dossier, traité par madame C. Müller, relevait du service DR 2 chargé des renseignements sur les militaires des Première et Seconde Guerres mondiales (« Referat DR 2 Auskünfte Militärangehörige Erster und Zweiter Weltkrieg »).

Elles précisent que les missions de l’ancien Service allemand des renseignements sur les pertes militaires (Deutsche Dienststelle – WASt) ont été intégrées en 2019 aux archives fédérales d’Allemagne, au sein du département du personnel militaire (Abteilung PA).

Selon leurs informations, les archives relatives aux prisonniers de guerre français détenus par l’Allemagne ont été en grande partie saisies en 1945 et transférées en France. Elles sont aujourd’hui conservées principalement au Centre des Archives de Caen anciennement Division archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), et non au Secrétariat d’Etat aux anciens combattants comme indiqué par erreur dans le courrier allemand.

Les archives fédérales d’Allemagne à Berlin indiquent par ailleurs ne conserver que des fiches issues de versements ultérieurs, soit environ 1,5 million de cartes classées alphabétiquement. Après vérification de ces fonds, aucune trace de Pierre Bonhomme n’a été retrouvée.


[1] Bundesarchiv, Am Borsigturm 130, 13507 Berlin.


Marie-Noëlle Estiez Bonhomme aux Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv, ÖStA), vue intérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée mercredi 9 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Marie-Noëlle Estiez Bonhomme aux Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv, ÖStA), vue intérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée mercredi 9 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv, ÖStA)


Les Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv – ÖStA) constituent l’institution centrale chargée de la conservation des archives historiques de l’Autriche. Elles regroupent des fonds essentiels pour l’histoire politique, administrative et militaire du pays, couvrant notamment la période de la monarchie des Habsbourg et de l’Empire austro-hongrois jusqu’au XXe siècle.

Un centre majeur consacré aux sources militaires est celui des archives militaires (Kriegsarchiv), l’un des plus importants dépôts d’Europe centrale. L’on y conserve des dossiers du personnel militaire, des registres matricules, des archives de corps de troupe, des dossiers judiciaires militaires, ainsi que de riches collections de cartes, plans, photographies et fonds privés de militaires[1].

Les site principaux[2] et annexes[3] des Archives nationales d’Autriche réunissent plusieurs institutions et espaces de recherche, chacun spécialisé dans la conservation, le traitement et la mise à disposition de fonds documentaires variés :

  • la salle de recherche des archives militaires (Forschersaal Kriegsarchiv) ;
  • les archives de la République (Archiv der Republik) ;
  • les Archives administratives générales – Archives de la Chambre des finances et de la Cour (Allgemeines Verwaltungsarchiv – Finanz- und Hofkammerarchiv) ;
  • la salle de recherche du dépôt central (Forschersaal ZA – Zentralarchiv)
  • la bibliothèque et sa salle de lecture (Lesesaal der Bibliothek) ;
  • les Archives de la maison des Habsbourg, de la cour impériale et de l’État (Haus-, Hof- und Staatsarchiv).

[1] Autrichiens.

[2] Nottendorfer Gasse 2, 1030 Wien.

[3] Minoritenplatz 1, 1010 Wien.


Machine à microformes. Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv, ÖStA), vue intérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 9 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Machine à microformes. Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv, ÖStA), vue intérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 9 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Service des archives et de la bibliothèque régionale de Basse-Autriche (Niederösterreichisches Landesarchiv und Landesbibliothek, Sankt Pölten)


Le Service des archives[1] et de la bibliothèque régionale[2] de Basse-Autriche (Land Niederösterreich – Kultur, Wissenschaft und Unterricht, St. Pölten) a répondu le 4 juillet 2025 à une demande de recherche concernant le prisonnier de guerre Pierre Bonhomme.

Dans son courrier, le docteur Stefan Eminger indique que les fonds conservés par l’institution ne contiennent pas d’informations relatives aux prisonniers de guerre.

Il précise toutefois que des chercheurs spécialisés dans ce domaine peuvent être consultés, notamment Edith Blaschitz, titulaire d’une maîtrise et d’un doctorat, rattachée à l’Université de formation continue de Krems (Universität für Weiterbildung Krems), ainsi que Barbara Stelzl-Marx, professeure et responsable du programme « Weltkriege » (« Guerres mondiales »), au sein de l’Institut Ludwig Boltzmann pour la recherche sur les conséquences de la guerre (Ludwig Boltzmann Institut für Kriegsfolgenforschung).


[1] Landhausplatz 1, Haus Kulturbezirk 4, 3109 St. Pölten.

[2] Landhausplatz 1, Haus Kulturbezirk 3, 3109 St. Pölten.


Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek), vue extérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 7 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek), vue extérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 7 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek) et sources complémentaires


La Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek[1]), à Vienne, conserve un ensemble documentaire de premier ordre pour l’étude de la Seconde Guerre mondiale, notamment grâce à ses collections d’images, de cartes, de photographies historiques. Ces fonds permettent d’éclairer les réalités de l’Europe occupée, les circulations militaires ainsi que les dispositifs de détention mis en place par le régime nazi.

Parmi les ressources accessibles figurent des monographies et périodiques consacrés aux camps de prisonniers de guerre, dont le Stalag XVII B. Les collections cartographiques et iconographiques permettent d’en reconstituer l’environnement, l’organisation spatiale et l’intégration dans les réseaux de captivité à l’échelle européenne.

Mises en perspective avec des mémoires locales, comme celles des Ardennes, ces ressources offrent un cadre documentaire précieux pour replacer les trajectoires individuelles de prisonniers dans une histoire élargie des systèmes de détention et des déplacements forcés en Europe pendant la guerre.


[1] Neue Burg, Heldenplatz, 1010 Wien, Österreich.


Marie-Noëlle Estiez Bonhomme à la Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek), vue intérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 7 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Marie-Noëlle Estiez Bonhomme à la Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek), vue intérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 7 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Travaux de terrain à Krems-Gneixendorf


Album photographique Aus meiner Dienstzeit. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Album photographique Aus meiner Dienstzeit. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le parcours s’est poursuivi à Krems-Gneixendorf à travers une série de visites et d’explorations locales, permettant d’approfondir la compréhension du contexte historique, culturel et mémoriel de la ville :

  • archives municipales de Krems ;
  • bibliothèque municipale de Krems (Stadtbücherei Krems) ;
  • musée municipal de Krems (museumkrems) ;
  • parcours urbain « KremsMachtGeschichte » (« Krems fait l’histoire ») ;
  • club unioniste de pilotes sportifs de Krems (Union Sportfliegerclub Krems – USFC Krems) et aérodrome de Krems-Langenlois, incluant la salle du souvenir consacrée au Stalag XVII B.
  • identification de vestiges archéologiques du camp, aujourd’hui partiellement enfouis dans un espace boisé et progressivement effacés par la végétation.


Carte d’identité d’un prisonnier de guerre du Stalag XVII B. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Carte d’identité d’un prisonnier de guerre du Stalag XVII B. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems)


Monnaie de camp. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Monnaie de camp. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les archives municipales de Krems[1]Stadtarchiv Krems »), rattachées au service culturel de la ville, conservent une documentation importante sur l’histoire locale, les transformations urbaines et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale dans la région de Krems.

Daniel Haberler-Maier, archiviste municipal de Krems , a permis la consultation de plusieurs documents et objets historiques, parmi lesquels l’album photographique Aus meiner Dienstzeit, contenant des photographies du Stalag XVII B accompagnées de commentaires dactylographiés au verso, ainsi que des plans anciens de la ville de Krems, des ouvrages documentaires, une plaque militaire de prisonnier de guerre et un billet de monnaie de camp. Ces sources offrent un éclairage concret sur l’organisation matérielle du Stalag XVII B et sur les traces conservées de la captivité de guerre à Krems-Gneixendorf.


[1] Körnermarkt 14, A-3500 Krems.



Bibliothèque municipale de Krems (Stadtbücherei Krems)


Signalétique de l’office de tourisme, des archives municipales et de la bibliothèque de Krems. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Signalétique de l’office de tourisme, des archives municipales et de la bibliothèque de Krems. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La bibliothèque municipale de Krems[1] (Stadtbücherei Krems), située dans le centre historique, occupe l’ancien couvent des Dominicains. Son espace d’entrée correspond à une ancienne bibliothèque conventuelle du XIIIe siècle, dont subsistent encore des peintures murales médiévales.

Aujourd’hui, c’est une bibliothèque publique moderne, intégrée à ce cadre patrimonial. Elle propose environ 40 000 supports (livres, médias audiovisuels et ressources numériques), ainsi qu’une programmation culturelle et éducative ouverte à tous les publics.

Les collections en libre accès comprennent également des ouvrages consacrés à la Seconde Guerre mondiale, à l’histoire de Krems entre 1939 et 1945, ainsi qu’au camp de prisonniers de guerre Stalag XVII B, permettant d’accéder directement à des ressources sur cette période.


[1] Körnermarkt 14, 3500 Krems, Österreich.


Modèle de carte envoyée par les prisonniers de guerre du Stalag XVII B. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Modèle de carte envoyée par les prisonniers de guerre du Stalag XVII B. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Musée municipal de Krems (museumkrems)


Le musée municipal de Krems[1] (museumkrems) est l’un des plus anciens musées municipaux de Basse-Autriche. Installé depuis 1891 dans l’ancien couvent dominicain au cœur de la vieille ville, il conserve une forte vocation de mémoire locale, tout en intégrant progressivement les enjeux de l’histoire contemporaine, notamment ceux du XXe siècle et de la Seconde Guerre mondiale.

Un atelier d’histoire contemporaine (Zeitgeschichte-Werkstatt) du musée est consacré à l’histoire récente de Krems et propose une approche critique fondée sur des objets, documents et photographies, dont certains issus des habitants de la ville.

Il interroge une question centrale : comment une démocratie peut-elle basculer dans une dictature ? En reliant le « long XIXe siècle » au présent, il souligne l’importance du travail de mémoire et du regard critique sur l’histoire. Conçu comme un espace ouvert, il invite à la réflexion et s’adresse particulièrement aux publics scolaires.

La période nazie et la Seconde Guerre mondiale y occupent une place essentielle. L’atelier analyse ces années à l’échelle locale, à travers les mécanismes d’exclusion, les formes de participation et les traces de résistance, en mettant en lumière des parcours individuels et le quotidien sous le régime national-socialiste.


[1] Körnermarkt 14, 3500 Krems, Österreich.


Entrée du musée municipal de Krems (museumkrems) . Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Entrée du musée municipal de Krems (museumkrems) . Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Parcours mémoriel « Krems fait l’histoire » (KremsMachtGeschichte)


Vestiges du Stalag XVII B et barrières anti-intrusion. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vestiges du Stalag XVII B et barrières anti-intrusion. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le parcours « Krems écrit l’histoire » (KremsMachtGeschichte) constitue une initiative de mémoire urbaine consacrée à la période du national-socialisme à Krems. Il transforme la ville en espace d’histoire active, en reliant 24 lieux de mémoire qui évoquent la violence politique, les mécanismes de persécution, mais aussi les formes de résistance, de solidarité et les traces de vies détruites ou dispersées.

Ce projet rappelle que Krems fut, dès 1938, la capitale du Gau Niederdonau, intégrée aux structures du régime nazi. À travers des épisodes précis (bombardements, déportations, destructions de la synagogue, spoliation des commerces juifs ou encore exécutions et massacres de 1945), il met en lumière la manière dont la ville a été profondément transformée par la dictature et la guerre.

Des lieux comme le Stalag XVII B à Gneixendorf[1], les anciens sites de détention ou les espaces publics du centre-ville montrent l’inscription concrète de la violence dans le paysage urbain.

L’originalité du dispositif réside dans son approche participative : le parcours n’est pas linéaire mais se construit par la déambulation. Chaque site, signalé par des repères visuels et accessible via QR codes, permet d’accéder à des récits, documents et témoignages. L’histoire devient ainsi une construction active, où la mémoire collective se confronte aux traces matérielles et aux absences du passé.

En articulant lieux, biographies et événements, KremsMachtGeschichte propose une lecture critique de la ville, où la Seconde Guerre mondiale n’est pas seulement un chapitre historique, mais une réalité encore lisible dans l’espace urbain. Le projet souligne ainsi que faire l’histoire, c’est aussi interroger ce que les lieux continuent de transmettre, de transformer ou de dissimuler.


[1] Wasserhofstraße, 3500 Gneixendorf.


Aérodrome de Krems-Langenlois, incluant la salle du souvenir consacrée au Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Aérodrome de Krems-Langenlois, incluant la salle du souvenir consacrée au Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

L’aérodrome de Krems-Langenlois : entre héritage aéronautique et mémoire du Stalag XVII B



Le club unioniste de pilotes sportifs de Krems (Union Sportfliegerclub Krems – USFC Krems) rend hommage à Otto Salzinger, pilote de montgolfière et instructeur de vol, qui dirigea le club pendant plus de trente ans. Il contribua largement au développement de l’aérodrome de Krems-Langenlois[1] par la modernisation des infrastructures, l’asphaltage de la piste, la construction de hangars et la création de la section montgolfière.

Le site conserve également une importante dimension mémorielle liée au Stalag XVII B. À l’extérieur de l’aérodrome de Krems-Langenlois, plusieurs plaques commémoratives rendent hommage aux prisonniers de guerre détenus dans le camp durant la Seconde Guerre mondiale.

Une petite exposition permanente, aménagée dans une salle du souvenir, présente l’histoire du Stalag XVII B et rappelle la présence des milliers de prisonniers internés à Krems-Gneixendorf entre 1939 et 1945.


[1] Flughafenstraße 15, 3500 Gneixendorf.



De Goviller (Meurthe-et-Moselle) au Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf) via le Frontstalag 162 (Dommartin-lès-Toul) : itinéraire de Pierre Bonhomme dans le contexte de l’Anschluss


Plan général de la ville de Krems réalisé en juin 1943. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan général de la ville de Krems réalisé en juin 1943. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Pierre Bonhomme est dirigé vers le Stalag XVII B après avoir été fait prisonnier le 21 juin 1940 à Goviller[1], interné dans le Frontstalag[2] 162[3] avant d’y arriver, d’y recevoir son numéro de prisonnier de guerre, du 6 octobre au 13 novembre 1940.

Dans l’ensemble des camps de prisonniers de guerre du IIIe Reich, plusieurs Stalags et Oflags[4] se trouvent en Autriche[5]. Cette installation dans ce pays est rendue possible par l’Anschluss[6] ou, annexion de l’Autriche au Reich allemand[7], entre le 11 et le 13 mars 1938.

C’est le premier pas vers les desseins d’Hitler[8] exprimés, non seulement dans les programmes du parti nazi[9], mais aussi dans Mein Kampf[10], son manifeste idéologique dans lequel il exprime sa volonté de fonder en Europe un « Grand Reich » réunissant l’ensemble des populations d’origine germanique.

Alors que le traité de Versailles[11] interdit toute union entre les deux pays, notamment en raison de leur alliance durant la Première Guerre mondiale, la nomination d’Adolf Hitler comme chancelier[12] du Reich par le président Paul von Hindenburg[13] le 30 janvier 1933, ouvre pour l’Autriche une nouvelle configuration politique.

La même année, Dollfuss[14] instaure une dictature austro-fasciste, avec interdiction des partis nazi et communiste, et répression de mouvements socialistes. Le 25 juillet 1934, il est assassiné par des conjurés nazis, et remplacé par Schuschnigg[15]. Opposé à la fusion de l’Autriche et de l’Allemagne, ce dernier est poussé à la démission le 11 mars 1938, cédant ainsi aux exigences d’Hitler (autoriser le parti nazi, libérer des prisonniers nazis, unir l’Allemagne et l’Autriche).

Il est remplacé par Seyss-Inquart[16], totalement dévoué au Führer. Le 12 mars les troupes allemandes pénètrent en Autriche, sans rencontrer de résistance. Le 13 mars, l’Autriche n’est plus un pays indépendant mais une province allemande qui reçoit le nom d’Ostmark[17]. Deux jours plus tard, Hitler est à Vienne[18], où il prononce un discours qui soulève un grand enthousiasme populaire.

Située à environ quatre-vingts kilomètres[19] de Vienne, Krems s’inscrit dans les traditions nationalistes allemandes et adhère progressivement au nazisme, phénomène qui s’accentue surtout après l’Anschluss de 1938.


[1] Commune française située actuellement dans le département de la Meurthe-et-Moselle, en région Grand Est.

[2] Abréviation de Frontstammlager. Désigne un camp de prisonniers de guerre administré par l’armée allemande et principalement implanté en France occupée durant la Seconde Guerre mondiale.

[3] A Dommartin-lès-Toul, commune située actuellement dans le département de la Meurthe-et-Moselle, en région Grand Est.

[4] Abréviation de l’allemand Offizierslager (camp de sous-officiers et d’hommes de troupe prisonniers de guerre en Allemagne, pendant la Seconde Guerre mondiale).

[5] Wehrkreis XVII (WK XVII) et Wehrkreis XVIII (WK XVIII), circonscriptions militaires de l’armée allemande établies après l’Anschluss, couvrant respectivement le nord-est de l’Autriche (WK XVII, centre à Vienne) et les régions sud et sud-ouest (WK XVIII, centre à Salzbourg) intégrées au Reich ; ces districts constituaient des unités administratives et logistiques de la Wehrmacht, chargées de l’organisation territoriale, du recrutement et de la gestion des infrastructures militaires.

[6] Anschluss (allemand Anschluss, « rattachement » ; pluriel Anschlüsse, ancienne graphie Anschluß) désigne l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie les 12–13 mars 1938. Issu de anschließen (« rattacher »), le terme renvoie aux courants pangermanistes d’après 1918, mais il recouvre en réalité une annexion imposée par le régime hitlérien sous forte pression politique et militaire. Le 12 mars marque l’entrée des troupes allemandes en Autriche, le 13 mars sa proclamation d’intégration au Reich. Présenté comme une « réunification », l’Anschluss met fin à l’indépendance autrichienne jusqu’en 1945.

[7] Le nom officiel de l’État allemand demeure juridiquement Deutsches Reich (Reich allemand) de 1871 à 1945. Après l’Anschluss de 1938, l’expression Großdeutsches Reich (Grand Reich allemand) s’impose progressivement dans l’usage officiel et propagandiste, avant d’être prescrite aux administrations par un décret d’Adolf Hitler en juin 1943. L’expression Drittes Reich (Troisième Reich) relève en revanche d’une appellation idéologique et historiographique, non officielle.

[8] Adolf Hitler, né le 20 avril 1889 à Braunau am Inn (Autriche) – mort le 30 avril 1945 à Berlin (Allemagne), homme politique allemand d’origine autrichienne, chef du Parti national-socialiste (NSDAP), chancelier du Reich à partir de 1933 puis Führer de l’Allemagne nazie de 1934 à 1945.

[9] NSDAP, c’est-à-dire Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei (« Parti national-socialiste des travailleurs allemands » en allemand).

[10] Brayard, Florent (dir.) ; Wirsching, Andreas (dir.). Historiciser le mal : une édition critique de « Mein Kampf ». Édition établie par Anne-Sophie Anglaret, David Gallo, Johanna Linsler et al. ; nouvelle traduction du texte établie par Olivier Mannoni en collaboration avec l’équipe scientifique française ; publié en collaboration avec l’Institut für Zeitgeschichte. Paris : Fayard, 2021. 1 vol. (XLV-847 pp.) ; 31 cm. Bibliographie pp. 785-821 ; index. Adaptation et prolongement de Hitler, « Mein Kampf »: eine kritische Edition. Contient : Hitler, Adolf. Mein Kampf.

[11] Signé le 28 juin 1919 entre l’Allemagne et les puissances alliées à l’issue de la Première Guerre mondiale, ce traité impose à l’Allemagne de lourdes pertes territoriales, militaires et financières.

[12] La chancellerie de l’Allemagne correspond à la fonction de chef du gouvernement, comparable à celle de Premier ministre.

[13] Paul von Hindenburg (1847-1934), né à Posen (aujourd’hui Poznań) et mort à Neudeck en Prusse orientale, est un maréchal allemand et une figure majeure de la Première Guerre mondiale. Démobilisé en 1919, il publie l’année suivante ses mémoires, Aus meinem Leben. Élu président de la République de Weimar en 1925, il est réélu en 1932 face à Adolf Hitler. Il meurt le 2 août 1934 à Neudeck.

[14] Engelbert Dollfuss (né le 4 octobre 1892 à Texing – mort le 25 juillet 1934 à Vienne), homme politique autrichien, chancelier fédéral de 1932 à 1934.

[15] Kurt Schuschnigg, né le 14 décembre 1897 à Riva del Garda (Italie – mort le 18 novembre 1977 à Mutters, près d’Innsbruck (Autriche), est un homme politique autrichien. Député chrétien-social en 1927, il occupe ensuite les fonctions de ministre de la Justice, puis de l’Instruction publique, avant de devenir chancelier en 1934, à la suite de l’assassinat d’Engelbert Dollfuss. Il s’efforce de préserver l’indépendance de l’Autriche face à l’Allemagne nazie.

[16] Arthur Seyss-Inquart, né le 22 juillet 1892 à Stannern (Moravie, Autriche-Hongrie), mort le 16 octobre 1946 à Nuremberg (Allemagne), homme politique autrichien puis nazi, brièvement chancelier d’Autriche en mars 1938, il joue un rôle central dans l’Anschluss avant d’occuper des fonctions importantes au sein du régime nazi durant la Seconde Guerre mondiale. Il est condamné à mort lors des procès de Nuremberg et exécuté le 16 octobre 1946.

[17] Ostmark (« marche orientale ») est un terme historique désignant à l’origine la marche médiévale à l’origine de l’Autriche. Entre 1938 et 1942, la propagande nazie l’utilisa pour désigner l’Autriche annexée au Reich après l’Anschluss, dans le but d’effacer l’idée d’un État autrichien distinct.

[18] Ville et capitale de l’Autriche (Republik Österreich), constituée en Land fédéré à part entière : Land de Vienne (Bundesland Wien), elle-même subdivisée en vingt-trois arrondissements municipaux (Gemeindebezirke).

[19] Environ soixante kilomètres à vol d’oiseau et soixante-dix-sept à quatre-vingts kilomètres par la route séparent Krems an der Donau de Vienne.


Plan de janvier 1942. Détail du Stalag XVII B Krems-Gneixendorf. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan de janvier 1942. Détail du Stalag XVII B Krems-Gneixendorf. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Du Dulag au Stalag XVII B : implantation et organisation du camp de Gneixendorf


Plan de 1943. Détail du Stalag XVII B Krems-Gneixendorf. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan de 1943. Détail du Stalag XVII B Krems-Gneixendorf. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Initialement aménagé à l’été 1938[1] pour des usages militaires provisoires, il est ensuite utilisé comme lieu de transit et d’hébergement de la main-d’œuvre contrainte[2], notamment polonaise. Le 25 septembre 1939[3], l’administration crée le camp de transit (Dulag) de Gneixendorf. Le 2 octobre 1939[4], le camp intègre le Dulag Döllersheim[5] en tant que camp annexe (Zweiglager). Enfin, le 26 octobre 1939[6], la Wehrmacht transforme officiellement le Dulag en Stalag XVII B, intégrant le site au système des camps de prisonniers de guerre.

Ce dernier est implanté dans la XVIIe région militaire ou Wehrkreis XVII, sur la partie la plus pauvre du plateau de Langenlois[7], où le climat est particulièrement rude en hiver. En date du 1er septembre 1940, un prisonnier note que le temps est sombre avec un vent froid, des journées de novembre[8]. Il neige pour la première fois de l’année le 30 septembre et, le 2 octobre, il y a vingt-cinq centimètres de neige.

Le camp est situé dans le village de Gneixendorf, à environ cinq kilomètres de la ville de Krems an der Donau[9], en Basse-Autriche. Il se trouve sur une colline au-dessus de la ville[10], a une forme quadrangulaire de quatre cents mètres de large, sur cinq cents mètres de long, et s’étend sur plus de vingt hectares. Il est traversé par une large rue centrale bordée de parterre de gazon[11].

Il est entouré d’une double rangée de barbelés, de quatre mètres de haut, soutenue par des pylônes régulièrement espacés. A l’intérieur, un fil tendu à vingt centimètres du sol délimite la zone interdite : toute tentative de franchissement expose au tir des sentinelles, avec des conséquences mortelles[12].

Ce descriptif diffère quelque peu de celui proposé dans le rapport établi par le CICR, qui met en avant le peu de barbelés et de cloisons, ce qui provoque une impression moins pénible de la captivité.


[1] Blaschitz, Edith, « Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – Geschichte, Kontaktzonen und transnationales Gedächtnis », in Böhm, Karin; Blaschitz, Edith; Rühse, Viola, Nichts zu sehen? Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – eine topografische Vermessung, Weitra, Verlag Bibliothek der Provinz, 2024, 208 pp., pp. 10-25 (bibliographie pp. 24-25), ici p. 11.

[2] Zwangsarbeit, parfois considéré comme un « esclavage moderne » (moderne Sklaverei).

[3] Megargee, Geoffrey P. (dir.). The United States Holocaust Memorial Museum Encyclopedia of Camps and Ghettos, 1933–1945. Volume IV: Camps and Other Detention Facilities under the German Armed Forces. Bloomington/Indianapolis: Indiana University Press; Washington, DC: United States Holocaust Memorial Museum, 2022. xxiv + ca. 1100 pp, p. 125.

[4] Ibid.

[5] Il fut également désigné, de manière concomitante, sous l’appellation de Dulag XVII.

[6] Ibid., p. 486.

[7] Ville et commune d’Autriche située dans le Land de Basse-Autriche (Bundesland Niederösterreich), chef-lieu du district administratif (Bezirk) de Krems-Land.

[8] Jérôme Croyet (éditeur scientifique), Lettres du stalag : 1940-1944. Lettres et cartes postales de prisonniers de guerre français, Marseille, Gaussen, 2020, 238 pp. + XXIV pp. de pl., pp. 235-236.

[9] Krems sur le Danube.

[10] Blaschitz, Edith, « Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – Geschichte, Kontaktzonen und transnationales Gedächtnis », in Böhm, Karin; Blaschitz, Edith; Rühse, Viola, Nichts zu sehen? Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – eine topografische Vermessung, Weitra, Verlag Bibliothek der Provinz, 2024, 208 pp., pp. 10-25 (bibliographie pp. 24-25), ici p. 11.

[11] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 46/49.

[12] Moret-Bailly, Jean, « Le camp de base du Stalag XVII B », in Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, janvier 1957, 7e année, n° 25, janvier 1957, pp. 7-45, p. 9.


Organisation administrative et dispositifs de contrôle du Stalag XVII B


Sur le pourtour, et dans l’axe du camp, sont installés des miradors avec des mitrailleuses. De hauts poteaux sont surmontés de haut-parleurs qui diffusent, selon les moments, des informations collectives, de la musique, ou des chansons folkloriques, comme celles qui sont chantées dans les Heurigen[1]. Ce camp comprend divers services[2] :

  • La Kommandantur[3] du Stalag, avec un colonel à sa tête ;
  • L’intendance ou Verwaltung[4] qui s’occupe de l’approvisionnement ;
  • Le service de santé ;
  • L’Arbeitseinsatz[5] sous les ordres d’un capitaine, qui traite avec les agriculteurs, industriels, etc. ;
  • L’Abwehr[6], dont le chef est à partir de 1940 le major Wenghorz, qui administre la censure du courrier, le service des colis, la permanence des interprètes.
  • Le service de propagande gère aussi la partie loisirs (bibliothèque, théâtre), ainsi que la Betreuung[7], à laquelle appartiennent les prêtres et autres religieux.

Ces services sont, pour certains, à l’intérieur du camp, et pour d’autres, à un kilomètre à l’extérieur du camp des Truppenlager[8], où se trouvent des bâtiments administratifs et des baraques d’habitation pour le personnel du camp. Celui-ci est constitué de civils issus de la population locale, et de militaires, dont les Landesschützenbataillonen[9] comme personnel de garde.


[1] Heuriger (pluriel : Heurigen) : auberges ou tavernes viticoles traditionnelles autrichiennes où les vignerons servent leur vin de l’année accompagné de plats simples.

[2] Moret-Bailly, Jean, « Le camp de base du Stalag XVII B », in Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, janvier 1957, 7e année, n° 25, janvier 1957, pp. 7-45, p. 8.

[3] Commandement du camp (ou quartier général de commandement).

[4] Administration (ou service administratif).

[5] Emploi de la main-d’œuvre (ou service de mise au travail).

[6] Service de renseignement et de contre-espionnage (défense militaire).

[7] Assistance morale et sociale, accompagnement des prisonniers, incluant notamment les aumôniers et personnels religieux.

[8] Camps des troupes (ou camps militaires).

[9] Landesschützenbataillon (singulier) / Landesschützenbataillone (pluriel) : bataillon(s) de fusiliers territoriaux ou de défense territoriale.


Effectifs et répartition des prisonniers de guerre au Stalag XVII B (1940–1941)


Vestiges du Stalag XVII B et barrières anti-intrusion. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vestiges du Stalag XVII B et barrières anti-intrusion. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A l’origine, ce camp est commandé par le général Wittas[1]  depuis le 6 juin 1940. Il est prévu pour accueillir environ douze mille prisonniers. Bien que de nombreux d’entre eux soient répartis dans des commandos de travail[2], et dispersés dans des camps satellites du district (Amstetten[3] ou Sankt Pölten[4], par exemple), ou dans la ville de Krems même, où des baraques sont implantées près de la gare et de la tour fortifiée Pulvertum[5], le surpeuplement est tel qu’il nécessite l’installation de tentes. Elles abritent les prisonniers polonais jusqu’en 1941, ce qui rend leurs conditions de vie encore plus difficiles.

