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Le cheval, un compagnon indispensable à La Romagne


Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 2008-99049, Roche, Daniel, La culture équestre occidentale, XVI e -XIX e siècle : l'ombre du cheval. I, Le cheval moteur : essai sur l'utilité équestre, Paris : Fayard, 2008, 479 p.
Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 2008-99049, Roche, Daniel, La culture équestre occidentale, XVI e -XIX e siècle : l’ombre du cheval. I, Le cheval moteur : essai sur l’utilité équestre, Paris : Fayard, 2008, 479 p.

Le rôle des chevaux est considérable dans la société rurale ancienne. Les inventaires après décès en signalent la présence à La Romagne, sans être explicites, que ce soit sur leur  race ou leur robe. On voit ainsi évoquer pour seul descriptif « poil rouge[1] », « poil jaune[2] », « poil gris ». C’est un peu succinct pour affirmer qu’il s’agit de chevaux ardennais. On peut penser que ces derniers sont des chevaux assez robustes, dont la race se serait modifiée quelque peu au XVIIe siècle. Ceci s’explique par la guerre de Trente Ans et la présence dans la région axonaise et ardennaise de la cavalerie espagnole, dont les montures étaient d’une autre origine.


[1] Un rouan vineux ?

[2] Un alezan ?


Brossage de Gonzague, hongre ardennais bai cerise, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de madame Stéphanie Bosserelle, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Brossage de Gonzague, hongre ardennais bai cerise, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de madame Stéphanie Bosserelle, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Après la paix et le début du règne de Louis XIV, Colbert se saisit de ce problème d’abatardissement par un édit de juin 1665, car cet équidé est utilisé dans la cavalerie française. Or, cette dernière ne peut agir au mieux qu’en ayant des chevaux fiables. Turenne a, de 1672 à 1675, d’importants besoins pour mener ses campagnes en Allemagne, et ses demandes concernent des Ardennais. Ce cheval régional reprend toutes ses qualités aux siècles suivants, grâce aux soins attentifs qu’il reçoit, et à l’intérêt manifesté pour cette race.

Harnachement de Gonzague, hongre ardennais bai cerise, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de madame Stéphanie Bosserelle, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Harnachement de Gonzague, hongre ardennais bai cerise, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de madame Stéphanie Bosserelle, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Au XIXe siècle, dans les armées napoléoniennes, il est le cheval des dragons, des lanciers mais aussi des artilleurs qui apprécient ses qualités de tirage des pièces de canon.

Entraînement au pneu pour virer à gauche de Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Entraînement au pneu pour virer à gauche de Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Harnachement complet (bride, collier, fessière, mors, sellette, sous-ventrière, surdos) de Droopy du Tivoli, cheval de trait ardennais, prise de vue effectuée le mardi 21 septembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire [identité non communicable en raison d’un accord de confidentialité], de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Harnachement complet (bride, collier, fessière, mors, sellette, sous-ventrière, surdos) de Droopy du Tivoli, cheval de trait ardennais rouan, prise de vue effectuée le mardi 21 septembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire [identité non communicable en raison d’un accord de confidentialité], de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Pour un paysan des XVe et XVIIe siècles, avoir un cheval est un signe d’aisance, car cela nécessite divers investissements (nourriture en avoine, harnachement, ferrage), des apprentissages (débourrage, mise aux brancards) et des soins pour éviter les maladies. Celles-ci sont nombreuses[1] comme la pneumonie, la pleurésie, les ophtalmies, les coliques, la gourme[2], la morve[3], le farcin[4]  ou la gale.


[1] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-6516819, Dubroca, Daniel, Traité des chevaux ardennais, ce qu’ils étaient, ce qu’ils sont, ce qu’ils peuvent et doivent être, Charleville : Jules Huart, imprimeur, 1846, 123 p., p. 82-111, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, S-26453, consultable en ligne sur Gallica.

[2] Maladie des voies respiratoires due à une bactérie, fréquente chez des sujets de moins de cinq ans.

[3] Maladie infectieuse qui peut se transmettre à l’homme.

[4] Manifestation sous forme de gonflements sur la peau de la morve.


