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Maréchaussée et gendarmerie à La Romagne et dans les villages du ressort de la brigade de Rethel, puis du canton de Rocquigny (1720-1799)


La création des maréchaussées date de la guerre de Cent Ans[1]. Elles sont destinées à la surveillance des gens de guerre, dont le comportement se doit d’être encadré, et ce, d’autant qu’ils sont accompagnés de pillards, quand ils ne pratiquent pas eux-mêmes cette activité.

D’abord temporaires, elles deviennent permanentes dès les années 1445-1448, lorsqu’elles commencent à disposer de pouvoirs de police.


[1] Ce conflit débute en 1337, lorsque Philippe VI confisque la Guyenne, provoquant la revendication de la couronne de France par Édouard III. Après plusieurs affrontements, dont la bataille navale d’Arnemuiden (1338), le conflit s’achève en 1453 avec la reprise de Bordeaux par les Français.


Vitrine d'armes de la maréchaussée au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vitrine d’armes de la maréchaussée au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

C’est une institution à caractère militaire, qui prend l’aspect de compagnies prévôtales, avec un prévôt[1] à la tête de chacune. Sous François Ier, les compétences judiciaires s’élargissent, et concernent tout autant les soldats que les civils, afin d’assurer la sécurité publique, la sûreté des villes et des campagnes.


[1]« Anciennement. Titre donné, sous l’Ancien Régime, à certains officiers ou magistrats chargés d’une juridiction ou préposés à des tâches de justice et de police. Prévôt royal, seigneurial. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


L’on peut attribuer à ce roi la conception des patrouilles routières. La nécessité de surveiller les grands chemins, et les routes secondaires, s’impose bientôt comme une évidence, si le pouvoir royal veut :

  • le respect de ses intérêts dans tout le royaume ;
  • un courrier officiel plus facilement transmis ;
  • un transfert des prisonniers facilité ;
  • le rendu de la justice à tous ses sujets.

C’est ainsi que se développe la maréchaussée provinciale, dont les salaires sont ainsi répartis dans la première moitié du XVIe siècle :

  • 300 livres pour le prévôt ;
  • 120 livres pour le greffier et l’archer.

Archers de la maréchaussée en patrouille (1720), Pierre Benigni, 1er quart du 20e siècle : dessin à l’aquarelle sur papier ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.2007.02181, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.
Archers de la maréchaussée en patrouille (1720), Pierre Benigni, 1er quart du 20e siècle : dessin à l’aquarelle sur papier ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.2007.02181, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.

Par la suite, Henri III partage la France en quatre commandements, attribués au connétable et aux trois maréchaux de France, avec la restriction que les lieutenants (subordonnés des prévôts) ne peuvent disposer des archers que sur l’autorisation de leur supérieur.

Ce roi crée ce que l’on peut appeler un premier équipement uniforme : un armet[1], un corps de cuirasse, des tassettes [2], une lance, une épée et un bon cheval.


[1] « Armure de tête des gens de guerre, de la fin du XVe siècle à la fin du XVIe siècle. », selon le Centre national de ressources textuelles et lexicales.

[2] « Anciennement. Pièce d’armure qui protégeait le haut de la cuisse. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Fragment de la table de marbre du connétable de la maréchaussée, après 1618, au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Fragment de la table de marbre du connétable de la maréchaussée, après 1618, au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Il faut distinguer, jusqu’à la Révolution, la maréchaussée de la gendarmerie de France[1]. La maréchaussée tire son nom de la juridiction des maréchaux de France.

Elle concerne les délits civils, ou criminels, des gens de guerre, et les affaires touchant au point d’honneur, avant de désigner le corps de cavaliers placé sous les ordres d’un prévôt des maréchaux.


[1] Babeau, Albert « Les quartiers de la gendarmerie en Champagne sous Louis XV », in Revue de Champagne et de Brie : histoire, biographie, archéologie, documents inédits, bibliographie, beaux-arts, tome cinquième, troisième année, premier semestre, 1er janvier 1878, Paris : Henri Menu, libraire-éditeur ; Arcis-sur-Aube : Léon Frémont, imprimeur breveté, 511 pages, pp. 136-141. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-12775, consultable en ligne sur Gallica, vue 136/518 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-LC19-116.


Gendarme de la Garde, anonyme français, 18e siècle : peinture à l’huile sur toile représentant un gendarme de la Garde, appartenant à la maison militaire du roi ; œuvre conservée au musée de l'Armée (Paris) ; numéros d’inventaire 21187 ; Ec 1161, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.
Gendarme de la Garde, anonyme français, 18e siècle : peinture à l’huile sur toile représentant un gendarme de la Garde, appartenant à la maison militaire du roi ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéros d’inventaire 21187 ; Ec 1161, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.

La gendarmerie[1] du roi a, pour sa part, été créée par Henri IV pour la garde du dauphin. Elle prend place aussitôt après les gardes du corps du roi, selon l’ordonnance de 1667.

Elle se compose de quatre compagnies dites du roi, de six compagnies[2] de quarante gendarmes, dont ceux qui sont affectés à la Reine, et qui ont leurs quartiers à Château-Porcien[3] ou Attigny[4], et six compagnies de chevau-légers.

La compagnie des gendarmes du roi est supprimée le 30 septembre 1787. Dans ce corps, les officiers supérieurs se distinguent en montant des chevaux gris, et les officiers subalternes, des chevaux bais.


[1] Funcken Fred ; Funcken, Liliane, L’uniforme et les armes des soldats de la guerre en dentelle. Tome 1 : France, maison du roi et infanterie sous Louis XV et Louis XVI ; Grande-Bretagne et Prusse, infanterie, 1700 à 1800, Paris, Casterman, 1975, 156 p., ill. en couleur. Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 4-V-31364 (1).

[2] Cinq sont créées sous Louis XIV.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Un brigadier et deux cavaliers de la maréchaussée de Lorraine en 1740, peinture par le commandant Eugène Louis Bucquoy, officier de gendarmerie et uniformologue français ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Un brigadier et deux cavaliers de la maréchaussée de Lorraine en 1740, peinture par le commandant Eugène Louis Bucquoy, officier de gendarmerie et uniformologue français ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A la fin du XVIe siècle, Henri IV octroie aux prévôts le titre de « conseillers du roi[1] » et, comme la tâche est souvent importante, l’on adjoint aux lieutenants des exempts[2]. Le réseau des brigades se complète, et l’uniforme primaire se transforme quelque peu, avec la saye[3] ou sayon[4].


[1] Terme honorifique à valeur variable, allant d’un rôle politique réel à une simple distinction sociale.

[2] Grade apparu sous Louis XIII, au sein de la maréchaussée. Officier intermédiaire chargé de fonctions d’encadrement, il peut suppléer les officiers supérieurs. Maintenu par la réforme de 1720, ce grade est progressivement remplacé à partir de 1778 par celui de maréchal des logis.

[3] Sorte de casaque. Initialement, « manteau fait d’une pièce d’étoffe rectangulaire attachée par une agrafe sur la poitrine ou sur une épaule, que portaient certains peuples de l’Antiquité et du haut Moyen Âge (on dit aussi Sayon). Saie des Gaulois, des Romains. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[4] Bardin, Étienne-Alexandre. Dictionnaire de l’armée de terre, ou Recherches historiques sur l’art et les usages militaires des anciens et des modernes. Paris : J. Corréard, 1850. Quinzième partie, entrée « Sayon » (Portée de fusil–Secrette), pages 4784-4785, consultables en ligne sur Gallica, vue 318/342 et suivante. Bibliothèque nationale de France, document numérique NUMM-6215627, texte reproduit d’après l’exemplaire original conservé à la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, cote V-31330. [Nota bene : la pagination de la quinzième partie est continue et atteint la page 4800 ; il ne s’agit pas du nombre total de pages de cette partie.]


Gendarmes et Chevaux-légers, planche 6 de la suite L'art militaire ou Les Exercices de Mars, livre à dessiner, Nicolas Guérard (vers 1648‑1719), vers 1695 : estampe, eau-forte sur papier ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéro d’inventaire 04617.4.58, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais. [Nota bene : l’orthographe moderne est désormais chevau-légers]
Gendarmes et Chevaux-légers, planche 6 de la suite L’art militaire ou Les Exercices de Mars, livre à dessiner, Nicolas Guérard (vers 1648‑1719), vers 1695 : estampe, eau-forte sur papier ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéro d’inventaire 04617.4.58, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais. [Nota bene : l’orthographe moderne est désormais chevau-légers]

En 1641, Louis XIII renforce la maréchaussée, avec la création de huit nouvelles prévôtés. A son tour, Louis XIV crée dans toutes les juridictions royales des huissiers, sergents royaux, etc.

A ce moment-là, il y a cent quatre-vingts sièges de maréchaussée, dont l’organisation et les salaires varient en fonction des lieux d’intervention, d’où des contestations et des mécontentements[1].


[1] « III. – Époque moderne. – La maréchaussée » in Armée et marine : revue hebdomadaire illustrée des armées de terre et de mer, Paris, [s.n.], 1899-1928, quatrième année, n° 42 du 19 octobre 1902, pages 710-713. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-4402, consultable en ligne sur Gallica, vue 2/20 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, FOL-LC6-87.


Carte des maréchaussées au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Carte des maréchaussées au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dans la réalité, la présence de la maréchaussée (ou maillage) est loin d’être identique sur tout le territoire. Chaque ancienne province compte, au moins, une compagnie qui, comme elle a vocation de justice, se compose d’une prévôté, des maréchaux avec, à sa tête, un prévôt général, assisté de baillis et vice-baillis, lieutenants criminels, assesseurs royaux, sergents, etc.


Elle a pour mission de combattre le crime à l’intérieur de son district. Bien qu’elle soit implantée dans des villes comme Châlons[1], Reims[2], Rethel[3], Mézières[4], la maréchaussée s’occupe particulièrement de la délinquance rurale : violences sur les grands chemins, crimes commis par des vagabonds, assemblées illicites. Elle vise les gens de guerre, s’ils commettent des délits dans leurs marches, lieux d’étape ou de séjour.


[1] Châlons-en-Champagne, commune française située actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est.

[2] Commune française située actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Ses prérogatives s’appliquent aux cas de braconnage, de contrebande, de faux-saunage[1]. A partir du milieu du XVIIIe siècle, elle s’occupe de la police des cabarets et des auberges, des foires et marchés puis, un peu après, du domaine sanitaire, en recherchant les animaux atteints de maladies susceptibles de se répandre.


[1] « Histoire. En composition. Faux-saunage, contrebande du sel qui se pratiquait, sous l’Ancien Régime, entre les provinces qui n’étaient pas assujetties à la gabelle, ou l’étaient peu, et celles qui étaient fortement imposées. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Enfin, elle gère la conservation des routes, en faisant respecter les règlements, qui limitent le nombre de chevaux attelés à des charrettes, afin de contrôler le poids de celles-ci, et veiller ainsi à ce que les routes ne soient pas abîmées. La promptitude des jugements et des sanctions est destinée à frapper l’opinion publique.

Les compagnies rencontrent un certain nombre de difficultés dans leurs missions, car les frontières qui délimitent leur zone d’action ne correspondent pas à celles de l’intendance, ce qui leur complique les choses.

A la mort de Louis XIV, le pays est en paix, et les troupes sont cantonnées essentiellement aux frontières. Une attention plus grande se porte alors sur la sécurité des campagnes : chaque chef de brigade est tenu d’aller avec ses cavaliers dans toutes les paroisses de la circonscription, qu’il doit surveiller dans un rayon de quatre à cinq lieues, de part et d’autre d’une route.


En 1716, un document[1] rapporte que, sur quatre jours, la maréchaussée de Rethel fait une tournée de Vaux-lès-Rubigny[2] jusqu’à Maranwez[3], en passant par Wadimont[4], La Hardoye[5], Rocquigny[6], Mainbressy[7], Mainbresson[8], Le Frety[9], à la recherche de soldats, cavaliers et, dragons sans congés.


[1] Procès-verbaux de tournées pour rechercher les soldats, cavaliers et dragons sans congés (1716) et correspondances sur les peines encourues pour l’acquisition ou le troc d’habits de déserteurs (1716‑1768). Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 93-100 bis [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 93‑100 bis = déserteurs 1716‑1791.]

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est, et rattachée à Rocquigny.

[6] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[7] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[8] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est, et rattachée à Rocquigny.

[9] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


A chaque étape, elle s’adresse, selon le village, au procureur d’office (Jean Legros à Vaux-lès-Rubigny), au syndic de la communauté (Jacques Deligny à Wadimont), au notaire royal (Jean Legros à La Hardoye), au maire (Pierre Filbaire[1] à Rocquigny), ou à des marchands, c’est-à-dire à des personnes capables de remarquer une présence inhabituelle.


[1] Orthographié Philbert sur certains documents.


Jusqu’en 1716, les brigades sortent à effectif complet pour une chevauchée, ce qui pose de graves problèmes d’efficacité pendant les tournées : le lieu de stationnement est complètement vide, et que les arrestations sont peu nombreuses.

C’est à partir de cette date qu’est adoptée la solution qui perdure, bien au-delà du siècle : seule la moitié des effectifs est désormais en campagne, tandis que l’autre assure la présence à la brigade, ce qui se révèle beaucoup plus efficace.


Saugrain, Guillaume. La Maréchaussée de France, ou Recueil des ordonnances, édits, déclarations, lettres patentes, arrests, règlemens et autres pièces concernant la création, établissement, fonctions, rang, séances, prééminences, droits, prérogatives et privilèges de tous les officiers et archers des maréchaussées, par G. Saugrain. Paris : H. Charpentier, 1697. In-4°, XX-1121 p. (recueil couvrant la période 1521-1696). Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-8719618, consultable en ligne sur Gallica, passim, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, F-20501.
Saugrain, Guillaume. La Maréchaussée de France, ou Recueil des ordonnances, édits, déclarations, lettres patentes, arrests, règlemens et autres pièces concernant la création, établissement, fonctions, rang, séances, prééminences, droits, prérogatives et privilèges de tous les officiers et archers des maréchaussées, par G. Saugrain. Paris : H. Charpentier, 1697. In-4°, XX-1121 p. (recueil couvrant la période 1521-1696). Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-8719618, consultable en ligne sur Gallica, passim, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, F-20501.

A partir de 1720[1], une grande réforme menée par Claude Leblanc[2], réorganise la maréchaussée en profondeur, et de façon durable, préfigurant la forme qu’elle adoptera en 1799.


[1] Luc, Jean-Noël « Chronologie sommaire de l’histoire institutionnelle de la maréchaussée et de la gendarmerie nationale (XVIIIe‑XXe siècles) », in Sociétés & Représentations, 2003/2, n° 16, pp. 36‑38, ici p. 36, consultable en ligne sur Cairn.info.

[2] Secrétaire d’Etat à la Guerre (1718-1722).


Chaque généralité[1] est désormais dotée d’une compagnie divisée en lieutenances, et comportant plusieurs brigades de cinq hommes. Cette réforme confirme certains critères d’entrée :

  • la catholicité ;
  • la moralité irréprochable (qui doit être confirmée par un prêtre, ou par une personnalité du voisinage) ;
  • un service honorable dans l’armée, au moins pendant quatre ans.

[1] « Circonscription administrative où s’exerçait la juridiction d’un bureau de trésoriers de France, et qui était placée sous la direction d’un général des finances ou, plus tard, d’un intendant. Généralité de Paris, de Moulins. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


La maréchaussée de Champagne[1] se compose de :

  • cent soixante-dix cavaliers, à la tête desquels se trouve un prévôt général ;
  • quatre lieutenances[2] (Troyes[3], Langres[4], Châlons-sur-Marne[5] et Reims[6]) ;
  • trente-quatre brigades.

[1] Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).

[2] En 1772, une cinquième lieutenance est créée à Sainte-Menehould.

[3] Commune française située actuellement dans le département de l’Aube, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département de la Haute-Marne, en région Grand Est.

[5] Lire Châlons-en-Champagne, à ne pas confondre avec Chalon-Sur-Saône, commune française située actuellement dans le département de Saône-et-Loire, en région Bourgogne-Franche-Comté.

[6] Cette lieutenance comprend huit brigades : deux à Reims, commandées respectivement par un exempt et un sous-brigadier ; une à Cormicy (à Dannevoux avant 1750) ; une à Rethel, commandée par un exempt ; une à Maubert-Fontaine (commune française actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est), commandée également par un exempt ; une à Launois (transférée à Mézières en 1750), dirigée par un brigadier ; une à Le Chesne (commune française actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est) ; et la dernière à Fismes (commune française actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est), commandée par un sous-brigadier. Cf. Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).


La maréchaussée de Champagne[1] se compose de cent soixante-dix cavaliers (à la tête desquels se trouve un prévôt général) ; quatre lieutenances[2] (Troyes[3], Langres[4], Châlons-sur-Marne[5] et Reims[6]) ; trente-quatre brigades.


[1] Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).

[2] En 1772, une cinquième lieutenance est créée à Sainte-Menehould.

[3] Commune française située actuellement dans le département de l’Aube, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département de la Haute-Marne, en région Grand Est.

[5] Lire Châlons-en-Champagne, à ne pas confondre avec Chalon-Sur-Saône, commune française située actuellement dans le département de Saône-et-Loire, en région Bourgogne-Franche-Comté.

[6] Cette lieutenance comprend huit brigades : deux à Reims, commandées respectivement par un exempt et un sous-brigadier ; une à Cormicy (à Dannevoux avant 1750) ; une à Rethel, commandée par un exempt ; une à Maubert-Fontaine (commune française actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est), commandée également par un exempt ; une à Launois (transférée à Mézières en 1750), dirigée par un brigadier ; une à Le Chesne (commune française actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est) ; et la dernière à Fismes (commune française actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est), commandée par un sous-brigadier. Cf. Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).