Le rapport de la visite du camp XVII B par des membres du CICR en date du 21 août 1940[6] révèle, qu’à ce moment-là, l’effectif est de quarante-cinq mille hommes, dont vingt-cinq mille Belges, dix-neuf mille six cents Français, et neuf cents Polonais.

En réalité seuls huit mille huit cents hommes sont au camp, tandis que les autres travaillent dans les mille cent soixante-dix AK[7], et sont répartis dans toute la moitié nord de L’Autriche. En 1941, le nombre des AK a augmenté[8] : ils sont désormais mille trois cents, répartis principalement dans l’agriculture et l’industrie.


[1] Wittas, Wilhelm (10 janvier 1886, Hermannstadt – 25 janvier 1973, Salzbourg), général. Officier de carrière de l’armée austro-hongroise puis des forces autrichiennes, il occupe divers postes de commandement avant 1938. Après l’Anschluss, il est intégré dans les structures militaires du Reich et exerce des fonctions de commandement de camps pendant la Seconde Guerre mondiale. Il meurt à Salzbourg en 1973. Cf. Preiß, Kurt. Preiß, Kurt. Von der Befreiung zur Freiheit: Krems 1945–1955. Mit einem Beitrag von Wilhelm Ziskovsky über Karl Suppanz. Krems: Verein für Geschichte der Arbeiterbewegung in Krems, 1997. 624 pp., ill. ; 22 cm. (Zeitgeschichtliche Schriftenreihe des Vereins für Geschichte der Arbeiterbewegung in Krems, vol. 2). Bibliographie pp. 621-624, ici pp. 499-500.

[2] Arbeitskommando (singulier) / Arbeitskommandos (pluriel) : détachement(s) de travail dans la terminologie du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ; traductions alternatives : brigade(s) de travail, commando(s) de travail.

[3] Ville et commune d’Autriche située dans le Land de Basse-Autriche (Bundesland Niederösterreich), chef-lieu du district administratif (Bezirk) d’Amstetten.

[4] Ville et commune d’Autriche, capitale du Land de Basse-Autriche (Bundesland Niederösterreich). Elle est également chef-lieu du district administratif (Bezirk) de Sankt Pölten-Land (la ville elle-même constituant une Stadt mit eigenem Statut, c’est-à-dire une commune à statut urbain autonome).

[5] La Pulverturm de Krems est une tour fortifiée médiévale de Krems, anciennement utilisée comme dépôt de poudre à canon (Pulverlager / Pulvermagazin) dans le système défensif de la ville.

[6] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 46/49.

[7] Autres abréviations de Arbeitskommando attestées dans les sources allemandes et documents de camps : Arb.-Kdo., ArbKdo., Arb.-Komm., Arb Komm., AKdo., A.Kdo., AK, A.K., A/Kdo., Arb.-Kdo, Arb-Kdo.

[8] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp. non paginées, p. 1/6.


Du Frontstalag 162 (Dommartin-lès-Toul) au Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf) : transport, arrivée et enregistrement des prisonniers de guerre


Signalétique de la ligne de Krems an der Donau. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Signalétique de la ligne de Krems an der Donau. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Alors que le prisonnier a déjà subi de très dures conditions physiques et morales lors de sa capture et de sa détention dans un Frontstalag, il doit, un jour, rassembler ses affaires pour se rendre à une gare, puis monter dans un wagon de marchandises (verrouillé de l’extérieur au moment du départ du train), en direction d’une destination inconnue.

De juillet à décembre 1940, arrivent ainsi à Gneixendorf plusieurs convois de prisonniers français. Après quatre ou cinq jours de voyage, entassés à cinquante par wagon et disposant d’une nourriture très limitée (un morceau de pain et des saucisses), ils arrivent à la gare de Krems, ou à un point d’embarquement situé à Landersdorf[1].

Puis ils parcourent en colonnes environ cinq kilomètres jusqu’au camp de Gneixendorf, en passant par la rue de Langenlois, et en suivant le chemin du Stalag qui serpente à flanc de coteau. Lorsqu’ils arrivent au but, ils sont épuisés physiquement et moralement par les conditions du voyage, affamés, et affaiblis par la maladie. Beaucoup d’entre eux souffrent de dysenterie[2].

C’est alors qu’ils doivent passer à la douche, être tondus (par la suite ils le seront tous les quinze jours ou le jour de l’épouillage), vaccinés contre la variole et le typhus.  Ils abandonnent leurs papiers d’identité, des objets personnels ou de valeur, l‘argent qu’ils possèdent. Seule la « monnaie de camp »[3] doit être utilisée. Ils reçoivent une plaque de métal portant leur numéro matricule de prisonnier.

Il sert à les identifier, et ne change pas, quelle que soit leur affectation. Dans le bureau du Vorlager[4], des photos et les empreintes digitales sont prises, des fiches individuelles[5] de prisonnier sont établies. Ils envoient alors, à leur famille, une carte de capture pour indiquer le lieu où il se trouve.


[1] Blaschitz, Edith, « Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – Geschichte, Kontaktzonen und transnationales Gedächtnis », in Böhm, Karin; Blaschitz, Edith; Rühse, Viola, Nichts zu sehen? Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – eine topografische Vermessung, Weitra, Verlag Bibliothek der Provinz, 2024, 208 pp., pp. 10-25 (bibliographie pp. 24-25), p. 11.

[2] « Inflammation grave des intestins, caractérisée surtout par une sévère diarrhée. Des soldats frappés par la dysenterie. (Dans le langage médical, on emploie aujourd’hui l’expression Syndrome dysentérique.) Spécialement. Infection intestinale due à des amibes ou à des bacilles. Dysenterie amibienne. La dysenterie bacillaire est contagieuse. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[3] Lagergeld, utilisable uniquement dans le cadre du camp sous forme de bons (Gutschein au singulier, Gutscheine au pluriel).

[4] Camp antérieur (ou camp préalable), c’est-à-dire la zone de transit ou d’accueil située en amont du camp principal.

[5] Personalkartei (singulier) ; Personalkarteien (pluriel).


Mur de la gare de Krems an der Donau. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Mur de la gare de Krems an der Donau. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Amélioration des conditions de détention et encadrement du courrier au Stalag XVII B à partir d’octobre 1940


Le sort des prisonniers s’améliore un peu à partir d’octobre 1940.  Cela peut être imputé aux inspections du CICR ou de la mission Scapini[1], à moins que ce ne soit, à partir d’octobre 1940, lorsque les premières lettres arrivent, après avoir été retenues parfois au moins une quinzaine de jours par la censure.

C’est alors que les premiers colis familiaux des familles ou du CICR sont distribués. Avant d’être remis, ils sont ouverts, avec confiscation de l’alcool, vérification des autres produits, et, s’ils contiennent des livres, après contrôle et autorisation de la censure. Quant aux colis, qui arrivent en si mauvais état qu’il est difficile voire impossible d’identifier le destinataire, le contenu en est distribué aux plus nécessiteux[2].

Par ailleurs, les prisonniers ont en théorie le droit d’envoyer deux cartes, et deux « lettres-réponses » par mois, mais en mars 1941, beaucoup se plaignent de n’avoir que deux cartes à envoyer, et rien d’autre. La correspondance arrive irrégulièrement de France, et pour ceux qui sont en commando de travail s’ajoute un délai supplémentaire s’ils changent d’AK.


[1] Georges Scapini, ancien combattant de la Grande Guerre, dirige sous Vichy le Service des prisonniers de guerre à partir de 1940. Il représente la France auprès des autorités allemandes et organise des visites de camps via ses inspecteurs. Son action reste toutefois très limitée par les contraintes allemandes, et la majorité des rapatriements dépend surtout de la Convention de Genève.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 5/6.


Habillement et conditions d’hygiène des prisonniers au Stalag XVII B


Les vêtements sont étuvés et désinfectés à l’aide d’acide cyanhydrique[1], mais ces opérations sont vaines, car la vermine revient systématiquement. Deux mille cinq cents désinfections sont pratiquées chaque jour. Le prisonnier se voit ensuite attribuer une place dans l’une des baraques aux toits noirs ; elles ne seront toutes achevées qu’en 1941.

Soumis à des conditions de travail éprouvantes, les prisonniers affectés aux commandos voient leurs vêtements et les semelles de leurs chaussures s’user rapidement. Cette situation nécessite le recours aux ateliers de confection et de cordonnerie installés dans le camp.

En janvier et février 1941, d’importants envois de vêtements et de chaussures en provenance de France arrivent au camp, permettant aux prisonniers d’être temporairement un peu mieux vêtus. À la même période, certains adoptent le port de sabots pour marcher.

Il arrive que des prisonniers d’autres nationalités, ou affectés à des commandos de travail, pas de chaussures l’hiver, et qu’ils enveloppent leurs pieds dans des chiffons au risque d’avoir les pieds gelés.  Selon un rapport de visite du CICR[2] en octobre 1941, les magasins regorgent de sous-vêtements et de gants, de souliers à semelles de bois, mais manquent de chaussettes, d’habits chauds, de pantalons. Or, dans les commandos de travail, le linge et les vêtements sont souvent dans un grand état de saleté.   


[1] « Se dit de l’acide de formule HCN, produit par la combinaison de l’hydrogène et du cyanogène. L’acide cyanhydrique, qu’on appelait aussi acide prussique, est un poison violent. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 14 octobre 1941, tapuscrit, 7 pp., non paginées, p. 3/7.


Organisation des baraques et conditions de vie des prisonniers au Stalag XVII B


Chaque baraque est conçue pour trois cents hommes. Un Barackenälteste[1] veille à son bon état, et un Dolmetscher[2] est présent. Dans chacune d’entre elles, se trouvent des lits à trois étages, où ils disposent lors de leur arrivée de paillasses et de couvertures. Les premières disparaissent rapidement pour éviter la prolifération de la vermine et sont remplacées par une simple planche de bois, encore moins confortable. Mais même ces planches ne résistent pas longtemps : elles sont très souvent volées, achevant de priver les prisonniers du moindre repos décent.

Selon la visite du CICR de mars 1941[3], les prisonniers disposeraient de deux couvertures. En cas de surpeuplement du camp, les hommes dorment à même le sol. Un poêle permet le chauffage en hiver, du moins lorsque l’approvisionnement en bois le permet.  

Au milieu de la baraque, les sanitaires sont installés, avec des lavabos ne distribuant que de l’eau froide ; ces points d’eau s’avèrent cependant insuffisants, compte tenu du nombre d’hommes. Selon la période, une douche est possible toutes les huitaines ou quinzaines. Dans la journée, les prisonniers disposent de latrines extérieures couvertes, et d’une fosse d’aisance nocturne dans le bâtiment.

La journée commence dès cinq heures trente ou six heures du matin avec l’appel à l’extérieur, dont la durée est très variable. Elle se termine à vingt heures trente, avec le coucher.


[1] Chef de baraque, qui veille à son bon état.

[2] Interprète.

[3] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 1/6.


Rations alimentaires et conditions de subsistance des prisonniers au Stalag XVII B


Trois repas par jour sont prévus, mais, s’ils existent bien, ils ne permettent pas aux prisonniers d’assouvir leur faim, les rations hebdomadaires théoriques étant les suivantes[1] :

  • 2,425 kg : pain ;
  • 2,800 kg : pommes de terre ;
  • 0,250 kg : viande (cheval ou abats) ;
  • 0,218 kg : graisse ;
  • 0,175 kg : sucre ;
  • 0,175 kg : marmelade ;
  • 0,150 kg : farinacées ;
  • fromages et légumes « suivant les arrivages ».

En réalité, le petit-déjeuner consiste en une décoction de glands ou d’épluchures. Le midi, est servie une soupe dont les légumes sont rarement épluchés (pommes de terre, rutabagas, fanes de betteraves, orties, etc.). Le soir, les prisonniers ont droit à une nouvelle décoction, ainsi qu’à un peu de margarine, de saucisse et du pain de médiocre qualité.

Un trafic de viande et d’autres denrées est mis en place par les Allemands, qui détournent une partie de la nourriture prévue pour les prisonniers. Et un marché noir se met en place pour le pain et les cigarettes. Lors des visites d’août 1940[2] et de mars 1941[3] par des représentants du CICR, ceux-ci ne rapportent aucune plainte en ce qui concerne la nourriture, ce qui est assez difficile à croire quand on connait les rations et la frugalité des repas.

En revanche, en octobre 1941[4], les prisonniers n’hésitent pas à faire part de leurs doléances dans ce domaine, tant sur la quantité que la qualité. Or les délégués sont invités à visiter des cuisines, spacieuses, propres, et où ils observent des légumes baignant dans de grands baquets d’eau. Sont-ils dupes de la mise en scène ?  


[1] Moret-Bailly, Jean, « Le camp de base du Stalag XVII B », in Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, janvier 1957, 7e année, n° 25, janvier 1957, pp. 7-45, p. 11.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49.

[3] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées.

[4] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 14 octobre 1941, tapuscrit, 7 pp., non paginées, p. 2/7.


Surpopulation et organisation du travail forcé des prisonniers au Stalag XVII B


 Ancienne autoroute du Reich. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
 Ancienne autoroute du Reich. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dès l’été 1940, l’effectif est de « 25 000 Belges, 19 600 Français, 900 Polonais, donc un total de 45 500 hommes[1]. » Cela peut témoigner d’une « surpopulation carcérale » par rapport au nombre de prisonniers de guerre initialement prévu.

Mais, très rapidement, le service de la main-d’œuvre, sous les ordres d’un capitaine, place les prisonniers de guerre auprès d’agriculteurs, d’industriels ou d’administrations qui ont besoin de personnel. Un certain nombre travaille dans les bureaux du camp.

Le choix par rapport à l’activité se fait en fonction de la force physique des prisonniers de guerre, ou de leur profession initiale. Les effectifs de ces détachements varient de quelques individus à un millier au moins.

Un contrat engage le Stalag à fournir un nombre donné de prisonniers de guerre. Le salaire, qui varie selon l’individu et le poste, est payé en monnaie de camp. Le salaire peut être de 70 à 80 Pfennigs par jour et, dans d’autres cas, de 35 Pfennigs l’heure, mais avec retenue pour l’entretien du prisonnier[2].

Dans chaque commando de travail, il y a un Vertrauensmann[3] qui représente les prisonniers auprès des autorités allemandes. Si le commando comporte plus de cinquante individus, alors l’homme de confiance est dispensé de travail et, s’il est plus important, un interprète y est adjoint.

Les détachements sont classés selon la nature du contrat en trois catégories. Chaque commando porte la lettre B, indicatif général du Stalag, et, selon l’activité, les lettres GW (Gewerbe[4]), HV (Heeresverwaltung[5]) ou L (Landwirtschaft[6]).

Dans les commandos de travaux publics, qui font les routes et autoroutes, ou participent à la construction du port de la Schmidhütte[7], la situation est médiocre : les hommes sont mal nourris en permanence, et toute interruption de travail entraine des mesures de rétorsion comme des privation de pain.

C’est le cas des commandos travaillant pour l’entreprise de pièces d’aviation de Traismauer, où l’encadrement est très rigide, ou pour la fonderie de Traisen, où les incidents sont nombreux et les conditions sanitaires mauvaises.


[1] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 46/49.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 49/49.

[3] Vertrauensmänner (sing. Vertrauensmann) : prisonniers de guerre chargés de représenter les prisonniers auprès des autorités du camp, et de servir d’intermédiaires pour les questions d’organisation interne.

[4] Artisanat, commerce ou activité industrielle (secteur économique).

[5] Administration de l’armée (ou administration militaire de l’armée de terre).

[6] Agriculture.

[7] Atelier de forge (ou forge).


Organisation sanitaire et prise en charge médicale des prisonniers au Stalag XVII B



Plan du lazaret. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan du lazaret. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Deux baraques d’infirmerie permettent de recevoir les malades. A une date indéterminée, mais antérieure au 21 août 1940, il est signalé que sept cent cinquante AK sont revenus au camp, « incapables de travailler[1]. » Rien n’est dit sur la maladie qui les affecte.

Au total, le corps médical du camp comprend en août 1940[2] : cinquante-trois médecins français, quatre médecins belges et sept médecins coloniaux. De plus s’y trouvent cinq dentistes belges, un dentiste français, six pharmaciens belges, deux pharmaciens français et trois vétérinaires français.

En mars 1941[3], dix-neuf médecins français restent au camp, tandis que les trente-cinq autres sont répartis dans les AK. Il faut y ajouter cinq dentistes (qui ne sont occupés au camp qu’une journée par semaine et à tour de rôle), deux autres ayant été rapatriés pour raisons familiales, et un autre se trouvant dans grand un commando. Enfin, cinq pharmaciens doivent être pris en compte.

 Des régimes lactés sont réservés aux malades de l’estomac ou des reins. Les cas les plus graves parmi les malades sont transférés vers les hôpitaux de Vienne. Ils sont sous l’autorité d’un médecin allemand surnommé Bismarck[4]. Celui-ci s’occupe principalement des questions d’hygiène. Les médecins bénéficient d’une meilleure nourriture, mais n’ont pas le droit aux promenades.

Lors de la visite d’octobre 1941[5], l’on déplore une trop grande présence de médecins (vingt-cinq) au camp (vingt et un Français, un Serbe, trois Polonais), auxquels il faut ajouter celle d’un lazaret moderne (où se trouvent six Français, un Serbe et sept Polonais). Il faut également compter au camp quatre dentistes français (plus deux au lazaret) et deux pharmaciens (nationalité non précisée), mentionnés dans la rubrique « soins médicaux » (p. 4/7) mais absents du décompte récapitulatif (p. 1/7).

Quant aux prisonniers de guerre russes, voient leurs soins confiés à des médecins juifs, au nombre de trois. Le rapport du CICR remarque un changement de traitement des médecins. Ils peuvent désormais être fouillés, contraints de se déshabiller dehors. Les compresses stériles (pour la petite chirurgie) et le lait (pour les régimes spéciaux) manquent cruellement. Le document fait aussi pressentir les pénuries à venir avec la guerre qui s’étend vers l’Est.


[1] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 48/49.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 47/49.

[3] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 2/6.

[4] Surnom faisant référence à Otto von Bismarck (1er avril 1815, Schönhausen – 30 juillet 1898, Friedrichsruh), homme d’État prussien puis allemand, chancelier du Reich (1871–1890) et artisan de l’unification allemande. L’attribution de ce sobriquet au médecin allemand du camp renvoie vraisemblablement à une image d’autorité ferme et de discipline associée à cette figure historique.

[5] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 14 octobre 1941, tapuscrit, 7 pp., non paginées, p. 4/7.


Plan du lazaret (détail des surfaces). Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan du lazaret (détail des surfaces). Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Vie culturelle, loisirs et encadrement religieux des prisonniers au Stalag XVII B


Statue de Notre-Dame des prisonniers. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Statue de Notre-Dame des prisonniers. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dès août 1940, trente-trois prêtres-soldats[1] sont présents dans le camp. Ils organisent une réponse spirituelle pour soutenir les prisonniers. Ils organisent le culte du dimanche dans le camp. Les hommes des AK sont autorisés à se rendre au culte du village le dimanche, « lorsque les circonstances s’y prêtent » Cela peut apparaitre comme une restriction et un moyen de pression.

Un an plus tard, en mars 1941[2], le nombre des prêtres a considérablement augmenté car ils sont cent vingt-deux. Le dimanche, la messe est dite dans dix endroits différents du camp.

Il n’y en a aucun dans les détachements de travail, si bien que les membres en sont réduits à aller le plus souvent au culte allemand. Le dernier trimestre de 1941 montre une nette diminution de cette présence pastorale, car il ne reste que quarante-deux prêtres, un pasteur protestant et quatre popes[3].

Les prisonniers ont accès à une bibliothèque dont les livres (au nombre de cinq mille en mars 1941[4]) s’enrichit régulièrement. Ils sont partagés entre le camp et les AK (quatre cents y ont été envoyés). D’autres distractions sont proposées : des jeux de société, du théâtre, un orchestre composé de prisonniers (tous musiciens professionnels). Ces distractions, en dehors de la lecture, concernent peu les commandos.


[1] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 48/49.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 1/6.

[3] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 14 octobre 1941, tapuscrit, 7 pp., non paginées, p. 6/7.

[4] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 4/6.



Sélections, exclusions et libérations de prisonniers au Stalag XVII B



Avec les arrivées massives de nouveaux prisonniers, les autorités allemandes procèdent au renvoi de certains détenus vers d’autres camps ou structures de détention afin de désengorger les installations existantes, de réorganiser la répartition de la main-d’œuvre captive et d’adapter l’administration des prisonniers aux besoins économiques et militaires du Reich :

  • Les pères de quatre enfants ;
  • Des soldats noirs[1], dont la présence est mal acceptée par les autorités nazies, en raison de leur vision raciale et suprémaciste ;
  • Des Flamands belges[2] qui, eux, sont libérés sur ordre de Hitler comme peuple frère, et renvoyés dans leur foyer ;
  • Des anciens combattants de la Première Guerre mondiale (quatre-vingt-cinq sont encore présents au Stalag en octobre 1941[3]) ;
  • Des Espagnols républicains[4] (qualifiés de « rouges[5] ») qui ont combattu avec l’armée française sont transférés dans un lieu non précisé au départ, mais qui se révèle être le Stalag XVII-A[6], d’autres ont été transférés au camp de Mauthausen[7]. Il n’en reste bientôt plus aucun à Gneixendorf.
  • Trois mille cent malades[8], ou inaptes au travail.
  • D’autres, pendant ce temps optent pour le statut de travailleur civil, ce qui leur donne plus de liberté.

[1] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 46/49.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 46/49.

[3] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 14 octobre 1941, tapuscrit, 7 pp., non paginées, p. 6/7.

[4] Le Dr Andreas Salmhofer, du Mémorial du camp de concentration de Mauthausen (KZ-Gedenkstätte Mauthausen), Forschungsstelle | Research Center, KZ-Gedenkstätte Mauthausen, Argentinierstraße 13, TOP 103+104, A-1040 Wien, indique dans sa réponse du mardi 8 juillet 2025 que l’institution ne conserve pas d’archives relatives aux Stalags ni aux commandos de travail, son champ de recherche étant exclusivement consacré au système concentrationnaire de Mauthausen-Gusen. Il rappelle toutefois un lien historique avec le Stalag XVII B : environ 350 prisonniers espagnols, arrêtés en France à partir de 1940 puis internés dans ce camp, ont été transférés à Mauthausen. Surnommés « Espagnols rouges », une grande partie d’entre eux n’a pas survécu à leur déportation.

[5] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 46/49.

[6] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 1/6.

[7] Blaschitz, Edith, « Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – Geschichte, Kontaktzonen und transnationales Gedächtnis », in Böhm, Karin; Blaschitz, Edith; Rühse, Viola, Nichts zu sehen? Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – eine topografische Vermessung, Weitra, Verlag Bibliothek der Provinz, 2024, 208 pp., pp. 10-25 (bibliographie pp. 24-25), p. 14.

[8] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 3/6.


Évolutions du camp, libération et occupation du site par les forces soviétiques (1941–1946)


L’année 1941 marque un tournant dans la vie de ce camp, avec l’arrivée de prisonniers russes, tenus à l’écart des autres groupes. Ils sont suivis en 1943 par des prisonniers italiens, et enfin par des Américains. Aucun de ces derniers ne sera soumis au travail forcé. L’évolution de ce camp est hâtée par l’action des commissions du CICR, bien que celle-ci ne s’étende pas aux prisonniers soviétiques, qui sont interdits de visites.

A l’approche de l’armée soviétique en avril 1945, les prisonniers de guerre capables de marcher sont transférés vers l’ouest et regroupés à Braunau[1], à la limite de la frontière austro-allemande. Le 7 mai, l’annonce de la capitulation du Troisième Reich parvient au camp. Des excès, des pillages (le camp des troupes est mis à sac) et des viols ont lieu dans les villages environnants.

Les Soviétiques s’installent dans le camp (soit trois divisions ou dix mille hommes). Aussitôt après l’évacuation des prisonniers, les ils s’efforcent de rétablir l’ordre. Pour nettoyer le camp, alors dans un état lamentable, ils choisissent des habitantes de Krems, dont la plupart avaient appartenu au NSDAP (parti nazi), à titre de représailles.

Au printemps 1946, le retrait des troupes soviétiques entraîne la désaffectation progressive du site. Les baraques sont démontées, revendues ou réutilisées dans la région de Krems, tandis que les dernières installations disparaissent au fil des années suivantes. Une dizaine d’années plus tard, une partie de l’ancien camp est même louée à un club d’aviation[2], achevant la transformation fonctionnelle du lieu.


[1] Braunau am Inn, commune située actuellement en Autriche, dans le Land de Haute-Autriche, à la frontière avec l’Allemagne.

[2] Streibel, Robert, Krems. Das Ende der Verdrängung, Weitra, Verlag Bibliothek der Provinz, 2024, 512 pp.


Plaque symbolisant l’ancienne limite du Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plaque symbolisant l’ancienne limite du Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Cette disparition matérielle s’accompagne d’une recomposition du paysage mémoriel, marquée par des usages successifs et parfois contradictoires de l’espace. Les défunts initialement ensevelis dans le cimetière de la forêt sont par ailleurs exhumés et transférés dans un autre lieu de sépulture[1].

À partir des années 1980, une démarche de reconnaissance mémorielle se développe. En 1984, à l’initiative d’anciens prisonniers de guerre français, une pierre commémorative est érigée sur le site de l’ancien Stalag XVII B. L’artiste Christian Gmeir matérialise également l’emprise du camp par des plaques d’acier portant la devise « Macht Vergessenes Sichtbar » (« rendre visible ce qui a été oublié »), soulignant les processus d’effacement et de redécouverte du lieu dans la mémoire locale.


[1] L’ancien « cimetière forestier » d’Egelsee, aujourd’hui intégré à la ville de Krems, est situé dans un environnement boisé. Ce lieu constitue un élément significatif de la géographie mémorielle liée au Stalag XVII B et aux espaces périphériques du camp. L’archiviste municipal de Krems Daniel Haberler-Maier en donné les coordonnées précises.


Rencontre entre Marie-Noëlle Estiez Bonhomme et Daniel Haberler-Maier, archiviste aux archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Rencontre entre Marie-Noëlle Estiez Bonhomme et Daniel Haberler-Maier, archiviste aux archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Représentations et superpositions mémorielles à Krems-Gneixendorf : entre patrimoine culturel et histoire du Stalag XVII B dans l’après-guerre


Délimitation du Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
 
Délimitation du Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dans l’immédiat après-guerre, la reconstruction du vécu des prisonniers de guerre s’appuie également sur des dispositifs documentaires variés, mobilisant à la fois les archives administratives, les témoignages individuels, et les enquêtes menées par les organisations humanitaires.

Le photographe Henri Cartier-Bresson est ainsi chargé en 1945 par le Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD), avec l’appui des autorités françaises et alliées, de documenter le retour des prisonniers libérés. Son travail participe à la constitution d’une mémoire visuelle du rapatriement, associée à une volonté de témoignage et de réintégration des anciens captifs dans l’espace national.

Par la suite, l’image des Stalags est largement réinterprétée dans le champ culturel et cinématographique. Le film Stalag 17 (1953), réalisé par Billy Wilder, s’inspire des camps de prisonniers de guerre allemands, mais en propose une représentation romancée et dramatique.

Centré sur les tensions internes et la suspicion entre détenus, il simplifie fortement la réalité administrative et militaire des Stalags, structures avant tout organisées par la Wehrmacht[1] comme dispositifs de détention et de travail forcé. L’œuvre participe ainsi à la construction d’une mémoire populaire du système concentrationnaire militaire allemand, distincte de son fonctionnement historique.

Cette mission à Krems-Gneixendorf met en relation deux strates historiques fortement dissymétriques, en confrontant les traces encore perceptibles de la période de détention des prisonniers de guerre avec les usages contemporains du site et les formes actuelles de sa mémoire reconstruite. Elle permet ainsi de croiser des temporalités distinctes, entre l’histoire du camp et sa progressive réinscription dans le paysage urbain et mémoriel.

D’un côté, le parcours de Pierre Bonhomme s’inscrit dans le système de détention militaire allemand, structuré par les transferts successifs entre Frontstalags et Stalags, puis par l’affectation aux Arbeitskommandos. Dans cette organisation, le Stalag XVII B apparaît comme un espace de captivité et d’exploitation de la main-d’œuvre, dont les rapports du CICR soulignent les tensions entre les normes officielles et les conditions réelles de détention.

Après 1945, le site connaît une disparition matérielle relativement rapide, suivie d’une reconstruction mémorielle partielle et tardive, surtout à partir des années 1980.

De l’autre côté, Gneixendorf est marqué par une mise en valeur patrimoniale centrée sur la figure de Ludwig von Beethoven. Le séjour du compositeur en 1826 au château Wasserhof est aujourd’hui intégré à un dispositif culturel structuré, associant panneaux explicatifs, monument, signalétique et parcours touristiques. Beethoven y est présenté comme une figure emblématique inscrite dans une continuité culturelle valorisée à l’échelle locale.