Entraînement au pneu pour tracer un sillon de Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Entraînement au pneu pour tracer un sillon de Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Un cheval permet à son propriétaire de faire les labours à la bonne époque, alors que celui qui n’en a pas doit louer « des journées » pour accomplir les tâches agricoles. Celles-ci parfois s’en trouvent retardées, et accomplies à des moments moins propices.

Entraînement au pneu pour apprendre à tourner de Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Entraînement au pneu pour apprendre à tourner de Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Entraînement au pneu sur sol montueux de Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Entraînement au pneu sur sol montueux de Diva, jument ardennaise rouanne, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les chevaux ardennais sont appréciés pour cette tâche agricole car « les pieds ne s’enfoncent pas dans un sol ameublé[1] ou sablonneux, et c’est pourquoi ils sont très utiles au travail de la terre[2] ». D’autre part, l’Ardennais « ne crée pas d’ornière, sa démarche régularise les infiltrations d’eau et l’empreinte des sabots fixe le ruissellement et le freine[3]. »


[1] Lire « ameubli » (rendu meuble).

[2] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-9601451, Robien, Henry de, Le Cheval ardennais en Lorraine – au pays d’Ardennes, Paris : Lucien Laveur, éditeur, 1909, VIII-52 p., p. 44, texte numérisé d’après l’original du Château-Musée de Saumur, 2015-87468, consultable en ligne sur Gallica.

[3] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 2008-99049, La culture équestre occidentale, XVIe-XIXe siècle : l’ombre du cheval. I, Le cheval moteur : essai sur l’utilité équestre, Paris : Fayard, 2008, 479 p., p. 124.


Transport de troncs d'arbres à La Romagne, photographie ancienne en noir et blanc (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur René Lelong †).
Transport de troncs d’arbres à La Romagne, photographie ancienne en noir et blanc (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur René Lelong †).

Ce cheval est aussi très utile pour rentrer les récoltes dans les granges, le débardage du bois, les déplacements en carriole ou en cabriolet pour les plus aisés. Dans la première moitié du XVIIIe siècle, le curé signale qu’il ne peut atteindre certains hameaux éloignés de La Romagne d’un quart de lieue car il est « difficile d’aller sans un cheval à cause d’un petit ruisseau qu’il y a à passer à moins qu’on ne fasse un détour d’un quart de lieue »[1]. Pour cet ecclésiastique, un cheval est un moyen d’action indispensable pour se rendre auprès des malades ou des mourants vivant dans les hameaux éloignés de la paroisse, surtout en hiver.


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 2G 268 [série G = clergé séculier, sous-série 2G = fonds de l’archevêché de Reims, cotes 2G 267-268, = doyenné de Rethel (1248-1790)].


Louis d'or, Metz, 1787, avers (ou droit) représentant la tête nue de Louis XVI à gauche, avec la légende circulaire  « LUD. XVI. D. G. FR. ET NAV. REX ».
Louis d’or, Metz, 1787, avers (ou droit) représentant la tête nue de Louis XVI à gauche, avec la légende circulaire « LUD. XVI. D. G. FR. ET NAV. REX ».

L’état des routes est mauvais : depuis le XVe siècle, la réparation des chemins est à la charge des communautés. Sully essaie d’améliorer le système en créant des « voyeurs », qui examinent les routes et chemins pour fixer avec les syndics communaux le nombre de jours nécessaires pour les réparations. Louis XIV institue la corvée royale, à laquelle les intendants ont recours. Elle est impopulaire, car elle pèse lourdement sur le monde rural.

Liée au nombre de chevaux possédés, elle doit être effectuée le plus souvent au moment où les travaux des champs sont les plus importants. Pour pallier ces désagréments, à partir de 1776, les paroisses peuvent opter pour une contribution et remplacer ainsi les douze jours de corvée. C’est le choix fait par le village, qui doit s’acquitter de la somme de 207 livres en 1787 et 1789.


