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Maréchaussée et gendarmerie à La Romagne et dans les villages du ressort de la brigade de Rethel, puis du canton de Rocquigny (1720-1799)


La création des maréchaussées date de la guerre de Cent Ans[1]. Elles sont destinées à la surveillance des gens de guerre, dont le comportement se doit d’être encadré, et ce, d’autant qu’ils sont accompagnés de pillards, quand ils ne pratiquent pas eux-mêmes cette activité.

D’abord temporaires, elles deviennent permanentes dès les années 1445-1448, lorsqu’elles commencent à disposer de pouvoirs de police.


[1] Ce conflit débute en 1337, lorsque Philippe VI confisque la Guyenne, provoquant la revendication de la couronne de France par Édouard III. Après plusieurs affrontements, dont la bataille navale d’Arnemuiden (1338), le conflit s’achève en 1453 avec la reprise de Bordeaux par les Français.


Vitrine d'armes de la maréchaussée au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vitrine d’armes de la maréchaussée au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

C’est une institution à caractère militaire, qui prend l’aspect de compagnies prévôtales, avec un prévôt[1] à la tête de chacune. Sous François Ier, les compétences judiciaires s’élargissent, et concernent tout autant les soldats que les civils, afin d’assurer la sécurité publique, la sûreté des villes et des campagnes.


[1]« Anciennement. Titre donné, sous l’Ancien Régime, à certains officiers ou magistrats chargés d’une juridiction ou préposés à des tâches de justice et de police. Prévôt royal, seigneurial. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


L’on peut attribuer à ce roi la conception des patrouilles routières. La nécessité de surveiller les grands chemins, et les routes secondaires, s’impose bientôt comme une évidence, si le pouvoir royal veut :

  • le respect de ses intérêts dans tout le royaume ;
  • un courrier officiel plus facilement transmis ;
  • un transfert des prisonniers facilité ;
  • le rendu de la justice à tous ses sujets.

C’est ainsi que se développe la maréchaussée provinciale, dont les salaires sont ainsi répartis dans la première moitié du XVIe siècle :

  • 300 livres pour le prévôt ;
  • 120 livres pour le greffier et l’archer.

Archers de la maréchaussée en patrouille (1720), Pierre Benigni, 1er quart du 20e siècle : dessin à l’aquarelle sur papier ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.2007.02181, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.
Archers de la maréchaussée en patrouille (1720), Pierre Benigni, 1er quart du 20e siècle : dessin à l’aquarelle sur papier ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.2007.02181, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.

Par la suite, Henri III partage la France en quatre commandements, attribués au connétable et aux trois maréchaux de France, avec la restriction que les lieutenants (subordonnés des prévôts) ne peuvent disposer des archers que sur l’autorisation de leur supérieur.

Ce roi crée ce que l’on peut appeler un premier équipement uniforme : un armet[1], un corps de cuirasse, des tassettes [2], une lance, une épée et un bon cheval.


[1] « Armure de tête des gens de guerre, de la fin du XVe siècle à la fin du XVIe siècle. », selon le Centre national de ressources textuelles et lexicales.

[2] « Anciennement. Pièce d’armure qui protégeait le haut de la cuisse. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Fragment de la table de marbre du connétable de la maréchaussée, après 1618, au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Fragment de la table de marbre du connétable de la maréchaussée, après 1618, au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Il faut distinguer, jusqu’à la Révolution, la maréchaussée de la gendarmerie de France[1]. La maréchaussée tire son nom de la juridiction des maréchaux de France.

Elle concerne les délits civils, ou criminels, des gens de guerre, et les affaires touchant au point d’honneur, avant de désigner le corps de cavaliers placé sous les ordres d’un prévôt des maréchaux.


[1] Babeau, Albert « Les quartiers de la gendarmerie en Champagne sous Louis XV », in Revue de Champagne et de Brie : histoire, biographie, archéologie, documents inédits, bibliographie, beaux-arts, tome cinquième, troisième année, premier semestre, 1er janvier 1878, Paris : Henri Menu, libraire-éditeur ; Arcis-sur-Aube : Léon Frémont, imprimeur breveté, 511 pages, pp. 136-141. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-12775, consultable en ligne sur Gallica, vue 136/518 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-LC19-116.


Gendarme de la Garde, anonyme français, 18e siècle : peinture à l’huile sur toile représentant un gendarme de la Garde, appartenant à la maison militaire du roi ; œuvre conservée au musée de l'Armée (Paris) ; numéros d’inventaire 21187 ; Ec 1161, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.
Gendarme de la Garde, anonyme français, 18e siècle : peinture à l’huile sur toile représentant un gendarme de la Garde, appartenant à la maison militaire du roi ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéros d’inventaire 21187 ; Ec 1161, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.

La gendarmerie[1] du roi a, pour sa part, été créée par Henri IV pour la garde du dauphin. Elle prend place aussitôt après les gardes du corps du roi, selon l’ordonnance de 1667.