La brigade de Rethel est relativement ancienne, puisque des actes notariés permettent de dire qu’en 1701, l’un des archers se nomme Pierre Villain, et un greffier Jean Sonef[1], tandis qu’un document[2] de 1716 permet d’avoir une connaissance précise de tous les villages qui en dépendent.


[1] Cf. Archives départementales des Ardennes, Inventaire des archives communales anciennes de Rethel, 2024-2025, 66 p., page et vue 15/66, tapuscrit PDF non coté, consultable en ligne [D’après Pauffin, Nicolas, Inventaire des titres et renseignements qui se sont trouvés dans les armoires des archives de l’hôtel commun de cette ville de Rethel. Sa transcription a été réalisée entre avril 2024 et janvier 2025 à partir du manuscrit conservé aux archives municipales de Rethel, elles-mêmes déposées à la médiathèque-musée de L’Agora, sous la cote 1S2.]

[2] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 4, feuillet 34 [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 1‑13 = actes non judiciaires, actes administratifs : édits et ordonnances, réceptions, pièces comptables, etc.1669-1790.]


Ainsi, La Romagne[1] est décrite comme un village[2], situé sur une petite hauteur, et qui n’est traversé par aucune rivière. La commune dépend en première instance de Chaumont-Porcien[3], puis de Sainte-Menehould[4].

Il s’y exerce la haute, moyenne et basse justice, mais aucune juridiction n’y est établie. Il n’y a aucune activité commerciale, comme les foires et marchés, mais uniquement une fête patronale le 15 août.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Et une paroisse.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est.


Le village se trouve sur le chemin de traverse de Rethel à Aubenton[1], et la frontière, à proximité d’une forêt d’environ deux cents arpents.

Il dépend du district de la brigade de Rethel, qui se trouve à quatre lieues, alors qu’il faut parcourir dix lieues pour se rendre à la lieutenance de Mézières[2], et dix-huit pour atteindre la résidence du prévôt général à Châlons.


[1] Commune française située actuellement dans le département de l’Aisne, en région Hauts-de-France.

[2] Meissner, Michel, « De la maréchaussée à la gendarmerie de Mézières », in Terres ardennaises : revue d’histoire et de géographie locales, n° 92, octobre 2005, p. 21‑23, ill. en noir. Archives départementales des Ardennes, PERH97 12.


Ce document de 1716 concerne aussi Montmeillant[1], qui dépend de la brigade de Launois[2], tandis que Rocquigny est rattaché à celle de Rethel[3]. Le premier village relève de Château-Porcien, et de Sainte-Menehould, alors que le second est en instance à Rozoy-sur-Serre[4], qui a autorité sur la haute, moyenne et basse justice, et qui ressort du baillage de Rethel.


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 4, feuillet 46 [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 1‑13 = actes non judiciaires, actes administratifs : édits et ordonnances, réceptions, pièces comptables, etc.1669-1790.]

[2] Launois-sur-Vence, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 4, feuillet 58 [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 1‑13 = actes non judiciaires, actes administratifs : édits et ordonnances, réceptions, pièces comptables, etc.1669-1790.]

[4] Commune française située actuellement dans le département de l’Aisne, en région Hauts-de-France.


Montmeillant[1] a un point commun avec La Romagne, celui de n’avoir ni foire ni marché. Alors que Rocquigny célèbre le 25 juillet la Saint-Christophe, et accueille deux foires (le 2 mai et le 25 juillet), et un marché le jeudi matin.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


La situation de Montmeillant intéresse à double titre la maréchaussée, non seulement en raison de son environnement boisé[1] (quelque mille quatre cents arpents entre les bois de Montmeillant, d’Angeniville[2] et de Signy-l’Abbaye[3]), mais aussi par sa situation sur la route passagère de Rumigny[4] à Wasigny[5].

Rocquigny se trouve en plaine, dans un paysage plus dégagé, et sur le trajet qui va de Rethel à Chaumont-Porcien et Aubenton.


[1] Susceptible de cacher des individus peu recommandables, des réfractaires, des voleurs, etc.

[2] Lieu‑dit du Bois d’Angeniville, sur la commune de Signy‑l’Abbaye.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Hussard du régiment Esterhazy et gendarme, selon l’ordonnance de 1776, avec prisonnier, anonyme français, 18e siècle : peinture à l’huile sur toile ; œuvre conservée au musée de l'Armée (Paris) ; numéros d’inventaire 7556 ; Ec114, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.
Hussard du régiment Esterhazy et gendarme, selon l’ordonnance de 1776, avec prisonnier, anonyme français, 18e siècle : peinture à l’huile sur toile ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéros d’inventaire 7556 ; Ec114, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.

D’autres réformes apportent de nombreuses modifications. En 1728, une masse d’équipement, et d’habillement[1], est créée pour faire face à l’achat et l’entretien de la tenue[2].

En 1768-1769, c’est une masse de remonte[3], alimentée par l’Etat et par la généralité, qui voit le jour, même si le cavalier doit encore fournir le prix de son cheval. En compensation, il reçoit une indemnité pour l’entretien et l’équipement de sa monture.


[1] Caisse ou dotation financière destinée à couvrir les frais d’uniformes, d’armes et d’équipement des soldats.

[2] Fohrer (capitaine), « Launois-sur-Vence : une petite histoire de la gendarmerie départementale au temps de l’hôtel de la maréchaussée (1776-1851) », in Terres Ardennaises : revue d’histoire et de géographie locales, n° 69, décembre 1999, pp. 22-25, passim. Archives départementales des Ardennes, PERH97 9.

[3] « Le fait de fournir des chevaux à une unité militaire, à un haras, etc. pour augmenter leur nombre ou pour remplacer ceux qui ne peuvent plus servir ; l’ensemble de ces chevaux. Officier de remonte (anciennement). Le Service général de la remonte de l’armée française fut créé en 1831. Un cheval de remonte. La remonte de la Garde républicaine. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Plaque signalétique contemporaine indiquant l’emplacement de l'ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 3 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plaque signalétique contemporaine indiquant l’emplacement de l’ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 3 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Quant à l’armement, il est prélevé sur les magasins de l’Etat. La maréchaussée comprend toujours trente-quatre brigades, mais plus d’hommes, dont le nombre atteint deux cent deux[1].

Des réformes concernent la règlementation du service, et la discipline. En 1770, la compagnie de Champagne comprend quarante-quatre brigades, alors qu’il y en avait que trente-quatre en 1720[2].


[1] Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).

[2] Sur les effectifs de la compagnie de Champagne, Cf. Poncelet, Catherine, La maréchaussée en Champagne au XVIIIe siècle, mémoire de maîtrise, sous la direction de Yves-Marie Bercé, Reims : [s. n.], 1981, 120 p., ill. (graphiques, tables, cartes). Archives départementales des Ardennes, E/C 65.


Gendarmerie de France, auteur anonyme, 1779 : dessin à l’aquarelle et à l’encre représentant des militaires de la gendarmerie en uniforme, dans le cadre de la planche 4 de la série Uniformes militaires des troupes françaises sous Louis XVI ; œuvre conservée au musée de l'Armée ; numéros d’inventaire 10866 ; NF AR UNI, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.
Gendarmerie de France, auteur anonyme, 1779 : dessin à l’aquarelle et à l’encre représentant des militaires de la gendarmerie en uniforme, dans le cadre de la planche 4 de la série Uniformes militaires des troupes françaises sous Louis XVI ; œuvre conservée au musée de l’Armée ; numéros d’inventaire 10866 ; NF AR UNI, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.

En 1778, la militarisation de la maréchaussée se renforce, et l’esprit de corps[1] se développe. L’attitude attendue des membres de cette institution est plus précisément définie : il est nécessaire d’être de bonnes mœurs, d’adopter un comportement exemplaire, de faire preuve de tenue, d’honnêteté, et d’exactitude.

De plus, une attention particulière est portée à l’ivrognerie : la première remarque s’assortit d’un avertissement, la deuxième de la prison, la troisième d’un renvoi.


[1] Fressin, Thomas (commandant) ; Georges, Jonathan « Maillage territorial et état de la maréchaussée à la fin du XVIIIe siècle », in Les Notes du CREOGN [Centre de recherche de l’école des officiers de la gendarmerie nationale], n° 65, janvier 2022, 4 pages, consultables en ligne sur le site du CRGN [Centre de recherche de la gendarmerie nationale.]



Pistolet d’officier de maréchaussée, modèle 1770, manufacture de Charleville ; acier, fer, bois ; numéro d’inventaire 999.14.1. ; œuvre conservée au musée de l’Ardenne (Charleville-Mézières), notice descriptive consultable en ligne sur le portail MUSEAR – Les musées de Charleville‑Mézières.
Pistolet d’officier de maréchaussée, modèle 1770, manufacture de Charleville ; acier, fer, bois ; numéro d’inventaire 999.14.1. ; œuvre conservée au musée de l’Ardenne (Charleville-Mézières), notice descriptive consultable en ligne sur le portail MUSEAR – Les musées de Charleville‑Mézières.

Afin de contrôler les brigades, et leur bonne tenue, des revues sont organisées, durant lesquelles sont examinés les hommes, leurs uniformes, leurs montures, leurs armes, etc. En 1720, l’habillement, l’équipement et le harnachement de la maréchaussée était le suivant[1] :

  • un justaucorps[2] en drap « bleu-de-roi[3] », avec doublure et parements rouges ;
  • une aiguillette[4] de soie blanche[5] ;
  • un chapeau bordé d’un galon d’argent ;
  • une bandoulière de buffle[6] de quatre pouces et demi de large, bordé d’un galon d’argent ;
  • un ceinturon de buffle de deux pouces et demi de large, bordé d’un galon d’argent ;
  • un manteau bleu avec parements rouges ;
  • des bottines à bouche de cuivre ;
  • une veste de chamois[7] et une culotte de même en « drap de Sedan[8] » ;
  • des fourreaux de pistolets en drap bleu, avec un bordé et un galon de soie blanche.

Les chevaux sont alors caparaçonnés[9] avec des housses en drap bleu, avec un bordé et un galon de soie blanche. Ils doivent avoir la même taille que ceux des régiments de dragons.


[1] Tenaille-Champton, Histoire de la gendarmerie, depuis sa création jusqu’en 1790 ; accompagnée des tableaux de créations des maréchaussées à différentes époques. Paris : Anselin, 1829. XVI, 204 p. In-8. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-94733, consultable en ligne sur Gallica, page 121 et suivantes, vue 137/220 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-LF32-35.

[2] « Anciennement. Vêtement à manches et à basques, ajusté à la taille. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[3] Bleu roi.

[4] « Autrefois, cordon ferré aux deux extrémités, utilisé pour assurer la fermeture des vêtements ou comme simple ornement. Aujourd’hui. Cordon terminé par des ferrets qui sert d’ornement aux uniformes de certains militaires. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[5] Luc, Jean-Noël « Présentation. Du bon usage de l’histoire des représentations des gendarmes », in Sociétés & Représentations, n° 16, 2003/2, pp. 5-35, ici p. 6, Paris : éditions de la Sorbonne, (consultable en ligne sur Cairn.info).

[6] Faisant partie de la buffleterie, définie comme un « ensemble des bandes de buffle ou de cuir chamoisé, telles que baudrier, ceinturon, courroies et dragonnes, qui font partie de l’équipement militaire. La buffleterie blanche de la Garde républicaine, de la gendarmerie. », et, par extension, « Ensemble de tout équipement de cuir », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[7] « Spécialement. Peau de chamois, peau de cet animal ou, par extension, d’un autre animal, travaillée pour être rendue souple et moelleuse. Essuyer sa voiture avec une peau de chamois. Par métonymie. Culotte, gants, souliers de chamois. En apposition. Couleur chamois, d’un jaune clair. Une veste couleur chamois ou, elliptiquement, une veste chamois », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[8] « Sorte de drap fin qui se fabrique dans la ville de Sedan. Habit de sedan. Un beau sedan. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[9] Carapaçonner : « couvrir d’un caparaçon. Un cheval richement caparaçonné. Par extension. Péjoratif. Recouvrir entièrement. Il avait les pieds caparaçonnés dans d’épaisses chaussures. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


En 1756, les bottes molles remplacent les bottines, l’uniforme comprend désormais un surtout[1] bleu. Une cocarde noire est adoptée. Elle disparaît au profit du basin[2] blanc en 1769, année où la maréchaussée commence à porter des épaulettes, et où les cheveux doivent être attachés en queue, et maintenus par une rosette noire.


[1] « Vêtement large porté par-dessus les autres. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] « Étoffe dont la chaîne est de fil et la trame de coton. Basin uni. Un gilet, une robe de basin » ou « Étoffe damassée tissée de manière à présenter un effet de bandes longitudinales, utilisée notamment comme tissu d’ameublement. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Selon l’ordonnance du roi concernant la maréchaussée du 28 avril 1778, les culottes doivent être faites à pont-levis[1], et le portemanteau[2], être bleu, bordé d’un galon de fil blanc.


[1] « Terme de tailleur. Pont-levis, ou, plus ordinairement, pont, partie de la culotte ou du pantalon qui s’abaisse ou se lève à volonté. Pantalon à grand pont, à petit pont. », selon Littré, Émile, Dictionnaire de la langue française, Tome 3, Paris : Louis Hachette, 1873‑1874, 4 volumes, grand in-4. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-5460034 < Tome 3 >, consultable en ligne sur Gallica, page 1211, vue 1219/1408 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, FOL-X-124 (3).

[2] « Étui cylindrique en toile épaisse ou en cuir que les cavaliers attachent à leur selle, et qui peut contenir un manteau et quelques effets. Les portemanteaux, en usage dans l’armée jusqu’à la fin du XIXe siècle, sont aujourd’hui utilisés par les randonneurs à cheval. Désignait aussi autrefois une malle dans laquelle on rangeait ses vêtements. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Les soldes sont désormais payées régulièrement par trimestre, ce qui permet à chacun de s’équiper, de nourrir sa monture, de se loger. Il faut attendre les dernières années du règne de Louis XVI, pour que le logement soit fourni gratuitement par les habitants.


Les déplacements dans le rayon de la brigade donnent lieu à des décomptes de frais, comme c’est le cas pour la mission[1] dont sont chargés, le 16 août 1787, les sieurs Gillet et Crepin, respectivement brigadier et cavalier à Rethel.

Ils sont allés à Chaumont-Porcien pour prendre en charge, emmener, et constituer prisonnier, Jean Jacques Charron, accusé de mendier, et d’être sans domicile fixe, pour un coût de 15 livres pour le brigadier, et 12 pour le cavalier.


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 27 [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 25‑27 = exécutoires (1729-1790).



Registre des exécutoires de la maréchaussée de Reims (Marne). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Registre des exécutoires de la maréchaussée de Reims (Marne). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Il n’est plus question de recevoir des candidats qui ne sachent ni lire ni écrire, car toute arrestation ou information fait désormais l’objet d’un procès-verbal écrit.

Ce qui est plus important encore, c’est la multiplication des brigades, afin d’assurer un maillage plus serré, et de renforcer la surveillance. Sur tout le territoire, l’on passe au cours de ce siècle de quelque cinq cents brigades à huit cent quatre-vingts, ce qui accroît considérablement la sécurité des campagnes.


Extrait du registre des exécutoires de la maréchaussée de Reims (Marne), avec mention de la Romagne (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Extrait du registre des exécutoires de la maréchaussée de Reims (Marne), avec mention de la Romagne (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La maréchaussée, qui surveille les campagnes sous l’Ancien Régime, et les juridictions qui en dépendent, sont supprimées à la Révolution, par la loi du 16 février 1791, et remplacées par un nouveau corps : la gendarmerie nationale, qui va, comme son ancêtre, couvrir le territoire national, divisé en légions[1]. Chacune d’entre elles s’étend en principe sur le territoire de trois à quatre départements.


[1] Ou divisions.


Copie de l’acte de baptême de Jacques Taine. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Copie de l’acte de baptême de Jacques Taine. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dans cette nouvelle gendarmerie, l’on retrouve d’anciens membres de la maréchaussée, en raison du ralliement quasi-total de son personnel aux idées révolutionnaires, mais aussi d’ex-soldats porteurs d’un congé absolu[1], et munis surtout de leur précieux certificat de civisme[2].

Le plus souvent, les gendarmes sont natifs des communes avoisinant la brigade, ou issus du département. C’est en effet un atout pour la connaissance des lieux et des personnes.


[1] Dans le contexte militaire de l’Ancien Régime en France, un congé absolu désigne un laisser-passer permanent qui met fin définitivement au service actif d’un soldat ou d’un militaire, contrairement au simple congé temporaire.

[2] Document officiel instauré pendant la Révolution française, dans le contexte de la Terreur et de la guerre révolutionnaire. Il attestait qu’une personne était républicaine, fidèle à la Constitution du 24 juin 1793 et à la Nation, et qu’elle n’avait pas de comportement suspect ou contre-révolutionnaire.



Dessin du drapeau pour le corps des grenadiers de la Gendarmerie nationale, 4 octobre 1792, auteur anonyme, octobre 1792 : dessin à l’aquarelle et à l’encre noire sur papier vergé ; œuvre conservée au musée de l'Armée (Paris) ; numéro d’inventaire 04495.1586, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.
Dessin du drapeau pour le corps des grenadiers de la Gendarmerie nationale, 4 octobre 1792, auteur anonyme, octobre 1792 : dessin à l’aquarelle et à l’encre noire sur papier vergé ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéro d’inventaire 04495.1586, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.

Jusqu’à l’an V[1], la gendarmerie est subordonnée aux autorités administratives départementales, et ce, que ce soit pour le recrutement, l’organisation, le service, le logement et l’administration.

La tenue reste quasiment la même, à quelques différences près, liées au changement de régime : cocarde tricolore, grenade[2], à la place de la cocarde blanche et des fleurs de lys. Les boutons d’uniforme[3] portent la devise « Force à la loi ».