Char à foin, prise de vue effectuée le mardi 21 septembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes).  Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Char à foin, prise de vue effectuée le mardi 21 septembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A partir de la Révolution, chaque cultivateur devient susceptible de fournir des chevaux « pour la République ». En brumaire An IV[1], le village dispose désormais de soixante-dix chevaux (à titre de comparaison, soixante sont répertoriés en 1773). Il est obligé d’envoyer une attelée de quatre chevaux pour porter du fourrage et des grains vers le Luxembourg, Rethel et Mézières, afin d’approvisionner les magasins militaires. Le canton doit fournir de son côté en tout huit voitures. Le mois suivant, ce sont seize voitures cantonales qui doivent être cédées, et trois nouveaux chevaux pour le village[2].


[1] Soit octobre 1795.

[2] Archives départementales des Ardennes, L 1336 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII), articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales, cotes L 1336-1337 = Canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819].


Hôtesse de Damouzy, jument ardennaise bai brun en train de manger du foin,  prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Hôtesse de Damouzy, jument ardennaise bai brun en train de manger du foin, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Parfois, probablement las des réquisitions continuelles, les cultivateurs essaient de résister et de tromper les commissions. C’est ce que fait Thomas Devie, qui aurait dû montrer une jument lui appartenant, et qui n’a pas présenté le bon cheval à un examen pour faire établir un certificat. Comme les commissaires ont remarqué le subterfuge, il va devoir la conduire au plus vite sous peine de confiscation. L’absence d’un jugement ultérieur semble prouver qu’il s’est exécuté. Il figure parmi les laboureurs qui doivent toujours être prêts à produire leurs chevaux en cas de réquisition. Rien que pour l’an VII[1], Charles Thomas, Thomas Devie, Jean-Baptiste Baule[2] et Pierre-Simon Legros sont sollicités à plusieurs reprises : ils doivent tenir leurs chevaux à disposition pour le choix qui devra être fait d’une réquisition[3].


[1] 1798.

[2] Bolle.

[3] Archives départementales des Ardennes, L 1236-1337 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII), articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales, cotes L 1336-1337 = Canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819].


Muséum-aquarium de Nancy, galerie de zoologie, numéro d'inventaire 2014.3.1, Bourguet, Michel (créateur), naturalisation de cheval de trait ardennais, cuir, métal, polyuréthane, bois, 2012, notice consultable en ligne sur le site de l'association Musées Grand Est (Metz).
Muséum-aquarium de Nancy, galerie de zoologie, numéro d’inventaire 2014.3.1, Bourguet, Michel (créateur), naturalisation de cheval de trait ardennais, cuir, métal, polyuréthane, bois, 2012, notice consultable en ligne sur le site de l’association Musées Grand Est (Metz).

Ceux dont les chevaux sont sollicités sont indemnisés par l’ensemble des propriétaires d’équidés de la commune, sachant que ces derniers seront ensuite remboursés de leurs avances par l’Etat[1]. Mais l’argent ne rentre pas toujours très vite, la République étant souvent à court d’argent !


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1337 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII), articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales, cotes L 1336-1337 = Canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819].


Musée des beaux-arts et d'archéologie (Besançon), numéro d’inventaire B.990.1.1,
Swebach, Bernard Edouard (peintre, aquarelliste, graveur), La Retraite de Russie, huile sur toile, 1838, notice consultable en ligne sur Mémoire vive, le patrimoine numérisé de Besançon.
Musée des beaux-arts et d’archéologie (Besançon), numéro d’inventaire B.990.1.1,
Swebach, Bernard Edouard (peintre, aquarelliste, graveur), La Retraite de Russie, huile sur toile, 1838, notice consultable en ligne sur Mémoire vive, le patrimoine numérisé de Besançon.

Les états préparatoires et les réquisitions se poursuivent jusqu’à la fin de l’Empire, car les armées impériales sont grandes consommatrices de chevaux. En effet, Napoléon utilise des levées, en particulier d’Ardennais, pour le convoyage de ses pièces d’artillerie : un état dénombre, pour La Romagne, quatre-vingt-quatre chevaux susceptibles d’être réquisitionnés en 1813. Il est à noter que la plupart des chevaux qui sont sortis de la bataille de la Bérézina étaient ces robustes bêtes, ce que corrobore cette remarque de Paul Diffloth[1] : « Les chevaux semèrent de leurs cadavres la route de la retraite ; seuls, les chevaux ardennais, accoutumés au rude climat de leur pays, supportèrent vaillamment ces épreuves et ramenèrent en France l’artillerie impériale[2]. »


[1] Ingénieur agronome, professeur spécial d’agriculture.