Elle se compose de quatre compagnies dites du roi, de six compagnies[2] de quarante gendarmes, dont ceux qui sont affectés à la Reine, et qui ont leurs quartiers à Château-Porcien[3] ou Attigny[4], et six compagnies de chevau-légers.

La compagnie des gendarmes du roi est supprimée le 30 septembre 1787. Dans ce corps, les officiers supérieurs se distinguent en montant des chevaux gris, et les officiers subalternes, des chevaux bais.


[1] Funcken Fred ; Funcken, Liliane, L’uniforme et les armes des soldats de la guerre en dentelle. Tome 1 : France, maison du roi et infanterie sous Louis XV et Louis XVI ; Grande-Bretagne et Prusse, infanterie, 1700 à 1800, Paris, Casterman, 1975, 156 p., ill. en couleur. Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 4-V-31364 (1).

[2] Cinq sont créées sous Louis XIV.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Un brigadier et deux cavaliers de la maréchaussée de Lorraine en 1740, peinture par le commandant Eugène Louis Bucquoy, officier de gendarmerie et uniformologue français ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Un brigadier et deux cavaliers de la maréchaussée de Lorraine en 1740, peinture par le commandant Eugène Louis Bucquoy, officier de gendarmerie et uniformologue français ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A la fin du XVIe siècle, Henri IV octroie aux prévôts le titre de « conseillers du roi[1] » et, comme la tâche est souvent importante, l’on adjoint aux lieutenants des exempts[2]. Le réseau des brigades se complète, et l’uniforme primaire se transforme quelque peu, avec la saye[3] ou sayon[4].


[1] Terme honorifique à valeur variable, allant d’un rôle politique réel à une simple distinction sociale.

[2] Grade apparu sous Louis XIII, au sein de la maréchaussée. Officier intermédiaire chargé de fonctions d’encadrement, il peut suppléer les officiers supérieurs. Maintenu par la réforme de 1720, ce grade est progressivement remplacé à partir de 1778 par celui de maréchal des logis.

[3] Sorte de casaque. Initialement, « manteau fait d’une pièce d’étoffe rectangulaire attachée par une agrafe sur la poitrine ou sur une épaule, que portaient certains peuples de l’Antiquité et du haut Moyen Âge (on dit aussi Sayon). Saie des Gaulois, des Romains. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[4] Bardin, Étienne-Alexandre. Dictionnaire de l’armée de terre, ou Recherches historiques sur l’art et les usages militaires des anciens et des modernes. Paris : J. Corréard, 1850. Quinzième partie, entrée « Sayon » (Portée de fusil–Secrette), pages 4784-4785, consultables en ligne sur Gallica, vue 318/342 et suivante. Bibliothèque nationale de France, document numérique NUMM-6215627, texte reproduit d’après l’exemplaire original conservé à la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, cote V-31330. [Nota bene : la pagination de la quinzième partie est continue et atteint la page 4800 ; il ne s’agit pas du nombre total de pages de cette partie.]


Gendarmes et Chevaux-légers, planche 6 de la suite L'art militaire ou Les Exercices de Mars, livre à dessiner, Nicolas Guérard (vers 1648‑1719), vers 1695 : estampe, eau-forte sur papier ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéro d’inventaire 04617.4.58, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais. [Nota bene : l’orthographe moderne est désormais chevau-légers]
Gendarmes et Chevaux-légers, planche 6 de la suite L’art militaire ou Les Exercices de Mars, livre à dessiner, Nicolas Guérard (vers 1648‑1719), vers 1695 : estampe, eau-forte sur papier ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéro d’inventaire 04617.4.58, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais. [Nota bene : l’orthographe moderne est désormais chevau-légers]

En 1641, Louis XIII renforce la maréchaussée, avec la création de huit nouvelles prévôtés. A son tour, Louis XIV crée dans toutes les juridictions royales des huissiers, sergents royaux, etc.

A ce moment-là, il y a cent quatre-vingts sièges de maréchaussée, dont l’organisation et les salaires varient en fonction des lieux d’intervention, d’où des contestations et des mécontentements[1].


[1] « III. – Époque moderne. – La maréchaussée » in Armée et marine : revue hebdomadaire illustrée des armées de terre et de mer, Paris, [s.n.], 1899-1928, quatrième année, n° 42 du 19 octobre 1902, pages 710-713. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-4402, consultable en ligne sur Gallica, vue 2/20 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, FOL-LC6-87.


Carte des maréchaussées au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Carte des maréchaussées au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dans la réalité, la présence de la maréchaussée (ou maillage) est loin d’être identique sur tout le territoire. Chaque ancienne province compte, au moins, une compagnie qui, comme elle a vocation de justice, se compose d’une prévôté, des maréchaux avec, à sa tête, un prévôt général, assisté de baillis et vice-baillis, lieutenants criminels, assesseurs royaux, sergents, etc.