[1] Du 22 septembre 1796 au 21 septembre 1797.

[2] Ce symbole est devenu l’emblème de la gendarmerie.

[3] Fohrer (capitaine), « Launois-sur-Vence : une petite histoire de la gendarmerie départementale au temps de l’hôtel de la maréchaussée (1776-1851) », in Terres Ardennaises : revue d’histoire et de géographie locales, n° 69, décembre 1999, pp. 22-25, ici p.23. Archives départementales des Ardennes, PERH97 9.


Porche de l'ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 3 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Porche de l’ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 3 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La loi du 8 janvier 1792 stipule que, compte tenu des circonstances, des besoins indispensables du service nécessitent une augmentation provisoire des brigades. Chaque département doit avoir un minimum de quinze brigades, mais le nombre de celles-ci peut atteindre les vingt-et-une.


Tableau représentant un officier de la gendarmerie nationale, auteur anonyme, date inconnue ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.2007.02275, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.
Tableau représentant un officier de la gendarmerie nationale, auteur anonyme, date inconnue ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.2007.02275, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.

Les Ardennes, comme la Marne et l’Aisne, appartiennent alors à la 19edivision (ou légion), mais ces unités militaires changent de numérotation avec le temps, les régimes politiques, et le découpage du territoire.

Il s’y trouve deux capitaineries, en résidence à Mézières et Rethel, six lieutenances à Sedan[1], Grandpré[2], Carignan[3], Rocroi[4], Charleville[5], Attigny, et dix-huit brigades[6], soit huit officiers, dix-huit sous-officiers, et soixante-douze gendarmes.

Chaque canton ardennais est ainsi doté d’une brigade, qui peut être formée avec des surnuméraires, anciens de la maréchaussée qui y ont accompli un service actif, avant de suivre la formation de la gendarmerie nationale[7]. Ce déploiement peut s’expliquer par la situation de département frontière.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune déléguée française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est, qui a fusionné avec sa voisine Termes.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[6] Mézières ; Rethel ; Launoy ; Le Chesne ; Givet ; Philippeville ; Sedan ; Grandpré ; Carignan (anciennement Yvoi) ; Asfeld ; Rocquigny ; Rocroi ; Fumay ; Charleville ; Beaumont ; Vouziers ; Attigny et Buzancy.

[7] Loi relative à l’organisation de la gendarmerie nationale donnée à Paris le 29 avril 1792 an IV de la Liberté, article 7. [Nota bene : il s’agit de Liberté, et non de République, car l’on se réfère au début de la Révolution. En revanche, les dates après septembre 1792 sont notées An I de la République.] Archives départementales des Ardennes, L 1208 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1208 = gendarmerie, instructions, circulaires. 1791-An VII.]


Sabre d’officier de la gendarmerie à pied, France, 1793 : arme blanche réglementaire utilisée notamment par l’officier Bonnardel ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.1984.02249, note descriptive consultable en ligne sur la base de données Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.
Sabre d’officier de la gendarmerie à pied, France, 1793 : arme blanche réglementaire utilisée notamment par l’officier Bonnardel ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.1984.02249, note descriptive consultable en ligne sur la base de données Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.

Ces brigades, qu’elles soient à cheval ou à pied[1], sont établies dans tous les lieux disposant d’une administration, ou d’un tribunal de district, et sont localisées au chef-lieu du canton.

Le site précis où la gendarmerie est installée est choisi avec soin, car elle doit se trouver en un lieu de passage très fréquenté. S’il n’y a pas de grandes routes qui traversent la commune, elle s’organise autour de la place publique, afin que les gendarmes puissent à tout moment observer ce qui se passe, les voyageurs, etc.


[1] Ces dernières viennent d’être créées.


Porche et cour de l'ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 8 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Porche et cour de l’ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 8 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Plaque signalétique contemporaine indiquant l’emplacement de l’ancien logis du relais de poste à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 8 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plaque signalétique contemporaine indiquant l’emplacement de l’ancien logis du relais de poste à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 8 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.


A Launois, la gendarmerie intègre l’hôtel de la maréchaussée, bâti sous l’Ancien Régime, à proximité du relais de poste. Il convient de noter qu’au tout début de la jeune République, et pour des raisons de sécurité, des brigades provisoires sont établies dans divers lieux, comme à Wasigny, Margut[1], Neufmanil[2], Bouillon[3] et Maubert-Fontaine. Leur durée de vie est brève. Dès ses débuts, la brigade de Rocquigny[4] comprend, parmi ses effectifs :

Données extraites du Registre de la gendarmerie du département des Ardennes. Service historique de la Défense (Vincennes), fonds de l’armée de Terre, GR 28 YC 15 [série GR = Guerre et Armée de Terre ; sous-série GR YC = contrôles de la troupe ; section GR 28 YC = Gendarmerie (1792-1814).]

[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Commune francophone de Belgique, située actuellement en région wallonne, en Ardenne belge, dans la province de Luxembourg.

[4] Registre de la gendarmerie du département des Ardennes. Service historique de la Défense (Vincennes), fonds de l’armée de Terre, GR 28 YC 15 [série GR = Guerre et Armée de Terre ; sous-série GR YC = contrôles de la troupe ; section GR 28 YC = Gendarmerie (1792-1814).]


Certificat de civisme de Jacques Taine et antériorité des services. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Certificat de civisme de Jacques Taine et antériorité des services. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Quelques dossiers, ou annotations concernant ces gendarmes[1], subsistent, ce qui permet de mieux en connaître certains, et, parfois, de prendre connaissance de l’avis de leur hiérarchie, par exemple :

  • Jean Baptiste Belhommet, trente ans, mesurant cinq pieds six pouces[2], né à Montgon[3], district de Vouziers[4]. A servi dans le régiment de Flandres comme chasseur à cheval, jusqu’au 6 novembre 1788.
  • Louis Bauduin (ou Baudoin), trente ans, mesurant cinq pieds six pouces, et donc de taille réglementaire. Né à Signy-l’Abbaye, district de Charleville, il a servi dans le 72e régiment d’infanterie, du 31 août 1783 au 31 août 1791.
  • Ambroise (dit aussi Thomas François) Demacon, né à Librebois (nom républicain de Saint-Jean-aux-Bois[5]). Son certificat de civisme atteste qu’il est un républicain convaincu : « Il a montré un patriotisme parfait », selon les édiles municipaux.
  • Nicolas le Borgne, de Rubigny[6], où il a été capitaine de la garde nationale, après avoir servi plus d’une dizaine d’années dans le régiment de Bourgogne, puis trois ans dans le Royal-Champagne. Il est recommandé à l’administration par le brigadier La Ramée. Un autre document indique un autre soutien, cette fois-ci au citoyen Demacon.
  • Gérard Martin Marguet, trente-neuf ans, mesurant cinq pieds six pouces. Il est né à Romance[7], district de Rethel. Il fait partie des troupes provinciales de la généralité de Châlons de janvier 1772 au 1er mai 1787.
  • Jean-Baptiste Princiaux, vingt-sept ans, mesurant cinq pieds six pouces. Né à Corny-la-Ville[8], district de Rethel, il sert dans le régiment de La Fère[9] du 16 avril 1782 au 16 avril 1790, dont cinq ans comme grenadier. A sa sortie du régiment, et avant de s’engager comme gendarme, il exerce le métier de tisserand. A trente ans, il passe de la brigade de Rocquigny à celle de Rethel. Il a « du civisme et de la conduite », et il sait écrire. Selon son supérieur, il n’a pas encore toutes les capacités pour le poste qu’il occupe, mais il est de ceux qui peuvent les acquérir. Sa monture, un cheval de quatre ans, présente une robe de couleur bai-brun[10].
  • Jacques Taine, originaire de Rethel. Il est recruté pour remplacer Jean Baptiste Princiaux, qui change de brigade. Il intègre la garde nationale, à partir du 14 juillet 1791, et y reste jusqu’à la formation du 3e régiment de volontaires, dans lequel il est sergent-major. Son certificat de civisme est élogieux : « Il a montré le plus grand zèle pour la défense de la chose publique. » Il est recruté le 16 octobre 1792.

[1] Archives départementales des Ardennes, L 1210 et L1212 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1210 = gendarmerie, recrutement. 1791-An VII et cote L 1212 = gendarmerie, personnel, 1790-An VII.]

[2] Taille minimale requise pour être gendarme.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[6] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[7] Acy-Romance, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[8] Corny-Machéroménil, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[9] Commune française située actuellement dans le département de l’Aisne, en région Hauts-de-France.

[10] « Hippologie. Se dit d’un cheval présentant une robe noire agrémentée de zones rousses ou fauves situées autour des naseaux, sur les flancs, les grassets, les coudes, le ventre, les ars et à l’intérieur des cuisses. », selon le dictionnaire de lalanguefrancaise.com.


Nomination d’Ambroise Demacon à la brigade de Rocquigny (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Nomination d’Ambroise Demacon à la brigade de Rocquigny (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

L’administration cantonale doit fournir à chaque gendarme un logement dans la caserne de la brigade, située au chef-lieu de canton, Rocquigny à cette époque.

C’est au 1er février 1792, le lieutenant Jean Baptiste Payot[1], en résidence à la gendarmerie d’Asfeld, se rend sur ordre du capitaine à Rocquigny, qui vient d’être désigné comme lieu d’installation d’une brigade.

Après l’inspection des lieux proposés, il fait part au maire et aux officiers municipaux de l’impossibilité de loger tous les gendarmes, et leurs familles, dans un lieu propre à n’accueillir que le brigadier.


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1213, feuillet 31 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213, feuillet = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]


Plan de la maison de Rocquigny (Ardennes) demandé par le lieutenant Jean Baptiste Payot. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan de la maison de Rocquigny (Ardennes) demandé par le lieutenant Jean Baptiste Payot. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les édiles proposent alors deux maisons qui pourraient convenir, car situées sur la place du village. Le lieutenant les invite à se réunir, et à faire un plan de l’une d’entre elles. Couverte en chaume, elle comprend un rez-de-chaussée, et un grenier au-dessus, auquel l’on accède par un escalier très incommode (car situé dans l’écurie).

Cette maison est divisée en une cuisine de dix-huit pieds de long sur seize de large, une chambre, et un cabinet. Une grange est attenante à la cuisine. Cette habitation est élevée d’environ six pieds au-dessus d’une rue étroite.

Un terrain, d’environ quatre verges, peut servir de cour et le jardin : quelques arbres fruitiers y poussent. Il peut être agrandi, car les terres adjacentes appartiennent au même propriétaire.


La municipalité n’a parfois pas d’autre choix que de louer des maisons et des chambres, transformées en bureaux et logements[1], par un bail de trois, six, neuf ans, à Nicolas Gouverneur, laboureur, Pierre Foucault, laboureur, et Jean-Baptiste Bocquet.


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1209 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1209 = gendarmerie, organisation, casernements (1790- An VIII).]


Un acte notarié, passé le 22 avril 1792 devant maître Jean Baptiste Deligny, notaire à Rocquigny, en témoigne. Nicolas Gouverneur propose, pour 80 livres par an, et dans la grand-rue, une maison avec jardin, attribuée au brigadier.

Pierre Foucault, lui, loue deux chambres basses, au rez-de-chaussée, tenant à son habitation, avec le logement des chevaux, et l’aménagement d’emplacements pour leurs vivres.

Jean-Baptiste Bocquet propose deux chambres, dont l’une se situe au rez-de-chaussée, avec un cabinet ouvrant au nord. La chambre du dessus est assortie de greniers, et d’une écurie au fond de la cour, le tout pour 300 livres annuelles. Deux gendarmes y trouvent place.

Quant à ceux qui ne peuvent être logés, ils perçoivent une indemnité compensatoire, et habitent dans d’autres communes faisant partie du canton : c’est ainsi que l’un d’eux habite quelque temps à La Romagne, et un autre à Montmeillant.


Un autre exemple de cette difficulté à loger les gendarmes concerne, une fois encore, la mairie de Rocquigny, comme le révèle un document daté du deuxième jour[1] supplémentaire de l’an IV[2].

A ce moment-là, la commune ne dispose pas de bâtiments, si ce n’est le presbytère, qui est offert à un gendarme. Or, cette maison est occupée par le citoyen Bernard, curé de la paroisse.

La municipalité décide alors d’informer ce citoyen particulier qu’il est tenu d’évacuer le lieu dans les deux jours qui suivent la notification de la décision[3].


[1] Le calendrier républicain français, instauré pendant la Révolution (à partir de 1793), remplace la semaine par des décades de dix jours. Chaque mois compte trois décades, soit trente jours, et l’année est composée de douze mois, totalisant trois cent soixante jours. Pour compléter l’année solaire (environ trois cent soixante-cinq jours et un quart), l’on ajoute cinq jours supplémentaires (ou six les années bissextiles). Ces jours, d’abord appelés sans-culottides, sont ensuite nommés jours complémentaires. Chacun de ces jours revêt une signification particulière. Le deuxième jour (duodi) est ainsi appelé le jour du génie.

[2] Soit le 18 septembre 1796.

[3] Archives départementales des Ardennes, L 1336 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales ; cotes L 1336-1337 = canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819.]



Recommandation pour le citoyen Le Borgne par le brigadier La Ramée. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Recommandation pour le citoyen Le Borgne par le brigadier La Ramée. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Il se plie à cette contrainte, sans s’y opposer dans un premier temps. Il trouve refuge auprès d’une âme charitable, qui l’héberge durant de nombreux mois : il n’a aucun autre lieu où s’installer.

Cette expulsion, conduite un peu trop rapidement, et apparemment sans protestation initiale de la part de l’expulsé, donne lieu par la suite à des réclamations du citoyen Bernard, à partir de l’an VI[1], pour plusieurs raisons.

Il rappelle que la maison, avec son écurie, son jardin, son grenier, et sa cour, est occupée depuis le 29 vendémiaire de l’an V[2] par les citoyens La Ramée et Taine, exceptés un local et le bûcher, qui sont destinés à l’administration, et à la tenue de séances (ou réunions).


[1] Du 22 septembre 1797 au 21 septembre 1798.

[2] Le 20 octobre 1796.


Confirmation de son intégration dans la brigade de Rocquigny (Ardennes) par Jacques Taine. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Confirmation de son intégration dans la brigade de Rocquigny (Ardennes) par Jacques Taine. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Or, ce que l’administration communale ignorait, ou a feint d’ignorer, lors de la réquisition, c’est que le citoyen curé Bernard s’était porté acquéreur de la maison curiale, et de ses dépendances, et qu’il en était propriétaire, suivant la loi, depuis le 9 messidor de l’an IV[1].


[1] Le 27 juin 1796.


En outre, il demande des réparations, pour certaines parties de sa propriété, après la constatation, par deux experts[1], des dégradations importantes concernant l’écurie[2], les portes de la cour, le clos et les palissades.


[1] Ce sont des charpentiers, l’un de Libre-Bois (nom républicain de Saint-Jean-aux-Bois), l’autre de Rocquigny.

[2] Qui menace de s’écrouler.


Le 21 floréal an VI[1], il demande à être indemnisé pour la location des lieux de vie, occupés par les citoyens gendarmes : jusqu’à ce jour, le montant du loyer n’a jamais été fixé, et aucun paiement ne lui a donc été versé.

Incapable dans ces conditions de s’acquitter de ses impôts, le citoyen se trouve dans une situation délicate, et ce, d’autant plus qu’il doit solder en entier son acquisition de sa maison de curé.


[1] Le 10 mai 1798.


Façade du bâtiment de la gendarmerie nationale de Château-Porcien (Ardennes), carte postale ancienne en noir et blanc avec au verso un cachet de la poste du 29 juillet 1928 (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).
Façade du bâtiment de la gendarmerie nationale de Château-Porcien (Ardennes), carte postale ancienne en noir et blanc avec au verso un cachet de la poste du 29 juillet 1928 (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).

La solution à ce conflit se trouve dans la décision prise en thermidor de l’an VI[1] par le chef du 31e escadron de gendarmerie, en résidence à Mézières : il est convaincu que la brigade de Rocquigny ne dispose pas de l’emplacement suffisant pour un établissement définitif, et donne un avis favorable pour son déplacement à Château-Porcien.

Et c’est bel et bien ce qui se passe quelques années plus tard : la brigade de Rocquigny est transférée à Château-Porcien, à partir de vendémiaire an VI[2]. Par la suite, elle est supprimée, et remplacée par celle de Chaumont-Porcien, conformément au nouveau découpage en cantons du département.


[1] Du 19 juillet au 17 août 1798.

[2] Du 22 septembre au 21 octobre 1797.


Façade du bâtiment de la gendarmerie nationale de Chaumont-Porcien (Ardennes), carte postale ancienne en noir et blanc avec un cachet de la poste au verso du 21 septembre 1930 (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).
Façade du bâtiment de la gendarmerie nationale de Chaumont-Porcien (Ardennes), carte postale ancienne en noir et blanc avec un cachet de la poste au verso du 21 septembre 1930 (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).

Au-delà de l’aspect strictement réglementaire, l’administration municipale de Château-Porcien n’a pas manqué de mettre en avant ses atouts[1] :

  • des emplacements commodes pour loger une brigade (deux maisons, dites des garçons et des filles) ;
  • un remaniement des espaces avec des cloisons, pour créer des places nouvelles
  • L’engagement que les travaux (enduit, blanchiment des murs, etc.) seront finis en vendémiaire an VII[2].
  • une population importante (quatre cents feux, soit deux mille habitants) ;
  • un sol qui peut fournir des vivres pour les hommes et les chevaux.
  • la position favorable du village, qui rapproche les gendarmes de la brigade de Rethel, et leur donne une place au centre des cantons d’Asfeld[3], Sévigny[4], Rocquigny, Wasigny, tout en permettant la surveillance des foires et des marchés.