[2] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-3410797, Diffloth, Paul, Races chevalines : zootechnie, Paris : J.-B. Baillière et fils, 1909, VIII-467 p.-20 pl., « Encyclopédie agricole », p.192-193, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-S-12845, consultable en ligne sur Gallica. Cité par Zeer, Joseph-Théophile, Le cheval ardennais dans l’Est, Paris : Berger-Levrault, 1925, XV-124 p.-VI pl., p.3, Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-6527919, texte numérisé d’après l’original de l’Institut français du cheval et de l’équitation, 2013-100035, consultable en ligne sur Gallica.


Le nombre d’équidés susceptibles d’être réquisitionnés parmi l’ensemble de ceux qui sont possédés par les différents propriétaires romanais passe en 1817 à quatre-vingt-quatorze[1].

Nom du propriétaire des chevauxNombre de chevaux possédés en 1813Nombres de chevaux possédés en 1817
J.-B. Boudié44
J. Charles Boudié44
Boudsocq (meunier)11
J.-B. Canard33
J. Deligny35
J.-B. Devie810
Pierre Devie (militaire)33
François Devie22
Pierre Nicolas Devie45
Louis Devie34
J.-B. Dupont24
J. Charles Dupont67
Hubert Langlet34
Laroche (tailleur)03
Hubert Laroche22
Hubert Laroche (garçon)11
Pierre Laroche44
Simon Legros79
Jean Lepinois34
J.-B. Mauroy34
Gérard Merlin88
Marie-Jeanne Merlin56
J.-B. Thomas33
Bonnais (Bois Diot)02
Les propriétaires de chevaux de La Romagne du XIX e siècle peuvent voir leurs animaux réquisitionnés.

[1] Archives départementales des Ardennes, 7J 43 [série J = archives d’origine privée (entrées par voie d’achat, don, legs ou dépôt), sous-série 7J = collection du docteur Octave Guelliot, érudit local, cote 7J 43 = ex-libris ardennais].


Roger-Viollet (Firme), référence 79448-14, Guerre 1914-1918. Homme peignant un cheval blanc en marron pour le camoufler, prise de vue du 1e  juin 1915, notice consultable en ligne sur le site de agence photographique (commanditaire).
Roger-Viollet (Firme), référence 79448-14, Guerre 1914-1918. Homme peignant un cheval blanc en marron pour le camoufler, prise de vue du 1e juin 1915, notice consultable en ligne sur le site de agence photographique (commanditaire).

Même si les guerres s’estompent sur le territoire français de 1815 à 1870, des états de chevaux à réquisitionner sont dressés dans le but de faire face à un éventuel conflit. Il en sera de même jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. L’arrondissement de Rethel compte encore en 1929 plus de dix mille chevaux, et une station de monte se trouve installée par l’administration des haras à Rocquigny.


Inventée par Émeric Lesix en 1859, la trépigneuse est un manège qui utilise la force motrice du cheval pour faire fonctionner des machines agricoles. Prise de vue effectuée le mardi 21 septembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes).  Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Inventée par Émeric Lesix en 1859, la trépigneuse est un manège qui utilise la force motrice du cheval pour faire fonctionner des machines agricoles. Prise de vue effectuée le mardi 21 septembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A partir des années 1950, le nombre des chevaux diminue à cause du développement de l’utilisation des tracteurs et des automobiles, mais aussi en raison d’une évolution des exploitations agricoles, qui se tournent non plus vers la culture mais vers l’élevage.

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Le travail de la terre à La Romagne, du laboureur au manouvrier


Débourrage de Diva, cheval de trait ardennais, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l'aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l'association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Débourrage de Diva, cheval de trait ardennais, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A côté des possesseurs les plus importants du village, que sont les religieux et les seigneurs de Chaumont, se trouvent des laboureurs qui sont propriétaires de tout ou partie des terres qu’ils cultivent. Pour cela, il leur faut disposer du matériel agricole nécessaire, et d’au moins deux chevaux à atteler pour pouvoir labourer.