La coexistence de ces deux registres produit un contraste marqué : une mémoire musicale stabilisée, visible et largement valorisée, face à une mémoire du camp plus fragmentaire, tardivement reconnue et encore en retrait dans le paysage. Le site apparaît ainsi comme un espace de superposition mémorielle, où l’héritage culturel prestigieux occupe le premier plan, tandis que la mémoire de la guerre demeure plus discrète.


[1] Terme allemand signifiant littéralement « force de défense » ou « puissance défensive » (Wehr = défense ; Macht = puissance/force) et désignant les forces armées de l’Allemagne nazie entre 1935 et 1945, regroupant l’armée de terre (Heer), la marine (Kriegsmarine) et l’armée de l’air (Luftwaffe).



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Le grand hiver de 1709 à La Romagne : chronique d’une année terrible


La dernière décennie du XVIIe siècle est marquée, à La Romagne, comme dans l’ensemble de la Champagne, non seulement par les conséquences économiques et financières de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697), mais aussi par des conditions de vie très précaires, avec une polyculture soumise aux aléas météorologiques, et caractérisée par de faibles rendements.

A cela, il faut ajouter que les ménages ont peu de liquidités, en dehors de celles obtenues par un artisanat familial de la filature du lin ou du chanvre.


David Teniers II, dit le Jeune (1610-1690), L’Hiver, huile sur bois, 12 × 17 cm, Paris, musée du Louvre, numéro d’inventaire MI 998, © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.
David Teniers II, dit le Jeune (1610-1690), L’Hiver, huile sur bois, 12 × 17 cm, Paris, musée du Louvre, numéro d’inventaire MI 998, © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.

Les années 1693 et 1694 ont été particulièrement difficiles à vivre, en raison de la petitesse des récoltes et des moissons, de la cherté des grains et des épidémies (dont la dysenterie) au point d’affecter la démographie.


De 1693 à 1696, La Romagne (Ardennes) connaît une forte baisse des naissances et une hausse des décès, tandis que les mariages restent stables. Graphique de type « courbe ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 1 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 1 = années 1693-1702, manque l'année 1700], pages non paginées, vue 1/38 et suivantes, consultables en ligne.
De 1693 à 1696, La Romagne (Ardennes) connaît une forte baisse des naissances et une hausse des décès, tandis que les mariages restent stables. Graphique de type « courbe ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 1 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 1 = années 1693-1702, manque l’année 1700], pages non paginées, vue 1/38 et suivantes, consultables en ligne.

Le début du siècle suivant, commencé dans la paix, sombre rapidement dans la guerre de la Succession d’Espagne 1701-1714). A cela s’ajoute en 1704 de fortes gelées en janvier, une des périodes les plus critiques de l’année agricole, en raison des semis de blé d’automne.


La vie quotidienne dans les Ardennes aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, à travers les chroniques de Jean Taté et du Cadet Dameras, étudie les pratiques sociales, économiques et culturelles des populations locales. Il a été tiré à 1 000 exemplaires.
La vie quotidienne dans les Ardennes aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, à travers les chroniques de Jean Taté et du Cadet Dameras, étudie les pratiques sociales, économiques et culturelles des populations locales. Il a été tiré à 1 000 exemplaires.

Quatre années plus tard, le conflit dure toujours, et la France est en fâcheuse position avec le siège de la ville de Lille[1], au point que l’on demande des prières dans toutes les paroisses pour éviter un désastre.

Celles-ci sont faites à Château-Porcien au tout début septembre, alors que l’avenir des paysans locaux est sombre, en raison de la petitesse des récoltes moissonnées pour le blé, tandis que l’orge est en plus grande quantité[2].


[1] Ce blocus, mené du 28 juillet au 9 décembre 1708, opposa les forces du royaume de France aux armées de la Grande Alliance (Grande-Bretagne, Saint-Empire et Provinces-Unies).

[2] Société d’études ardennaises. La vie quotidienne dans les Ardennes aux XVIIe et XVIIIe siècles : à travers les chroniques de Jean Taté et du Cadet Dameras. Les Cahiers d’études ardennaises, no 14. Charleville-Mézières : Société d’études ardennaises, 1985, page 46. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)



Pendant la nuit des Rois[1], survient un brutal changement météorologique : « La vague de froid, issue d’un anticyclone qui vient de se former sur l’Europe du Nord, se rue à l’assaut de la France à partir de la frontière septentrionale ; en vingt-quatre heures, la pression atmosphérique, au niveau de la mer, passe de 754 à 772 mm de mercure[2]. »

Le refroidissement, venu du nord, s’abat jusqu’à Marseille, et se maintient jusqu’au 23 janvier, offrant seulement une courte accalmie le 19. Un premier dégel intervient ensuite, entre le 24 janvier et le 4 février[3].


[1] Célébration de l’Épiphanie le 5 ou 6 janvier, marquée par des pratiques festives populaires.

[2] Marcel Lachiver, Les Années de misère : la famine au temps du Grand Roi (Paris : Fayard, 1991), 573 p. : ill., couv. ill. en coul. ; 24 cm, bibliogr. p. 529‑566, page 273. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)

[3] Émile Bouant, Les Grands Froids (Paris : Hachette, 1880), VIII‑296 p. : illustrations ; 18 cm, Bibliothèque des merveilles, pages 147-161. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-411556, vue 154/303 et suivantes, consultables en ligne sur Gallica, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-V-4098.


Paysage d’hiver au bûcheron, Gysbrecht Lytens (vers 1586-1650), XVIIᵉ siècle, huile sur bois, 32,5 × 43,9 cm, Saint-Omer (Pas-de-Calais), musée de l’Hôtel Sandelin, numéro d’inventaire Inv.0276CD, dépôt du musée Henri-Dupuis de Saint-Omer (1952-1953), © GrandPalaisRmn / Agence Bulloz, notice descriptive consultable en ligne.
Paysage d’hiver au bûcheron, Gysbrecht Lytens (vers 1586-1650), XVIIᵉ siècle, huile sur bois, 32,5 × 43,9 cm, Saint-Omer (Pas-de-Calais), musée Sandelin, numéro d’inventaire Inv.0276CD, dépôt du musée Henri-Dupuis de Saint-Omer (1952-1953), © GrandPalaisRmn / Agence Bulloz, notice descriptive consultable en ligne.

A Château-Porcien, dès le premier jour, « la gellé prit au point du jour, et avant midy on pouvait marcher sur certaine glace, et trois jours après on pouvoit marcher sur celle de la rivière[1] ».


[1] C’est-à-dire l’Aisne. Cf. Société d’études ardennaises. La vie quotidienne dans les Ardennes aux XVIIe et XVIIIe siècles : à travers les chroniques de Jean Taté et du Cadet Dameras. Les Cahiers d’études ardennaises, N° 14. Charleville-Mézières : Société d’études ardennaises, 1985, page 47. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)


Paysage d’hiver, Denis van Alsloot (1570-vers 1626), huile sur bois, 36 × 47 cm, Paris (Île-de-France), musée du Louvre, numéro d’inventaire MNR431, © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.
Paysage d’hiver, Denis van Alsloot (1570-vers 1626), huile sur bois, 36 × 47 cm, Paris (Île-de-France), musée du Louvre, numéro d’inventaire MNR431, © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.

Le froid reprend sans neige, atteignant les semis d’automne, et les enserrant dans une enveloppe de glace. Il apparaît être aussi intense que celui de 1608, ainsi décrit : « L’on a vu le vin gelé dans les caves, les vignes ont esté entièrement gelées, on a esté obligez de les couper sur terre[1]. »

Situation que dépeint dans des termes quasiment identiques un autre auteur, qui ajoute : « A cette funeste température succéda[2] des neiges, dont la fonte amena un débordement extraordinaire qui rompit le pont de Château[3]. »


[1] Société d’études ardennaises. La vie quotidienne dans les Ardennes aux XVIIe et XVIIIe siècles : à travers les chroniques de Jean Taté et du Cadet Dameras. Les Cahiers d’études ardennaises, N° 14. Charleville-Mézières : Société d’études ardennaises, 1985, page 23. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)

[2] Le verbe « succéda » est au singulier, malgré le pluriel de « des neiges », car l’événement est envisagé comme un phénomène unique ou collectif. Le « il » sous-entendu, qui pourrait introduire le verbe (Il succéda…), est omis pour créer un effet stylistique et dramatique, lié à l’inversion du complément circonstanciel avant le verbe.

[3] Lire Château-Porcien. Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est. Cf. Lépine, Jean-Baptiste, Histoire de Château-Porcien (Vouziers : impr. de Duchêne-Defrène, 1858), 1 vol. (125 p.) ; in‑8, couverture imprimée servant de titre, p. 77. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-6529805, vue 81/134 et suivantes, consultables en ligne sur Gallica, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-LK7-1972.


Paysage d’hiver, Gysbrecht Lytens (vers 1586-1650), XVIIᵉ siècle, huile sur toile, 50 cm (hauteur), Valenciennes (Hauts-de-France), musée des Beaux-Arts, numéro d’inventaire P46-1-514, legs Benezech, © GrandPalaisRmn / René-Gabriel Ojeda, notice descriptive consultable en ligne.
Paysage d’hiver, Gysbrecht Lytens (vers 1586-1650), XVIIᵉ siècle, huile sur toile, 50 cm (hauteur), Valenciennes (Hauts-de-France), musée des Beaux-Arts, numéro d’inventaire P46-1-514, legs Benezech, © GrandPalaisRmn / René-Gabriel Ojeda, notice descriptive consultable en ligne.

En 1709, le nouveau redoux de quelques jours laisse espérer une amélioration de la situation, mais une troisième gelée revient vers le 10 février, et se prolonge jusqu’au 2 ou 3 mars.

Le grand dégel se produit à partir de la première décade du mois de mars « cette fâcheuse[1] hiver dura jusqu’environ le 8 ou 10e mars[2], que le verglas fut entièrement fondu[3] ».


[1]« Hiver » est normalement masculin (Dictionnaire de l’Académie française, 1re éd., 1694). L’accord féminin dans « cette fâcheuse hiver » reflète un usage ancien ou régional, et peut s’interpréter comme une ellipse de type « fâcheuse saison de l’hiver ».

[2] L’expression « dixième mars » [dixième jour de mars] correspond à la manière ancienne de dater les jours du mois en français. En français moderne, l’on écrirait simplement « le 10 mars ».

[3] Société d’études ardennaises. La vie quotidienne dans les Ardennes aux XVIIe et XVIIIe siècles : à travers les chroniques de Jean Taté et du Cadet Dameras. Les Cahiers d’études ardennaises, N° 14. Charleville-Mézières : Société d’études ardennaises, 1985, page 47.



Sur une courte période, « quatre vagues de froid et autant de redoux en deux mois[1] » se succédèrent, mettant à rude épreuve la nature, tant la faune sauvage et domestique que la flore.


[1] Gauthier Aubert, 1709 : l’année où la révolution n’a pas éclaté (Paris : Calype éditions, 2023), 1 vol. (169 p.) ; 21 cm, bibliographie p. 156‑166, p. 34. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)


Paysage d’hiver, Jacob Isaakszoon van Ruisdael (1628-1682), peinture à l’huile, 27 × 32 cm, Hambourg (Allemagne), musée des Beaux-Arts – Kunsthalle, numéro d’inventaire 154, © BPK, Berlin, Dist. GrandPalaisRmn / Elke Walford, notice descriptive consultable en ligne.
Paysage d’hiver, Jacob Isaakszoon van Ruisdael (1628-1682), peinture à l’huile, 27 × 32 cm, Hambourg (Allemagne), musée des Beaux-Arts – Kunsthalle, numéro d’inventaire 154, © BPK, Berlin, Dist. GrandPalaisRmn / Elke Walford, notice descriptive consultable en ligne.

À partir du 16 mars, les températures redeviennent enfin normales. Bien que les instruments de mesure de l’époque fussent moins précis que ceux d’aujourd’hui, ils permettent néanmoins d’estimer que les températures les plus basses atteignaient environ -20 °C. Le printemps qui suit reste froid et humide, accompagné de fortes pluies et d’inondations.


Paysage d’hiver, attribué à Pieter Brueghel le Jeune (1564-1638), huile sur bois, 50 × 64,5 cm, Valenciennes (Hauts-de-France), musée des Beaux-Arts, numéro d’inventaire P46-1-513, © GrandPalaisRmn / Thierry Le Mage, notice descriptive consultable en ligne.
Paysage d’hiver, attribué à Pieter Brueghel le Jeune (1564-1638), huile sur bois, 50 × 64,5 cm, Valenciennes (Hauts-de-France), musée des Beaux-Arts, numéro d’inventaire P46-1-513, © GrandPalaisRmn / Thierry Le Mage, notice descriptive consultable en ligne.

Les conséquences de ce trimestre sont tragiques, car le froid a provoqué l’arrêt du travail extérieur. Ce sont donc les journaliers et petits manouvriers qui sont les plus touchés : ils voient leur pauvreté s’accroître, car ils n’ont plus aucun revenu, et souffrent de malnutrition.

Il n’y a rien à vendre, comme c’est le cas sur le marché de Charleville[1]. L’intendant de Champagne intervient pour cette ville au mois de mai, et envoie des sacs d’avoine[2].


[1] Lire Charleville-Mézières, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Cart, Michel, « Essai sur l’hiver de l’année 1709 dans les Ardennes », in Revue historique ardennaise, vol. XII (1977), p. 142–161. Charleville-Mézières : Fédération des sociétés savantes des Ardennes ; Société d’histoire des Ardennes ; Société d’histoire et d’archéologie du Sedanais. Rubrique « Documents historiques ». Archives départementales des Ardennes, PERH12 9.


Paysage de neige, attribué à Gysbrecht Lytens (vers 1586-1650), 1643-1656, huile sur bois, 85 × 123 cm, Nantes (Loire-Atlantique), musée d’Arts de Nantes, numéro d’inventaire INV502, © GrandPalaisRmn / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.
Paysage de neige, attribué à Gysbrecht Lytens (vers 1586-1650), 1643-1656, huile sur bois, 85 × 123 cm, Nantes (Loire-Atlantique), musée d’Arts de Nantes, numéro d’inventaire INV502, © GrandPalaisRmn / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.

A cela s’ajoute une crise frumentaire[1], avec la raréfaction des grains et l’augmentation spectaculaire de leur prix[2] (celui du seigle double très rapidement). En effet, il reste des grains des deux récoltes précédentes, mais ceux qui les possèdent ne tiennent pas à les délivrer rapidement, espérant faire de substantiels bénéfices.

La famine s’installe et, pour tenter de survivre, les plus pauvres essaient de subsister avec de maigres soupes (d’herbes ou de racines) et, dans le meilleur des cas, de pain d’orge ou d’avoine.


[1] « Relatif au blé. Loi frumentaire, qui, dans la Rome antique, réglait la vente à bas prix ou la distribution gratuite de blé au peuple. Crise frumentaire, provoquée par l’insuffisance des récoltes de blé. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Toussaint, Renaud, « Les conséquences démographiques du grand hiver de 1709 à Rocroi », in Revue historique ardennaise, vol. LVI (2024), 1 vol., p.57‑72, Charleville-Mézières : Fédération des sociétés savantes des Ardennes ; Société d’histoire des Ardennes ; Société d’histoire et d’archéologie du Sedanais.


Bataille de Louis XIV, Adam Frans van der Meulen (1632-1690), dessin avec rehauts de gouache et eau-forte, 18,9 × 26 cm, Paris (Île-de-France), musée du Louvre, numéro d’inventaire 3449 DR/Recto, don du baron Edmond de Rothschild (1935), © GrandPalaisRmn / Thierry Le Mage, notice descriptive consultable en ligne.
Bataille de Louis XIV, Adam Frans van der Meulen (1632-1690), dessin avec rehauts de gouache et eau-forte, 18,9 × 26 cm, Paris (Île-de-France), musée du Louvre, numéro d’inventaire 3449 DR/Recto, don du baron Edmond de Rothschild (1935), © GrandPalaisRmn / Thierry Le Mage, notice descriptive consultable en ligne.

Les autorités, conscientes de la spéculation sur les grains, font ce qu’elles peuvent : le roi ordonne ainsi que chacun déclare les grains qu’il a chez lui, pour les inventorier et procéder à des réquisitions. L’on achète ailleurs des grains de toutes sortes, mais il faut beaucoup de temps pour que cet approvisionnement arrive en France.

Cela ne suffit pas pour affronter cette crise, et ce d’autant plus qu’il faut aussi prévoir le ravitaillement des troupes avec du pain (pour les soldats) et du foin (pour les chevaux). Pour éviter les vols, l’on monte la garde près des moulins et, pour soulager la misère, l’on organise des quêtes périodiques auprès des plus aisés.


Vue d’un village en hiver, d’après Joos de Momper (1564-1635), huile sur bois, 62,2 cm (hauteur), Lille (Hauts-de-France), palais des Beaux-Arts, numéro d’inventaire P 839, acquisition 1888, © GrandPalaisRmn / Thierry Le Mage, notice descriptive consultable en ligne.
Vue d’un village en hiver, d’après Joos de Momper (1564-1635), huile sur bois, 62,2 cm (hauteur), Lille (Hauts-de-France), palais des Beaux-Arts, numéro d’inventaire P 839, acquisition 1888, © GrandPalaisRmn / Thierry Le Mage, notice descriptive consultable en ligne.

À la fin du mois de mars, les paysans demeurent dans l’incertitude. Le roi prescrit de ne pas replanter, et d’observer attentivement toute reprise des semis d’automne. Mais leurs efforts restent vains : la terre, épuisée et gelée, refuse de produire du blé d’hiver[1].

Cependant, certains paysans n’ont pas attendu l’ordre royal publié le 23 avril pour recommencer les semis, et planter de l’orge. La récolte est assez abondante, alors que le seigle et le froment n’en donnent que de maigres, en raison d’un temps frais et capricieux : le printemps tardif et l’été humide empêchent ces céréales d’arriver à maturité. Elles montent en tige et ne font que peu ou pas d’épis.


[1] Semé à l’automne, il servait à la fabrication du pain.


Tapisseries des Saisons : l’hiver, Sébastien Leclerc le Jeune (1676-1763), burin et eau-forte, 36,8 × 45,6 cm, Paris (Île-de-France), musée du Louvre, numéro d'inventaire 26152 LR/Recto, don du Baron Edmond de Rothschild, © GrandPalaisRmn / Tony Querrec, notice descriptive consultable en ligne.
Tapisseries des Saisons : l’hiver, Sébastien Leclerc le Jeune (1676-1763), burin et eau-forte, 36,8 × 45,6 cm, Paris (Île-de-France), musée du Louvre, numéro d’inventaire 26152 LR/Recto, don du Baron Edmond de Rothschild, © GrandPalaisRmn / Tony Querrec, notice descriptive consultable en ligne.

A partir du printemps, des émotions[1] éclatent : les habitants de Signy-l’Abbaye[2] et des villages voisins s’emparent de grains achetés par la ville de Charleville[3] si bien que le maire de cette bourgade est emprisonné pour ne pas avoir su tenir sa population. Des vols identiques se produisent à Rethel[4].


[1] « Mouvement populaire spontané, trouble subit provoqué par un évènement imprévu. On s’efforça de calmer l’émotion populaire. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Cart, Michel, « Essai sur l’hiver de l’année 1709 dans les Ardennes », in Revue historique ardennaise, vol. XII (1977), p. 142–161. Charleville-Mézières : Fédération des sociétés savantes des Ardennes ; Société d’histoire des Ardennes ; Société d’histoire et d’archéologie du Sedanais. Rubrique « Documents historiques ». Archives départementales des Ardennes, PERH12 9.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Les Mémoires du chevalier de Quincy (1677‑1749), publiés pour la première fois par Léon Lecestre entre 1898 et 1901, retracent la carrière militaire et diplomatique de ce chevalier français sous le règne de Louis XIV. Ces textes offrent un témoignage précieux sur les campagnes militaires, la vie quotidienne des soldats et les intrigues de la cour à l’époque moderne.
Les Mémoires du chevalier de Quincy (1677‑1749), publiés pour la première fois par Léon Lecestre entre 1898 et 1901, retracent la carrière militaire et diplomatique de ce chevalier français sous le règne de Louis XIV. Ces textes offrent un témoignage précieux sur les campagnes militaires, la vie quotidienne des soldats et les intrigues de la cour à l’époque moderne.

Pour les armées, les quartiers d’hiver se prolongent de manière inhabituelle, comme en témoigne ce propos du Chevalier de Quincy : « Le froid, depuis la veille des Rois, fut si violent, et il dura si longtemps, que les troupes, tant celles des ennemis que les nôtres, sortirent très tard de leurs garnisons et de leurs quartiers d’hiver pour entrer en campagne[1]. »

Cette dernière s’ouvre au mois de juin et, après la rupture de pourparlers de paix, et la déclaration du roi informant ses sujets de la nécessité de poursuivre cette guerre, l’armée se prépare à une bataille qui doit, après la chute de la citadelle de Lille le 8 décembre 1708, être décisive pour empêcher l’ouverture de la route de Paris.


[1] Sevin de Quincy, Joseph. Mémoires du chevalier de Quincy. Publiés pour la première fois pour la Société de l’histoire de France par Léon Lecestre. Paris : H. Laurens, 1898‑1901. 3 vol. (XXIII‑372, 394, 386 p.) ; in‑8., tome II, p. 326. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-6562703 < Tome 2 >, vue 346/428, consultable en ligne sur Gallica, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-LN27-46259 (2).


Plan de la ville et citadelle de Lille, Brüchman et Eugène Henri Fricx (1644 1730), 1709, carte, 55,5 × 44 cm, Bibliothèque nationale de France, document numérique, IFN 53058740, image reproduite d’après l’exemplaire original de la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, GE D-21890, document numérique, consultable en ligne sur Gallica.
Plan de la ville et citadelle de Lille, Brüchman et Eugène Henri Fricx (1644‑1730), 1709, carte, 55,5 × 44 cm, Bibliothèque nationale de France, document numérique, IFN‑53058740, image reproduite d’après l’exemplaire original de la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, GE D-21890, document numérique, consultable en ligne sur Gallica.

Par deux arrêts, pris les 17 août et 15 octobre 1709, les douze élections de Champagne sont réquisitionnées[1] pour la fourniture de cinquante mille sacs d’orge, à déposer dans les magasins de Rethel, Mézières[2] et Sedan[3], et ce pour assurer les quartiers d’hiver de l’armée de Flandre[4].


[1] Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 1469 [série C = administrations provinciales. – lntendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, États provinciaux, principautés, régences, etc. ; fonds C1-2059 = intendance de Champagne, cotes C 1216-1519 = armée, marine, colonies, articles C 1468-1497 = subsistances militaires (1695-1789) ; document C. 1469 = (Portefeuille.) – 61 pièces, papier (2 imprimées). 1709-1710 Subsistances militaires. – Impositions d’orges pour la subsistance des troupes : états des impositions et répartition de 110,000 quintaux d’orge sur les 12 élections de Champagne, ordonnées par arrêts du Conseil des 17 août et 15 octobre 1709 ( 100,000 quintaux pour la première imposition et 66,000 pour la seconde). – États des approvisionnements d’orge dans les différents entrepôts de Champagne en 1710. – États des quintaux d’orge fournis par les communautés de Champagne et déposés dans les magasins de Verdun, Rethel, Mézières, Sedan, Saint-Dizier, Chaumont, Bar-sur-Aube et Langres (1709-1710). Cf. Hatat, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Alphonse Vétault et Paul Pélicier, Marne, Archives civiles, série C, art. 1-2059, t. I (Châlons : Le Roy, 1884), in-fol., XVI-474 p. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C), page 354.

[2] Lire Charleville-Mézières, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 1473 [série C = administrations provinciales. – lntendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, États provinciaux, principautés, régences, etc. ; fonds C1-2059 = intendance de Champagne, cotes C 1216-1519 = armée, marine, colonies, articles C 1468-1497 = subsistances militaires (1695-1789) ; document C. 1473 = (Portefeuille.) – 99 pièces (3 parchemins)., 1709-1717. – Imposition des orges : arrêts du Conseil des 17 août et 15 octobre 1709 ordonnant la levée de 50,000 sacs d’orge en Çbampagne pour la subsistance de l’armée de Flandre. – Correspondance ministérielle concernant cette imposition : le ministre de la Guerre, Voisin, écrit le 14 août à l’Intendant D’Harrouys : « J’ay lieu de croire que ]a récolte des orges est à présent commencée dans vostre département. Vous connoissés sans doute le· peu de provisions qu’il y a en Flandres: il seroit par conséquent très à propos de s’assurer incessamment de soixante mil sacs d’orge pour ]es mois de septembre et octobre. On en fera le meslange autant qu’il se poura avec du bled, moyennant quoy la provision dureroit pendant quatre mois au lieu de deux et assureroit encore la subsistance des troupes lorsqu’elles seroient entrées en quartier d’hiver. Je vous suplie de me mander quand vous croirez pouvoir faire une imposition sur votre département, quelle quantité vous estimerez en pouvoir tirer, quel prix vous croyez- que l’on en doit payer aux peuples et de quelle manière on pourra s’expliquer dans les mandemens pour en assurer le payement en déduction sur les impositions, n’estant guères possible de les payer en argent comptant. Il faut tacher de faire trouver ces soixante mil sacs du poids de deux cents livres chacun dans vostre déparlement et dans celuy de Picardie… » Le 20 septembre il écrit : « M. de Bernières me mande que ses embaras augmentent tous les jours pour la subsistance de l’armée de Flandres et qu’à moins qu’on n’y pourvoye promptement, la fourniture du pain manquera avant qu’il soit peu. Comme l’on a compté pour soutenir ce service sur les orges que vostre département doit fournir, je vous prie de faire tout le plus de diligence que vous pourez pour les faire voiturer à Mézières. » Le 16 octobre, le contrôleur-général Desmarets écrit à l’Intendant : « Comme cette fourniture est d’autant plus pressée qu’elle est destinée pour la subsistance des troupes qui vont entrer en quartier d’hiver, il n’y a pas un moment à perdre pour faire exécuter cette imposition. Le Roy veut estre obéi et que cette levée se passe avec une extrême diligence. » Cf. Hatat, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Alphonse Vétault et Paul Pélicier, Marne, Archives civiles, série C, art. 1-2059, t. I (Châlons : Le Roy, 1884), in-fol., XVI-474 p.] Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C), page 355.


François-Eugène de Savoie-Carignan, dit le Prince Eugène (1663-1736), en cuirasse, atelier de Jacques Van Schuppen (1670-1751), vers 1708, huile sur toile, 145 × 113,5 cm, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire MV3655, © GrandPalaisRmn (château de Versailles) / Gérard Blot, , notice descriptive consultable en ligne, notice descriptive consultable en ligne.
François-Eugène de Savoie-Carignan, dit le Prince Eugène (1663-1736), en cuirasse, atelier de Jacques Van Schuppen (1670-1751), vers 1708, huile sur toile, 145 × 113,5 cm, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire MV3655, © GrandPalaisRmn (château de Versailles) / Gérard Blot, , notice descriptive consultable en ligne, notice descriptive consultable en ligne.

Louis-Claude-Hector de Villars (1652-1733), maréchal-duc de Villars, représenté en 1704, gravure par Thomas N. (1750-1812) d’après Hyacinthe Rigaud (1659-1743), 1784, 13 × 8 cm, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire invgravures7034, © GrandPalaisRmn (château de Versailles) / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.
Louis-Claude-Hector de Villars (1652-1733), maréchal-duc de Villars, représenté en 1704, gravure par Thomas N. (1750-1812) d’après Hyacinthe Rigaud (1659-1743), 1784, 13 × 8 cm, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire invgravures7034, © GrandPalaisRmn (château de Versailles) / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.

Portrait de John Churchill, premier duc de Marlborough (1650-1722), Louis Coblitz (1814-1863), d’après Gottfried Kneller (1646-1723), vers 1845, huile sur toile, 123,5 × 94 cm, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire MV4319, © GrandPalaisRmn (château de Versailles) / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne, notice descriptive consultable en ligne.
Portrait de John Churchill, premier duc de Marlborough (1650-1722), Louis Coblitz (1814-1863), d’après Gottfried Kneller (1646-1723), vers 1845, huile sur toile, 123,5 × 94 cm, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire MV4319, © GrandPalaisRmn (château de Versailles) / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne, notice descriptive consultable en ligne.

Or, cette armée famélique, payée irrégulièrement, commandée par le maréchal de Villars, est dans un si triste état, que les ennemis[1] conduits par le Prince Eugène de Savoie et le duc de Marlborough ne doutent pas un instant de leur victoire.

Pour eux, « il ne s’agit pas de faire la guerre mais de sonner l’hallali[2] ». Cette métaphore cynégétique[3] montre bien que les belligérants opposés à la France la considéraient aux abois, et espéraient l’asservir.


[1] Il s’ensuit la formation d’une Grande Alliance, réunissant contre Louis XIV l’Angleterre, les Provinces-Unies, la Prusse et l’Autriche, à laquelle se joignent ultérieurement le Danemark, puis le Portugal et la Savoie.

[2] Oury, Clément. Malplaquet 1709 : la défaite qui sauve le royaume. Paris : Perrin ; ministère des Armées et des Anciens Combattants, 2024. 1 vol. (358 p., [8] p. de pl.) : ill. en coul. ; 22 cm. Collection Champs de bataille, n° 7. Bibliographie p. 334-342. Index, p. 10. (Exemplaire dédicacé conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)

[3] « Qui se rapporte à la chasse, aux chiens de chasse. Exploits, exercices cynégétiques. L’art cynégétique. Subst. La cynégétique, l’art de la chasse. Traité de cynégétique. », selon la Dictionnaire de l’Académie française.