[1] Archives départementales des Ardennes, L 1213, feuillet 39 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213 = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]

[2] Entre le 22 septembre et le 21 octobre 1798.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Dès que ce choix est entériné, les logements sont préparés pour accueillir la brigade, mais celle-ci se montre récalcitrante, prétextant tout d’abord qu’elle n’a pas reçu l’ordre du ministre de la Guerre, puis qu’elle ne compte de toute façon pas se déplacer en hiver.

Le citoyen Bernard, qui avait placé tous ses espoirs dans ce départ, craint de ne plus pouvoir réintégrer sa maison, et fait appel encore une fois à l’administration municipale de Rocquigny, pour que le départ de la brigade se fasse dans les plus brefs délais.

Cette dernière reconnaît les droits de ce citoyen[1]. Elle propose que, dans l’attente que les gendarmes quittent les logements, il doit rentrer en jouissance de la partie qui ne peut être occupée par la gendarmerie. Il a donc fallu plusieurs années à ce citoyen, soucieux de respecter la loi, pour recouvrir son bien.


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1213, feuillet 36 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213 = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]


Dans d’autres cas, si aucun accord ne peut s’établir entre les habitants et la municipalité, celle-ci doit réquisitionner des locaux. Cela donne parfois lieu à quelque scène cocasse, comme à Wasigny, où le citoyen Hachon refuse catégoriquement, malgré l’ordre de la mairie, de loger un gendarme.

Par conséquent, cet habitant s’enferme chez lui, laissant, sur la place du village, un homme affligé, avec la voiture qui transporte son mobilier. Le soir venant, et la situation étant toujours bloquée, ce dernier n’a d’autre solution que de trouver refuge à l’auberge[1]. Le document s’arrêtant à ce point, et appartenant à une liasse incomplète, il revient au lecteur d’imaginer la suite de cet incident…


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1207 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1207 = levée de volontaires nationaux (1791- An III).]


L’administration passe des contrats de fourniture, le plus souvent avec des cultivateurs de la localité, ce qui apporte à ces derniers des bénéfices substantiels. En plus du logement, elle se doit en effet d’assurer l’approvisionnement quotidien des brigades :

  • une livre et demie de pain ;
  • une demi-livre de viande ;
  • une once de lait
  • un pot de cidre ;
  • six centièmes d’une corde de bois[1] en hiver, et un douzième de centième en été ;
  • des fourrages (paille, deux boisseaux d’avoine, et divers végétaux par animal[2]).

[1] « Anciennement. Quantité déterminée de bois de chauffage qu’on mesurait avec une corde. À Paris, la corde de bois équivalait à 3,8 stères. Bois de corde, vendu à la corde et non par fagot. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Archives départementales des Ardennes, L 1208 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1208 = gendarmerie, instructions, circulaires. 1791-An VII.]


Il est possible de suivre les dépenses de cette brigade lors d’une tournée pour retrouver des réfractaires, effectuée du 30 messidor an VII au 9 thermidor suivant[1].


[1] Soit du 18 au 27 juillet 1799.


Données extraites des archives départementales des Ardennes, L 1337 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales ; cotes L 1336-1337 = canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819.] [Nota bene : seule une partie des fournisseurs est indiquée à titre d’exemple).]

Le montant total s’élève à 1082,92 francs. Ces longues tournées entraînent des frais importants, qui pèsent sur les parents solvables qui, dans ce cas, doivent participer pour la somme de 34,50 francs, tandis que les insolvables s’acquittent d’une somme moindre, complétée par la contribution de la commune. La fourniture de la subsistance des gendarmes, et de leurs chevaux, peut être l’objet d’adjudications[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1336 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales ; cotes L 1336-1337 = canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819.]


Certificat de la perte de sa monture à Rocquigny (Ardennes) par le brigadier La Ramée. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Certificat de la perte de sa monture à Rocquigny (Ardennes) par le brigadier La Ramée. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La période de 1792 à 1795 est particulièrement difficile, en raison des événements intérieurs et extérieurs, au point que les gendarmes se trouvent assez souvent dans un certain état de misère : Ils ne parviennent pas toujours à obtenir les rations nécessaires, ni pour leurs montures, ni pour eux-mêmes.


C’est probablement en partie pour cette raison que quelques habitants de Vaux-lès-Rubigny se battent avec les gendarmes de la brigade de Rocquigny, qui attendent leur ravitaillement depuis quelques jours. Même si n’est certainement pas la seule explication qui vaille.

Au départ, le citoyen Mezeau, cultivateur dans la commune ci-dessus dénommée, avait été réquisitionné par l’agent municipal, pour aller aux magasins militaires de Rethel, afin d’y charger les rations nécessaires à la brigade.


Or comme, quelques jours plus tard, cette mission n’est toujours pas accomplie, l’agent municipal décide de faire loger, et nourrir, quelques gendarmes de la brigade de Rocquigny chez cet habitant récalcitrant, et ce, jusqu’à ce que le voiturage soit effectué.

Ce cultivateur refuse toujours d’obtempérer. Il ne reste plus à l’agent municipal d’autre solution que d’emmener les gendarmes à l’auberge, de recommander à l’aubergiste de bien les traiter, et de leur offrir à boire et à manger.

La boisson est-elle trop généreusement versée, ou les esprits se sont-ils échauffés ? C’est ce que l’on peut penser, pour expliquer les événements qui suivent. Alors qu’il est vingt-deux heures, les gendarmes sont invités à quitter l’auberge, mais il n’est pas question de rentrer à Rocquigny après cet échec. Ils se dirigent donc vers la maison de Mezeau, pour y dormir coûte que coûte.


Certificat de civisme d’Ambroise Demacon. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Certificat de civisme d’Ambroise Demacon. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Mais celui-ci n’a pas changé d’avis, et il ne veut toujours pas les recevoir. Selon les dires des gendarmes, il se met à les injurier. Une bagarre s’ensuit, à laquelle se mêlent quelques voisins et parents. L’agitation est à son comble, lorsque les gendarmes prennent fait et cause pour l’un des leurs (Ambroise Demacon), qui vient d’être blessé à coups de fourche et de faux.

Il semble que les protagonistes aient rendu coup pour coup. Le lendemain, deux officiers de santé (Louis-Lambert Marache, de Rocquigny, et Nicolas Joseph Douce, de Rozoy-sur-Serre) examinent Mezeau et Ambroise Demacon. Ils dressent la liste des blessures et ecchymoses, qui nécessitent pour l’un et l’autre plusieurs semaines de convalescence.


L’affaire est grave : à la suite de l’enquête de Montain Macquart, juge de paix du canton, trois des gendarmes sont arrêtés par deux de leurs collègues, puis incarcérés à Rethel, avant d’être poursuivis pour violences, et « maltraitements[1] » avec effusion de sang.

Après le jugement rendu par le tribunal correctionnel, ces trois hommes réintègrent leur brigade, ce qui en dit long sur ces périodes troublées[2], la violence ambiante, et la qualité relative du recrutement.


[1] « Action de maltraiter, mauvais traitement. » selon Littré, Émile, Dictionnaire de la langue française, Tome 3, Paris : Louis Hachette, 1873‑1874, 4 volumes, grand in-4. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-5460034 < Tome 3 >, consultable en ligne sur Gallica, page 412, vue 420/1408 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, FOL-X-124 (3).

[2] Archives départementales des Ardennes, 7 L 1-154 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles 1 L 1-75 à 79 L 1-4 = archives judiciaires, cotes 7 L 1-154 = tribunal correctionnel de Rethel. An III-1806.]


Plaque d’uniforme de gendarme, auteur anonyme, 1795 : plaquette (médaille) ; œuvre conservée au musée Carnavalet (Paris) ; numéro d’inventaire ND2408, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.
Plaque d’uniforme de gendarme, auteur anonyme, 1795 : plaquette (médaille) ; œuvre conservée au musée Carnavalet (Paris) ; numéro d’inventaire ND2408, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.

Cette brigade intervient, un dimanche, contre Pierre Linsart, un cultivateur âgé de trente-deux ans, lors d’une danse publique dans la commune voisine de Maranwez.

Le prévenu est en état d’ébriété, et profère injures et outrages envers la gendarmerie nationale, traitant les gendarmes de « flambeaux de guillotine », ce dont il ne se souvient pas lorsqu’il est interrogé.

Néanmoins, il est conduit et enfermé à la maison d’arrêt de Charleville, d’où il est extrait le 25 prairial An VII[1], pour être jugé par le juge du canton de Signy-Librecy[2], qui le condamne à trois jours de prison, plus l’équivalent de trois jours de travail en argent[3].


[1] 13 juin 1799.

[2] Dénomination de la commune de Signy-l’Abbaye durant la Convention.

[3] Archives départementales des Ardennes, 4 L 281 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles 1 L 1-75 à 79 L 1-4 = archives judiciaires ; cotes 4 L 1-303 = tribunal correctionnel de Charleville. An III-an X.]


Compte tenu de l’époque, les tâches des gendarmes sont multiples. En dehors des affaires de vols, et de coups et blessures, ils ont pour mission d’amener un justiciable devant le juge de paix, comme ils le font avec Jacques Lantenois[1], un manouvrier de Montmeillant. C’est une affaire peu banale qui anime la commune ce jour-là.


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1213 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213 = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]


Une procédure ouverte le 2 prairial an IV[1] oppose une habitante de Rocquigny à un gendarme de la brigade, pour mauvais traitements exercés par ce dernier.

Le gendarme n’est autre que Jacques Taine, et les témoins de cet incident sur la place du village sont une petite dizaine, dont Pierre Foucault, laboureur, Pierre Dautreque, Catherine Gosset, Suzanne Foucault, etc.


[1] 21 mai 1796.


Tout commence, vers les dix heures du matin, par une querelle entre la femme Poncelet, et la femme du gendarme. Elles s’empoignent par les cheveux.

Un témoin raconte alors qu’un homme, en uniforme de gendarme, et armé d’un bâton ou d’un sabre, s’est mis à frapper une des femmes à terre, et affirme avoir reconnu la femme Poncelet, et ajoute qu’elle était blessée à la tête.

Un deuxième témoin confirme que la victime était couverte de sang. Selon un autre encore, le gendarme aurait pris sa femme par le bras, et l’aurait reconduite chez eux.


Le citoyen Louis Lambert Marache, officier de santé demeurant à Rocquigny, est mandaté par le juge de paix, Montain Macquart, pour examiner les blessures de la femme du citoyen Poncelet, le menuisier du village.

Il observe que, dans la partie supérieure et externe de l’os frontal, se trouve une plaie allant jusqu’au crâne. Il note également des contusions au visage, notamment sur les deux pommettes.

Les deux femmes comparaissent, par la suite, devant le juge de paix mais, par manque de documents, le contenu de la décision du tribunal n’est pas connu, ni les poursuites et les décisions prises à l’encontre du gendarme par sa hiérarchie[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, 7 L 90, pièces 11 et 12 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles 1L 1-7 5 à 79 L 1-4 = archives judiciaires, cotes 7 L 1-154 = tribunal correctionnel de Rethel. An III-1806.]


Une mission, assez semblable, est celle de la recherche de conscrits déserteurs. L’une d’elles les entraîne à Mainbressy, Rubigny, Wadimont, Saint-Jean-aux-Bois, Mainbresson, Vaux-lès-Rubigny et La Hardoye. Pour cela, les gendarmes de plusieurs brigades se regroupent, pour pouvoir aller perquisitionner sans crainte.


Ils le font lors des recherches entreprises, tant au Souberteau[1], pour retrouver un volontaire du 3e bataillon du Loiret[2], qu’à Chaumont-Porcien, pour enquêter sur le meunier du moulin à vent, soupçonné d’abriter des jeunes gens de Rocquigny et d’autres villages. L’information ne semble pas très fiable, car une seule arrestation a lieu.


[1] Ecart de Saint-Jean-aux-Bois.

[2] Archives départementales des Ardennes, L 1213 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213 = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]


Néanmoins, ce déploiement a une certaine répercussion sur la population, puisque six familles de conscrits se présentent spontanément aux gendarmes, pour promettre que leurs garçons se rendront dès le lendemain à Mézières. Cette opération a nécessité l’intervention de quatre brigades : Rethel, Château-Porcien, Rocquigny et Launois[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1209 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1209 = gendarmerie, organisation, casernements (1790- An VIII).]


Une autre affaire concerne les Fondys (commune de Givron[1]). Les gendarmes s’y rendent pour arrêter deux habitants, soupçonnés d’être les auteurs de l’assassinat de Jean-Baptiste Créqui, et de sa femme Marie-Anne Pagnier[2], commis dans la nuit du 7 au 8 fructidor an IX[3].


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Procès-verbal de gendarmerie relatif à Pierre et Jean Cherry de Givron, recherchés pour meurtre, et Jacques Cherry, réquisitionnaire (an IX). Archives départementales des Ardennes, 1 J 86, [série J = documents entrés par voies extraordinaires : dons, legs, achats, dépôts ; sous-série 1 J = pièces et dossiers isolés, petits fonds (série ouverte) ; cote 1 J 86 = documents relatifs au Rethélois (don de M. Lefranc, janvier 1951, entrées 163 et 164) ; documents n° 2 = pièces de procédure et divers.]

[3] Du 25 août au 26 août 1801.



Premier feuillet du compte rendu d’une tournée à la recherche de soldats réquisitionnaires ou conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Premier feuillet du compte rendu d’une tournée à la recherche de soldats réquisitionnaires ou conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A cette occasion, ils tombent fortuitement sur un réquisitionnaire, qui n’est pas en règle pour ses papiers militaires. Quoique porteur d’attestations de maladie et d’infirmités, il n’a pas son certificat de congé définitif. Il est arrêté et conduit, de brigade en brigade, jusqu’à Mézières.


Second feuillet du compte rendu d’une tournée à la recherche de soldats réquisitionnaires ou conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Second feuillet du compte rendu d’une tournée à la recherche de soldats réquisitionnaires ou conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Une autre fois, les gendarmes de Rocquigny, qui sont désormais en résidence à Château-Porcien, se rendent à La Verrerie (hameau de Rocquigny) au domicile de Bertauld (mais parfois appelé Bertrand) Baudrillart, au sujet de son fils Antoine[1].

Ils fouillent la maison, et finissent par le découvrir dans un grenier, caché sous un tas de linge sale. Le père explique alors au brigadier La Ramée que son fils n’est pas réquisitionnaire, mais conscrit, et qu’il est revenu à cause de ses pieds gelés par l’effet d’un hiver rigoureux.

Et il ajoute que ce dernier est revenu chez ses parents pour se procurer un peu d’argent, et pouvoir acheter des habits pour se couvrir. Or, il n’a plus rien. Antoine est arrêté et conduit, tout d’abord à la prison de Rethel, avant de rejoindre celle de Mézières.


[1] Procès Bertaud Baudrillart de Rocquigny, recélant son fils conscrit (an VII). Archives départementales des Ardennes, 1 J 86 [série J = documents entrés par voies extraordinaires : dons, legs, achats, dépôts ; sous-série 1 J = pièces et dossiers isolés, petits fonds (série ouverte) ; cote 1 J 86 = documents relatifs au Rethélois (don de M. Lefranc, janvier 1951, entrées 163 et 164) ; documents n° 2 = pièces de procédure et divers.]


Procès-verbaux de recherche de réquisitionnaires et de conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. [Nota bene : le papier est rongé par l’encre ferrogallique.]
Procès-verbaux de recherche de réquisitionnaires et de conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. [Nota bene : le papier est rongé par l’encre ferrogallique.]

A cet égard, en dehors de la brigade de gendarmerie, chaque canton se doit d’avoir sa prison municipale située, si cela est possible, dans des bâtiments communaux. Ainsi, l’administration de l’époque a estimé que, dans l’une des tours de l’église de Rocquigny, il y avait lieu d’y faire une prison assez convenable[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1336 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales ; cotes L 1336-1337 = canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819.]


De 1791 à 1799, la gendarmerie manque de moyens, et de personnel, pour pouvoir faire face aux désordres intérieurs (générés par les changements de régimes), et les guerres extérieures.

C’est avec le coup d’Etat du 18 et 19 brumaire an VIII[1] que Bonaparte, désormais Premier Consul, prend des mesures pour renforcer cette institution, et assurer une plus grande sécurité intérieure.

Lors de la réforme du découpage du département des Ardennes en cantons, et de la suppression de celui de Rocquigny, la brigade de Château-Porcien subsistera. Cependant, Chaumont-Porcien, nouveau chef-lieu de canton, sera à terme doté d’une brigade chargée de couvrir les villages de son ressort.


[1] Samedi 9 et dimanche 10 novembre 1799.


La longue et lente évolution, de la maréchaussée à la gendarmerie nationale, illustre la volonté constante de l’État de maintenir l’ordre dans des campagnes souvent isolées, et des territoires fragiles, confrontés à la délinquance, aux conscrits récalcitrants et aux troubles sociaux.

De la surveillance des gens de guerre, à partir de François Ier, à la gendarmerie républicaine, chaque réforme a cherché à concilier discipline militaire, efficacité de la surveillance, et connaissance du terrain, tout en adaptant les effectifs, les équipements et les uniformes aux exigences du service.


Malgré les crises révolutionnaires, et les contraintes financières, la gendarmerie a su s’ancrer dans le tissu communal, assurant à la fois la sécurité des individus et la continuité de l’autorité publique, préparant ainsi le modèle moderne de la gendarmerie nationale.


Façade principale du musée de la Gendarmerie (Melun), et grenade. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Façade principale du musée de la Gendarmerie (Melun), et grenade. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

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La Seconde Guerre mondiale (1939-1945) à La Romagne


Ordre de mobilisation générale de la Seconde Guerre mondiale, daté du samedi 2 septembre 1939.
Ordre de mobilisation générale de la Seconde Guerre mondiale, daté du samedi 2 septembre 1939.

Dès les premiers jours suivant la mobilisation et la déclaration de guerre le 3 septembre 1939, diverses troupes françaises se trouvent cantonnées, soit à La Romagne, soit dans les villages environnants, comme au hameau Les Duizettes[1].