Droopy du Tivoli, cheval de trait ardennais rouan, prise de vue effectuée le mardi 21 septembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l'aimable autorisation de son propriétaire [identité non communicable en raison d’un accord de confidentialité], de l'association Les Sabots du relais.  Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Droopy du Tivoli, cheval de trait ardennais rouan, prise de vue effectuée le mardi 21 septembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire [identité non communicable en raison d’un accord de confidentialité], de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Brabant (charrue), prise de vue effectuée le vendredi 23 juillet 2021 devant l'auberge de Gironval, à Thin-le-Moutier (Ardennes), avec l'aimable autorisation de madame Agnès Ayer. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Brabant (charrue), prise de vue effectuée le vendredi 23 juillet 2021 devant l’auberge de Gironval, à Thin-le-Moutier (Ardennes), avec l’aimable autorisation de madame Agnès Ayer. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Pour disposer d’une charrue, il faut au minimum exploiter de quarante à soixante arpents (soit environ quinze à vingt-cinq hectares). Il s’agit donc de laboureurs assez aisés et ils sont très peu nombreux dans le village[1].

AnnéeUne charrueUne demi-charrueAucune indication
1702113
1712391
1714143
1720410
172577
La possession d’une charrue témoigne d’un certain statut social.

[1] Archives départementales de la Marne, centre de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales, articles C 2065-2659 = administrations et juridictions financières et fiscales, subdélégations de Champagne, 1585-1790].


 Cense Longueval, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Cense Longueval, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A côté d’eux, de petits laboureurs à « demi ou quart de charrue », dont nous parle Terwel[1] partagent avec une (voire deux ou trois autres personnes) la propriété des instruments aratoires. C’est d’autant plus possible que, bien souvent, on exploite une ferme ou cense (encore appelée tenure) en famille.


[1] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, microfiche, MFICHE 8-LC20-57, Graffin, Roger ; Jadart, Henri ; Laurent, Paul, « Les notices cadastrales de Terwel sur les villages de la frontière de Champagne en 1657 », in Revue historique ardennaise, Paris : A. Picard et fils, 1894-1914, tome neuvième année, mai-août 1902, p. 97-256. [Nota bene : ce périodique bimestriel édité entre 1894 et 1914 est un titre mort. Il ne saurait être confondu avec la Revue historique ardennaise publiée depuis 1969 à Charleville-Mézières par la Fédération des sociétés savantes des Ardennes, la Société d’études ardennaises (devenue la Société d’histoire des Ardennes) et la Société d’histoire et d’archéologie du Sedanais].


Cense Longueval, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Cense Longueval, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le terme de cense vient tout droit d’un état juridique compliqué et concerne un ensemble de terres à exploiter soumis au droit seigneurial.

AnnéeEn propreEn propre et censeEn cense seuleSans précision
1702257
17123352
17141232
1720914
17258231
La terre peut être en cense, en propre, ou les deux à la fois.

Le tenancier se doit donc d’acquitter « des droits seigneuriaux ». Le censitaire est un exploitant à « bail perpétuel », puisqu’on reconnaît des droits à sa famille jusqu’à l’extinction de celle-ci, au point que la cense[1] prend parfois le nom de la famille qui la cultive.


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales, articles C 2065-2659 = administrations et juridictions financières et fiscales, subdélégations de Champagne, 1585-1790].


Demi-louis d'or à la mèche longue, Monnaie du Louvre, Paris, 1643, avers (ou droit) représentant la tête laurée de Louis XIII le Juste à droite,  avec baies dans la couronne.
Demi-louis d’or à la mèche longue, Monnaie du Louvre, Paris, 1643, avers (ou droit) représentant la tête laurée de Louis XIII le Juste à droite, avec baies dans la couronne.

Le fermage est un autre mode de gestion de la terre. Le propriétaire foncier concède la terre dans le cadre d’un bail à terme, renouvelable tous les trois ans à cause « des roies » (ou assolement triennal), moyennant un loyer fixe, le plus souvent en argent.

Ces baux ruraux sont passés devant un notaire royal et, depuis le XVIe siècle, ils dépassent rarement la durée de neuf ans. Auparavant, ils pouvaient aller jusqu’à vingt-cinq ans, ce qui laissait une plus grande stabilité pour la gestion des biens.