La bataille, d’une grande violence, avec vingt mille morts et blessés du côté adverse, et dix mille du côté français, se déroule à Malplaquet le 11 septembre 1709[1].

Quoique considérée comme une défaite militaire, cette bataille marque un sursaut politique. Elle permet, à la fois de barrer la route de Paris, et de préserver ainsi le sort du royaume de France.


[1] Cet affrontement fut caractérisé par l’acharnement des combats, l’ampleur des pertes, et la profonde désorganisation du champ de bataille.


Plan de la bataille de Malplaquet suivant M. de Feuquières, François de Feuquières (marquis de Ribénac), 1750, carte, 27 × 19 cm, Bibliothèque nationale de France, document numérique, IFN-8444172, image reproduite d’après l’exemplaire original de la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, GE D-5179, consultable en ligne sur Gallica.
Plan de la bataille de Malplaquet suivant M. de Feuquières, François de Feuquières (marquis de Ribénac), 1750, carte, 27 × 19 cm, Bibliothèque nationale de France, document numérique, IFN-8444172, image reproduite d’après l’exemplaire original de la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, GE D-5179, consultable en ligne sur Gallica.

Les désordres ne cessent toutefois pas. En novembre, Gallard, commissaire des vivres, signale à l’intendant de Champagne de nouveaux pillages de grains sur les marchés de Sedan et de Rocroi.

Il précise à cette occasion que les soldats stationnés sur cette frontière meurent d’inanition. En 1710, l’arrivée de sacs d’orge à Givet[1] permet d’améliorer leur ravitaillement, alors qu’auparavant ils ne recevaient plus « qu’un quartier de pain par jour[2] ».


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 1470 [série C = administrations provinciales. – lntendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, États provinciaux, principautés, régences, etc. ; fonds C1-2059 = intendance de Champagne, cotes C 1216-1519 = armée, marine, colonies, articles C 1468-1497 = subsistances militaires (1695-1789) ; document C. 1470 = (Portefeuille.) – 161 pièces, papier. 1709-1710. – Subsistances militaires : correspondance de Galland, commissaire des vivres, et de Paris Duverney, directeur des vivres à Maubeuge, avec l’Intendant de Champagne André de Harouys. – Le 20 novembre 1709, Galland écrit de Charleville: « Il ne m’a pas été possible d’empescher les désordres. Le marché de Sedan a esté pillé deux jours de suitte et j’ay trouvé en arrivant icy que le pillage y estoit encore bien plus considérable : les soldats ne font pas difficulté de voler dans les rues en présence de leurs officiers qui ne peuvent plus les contenir. » « Les désordres continuent toujours, écrit-il le 1er décembre : le marché fut pillé avant hier à Rocroy où j’estois et l’on n’oze plus icy sortir les soirs. » Le 16 janvier 1710, il écrit : « Les vols continuent et mesme augmentent tous les jours. Les soldats ne prennent plus que deux partis : les plus forts celuy de vosler, et les malingres celui de demander l’aumone. Voilà l’estat des troupes de cotte frontière qui ne prennent point la viande. » Le 20 février :- « Outre qu’il meurt beaucoup de soldats d’inanition, ceux qui demeurent sont faits comme déterrez et ont si peu de force que s’il falloit faire quelque mouvement, je suis certain que plus des trois quarts resteroient en chemin. » – Paris Duverney écrit de Maubeuge le 28 janvier 1710 : « L’arrivée des 650 sacs d’orge à Givet a été fort à propos, car l’on ne donnoit depuis trois. jours à Philippeville qu’un quartier de pain par jour aux soldats. » Cf. Hatat, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Alphonse Vétault et Paul Pélicier, Marne, Archives civiles, série C, art. 1-2059, t. I (Châlons : Le Roy, 1884), in-fol., XVI-474 p.] Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C), page 354.


Entre 1703 et 1712, la répartition annuelle des décès à La Romagne (Ardennes) montre des fluctuations importantes. Le nombre de décès varie d’un à onze par an, avec parfois une prédominance masculine ou féminine. Certains enregistrements restent partiellement renseignés, illustrant les limites des registres BMS de l’époque. Graphique de type « histogramme empilé 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], pages non paginées, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.
Entre 1703 et 1712, la répartition annuelle des décès à La Romagne (Ardennes) montre des fluctuations importantes. Le nombre de décès varie d’un à onze par an, avec parfois une prédominance masculine ou féminine. Certains enregistrements restent partiellement renseignés, illustrant les limites des registres BMS de l’époque. Graphique de type « histogramme empilé 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], pages non paginées, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.

Les conséquences de ce grand hiver de 1709 n’apparaissent nulle part dans les registres BMS[1] de La Romagne, bien que le curé intègre parfois des annotations concernant des évènements (abjurations, testaments, legs) concernant la paroisse. Or, il n’y a rien concernant cette période de froid, qui a pourtant réduit la production agricole de cette dernière.


[1] Baptêmes, mariages, sépultures.


Paysage d’hiver, Allart van Everdingen (1621‑1675), dessin, 95 × 133 cm, Schwerin (Allemagne), Staatliches Museum, Kunstsammlungen, Schlösser und Gärten, numéro d’inventaire 644HZ, © BPK, Berlin, Dist. GrandPalaisRmn / Staatliches Museum Schwerin, notice descriptive consultable en ligne.
Paysage d’hiver, Allart van Everdingen (1621‑1675), dessin, 95 × 133 cm, Schwerin (Allemagne), Staatliches Museum, Kunstsammlungen, Schlösser und Gärten, numéro d’inventaire 644HZ, © BPK, Berlin, Dist. GrandPalaisRmn / Staatliches Museum Schwerin, notice descriptive consultable en ligne.

Il est à remarquer qu’il en est de même pour les villages environnants que ce soit Chaumont-Porcien[1], ou Rocquigny[2]. Pourtant, dans d’autres régions et contrées, les curés sont assez prolixes sur cet événement remarquable.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Entre 1703 et 1712, la mortalité à La Romagne (Ardennes) présente une répartition mensuelle irrégulière. Certains mois, comme janvier ou février, connaissent plusieurs décès, tandis que d’autres restent peu affectés. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], pages non paginées, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.
Entre 1703 et 1712, la mortalité à La Romagne (Ardennes) présente une répartition mensuelle irrégulière. Certains mois, comme janvier ou février, connaissent plusieurs décès, tandis que d’autres restent peu affectés. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], pages non paginées, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.

Les Romanais et les habitants circonvoisins[1] ont-ils interprété ce phénomène comme un châtiment divin, ou bien, habitués à des conditions de vie difficiles en raison des guerres presque incessantes, des mauvaises récoltes et de la cherté du bois, se sont-ils résignés face à ce malheur supplémentaire ?

Habitués au froid[2], dans des maisons où les chambres (souvent dans un autre bâtiment que la pièce à feu) ne sont pas chauffées, se seraient-ils contentés du seul refuge un peu plus confortable qu’est le lit, avec ses maigres couvertures et son édredon ?


[1] « Qui est situé tout près et autour de ce dont on parle. Les communes, les provinces circonvoisines. Les peuples circonvoisins. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Le climat ardennais, de type océanique dégradé à influence continentale, se caractérise par des hivers froids, souvent neigeux, avec des gelées fréquentes et une forte humidité.


Paysage d’hiver avec un pont en bois, Philips Wouwerman (1619‑1668), huile sur bois, 28,5 × 41 cm, Berlin (Allemagne), Gemäldegalerie, numéro d’inventaire 900F, © BPK, Berlin, Dist. GrandPalaisRmn / Jörg P. Anders, notice descriptive consultable en ligne.
Paysage d’hiver avec un pont en bois, Philips Wouwerman (1619‑1668), huile sur bois, 28,5 × 41 cm, Berlin (Allemagne), Gemäldegalerie, numéro d’inventaire 900F, © BPK, Berlin, Dist. GrandPalaisRmn / Jörg P. Anders, notice descriptive consultable en ligne.

Un autre problème soulevé par ces conditions météorologiques est de pouvoir procéder à une inhumation dans une terre gelée. Là encore, le registre est muet sur ce sujet. Pourtant, quatre des cinq inhumations de 1709 ont lieu entre le 23 janvier et le 3 mars, c’est-à-dire entre les grandes gelées et le début du dégel. Or, rien n’est dit à ce propos, quel que soit le registre paroissial consulté.

Alors que l’année 1707 présente une mortalité importante, avec neuf décès[1] (six adultes entre dix-neuf et quarante-cinq ans, deux personnes âgées de soixante ans et un enfant de moins d’un an), la mort atteint en 1709 cinq habitants : deux dans la maturité de l’âge (quarante-cinq ans), deux vieillards (soixante-quatorze et quatre-vingt-un ans), et une mention de décès le 3 mars 1709 sans indication de nom ou d’âge.


[1] Dus probablement, comme dans les environs, à des épidémies récurrentes.



Entre 1708 et 1711, Chaumont-Porcien (Ardennes) connaît des fluctuations démographiques : le nombre de naissances reste relativement élevé, avec un pic en 1708, tandis que les sépultures varient de six à dix par an. Les mariages restent peu nombreux et stables. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.  Cf . archives départementales des Ardennes, EDEPOT/CHAUMONT-PORCIEN/E 3 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/CHAUMONT-PORCIEN/E 3 = fonds concernant Chaumont-Porcien ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 3 = années 1703-1712],  folio 1 recto, vue 44/75 et suivantes, passim, consultables en ligne.
Entre 1708 et 1711, Chaumont-Porcien (Ardennes) connaît des fluctuations démographiques : le nombre de naissances reste relativement élevé, avec un pic en 1708, tandis que les sépultures varient de six à dix par an. Les mariages restent peu nombreux et stables. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMMECf . archives départementales des Ardennes, EDEPOT/CHAUMONT-PORCIEN/E 3 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/CHAUMONT-PORCIEN/E 3 = fonds concernant Chaumont-Porcien ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 3 = années 1703-1712],  folio 1 recto, vue 44/75 et suivantes, passim, consultables en ligne.

L’année 1710 présente une surmortalité essentiellement masculine, puisqu’elle touche huit hommes, à opposer aux trois de la mortalité féminine, et un déficit naturel de naissances. Les épidémies (dysenteries, fièvres malignes, fièvres putrides, petite vérole) ravagent l’ensemble de la région. Cette mortalité est aussi marquée dans des bourgs plus importants, que ce soit à Chaumont-Porcien ou à Rocquigny, où il y a quinze décès en 1709, mais trente-trois en 1710.


Entre 1708 et 1711, Rocquigny (Ardennes) connaît une forte variabilité démographique. Les naissances restent relativement nombreuses, avec un pic en 1708, bien qu’elles chutent en 1710, tandis que les sépultures connaissent un pic cette même année. Les mariages restent peu nombreux et irréguliers. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROCQUIGNY/E 1 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROCQUIGNY/E 1 = fonds concernant Rocquigny ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 1 = années 1700-1810], page 7 et suivantes = vue 8/92 et suivantes [naissances] ; page 2 = vue 51/92 [mariages] ; page 4 et suivantes = vue 64/92 et suivante, [sépultures], consultables en ligne.
Entre 1708 et 1711, Rocquigny (Ardennes) connaît une forte variabilité démographique. Les naissances restent relativement nombreuses, avec un pic en 1708, bien qu’elles chutent en 1710, tandis que les sépultures connaissent un pic cette même année. Les mariages restent peu nombreux et irréguliers. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROCQUIGNY/E 1 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROCQUIGNY/E 1 = fonds concernant Rocquigny ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 1 = années 1700-1810], page 7 et suivantes = vue 8/92 et suivantes [naissances] ; page 2 = vue 51/92 [mariages] ; page 4 et suivantes = vue 64/92 et suivante, [sépultures], consultables en ligne.

A Montmeillant[1], le registre est en mauvais état, et il n’y a pas de page pour 1710. Ceux d’Adon[2], Givron[3], Draize[4], Chappes[5] ont disparu, ce qui ne permet pas de tirer de conclusions pour ce secteur.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune française fusionnée avec Chaumont-Porcien, située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Entre 1703 et 1712, les mariages à La Romagne sont peu nombreux et se répartissent de manière irrégulière au cours de l’année. Certains mois, comme janvier, concentrent plusieurs unions, tandis que d’autres (avril, juin, juillet, août) restent dépourvus de mariages. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], page non paginée, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.
Entre 1703 et 1712, les mariages à La Romagne (Ardennes) sont peu nombreux et se répartissent de manière irrégulière au cours de l’année. Certains mois, comme janvier, concentrent plusieurs unions, tandis que d’autres (avril, juin, juillet, août) restent dépourvus de mariages. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], page non paginée, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.

Cet hiver a également réduit le nombre de mariages et de naissances. En 1710, aucun registre de naissances et de mariages n’existe à La Romagne, ce qui serait un cas unique. Chaque année, le nombre de mariages oscille entre un et trois.

Rocquigny, une plus grosse paroisse[1], n’en enregistre que trois en 1710, et deux en 1711, mais onze en 1713, ce qui peut s’expliquer par des cérémonies retardées, compte tenu du contexte économique.


[1] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROCQUIGNY/E 1 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROCQUIGNY/E 1 = fonds concernant Rocquigny ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 1 = années 1700-1810], page 2 et suivante, vue 51/92, consultables en ligne.


Entre 1703 et 1712, La Romagne (Ardennes) enregistre un total de quatre-vingt-seize naissances, avec une nette prédominance des filles (soixante et une) sur les garçons (trente-cinq). Les naissances varient légèrement d’une année à l’autre, et l’année 1710 ne comporte aucun enregistrement. Graphique de type « histogramme empilé 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], pages non paginées, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.
Entre 1703 et 1712, La Romagne (Ardennes) enregistre un total de quatre-vingt-seize naissances, avec une nette prédominance des filles (soixante et une) sur les garçons (trente-cinq). Les naissances varient légèrement d’une année à l’autre, et l’année 1710 ne comporte aucun enregistrement. Graphique de type « histogramme empilé 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], pages non paginées, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.

L’absence de naissances durant toute une année interroge encore plus. En analysant les registres, l’on peut remarquer, parfois, des oublis corrigés par la suite, des actes incomplets qui pourraient évoquer une perte de feuillets.

En se reportant, pour les Ardennes, au supplément à la série E de l’Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790[1] (établi au XIXe siècle), aucune naissance n’est signalée en 1710. Il reste à noter que les recensions ne mettent en avant que quelques évènements, et certaines familles.


[1] Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17188 (6), Laurent, Paul. Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790. Tome VI, Ardennes. Série E supplément : Archives communales. Collection des inventaires sommaires des archives départementales antérieures à 1790. Charleville : Imprimerie & Lithographie F. Devin–A. Anciaux successeur, 1902, pp. 28., E. Suppl. 135 — GG. 3(Registre)— In-4°, 34 feuillets, papier. 1703-1713. Baptêmes, mariages et sépultures : Baptême du 11 mai 1708, Marie-Jeanne, fille de Nicolas Bouillard, maître d’école, et de Marie Rifflet. Mariages : 28 janvier 1703, Paul-Alexandre Titeux, veuf de Nicole Bouchier, avocat au siège de Rethel, avec Jeanne Daniel, fille de feu Rollain Daniel et de Marie Leblanc ; 23 novembre 1706, Gérard Merlin, fils de Remacle Merlin, maître chirurgien, et de Martine Meunier, de Château-Porcien, avec Jeanne Leblanc, fille de Pierre Leblanc, marchand, et de Marie Foulon. Abjuration : 13 janvier 1705, Lazare Barré. [série E. Suppl. = supplément aux archives de la série E ; articles E. Suppl. 1-151 = canton de Chaumont-Porcien, documents E. Suppl. 133-143 = commune de La Romagne.]


Entre 1703 et 1712, la natalité à La Romagne  (Ardennes) varie fortement selon les mois. Certains, comme janvier, mars, juin, août et septembre, comptent plusieurs naissances, tandis que d’autres n’en enregistrent que quelques-unes. L’année 1710 ne comporte aucun enregistrement. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], pages non paginées, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.
Entre 1703 et 1712, la natalité à La Romagne (Ardennes) varie fortement selon les mois. Certains, comme janvier, mars, juin, août et septembre, comptent plusieurs naissances, tandis que d’autres n’en enregistrent que quelques-unes. L’année 1710 ne comporte aucun enregistrement. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. Cf. archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 23 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 23 = années 1703-1712], pages non paginées, vue 1/32 et suivantes, passim, consultables en ligne.

Ainsi, pour cette période, et en ce qui concerne La Romagne, seul est cité selon cette source le baptême, le l l mai 1708, de Marie-Jeanne, fille de Nicolas Bouillard, maître d’école, et de Marie Rifflet. Apparemment, aucune des familles importantes du village n’aurait eu un enfant, ce qui n’est pas plausible. Il faut plutôt voir dans ce phénomène les effets de la malnutrition, des aménorrhées[1] et des épidémies.

En outre, l’on ignore le nombre de grossesses qui n’ont pas atteint leur terme. De même, la chute des naissances est très marquée à Rocquigny, puisqu’en 1710, onze naissances[2] sont enregistrées mais vingt-huit en 1711.


[1] « Absence ou interruption anormale des menstruations. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROCQUIGNY/E 1 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROCQUIGNY/E 1 = fonds concernant Rocquigny ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 1 = années 1700-1810], page 9 et suivante, vue 9/92 et suivante, consultables en ligne.


René Antoine Ferchault de Réaumur (1683‑1757), physicien et naturaliste, portrait gravé par Philippe Simonneau (1685‑vers 1753) d’après Alexis Simon Belle (1674‑1734), burin et eau-forte, 34,4 × 23,5 cm, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire LP65.91.1, © château de Versailles, Dist. GrandPalaisRmn / image château de Versailles, notice descriptive consultable en ligne.
René Antoine Ferchault de Réaumur (1683‑1757), physicien et naturaliste, portrait gravé par Philippe Simonneau (1685‑vers 1753) d’après Alexis Simon Belle (1674‑1734), burin et eau-forte, 34,4 × 23,5 cm, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire LP65.91.1, © château de Versailles, Dist. GrandPalaisRmn / image château de Versailles, notice descriptive consultable en ligne.

Cet hiver a frappé les esprits, car il survient à un moment critique du long règne de Louis XIV, dont les Français commencent à se lasser. L’événement a ensuite suscité l’intérêt des savants, comme Réaumur[1], qui étudient la météorologie et ses implications pour l’agriculture. D’autres hivers rigoureux marqueront le XVIIIᵉ siècle, mais aucun ne restera dans les mémoires comme celui de 1709.


[1] Physicien et naturaliste français, né à La Rochelle (Charente-Maritime) en 1683 et mort au château de la Bermondière en 1757. L’échelle Réaumur est une ancienne mesure de température, fixant la congélation de l’eau à 0° et son ébullition à 80°.


Catégories
Fronde (1648-1653) Guerre d'indépendance des États-Unis (1775-1783) Guerre de Dévolution (1667-1668) Guerre de Hollande (1672-1678) Guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697) Guerre de la succession d'Autriche (1740-1748) Guerre de la succession d'Espagne (1701-1714) Guerre de la succession de Pologne (1733-1738) Guerre de Sept Ans (1756-1763) Guerre de Trente Ans (1618-1648) Guerre franco-espagnole (1635-1659) Militaires Victimes de guerre

La Romagne au service des armées du roi (XVIIᵉ-XVIIIᵉ siècles)


Au XVIIe siècle, l’effort militaire imposé à la France est considérable, car les  conflits marquent toute cette période : dernières guerres de Religion en France (1621-1629), guerre de Trente ans (1618-1648), révolte des Grands ou Fronde (1648-1653), guerre de Dévolution (1667-1668), guerre de Hollande (1672-1678), guerre de la Ligue d’Augsbourg ou guerre de Neuf Ans (1688-1697), guerre de la Succession d’Espagne (1701-1714).



Les règnes suivants de Louis XV et de Louis XVI connaitront, pour le premier, la guerre de la Succession de Pologne (1733-1738), la guerre de la Succession d’Autriche (1740-1748), et la guerre de Sept ans (1756-1763) et, pour le second, une participation financière très importante à la guerre d’Indépendance des Etats-Unis (1775-1783).


Maison du roi : étendard, planche 14 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, de gouache et de dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Maison du roi : étendard, planche 14 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, de gouache et de dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Le recrutement de l’armée royale se fait sous la forme d’engagements volontaires de longue durée, puisqu’ils passent de quatre à huit ans, tout d’abord au nom du capitaine, puis au nom du roi, et ce jusqu’à la Révolution.

La misère et le vagabondage peuvent pousser à un enrôlement, mais, comme les volontaires ne sont pas assez nombreux, le capitaine devient, la plupart du temps, un marchand d’hommes faisant pratiquer pour son propre compte le racolage[1].

Nul lieu n’échappe aux recruteurs, que ce soient les marchés, les promenades publiques ou les cabarets. Ainsi, pour la base de l’armée, ce recrutement donne des troupes déplorables, souvent prêtes au pillage.


[1] « Sous l’Ancien Régime, en particulier au XVIIe et au XVIIIe siècle, pratique à laquelle recouraient les capitaines, considérés comme propriétaires de leur compagnie, ou les sous-officiers agissant sur leurs ordres, et qui consistait, lorsque les effectifs étaient insuffisants, à amener des hommes, par de fausses promesses ou par la contrainte, à s’enrôler dans l’armée. Louvois s’efforça de combattre les abus du racolage. Le racolage disparut avec l’établissement de la conscription. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Maison du roi : étendard de la compagnie de Noailles, planche 15 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, de gouache et de dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Maison du roi : étendard de la compagnie de Noailles, planche 15 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, de gouache et de dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Jusqu’au milieu du XVIIe siècle, les effectifs sont relativement faibles : la victoire de Rocroi[1] en 1643 est obtenue avec quelque vingt-deux mille hommes[2], alors que la guerre de Hollande mobilise plus de cent vingt mille soldats et officiers. En 1705, les effectifs alignés sont d’environ trois cent mille hommes. Les troupes se partagent entre l’infanterie et la cavalerie.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Bonal, François. Les Régiments de Champagne sous l’Ancien Régime : Champagne-Infanterie, Royal-Champagne de cavalerie. Langres : Dominique Guéniot, 1999. 137 p., couv. illustr. en coul. Bibliographie p. 133. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.), p. 12.


Infanterie : régiment de Champagne, page de titre, planche 55 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Infanterie : régiment de Champagne, page de titre, planche 55 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.


Maison du roi : étendard des mousquetaires, planche 38 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, gouache et dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Maison du roi : étendard des mousquetaires, planche 38 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, gouache et dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.


Etendard du régiment de la Reine, planche 80 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe et dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Etendard du régiment de la Reine, planche 80 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe et dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Au début du règne de Louis XIV, la Maison militaire[1] du roi se compose d’un ensemble particulièrement vaste et prestigieux de régiments. Cette institution, chargée d’assurer à la fois la sécurité personnelle du souverain et le faste de sa représentation, réunit des unités d’élite telles que :

  • les gardes du corps[2] (Charles de Canogne, né vers 1693 et résidant à Maranwez[3], se trouve dans la compagnie de Noailles. Il sert par quartier[4] à Versailles[5]) ;
  • des chevau-légers : Firmin de Canel est l’un des chevau-légers de la garde du roi après 1697 ;
  • des mousquetaires ;
  • des gardes suisses ;
  • des grenadiers ;
  • le régiment de la Reine[6] : en 1720, Robert Bechet d’Arzilly, fils de Charles Bechet et Marie Foulon de la Romagne[7], y est lieutenant comme cavalier.

[1] Masson, Rémi. Défendre le roi : la Maison militaire au XVIIe siècle. Ceyzérieu : Champ Vallon, 2017. 415 p., ill. En appendice, choix de documents. Bibliogr. p. 394‑402. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)

[2] Les gardes du corps du roi comprennent quatre compagnies : la première, dite « compagnie écossaise », la plus ancienne et la plus prestigieuse, est commandée de 1445 à 1462 par Robert de Pottelach. Les trois autres, dites « compagnies françaises », sont créées respectivement le 10 juillet 1473, en 1475 et en 1515. Cf. Forges de Parny, Léon de. Les Gardes du corps du roi. Préface de Paul Bertrand de La Grassière. Paris : L’Auteur, 1972. 166 p., pl. Bibliogr. p. 149. Index. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.), p. 135 et ss.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] « Sous l’Ancien Régime, période de trois mois pendant laquelle certains officiers de la Maison du roi étaient de service à tour de rôle, au contraire des officiers ordinaires qui remplissaient leurs fonctions toute l’année ; par métonymie, la fonction occupée pendant cette période. Médecin par quartier. Être de quartier, en quartier. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[5] Commune française, actuellement chef-lieu du département des Yvelines, dans la région Île-de-France.

[6] Plusieurs régiments d’infanterie et de cavalerie ont successivement porté le nom de régiment de la Reine sous l’Ancien Régime, chaque unité étant distincte et recréée à différentes époques (XVIIᵉ-XVIIIᵉ siècles).

[7] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Maison du roi : gardes du corps à cheval de la compagnie de Noailles, planche 8 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe avec aquarelle, gouache et dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Maison du roi : gardes du corps à cheval de la compagnie de Noailles, planche 8 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe avec aquarelle, gouache et dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Forges de Parny, Léon de. Les Gardes du corps du roi. Préface de Paul Bertrand de La Grassière. Paris (Île-de-France) : L’Auteur, 1972. 166 p., pl. Bibliogr. p. 149. Index. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)
Forges de Parny, Léon de. Les Gardes du corps du roi. Préface de Paul Bertrand de La Grassière. Paris (Île-de-France) : L’Auteur, 1972. 166 p., pl. Bibliogr. p. 149. Index. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)

Deux gardes du corps de la compagnie de Noailles, à cheval, dont un porte-étendard, planche 9 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765) et Robert-Alexandre d’Hermand (1674-1739), aquarelle, gouache et encre sur papier, 47 × 64,5 cm, numéro d’inventaire 10851-15 BIB, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Deux gardes du corps de la compagnie de Noailles, à cheval, dont un porte-étendard, planche 9 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765) et Robert-Alexandre d’Hermand (1674-1739), aquarelle, gouache et encre sur papier, 47 × 64,5 cm, numéro d’inventaire 10851-15 BIB, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Il en va ainsi des régiments de Champagne, qui recrutent sur la région, mais y combattent très peu : c’est le cas du Champagne-Infanterie et du Royal-Champagne[1], plus récent.


[1] Le Régiment Royal‑Champagne, créé en 1682 sous le nom de régiment de Tallard-Cavalerie, prend son titre en 1761, après l’incorporation du régiment de Preissac.



Ce dernier est la possession de Henri II de Durfort de Duras[1]. Il passe ensuite à son frère Jean-Baptiste de Durfort, qui devient ainsi duc de Duras. Il est en garnison à Compiègne[2] en 1698, avant de participer en 1701 à la guerre en Flandre.

Ensuite, et pendant treize ans, le régiment est la propriété de Louis d’Aumont de Villequier, avant de passer aux mains du comte Louis-Charles de la Motte Houdancourt, dont l’épouse était « dame de La Romagne ».


[1] Jacques‑Henri II de Durfort (1670‑1697), fils de Jacques Henri de Durfort, duc de Duras, et de Marguerite Félicie de Lévis‑Ventadour, épousa en mars 1689 Louise‑Madeleine Eschalart de la Marck, comtesse de Braine (commune française située actuellement dans le département de l’Aisne, en région Hauts-de-France) et baronne de Sérignan.

[2] Commune française située dans le département de l’Oise, en région Hauts-de-France.


Régiment de Languedoc, anonyme français, planche 52 page 107 de Troupes du roi, infanterie française et étrangère, année 1757, tome I, aquarelle et gouache sur papier, 18ᵉ siècle, 50,5 × 36 cm, numéro d’inventaire 10858 BIB ; A1J12, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn, notice descriptive consultable en ligne.
Régiment de Languedoc, anonyme français, planche 52 page 107 de Troupes du roi, infanterie française et étrangère, année 1757, tome I, aquarelle et gouache sur papier, 18ᵉ siècle, 50,5 × 36 cm, numéro d’inventaire 10858 BIB ; A1J12, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn, notice descriptive consultable en ligne.

Plusieurs habitants de La Romagne et des villages voisins témoignent de ce recrutement dans les provinces, montrant que la levée d’hommes pour la Maison du roi ne se limitait pas à la Cour, mais puisait aussi largement dans les campagnes :

  • Le sieur Nicolas Belancour (marié en secondes noces à Marie-Nicolle Devie de la Romagne) est lieutenant réformé du régiment de Champagne ;
  • Pierre Jadart du Merbion (1692-1759) est capitaine au régiment de Champagne ;
  • Paul Boucher d’Avançon (marié à Marie-Thérèse Devie le 15 juin 1733) est officier au régiment de Languedoc ;
  • A la Romagne est célébré le 11 février 1765 le mariage du grenadier Pierre Braux dit Tonnerre, originaire de Rocquigny[1],et de Marie Nicolle Chamouillet.

[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Officier et soldat du régiment de Champagne, planche 58 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée.
Officier et soldat du régiment de Champagne, planche 58 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Jusqu’au règne de Louis XIII, lors des déplacements des armées, il n’y a aucune organisation quant à leur ravitaillement, d’où de nombreux vols, pillages et dommages.