[1] Commune de Rocquigny.


Campagne de mai et juin 1940 de la 3e brigade de spahis, avec l'aimable autorisation du colonel (er) Thierry Moné.
Campagne de mai et juin 1940 de la 3e brigade de spahis, carte en couleurs (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Thierry Moné, officier de l’arme blindée qui a commandé le 1e régiment de spahis de 1997 à 1999).

Les soldats sont chargés de surveiller l’arrivée de parachutistes et de bloquer l’accès des Hauts Sarts et de la Verrerie aux blindés. Fin octobre, les spahis de la 3e brigade[1]  (formée à partir des 2e RSA[2] et RSM[3]) rejoignent Novion-Porcien et stationnent pour une partie d’entre eux à La Romagne.


[1] Moné, Thierry (colonel en retraite), Les Spahis de La Horgne : la 3e brigade de Spahis dans les combats de mai et juin, Valence : la Gandoura & CRCL [Calot rouge et croix de Lorraine], amicale des spahis du 1er Marocains, 2010, 205 p., pages 9 et 16 [exemplaire personnel n° 290 sur 400].

[2] Régiment de spahis algériens.

[3] Régiment de spahis marocains.


Un Romanais qui a vécu cette époque s’en souvient :

« Leurs uniformes rutilants et leurs chevaux barbes[1] font grande impression sur les habitants. »
[1] Cheval de selle de race orientale.

Témoignage écrit de monsieur Pierre Malherbe †.

Une anecdote l’a marqué particulièrement lorsqu’il était un tout jeune homme :

« Un beau matin, tout contre la porte de la cave d’Henri Mauroy, nous avons vu des spahis qui s’affairaient auprès d’un cheval mort. Ils ont commencé par le dépouiller puis ont étendu la peau sur des perches avant de débiter des morceaux de viande. C’était vraiment un spectacle insolite pour nous. »

Témoignage écrit de monsieur Pierre Malherbe †.

Ces spahis quittent le village pour être d’abord cantonnés dans les forêts avoisinantes, avant d’être dirigés sur Monthermé, puis de prendre part le 15 mai 1940 aux combats de La Horgne.


Le village voit passer encore bien d’autres troupes, en particulier le 31e d’artillerie venant de Saint-Brieuc (Bretagne) [1]. Se succèdent encore le 9e génie, le 10e d’artillerie et enfin le 18e (qui s’y repose et peut soigner ses chevaux blessés)[2].


[1] Deux cents hommes stationnent à la ferme de la Bouloi avant de monter sur la Belgique.

[2] Témoignage oral de monsieur Louis Devie (Logny-lès-Chaumont).


Certaines de ces troupes construisent des baraquements en bordure de la gare de Draize – La Romagne, où l’un de ceux-ci sert de buvette et a pour enseigne « Au pou qui tète »[1], tandis qu’à proximité s’entasse de la ferraille de récupération. D’autres creusent une tranchée-abri sur la place.


[1] Témoignage écrit de monsieur Pierre Malherbe †.


Bien avant le début du conflit, en raison des nombreuses occupations subies par les Ardennes au cours des siècles précédents, la préfecture, forte d’exemples encore dans toutes les mémoires, prend des dispositions dès les années 1930 pour organiser le départ des populations du nord du département.

Des trajets sont tracés, pour que le déplacement éventuel puisse se passer dans les meilleures conditions possibles, en passant par le sud des Ardennes. Les villages de Draize et de La Romagne sont prévus pour accueillir provisoirement une partie de la population de Charleville, qui pourrait ensuite être acheminée vers des zones de repli.


En mai 1940, lors de l’offensive sur l’Aisne, le village, où se trouvent ce jour-là des évacués de la Meuse, est bombardé : une torpille aérienne (projectile de gros calibre) et des bombes causent certes de sérieux dégâts matériels, en particulier sur l’église. Elles concernent surtout des pertes humaines, civiles et militaires : Aimé Vuillemet (le garde champêtre qui annonce l’ordre d’évacuation) et Marthe Mauroy sont tués sur le coup. C’est aussi le cas d’un soldat français du nom de Laurent Stéphane Marie Marchand[1]. Deux autres périssent quant à eux aux abords de la Draize, où ils sont enterrés sur place avant de l’être dans le cimetière paroissial.


[1] Service historique de la Défense, site de Caen, AC 21 P 81257, [série AC = victimes des conflits contemporains, sous-série AC 21 P = MPDR (ministère des Prisonniers, déportés et réfugiés) puis MACVG (ministère des Anciens combattants et victimes de guerre), dossiers individuels].


Le sort s’acharne, ce jour-là, sur la famille d’Aimé Vuillemet : son fils Paul est atteint par un éclat de bombe. Pour l’accueil des blessés, deux infirmeries sont établies dans le village, dont l’une au bord du chemin qui mène à la Cour Avril, et l’autre dans la maison de Marceau Carbonneaux[1].


[1] Témoignage oral de monsieur René Lelong †.


Le 10 mai 1940, l’ordre d’évacuer les Ardennes est donné. Le lendemain, tous les habitants de La Romagne quittent le village le cœur gros, la mort dans l’âme de devoir abandonner leurs bêtes. Par exception, quelques-uns restent : monsieur et madame Ledouble, leur fils Jules et madame Pagnié, qui est assez âgée[1].

Alors que, de longue date, un plan d’enlèvement du bétail a été prévu par les autorités et pour chaque canton[2], il ne peut être appliqué en raison de la rapidité de l’avance des troupes allemandes. Les cultivateurs, bouleversés, doivent laisser leurs bêtes dans les prés.


[1] Témoignage écrit de monsieur Pierre Malherbe †.

[2] Archives départementales des Ardennes, 1M 119 [série M = administration générale et économie depuis 1800, sous-série 1M = administration générale (fonds du cabinet du préfet)].


Après avoir bien inutilement fermé leurs maisons, les habitants partent en exode, les uns en automobile, les autres dans des charrettes tirées par les chevaux qui n’ont pas été réquisitionnés par l’armée. Dès le 2 septembre 1939, les principaux cultivateurs voient partir la plupart de ces animaux de trait. En 1941, il n’en reste plus que vingt-sept sur la petite soixantaine que comptait La Romagne juste avant les réquisitions. Les derniers Romanais partent à vélo ou à pied.


Château de Châtenay à La Chataigneraie (Vendée), photographie en couleurs, collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Gréau, président du CHEL (Cercle d'histoire et d'études locales).
Château de Châtenay à La Chataigneraie (Vendée), photographie en couleurs, collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Gréau, président du CHEL (Cercle d’histoire et d’études locales).

L’ordre d’évacuation totale des Ardennes jette sur les routes tous les Ardennais ou presque dans un désordre indescriptible : aucun des plans arrêtés ne peut être mis à exécution, en raison de l’urgence. LesRomanais se replient vers les départements des Deux-Sèvres et de la Vendée. C’est ainsi que la famille Cugnart se retrouve au château de Châtenay à La Chataigneraie (Vendée)[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, 1M 127 [série M = administration générale et économie depuis 1800, sous-série 1M = administration générale (fonds du cabinet du préfet)].


André Druart (personnage le plus à gauche) à Borcq-sur-Airvault (Deux-Sèvres), photographie ancienne en noir et blanc (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Malherbe †).
André Druart (personnage le plus à gauche) à Borcq-sur-Airvault (Deux-Sèvres), photographie ancienne en noir et blanc (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Malherbe †).

Eugène François Lesein rejoint Rosnay (Indre) en passant par Mareuil-sur-Lay-Dissais (Vendée). Numa Edmond Lesein atteint Saint-Sulpice-en-Pareds (Vendée), tandis que la famille Druart est à Borcq-sur-Airvault (Deux-Sèvres). Dans cette commune, après des moments difficiles à vivre, une rencontre se concrétisera par un mariage.


Quelques habitants de La Romagne (Ardennes) réfugiés dans une école privée à Gourdon (Lot) en juillet 1940, photographie ancienne en noir et blanc (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Malherbe †). Sous toutes réserves, les personnes identifiées de gauche à droite et de bas en haut seraient les suivantes : au premier rang, Rosa Malherbe née Bompart (n°2), Euphrasie Bompart née Marandel (n°3), Marcel Malherbe (n°4), Lucie Malherbe (n°5), René Malherbe (n°6), Maurice Malherbe (n°7) ; au deuxième rang : André Legros (n°2), Lucie Legros née Malherbe (n°4), Madeleine Legros (n°6), Alfred Marandel (n°7), Pierre Malherbe (n°9), Pierre Marandel (n°10), René Didier(n°11), Lucie Laroche (n°12), Madame Didier (n°13).
Quelques habitants de La Romagne (Ardennes) réfugiés dans une école privée à Gourdon (Lot) en juillet 1940, photographie ancienne en noir et blanc (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Malherbe †). Sous toutes réserves, les personnes identifiées de gauche à droite et de bas en haut seraient les suivantes : au premier rang, Rosa Malherbe née Bompart (n°2), Euphrasie Bompart née Marandel (n°3), Marcel Malherbe (n°4), Lucie Malherbe (n°5), René Malherbe (n°6), Maurice Malherbe (n°7) ; au deuxième rang : André Legros (n°2), Lucie Legros née Malherbe (n°4), Madeleine Legros (n°6), Alfred Marandel (n°7), Pierre Malherbe (n°9), Pierre Marandel (n°10), René Didier(n°11), Lucie Laroche (n°12), Madame Didier (n°13).

D’autres habitants trouvent refuge dans des lieux divers, non envisagés au départ. Certains font une étape à Coulanges-sur-Yonne (Bourgogne), avant d’atteindre Gourdon (Lot), où ils retrouvent les familles Malherbe, Legros, Didier, Marandel, etc. Les familles Devie et Bonhomme sont logées près d’Issoudun (Indre), au moulin de la Bonde.


Le préfet des Ardennes, qui se trouve à Sainte-Hermine (Vendée), constate dans un de ses courriers que les conditions dans lesquelles s’est produite l’évacuation n’ont pas toujours permis de diriger la population repliée dans les communes initialement assignées[1]. La Romagne en est l’illustration parfaite.


[1] Archives départementales des Ardennes, 1M 123 [série M = administration générale et économie depuis 1800, sous-série 1M = administration générale (fonds du cabinet du préfet)].


Portrait de Joseph Dominique Albertini en uniforme militaire, photographie ancienne en noir et blanc (collection privée, avec l’aimable autorisation de madame Marie-Hélène Beltrami).

Quoique l’armistice soit signé le 17 juin 1940, de nombreux Romanais faits prisonniers ne rentrent qu’au bout de plusieurs années : c’est le cas par exemple d’Achille Cotte[1] ou de Dominique Albertini. Pour la plupart, ces soldats ne sont libérés qu’en 1945.


[1] Archives départementales des Ardennes, 1145 W 10 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].


Le retour se fait très difficilement, et de manière échelonnée : dès le 1er juillet 1940, une zone interdite située au nord de l’Aisne est établie dans le département, et englobe le village. Pour rentrer, des laissez-passer sont nécessaires. Ils sont accordés selon le bon vouloir des autorités allemandes, qui multiplient les tracasseries administratives.


Les agriculteurs se demandent ce que sont devenues leurs cultures et leurs bêtes en leur absence. Seuls quelques-uns d’entre eux (comme André Didier ou Adolphe Macquin) peuvent rentrer à cette date.

L’absence de la majorité des exploitants permet aux Allemands de s’emparer aussitôt de terres : Alcide Cugnart, Alexis Boudaud et Alfred Devie (mais ce ne sont pas les seuls[1]) se voient confisquer respectivement vingt-quatre, trente-cinq et quarante-deux hectares. En outre, l’occupant leur prend leur matériel (faucheuse, moissonneuse, brabants, tombereaux, herses et râteaux), sous le prétexte fallacieux d’abandon.


[1] Archives départementales des Ardennes, 11R 89 [série R = affaires militaires, organismes de temps de guerre, sous-série 11R = services temporaires de la période de guerre 1939-1945].


Le retour définitif du plus grand nombre s’étale sur presque toute l’année 1941, avec un pic en mai. Et ce n’est qu’en novembre que s’effectue le retour du dernier, Aristide Carbonneaux-Fétrot.

Date du retour à La Romagne (Ardennes)Nom du cultivateur
Juillet 1940Didier, André
Novembre 1940Macquin, Adolphe
1er mars 1941Lesein, Edmond
20 avril 1941Cotte, Achille (de retour d’un camp de prisonniers de guerre)
1er mai 1941Bocquet-Huet, Ernest
1er juillet 1941Marquigny, Joseph
3 juillet 1941Devie, Paul (de retour d’un camp de prisonniers de guerre)
1er août 1941Devie, Alfred
11 août 1941Boudaud, Jean-Baptiste
24 septembre 1941Chrétien, Gustave Henry
Non préciséeMarandel, Ernest
Non préciséeCugnart, Alcide
1er novembre 1941Legros, Auguste
9 novembre 1941Carbonneaux-Fétrot, Aristide
Quelques exemples du retour des cultivateurs à La Romagne (Ardennes) après l’exode de mai 1940.

Les Romanais dont le retour a lieu le plus tôt, c’est-à-dire en juillet 1940, retrouvent d’emblée La Romagne occupée par des troupes allemandes, dont une partie s’est installée dans l’école[1], et qui ne quitteront le village qu’en juin 1941.


[1] Archives départementales des Ardennes, 1 W 5 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].


En revanche, ceux qui reviennent après janvier 1941 ont la fâcheuse surprise de découvrir qu’ils ne peuvent réintégrer leur exploitation qu’à condition de travailler comme salariés agricoles de l’Ostland[1].

Cette situation entraîne des frictions et des plaintes auprès du procureur de La République, notamment lorsque certains des derniers rentrés découvrent chez leurs voisins du matériel ou du bétail qui leur appartenait autrefois, et qui aurait été « confié » par les Allemands.


[1] Ostdeutsche Landbewirtschaftung-gesellschaft ou Société agricole d’Allemagne orientale, créée par le ministre de l’Alimentation et de l’agriculture du Reich allemand.


Emprise de la WOL (Wirtschaftsoberleitung) à La Romagne, Archives départementales des Ardennes, 12 R 144, [série R = affaires militaires, organismes de temps de guerre, sous-série 12R = archives des services allemands pendant la guerre de 1939-1945].
Emprise de la WOL (Wirtschaftsoberleitung) à La Romagne, Archives départementales des Ardennes, 12 R 144, [série R = affaires militaires, organismes de temps de guerre, sous-série 12R = archives des services allemands pendant la guerre de 1939-1945].

L’Ostland applique dans les Ardennes un programme de confiscation de terres, comme cela a été fait peu de temps auparavant en Pologne. Cette société est représentée par la WOL[1], à la tête de laquelle se trouve le directeur départemental, établi à Charleville. Un Kreislandwirt[2] est nommé par arrondissement. Un Bezirkslandwirt[3] contrôle chaque canton. Un Betriebsleiter[4] réside dans la commune qu’il supervise, ou vit à proximité immédiate.


[1] Wirtschaftsoberleitung (service de mise en culture).

[2] Agriculteur d’arrondissement.

[3] Agriculteur de canton.

[4] Gérant, c’est-à-dire un chef de culture.


Ce dernier est un civil allemand qui applique une nouvelle politique agricole : l’occupant trouve que la culture ardennaise comporte trop de prés et de bois. Les paysans, désormais sous la férule germanique, doivent travailler en commun toutes les terres pour les emblaver[1] le plus possible, sans tenir compte des possessions de chacun[2]. En témoigne l’enlèvement des bornes marquant les limites des propriétés (Il faudra les remettre en place une fois la guerre terminée).


[1] Ensemencer en blé.

[2] Archives départementales des Ardennes, 1 W 35 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].


Cette prise de terres concerne quelque deux cent un hectares, rien que pour La Romagne (dont cinquante de cultures et cent cinquante et un de pâtures). Pour lui donner un aspect de légalité, les Allemands la notifient au préfet, qui doit à son tour en informer le propriétaire et le maire du village.


Ensuite, ce sont les bâtiments pour abriter les récoltes qui sont réquisitionnés (la grange de La Romagne n’est rendue à son usage premier que le samedi 31 mars 1945). Des maisons sont saisies pour servir de logement à des ouvriers travaillant pour le compte de la WOL de Draize (c’est le cas de bâtiments appartenant à Joseph Marquigny[1]).


[1] Archives départementales des Ardennes, 11R 409 [série R = affaires militaires, organismes de temps de guerre, sous-série 11R = services temporaires de la période de guerre 1939-1945].


Au moment de l’invasion allemande, la Romagne compte trente-deux exploitations, dont vingt ont moins de vingt hectares. Parmi les douze restantes, seules deux ont une superficie comprise entre cinquante et cent ha[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, 56 W 37 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].


La reprise est difficile pour la campagne 1940/1941, car peu de sols peuvent être ensemencés (environ vingt-deux ha), et ce n’est qu’en 1942 que les terres sont à nouveau cultivées. Les exploitants se heurtent alors à de nouvelles obligations, puisqu’ils sont contraints de déclarer leurs récoltes et de les livrer à des organismes stockeurs. S’ils n’ont pas le matériel nécessaire, ils doivent faire appel obligatoirement à l’entrepreneur de battage désigné par l’occupant.


Aussitôt les habitants partis, des vols de bétail se produisent, des troupeaux d’armée sont formés. Le bétail errant devient propriété de la WOL, qui le confie à certains agriculteurs du village. Ce n’est qu’après bien des palabres, des démarches et des menaces que deux cultivateurs (Messieurs Cugnart et Lesein) parviennent à récupérer chacun… une bête[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, 1050 W 57 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].