Or, les guerres de la première moitié du XVIIe siècle et la dépression agricole qui se produit au XVIIIe siècle font que les propriétaires changent plus souvent de locataires, et que beaucoup de baux sont résiliés au bout de trois ou six ans.

Demi-écu d'argent, Monnaie de Matignon, Paris, 1643, avers (ou droit) représentant le buste lauré, drapé et cuirassé de Louis XIII le Juste à droite, avec baies dans la couronne.
Demi-écu d’argent, Monnaie de Matignon, Paris, 1643, avers (ou droit) représentant le buste lauré, drapé et cuirassé de Louis XIII le Juste à droite, avec baies dans la couronne.

Le Merbion, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Merbion, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les obligations du preneur sont codifiées dans le bail. C’est ce qu’on peut voir avec celui qui est passé en 1771 par devant Maître Watelier (notaire royal à Wasigny) entre Marie Peltier, dite « madame du Merbion » [1] d’une part et Jean Lespinois et sa femme Marie-Nicole Cousin d’autre part.

Le document est ainsi établi « pour trois, six, neuf années aux choix respectifs des parties en avertissant trois mois avant l’expiration desdites trois ou six années pour commencer le 1er mars 1772 ».

Bonnefantenmuseum (Maastricht, Pays-Bas), numéro d’inventaire 1004918, Polack, Jan, Saint Martin et le mendiant, peinture (panneau, tempera, feuille d'or), vers 1500, notice consultable en ligne.
Bonnefantenmuseum (Maastricht, Pays-Bas), numéro d’inventaire 1004918, Polack, Jan, Saint Martin et le mendiant, peinture (panneau, tempera, feuille d’or), vers 1500, notice consultable en ligne.

Il consiste en une ferme située au Prieuré près le Moulin Garot. Cette dernière est composée « d’un corps de logis, bâtiments, grange, écurie, jardin, chènevière, terres, prés, plants d’arbres à charge d’entretenir les bâtiments des réparations locatives, de tenir les jardins en bon état ainsi que les haies vives, de piocher le pied des arbres à fruits, de cultiver, labourer et ensemencer les terres dans leurs roies, payer les droits seigneuriaux […] pour une redevance de 180 livres plus une journée avec un attelage de bons chevaux pouvant être employée aux choses que ladite bailleuse jugera à propos. Le tout pour chacune année à la Saint-Martin d’hiver [2] ».


[1] Car veuve de Pierre Jadart du Merbion (1692-1759, major au régiment de Bergeret) et mère de Pierre Jadart du Merbion (1737-1797, général de division de la Révolution française).

[2] Archives départementales des Ardennes, 3E35 504 [série E = état civil, officiers publics et ministériels, sous-série 3E = notaires, articles 3E 35/1-613 = archives notariales de Wasigny].


Le Bochet et les Terres Jacques, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Bochet et les Terres Jacques, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Il arrive, et cela est vrai surtout à la fin du XVIIIe siècle, que des baux soient signés avec un locataire, mais que celui-ci, à son tour, sous-loue le bien.

C’est ce qui apparaît au moment de la vente des biens nationaux de l’émigré Courtin, où l’on constate que les signataires des baux (en particulier Michel Bolle et J. B. Mauroy) ne sont pas les véritables détenteurs, qui se révèlent être tantôt J. B. Fressancourt, Charles Thomas Devie ou Charles Thomas Miclet[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, Q 134 [série Q = domaines, enregistrements, hypothèques depuis 1790, cotes Q 127-147 = ventes de biens nationaux, fonds concernant les affiches de la vente et enregistrement des affiches de vente par districts, 1790-an IV].


Le Bochet, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Bochet, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Ces arrangements ont pour but premier d’accroître le bien foncier de l’une des parties, tout en procurant de l’argent liquide à l’autre. Cette dernière peut faire face à des besoins urgents pour régler des prélèvements tels : dîme, droits seigneuriaux, impôts royaux directs et indirects, etc.

Elle peut également réinvestir dans une autre terre, donnant ainsi aux paysans l’occasion de constituer des pièces de terre de superficies plus importantes, et de faciliter ainsi leur travail.