De plus, les finances royales, le plus souvent impécunieuses, payent avec beaucoup de retard les soldes et les approvisionnements, ce qui fait que, pour la population, le passage des troupes est synonyme de violence, de désolation, et d’épouvante.

Compte tenu de toutes les guerres qui se sont déroulées sur le sol ardennais, ces sentiments se sont ancrés durablement et profondément parmi les habitants.


Régiment de Champagne n° 3, anonyme français, 18ᵉ siècle, aquarelle et encre sur papier, 23,4 × 16,4 cm, numéro d’inventaire NF AR UNI ; Est A 118, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Régiment de Champagne n° 3, anonyme français, 18ᵉ siècle, aquarelle et encre sur papier, 23,4 × 16,4 cm, numéro d’inventaire NF AR UNI ; Est A 118, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Dans le premier tiers du XVIIe siècle, l’administration, à la demande du roi, organise le déplacement des troupes en mettant en place le système des étapes.

Pour cela, l’on utilise les routes, voies et chemins existants, pour prévoir des lieux de stationnement distants de vingt-cinq kilomètres entre eux.

Provisions, vivres et fourrages doivent se trouver rassemblés dans ces lieux, et ce d’autant plus qu’il y a une imposition additionnelle à la taille qui est attribuée à ces frais. Cela n’empêche pas l’argent de manquer.


Officiers porte-drapeau du régiment de Champagne, planche 56 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Officiers porte-drapeau du régiment de Champagne, planche 56 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Ce sont souvent les mêmes villes et villages qui supportent la présence plus ou moins momentanée des troupes, si l’on n’est pas en période de quartier d’hiver.

Et ce sont eux qui finalement pourvoient à la nourriture, dont la quantité et la qualité dépendent du grade. Ce système connait une courte éclipse, avant de perdurer bien au-delà de la Révolution.


Officiers du régiment de Champagne, planche 57 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Officiers du régiment de Champagne, planche 57 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

La constitution d’une armée permanente est l’aboutissement de la prise de conscience des insuffisances et des méfaits du mercenariat, qui a été, jusqu’en 1650, la règle pour tous les états européens, même si la France avait déjà un embryon d’armée permanente dans cette période. En font partie :

  • Jean-Baptiste Devie de La Horgne[1], décédé le 17 juillet 1728 à La Romagne, seigneur de Logny et de la Cour Avril, était capitaine au régiment de Condé-Cavalerie[2].
  • Pierre Merlin (14 décembre 1745-mort le 7 janvier 1772 à La Romagne) était soldat au Royal-dragons[3]
  • Pierre Goulard (fils de Pierre Goulard[4] et Jeanne Caré ), né en octobre 1718[5], est caporal dans la compagnie colonelle du régiment de Beauce (créé en 1684). Il est « dit La Romagne[6] », tiré de son village natal. A la fin de son engagement, il revient vivre au village.

[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2]Le régiment de Condé‑Dragons, régiment de cavalerie française créé en 1665 sous le nom de régiment de Condé‑Cavalerie, sert sous l’Ancien Régime comme unité de cavalerie légère, avant de devenir le 2ᵉ régiment de dragons lors de la Révolution.

[3] Le régiment Royal-Dragons, créé en 1667 sous le nom de régiment des Dragons étrangers du roi, devient le 1er régiment de dragons en 1791.

[4] Ou Goullar, selon une version orthographique alternative.

[5] EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 2 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 2 = années 1713-1721], page non paginée, vue 24/34, consultable en ligne.

[6] Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17188 (6), Laurent, Paul. Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790. Tome VI, Ardennes. Série E supplément : Archives communales. Collection des inventaires sommaires des archives départementales antérieures à 1790. Charleville : Imprimerie & Lithographie F. Devin–A. Anciaux successeur, 1902, p. 29 [E. Suppl. 141. — GG. 9. (Registre.) — In-4°, 40 feuillets, papier. 1763-1773. —Baptêmes, mariages et sépultures célébrés dans l’église paroissiale de La Romagne. — Baptêmes : le 4 mars 1763, de Pierre, fils de Jean-Baptiste Daveaux, maître d’école, et de Jeanne Leroy ; — le 21 juillet 1763, de Nicolas, fils de Bertaud Soret et de Catherine Marchand ; parrain : Nicolas Baudoin ; marraine : Catherine de Morgny, de la paroisse de Logny, proche Aubenton. — Mariage : le 10 mai 1768, de Pierre Goulard, dit La Romagne, fils de feu Pierre Goulard et de défunte Jeanne Caret, ci-devant caporal de la compagnie colonelle du régiment de Beauce, avec Madeleine du Bois, veuve de Louis Le Brun.]


Guidon du régiment de Condé-Dragons, 1776, textile, 100 × 118 cm, numéro d’inventaire 2018.48.1, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Émilie Cambier, notice descriptive consultable en ligne, notice descriptive consultable en ligne.
Guidon du régiment de Condé-Dragons, 1776, textile, 100 × 118 cm, numéro d’inventaire 2018.48.1, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Émilie Cambier, notice descriptive consultable en ligne, notice descriptive consultable en ligne.

Le sobriquet est une tradition dans les anciens régiments français. Il rappelle souvent le village ou la province d’origine, des fleurs, des défauts ou des qualités. Ainsi Etienne Gasque, époux de Marguerite Delangre[1], est surnommé « La Bonté ».

De même, Pierre Lépinois, dont le décès a lieu le 3 janvier 1740 à La Romagne, était dit « la Rigueur ». Ces surnoms expriment parfois par dérision tout le contraire de ce qu’ils symbolisent. Ils servent aussi lorsque le soldat entre à l’hôtel des Invalides à distinguer les homonymes.


[1] Née à La Romagne le 22 février 1717.


Royal-Champagne n° 15, planche 31 d’Uniformes militaires des troupes françaises sous Louis XVI, 1779, anonyme, dessin rehaussé d’aquarelle et encre, 23 × 17 cm, numéro d’inventaire 10866 ; NF AR UNI, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Émilie Cambier, notice descriptive consultable en ligne.
Royal-Champagne n° 15, planche 31 d’Uniformes militaires des troupes françaises sous Louis XVI, 1779, anonyme, dessin rehaussé d’aquarelle et encre, 23 × 17 cm, numéro d’inventaire 10866 ; NF AR UNI, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Émilie Cambier, notice descriptive consultable en ligne.

En 1674, l’hôtel des Invalides est inauguré. Cet établissement[1] est destiné à recueillir, soigner, héberger des soldats mutilés, usés par l’âge ou les infirmités.

Néanmoins, tous les soldats qui ont reçu des blessures au service du roi ne sont pas admis aux Invalides. Les plus alertes, ou ceux qui peuvent encore être utiles, sont parfois employés à Versailles pour la surveillance et la sécurité du château.


[1] Belmas, Élisabeth ; Coste Joël. Les soldats du roi à l’hôtel des Invalides : étude d’épidémiologie historique, 1670-1791. Paris : CNRS Éditions, 2018. 364 p., ill. en coul. Bibliogr. p. 276‑278. Index. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)



Almanach pour l'année 1704, Jean Langlois (1649 ?-1712 ?), burin, 88,5 × 57,3 cm, numéro d’inventaire invgravures1670, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, © GrandPalaisRmn / Franck Raux. Almanach illustré représentant la guerre sous Louis XIV. Le roi examine le plan de la ville de Landau et reçoit de monsieur le chevalier de Croissy la nouvelle de la prise par le maréchal de Tallard le 18 novembre 1703. [Nota bene : Landau in der Pfalz (ville-arrondissement de Landau in der Pfalz, Land de Rhénanie-Palatinat) est une ville allemande à ne pas confondre avec Landau an der Isar (arrondissement de Dingolfing-Landau, district de Basse-Bavière, Land de Bavière).], notice descriptive consultable en ligne.
Almanach pour l’année 1704, Jean Langlois (1649 ?-1712 ?), burin, 88,5 × 57,3 cm, numéro d’inventaire invgravures1670, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, © GrandPalaisRmn / Franck Raux. Almanach illustré représentant la guerre sous Louis XIV. Le roi examine le plan de la ville de Landau et reçoit de monsieur le chevalier de Croissy la nouvelle de la prise par le maréchal de Tallard le 18 novembre 1703. [Nota bene : Landau in der Pfalz (ville-arrondissement de Landau in der Pfalz, Land de Rhénanie-Palatinat) est une ville allemande à ne pas confondre avec Landau an der Isar (arrondissement de Dingolfing-Landau, district de Basse-Bavière, Land de Bavière).], notice descriptive consultable en ligne.

Dans d’autres cas, ils sont nommés à la garde d’autres châteaux, comme l’a été Henry Macquart (natif de Saint-Jean-aux-Bois[1]), sieur de Damonville, capitaine blessé lors du siège de Landau[2] (1702) : il a été recouvert de terre par le souffle d’une bombe. Incommodé par cette blessure, il a été accueilli le 12 mai 1720 à l’hôtel des Invalides[3], puis a été nommé capitaine d’une compagnie d’invalides au château de Sedan[4].


[1] Commune française, située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Landau in der Pfalz (ville-arrondissement de Landau in der Pfalz, Land de Rhénanie-Palatinat) est une ville allemande à ne pas confondre avec Landau an der Isar (arrondissement de Dingolfing-Landau, district de Basse-Bavière, Land de Bavière). La forteresse de Landau, construite par Vauban entre 1688 et 1691 sur ordre de Louis XIV, illustre l’art de la fortification bastionnée de l’Ancien Régime et joua un rôle stratégique dans le Palatinat durant la guerre de la Ligue d’Augsbourg et la guerre de Succession d’Espagne.

[3] Service historique de la Défense, site de Vincennes, GR 2 XY 20, acte n° 32561 [série GR = guerre et armée de Terre ; sous-série GR XY = Invalides ; partie GR 2 XY 1 à 374 = registres de l’hôtel des Invalides.]

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Le duc de Bourgogne devant Brisach en 1703, Jean Langlois (1649 ?-1712 ?), burin, 88,5 × 57,3 cm, numéro d’inventaire invgravures1670, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, © GrandPalaisRmn / image GrandPalaisRmn. Almanach illustré représentant la guerre sous Louis XIV. Le roi examine le plan de la ville de Landau et reçoit de monsieur le chevalier de Croissy la nouvelle de la prise par le maréchal de Tallard le 18 novembre 1703. Le duc de Bourgogne est représenté devant Brisach [Nota bene : Landau in der Pfalz (ville-arrondissement de Landau in der Pfalz, Land de Rhénanie-Palatinat) est une ville allemande à ne pas confondre avec Landau an der Isar (arrondissement de Dingolfing-Landau, district de Basse-Bavière, Land de Bavière). D’autre part, Breisach am Rhein (arrondissement de Brisgau-Haute-Forêt-Noire, district de Fribourg-en-Brisgau, Land de Bade-Wurtemberg), est une ville allemande appelée Vieux-Brisach par les Français pour la distinguer de Neuf-Brisach, commune française située actuellement dans le département du Haut-Rhin, en région Grand Est.], notice descriptive consultable en ligne.
Le duc de Bourgogne devant Brisach en 1703, Jean Langlois (1649 ?-1712 ?), burin, 88,5 × 57,3 cm, numéro d’inventaire invgravures1670, Versailles (Yvelines), châteaux de Versailles et de Trianon, © GrandPalaisRmn / image GrandPalaisRmn. Almanach illustré représentant la guerre sous Louis XIV. Le roi examine le plan de la ville de Landau et reçoit de monsieur le chevalier de Croissy la nouvelle de la prise par le maréchal de Tallard le 18 novembre 1703. Le duc de Bourgogne est représenté devant Brisach [Nota bene : Landau in der Pfalz (ville-arrondissement de Landau in der Pfalz, Land de Rhénanie-Palatinat) est une ville allemande à ne pas confondre avec Landau an der Isar (arrondissement de Dingolfing-Landau, district de Basse-Bavière, Land de Bavière). D’autre part, Breisach am Rhein (arrondissement de Brisgau-Haute-Forêt-Noire, district de Fribourg-en-Brisgau, Land de Bade-Wurtemberg), est une ville allemande appelée Vieux-Brisach par les Français pour la distinguer de Neuf-Brisach, commune française située actuellement dans le département du Haut-Rhin, en région Grand Est.], notice descriptive consultable en ligne.


On retrouve également, dans les listes des pensionnaires de cet hôtel des Invalides, Hubert Laroche, natif de La Romagne. En effet, ce dernier appartient au régiment de Touraine (crée en 1725) et à la compagnie d’Harmeville[1].

C’est un régiment d’infanterie, où il a servi cinq ans et quatre mois. Blessé durant la guerre de Sept Ans à la bataille de Minden[2] d’un coup de sabre sur l’épaule droite, il entre aux Invalides[3] le 19 mars 1761, ce qui met fin à sa carrière militaire.


[1] Ancienne commune française, associée à la commune de Lezéville depuis 1972, située actuellement dans le département de la Haute-Marne, en région Grand Est.

[2] La bataille de Minden, le 1er août 1759, fut un épisode décisif de la guerre de Sept Ans, qui se déroula aux portes de la ville de Minden, actuellement dans l’arrondissement de Minden-Lübbecke, district de Detmold, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Allemagne). Les troupes britanniques, prussiennes, du Brunswick-Lunebourg et de Hesse-Cassel infligèrent une lourde défaite aux forces françaises et à leurs alliés, dont le duché de Saxe, marquant un tournant stratégique dans le conflit en Europe centrale.

[3] Service historique de la Défense, site de Vincennes, GR 2 XY 38, acte n° 86418 [série GR = guerre et armée de Terre ; sous-série GR XY = Invalides ; partie GR 2 XY 1 à 374 = registres de l’hôtel des Invalides.]


Plan du siège de Minden, Pays-Bas, 1766, estampe à l’eau-forte, 54,5 × 72,5 cm, numéro d’inventaire CFAb102, Blérancourt, musée franco-américain du château de Blérancourt, © GrandPalaisRmn / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.
Plan du siège de Minden, Pays-Bas, 1766, estampe à l’eau-forte, 54,5 × 72,5 cm, numéro d’inventaire CFAb102, Blérancourt, musée franco-américain du château de Blérancourt, © GrandPalaisRmn / Gérard Blot, notice descriptive consultable en ligne.

Maison du roi : étendard du régiment du Roi, planche 105 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Maison du roi : étendard du régiment du Roi, planche 105 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Avant la fondation des Invalides, les soldats estropiés sont envoyés dans des abbayes où ils sonnent les cloches, ouvrent les portes, entretiennent la chapelle, etc. Le roi verse alors au monastère, pour l’entretien de chacun, une somme annuelle de cent livres[1].


[1] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-LF50-137, Mention, Léon. L’Armée de l’Ancien Régime, de Louis XIV à la Révolution. Paris : L.-H. May, s. d. In-8°, 312 p., fig., portraits. Bibliothèque d’histoire illustrée, publiée sous la direction de J. Zeller et H. Vast. [Nota bene : l’ouvrage de Léon Mention propose une synthèse accessible sur l’organisation et l’évolution de l’armée française de Louis XIV à la Révolution. Illustré et destiné à la vulgarisation, il présente les principales structures, les différents types de troupes, et les réformes successives. Malgré une approche aujourd’hui datée, il demeure une introduction utile à l’armée de l’Ancien Régime.]


Pistolet d’officier de dragons, modèle 1767, calibre 17,1 mm, manufacture de Charleville (Ardennes), 18ᵉ siècle, numéro d’inventaire 2002.21.31, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Pascal Segrette, notice descriptive consultable en ligne.
Pistolet d’officier de dragons, modèle 1767, calibre 17,1 mm, manufacture de Charleville (Ardennes), 18ᵉ siècle, numéro d’inventaire 2002.21.31, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Pascal Segrette, notice descriptive consultable en ligne.

En 1693, le roi crée l’ordre royal et militaire de Saint-Louis pour récompenser les militaires qui se sont distingués par leur bravoure et leurs actions d’éclat : on y trouve Philippe Jadart du Merbion (1678-1738).

Seuls peuvent y être admis les officiers de nationalité française et de religion catholique ayant au moins dix ans de service. Cet ordre disparaît avec la Révolution, mais on sait qu’en 1773, messire Louis Dieudonné Robert de la Bove de L’Isle, ancien capitaine de dragons, résidant à Rocquigny, en était chevalier.


« Chef de musique » et tambour du régiment de Champagne, planche 60 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
« Chef de musique » et tambour du régiment de Champagne, planche 60 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

La convocation du ban et de l’arrière-ban est une survivance féodale, et un devoir impérieux pour la noblesse. Les seigneurs se doivent d’aider le roi en cas de guerre, et sur sa demande. Le ban et l’arrière-ban sont formés par les possesseurs de fiefs et d’arrière-fiefs, nobles ou non nobles, qui sont astreints au service militaire et viennent ainsi grossir l’armée régulière.

Ce que ne peut pas faire, en octobre 1636, Christophe de Bouzonville (de la Cour Avril). Alors qu’il doit se rendre à l’armée conduite par le comte de Soissons[1], suivant un commandement envoyé à tous les gentilshommes, il déclare alors qu’il ne peut répondre à cet ordre, car il est constitué chef de la milice de Chaumont[2] pour la conservation des frontières de Champagne et Thiérache, et plus particulièrement des places de Charleville[3] et de « Chastel en Porcien[4] ».


[1] Commune française située actuellement dans le département de l’Aisne, en région Hauts-de-France.

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Charleville-Mézières, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Lire Château-Porcien, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est. Archives départementales des Ardennes, 5J 4 [série J = archives d’origine privée (entrées par voie d’achat, don, legs ou dépôt) ; sous-série 5J = collection généalogique constituée par Louis Bossu, procureur général de la cour d’appel de Chambéry, né à Mirecourt (commune française, actuellement chef-lieu de canton du département des Vosges, en région Grand Est) en 1857, et décédé en 1929, cote 5J 4 = dossiers généalogiques Ca-Ch.]


Marche des Gris-Vêtus (régiment de Champagne), page 303 de l’album musical n° 125, supplément de Musica, février 1913, François Couperin (1668-1733), impression sur papier, H. 34 cm, numéro d’inventaire 27170 BIB, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Pascal Segrette, notice descriptive consultable en ligne.
Marche des Gris-Vêtus (régiment de Champagne), page 303 de l’album musical n° 125, supplément de Musica, février 1913, François Couperin (1668-1733), impression sur papier, H. 34 cm, numéro d’inventaire 27170 BIB, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Pascal Segrette, notice descriptive consultable en ligne.

Il en est de même pour le sieur d’Aguisy de Mainbresson[1], convoqué en 1694, mais qui est hors d’état de servir, car il est gravement malade. Cela n’empêche pas qu’il soit taxé avec d’autres membres de sa famille de soixante livres[2].


[1] Commune associée de Rocquigny et ancienne commune française, située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 17B 104 [série B = juridictions d’Ancien Régime ; sous-série 17B = bailliage royal et siège présidial de Reims ; articles 17B 1-126 = actes non judiciaires et actes administratifs et de police ; cotes 17B 101-104 = ban et arrière-ban (1689-1697).]


Fantassin du régiment de Champagne, planche 2 page 7 de Troupes du roi, infanterie française et étrangère, année 1757, tome I, anonyme français, 18ᵉ siècle, aquarelle et gouache sur papier, 50,5 × 36 cm, numéro d’inventaire 10858 BIB ; A1J12, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Fantassin du régiment de Champagne, planche 2 page 7 de Troupes du roi, infanterie française et étrangère, année 1757, tome I, anonyme français, 18ᵉ siècle, aquarelle et gouache sur papier, 50,5 × 36 cm, numéro d’inventaire 10858 BIB ; A1J12, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

A l’origine, ce sont les baillis qui ont pour mission de lever ce ban et cet arrière-ban. Lorsque celui-ci tombe en désuétude, les baillis sont réduits à leurs fonctions judiciaires.

Sous Louis XIV, les rapports des intendants stipulent que les convocations du ban et de l’arrière-ban font apparaître des gentilshommes dont on ne peut faire grand-chose.

Toutefois, si ces derniers refusent de répondre aux convocations, ils s’exposent à la confiscation de leur fief ou de leur arrière-fief[1]. En outre, ils sont obligés aussi de contribuer à cet arrière-ban, en versant une taxe proportionnelle à la valeur de ce fief.

Si, pour une raison valable, ils ne sont pas en mesure de faire face à cette convocation, une somme compensatoire est demandée. S’ils ne peuvent pas la donner, ils sont poursuivis, comme l’a été par exemple monsieur d’Aguisy de Mainbresson.


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 17B 102 [série B = juridictions d’Ancien Régime ; sous-série 17B = bailliage royal et siège présidial de Reims ; articles 17B 1-126 = actes non judiciaires et actes administratifs et de police ; cotes 17B 101-104 = ban et arrière-ban (1689-1697).]


Soldat du régiment de Champagne sous les armes, planche 61 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Soldat du régiment de Champagne sous les armes, planche 61 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Ce ban et cet arrière-ban sont convoqués à plusieurs reprises au cours du XVIIe siècle, par exemple de 1635 à 1639 pour la guerre de Trente ans (1618-1648), puis en 1674 pour lutter contre les agissements des Impériaux[1] (die Kaiserlichen), et rejoindre l’armée de Turenne qui, les trouvant par trop indisciplinés, ne veut pas les garder. On fait encore appel à eux en 1689, puis en 1697, au sujet des troubles que l’on redoutait du côté des nouveaux convertis.


[1] Lettres patentes du 12 août 1674, pour la convocation du ban et arrière-ban de la province de Champagne. Cf. Archives du Palais princier de Monaco, MC/APM/T/11 (1540-1693) = ban et arrière-ban. Liasse. 14 pièces et 16 cahiers papier. 1 pièce imprimée [série T = cotes MC/APM/T/1-MC/APM/T/1419 (années 687-2014) correspondant à l’inventaire des archives du comté et duché de Rethel-Mazarin au Palais de Monaco ; articles MC/APM/T/3-MC/APM/T/27 (années 1200-1786) = affaires féodales.], document consultable en ligne, pages non paginés, vue média 8/139 et suivantes.


Officier et soldat du régiment de Champagne, planche 59 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Officier et soldat du régiment de Champagne, planche 59 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

La suppression du ban et de l’arrière-ban suit de près l’établissement des milices. Créés par Louvois dans le contexte de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) afin de fournir des renforts, deux régiments de milice, comptant chacun dix-huit compagnies, sont levés au tout début de l’année 1689, en vertu de l’ordonnance royale du 28 novembre 1688.

C’est une troupe auxiliaire, forte d’environ vingt-cinq mille hommes, utilisables en temps de guerre. Cette institution inaugure un principe nouveau : celui de service militaire, territorial et forcé, exclusivement imposé aux classes inférieures.


Coupe de l'uniforme d'un soldat du régiment de Champagne, planche 62 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Coupe de l’uniforme d’un soldat du régiment de Champagne, planche 62 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Toutes les paroisses, sauf les plus faibles (c’est-à-dire celles où la taille globale est inférieure à quatre cents livres et qui en sont par conséquent dispensées), doivent équiper au moins un milicien, si la taille collective est inférieure à quatre mille livres. Sinon, elles se doivent de fournir un milicien supplémentaire par tranche de deux mille livres.

La désignation a lieu à la sortie de la messe, le dimanche suivant la notification envoyée par l’intendant. Pour la communauté villageoise, c’est parfois l’occasion d’écarter certains habitants jugés indésirables, de les éloigner, voire de les ostraciser ou de régler des tensions locales.


Coupe de l'uniforme d'un soldat, planche 10 du tome II d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée de gouache, aquarelle et dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, définition 5 24 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10850, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Coupe de l’uniforme d’un soldat, planche 10 du tome II d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée de gouache, aquarelle et dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, définition 5 24 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10850, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Pour essayer d’éviter les excès que permet ce premier mode de désignation, l’on a recours en 1691 au tirage au sort. Il s’effectue dans la maison du subdélégué, où le syndic du village conduit les hommes célibataires âgés de seize à quarante ans.

Ces derniers doivent répondre à certains critères physiques : il faut mesurer au moins cinq pieds quatre pouces[1]. Une ordonnance de 1774 interdit d’admettre dans cette milice les mendiants, les vagabonds, et autres « gens sans aveu[2] ».


[1] Sous l’Ancien Régime, le pied de roi mesurait 0,32483 m et se subdivisait en 12 pouces (1 pouce ≈ 2,706 cm). Ainsi, cinq pieds quatre pouces correspondent à environ 1,73 m.

[2] Cette expression désignait autrefois un individu isolé, sans statut social clair, et souvent perçu comme immoral ou criminel.


Drapeaux des Cent-Suisses du roi, planche 61 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe avec aquarelle et gouache sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Drapeaux des Cent-Suisses du roi, planche 61 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe avec aquarelle et gouache sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Le service dure deux ans mais, à partir de 1726, il passe à quatre ans, pour aboutir, en 1736, à six ans. L’âge d’appel varie de vingt-deux ans, lors de la création, à seize ans vers 1726, pour atteindre dix-huit ans durant le règne de Louis XVI.


Guidon du régiment Royal-Dragons, planche 36 du tome V d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, gouache et rehauts d’or, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10853, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Guidon du régiment Royal-Dragons, planche 36 du tome V d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, gouache et rehauts d’or, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10853, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Dans la région ardennaise, la milice s’ajoute à la réquisition de pionniers, chargés des réparations ou de la surveillance des places fortes et des rivières. Cette mesure est impopulaire à plusieurs titres car :

  • cette charge imposée par le roi est très inégalement répartie au sein du royaume et des communautés ;
  • elle est un véritable fardeau pour les paroisses rurales, qui supportent le plus durement cet effort : si le milicien désigné ne se présente pas au point de rassemblement, qui ne doit pas (après 1750) se trouver à plus de trois jours de marche, il est qualifié de traitre à la Couronne. La paroisse est alors obligée d’en fournir un nouveau pour le remplacer.

Coupe de l’uniforme d’un soldat du régiment de la Couronne, Delaistre Jacques-Antoine, planche 102 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, estampe, aquarelle, gouache et dessin à la plume sur papier, 18ᵉ siècle, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Coupe de l’uniforme d’un soldat du régiment de la Couronne, Delaistre Jacques-Antoine, planche 102 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, estampe, aquarelle, gouache et dessin à la plume sur papier, 18ᵉ siècle, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Si les villages des alentours sont mis régulièrement à contribution, l’on ne retrouve actuellement, pour La Romagne, que la participation d’ Antoine Chamouillet, François Merlin, Benoit Panier et Jean Ronsin, quatre de ses habitants (ce qui ne veut pas dire que d’autres n’ont pas été appelés à d’autres moments).

Ces derniers ont été appelés pour la garde du treizième poste[1], qui se trouvait sur la ligne de défense allant de Charleville à Signy-le-Petit[2], qui en comptait vingt et un. L’ensemble de ces postes doit assurer la protection de la frontière pendant la guerre de la Succession d’Autriche (1740-1748).


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Châlons en Champagne, C 1263, pièce n° 17 [série C = administrations provinciales ; cotes C1-2059 = intendance de Châlons ; articles C1216-1519 = armée, marine, colonies ; documents C1256-1267 = fortifications et lignes de défense de la Champagne (1675-1788).]

[2] Commune française, située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Étendard de la première compagnie des mousquetaires, planche 46 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), aquarelle et gouache, 47 × 54 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Anne-Sylvaine Marre-Noël, notice descriptive consultable en ligne.
Étendard de la première compagnie des mousquetaires, planche 46 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), aquarelle et gouache, 47 × 54 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / Anne-Sylvaine Marre-Noël, notice descriptive consultable en ligne.

Dans la généralité[1] de Champagne, on recrute un homme pour trois cent quatre-vingt-cinq habitants, ce qui fait qu’en suivant cette décision en 1768, La Romagne et Grandchamps[2] doivent en fournir un, tandis que Rocquigny et Mainbresson en donnent deux.

Pour d’autres généralités, comme celles de Poitiers[3] ou La Rochelle[4], c’est un homme pour mille trois cents habitants qui est requis. Certaines provinces nouvellement rattachées, comme l’Artois, la Flandre ou le Hainaut, sont dispensées de ce recrutement.


[1] « Circonscription administrative où s’exerçait la juridiction d’un bureau de trésoriers de France, et qui était placée sous la direction d’un général des finances ou, plus tard, d’un intendant. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Commune française située actuellement dans le département de la Vienne, en région Nouvelle-Aquitaine.

[4] Commune française, actuellement préfecture du département de la Charente-Maritime, en région Nouvelle-Aquitaine.


Les cas de dérogation sont très nombreux, comme le prouve l’exemple de Rocquigny, en 1783, ou l’exempté est le domestique du garde-étalon pansant le cheval. On peut dénombrer parmi les dispensés :

  • les titulaires d’offices comportant exemption de logement des gens de guerre ;
  • les médecins, les chirurgiens, les apothicaires ;
  • les employés des fermes du roi ;
  • le directeur d’une forge ;
  • le fils aîné d’un laboureur ;
  • les nouveaux convertis ;
  • les serviteurs de nobles, etc.

Régiment de Condé, anonyme français, planche 38 page 79 de Troupes du roi, infanterie française et étrangère, année 1757, tome I, aquarelle et gouache sur papier, 18ᵉ siècle, 50,5 × 36 cm, numéro d’inventaire 10858 BIB ; A1J12, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Régiment de Condé, anonyme français, planche 38 page 79 de Troupes du roi, infanterie française et étrangère, année 1757, tome I, aquarelle et gouache sur papier, 18ᵉ siècle, 50,5 × 36 cm, numéro d’inventaire 10858 BIB ; A1J12, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

La charge est très onéreuse, puisque l’équipement et l’entretien du milicien jusqu’à sa convocation dépendent de la paroisse. Dès sa désignation, le milicien n’a plus le droit de s’en éloigner. Il reçoit de celle-ci deux sols par jour puis, à partir du jour où les régiments sont assemblés par ordre du roi, trois sols et le pain.