Cette situation contraste fortement avec ce qui se passe du côté allemand, selon un Romanais qui a connu cette période :

« Une quarantaine de vaches confisquées par la WOL se trouvaient à la ferme de la Bouloi et étaient traites par des femmes d’origine polonaise. »

Témoignage oral de monsieur Louis Devie (Logny-lès-Chaumont), dont les parents étaient les propriétaires de cette ferme.

Lorsque la vie agricole reprend à La Romagne en 1941, il ne reste plus que cent un bovins. Les quelques attributions de bétail qui sont accordées sont fort modestes : à plusieurs reprises, une commission cantonale ne concède qu’une ou deux bêtes. Malgré toutes les difficultés endurées, il y en aura deux cent douze à la fin de l’année 1943.

À la suite de la disparition de la WOL, les attributions de bétail sont alors plus importantes. Il ne faut cependant pas croire que le cultivateur dispose comme il l’entend de sa production laitière. Il doit se conformer en cela (et comme pour le reste) aux décisions allemandes.


La Romagne doit fournir trente kilos de beurre par semaine, et la commune de Givron est contrainte d’en procurer cinq. Le responsable de la Kommandantur de la Romagne exige du maire de Montmeillant que tout le beurre fabriqué dans sa commune lui soit livré, sinon il sera arrêté une nouvelle fois.

La production ne peut aller qu’aux Allemands, qui achètent ce beurre 28 francs le kilo. Ces quantités de beurre représentent mille quatre cents à mille cinq cents litres[1] de lait. Pour se rendre compte de l’exigence, il faut savoir qu’une vache laitière en produit environ mille quatre cent soixante litres par an.


[1] Archives départementales des Ardennes, 1 W 35 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].


Comme les troupeaux n’ont plus rien à voir avec ceux d’avant-guerre, les laiteries ne peuvent pas s’approvisionner normalement. Ces contraintes provoquent en particulier les doléances des établissements Hutin Frères[1], qui font le ramassage dans tout le secteur depuis longtemps, et qui sont désormais obligés de « faire un long trajet sans obtenir un seul litre de lait, en raison des contraintes de la Kommandantur ».


[1] Laiterie de La Neuville-lès-Wasigny (Ardennes).


D’autre part, les habitants font face à des difficultés de ravitaillement, tant alimentaire que vestimentaire. Les tickets de rationnement font leur apparition et parfois la chasse nocturne aux grenouilles menée par des jeunes gens du village améliore l’ordinaire des quelques habitants qui en bénéficient[1]. Les occupants manifestant un profond dégoût pour ces animaux, ils ne risquent pas de les confisquer à leur profit !


[1] Témoignage écrit de monsieur Pierre Malherbe †.


Adaptation au gazogène du camion de la cidrerie Malherbe à La Romagne (Ardennes), photographie ancienne en noir et blanc (collection privée, avec l'aimable autorisation de monsieur Pierre Malherbe †).
Adaptation au gazogène du camion de la cidrerie Malherbe à La Romagne (Ardennes), photographie ancienne en noir et blanc (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Malherbe †).

Pour ce qui est des vêtements, le canton de Chaumont dispose pour l’ensemble des communes qui en font partie d’un certain nombre de points, qui doivent être répartis en fonction du nombre d’habitants de chaque village. Un cahier des attributions est tenu.

C’est ainsi que l’on sait qu’il faut douze points pour acquérir un blouson, et vingt-cinq pour un pantalon de travail. Quant au carburant, il est parcimonieusement attribué, obligeant chacun à modérer son utilisation des moyens de transport.


Rares sont les habitants (pour ne pas dire aucun), qui retrouvent leur maison intacte. La cidrerie, installée dans le village depuis les années vingt, est pillée : l’armée de l’occupant se serait livrée à diverses rapines, dont celui de vins et spiritueux[1].

Ce ne sont certainement pas les seuls responsables : entre le 11 mai (jour du départ des habitants) et la prise du village par les Allemands le 14 mai, des troupes françaises et des réfugiés belges ont traversé la commune et y ont aussi probablement participé.


[1] Archives départementales des Ardennes, 13R 1661 [série R = affaires militaires, organismes de temps de guerre, sous-série 13R = dommages de guerre 1939-1945].


Périodiquement, le maire reçoit de la part des autorités allemandes des demandes de cantonnement. Il essaie d’y répondre le plus possible par la négative, arguant de l’état du village, avec ses maisons inhabitables et le pillage déjà subi[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, 1 W 35 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].


Les habitants entendent passer régulièrement des bombardiers allemands qui se dirigent vers l’Angleterre.

« Parfois, les avions ennemis perdent en cours de route des réservoirs, ce qui est attesté par ceux retrouvés aux Houis ou dans le bois d’Angeniville. D’autre part, les Allemands ont installé des radars à Doumely, mais aussi entre Marlemont et Signy-l’Abbaye, et un mirador sur la route des Fondys. »

Témoignage oral de monsieur René Lelong †.

Fernand Mennessier récupérant des débris d'avion du côté de Fraillicourt (Ardennes), photographie ancienne en noir et blanc (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Michel Mauroy).
Fernand Mennessier récupérant des débris d’avion du côté de Fraillicourt (Ardennes), photographie ancienne en noir et blanc (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Michel Mauroy).

Puis c’est le tour de bombardiers anglais, partant ou revenant de leur mission sur le territoire allemand. Comme ceux-ci, pourchassés par l’aviation ennemie, s’écrasent parfois dans des communes voisines (comme à Novion-Porcien, Fraillicourt ou Rocquigny), ce spectacle ajoute à l’horreur vécue par les populations.


La présence allemande est encore plus pesante lorsque la loi sur le STO[1] est promulguée. Elle concerne des jeunes gens de la commune ou y ayant des attaches, nés entre 1919 et 1923. Une vingtaine d’hommes sont concernés pour ces quatre années, dont Raymond Mauroy, Pierre Malherbe et Robert Laroche.


[1] Service du travail obligatoire.


Couverture de la brochure, non paginée, sans mention d'édition, Travailler en Allemagne, c'est gagner sa vie dans de bonnes conditions, Archives départementales des Ardennes, 1 W 151-3 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].
Couverture de la brochure, non paginée, sans mention d’édition, Travailler en Allemagne, c’est gagner sa vie dans de bonnes conditions, Archives départementales des Ardennes, 1 W 151-3 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].

A partir de 1942, l’Allemagne a besoin de travailleurs, car nombre de ses ouvriers ont été mobilisés sur le front russe. Le recrutement d’ouvriers français volontaires est fondé sur la relève, instaurée dès le mois de juin. Un prisonnier est libéré contre trois ouvriers s’engageant à travailler en Allemagne.

Très rapidement, la donne change et c’est une libération accordée pour sept travailleurs qui s’engagent. Une importante propagande vantant les conditions de travail, de salaire, etc. accompagne la politique de collaboration du régime de Vichy.

Au-delà des avantages sociaux, l'Allemagne nazie vante aux travailleurs français les loisirs mis en place dans ses usines.
Au-delà des avantages sociaux, l’Allemagne nazie vante aux travailleurs français les loisirs mis en place dans ses usines.

En réalité, peu d’hommes se laissent ainsi séduire. C’est pourquoi l’Etat français fait parvenir des notes d’orientation hebdomadaire aux préfets pour rappeler que l’effort de propagande pour la relève ne doit pas se ralentir. L’argument est qu’en partant les ouvriers serviraient la cause de la France[1], ou que les prisonniers seraient d’autant plus nombreux à rentrer que le rythme de départ d’ouvriers serait plus important[2].


[1] Archives départementales des Ardennes, 1 W 150, note d’orientation hebdomadaire n° 12 en date du 16 octobre 1942 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].

[2] Archives départementales des Ardennes, 1 W 150, note d’orientation hebdomadaire n° 15 en date du 6 novembre 1942 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].


La pression des autorités sous l’Occupation se fait sentir de plus en plus : en 1942, elle exige l’envoi de trois cent cinquante manœuvres non spécialisés. En 1943, il y a environ deux mille départs pour tout le département, qui compte deux cent vingt-six mille habitants[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, 1 W 150 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].


Chaque travailleur se rendant en Allemagne doit être en possession d’un passeport valable. Cette demande est souscrite avec la plus grande sincérité et exactitude dès son arrivée.

Dans une lettre de la préfecture de police de Paris au préfet des Ardennes à Mézières en date du 2 février 1943, on apprend que Raymond Mauroy se trouve en Allemagne depuis le 30 novembre 1942 et qu’il a fait une demande de passeport le 17 janvier 1943 lors de son arrivée[1] à Solingen (Rhénanie-du-Nord-Westphalie). Il sera de même pour Pierre Malherbe et Robert Laroche.


[1] Archives départementales des Ardennes, 112 W 11 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].


En vertu d’un arrêté ministériel du 25 novembre 1942 et d’un arrêté préfectoral du 10 décembre 1942, chaque commune est obligée d’effectuer un recensement général des travailleurs disponibles : ce dernier concerne tous les hommes de dix-huit à cinquante ans. Ils sont ensuite répartis en différentes catégories (âge, situation familiale, etc.).

Il apparaît qu’un certain nombre de villages ardennais ne sont pas pressés de répondre à cette demande : c’est le cas de La Romagne, Givron, Rocquigny, Sery, Le Fréty, etc. Ils sont rappelés à l’ordre.


A partir de cette époque, ce recrutement a un caractère quasi obligatoire, et les réfractaires sont poursuivis beaucoup plus activement. Cette recherche, opérée par la gendarmerie, n’est pas sans créer des tensions entre la maréchaussée et la population. Elle entraîne aussi des scrupules chez les gendarmes, si bien que quelques-uns d’entre eux ne manifestent pas pour ce genre de mission une ardeur à toute épreuve.

Ils laissent parfois échapper une information sur la date et le but de leur tournée : les concernés peuvent ainsi trouver refuge dans l’environnement forestier du village. Pour se soustraire à ce recrutement, André Barré rejoint le maquis de Signy-l’Abbaye et le groupe de Draize, sous la direction de Fernand Miser.

Cet insigne des troupes de forteresse (secteur fortifié des Ardennes) est un symbole de résistance.
Cet insigne des troupes de forteresse (secteur fortifié des Ardennes) est un symbole de résistance.

Carte de travail et certificat de libération[ArbeitskarteBefreiungsschein], travail auxiliaire [Hilfsarbeit] dans l’usine de Volkswagen [Volkswagenwerk], ville de la Coccinelle [Stadt des KdF.-Wagens], arrondissement de Gifhorn [Krs. Gifhorn], collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Malherbe †.

Dans des rapports en provenance de la brigade de Chaumont-Porcien datant de mars et juin 1943, le brigadier évoque que le regard de la population change à leur égard, dans la mesure où la gendarmerie est intervenue non seulement lors de réquisitions pour l’Allemagne, mais aussi en raison du STO.

Dans son compte rendu de septembre, il insiste sur la répugnance éprouvée par les militaires par rapport aux ordres concernant le STO, soulignant qu’ils n’agissent que par contrainte et discipline, ce qui les met en porte-à faux vis-à-vis de la population.

Dans un autre document, il souligne que, de mars 1943 à mai 1944, quatre-vingt-huit recherches de réfractaires au STO sont restées infructueuses dans le canton. Par là, il laisse flotter l’idée que, sans rien dire, les gendarmes n’auraient pas apporté tout le zèle requis, afin d’être en accord avec leur conscience[1] .


[1] Service historique de la Défense, département de la Gendarmerie, site de Vincennes, 8E 226, registre de correspondance confidentielle au départ (R/4) du 16 septembre 1942 au 14 décembre 1946 [série E = compagnies puis groupements de gendarmerie départementale, sous-série 8E = compagnie de gendarmerie départementale des Ardennes (1917-1946), article 8E 226 = brigade territoriale de Chaumont-Porcien, 1942-1946].


Vadon, Jacques, Secteurs et maquis de la Résistance ardennaise, Archives départementales des Ardennes, 1 Fi 132 [série Fi = documents figurés, cartes, plans, gravures, cartes postales, photographies, dessins, sous-série 1Fi = documents de dimensions 24 * 30 cm et au-dessus].
Vadon, Jacques, Secteurs et maquis de la Résistance ardennaise, Archives départementales des Ardennes, 1 Fi 132 [série Fi = documents figurés, cartes, plans, gravures, cartes postales, photographies, dessins, sous-série 1Fi = documents de dimensions 24 * 30 cm et au-dessus].

Le maquis de Signy-l’Abbaye se livre à des actions ciblées vers les moyens de communications pour déstabiliser l’ennemi. En réaction, ce dernier fait surveiller les chemins de fer, en particulier ceux de la ligne Hirson – Charleville, mais en vain : les partisans continuent leurs opérations. De ce fait, des restrictions de la liberté de circuler pour les habitants du secteur sont appliquées. Le couvre-feu est ramené à 20 heures au lieu de 22 heures.


La Résistance fournit également son aide lors de parachutages (un terrain est créé à Chaumont-Porcien) ou assiste des clandestins qui souhaitent rejoindre les maquisards[1]. De juin à août 1944, son action s’intensifie, tandis que des destructions de matériel ont lieu contre des biens utilisés au profit des Allemands, comme à Saint-Jean-aux-Bois ou à Wasigny[2]. Les voies ferrées sont sabotées afin de retarder l’armée allemande dans son action.


[1] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, FOL-D1 MON-36, Giuliano, Gérard ; Lambert, Jacques, Les Ardennais dans la tourmente : l’Occupation et la Libération, Charleville-Mézières : Terres ardennaises, 1994, 453 p., page 159 [Contient un choix de documents et de témoignages.]

[2] Archives départementales des Ardennes, 1050 W 116 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].


Pont du chemin de fer de La Romagne, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne (Ardennes) effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 24 mars 2022. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Pont du chemin de fer de La Romagne, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne (Ardennes) effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 24 mars 2022. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dès le début de l’année, après avoir étudié le plan vert[1], André Point dit « commandant Fournier » [2] propose des déraillements sur certaines lignes, ce qui en rendrait l’exécution beaucoup plus facile.

Les coupures prévues sur la ligne de Liart – Amagne auraient lieu entre Montmeillant et Draize – La Romagne puis entre Novion-Porcien et Amagne[3]. Ces suggestions sont acceptées malgré l’arrestation d’un responsable de la SNCF et d’une équipe plan vert[4].

Elles permettent de répondre aux instructions données par la Résistance de se préparer à une insurrection nationale, en perturbant les transports et en lançant des actions contre les troupes de l’Occupation.


[1] Qui a pour but de neutraliser les voies ferrées.

[2] Chef de la Résistance ardennaise, membre de l’OCM (Organisation civile et militaire).

[3] Archives départementales des Ardennes, 1393 W 9 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].

[4] Archives départementales des Ardennes, 1293 W 17 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].


Croquis de l'engin explosif trouvé près de la gare de Draize – La Romagne (Ardennes), Archives départementales des Ardennes, 1050 W 144 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].
Croquis de l’engin explosif trouvé près de la gare de Draize – La Romagne (Ardennes), Archives départementales des Ardennes, 1050 W 144 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].

Le 10 juin vers 18 heures, une explosion se produit à deux kilomètres de la gare de Draize – La Romagne, à un endroit où la voie longe la forêt de Signy-l’Abbaye, alors que le train circule au ralenti. Le rail intérieur est déchiqueté et arraché sur une longueur de trois mètres environ, en même temps qu’une traverse. Aussitôt, une patrouille allemande de la Feldgendarmerie[1] fouille les alentours sans rien découvrir, sauf un débris dans le ballast qui semble provenir d’un petit engin explosif.


[1] Police militaire allemande.


Après une immobilisation de quelques heures, le convoi repart vers 21 heures[1]. Le lendemain, c’est une locomotive et cinq wagons qui sont détruits, nécessitant une vingtaine d’heures pour le déblai et les réparations. Le même jour, une autre locomotive et quatre wagons d’un train de matériel déraillent.


[1] Archives départementales des Ardennes, 1050 W 114 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].


Pont du chemin de fer à Montmeillant, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne (Ardennes) effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 24 mars 2022. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Pont du chemin de fer à Montmeillant, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne (Ardennes) effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 24 mars 2022. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le 19 juin vers 23 heures, un train de troupes déraille, obstruant les voies pour une dizaine d’heures. Quelques jours plus tard, c’est un nouveau train de marchandises qui déraille près de Montmeillant. Après le départ des soldats ennemis, un avion allemand aurait mitraillé la gare de Draize – La Romagne[1].


[1] Témoignage oral de monsieur René Lelong †.


Dans la nuit du 21 au 22 juillet, le réseau télégraphique et téléphonique permettant les communications entre les gares de Wasigny et Draize – La Romagne est mis hors service : cinq poteaux ont été abattus[1].

Trois jours après, à la nuit tombée, une explosion en gare de Draize – La Romagne détruit la station d’alimentation en eau, la machine fixe est hors d’usage.


[1] Archives départementales des Ardennes, 1050 W 114 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].


Télégramme du 28 août 1944 par le chef de gare de Wasigny, Archives départementales des Ardennes, 1050 W 114 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].
Télégramme du 28 août 1944 par le chef de gare de Wasigny, Archives départementales des Ardennes, 1050 W 114 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].

Le 28 août vers 20h30 (selon le rapport de la gendarmerie) trois explosions ont lieu à proximité, endommageant un appareil d’aiguillage, provoquant ainsi une interruption de trafic de 24 heures qui fait suite à une action permettant de couper la voie 1 en gare de Draize – La Romagne.

Télégramme du 29 août 1944 par le chef de gare de Wasigny, Archives départementales des Ardennes, 1050 W 114 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].
Télégramme du 29 août 1944 par le chef de gare de Wasigny, Archives départementales des Ardennes, 1050 W 114 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].

André Barré (jeune homme portant des lunettes) et ses compagnons de la Résistance, photographie ancienne en noir et blanc (collection privée, avec l’aimable autorisation de madame Angélique Barré).
André Barré (jeune homme portant des lunettes) et ses compagnons de la Résistance, photographie ancienne en noir et blanc (collection privée, avec l’aimable autorisation de madame Angélique Barré).