Terroir de La Romagne, avec vue sur La Ruelle, repérage topographique des lieux-dits effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Terroir de La Romagne, avec vue sur La Ruelle, repérage topographique des lieux-dits effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les Houis Bas, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Les Houis Bas, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

C’est ce qu’a dû prévoir en mars 1747 Jean Coutier, marchand demeurant à La Romagne, lorsqu’il achète à Charlotte Parisot (veuve de Thomas Devie) un quartel de terre au Pré Mellier budant[1] du couchant et d’un autre bout à un de ses biens.  La vente peut se révéler obligatoire, lorsque le bien est si éloigné qu’il est impossible de l’exploiter. C’est ce qu’est obligé de faire en 1714 Daniel L’Escholier (ou Lescoyer) habitant aux Houis, lorsqu’il hérite les biens familiaux situés sur les terroirs de Dohis et d’Iviers (Aisne). Il s’en sépare et les vend à un habitant de cette paroisse[2].


[1] Pour le sens de « budant à » (« attenant à »), voir Tamine, Michel, « Le vocabulaire toponymique de la limite : éléments d’un inventaire ardennais (suite et fin) », In Nouvelle revue d’onomastique, Paris : Société française d’onomastique, 1983-, n°33-34, 1999, p. 31-92, Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 4-X-1826 [périodique, consultable en ligne sur Persée].

[2] Archives privées et personnelles [source non communicable en raison d’un accord de confidentialité].


Terroir de La Romagne, avec vue sur Givron, repérage topographique des lieux-dits effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Terroir de La Romagne, avec vue sur Givron, repérage topographique des lieux-dits effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Du fait des nombreux partages intervenant à chaque succession, il est rare que des pièces de terre aient une superficie de plusieurs arpents, si un remembrement par rachat de terre n’a pas lieu. En étudiant les legs faits à l’église de la Romagne, ou à la lecture des actes notariés, les surfaces dont il est question dans tous ces actes se résument plus souvent à quelques pugnets[1], verges[2] ou quartels[3]. Tout ceci est lié à la division, lorsque c’est possible, de la pièce de terre en autant de lots que d’héritiers par des « experts nommés » pour apprécier ladite succession.


[1] Mesure agraire équivalant à un demi-quartel.

[2] Unité en vigueur dans les Ardennes  variant de 22 à 55 m2 selon le lieu.

[3] Surface représentant  le quart d’un arpent ou vingt-cinq verges.


Côte au Saint Foin (comprendre sainfoin),  repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Côte au Saint Foin (comprendre sainfoin), repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Des lots de même valeur, sans être forcément de même superficie, mais constitués chacun de pièces différentes, ne semblent pas être la norme. Ainsi, en trois générations, c’est l’émiettement et l’éparpillement le plus complet. Il ne reste plus qu’à échanger les terres quand cela est possible.

Le Woicheux, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Woicheux, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le Mont de Vergogne, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Mont de Vergogne, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La vente n’est pas la seule solution existant pour se procurer des liquidités. Le laboureur peut avoir recours à « une vente temporaire » ou avance d’argent garantie sur un bien foncier. C’est ce que pratique en avril 1709 Marin Letellier, laboureur demeurant au Mont de Vergogne. Il rencontre, comme bien de ses semblables, des difficultés avec cette terrible année.

Pour la somme de 200 livres, il vend à Jean Caneau, marchand résidant à La Cour Honorée, paroisse de Saint-Jean-aux-Bois, « une ‘mazure’, chènevière, jardin à arbres fruitiers en dépendant, six arpents de terre labourable, deux quartels de pré en deux pièces, trois autres pugnets ». L’ensemble provient de Pierre Leclerc et sa femme Poncette Sonnet, à la suite d’un acte signé devant le notaire royal de Lalobbe en 1692.

S’il parvient à rembourser la somme dans le délai imparti et en un seul paiement, il rentre dans son bien après avoir acquitté une « valeur locative » de 10 livres et deux paires de poulets pour chacune des trois années. Sinon, l’ensemble du bien sera acquis au preneur[1].


[1] Archives privées et personnelles [source non communicable en raison d’un accord de confidentialité].