Son habillement et son armement sont également à la charge de la paroisse, qui lui fournit un justaucorps de drap, des culottes et des bas, un bon chapeau et de bons souliers.

Aucune uniformité ou couleur ne sont imposées. L’armement consiste en un mousquet ou fusil, une épée dont la lame mesure au moins deux pieds neuf pouces[1], et un baudrier (remplacé plus tard par un ceinturon). Les ensembles sont très disparates, et de qualité souvent médiocre.


[1] Environ 89,3 centimètres.


Régiment de Beauce n° 71, anonyme français, aquarelle et encre sur papier, 18ᵉ siècle, 23,4 × 16,4 cm, numéro d’inventaire NF AR UNI ; Est A 118, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Régiment de Beauce n° 71, anonyme français, aquarelle et encre sur papier, 18ᵉ siècle, 23,4 × 16,4 cm, numéro d’inventaire NF AR UNI ; Est A 118, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Lorsque l’on a la malchance d’être tiré au sort, il est possible de se faire remplacer. C’est ce que fait Thomas Devie qui, désigné en 1743, use de ce droit. Pour cela, un contrat est passé devant maître J.-B. Douce, notaire à Rocquigny, par lequel, et moyennant finances, Servais Créquy le Jeune, demeurant sous les Faux, lieu-dit de Rocquigny, s’engage à le remplacer.


Cent-Suisses du roi : soldat avec hallebarde et porte-étendard, planche 64 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Cent-Suisses du roi : soldat avec hallebarde et porte-étendard, planche 64 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Mathieu Arbonville (natif de Wasigny[1] mais de droit rattaché à la paroisse de La Romagne) n’a certainement pas pu, pour sa part, bénéficier de cette possibilité (en raison du coût que représente le choix d’un remplaçant), puisqu’il reçoit son congé le 1er janvier 1765, après avoir été soldat au bataillon de la milice de Mazarin.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Cent-Suisses du roi : tambour et joueur de flûte, planche 63 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Cent-Suisses du roi : tambour et joueur de flûte, planche 63 du tome III de Gardes du corps, chevau-légers, mousquetaires, gendarmerie, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle et de gouache, dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10851, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Parisle-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Etre tiré au sort peut susciter parfois de la jalousie à l’égard d’un plus chanceux. Dans ce cas, l’on n’hésite pas à faire appel de la décision du tirage au sort. C’est ce que fait Nicolas Lacroix, qui estime anormal que l’un des garçons de la paroisse, Nicolas Dupont, n’ait pas été inscrit sur la liste et que, de ce fait, le sort ne lui aurait peut-être pas été aussi fatal.

Pour la défense de Nicolas Dupont, il est indiqué qu’il ne pouvait figurer sur la liste de La Romagne, alors qu’il était, à la date du 25 décembre 1768, au service du curé de Marlemont[1] et, qu’un mois plus tard, il entrait au service de monsieur de La Rancée, procureur-syndic de la ville de Charleville.

Nicolas Lacroix fait tant et si bien que le subdélégué de Château-Porcien organise un tirage au sort entre les deux hommes. Mais la chance n’est décidément pas de son côté, puisque le billet tiré confirme son sort. Il ne lui reste plus, pour se consoler, que l’indemnité de cinquante livres qu’ont dû lui verser les principaux habitants de la paroisse[2].


[1] Commune française, située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Archives départementales de la Marne, centre de Châlons‑en‑Champagne, C 1368, pièces n° 568 et 614 [série C = administrations provinciales ; cotes C1-2059 = intendance de Châlons ; articles C1216-1519 = armée, marine, colonies ; documents C1341-1378 = milice et régiments provinciaux (1706-1789).]


Régiment de Touraine n° 34, anonyme français, aquarelle sur papier, 18ᵉ siècle, 23,4 × 16,4 cm, numéro d’inventaire NF AR UNI ; Est A 118, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Régiment de Touraine n° 34, anonyme français, aquarelle sur papier, 18ᵉ siècle, 23,4 × 16,4 cm, numéro d’inventaire NF AR UNI ; Est A 118, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Chaque compagnie se compose d’un capitaine, d’un lieutenant, de deux sergents et de quarante hommes, soit au total sept cent quatre-vingt-douze individus par régiment.

Les officiers qui commandent les compagnies doivent, autant que possible, être domiciliés au centre, ou à proximité des villages d’où sont issus les miliciens. Assez souvent, ces officiers ont servi dans les troupes du roi, ou dans les compagnies de sa Maison militaire.


Régiment de Touraine, planche 18 page 39 de Troupes du roi, infanterie française et étrangère, année 1757, tome I, anonyme français, aquarelle et gouache sur papier, 18ᵉ siècle, numéro d’inventaire 10858 BIB ; A1J12, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Régiment de Touraine, planche 18 page 39 de Troupes du roi, infanterie française et étrangère, année 1757, tome I, anonyme français, aquarelle et gouache sur papier, 18ᵉ siècle, numéro d’inventaire 10858 BIB ; A1J12, Paris (Île-de-France), musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

Pour la milice de Champagne, deux régiments sont formés : le premier est attribué à monsieur de Joyeuse, comte de Grandpré[1], et le second à monsieur de Berzau de Molins. Une fois assemblés, ces deux derniers sont éloignés de leur province d’origine.

Le régiment de Grandpré est envoyé en 1688 à Vernon[2] puis à Abbeville[3]. en 1690, il tient garnison à Besançon[4], avant de se rendre en Savoie. Il est affecté à la garnison de Suse[5], l’une des clés du Piémont avec Pignerol[6].


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune française située actuellement dans le département de l’Eure, en région Normandie.

[3] Commune française, actuellement sous-préfecture du département de la Somme, en région Hauts-de-France.

[4] Commune de l’Est de la France, actuellement préfecture du département du Doubs et siège du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté.

[5] Actuellement, commune italienne de la ville métropolitaine de Turin, dans le Piémont.

[6] Actuellement, commune italienne de la ville métropolitaine de Turin, dans la région du Piémont.


Officiers des gardes françaises et drapeau, planche 1 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, de gouache et de dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Officiers des gardes françaises et drapeau, planche 1 du tome I d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), estampe rehaussée d’aquarelle, de gouache et de dessin à la plume sur papier, 41,7 × 54,8 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

En 1693, pour faire face à l’ennemi, chaque compagnie est augmentée de dix hommes. Le premier bataillon est présent à l’armée des Flandres, et le second, après avoir tenu garnison à Schlettstàdt[1], est intégré à l’armée d’Allemagne.

Ces deux régiments sont réformés, l’un en 1695, et l’autre en 1697, aussitôt la paix revenue[2]. En effet, avec la fin de la guerre de la Ligue d’Augsbourg et les traités de Ryswick[3], le successeur de Louvois, Barbezieux, ne garde pas cette milice.


[1] Alsacien pour Sélestat, commune située actuellement dans le département du Bas-Rhin, en région Grand Est.

[2] Bibliothèque du Sénat, 3FPM0957 [= Anciennement 9352 selon une cotation antérieure], numéros de notice 957-960, Mémoire sur la province de Champagne (1708). [XVIIIe siècle. Manuscrit en français sur papier. 492, 418, 488 et 506 feuillets. 370 sur 250 mm. Reliure en veau raciné. Le manuscrit doit être incomplet, car au bas du dernier feuillet du tome IV on lit les mots d’appels pour le feuillet suivant : « De l’évêché. » — Ce mémoire a dû être rédigé par André de Harouys, qui fut intendant en Champagne de 1702 à 1711.]

[3] À Ryswick, deux traités signés les 20 septembre et 30 octobre 1697 mirent un terme à la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) et limitèrent l’expansion de la France sous le règne de Louis XIV. Ryswick (Rijswijk en néerlandais) est actuellement une commune des Pays-Bas, située en Hollande-Méridionale, au sud-est de La Haye.


Officier de grenadier des gardes françaises, planche d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), aquarelle sur papier, 23,4 × 16,4 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.
Officier de grenadier des gardes françaises, planche d’Infanterie et gardes françaises, vers 1721, Jacques-Antoine Delaistre (1690-1765), aquarelle sur papier, 23,4 × 16,4 cm, numéro d’inventaire A1J7 ; 10849, Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, © Paris (Île-de-France) – musée de l’Armée, dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée, notice descriptive consultable en ligne.

A partir de 1726, le duc de Bourbon et monsieur de Breteuil, ministre de la Guerre, prennent la résolution de rétablir les milices de façon permanente.

Elles ont une place très importante dans les guerres du règne de Louis XV, soit en s’occupant des places frontières, soit en prenant part à des opérations actives, que ce soit pendant la guerre de la Succession de Pologne, la guerre de la Succession d’Autriche, ou durant la guerre de Sept Ans. Elles se composent en 1762 de quatre-vingt-dix mille hommes.



Dès 1771, le nom de milice disparaît au profit d’une nouvelle appellation, celle de « régiment de soldats provinciaux ». Dans le dernier quart du XVIIIe siècle, ce n’est plus chaque paroisse qui doit fournir un milicien, mais un groupement de villages.

En 1778, l’on constate que les paroisses de La Romagne et de Montmeillant[1] sont regroupées avec celles de Chaumont-Porcien et de Givron[2], tandis que celles de Rocquigny et Mainbressy[3] forment un autre rassemblement.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune française située dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.



Un peu plus tard, l’autorisation est donnée aux villages et aux particuliers de pouvoir remplacer le milicien désigné, soit par un « volontaire », soit par une somme d’argent, alors même que cette pratique est quasiment dénoncée depuis la première création de la milice.

Celui qui se substitue à l’homme désigné signe un contrat, dans lequel figurent la somme d’argent remise, et le nom de l’homme qu’il remplace. Il est tenu de remplir toutes les obligations du milicien, et il n’est libéré que six ans après l’époque de la substitution.



Dans les cahiers de doléances, s’élèvent des plaintes contre le recrutement et le service de la milice ou régiments provinciaux. La suppression officielle de ces derniers a lieu le 4 mars 1791. Les régiments sont licenciés, et les soldats reçoivent un congé absolu.



Il est à noter que, bien avant la Révolution, Maurice de Saxe (1696-1750)[1] avait recommandé l’instauration d’un service militaire obligatoire d’une durée de cinq ans.

Cette réforme ne fut pas adoptée sous la monarchie, le pays n’étant pas prêt pour une telle mesure. Toutefois, elle contribua à faire évoluer les mentalités et à préparer l’émergence d’une nouvelle conception du service armé, qui aboutira au XIXᵉ siècle à l’instauration du service militaire obligatoire pour tous.


[1] Maréchal général des camps et armées de Louis XV.


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La Romagne après la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) : une analyse du recensement de 1946


Lors du recensement de mars 1946[1], dix années se sont écoulées depuis le dernier effectué. La Seconde Guerre mondiale a bouleversé le village à plusieurs reprises : tout d’abord avec l’exode, qui l’a vidé presque totalement.

Difficile, le retour s’est heurté aux tracasseries et exigences des occupants, au point que La Romagne n’a retrouvé à la date du 15 mars 1941 que quatre-vingt-dix-huit habitants sur les deux cent neuf que comptait la commune avant la guerre, selon une déclaration[2] du maire intérimaire André Didier.


[1] Archives départementales des Ardennes, 30W 15 : recensement de la population de La Romagne, année 1946 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.], vue 1/7, consultable en ligne.

[2] Archives départementales des Ardennes, 56W 57 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.]


A l’exception des prisonniers de guerre français, la quasi-totalité de sa population est de retour en décembre 1941. Celle-ci doit non seulement faire face à l’occupation du village, aux restrictions. Mais les agriculteurs ont en plus affaire à la WOL, et se trouvent dépossédés d’une partie de leurs terres au profit de l’ennemi.


S’ils ont été contraints de produire selon les règles de cette organisation durant plusieurs années, il leur a fallu, lorsqu’elle a été dissoute, récupérer leurs terres, leur bétail, et leur rôle de patron. Ils ont dû s’inscrire dans l’effort collectif pour que le pays retrouve ses moyens de production. Et ce, afin de pourvoir à la nourriture des millions de personnes qui avaient subi des carences alimentaires.


En 1946, La Romagne compte cent quatre-vingt-trois habitants, dont cent soixante-seize de nationalité française et sept étrangers. Inexorablement, la perte de population continue. L’amplitude des âges peut être estimée à environ quatre-vingt-dix ans, et révèle que la doyenne du village est Marie Brodier (épouse Ledouble). Née en 1859 sous le Second Empire, elle a onze ans lorsqu’éclate la guerre franco-prussienne.


Au cours de sa vie, elle aura donc subi par trois fois la présence allemande au sein de son village, et enduré trois guerres. Elle n’est cependant pas la seule, puisque, lors du recensement de 1946, il apparaît que treize personnes (neuf hommes et quatre femmes) vivant à la Romagne sont nés avant le début de la guerre de 1870, et ont été marqués par des souvenirs des trois conflits.


La pyramide des âges montre une population masculine (cent dix hommes) plus importante que la population féminine (soixante-treize femmes) Elle atteste également une présence non négligeable de jeunes, mais moins importante que le groupe des actifs, ce qui est atypique pour l’après-guerre, mais que l’on peut attribuer à un biais causé par un petit échantillon. Graphique de type « barres empilées ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
La pyramide des âges montre une population masculine (cent dix hommes) plus importante que la population féminine (soixante-treize femmes) Elle atteste également une présence non négligeable de jeunes, mais moins importante que le groupe des actifs, ce qui est atypique pour l’après-guerre, mais que l’on peut attribuer à un biais causé par un petit échantillon. Graphique de type « barres empilées ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Lors du recensement de 1921, certaines maisons étaient vacantes à la suite du départ de réfugiés, alors qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce sont les troupes allemandes qui, à la suite de leur retraite, ont délaissé les lieux d’habitation qu’elles occupaient.


Les deux rues principales (Haute et Basse) comptent ensemble cinquante-quatre maisons. Parmi elles, sept sont vides. L’une d’entre elles est transformée en épicerie, ce qui est une reconfiguration de fonction, en passant du logement au service.

Quant aux rues Langlet et Canon, elles ne comptent plus, à elles deux, que trois maisons habitées. Dans les écarts, qui représentent en tout dix-neuf maisons, cinq sont vides. Le taux de vacance est de 13 % pour les rues principales et de 26,3 % pour les écarts.


Le détail de la répartition des habitants montre une dizaine de configurations :

  • couple sans enfants ;
  • couple avec enfants ;
  • couple avec enfant, et domestique ou ouvrier ;
  • couple avec deux ascendants ;
  • couple avec un ascendant ;
  • couple et enfant avec un ascendant ;
  • deux couples d’adultes ;
  • homme seul ;
  • femme seule ;
  • deux adultes d’une même famille (oncle et neveu ; père et fils).

Seize familles de La Romagne (Ardennes) comptent ensemble quarante et un enfants, ce qui représente environ le quart de la population. Le nombre d’enfants vivant en famille diffère du total des personnes dont l’âge est inférieur à quinze ans, ce qui s’explique par une autre acception du mot enfant (fils et fille), qui inclut les jeunes jusqu’à la vingtaine. Graphique de type « entonnoir ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Seize familles de La Romagne (Ardennes) comptent ensemble quarante et un enfants, ce qui représente environ le quart de la population. Le nombre d’enfants vivant en famille diffère du total des personnes dont l’âge est inférieur à quinze ans, ce qui s’explique par une autre acception du mot enfant (fils et fille), qui inclut les jeunes jusqu’à la vingtaine. Graphique de type « entonnoir ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Comme lors des recensements précédents, c’est l’agriculture qui est toujours l’activité principale. Les cultivateurs sont dénombrés par leur statut (propriétaire, fermier, ou travailleur agricole) mais un autre document[1] présente les trente exploitations de la commune, quel que soit le mode de faire-valoir.


[1] Archives départementales des Ardennes, 53W 3 : dénombrement agricole 1946, feuille d’exploitation, canton de Chaumont-Porcien, commune de La Romagne [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.]


Une forte proportion de fermiers (43 %) domine les tenures diverses, tandis que d’autres cultivateurs montrent une diversification des revenus. Graphique de type « secteurs ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Une forte proportion de fermiers (43 %) domine les tenures diverses, tandis que d’autres cultivateurs montrent une diversification des revenus. Graphique de type « secteurs ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La plus petite surface cultivée a une superficie d’un hectare soixante et un, et la plus importante soixante et onze hectares. Parmi ces exploitations, dix-neuf sont consacrées à l’agriculture générale, huit sont herbagères, et une mixte (agriculture générale et herbagère), deux sans aucune précision.

Fait significatif, la petitesse de quelques-unes et la nature des sols, parfois ingrats, font glisser un certain nombre d’exploitants vers l’élevage. Une amorce de ce changement a pu être observée lors des recensements de la décennie précédente.


La prépondérance d’exploitations petites et moyennes souligne une fragilité économique possible, et des difficultés pour survivre. Graphique de type « histogramme ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
La prépondérance d’exploitations petites et moyennes souligne une fragilité économique possible, et des difficultés pour survivre. Graphique de type « histogramme ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Sur les trente cultivateurs de la commune, rares sont ceux qui exploitent seuls leurs terres (sept). D’autres ont recours à un ouvrier (un) ou aux enfants ayant quitté l’école (deux). La plupart travaillent en couple (six), ou en couple et avec l’aide d’un ouvrier (deux), en famille avec leurs femme et enfants de plus de quatorze ans (onze).


Le cas d’une veuve cultivant environ sept hectares avec un membre de sa famille est unique. Durant un laps de temps indéterminé, ceux qui avaient une exploitation comprise entre vingt et un et cinquante hectares auraient bénéficié de la présence d’un prisonnier de guerre allemand (trois)[1].


[1] Cette mention, qui ne comporte ni nom ni date, a été biffée par la suite, ce qui rend son interprétation difficile.


Le nombre d’artisans diminue, ce qui avait déjà été constaté dans la décennie précédente. Dans ce recensement, ne sont plus répertoriés que le charpentier, deux mécaniciens, un maréchal-ferrant et son aide, un bûcheron, un charretier de bois, et un boulanger. Peintre, couvreur, vannier n’auront pas de successeurs locaux, et ils disparaissent à tout jamais.


La cidrerie fondée dans l’entre-deux guerres a pour personnel deux fabricants de cidre, un ouvrier cidrier et un aide-cidrier. Des employés sont affectés à la scierie de Montmeillant, montrant ainsi la présence de petites industries disséminées dans le canton, comme les laiteries par exemple.


La commune emploie toujours quelques personnes : un cantonnier municipal, un tambour afficheur, un secrétaire de mairie (qui est aussi l’instituteur de l’école mixte du village). La SNCF a pour sa part recruté un cantonnier à la gare de Draize – La Romagne.


Le village a subi la guerre, l’exode et l’occupation par la WOL, qui a dépossédé partiellement les agriculteurs. En 1946, l’activité et la population se stabilisent autour d’un mode de vie agricole familial, orienté désormais vers l’élevage et la production laitière.


Les exploitants agricoles sont conscients de la nécessité d’introduire des changements s’ils veulent répondre aux besoins du pays, et pourvoir à la nourriture de millions de Français, comme il leur est demandé par le gouvernement. La mécanisation se développe, mais chevaux et tracteurs cohabitent encore pour quelque temps.


En revanche, la diminution de l’artisanat souligne un effritement des métiers traditionnels, tandis que les commerces fixes, dont le nombre est limité à deux, préfigurent le risque de désertification des services.


Archives départementales des Ardennes, 30W 15 : recensement de la population de La Romagne, année 1946 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.], vue 1/7, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, 30W 15 : recensement de la population de La Romagne, année 1946 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.], vue 1/7, consultable en ligne.

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Administration communale Guerre mondiale (1939-1945) Maires Mairies Victimes de guerre

Invasions, occupations, réquisitions à La Romagne pendant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945)


Dès le début de la « drôle de guerre[1] », des troupes françaises stationnent dans les villages ardennais du canton de Chaumont-Porcien[2]. A partir de septembre 1939, la 7e compagnie[3] du 71e régiment d’infanterie se trouve à Montmeillant[4] puis, en février 1940, c’est le tour de la 6e compagnie[5] du 445e régiment de pionniers, rattaché à la 11e armée.


[1] Période (septembre 1939 – mai 1940) sans affrontements majeurs à l’Ouest, malgré l’invasion de la Pologne, la guerre d’Hiver, la campagne de Norvège, et une intense préparation militaire.

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/MONTMEILLANT/H 26, réquisitions : états, pièces comptables. [intitulé] ; Montmeillant (Ardennes) [producteur] ; 1939-1940 [dates de début et de fin] ; [Série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/MONTMEILLANT = fonds concernant Montmeillant ; série H = affaires militaires au niveau local ; articles H 26-31 = guerre 1939-1945.]

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/MONTMEILLANT/H 28, dégâts de la 6e compagnie du 445e régiment de pionniers, exploitations agricoles et artisanales, pillage, attribution de la carte de sinistré : procès-verbal, arrêté préfectoral. [intitulé] ; Montmeillant (Ardennes) [producteur] ; 1940-1948 [dates de début et de fin] ; [Série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/MONTMEILLANT = fonds concernant Montmeillant ; série H = affaires militaires au niveau local ; articles H 26-31 = Seconde Guerre mondiale (1939-1945).]



L’offensive allemande commence dans les Ardennes le 10 mai 1940, par la percée des Panzers[1]. Elle force la population locale à abandonner son domicile, et à fuir cette invasion,  pour trouver refuge dans d’autres lieux, en Vendée[2] notamment.


[1] Invariable à l’écrit en allemand. Le pluriel admis en français est Panzers. Ce terme désigne les chars allemands de la Seconde Guerre mondiale (abrégé de Panzerkampfwagen), tandis que « blindé » est un terme générique pour tout véhicule protégé, tous pays confondus.

[2]  Département situé actuellement en région Pays de la Loire, dans l’ouest de la France.



Congé de courte durée pour prisonnier de guerre français en permission. « An das Frontstalag 204 Charleville » (« [De] Charleville au Frontstalag 204 [Amiens]). Cf. archives départementales des Ardennes, 165W 476, canton de Chaumont-Porcien [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels).]
Congé de courte durée pour prisonnier de guerre français en permission. « An das Frontstalag 204 Charleville » (« [De] Charleville au Frontstalag 204 [Amiens]). Cf. archives départementales des Ardennes, 165W 476, canton de Chaumont-Porcien [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels).]

L’armée française tente de résister, mais le repli est ordonné le 10 juin, et des milliers de soldats français sont capturés. Sous la férule[1] allemande, ces prisonniers traversent les villages ardennais dans les semaines qui suivent, et rejoignent des Frontstalags[2], dont le 190[3] ou le 204[4], où ils sont cantonnés.


[1] « Autorité, surveillance. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Pluriel de Frontstalag, développé en Frontstammlager, invariable, littéralement « camp de base du front » : terme utilisé en français dans sa forme plurielle germanique, désignant les camps de prisonniers de guerre établis par la Wehrmacht en France occupée à partir de 1940.

[3] Charleville, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Amiens, commune française située actuellement dans le département de la Somme, en région Hauts-de-France.


Photographie ancienne, tirage argentique en noir et blanc viré au sépia, sur papier à bords dentelés. Toute reproduction, totale ou partielle, est strictement interdite sans autorisation expresse de l’auteure. Au recto : en mai-juin 1940, la France engage dans les combats des dizaines de milliers de tirailleurs sénégalais ainsi que des soldats originaires d’Algérie, du Maroc, de Tunisie et de Madagascar. La propagande nazie présente cette mobilisation de troupes coloniales comme un signe de la prétendue décadence de la civilisation française. Sur cette photographie apparaissent des militaires d’origines diverses. Certains portent des casques coloniaux rigides ou des chapeaux mous en toile, dits « de brousse » ou « tropicaux ». Le temps est maussade : la route, vraisemblablement celle de Draize à La Romagne, est brillante et réfléchit la lumière, tandis que les soldats cherchent à se protéger de la pluie avec leurs capes imperméables. Le défilé d’environ quarante personnes est suivi par un camion bâché, tandis qu’un engin motorisé croise le convoi en sens inverse. Les visages sont sombres, marqués par la fatigue. Aucun soldat allemand ne semble visible sur la photographie. Pourtant, l’Allemagne nazie joue un rôle de glorification et de démonstration de force : elle entend ainsi afficher sa supériorité face à une armée française cosmopolite. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)
Photographie ancienne, tirage argentique en noir et blanc viré au sépia, sur papier à bords dentelés. Toute reproduction, totale ou partielle, est strictement interdite sans autorisation expresse de l’auteure. Au recto : en mai-juin 1940, la France engage dans les combats des dizaines de milliers de tirailleurs sénégalais ainsi que des soldats originaires d’Algérie, du Maroc, de Tunisie et de Madagascar. La propagande nazie présente cette mobilisation de troupes coloniales comme un signe de la prétendue décadence de la civilisation française. Sur cette photographie apparaissent des militaires d’origines diverses. Certains portent des casques coloniaux rigides ou des chapeaux mous en toile, dits « de brousse » ou « tropicaux ». Le temps est maussade : la route, vraisemblablement celle de Draize à La Romagne, est brillante et réfléchit la lumière, tandis que les soldats cherchent à se protéger de la pluie avec leurs capes imperméables. Le défilé d’environ quarante personnes est suivi par un camion bâché, tandis qu’un engin motorisé croise le convoi en sens inverse. Les visages sont sombres, marqués par la fatigue. Aucun soldat allemand ne semble visible sur la photographie. Pourtant, l’Allemagne nazie joue un rôle de glorification et de démonstration de force : elle entend ainsi afficher sa supériorité face à une armée française cosmopolite. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)

Ces derniers sont en réalité composés de plusieurs « sous-camps » disséminés sur le territoire ardennais. L’on peut donner pour exemple le grand immeuble de vingt-neuf pièces sis à Rocquigny[1], et propriété de Jean Baptiste Paul Courtois : il est transformé en camp de prisonniers à partir du 30 septembre 1940, et ce pendant cinq cent soixante-dix-sept jours. Les prisonniers peuvent être ensuite transférés dans des camps en Allemagne. Par la suite, cet immeuble est occupé, à plusieurs reprises, par des troupes allemandes.


[1] Archives départementales des Ardennes, 147W 319, Rocquigny (Athanase Bocahut ; Léon Bestel ; André Beuvelet ; Paul Blatié ; Angèle Canon ; Émile Boudsocq ; Alice Charpentier ; René Cherpin ; commune [bureau de poste, mairie-école] ; veuve Compas ; Étienne Costa ; Jean-Baptiste Courtois ; Lucie Courtois ; Roger Croizon ; Léopold Cugnard ; Marcel Cugnart-Brasseur [magasin et grange à grains] ; Ernest Debruelle ; André Deligny [établissements Goulet-Turpin] ; Jean Deligny ; Maurice Dizy ; Raoul Durtette ; Georges Fontenelle ; Victor Fossier ; Gabrielle Gillet-Mermoz [château de Rocquigny] ; Rose Guillaume ; Fernand Husson [notaire] ; Gaston Husson ; Jean Kieffer ; Thérèse Lebas ; Alexandre Lebrun ; Georges Lefebvre ; M. Legros-Mauroy ; André Legros ; Ernest Legros ; Joseph Legros ; Ernest Maquin ; Marie Masson ; Jules Mauroy ; Émile Modeste ; Georges Modeste ; Louis Paroche ; veuve Potron ; Henri Puyravan ; Georges Renault ; René Renault ; Hector Richard ; Jean Robinet ; Henriette Rousselle ; Léon Thonant ; Georges Treuvelot ; André Vilette) ; état nominatif de dépenses de personnel ; demandes d’indemnités de trois cultivateurs pour l’enlèvement d’un avion anglais. [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.]



Photographie ancienne, tirage argentique en noir et blanc viré au sépia, sur papier à bords dentelés. Toute reproduction, totale ou partielle, est strictement interdite sans autorisation expresse de l’auteure.  Au verso, une inscription manuscrite à l’encre bleu-noir indique : « Gefangene Franzosen auf dem Rücktransport durch Draize. Ein aktives Regiment mit Standort Paris. Auch ‘farbige Kämpfer’ sind dabei. », ce qui signifie « Prisonniers français lors de leur rapatriement par Draize. Un régiment actif basé à Paris. Des ‘combattants de couleur’ sont également présents. » (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)
Photographie ancienne, tirage argentique en noir et blanc viré au sépia, sur papier à bords dentelés. Toute reproduction, totale ou partielle, est strictement interdite sans autorisation expresse de l’auteure.  Au verso, une inscription manuscrite à l’encre bleu-noir indique : « Gefangene Franzosen auf dem Rücktransport durch Draize. Ein aktives Regiment mit Standort Paris. Auch ‘farbige Kämpfer’ sind dabei. », ce qui signifie « Prisonniers français lors de leur rapatriement par Draize. Un régiment actif basé à Paris. Des ‘combattants de couleur’ sont également présents. » (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)

Le pays doit d’autre part fournir aux troupes ennemies des logements de personnes[1], considérés comme nécessaires par les organismes militaires allemands, des hangars, des abris couverts pour animaux, des moyens de locomotion, des armes, des matériels ou des engins de guerre, des ateliers et des locaux de tous genres.