Ces diverses actions sont menées par le réseau de résistance de Liart – Signy-l’Abbaye et la section de Draize, mouvements ralliés à différents moments par des jeunes gens de la Romagne[1] : André Barré (homologué FFC[2] et FFI[3])[4], Robert Carbonneaux (homologué FFI)[5], Raymond Ravignon et Raymond Didier en août 1944.


[1] Archives départementales des Ardennes, 1293 W 58 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].

[2] Forces françaises combattantes.

[3] Forces françaises de l’intérieur.

[4] Service historique de la Défense, site de Vincennes, GR 16P 34597 [série GR = guerre et armée de Terre, sous-série GR P = Deuxième Guerre mondiale (1940-1946), inventaires GR 16 P = dossiers individuels de résistants].

[5] Service historique de la Défense, site de Vincennes, GR 16P 105945 [série GR = guerre et armée de Terre, sous-série GR P = Deuxième Guerre mondiale (1940-1946), inventaires GR 16 P = dossiers individuels de résistants].


Colonne de chars américains le 31 août 1944 sur le chemin de Renneville, photographie ancienne en noir et blanc (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Gilbert Lebrun).
Colonne de chars américains le 31 août 1944 sur le chemin de Renneville, photographie ancienne en noir et blanc (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Gilbert Lebrun).

Fin août, les Américains sont à Liart. Au cours des diverses opérations qui ont lieu lors de la libération du territoire, des soldats allemands sont pris et faits prisonniers à leur tour. C’est un retournement de situation, puisque des habitants du village ont eux-mêmes été capturés lors de la débâcle et libérés, selon leur statut, entre mars 1941 et mai 1945[1].


[1] Cette dernière date s’applique en général aux militaires de carrière.


Quelques–uns de ces prisonniers vivent à La Romagne, soit chez des cultivateurs, soit à la cidrerie où travaillent un ancien pilote de la Luftwaffe et Karl Kleiser (n° de prisonnier 452157).

Fiche de Karl Kleiser, prisonnier à La Romagne, Archives départementales des Ardennes, 44 W 13 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].
Fiche de Karl Kleiser, prisonnier à La Romagne, Archives départementales des Ardennes, 44 W 13 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].

Ce dernier, né le 12 novembre 1926 à Vohrenbach (Land du Bade-Wurtemberg), reçoit son certificat de libération le 5 août 1947 et devient un travailleur libre[1].

Il reste ensuite quelque temps à La Romagne, avant de regagner son pays. Il garde contact avec les personnes chez lesquelles il a été placé, préfigurant la réconciliation franco-allemande qui voit le jour dans les années soixante.


[1] Archives départementales des Ardennes, 44 W 13 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].


La Romagne n’en a pas fini avec la guerre et, même si celle-ci n’est plus sur son territoire, elle est présente avec le départ pour l’Indochine ou l’Algérie de quelques Romanais[1].


[1] Cette partie de l’histoire du village ne peut pas être abordée dans l’état actuel des recherches, en raison de la loi du 15 juillet 2008 sur la publication des archives.

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Le cheval, un compagnon indispensable à La Romagne


Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 2008-99049, Roche, Daniel, La culture équestre occidentale, XVI e -XIX e siècle : l'ombre du cheval. I, Le cheval moteur : essai sur l'utilité équestre, Paris : Fayard, 2008, 479 p.
Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 2008-99049, Roche, Daniel, La culture équestre occidentale, XVI e -XIX e siècle : l’ombre du cheval. I, Le cheval moteur : essai sur l’utilité équestre, Paris : Fayard, 2008, 479 p.

Le rôle des chevaux est considérable dans la société rurale ancienne. Les inventaires après décès en signalent la présence à La Romagne, sans être explicites, que ce soit sur leur  race ou leur robe. On voit ainsi évoquer pour seul descriptif « poil rouge[1] », « poil jaune[2] », « poil gris ». C’est un peu succinct pour affirmer qu’il s’agit de chevaux ardennais. On peut penser que ces derniers sont des chevaux assez robustes, dont la race se serait modifiée quelque peu au XVIIe siècle. Ceci s’explique par la guerre de Trente Ans et la présence dans la région axonaise et ardennaise de la cavalerie espagnole, dont les montures étaient d’une autre origine.


[1] Un rouan vineux ?

[2] Un alezan ?


Brossage de Gonzague, hongre ardennais bai cerise, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de madame Stéphanie Bosserelle, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Brossage de Gonzague, hongre ardennais bai cerise, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de madame Stéphanie Bosserelle, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Après la paix et le début du règne de Louis XIV, Colbert se saisit de ce problème d’abatardissement par un édit de juin 1665, car cet équidé est utilisé dans la cavalerie française. Or, cette dernière ne peut agir au mieux qu’en ayant des chevaux fiables. Turenne a, de 1672 à 1675, d’importants besoins pour mener ses campagnes en Allemagne, et ses demandes concernent des Ardennais. Ce cheval régional reprend toutes ses qualités aux siècles suivants, grâce aux soins attentifs qu’il reçoit, et à l’intérêt manifesté pour cette race.

Harnachement de Gonzague, hongre ardennais bai cerise, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de madame Stéphanie Bosserelle, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Harnachement de Gonzague, hongre ardennais bai cerise, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de madame Stéphanie Bosserelle, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Au XIXe siècle, dans les armées napoléoniennes, il est le cheval des dragons, des lanciers mais aussi des artilleurs qui apprécient ses qualités de tirage des pièces de canon.

Entraînement au pneu pour virer à gauche de Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Entraînement au pneu pour virer à gauche de Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Harnachement complet (bride, collier, fessière, mors, sellette, sous-ventrière, surdos) de Droopy du Tivoli, cheval de trait ardennais, prise de vue effectuée le mardi 21 septembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire [identité non communicable en raison d’un accord de confidentialité], de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Harnachement complet (bride, collier, fessière, mors, sellette, sous-ventrière, surdos) de Droopy du Tivoli, cheval de trait ardennais rouan, prise de vue effectuée le mardi 21 septembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire [identité non communicable en raison d’un accord de confidentialité], de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Pour un paysan des XVe et XVIIe siècles, avoir un cheval est un signe d’aisance, car cela nécessite divers investissements (nourriture en avoine, harnachement, ferrage), des apprentissages (débourrage, mise aux brancards) et des soins pour éviter les maladies. Celles-ci sont nombreuses[1] comme la pneumonie, la pleurésie, les ophtalmies, les coliques, la gourme[2], la morve[3], le farcin[4]  ou la gale.


[1] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-6516819, Dubroca, Daniel, Traité des chevaux ardennais, ce qu’ils étaient, ce qu’ils sont, ce qu’ils peuvent et doivent être, Charleville : Jules Huart, imprimeur, 1846, 123 p., p. 82-111, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, S-26453, consultable en ligne sur Gallica.

[2] Maladie des voies respiratoires due à une bactérie, fréquente chez des sujets de moins de cinq ans.

[3] Maladie infectieuse qui peut se transmettre à l’homme.

[4] Manifestation sous forme de gonflements sur la peau de la morve.


Entraînement au pneu pour tracer un sillon de Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Entraînement au pneu pour tracer un sillon de Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Un cheval permet à son propriétaire de faire les labours à la bonne époque, alors que celui qui n’en a pas doit louer « des journées » pour accomplir les tâches agricoles. Celles-ci parfois s’en trouvent retardées, et accomplies à des moments moins propices.

Entraînement au pneu pour apprendre à tourner de Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Entraînement au pneu pour apprendre à tourner de Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Entraînement au pneu sur sol montueux de Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Entraînement au pneu sur sol montueux de Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les chevaux ardennais sont appréciés pour cette tâche agricole car « les pieds ne s’enfoncent pas dans un sol ameublé[1] ou sablonneux, et c’est pourquoi ils sont très utiles au travail de la terre[2] ». D’autre part, l’Ardennais « ne crée pas d’ornière, sa démarche régularise les infiltrations d’eau et l’empreinte des sabots fixe le ruissellement et le freine[3]. »


[1] Lire « ameubli » (rendu meuble).

[2] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-9601451, Robien, Henry de, Le Cheval ardennais en Lorraine – au pays d’Ardennes, Paris : Lucien Laveur, éditeur, 1909, VIII-52 p., p. 44, texte numérisé d’après l’original du Château-Musée de Saumur, 2015-87468, consultable en ligne sur Gallica.

[3] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 2008-99049, La culture équestre occidentale, XVIe-XIXe siècle : l’ombre du cheval. I, Le cheval moteur : essai sur l’utilité équestre, Paris : Fayard, 2008, 479 p., p. 124.


Transport de troncs d'arbres à La Romagne, photographie ancienne en noir et blanc (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur René Lelong †).
Transport de troncs d’arbres à La Romagne, photographie ancienne en noir et blanc (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur René Lelong †).

Ce cheval est aussi très utile pour rentrer les récoltes dans les granges, le débardage du bois, les déplacements en carriole ou en cabriolet pour les plus aisés. Dans la première moitié du XVIIIe siècle, le curé signale qu’il ne peut atteindre certains hameaux éloignés de La Romagne d’un quart de lieue car il est « difficile d’aller sans un cheval à cause d’un petit ruisseau qu’il y a à passer à moins qu’on ne fasse un détour d’un quart de lieue »[1]. Pour cet ecclésiastique, un cheval est un moyen d’action indispensable pour se rendre auprès des malades ou des mourants vivant dans les hameaux éloignés de la paroisse, surtout en hiver.


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 2G 268 [série G = clergé séculier, sous-série 2G = fonds de l’archevêché de Reims, cotes 2G 267-268, = doyenné de Rethel (1248-1790)].


Louis d'or, Metz, 1787, avers (ou droit) représentant la tête nue de Louis XVI à gauche, avec la légende circulaire  « LUD. XVI. D. G. FR. ET NAV. REX ».
Louis d’or, Metz, 1787, avers (ou droit) représentant la tête nue de Louis XVI à gauche, avec la légende circulaire « LUD. XVI. D. G. FR. ET NAV. REX ».

L’état des routes est mauvais : depuis le XVe siècle, la réparation des chemins est à la charge des communautés. Sully essaie d’améliorer le système en créant des « voyeurs », qui examinent les routes et chemins pour fixer avec les syndics communaux le nombre de jours nécessaires pour les réparations. Louis XIV institue la corvée royale, à laquelle les intendants ont recours. Elle est impopulaire, car elle pèse lourdement sur le monde rural.

Liée au nombre de chevaux possédés, elle doit être effectuée le plus souvent au moment où les travaux des champs sont les plus importants. Pour pallier ces désagréments, à partir de 1776, les paroisses peuvent opter pour une contribution et remplacer ainsi les douze jours de corvée. C’est le choix fait par le village, qui doit s’acquitter de la somme de 207 livres en 1787 et 1789.


Char à foin, prise de vue effectuée le mardi 21 septembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes).  Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Char à foin, prise de vue effectuée le mardi 21 septembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A partir de la Révolution, chaque cultivateur devient susceptible de fournir des chevaux « pour la République ». En brumaire An IV[1], le village dispose désormais de soixante-dix chevaux (à titre de comparaison, soixante sont répertoriés en 1773). Il est obligé d’envoyer une attelée de quatre chevaux pour porter du fourrage et des grains vers le Luxembourg, Rethel et Mézières, afin d’approvisionner les magasins militaires. Le canton doit fournir de son côté en tout huit voitures. Le mois suivant, ce sont seize voitures cantonales qui doivent être cédées, et trois nouveaux chevaux pour le village[2].


[1] Soit octobre 1795.

[2] Archives départementales des Ardennes, L 1336 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII), articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales, cotes L 1336-1337 = Canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819].


Hôtesse de Damouzy, jument ardennaise bai brun en train de manger du foin,  prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Hôtesse de Damouzy, jument ardennaise bai brun en train de manger du foin, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Parfois, probablement las des réquisitions continuelles, les cultivateurs essaient de résister et de tromper les commissions. C’est ce que fait Thomas Devie, qui aurait dû montrer une jument lui appartenant, et qui n’a pas présenté le bon cheval à un examen pour faire établir un certificat. Comme les commissaires ont remarqué le subterfuge, il va devoir la conduire au plus vite sous peine de confiscation. L’absence d’un jugement ultérieur semble prouver qu’il s’est exécuté. Il figure parmi les laboureurs qui doivent toujours être prêts à produire leurs chevaux en cas de réquisition. Rien que pour l’an VII[1], Charles Thomas, Thomas Devie, Jean-Baptiste Baule[2] et Pierre-Simon Legros sont sollicités à plusieurs reprises : ils doivent tenir leurs chevaux à disposition pour le choix qui devra être fait d’une réquisition[3].


[1] 1798.

[2] Bolle.

[3] Archives départementales des Ardennes, L 1236-1337 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII), articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales, cotes L 1336-1337 = Canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819].


Muséum-aquarium de Nancy, galerie de zoologie, numéro d'inventaire 2014.3.1, Bourguet, Michel (créateur), naturalisation de cheval de trait ardennais, cuir, métal, polyuréthane, bois, 2012, notice descriptive consultable en ligne sur le site de l'association Musées Grand Est (Metz).
Muséum-aquarium de Nancy, galerie de zoologie, numéro d’inventaire 2014.3.1, Bourguet, Michel (créateur), naturalisation de cheval de trait ardennais, cuir, métal, polyuréthane, bois, 2012, notice descriptive consultable en ligne sur le site de l’association Musées Grand Est (Metz).

Ceux dont les chevaux sont sollicités sont indemnisés par l’ensemble des propriétaires d’équidés de la commune, sachant que ces derniers seront ensuite remboursés de leurs avances par l’Etat[1]. Mais l’argent ne rentre pas toujours très vite, la République étant souvent à court d’argent !


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1337 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII), articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales, cotes L 1336-1337 = Canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819].


Musée des beaux-arts et d'archéologie (Besançon), numéro d’inventaire B.990.1.1,
Swebach, Bernard Edouard (peintre, aquarelliste, graveur), La Retraite de Russie, huile sur toile, 1838, notice descriptive consultable en ligne sur Mémoire vive, le patrimoine numérisé de Besançon.
Musée des beaux-arts et d’archéologie (Besançon), numéro d’inventaire B.990.1.1,
Swebach, Bernard Edouard (peintre, aquarelliste, graveur), La Retraite de Russie, huile sur toile, 1838, notice descriptive consultable en ligne sur Mémoire vive, le patrimoine numérisé de Besançon.

Les états préparatoires et les réquisitions se poursuivent jusqu’à la fin de l’Empire, car les armées impériales sont grandes consommatrices de chevaux. En effet, Napoléon utilise des levées, en particulier d’Ardennais, pour le convoyage de ses pièces d’artillerie : un état dénombre, pour La Romagne, quatre-vingt-quatre chevaux susceptibles d’être réquisitionnés en 1813. Il est à noter que la plupart des chevaux qui sont sortis de la bataille de la Bérézina étaient ces robustes bêtes, ce que corrobore cette remarque de Paul Diffloth[1] : « Les chevaux semèrent de leurs cadavres la route de la retraite ; seuls, les chevaux ardennais, accoutumés au rude climat de leur pays, supportèrent vaillamment ces épreuves et ramenèrent en France l’artillerie impériale[2]. »


[1] Ingénieur agronome, professeur spécial d’agriculture.

[2] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-3410797, Diffloth, Paul, Races chevalines : zootechnie, Paris : J.-B. Baillière et fils, 1909, VIII-467 p.-20 pl., « Encyclopédie agricole », p.192-193, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-S-12845, consultable en ligne sur Gallica. Cité par Zeer, Joseph-Théophile, Le cheval ardennais dans l’Est, Paris : Berger-Levrault, 1925, XV-124 p.-VI pl., p.3, Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-6527919, texte numérisé d’après l’original de l’Institut français du cheval et de l’équitation, 2013-100035, consultable en ligne sur Gallica.


Le nombre d’équidés susceptibles d’être réquisitionnés parmi l’ensemble de ceux qui sont possédés par les différents propriétaires romanais passe en 1817 à quatre-vingt-quatorze[1].

Nom du propriétaire des chevauxNombre de chevaux possédés en 1813Nombres de chevaux possédés en 1817
J.-B. Boudié44
J. Charles Boudié44
Boudsocq (meunier)11
J.-B. Canard33
J. Deligny35
J.-B. Devie810
Pierre Devie (militaire)33
François Devie22
Pierre Nicolas Devie45
Louis Devie34
J.-B. Dupont24
J. Charles Dupont67
Hubert Langlet34
Laroche (tailleur)03
Hubert Laroche22
Hubert Laroche (garçon)11
Pierre Laroche44
Simon Legros79
Jean Lepinois34
J.-B. Mauroy34
Gérard Merlin88
Marie-Jeanne Merlin56
J.-B. Thomas33
Bonnais (Bois Diot)02
Les propriétaires de chevaux de La Romagne du XIX e siècle peuvent voir leurs animaux réquisitionnés.

[1] Archives départementales des Ardennes, 7J 43 [série J = archives d’origine privée (entrées par voie d’achat, don, legs ou dépôt), sous-série 7J = collection du docteur Octave Guelliot, érudit local, cote 7J 43 = ex-libris ardennais].


Roger-Viollet (Firme), référence 79448-14, Guerre 1914-1918. Homme peignant un cheval blanc en marron pour le camoufler, prise de vue du 1e  juin 1915, notice descriptive consultable en ligne sur le site de agence photographique (commanditaire).
Roger-Viollet (Firme), référence 79448-14, Guerre 1914-1918. Homme peignant un cheval blanc en marron pour le camoufler, prise de vue du 1e juin 1915, notice descriptive consultable en ligne sur le site de agence photographique (commanditaire).