La mare aux grenouilles des Houis Hauts, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
La mare aux grenouilles des Houis Hauts, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Cette façon d’emprunter pour se procurer des liquidités et faire face aux difficultés liées aux mauvaises récoltes se pratique aussi souvent que les paysans sont acculés. Les riches marchands ou les laboureurs y trouvent aussi grandement leur intérêt.

Ainsi, l’année 1776, marquée par de mauvaises récoltes, contraint Jean Cocu et sa femme Jeanne Gagneux à délaisser pour trois ans à Jean Philbert, laboureur de la paroisse de Rocquigny, une pièce de terre plantée de dix arbres fruitiers sise aux Houis, contre la somme de 150 livres. Or, le couple n’a aucune certitude de récupérer son bien si les années suivantes sont aussi médiocres ou s’il doit faire face à d’autres ennuis.

Ecu aux branches d'olivier, Lille, 1776, avers (ou droit) représentant le buste de Louis XVI à gauche, portant une veste brodée, avec l'ordre du Saint-Esprit, les cheveux noués sur la nuque par un ruban.
Ecu aux branches d’olivier, Lille, 1776, avers (ou droit) représentant le buste de Louis XVI à gauche, portant une veste brodée, avec l’ordre du Saint-Esprit, les cheveux noués sur la nuque par un ruban.

Musée du Louvre (Paris), numéro d'inventaire INV 606 [B 183] Santi, Raffaello, dit Raphaël, Saint Jean Baptiste dans le désert désignant la Croix de la Passion, bois transposé sur toile, 1e quart du XVIe siècle (vers 1516), notice consultable en ligne.
Musée du Louvre (Paris), numéro d’inventaire INV 606 [B 183] Santi, Raffaello, dit Raphaël, Saint Jean Baptiste dans le désert désignant la Croix de la Passion, bois transposé sur toile, 1e quart du XVIe siècle (vers 1516), notice consultable en ligne.

La vente d’une terre se fait en général au comptant. Il existe néanmoins d’autres arrangements qui permettent de pouvoir acquérir un lopin de terre, à une époque où le crédit tel que nous le connaissons n’existe pas.

Dans ce cas, le vendeur accepte dans l’acte de vente un paiement en plusieurs fois à date fixée d’avance, et sur un délai de quelques mois à quelques années (deux ans assez généralement). C’est ce que font Jean Lambert et sa femme Marie-Nicole Deschamps : ils acceptent que Jean Delahaye, laboureur qui a acquis en décembre 1745[1] un de leur biens situé « au Bois Diot » pour la somme de 72 livres le paie en quatre fois soit :

  • un quart à La Saint-Jean d’été[2] (juin) 1746 ;
  • un quart à la Saint-Martin d’hiver (décembre) 1746 ;
  • de même pour les deux derniers quarts aux dates identiques en 1747.

[1] Date de la rédaction de l’acte.

[2] Jean le Baptiste (de qui Jésus a reçu son baptême) est fêté le 24 juin. Il ne doit pas être confondu avec Jean l’Evangéliste (l’apôtre), célébré le 27 décembre (Saint-Jean d’hiver).


Prairies bordant le chemin de La Culée, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Prairies bordant le chemin de La Culée, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Comme l’équilibre entre les besoins alimentaires et la capacité de production est précaire, la pénurie menace toujours. C’est pourquoi les paysans qui ne disposent pas d’assez de terres pour en vivre sont les premiers à souffrir des difficultés économiques.

Le Woicheux, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Woicheux, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Pour tenter de survivre, à défaut de mieux vivre, ils se mettent au service d’un laboureur comme manouvrier. Ou, comme le note le curé en 1774, conscient de l’état constant de pauvreté d’un grand nombre de ses paroissiens, ils « travaillent pendant l’hiver dans les bois tandis que l’été, ils essaient de trouver des places pour faucher dans les prés et pour couper les blés ».

D’autres exercent une seconde profession (comme celle de marchand) ou, s’ils le peuvent, louent des terres pour essayer de se mettre à l’abri du besoin.

Le pré Pigneau, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le pré Pigneau, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La Révolution change le mode d’exploitation agricole et remanie les arrangements qui peuvent exister entre propriétaires et exploitants de la terre.