[1] Unterkunft (hébergement) est un terme générique, décliné dans d’autres documents allemands de la Seconde Guerre mondiale en Notunterkunft (hébergement d’urgence), Zwangsunterkunft (hébergement forcé), Arbeitsunterkunft (hébergement de travail), Massenunterkunft (hébergement de masse) ou Unterkunftsbaracke (baraque d’hébergement).


En outre , il faut mettre à la disposition des Allemands mobilier, linge de maison, ustensiles, vaisselle, lumière, chauffage, et approvisionnement en eau.  L’armée allemande peut effectuer des travaux chez les particuliers dont ils occupent les lieux. C’est ainsi qu’à Chaumont-Porcien, Gustave Pattée Mossul[1] découvre, lors de son retour en avril 1943, que des W.-C. ont été installés pour les occupants, avant de constater que sa maison a été détériorée et totalement pillée.


[1] Archives départementales des Ardennes, 147W 104, Chaumont-Porcien (André Le Barzic ; Paul Bélorgey ; Arthur Bernard ; Charles Boquillon ; René Camuzeaux [atelier de maréchalerie ; contient un inventaire du matériel et de l’outillage] ; Léo Chemin ; Jeanne Fréal-Cuif ; Paulin Frédéric ; Laure Gaignière ; Pierre Gourand ; Louis Gouverneur ; Henri Grojean ; Marthe Henry ; Émile Lefebvre ; Émile Lefebvre ; Pierre Lefebvre ; Adrien Livoir ; Adrien Livoir [atelier de maréchalerie] ; Aline Mennessier ; Marie Minet ; veuve Niclot ; Gustave Oudet [salon de coiffure] ; Adrien Panthier ; Gustave Pattée-Massul ; Marcel Pierlot ; Marie Rentier ; Juliette Reymond-Devie ; Benjamin Richy ; Ernest Robinet ; Léopold Roger ; veuve Tricot) ; liste nominatives des logements et cantonnements des troupes d’occupation ; états nominatifs liés aux dépenses de personnel réquisitionné. [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1945 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.]


Les réquisitions se sont faites durant toute l’Occupation, mais les lieux choisis ne sont pas toujours habités continuellement. C’est l’une des explications qui peut être avancée pour comprendre que l’indemnisation est octroyée selon le nombre de nuits, et non au mois.

Un document administratif[1] présent dans un dossier de Chaumont-Porcien, et concernant des états de logement des troupes allemandes, indique qu’il est proposé :

  • cinq francs pour une chambre d’officier ;
  • trois francs pour celle de sous-officiers, caporaux[2] ou soldats ;
  • un franc par lit supplémentaire installé ;
  • vingt-cinq centimes par cheval.

[1] Idem.

[2] Ce grade ne fait pas partie du corps des sous-officiers, qui débute à partir du sergent (ou de son équivalent selon les armées).


Dès mai 1940, les troupes allemandes détruisent du matériel communal dans chaque village où elles sont présentes, comme celui de La Romagne ou de Montmeillant[1]. Le cas de Rocquigny[2] est particulier : la mairie et les deux écoles, l’une de filles et l’autre de garçons, sont occupées du 1er septembre 1940 au 28 juin 1941.

Le maire est contraint de louer deux bâtiments à usage scolaire, et une pièce pour le secrétariat de mairie. Les locaux d’origine subissent, du fait de l’occupation allemande, 1 500 francs de dégâts provoqués par :

  • le gel des conduites d’eau, qui n’ont pas été protégées ;
  • la détérioration des installations électriques.

[1] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/MONTMEILLANT/H 30, bâtiments publics : pièces comptables. [intitulé] ; Montmeillant (Ardennes) [producteur] ; 1948-1956 [dates de début et de fin] ; [Série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/MONTMEILLANT = fonds concernant Montmeillant ; série H = affaires militaires au niveau local ; articles H 30-31 = dommages de guerre : décisions d’engagement.]

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Titre de réquisition délivré à madame veuve Dupont. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 322 La Romagne [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquêtes.]
Titre de réquisition délivré à madame veuve Dupont. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 322, La Romagne [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquêtes.]

Le département et les cantons sont donc ouverts aux Allemands pour une occupation massive, tandis que les villageois expatriés peinent à rentrer à partir de juillet 1940, faute d’autorisations[1]. Lors de leur retour, ils constatent que leurs maisons et dépendances ont été occupées, ou le sont encore, car la Feldkommandantur[2] 684[3] a délivré des titres de réquisition[4].


[1] Archives départementales des Ardennes, 165W 621, [liste du retour des habitants de la Romagne, en particulier celui des exploitants agricoles (intitulé)] ; La Romagne (Ardennes) [producteur] ;[circa 1939-1945 (dates de début et de fin.)] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels)] ; [dossiers individuels, questionnaires d’enquêtes, listes nominatives.]

[2] Poste de commandement de campagne.

[3] Feldkommandanturen au pluriel en allemand classique. Souvent francisé en Feldkommandanturs. Il s’agit de la Feldkommandantur 684, pour laquelle on peut trouver des renseignements [série R = affaires militaires et organismes de temps de guerre depuis 1800 ; sous-série 12R = archives des services allemands pendant la guerre de 1939-1945, cotes 12R 101 et 12R 109, passim, documents sur la Feldkommandantur.]

[4] Quartierschein (Quartierscheine au pluriel).


Logement et cantonnement. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 322 La Romagne (Ardennes) ; monsieur Alexis Boudaud [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquêtes.]
Logement et cantonnement. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 322, La Romagne (Ardennes) ; monsieur Alexis Boudaud [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquêtes.]

Le dépouillement des vingt-quatre dossiers romanais[1], conservés aux archives, qui ne concernent que la section cadastrée du « village[2] », montre que les réquisitions ont été imposées essentiellement entre les mois d’octobre 1940 et juin 1941.

Elle ne tient pas compte de l’invasion qui a eu lieu entre la bataille de France[3] et l’armistice demandé par le maréchal Pétain le 17 juin, et effectif à partir du 22.


[1] Archives départementales des Ardennes, 147W 322, La Romagne (Marie Albertini ; Louise Billette ; Ernest Bocquet ; Vital Bonhomme ; Alexis Boudaud ; veuve Carbonneaux-Raulin ; Alcide Cugnart ; veuve Devie-Richard ; Maurice Druart [maréchal-ferrant] ; veuve Dupont ; Henri Falet [percepteur] ; René Jonnart ; Lucie Laroche ; Joseph Léonard ; Edmond Lesein ; Georges Malherbe ; Rosa Malherbe ; Zélia Marandel ; Ernest Marandel ; Joseph Marquigny ; Henri Mauroy ; Fernand Modeste [boulangerie] ; Marie Vuilmet.) [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquêtes.]

[2] A l’exception des hameaux et des fermes de La Bouloie et de La Cour Avril.

[3] 10 mai – 25 juin 1940.


Occupation à La Romagne (Ardennes). La date du 1er mars est celle mentionnée par madame veuve Georges Malherbe. Celle du 15 mai 1940 correspond à deux déclarations distinctes, mais émises par un seul et même propriétaire. Graphique de type « secteurs ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Occupation à La Romagne (Ardennes). La date du 1er mars est celle mentionnée par madame veuve Georges Malherbe. Celle du 15 mai 1940 correspond à deux déclarations distinctes, mais émises par un seul et même propriétaire. Graphique de type « secteurs ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Or, les troupes allemandes sont présentes dans toutes les Ardennes, et notamment à La Romagne, comme l’indique la demande d’indemnisation pour pillage de la cidrerie Malherbe[1]. Il y a manifestement des divergences de dates dans les déclarations.


[1] Archives départementales des Ardennes, 13R 1661 [série R = affaires militaires et organismes de temps de guerre depuis 1800, sous-série 13R = dommages de guerre 1939-1945].


Logement et cantonnement. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 322 La Romagne ; Georges Malherbe [lire madame veuve Georges Malherbe] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquêtes.]
Logement et cantonnement. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 322, La Romagne ; Georges Malherbe [lire madame veuve Georges Malherbe] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquêtes.]

L’une de celles-ci, concernant madame veuve Georges Malherbe, fait état d’une occupation par deux soldats, du 1er mars au 1er juillet 1940. La date citée pour le début est manifestement un anachronisme[1].

Du reste, un document allemand rectifie cette erreur. Rares sont les dossiers qui signalent ceux qui ont cohabité avec les ennemis, dans la plus grande partie de cette première occupation. Un seul en fait état, alors que neuf autres soulignent l’absence des propriétaires, et que quatorze sont totalement muets à ce propos.


[1] En mars 1940, les Ardennes sont en effet encore sous contrôle français, sans présence allemande. Comme vu supra, l’invasion allemande ne commence que le 10 mai 1940, via la Belgique, le Luxembourg et les Ardennes, contournant les défenses françaises.


Cachets et signatures de la mairie de La Romagne (Ardennes) et des autorités allemandes (détail). Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 322, La Romagne ; Georges Malherbe [lire madame veuve Georges Malherbe] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquêtes.]
Cachets et signatures de la mairie de La Romagne (Ardennes) et des autorités allemandes (détail). Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 322, La Romagne ; Georges Malherbe [lire madame veuve Georges Malherbe] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquêtes.]


Les différences de dates dans les déclarations soulèvent des interrogations. Si l’on tient compte de celle du 15 mai 1940, consignée par Joseph Marquigny, qui figure sur sa déclaration, et qu’il est le seul à indiquer, les troupes allemandes se seraient installées dans les Ardennes dès les premiers jours de la bataille de France[1].


[1] Ce qui est compatible avec la bataille de Dinant, du 12 au 15 mai 1940, quand les Panzers franchissent la Meuse à Dinant, en Belgique, face aux Français, ouvrant la voie à la percée des Ardennes.


Pour avoir une confirmation de cette hypothèse, il est bon d’observer la situation des villages environnants. A Chaumont-Porcien, quatre dossiers signalent que l’Occupation commence dès mai 1940[1], et trois d’entre eux[2] sont plus précis, en donnant la date du 16 mai.

Celle-ci est avancée par le propriétaire, mais ce dernier, réfugié à Lignol[3], ne reprend possession de sa maison qu’au 1er avril 1943. Il ne peut alors que constater que sa maison est totalement pillée, détériorée et envahie de décombres.


[1] Dossier de madame veuve Tricot Moreaux.

[2] Dont celui de Gustave Pattée Mossul, par exemple.

[3] Commune française située actuellement dans le département du Morbihan, en région Bretagne.


Le dossier du curé doyen[1] Benjamin Richy atteste de trois périodes d’occupation : du 18 mai au 17 juin 1940, du 5 octobre 1940 au 22 février 1941, et du 1er au 28 mars 1941. Quant à celui d’Emile Henri Gaston Grosjean, habitant Petite Rue à Chaumont-Porcien, il souligne que sa maison a tout d’abord été occupée à partir de septembre 1939 par le Service des étapes de l’armée française, qui l’a quittée le 15 mai 1940.


[1] « Prêtre qui est à la tête d’un doyenné. En apposition. Curé doyen. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Elle est aussitôt réquisitionnée jusqu’en octobre 1940 par des troupes allemandes de passage, avant de devenir à partir du 10 octobre un Kasino[1].


[1] Die Kasinos au pluriel. Mess pour officiers.


En outre, du 5 octobre 1940 au 27 août 1942, une maison est occupée par une infirmerie et la gendarmerie allemande[1], alors que l‘immeuble appartenant à Charles Bocquillon, route de Givron, abrite des bureaux de secrétaires à partir du 8 juillet 1940.


[1] Feldgendarmerie.


Pour Rocquigny, un dossier évoque le 15 mai, tandis que celui qui concerne l’occupation de la demeure de madame Gillet Mermoz apporte nombre de précisions sur les allées et venues de ces troupes, ainsi que sur la durée de leur présence, qui se prolonge, par intermittence,  jusqu’en 1944.


Pour certains Romanais,  il y a eu deux périodes d’occupation, tout d’abord du 2 octobre 1940 au 22 février 1941, puis du 15 mars[1] au 30 juin 1941. Sept d’entre eux y échappent. Mais le boulanger, Fernand Modeste, lui, est concerné : il signale une réservation de sa boulangerie par les Allemands une fois par semaine, ces derniers la libérant les autres jours.


[1] Voire à partir du 28 avril.


Photographie ancienne, tirage argentique en noir et blanc viré au sépia, sur papier à bords dentelés. Toute reproduction, totale ou partielle, est strictement interdite sans autorisation expresse de l’auteure. Au verso, une écriture manuscrite à l’encre violette indique : « Parkplatz in La Romagne » (« stationnement [de véhicules] à La Romagne »), « Juli 40 » (« juillet 1940 ») et « 104 » [numérotation incertaine]. Un tampon, également à l’encre violette, porte la mention : « Schubert Breslau 5 Neue-Schweidnitzer-Str.17 ». (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)
Photographie ancienne, tirage argentique en noir et blanc viré au sépia, sur papier à bords dentelés. Toute reproduction, totale ou partielle, est strictement interdite sans autorisation expresse de l’auteure. Au verso, une écriture manuscrite à l’encre violette indique : « Parkplatz in La Romagne » (« stationnement [de véhicules] à La Romagne »), « Juli 40 » (« juillet 1940 ») et « 104 » [numérotation incertaine]. Un tampon, également à l’encre violette, porte la mention : « Schubert Breslau 5 Neue-Schweidnitzer-Str.17 ». (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)

Photographie ancienne, tirage argentique en noir et blanc viré au sépia, sur papier à bords dentelés. Toute reproduction, totale ou partielle, est strictement interdite sans autorisation expresse de l’auteure. Au recto : la photographie a été prise à La Romagne (Ardennes), devant la « ferme Boudaud » — aujourd’hui place Jean Malherbe. Elle montre quatre pièces d’artillerie, détachées de leurs moyens de traction, accompagnées de quatre soldats allemands qui semblent poser pour la prise de vue. Le premier soldat, portant un fusil et un casque Stahlhelm, affiche une posture d’autorité. Deux autres sont vêtus de vareuses ou de capotes, tandis que le quatrième se tient entre deux pièces d’artillerie. Aucun autre militaire français ni civil n’apparaît dans la scène. Le village paraît déserté : les volets du rez-de-chaussée sont partiellement ou entièrement fermés. À l’étage, une silhouette ou un objet se dessine à travers une fenêtre ouverte, dont un carreau a été remplacé par un carton — peut-être un signe des dégâts causés par le bombardement de l’église Saint-Jean en mai 1940. Enfin, l’ombre portée par un pylône électrique pourrait permettre d’estimer l’heure approximative à laquelle la photographie a été prise. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)
Photographie ancienne, tirage argentique en noir et blanc viré au sépia, sur papier à bords dentelés. Toute reproduction, totale ou partielle, est strictement interdite sans autorisation expresse de l’auteure. Au recto : la photographie a été prise à La Romagne (Ardennes), devant la « ferme Boudaud » — aujourd’hui place Jean Malherbe. Elle montre quatre pièces d’artillerie, détachées de leurs moyens de traction, accompagnées de quatre soldats allemands qui semblent poser pour la prise de vue. Le premier soldat, portant un fusil et un casque Stahlhelm, affiche une posture d’autorité. Deux autres sont vêtus de vareuses ou de capotes, tandis que le quatrième se tient entre deux pièces d’artillerie. Aucun autre militaire français ni civil n’apparaît dans la scène. Le village paraît déserté : les volets du rez-de-chaussée sont partiellement ou entièrement fermés. À l’étage, une silhouette ou un objet se dessine à travers une fenêtre ouverte, dont un carreau a été remplacé par un carton — peut-être un signe des dégâts causés par le bombardement de l’église Saint-Jean en mai 1940. Enfin, l’ombre portée par un pylône électrique pourrait permettre d’estimer l’heure approximative à laquelle la photographie a été prise. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)

Cent quarante militaires allemands environ sont répartis dans ces différentes maisons : une dizaine d’officiers, une trentaine de sous-officiers, et le reste constitué d’hommes de troupe. Outre ces hommes, quelque quatre-vingt-dix chevaux sont répartis dans différentes écuries de La Romagne :

  • un seul chez Edmond Lesein ;
  • tous les autres chez Jean-Baptiste Alexis Boudaud, Alcide Cugnart, Joseph Marquigny et Zélia Marandel.

Occupation à La Romagne (Ardennes). Le propriétaire d’une maison réquisitionnée ne précise pas le nombre de pièces qu’elle comporte, information nécessaire à l’analyse. Son logement ne figure donc pas dans le tableau présenté. Graphique de type « histogramme ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Occupation à La Romagne (Ardennes). Le propriétaire d’une maison réquisitionnée ne précise pas le nombre de pièces qu’elle comporte, information nécessaire à l’analyse. Son logement ne figure donc pas dans le tableau présenté. Graphique de type « histogramme ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les maisons sont recensées avec le nombre de pièces, les dépendances, le confort. Ce dernier est parfois sommaire. Aucune maison ne dispose ainsi du chauffage central et du gaz, mais toutes ont l’électricité, et certaines l’eau, parfois à la pompe, ou dans la cour[1]. Sept sont déclarées ne pas en avoir.  Les puits ne sont pas répertoriés.


[1] Quatre.



Réquisitions d'immeubles à l'usage d'habitation par l'armée allemande. Occupation d'immeubles à l'usage d'habitation par les troupes allemandes. Recto. Remplissage du formulaire par l'habitant concerné. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 322 La Romagne (Ardennes) ; monsieur René Jonnart [intitulé] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquêtes.]
Réquisitions d’immeubles à l’usage d’habitation par l’armée allemande. Occupation d’immeubles à l’usage d’habitation par les troupes allemandes. Recto. Remplissage du formulaire par l’habitant concerné. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 322, La Romagne (Ardennes) ; monsieur René Jonnart [intitulé] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquêtes.]

Deux occupations particulières de maisons sont signalées : celle du 35 rue Haute, avec une réservation pour la Wehrmacht[1] [Nota bene : madame veuve Dupont, qui en est propriétaire, réside en fait à Paris.] ; celle de l’instituteur René Jonnart, réquisitionnée pour la Kommandantur[2].


[1] Littéralement « force de défense », armée du IIIe Reich de mai 1935 jusqu’à sa dissolution par les Alliés en août 1946.

[2] Poste de commandement allemand (pluriel : Kommandanturen, parfois francisé en Kommandanturs).


Réquisition d'immeubles à usage d'habitation par l'armée allemande. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 322, La Romagne ; madame veuve Georges Malherbe ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquêtes.]
Réquisition d’immeubles à usage d’habitation par l’armée allemande. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 322, La Romagne ; madame veuve Georges Malherbe ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquêtes.]

A quelques exceptions près, les dépendances (grange, cave, remise, garage, etc.) font l’objet d’une annexion par les occupants.


Occupation à La Romagne (Ardennes). Trois déclarations ne précisent pas l’estimation de la valeur du mobilier de leur maison, un élément pourtant pris en compte dans le calcul de l’indemnisation. En l’absence de cette information, aucune mention n’en est faite dans les données présentées. Graphique de type « histogramme ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Occupation à La Romagne (Ardennes). Trois déclarations ne précisent pas l’estimation de la valeur du mobilier de leur maison, un élément pourtant pris en compte dans le calcul de l’indemnisation. En l’absence de cette information, aucune mention n’en est faite dans les données présentées. Graphique de type « histogramme ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

En 1942[1], des dossiers sont déposés pour l’indemnisation de ces occupations. Celle-ci tient compte, d’une part de la valeur du mobilier, et d’autre part d’une valeur locative, voire de l’imposition du propriétaire (dont l’étendue varie de 24 à 576 francs).


[1] L’année 1942 marque un tournant décisif dans la Seconde Guerre mondiale, tant sur le plan militaire que politique et idéologique. C’est aussi une année charnière pour la France occupée, avec un durcissement de l’Occupation, et une bascule vers une guerre plus totale et plus radicale.


Occupation à La Romagne (Ardennes). Non seulement les habitants doivent eux-mêmes établir le montant de l’indemnité qu’ils souhaitent recevoir pour la réquisition de leur logement, mais ce montant peut également être revu à la baisse par le maire. Graphique de type « entonnoir ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Occupation à La Romagne (Ardennes). Non seulement les habitants doivent eux-mêmes établir le montant de l’indemnité qu’ils souhaitent recevoir pour la réquisition de leur logement, mais ce montant peut également être revu à la baisse par le maire. Graphique de type « entonnoir ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Il est demandé aux habitants de proposer eux-mêmes le montant de cette indemnité, ou journalière ou mensuelle. La répartition de celle-ci ne peut être étudiée qu’à travers quatorze dossiers uniquement.


Les montants journaliers demandés varient de 10 à 20 francs. Chaque proposition est en général accompagnée de l’avis du maire, Alcide Cugnart. L’une est cependant signée par monsieur Didier, maire intérimaire en l’absence du maire élu[1]. Celle du maire en titre l’est par un conseiller.


[1] Revenu en septembre 1941.


Occupation d'immeubles à l'usage d'habitation par les troupes allemandes. Recto. Remplissage du formulaire par l'habitant concerné. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 322 La Romagne (Ardennes) ; monsieur Alexis Boudaud [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquêtes.]

Occupation d’immeubles à l’usage d’habitation par les troupes allemandes. Recto. Remplissage du formulaire par l’habitant concerné. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 322, La Romagne (Ardennes) ; monsieur Alexis Boudaud [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquêtes.]

Tous les dossiers ne sont pas traités de la même manière. Un seul ne présente pas de somme proposée par la propriétaire, c’est donc l’édile qui la fixe. Neuf revêtent un avis favorable quant à la somme demandée. Si le maire la trouve exagérée, il ne manque pas de faire une proposition inférieure, ce qui est le cas pour trois d’entre eux. Les derniers sont simplement signés, sans autre mention.


Occupation d'immeubles à l'usage d'habitation par les troupes allemandes. Verso. Observations, renseignements et avis du maire. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 322 La Romagne (Ardennes) ; monsieur Alexis Boudaud [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquêtes.]
Occupation d’immeubles à l’usage d’habitation par les troupes allemandes. Verso. Observations, renseignements et avis du maire. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 322, La Romagne (Ardennes) ; monsieur Alexis Boudaud [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquêtes.]

Les indemnités tiennent compte du nombre de nuits, et non des mois pleins. Mais tous les dossiers ne comportent pas cet élément, et ne sont pas renseignés de manière exhaustive. Il est donc difficile de savoir s’il est tenu compte du nombre d’occupants, cette variable n’étant pas enregistrée avec précision. Seul un dossier pourrait aller dans ce sens, celui de Louise Billette.


Si l’on se fie aux dates qu’elle indique pour la première occupation, soit du 2 octobre au 6 mars 1941, il y aurait eu cent cinquante-cinq nuits. Or, l’autorité allemande n’en retient que cent quarante et un. Pour la seconde période, soit du 14 février au 30 juin 1941, il y a cent trente-cinq nuits.

Mais seules quatre-vingt-dix-sept sont retenues par les autorités allemandes. Selon l’indemnisation qu’elle souhaitait (300 francs mensuels), elle aurait dû percevoir environ 2 400 francs. Or, elle n’a reçu que 1 903 francs. Les assiettes des calculs d’indemnisation ne sont pas clairement définies dans les fiches.


Les plus petites indemnisations sont de moins de 800 francs, et ne concernent que des occupations de la première période. En revanche, les plus importantes, de 3 000 à 3 500 francs,  concernent les occupations de fermes du « village[1] », hébergeant de huit à douze hommes et des chevaux (de six à vingt-cinq).


[1] Entendre « La Romagne sans les écarts et les hameaux ». Cf. supra.


Quant à celle qui a donné lieu à une indemnisation de plus de 4 100 francs — et qui concerne vraisemblablement le percepteur du village à l’époque —, elle s’explique sans doute par les nombreuses déprédations signalées, sans que l’on puisse en connaître la nature.


Peu de personnes[1] ont dénoncé des dégâts et pourtant, d’après quelques témoignages indirects[2], ils ont été réels pour nombre d’habitants. Mais leur ancrage dans la mémoire concerne davantage le domaine affectif que celui du matériel : c’est ici le cadre du diplôme d’une Croix de guerre 1914-1918 qui est piétiné, là un certificat d’études qui est abîmé.


[1] Trois.

[2] Un témoin indirect est un individu qui, n’ayant pas été présent lors de l’événement, en rapporte les faits d’après les témoignages ou les récits d’autres personnes.


Photographie ancienne, tirage argentique en noir et blanc viré au sépia, sur papier à bords dentelés. Toute reproduction, totale ou partielle, est strictement interdite sans autorisation expresse de l’auteure. Au recto, plusieurs rangées de prisonniers français sont regroupées devant la maison Lesein, identifiable à sa boîte aux lettres. Cinq soldats allemands se tiennent en demi-cercle, le dos tourné aux prisonniers. Quatre d’entre eux écoutent attentivement leur supérieur, tandis qu’un soldat tient un document, peut-être une carte ou une liste. Les militaires français, à gauche de la photo, regardent vers la droite, et inversement. Ils portent des calots ou des bérets, témoignant probablement de leur appartenance à différentes unités. Leurs chaussures, poussiéreuses ou boueuses, contrastent avec les bottes impeccables des Allemands. Certains tiennent des bâtons de marche, d’autres fument une cigarette, et plusieurs portent boudins, couvertures et musettes. On compte environ une cinquantaine de prisonniers. Un soldat allemand casqué (Stahlhelm) surveille le groupe depuis l’arrière. Une moto est appuyée contre le mur. La photo, prise en léger surplomb, s’inscrit dans le cadre d’une campagne militaire ayant conduit à l’occupation allemande des Ardennes. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)
Photographie ancienne, tirage argentique en noir et blanc viré au sépia, sur papier à bords dentelés. Toute reproduction, totale ou partielle, est strictement interdite sans autorisation expresse de l’auteure. Au recto, plusieurs rangées de prisonniers français sont regroupées devant la maison Lesein, identifiable à sa boîte aux lettres. Cinq soldats allemands se tiennent en demi-cercle, le dos tourné aux prisonniers. Quatre d’entre eux écoutent attentivement leur supérieur, tandis qu’un soldat tient un document, peut-être une carte ou une liste. Les militaires français, à gauche de la photo, regardent vers la droite, et inversement. Ils portent des calots ou des bérets, témoignant probablement de leur appartenance à différentes unités. Leurs chaussures, poussiéreuses ou boueuses, contrastent avec les bottes impeccables des Allemands. Certains tiennent des bâtons de marche, d’autres fument une cigarette, et plusieurs portent boudins, couvertures et musettes. On compte environ une cinquantaine de prisonniers. Un soldat allemand casqué (Stahlhelm) surveille le groupe depuis l’arrière. Une moto est appuyée contre le mur. La photo, prise en léger surplomb, s’inscrit dans le cadre d’une campagne militaire ayant conduit à l’occupation allemande des Ardennes. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)

Une nouvelle fois, La Romagne et les Ardennes sont concernées par des invasions. La signature de l’armistice entre la France et l’Allemagne nazie le 22 juin 1940 à Rethondes[1], en forêt de Compiègne[2], place le département, et donc le village, dans la zone occupée.

Les conditions en sont très dures :  la France doit livrer en partie son matériel de guerre, le sort des prisonniers de guerre est déterminé, la plupart d’entre eux est transférée en Allemagne, etc.


[1]  Dans le wagon de l’armistice utilisé en 1918 pour la reddition allemande.

[2] Commune française située actuellement dans le département de l’Oise, en région Hauts-de-France.


Photographie ancienne, tirage argentique en noir et blanc viré au sépia, sur papier à bords dentelés. Toute reproduction, totale ou partielle, est strictement interdite sans autorisation expresse de l’auteure. Au verso, inscription manuscrite à l’encre violette en allemand : « Ankunft franz. Kriegsgefangener in La Romagne – Ardennes » (« Arrivée de prisonniers de guerre français à La Romagne – Ardennes »), suivie de la mention « Ende Juli 40 » (« fin juillet 1940 ») et du numéro « 109 ». Un tampon commercial à l’encre violette indique : « Schubert Breslau 5 Neue-Schweidnitzer-Str.17 ». L’ensemble suggère un document photographique d’origine allemande, probablement réalisé ou diffusé à des fins documentaires ou de propagande, témoignant de la présence de prisonniers français dans les Ardennes peu après la défaite de juin 1940. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)
Photographie ancienne, tirage argentique en noir et blanc viré au sépia, sur papier à bords dentelés. Toute reproduction, totale ou partielle, est strictement interdite sans autorisation expresse de l’auteure. Au verso, inscription manuscrite à l’encre violette en allemand : « Ankunft franz. Kriegsgefangener in La Romagne Ardennes » (« Arrivée de prisonniers de guerre français à La Romagne – Ardennes »), suivie de la mention « Ende Juli 40 » (« fin juillet 1940 ») et du numéro « 109 ». Un tampon commercial à l’encre violette indique : « Schubert Breslau 5 Neue-Schweidnitzer-Str.17 ». L’ensemble suggère un document photographique d’origine allemande, probablement réalisé ou diffusé à des fins documentaires ou de propagande, témoignant de la présence de prisonniers français dans les Ardennes peu après la défaite de juin 1940. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure.)

La défaite qui accable la Nation est refusée par une minorité. Celle-ci est incarnée par le général de Gaulle qui, dès le 18 juin, lance un vibrant et émouvant appel[1] qui s’oppose à la demande d’armistice de la veille. Il est repris le jour de la signature de l’armistice, incitant les Français à réagir.