Même si les guerres s’estompent sur le territoire français de 1815 à 1870, des états de chevaux à réquisitionner sont dressés dans le but de faire face à un éventuel conflit. Il en sera de même jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. L’arrondissement de Rethel compte encore en 1929 plus de dix mille chevaux, et une station de monte se trouve installée par l’administration des haras à Rocquigny.


Inventée par Émeric Lesix en 1859, la trépigneuse est un manège qui utilise la force motrice du cheval pour faire fonctionner des machines agricoles. Prise de vue effectuée le mardi 21 septembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes).  Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Inventée par Émeric Lesix en 1859, la trépigneuse est un manège qui utilise la force motrice du cheval pour faire fonctionner des machines agricoles. Prise de vue effectuée le mardi 21 septembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A partir des années 1950, le nombre des chevaux diminue à cause du développement de l’utilisation des tracteurs et des automobiles, mais aussi en raison d’une évolution des exploitations agricoles, qui se tournent non plus vers la culture mais vers l’élevage.

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Agriculteurs Agriculture Cultures Travailleurs

Le travail de la terre à La Romagne, du laboureur au manouvrier


Débourrage de Diva, cheval de trait ardennais, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l'aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l'association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Débourrage de Diva, cheval de trait ardennais, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A côté des possesseurs les plus importants du village, que sont les religieux et les seigneurs de Chaumont, se trouvent des laboureurs qui sont propriétaires de tout ou partie des terres qu’ils cultivent. Pour cela, il leur faut disposer du matériel agricole nécessaire, et d’au moins deux chevaux à atteler pour pouvoir labourer.

Droopy du Tivoli, cheval de trait ardennais rouan, prise de vue effectuée le mardi 21 septembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l'aimable autorisation de son propriétaire [identité non communicable en raison d’un accord de confidentialité], de l'association Les Sabots du relais.  Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Droopy du Tivoli, cheval de trait ardennais rouan, prise de vue effectuée le mardi 21 septembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire [identité non communicable en raison d’un accord de confidentialité], de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Brabant (charrue), prise de vue effectuée le vendredi 23 juillet 2021 devant l'auberge de Gironval, à Thin-le-Moutier (Ardennes), avec l'aimable autorisation de madame Agnès Ayer. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Brabant (charrue), prise de vue effectuée le vendredi 23 juillet 2021 devant l’auberge de Gironval, à Thin-le-Moutier (Ardennes), avec l’aimable autorisation de madame Agnès Ayer. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Pour disposer d’une charrue, il faut au minimum exploiter de quarante à soixante arpents (soit environ quinze à vingt-cinq hectares). Il s’agit donc de laboureurs assez aisés et ils sont très peu nombreux dans le village[1].

AnnéeUne charrueUne demi-charrueAucune indication
1702113
1712391
1714143
1720410
172577
La possession d’une charrue témoigne d’un certain statut social.

[1] Archives départementales de la Marne, centre de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales, articles C 2065-2659 = administrations et juridictions financières et fiscales, subdélégations de Champagne, 1585-1790].


 Cense Longueval, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Cense Longueval, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A côté d’eux, de petits laboureurs à « demi ou quart de charrue », dont nous parle Terwel[1] partagent avec une (voire deux ou trois autres personnes) la propriété des instruments aratoires. C’est d’autant plus possible que, bien souvent, on exploite une ferme ou cense (encore appelée tenure) en famille.


[1] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, microfiche, MFICHE 8-LC20-57, Graffin, Roger ; Jadart, Henri ; Laurent, Paul, « Les notices cadastrales de Terwel sur les villages de la frontière de Champagne en 1657 », in Revue historique ardennaise, Paris : A. Picard et fils, 1894-1914, tome neuvième année, mai-août 1902, p. 97-256. [Nota bene : ce périodique bimestriel édité entre 1894 et 1914 est un titre mort. Il ne saurait être confondu avec la Revue historique ardennaise publiée depuis 1969 à Charleville-Mézières par la Fédération des sociétés savantes des Ardennes, la Société d’études ardennaises (devenue la Société d’histoire des Ardennes) et la Société d’histoire et d’archéologie du Sedanais].


Cense Longueval, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Cense Longueval, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le terme de cense vient tout droit d’un état juridique compliqué et concerne un ensemble de terres à exploiter soumis au droit seigneurial.

AnnéeEn propreEn propre et censeEn cense seuleSans précision
1702257
17123352
17141232
1720914
17258231
La terre peut être en cense, en propre, ou les deux à la fois.

Le tenancier se doit donc d’acquitter « des droits seigneuriaux ». Le censitaire est un exploitant à « bail perpétuel », puisqu’on reconnaît des droits à sa famille jusqu’à l’extinction de celle-ci, au point que la cense[1] prend parfois le nom de la famille qui la cultive.


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales, articles C 2065-2659 = administrations et juridictions financières et fiscales, subdélégations de Champagne, 1585-1790].


Demi-louis d'or à la mèche longue, Monnaie du Louvre, Paris, 1643, avers (ou droit) représentant la tête laurée de Louis XIII le Juste à droite,  avec baies dans la couronne.
Demi-louis d’or à la mèche longue, Monnaie du Louvre, Paris, 1643, avers (ou droit) représentant la tête laurée de Louis XIII le Juste à droite, avec baies dans la couronne.

Le fermage est un autre mode de gestion de la terre. Le propriétaire foncier concède la terre dans le cadre d’un bail à terme, renouvelable tous les trois ans à cause « des roies » (ou assolement triennal), moyennant un loyer fixe, le plus souvent en argent.

Ces baux ruraux sont passés devant un notaire royal et, depuis le XVIe siècle, ils dépassent rarement la durée de neuf ans. Auparavant, ils pouvaient aller jusqu’à vingt-cinq ans, ce qui laissait une plus grande stabilité pour la gestion des biens.

Or, les guerres de la première moitié du XVIIe siècle et la dépression agricole qui se produit au XVIIIe siècle font que les propriétaires changent plus souvent de locataires, et que beaucoup de baux sont résiliés au bout de trois ou six ans.

Demi-écu d'argent, Monnaie de Matignon, Paris, 1643, avers (ou droit) représentant le buste lauré, drapé et cuirassé de Louis XIII le Juste à droite, avec baies dans la couronne.
Demi-écu d’argent, Monnaie de Matignon, Paris, 1643, avers (ou droit) représentant le buste lauré, drapé et cuirassé de Louis XIII le Juste à droite, avec baies dans la couronne.

Le Merbion, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Merbion, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les obligations du preneur sont codifiées dans le bail. C’est ce qu’on peut voir avec celui qui est passé en 1771 par devant Maître Watelier (notaire royal à Wasigny) entre Marie Peltier, dite « madame du Merbion » [1] d’une part et Jean Lespinois et sa femme Marie-Nicole Cousin d’autre part.

Le document est ainsi établi « pour trois, six, neuf années aux choix respectifs des parties en avertissant trois mois avant l’expiration desdites trois ou six années pour commencer le 1er mars 1772 ».

Bonnefantenmuseum (Maastricht, Pays-Bas), numéro d’inventaire 1004918, Polack, Jan, Saint Martin et le mendiant, peinture (panneau, tempera, feuille d'or), vers 1500, notice descriptive consultable en ligne.
Bonnefantenmuseum (Maastricht, Pays-Bas), numéro d’inventaire 1004918, Polack, Jan, Saint Martin et le mendiant, peinture (panneau, tempera, feuille d’or), vers 1500, notice descriptive consultable en ligne.

Il consiste en une ferme située au Prieuré près le Moulin Garot. Cette dernière est composée « d’un corps de logis, bâtiments, grange, écurie, jardin, chènevière, terres, prés, plants d’arbres à charge d’entretenir les bâtiments des réparations locatives, de tenir les jardins en bon état ainsi que les haies vives, de piocher le pied des arbres à fruits, de cultiver, labourer et ensemencer les terres dans leurs roies, payer les droits seigneuriaux […] pour une redevance de 180 livres plus une journée avec un attelage de bons chevaux pouvant être employée aux choses que ladite bailleuse jugera à propos. Le tout pour chacune année à la Saint-Martin d’hiver [2] ».


[1] Car veuve de Pierre Jadart du Merbion (1692-1759, major au régiment de Bergeret) et mère de Pierre Jadart du Merbion (1737-1797, général de division de la Révolution française).

[2] Archives départementales des Ardennes, 3E35 504 [série E = état civil, officiers publics et ministériels, sous-série 3E = notaires, articles 3E 35/1-613 = archives notariales de Wasigny].


Le Bochet et les Terres Jacques, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Bochet et les Terres Jacques, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Il arrive, et cela est vrai surtout à la fin du XVIIIe siècle, que des baux soient signés avec un locataire, mais que celui-ci, à son tour, sous-loue le bien.

C’est ce qui apparaît au moment de la vente des biens nationaux de l’émigré Courtin, où l’on constate que les signataires des baux (en particulier Michel Bolle et J. B. Mauroy) ne sont pas les véritables détenteurs, qui se révèlent être tantôt J. B. Fressancourt, Charles Thomas Devie ou Charles Thomas Miclet[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, Q 134 [série Q = domaines, enregistrements, hypothèques depuis 1790, cotes Q 127-147 = ventes de biens nationaux, fonds concernant les affiches de la vente et enregistrement des affiches de vente par districts, 1790-an IV].


Le Bochet, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Bochet, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Ces arrangements ont pour but premier d’accroître le bien foncier de l’une des parties, tout en procurant de l’argent liquide à l’autre. Cette dernière peut faire face à des besoins urgents pour régler des prélèvements tels : dîme, droits seigneuriaux, impôts royaux directs et indirects, etc.

Elle peut également réinvestir dans une autre terre, donnant ainsi aux paysans l’occasion de constituer des pièces de terre de superficies plus importantes, et de faciliter ainsi leur travail.

Terroir de La Romagne, avec vue sur La Ruelle, repérage topographique des lieux-dits effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Terroir de La Romagne, avec vue sur La Ruelle, repérage topographique des lieux-dits effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les Houis Bas, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Les Houis Bas, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

C’est ce qu’a dû prévoir en mars 1747 Jean Coutier, marchand demeurant à La Romagne, lorsqu’il achète à Charlotte Parisot (veuve de Thomas Devie) un quartel de terre au Pré Mellier budant[1] du couchant et d’un autre bout à un de ses biens.  La vente peut se révéler obligatoire, lorsque le bien est si éloigné qu’il est impossible de l’exploiter. C’est ce qu’est obligé de faire en 1714 Daniel L’Escholier (ou Lescoyer) habitant aux Houis, lorsqu’il hérite les biens familiaux situés sur les terroirs de Dohis et d’Iviers (Aisne). Il s’en sépare et les vend à un habitant de cette paroisse[2].


[1] Pour le sens de « budant à » (« attenant à »), voir Tamine, Michel, « Le vocabulaire toponymique de la limite : éléments d’un inventaire ardennais (suite et fin) », In Nouvelle revue d’onomastique, Paris : Société française d’onomastique, 1983-, n°33-34, 1999, p. 31-92, Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 4-X-1826 [périodique, consultable en ligne sur Persée].

[2] Archives privées et personnelles [source non communicable en raison d’un accord de confidentialité].


Terroir de La Romagne, avec vue sur Givron, repérage topographique des lieux-dits effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Terroir de La Romagne, avec vue sur Givron, repérage topographique des lieux-dits effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Du fait des nombreux partages intervenant à chaque succession, il est rare que des pièces de terre aient une superficie de plusieurs arpents, si un remembrement par rachat de terre n’a pas lieu. En étudiant les legs faits à l’église de la Romagne, ou à la lecture des actes notariés, les surfaces dont il est question dans tous ces actes se résument plus souvent à quelques pugnets[1], verges[2] ou quartels[3]. Tout ceci est lié à la division, lorsque c’est possible, de la pièce de terre en autant de lots que d’héritiers par des « experts nommés » pour apprécier ladite succession.


[1] Mesure agraire équivalant à un demi-quartel.

[2] Unité en vigueur dans les Ardennes  variant de 22 à 55 m2 selon le lieu.

[3] Surface représentant  le quart d’un arpent ou vingt-cinq verges.


Côte au Saint Foin (comprendre sainfoin),  repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Côte au Saint Foin (comprendre sainfoin), repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Des lots de même valeur, sans être forcément de même superficie, mais constitués chacun de pièces différentes, ne semblent pas être la norme. Ainsi, en trois générations, c’est l’émiettement et l’éparpillement le plus complet. Il ne reste plus qu’à échanger les terres quand cela est possible.

Le Woicheux, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Woicheux, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le Mont de Vergogne, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Mont de Vergogne, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La vente n’est pas la seule solution existant pour se procurer des liquidités. Le laboureur peut avoir recours à « une vente temporaire » ou avance d’argent garantie sur un bien foncier. C’est ce que pratique en avril 1709 Marin Letellier, laboureur demeurant au Mont de Vergogne. Il rencontre, comme bien de ses semblables, des difficultés avec cette terrible année.

Pour la somme de 200 livres, il vend à Jean Caneau, marchand résidant à La Cour Honorée, paroisse de Saint-Jean-aux-Bois, « une ‘mazure’, chènevière, jardin à arbres fruitiers en dépendant, six arpents de terre labourable, deux quartels de pré en deux pièces, trois autres pugnets ». L’ensemble provient de Pierre Leclerc et sa femme Poncette Sonnet, à la suite d’un acte signé devant le notaire royal de Lalobbe en 1692.

S’il parvient à rembourser la somme dans le délai imparti et en un seul paiement, il rentre dans son bien après avoir acquitté une « valeur locative » de 10 livres et deux paires de poulets pour chacune des trois années. Sinon, l’ensemble du bien sera acquis au preneur[1].


[1] Archives privées et personnelles [source non communicable en raison d’un accord de confidentialité].


La mare aux grenouilles des Houis Hauts, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
La mare aux grenouilles des Houis Hauts, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Cette façon d’emprunter pour se procurer des liquidités et faire face aux difficultés liées aux mauvaises récoltes se pratique aussi souvent que les paysans sont acculés. Les riches marchands ou les laboureurs y trouvent aussi grandement leur intérêt.

Ainsi, l’année 1776, marquée par de mauvaises récoltes, contraint Jean Cocu et sa femme Jeanne Gagneux à délaisser pour trois ans à Jean Philbert, laboureur de la paroisse de Rocquigny, une pièce de terre plantée de dix arbres fruitiers sise aux Houis, contre la somme de 150 livres. Or, le couple n’a aucune certitude de récupérer son bien si les années suivantes sont aussi médiocres ou s’il doit faire face à d’autres ennuis.

Ecu aux branches d'olivier, Lille, 1776, avers (ou droit) représentant le buste de Louis XVI à gauche, portant une veste brodée, avec l'ordre du Saint-Esprit, les cheveux noués sur la nuque par un ruban.
Ecu aux branches d’olivier, Lille, 1776, avers (ou droit) représentant le buste de Louis XVI à gauche, portant une veste brodée, avec l’ordre du Saint-Esprit, les cheveux noués sur la nuque par un ruban.

Musée du Louvre (Paris), numéro d'inventaire INV 606 [B 183] Santi, Raffaello, dit Raphaël, Saint Jean Baptiste dans le désert désignant la Croix de la Passion, bois transposé sur toile, 1e quart du XVIe siècle (vers 1516), notice descriptive consultable en ligne.
Musée du Louvre (Paris), numéro d’inventaire INV 606 [B 183] Santi, Raffaello, dit Raphaël, Saint Jean Baptiste dans le désert désignant la Croix de la Passion, bois transposé sur toile, 1e quart du XVIe siècle (vers 1516), notice descriptive consultable en ligne.

La vente d’une terre se fait en général au comptant. Il existe néanmoins d’autres arrangements qui permettent de pouvoir acquérir un lopin de terre, à une époque où le crédit tel que nous le connaissons n’existe pas.

Dans ce cas, le vendeur accepte dans l’acte de vente un paiement en plusieurs fois à date fixée d’avance, et sur un délai de quelques mois à quelques années (deux ans assez généralement). C’est ce que font Jean Lambert et sa femme Marie-Nicole Deschamps : ils acceptent que Jean Delahaye, laboureur qui a acquis en décembre 1745[1] un de leur biens situé « au Bois Diot » pour la somme de 72 livres le paie en quatre fois soit :

  • un quart à La Saint-Jean d’été[2] (juin) 1746 ;
  • un quart à la Saint-Martin d’hiver (décembre) 1746 ;
  • de même pour les deux derniers quarts aux dates identiques en 1747.

[1] Date de la rédaction de l’acte.

[2] Jean le Baptiste (de qui Jésus a reçu son baptême) est fêté le 24 juin. Il ne doit pas être confondu avec Jean l’Evangéliste (l’apôtre), célébré le 27 décembre (Saint-Jean d’hiver).


Prairies bordant le chemin de La Culée, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Prairies bordant le chemin de La Culée, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Comme l’équilibre entre les besoins alimentaires et la capacité de production est précaire, la pénurie menace toujours. C’est pourquoi les paysans qui ne disposent pas d’assez de terres pour en vivre sont les premiers à souffrir des difficultés économiques.

Le Woicheux, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Woicheux, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Pour tenter de survivre, à défaut de mieux vivre, ils se mettent au service d’un laboureur comme manouvrier. Ou, comme le note le curé en 1774, conscient de l’état constant de pauvreté d’un grand nombre de ses paroissiens, ils « travaillent pendant l’hiver dans les bois tandis que l’été, ils essaient de trouver des places pour faucher dans les prés et pour couper les blés ».

D’autres exercent une seconde profession (comme celle de marchand) ou, s’ils le peuvent, louent des terres pour essayer de se mettre à l’abri du besoin.

Le pré Pigneau, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le pré Pigneau, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La Révolution change le mode d’exploitation agricole et remanie les arrangements qui peuvent exister entre propriétaires et exploitants de la terre.