[1] Le manuscrit original a été remis aux Archives nationales par la famille de Gaulle le jeudi 12 juin 2025, lors d’une cérémonie à Paris.



Par le décret n° 2006-313 du 10 mars 2006, la célébration de cet acte fondateur est officiellement devenue la Journée nationale commémorative de l’appel historique du général de Gaulle à refuser la défaite et à poursuivre le combat contre l’ennemi.




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La Romagne de la guerre à la paix : une analyse comparative des recensements de 1918 et de 1921


Selon l’INSEE[1], « Le recensement de la population a pour vocation principale de mesurer le nombre d’habitants sur un territoire et d’en connaître les caractéristiques socio-démographiques[2]. »


[1] Institut national de la statistique et des études économiques.

[2] Bibliothèque nationale de France, document numérique, LNUM-33964, Chevalier, Pascale ; Seguin, Sébastien, « Retour sur deux siècles de recensements de la population », in Faits et chiffres (INSEE Pays de la Loire), n° 424, octobre 2011, page non paginée, vue 1/1, consultable en ligne sur le site de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) et sur Gallica.


De tels dénombrements remontent à l’Antiquité. L’un des plus connus est celui de l’empereur Auguste[1], lors duquel Joseph et Marie doivent être répertoriés à Bethléem.


[1] Contrairement aux affirmations de l’évangéliste dans Luc, II,1-5, le recensement de Quirinius en Judée et en Syrie ne serait pas la version régionale d’un dénombrement global. Si l’activité censoriale augustéenne est attestée, son homogénéité est contestée.


En ce qui concerne la France, le comptage des habitants est confié avant la Révolution aux curés, qui informent l’intendant de la province du nombre de feux et de communiants dans leur paroisse. Ils se fondent alors sur le calcul suivant : un feu comprend en moyenne quatre personnes, et un communiant représente généralement trois habitants.


Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/F 1, [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série F = population – économie – statistiques, sous-série F1 = population : mouvement, recensement (liste nominative, récapitulatif), 1911-1931], dénombrement de 1918, pages non paginées, vues 1/15 et suivantes, consultables en ligne.
Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/F 1, [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série F = population – économie – statistiques, sous-série F1 = population : mouvement, recensement (liste nominative, récapitulatif), 1911-1931], dénombrement de 1918, pages non paginées, vues 1/15 et suivantes, consultables en ligne.

Le premier recensement postrévolutionnaire date du 20 floréal an VIII[1]. Ensuite, ils sont très réguliers et, à partir de 1876, ils se déroulent en théorie tous les cinq ans. C’est en cela que le recensement de 1918 à La Romagne peut susciter des interrogations, le précédent ayant eu lieu en 1911. Il y aurait dû en effet en avoir un en 1916, ce qui n’est pas le cas. La période de guerre explique ce décalage[2].


[1] Soit le 10 mai 1800.

[2] Une annulation s’observe pour la Seconde Guerre mondiale, le recensement passant directement de 1936 à 1946.


Celui qui est prévu en mars 1906 intègre un nouvel élément, en dehors de ceux précédemment relevés (nom, prénom, âge, lieu de naissance, adresse, profession, personnes vivant à la même adresse). Ce sont les caractéristiques des habitations. Jusqu’en 1918, aucune liste nominative ne peut être consultée pour La Romagne. Ces documents semblent avoir disparu, à l’exception de quatre feuillets concernant le recensement de 1911, à l’état de conservation très lacunaire[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/F 1, [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série F = population – économie – statistiques, sous-série F1 = population : mouvement, recensement (liste nominative, récapitulatif), 1911-1931], dénombrement de 1911, pages non paginées, [vues 1/4 et suivantes, non consultables en ligne à la date du 11 novembre 2024, en cours de numérisation.]


L’existence d’un recensement à la date du 1er février 1918 est très curieuse, puisque la guerre n’est pas terminée[1]. Comme le village est encore sous le joug allemand, ce document est certainement unique, sans que l’on sache parfaitement pourquoi. Aux archives départementales des Ardennes, il n’en a été trouvé aucun autre, concernant les villages du canton de Chaumont-Porcien, répertorié à cette date.


[1] Outre le traité de Versailles, le 28 juin 1919, quinze autres traités ont été signés entre 1918 et 1923 pour mettre fin à la guerre entre les différentes parties.


Il contient des renseignements sur les familles romanaises, sur des réfugiés, sur les activités imposées à la population par les Allemands. Il pallie l’absence d’autres sources, telles que des comptes rendus des réunions d’habitants (si le conseil municipal est dans l’impossibilité de tenir séance).


Quant aux archives des villages occupés par l’administration allemande, elles ont disparu dans les bombardements de mai 1940, alors que l’on tentait de les mettre à l’abri.


Le dénombrement de 1918[1] fait état de deux cent soixante-dix-neuf habitants, dont dix-sept sont absents : ce sont essentiellement les mobilisés. Il en reste donc deux cent soixante-deux, auxquels une note en ajoute deux, sans précision d’aucune sorte.

Sur la liste établie de la page 2 à 10, il est fait état de deux cent quatre-vingt-sept personnes présentes dans le village. Elles sont numérotées de 1 à 279, l’ordre alphabétique est respecté, tandis que, du numéro 280 à 287, il s’agit soit d’un ajout, soit d’un rectificatif, dont le but est d’être au plus près de la réalité.


[1] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/F 1, [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série F = population – économie – statistiques, sous-série F1 = population : mouvement, recensement (liste nominative, récapitulatif), 1911-1931], dénombrement de 1918, pages non paginées, vues 1/15 et suivantes, consultables en ligne.


Un certain nombre de noms est biffé. Il s’agit de personnes faisant partie des colonnes civiles, étrangères à la population romanaise. Il est possible de distinguer les autochtones des réfugiés, ou des personnes déplacées au gré des besoins allemands.


Le 30 janvier 1918, vingt-deux personnes sont ainsi rayées des listes nominatives. Au 1er décembre1917, elles se trouvaient à Herbigny[1]. Elles doivent se rendre à Mesmont[2].  


[1] Actuellement, localité de Justine-Herbigny, commune du département des Ardennes, région Grand Est.

[2] Actuellement, commune du département des Ardennes, région Grand Est.


Trois enfants, âgés de cinq à sept ans, sont contraints de suivre leur mère vers cette nouvelle destination, alors qu’ils ne vivaient à La Romagne que depuis deux mois. Outre les difficultés liées à la guerre, leurs conditions de vie sont encore plus difficiles et déstabilisantes, à cause des changements imposés.

Et ce, d’autant plus que la famille est originaire du département du Pas-de-Calais[1], alors que le reste du groupe provient de plusieurs villes et villages des Ardennes (Revin, Rocroi, Haybes, Novion-Porcien, Anchamps[2]).


[1] Actuellement, région Hauts-de-France.

[2] Actuellement, communes du département des Ardennes, région Grand Est.


Une seconde vague de trente-cinq personnes arrive de manière échelonnée pour le battage[1]. Ce sont principalement des femmes (vingt-cinq), dont dix-huit sont sans profession, quatre appartiennent à la catégorie des ouvrières (une giletière, une écorceuse[2], deux couturières), deux travaillent dans le service (une ménagère[3] et une servante), et la dernière est employée de commerce.

Les hommes sont principalement des journaliers. Les Allemands choisissent les catégories les plus pauvres, et s’assurent ainsi d’une plus grande docilité. Les départs se font au plus tôt le 13 août, pour se terminer le 1er octobre.


[1] « Action de battre les céréales pour séparer la graine de l’épi. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] « Personne chargée d’écorcer. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[3] « Servante qui prend soin du ménage de quelqu’un (vieilli). », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Panneau de sortie d’agglomération de Merlet vers Aguilcourt (Aisne), photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 1er septembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Panneau de sortie d’agglomération de Merlet vers Aguilcourt (Aisne), photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 1er septembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

En dehors de ces habitants temporaires, La Romagne compte plusieurs familles de réfugiés. Deux d’entre elles ont reçu l’ordre de quitter leurs villages respectifs, Merlet (hameau d’Aguilcourt[1]) et Courcy[2], en raison des opérations militaires sur le front de l’Aisne.

Leur arrivée date du même jour à La Romagne, le 26 novembre 1914. La troisième a vu son village, Liry[3] (à proximité de Vouziers[4]), occupé par les Allemands. Son arrivée est plus tardive, le 2 octobre 1915.


[1] Actuellement, commune du département de l’Aisne, région Hauts-de-France.

[2] Actuellement, commune du département de la Marne, région Grand Est.

[3] Actuellement, commune du département des Ardennes, région Grand Est.

[4] Idem.


La première famille se compose du couple Victor et Louise Millart[1], de leurs douze enfants et des grands-parents maternels, Emile Gentilhomme et sa femme Eglantine Lemaire. Tous ont évacué avec un tombereau attelé à un cheval, et ont marché le plus souvent tout au long de leur parcours.

Ce dernier, qui dépasse les cinquante kilomètres, passe de Bertricourt[2] à Asfeld[3], puis à Condé-lès-Herpy, Chaumont-Porcien, Givron, les Fondys[4] et enfin La Romagne[5]. On ignore le nombre de jours parcourus sur la route.


[1] Najman, Nadine, Un seul ciel pour tout le monde : histoire d’une famille de 1914 à 1918, Vanves : Édition du bout de la rue, « Témoignages », 2024, 285 p. [Trois chapitres sont consacrés à l’évacuation vers La Romagne (Ardennes), pages 103-109 ; 170-173 et 233-239. Des éléments sont repris sous une forme synthétique dans ce passage, avec l’accord de l’auteure de l’ouvrage.]

[2] Actuellement, commune du département de l’Aisne, région Hauts-de-France.

[3] Actuellement, commune du département des Ardennes, région Grand Est.

[4] Lieu-dit à Givron.

[5] Actuellement, communes du département des Ardennes, région Grand Est.


Portrait de Raymond Millart enfant, photographie ancienne en noir et blanc (tirage monochrome en sépia), légendée à l’encre bleue au verso « Raymond Millart né le 28 mars 1912 vers 1916 à La Romagne Ardennes évacué de Merlet où se trouvait le front pendant la guerre 1914-1918 », collection privée (avec l’aimable autorisation de madame Nadine Najman).
Portrait de Raymond Millart enfant, photographie ancienne en noir et blanc (tirage monochrome en sépia), légendée à l’encre bleue au verso « Raymond Millart né le 28 mars 1912 vers 1916 à La Romagne Ardennes évacué de Merlet où se trouvait le front pendant la guerre 1914-1918 », collection privée (avec l’aimable autorisation de madame Nadine Najman).

Les premiers temps, les Millart sont répartis entre plusieurs lieux de la commune. Mais la mère, qui souhaite voir sa famille réunie, demande un logement aux autorités allemandes. Elle obtient une maison au n° 18 de la rue Haute[1], avec pour voisin Alfred Mauroy, tandis que les grands-parents logent rue Basse (au n° 73), dans le voisinage d’Ernest Marandel.

Par deux fois, le séjour de cette famille à La Romagne est endeuillé : deux enfants naissent, un garçon en novembre 1915, et une petite fille en juillet 1917. Le premier décède le 14 mars 1916, et la seconde le 31 juillet 1917[2].


[1] Tous les numéros indiqués correspondent aux recensements de 1918 et de 1921.

[2] Archives départementales des Ardennes, 2E 369 10 [sous-série 2E = archives communales déposées, articles 2E 369 1-10 = registres paroissiaux et d’état civil de La Romagne, cote 2E 369 10 = années 1913-1945, registre 1913-1939 : naissances, mariages, décès.] Exemplaire de la mairie de La Romagne, consulté avec l’aimable autorisation de René Malherbe, maire de la commune.



Sauf Louise, la mère, et les enfants les plus jeunes, qui en sont dispensés, le père, les fils aînés, et les adolescentes, sont réquisitionnés pour les colonnes civiles et le travail agricole. Deux des jeunes filles sont employées à la scierie de Montmeillant[1].

L’une d’elles, Emilienne, échappe par la suite à ce travail ingrat, en gardant Jean et René, les deux premiers enfants du couple Georges Malherbe et Lucie Bonpart.


[1] Actuellement, commune du département des Ardennes, région Grand Est.




Cette famille regagne Merlet au début de 1919. Mais, comme sa ferme est totalement détruite, elle doit vivre dans des baraquements spécialement construits pour accueillir les populations de retour.

Baraquement construit pendant la Première Guerre mondiale pour les civils, photographie en couleurs, prise de vue effectuée à Merlet, hameau d’Aguilcourt (Aisne) le dimanche 1er septembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Baraquement construit pendant la Première Guerre mondiale pour les civils, photographie en couleurs, prise de vue effectuée à Merlet, hameau d’Aguilcourt (Aisne) le dimanche 1er septembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Tombe de la famille Millart Gentilhomme au cimetière d’Aguilcourt (Aisne), photographie en noir et blanc, prise de vue effectuée le dimanche 1er septembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Tombe de la famille Millart Gentilhomme au cimetière d’Aguilcourt (Aisne), photographie en noir et blanc, prise de vue effectuée le dimanche 1er septembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Archives départementales des Ardennes, 2E 369 10 [sous-série 2E = archives communales déposées, articles 2E 369 1-10 = registres paroissiaux et d’état civil de La Romagne, cote 2E 369 10 = années 1913-1945, registre 1913-1939 : naissances, mariages, décès.] Exemplaire de la mairie de La Romagne (Ardennes), consulté avec l’aimable autorisation de René Malherbe, maire de la commune. Acte de décès de Jules Maximilien Gentilhomme, né le 9 mars 1845 à Aguilcourt (Aisne) et mort le 16 avril 1919 à La Romagne (Ardennes).
Archives départementales des Ardennes, 2E 369 10 [sous-série 2E = archives communales déposées, articles 2E 369 1-10 = registres paroissiaux et d’état civil de La Romagne, cote 2E 369 10 = années 1913-1945, registre 1913-1939 : naissances, mariages, décès.] Exemplaire de la mairie de La Romagne (Ardennes), consulté avec l’aimable autorisation de René Malherbe, maire de la commune. Acte de décès de Jules Maximilien Gentilhomme, né le 9 mars 1845 à Aguilcourt (Aisne) et mort le 16 avril 1919 à La Romagne (Ardennes).

Elle subit cette situation dans l’attente de la reconstruction de son habitation, ce qui demandera quelques années. Les aïeuls sont restés à la Romagne, pour des raisons de santé. Jules Maximilien Gentilhomme y décède le 16 avril 1919[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, 2E 369 10 [sous-série 2E = archives communales déposées, articles 2E 369 1-10 = registres paroissiaux et d’état civil de La Romagne, cote 2E 369 10 = années 1913-1945, registre 1913-1939 : naissances, mariages, décès.] Exemplaire de la mairie de La Romagne, consulté avec l’aimable autorisation de René Malherbe, maire de la commune.


Carte postale française ancienne en noir et blanc (tirage monochrome en sépia), légendée « Merlet-Aguilcourt (Aisne). Rue menant à Aguilcourt », éditée par Lessire-Millot, café-tabac, collection privée (avec l’aimable autorisation de monsieur Guy et madame Monique Millart).


Vue aérienne de Merlet, hameau d’Aguilcourt (Aisne), photographie en couleurs, collection privée (avec l’aimable autorisation de monsieur Guy et madame Monique Millart).


Portrait d’Anastasie Zénaïde Loutsch née Warnet, photographie ancienne en noir et blanc, tirage monochrome en sépia, collection privée (avec l’aimable autorisation de madame Magalie Petit, son arrière-arrière-petite-nièce).
Portrait d’Anastasie Zénaïde Loutsch née Warnet, photographie ancienne en noir et blanc, tirage monochrome en sépia, collection privée (avec l’aimable autorisation de madame Magalie Petit, son arrière-arrière-petite-nièce).

La deuxième famille se compose de Courcéens[1] : Dominique et Zénaïde Loutsch. Ils n’arrivent pas ensemble. Alors que la femme, Zénaïde, se retrouve à La Romagne le même jour que la famille Millart, son mari ne la rejoint que le 2 août 1915, en provenance de Tavaux[2].


[1] Gentilé des habitants de Courcy.

[2] Actuellement, Tavaux-et-Pontséricourt, commune du département de l’Aisne, région Hauts-de-France.


Archives départementales de la Marne, 35 Fi 1 [Série Fi = documents figurés et assimilés entrés par voie extraordinaire (photographies, cartes postales, dessins, gravures ou estampes, cartes et plans, affiches) ; sous-série 35 Fi = guerre 1914-1918], cliché positif représentant un paysage de guerre en 1914-1918, auteur anonyme, légendé et daté sur le montage « V. 322. Vue prise en première ligne dans la région des cavaliers de Courcy (Marne), 15 janvier 1916. », tirage argentique d'époque en noir et blanc monté sur carton, 1916, notice descriptive consultable en ligne.
Archives départementales de la Marne, 35 Fi 1 [Série Fi = documents figurés et assimilés entrés par voie extraordinaire (photographies, cartes postales, dessins, gravures ou estampes, cartes et plans, affiches) ; sous-série 35 Fi = guerre 1914-1918], cliché positif représentant un paysage de guerre en 1914-1918, auteur anonyme, légendé et daté sur le montage « V. 322. Vue prise en première ligne dans la région des cavaliers de Courcy (Marne), 15 janvier 1916. », tirage argentique d’époque en noir et blanc monté sur carton, 1916, notice descriptive consultable en ligne.

Eux aussi ont dû fuir la ligne de front, où Allemands et Français se disputent le secteur des Cavaliers de Courcy. Ce sont deux levées de terre, de part et d’autre du canal de l’Aisne à La Marne, où les belligérants ont creusé des tranchées. Dominique et Zénaïde vivent au n° 43 de la rue Haute.



La troisième famille réfugiée est une famille de cultivateurs de Liry, à une soixantaine de kilomètres. Elle est constituée du couple formé par Elisée et Thérèse Camuzet, auxquels s’ajoutent Esther Camuzet Cartelet, et deux fillettes, Marie, née en 1909, et Berthe, en 1913. Ils habitent tous ensemble au n° 55 de la rue Haute. Ils sont arrivés le 8 novembre 1915. Lorsqu’ils regagnent leur village, ils le découvrent presqu’entièrement détruit.


Reproduction moderne d’une photographie allemande ancienne en noir et blanc (tirage monochrome en rouge), représentant un incendie à Liry (Ardennes) pendant la Première Guerre mondiale, collection privée (avec l’aimable autorisation de madame Odette Corneille).

Reproduction moderne d’une photographie allemande ancienne en noir et blanc (tirage monochrome en rouge), représentant un incendie à Liry (Ardennes) pendant la Première Guerre mondiale, collection privée (avec l’aimable autorisation de madame Odette Corneille).


Reproduction moderne d’une photographie ancienne en noir et blanc (tirage monochrome en sépia), légendée « Liry [Ardennes] 1919. La cloche a été enlevée par les Allemands en 1916. », collection privée (avec l’aimable autorisation de madame Odette Corneille).
Reproduction moderne d’une photographie ancienne en noir et blanc (tirage monochrome en sépia), légendée « Liry [Ardennes] 1919. La cloche a été enlevée par les Allemands en 1916. », collection privée (avec l’aimable autorisation de madame Odette Corneille).

La vie laborieuse des Romanais se poursuit, malgré toutes les difficultés engendrées par les bouleversements de la vie quotidienne, et l’arrivée de réfugiés. Les archives de 1918 font apparaître que cinquante-quatre personnes travaillent, dont sept femmes (quatre couturières, une servante, une cultivatrice et une institutrice), et quarante-sept hommes (le curé étant exclu de ce comptage, puisque son activité relève d’une vocation, et non d’un métier au sens strict).


Parmi ces derniers, trente-huit sont en lien avec l’agriculture (vingt cultivateurs et dix-huit journaliers), et les neuf autres exercent diverses professions (instituteur, négociant, appariteur), ou sont artisans (deux maréchaux-ferrants, deux vanniers, un couvreur, un cordonnier). La mobilisation a restreint cette dernière catégorie. Et l’absence d’un boulanger dans ce recensement est notable.


Se pose, d’autre part, le problème du repérage des maisons, à une époque où la poste n’a pas encore fixé leur numérotage[1] dans les villages, et ce, pour faciliter la distribution du courrier.

En s’appuyant sur les recensements de 1918 et de 1921, l’on constate qu’en 1918, la ferme Marandel (n° 64 de la rue Haute) devient le n° 1 de cette même voie en 1921, et que l’identification du bâti pourrait se faire éventuellement en zigzag en 1918 : on compte d’un côté les maisons contiguës puis, s‘il y a une place vide, on compte celle du trottoir opposé.


[1] « Action de numéroter. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Dans l’état actuel de la recherche, il semblerait très hypothétique de déterminer quelle logique a été suivie. Tout au plus pourrait-on supputer, sous toutes réserves, qu’elle aurait été inspirée par l’occupant allemand[1].


[1] Parallèlement à la Straßenweise Hufeisennummerierung (numérotation en fer à cheval rue par rue), fixée par un arrêté du roi de Prusse Frédéric-Guillaume III le 28 septembre 1799, il existe bien d’autres systèmes, de diverses époques, encore utilisés, de façon partielle, cumulative, et parfois sous des formes hybrides, dans certaines villes d’Allemagne, tels qu’une ortschaftsweise Durchnummerierung (numérotation continue par localité), une viertelweise Durchnummerierung (numérotation continue par quartier), une blockweise Nummerierung (numérotation par blocs), une wechselseitige oder Zick-Zack Nummerierung (numérotation alternée ou en zigzag), un block decimal system ou Philadelphia system (système décimal par blocs, ou système de Philadelphie), un metrisches System (système métrique), et enfin un dekametrisches System (système décamétrique). Sans compter que, depuis la mise en place de la loi du Grand Berlin (Gross-Berlin-Gesetz) le 1er octobre 1920, il n’est pas question dans cette ville de numérotation des maisons (Hausnummerierung) mais des terrains (Grundstücksnummerierung).


Sans certitude sur le mode de numérotation, il est difficile d’identifier précisément où se trouvaient les domiciles des trois familles évoquées précédemment. Cependant, en 1921, un certain nombre de maisons vides apparaît, tant rue Haute que rue Basse.

Il se pourrait qu’elles correspondissent aux habitations occupées par les troupes allemandes, et les réfugiés, pendant le conflit. Il est d’autre part impossible de formuler cette hypothèse pour les hameaux et les écarts, les maisons ayant disparu de nos jours, à quelques exceptions près.


Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/F 1, [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série F = population – économie – statistiques, sous-série F1 = population : mouvement, recensement (liste nominative, récapitulatif), 1911-1931], dénombrement de 1921, pages non paginées, vues 1/14 et suivantes, consultables en ligne.
Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/F 1, [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série F = population – économie – statistiques, sous-série F1 = population : mouvement, recensement (liste nominative, récapitulatif), 1911-1931], dénombrement de 1921, pages non paginées, vues 1/14 et suivantes, consultables en ligne.

En 1921, tous les réfugiés, et les populations déplacées, ont quitté le village depuis un peu plus de dix-huit mois. La population s’est stabilisée, et compte désormais deux cent cinquante-neuf habitants[1], répartis dans quatre-vingt-quinze maisons sur l’ensemble du terroir de La Romagne.

Deux cent quatorze (82,6 %) habitent dans les soixante-douze maisons du village proprement dit, et quarante-cinq (17,37 %) vivent dans les vingt-trois maisons des hameaux et des écarts. La rue Langlet n’accueille plus que quatre foyers en 1921, contre cinq en 1918. La rue Canon, un seul au lieu de deux.


[1] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/F 1, [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série F = population – économie – statistiques, sous-série F1 = population : mouvement, recensement (liste nominative, récapitulatif), 1911-1931], dénombrement de 1921, pages non paginées, vues 1/14 et suivantes, consultables en ligne.


En 1921, la pyramide des âges des habitants de La Romagne (Ardennes) montre des variations plus importantes chez les hommes que chez les femmes. Graphique de type « barres empilées ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
En 1921, la pyramide des âges des habitants de La Romagne (Ardennes) montre des variations plus importantes chez les hommes que chez les femmes. Graphique de type « barres empilées ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Alors que le taux de natalité est au plus bas durant la Première Guerre mondiale, il reprend au retour de la paix : dix naissances sont à noter depuis la fin des hostilités jusqu’au 25 mars 1921.


En 1921, la population active de La Romagne (Ardennes) est aux trois quarts composées d’agriculteurs et d’artisans. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
En 1921, la population active de La Romagne (Ardennes) est aux trois quarts composées d’agriculteurs et d’artisans. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La population active est de quatre-vingt-sept personnes, qui se répartissent en soixante-dix-huit hommes et six femmes adultes, plus trois apprentis mineurs. Ainsi, une proportion de 33,6 % des deux cent cinquante-neuf habitants est active, tandis que les 66,4 % dits sans profession comptabilisent les personnes âgées, les enfants, et les mères au foyer.


Plusieurs d’entre elles s’occupent en fait d’un élevage domestique, et notamment de la traite, sans qu’elles soient officiellement comptabilisées comme actives : elles ne reçoivent aucun salaire.

En 1921, les propriétaires exploitants, qui représentent la catégorie la plus riche des agriculteurs de La Romagne (Ardennes), sont majoritaires. Graphique de type « secteurs en 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
En 1921, les propriétaires exploitants, qui représentent la catégorie la plus riche des agriculteurs de La Romagne (Ardennes), sont majoritaires. Graphique de type « secteurs en 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

En 1921, le village retrouve tous ses artisans, qui peuvent ainsi répondre aux besoins des uns et des autres.

En 1921, les artisans de La Romagne (Ardennes) appartiennent à des corps de métiers centrés sur la vie agricole. Graphique de type « barres empilées ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
En 1921, les artisans de La Romagne (Ardennes) appartiennent à des corps de métiers centrés sur la vie agricole. Graphique de type « barres empilées ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La reprise administrative étatique montre un maillage jusque dans les plus petites communes. Les employés d’Etat, municipaux, et cantonaux, sont représentés par le percepteur, l’instituteur et l’institutrice, le garde-champêtre, et un employé de la voirie cantonale. Les chemins de fer étant encore constitués de compagnies privées[1], les deux employés concernés sont classés à part.


[1] Le 1er janvier 1938, les cinq grandes compagnies ferroviaires privées de France fusionnent pour créer la Société nationale des chemins de fer français (SNCF).


En 1921, la rue principale de La Romagne (Ardennes) concentre approximativement les deux tiers de la population du village. Graphique de type « aires 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
En 1921, la rue principale de La Romagne (Ardennes) concentre approximativement les deux tiers de la population du village. Graphique de type « aires 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Par rapport au recensement de 1911, une diminution s’amorce : La Romagne a perdu vingt-deux habitants en dix ans, soit 7,8 % de sa population. Ce phénomène se remarque davantage dans les hameaux, où la décroissance la plus visible est celle des Houïs : ce hameau perd douze habitants sur les vingt-huit qu’il comptait avant le déclenchement du conflit.

En 1921, trois hameaux regroupent 82 % des habitants de La Romagne (Ardennes), contre 17,8 % pour les trois autres. Graphique de type « aires 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
En 1921, trois hameaux regroupent 82 % des habitants de La Romagne (Ardennes), contre 17,8 % pour les trois autres. Graphique de type « aires 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

C’est à la fois une des conséquences de la Première Guerre mondiale, de la poursuite du phénomène d’exode rural amorcé au siècle précédent, du développement de l’enseignement, et de l’intérêt pour des métiers aux salaires fixes, sans aléas liés à la nature.


Le drapeau français prend une dimension particulière le 11 novembre, jour de commémoration de l'Armistice de 1918. En ce jour de mémoire, il symbolise non seulement les valeurs de la République – liberté, égalité, fraternité – mais aussi l'hommage rendu aux soldats tombés pour la France lors de la Première Guerre mondiale. Arboré lors des cérémonies, le drapeau rappelle le sacrifice et le patriotisme de ceux qui ont combattu pour protéger ces idéaux, unissant ainsi la nation dans le souvenir et le respect.
Le drapeau français prend une dimension particulière le 11 novembre, jour de commémoration de l’Armistice de 1918. En ce jour de mémoire, il symbolise non seulement les valeurs de la République – liberté, égalité, fraternité – mais aussi l’hommage rendu aux soldats tombés pour la France lors de la Première Guerre mondiale. Arboré lors des cérémonies, le drapeau rappelle le sacrifice et le patriotisme de ceux qui ont combattu pour protéger ces idéaux, unissant ainsi la nation dans le souvenir et le respect.

L’analyse comparative des recensements de 1918 et de 1921 à La Romagne met en évidence l’impact singulier de la Première Guerre mondiale sur les Ardennes françaises, une région lourdement et directement affectée par les combats.

Ce département a été en effet marqué par l’occupation allemande, les destructions massives de villages, les exils forcés et les déplacements de populations, autant d’événements qui ont profondément bouleversé la structure sociale et économique locale.

De fait, les hostilités ont laissé des séquelles durables sur la démographie de la région, et les premiers efforts de retour à la normalité se sont heurtés aux conséquences de la guerre.

La spécificité des Ardennes en fait donc un lieu emblématique pour comprendre l’après-guerre en France. Ici, la reconstruction s’est confrontée aux blessures matérielles et humaines laissées par le conflit. Ainsi, le 11 novembre, fête particulièrement commémorée, en plus d’honorer la mémoire des soldats, rappelle également les épreuves traversées par les civils ardennais.