Elle a pour mission de combattre le crime à l’intérieur de son district. Bien qu’elle soit implantée dans des villes comme Châlons[1], Reims[2], Rethel[3], Mézières[4], la maréchaussée s’occupe particulièrement de la délinquance rurale : violences sur les grands chemins, crimes commis par des vagabonds, assemblées illicites. Elle vise les gens de guerre, s’ils commettent des délits dans leurs marches, lieux d’étape ou de séjour.


[1] Châlons-en-Champagne, commune française située actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est.

[2] Commune française située actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Ses prérogatives s’appliquent aux cas de braconnage, de contrebande, de faux-saunage[1]. A partir du milieu du XVIIIe siècle, elle s’occupe de la police des cabarets et des auberges, des foires et marchés puis, un peu après, du domaine sanitaire, en recherchant les animaux atteints de maladies susceptibles de se répandre.


[1] « Histoire. En composition. Faux-saunage, contrebande du sel qui se pratiquait, sous l’Ancien Régime, entre les provinces qui n’étaient pas assujetties à la gabelle, ou l’étaient peu, et celles qui étaient fortement imposées. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Enfin, elle gère la conservation des routes, en faisant respecter les règlements, qui limitent le nombre de chevaux attelés à des charrettes, afin de contrôler le poids de celles-ci, et veiller ainsi à ce que les routes ne soient pas abîmées. La promptitude des jugements et des sanctions est destinée à frapper l’opinion publique.

Les compagnies rencontrent un certain nombre de difficultés dans leurs missions, car les frontières qui délimitent leur zone d’action ne correspondent pas à celles de l’intendance, ce qui leur complique les choses.

A la mort de Louis XIV, le pays est en paix, et les troupes sont cantonnées essentiellement aux frontières. Une attention plus grande se porte alors sur la sécurité des campagnes : chaque chef de brigade est tenu d’aller avec ses cavaliers dans toutes les paroisses de la circonscription, qu’il doit surveiller dans un rayon de quatre à cinq lieues, de part et d’autre d’une route.


En 1716, un document[1] rapporte que, sur quatre jours, la maréchaussée de Rethel fait une tournée de Vaux-lès-Rubigny[2] jusqu’à Maranwez[3], en passant par Wadimont[4], La Hardoye[5], Rocquigny[6], Mainbressy[7], Mainbresson[8], Le Frety[9], à la recherche de soldats, cavaliers et, dragons sans congés.


[1] Procès-verbaux de tournées pour rechercher les soldats, cavaliers et dragons sans congés (1716) et correspondances sur les peines encourues pour l’acquisition ou le troc d’habits de déserteurs (1716‑1768). Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 93-100 bis [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 93‑100 bis = déserteurs 1716‑1791.]

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est, et rattachée à Rocquigny.

[6] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[7] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[8] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est, et rattachée à Rocquigny.

[9] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


A chaque étape, elle s’adresse, selon le village, au procureur d’office (Jean Legros à Vaux-lès-Rubigny), au syndic de la communauté (Jacques Deligny à Wadimont), au notaire royal (Jean Legros à La Hardoye), au maire (Pierre Filbaire[1] à Rocquigny), ou à des marchands, c’est-à-dire à des personnes capables de remarquer une présence inhabituelle.


[1] Orthographié Philbert sur certains documents.


Jusqu’en 1716, les brigades sortent à effectif complet pour une chevauchée, ce qui pose de graves problèmes d’efficacité pendant les tournées : le lieu de stationnement est complètement vide, et que les arrestations sont peu nombreuses.

C’est à partir de cette date qu’est adoptée la solution qui perdure, bien au-delà du siècle : seule la moitié des effectifs est désormais en campagne, tandis que l’autre assure la présence à la brigade, ce qui se révèle beaucoup plus efficace.


Saugrain, Guillaume. La Maréchaussée de France, ou Recueil des ordonnances, édits, déclarations, lettres patentes, arrests, règlemens et autres pièces concernant la création, établissement, fonctions, rang, séances, prééminences, droits, prérogatives et privilèges de tous les officiers et archers des maréchaussées, par G. Saugrain. Paris : H. Charpentier, 1697. In-4°, XX-1121 p. (recueil couvrant la période 1521-1696). Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-8719618, consultable en ligne sur Gallica, passim, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, F-20501.
Saugrain, Guillaume. La Maréchaussée de France, ou Recueil des ordonnances, édits, déclarations, lettres patentes, arrests, règlemens et autres pièces concernant la création, établissement, fonctions, rang, séances, prééminences, droits, prérogatives et privilèges de tous les officiers et archers des maréchaussées, par G. Saugrain. Paris : H. Charpentier, 1697. In-4°, XX-1121 p. (recueil couvrant la période 1521-1696). Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-8719618, consultable en ligne sur Gallica, passim, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, F-20501.

A partir de 1720[1], une grande réforme menée par Claude Leblanc[2], réorganise la maréchaussée en profondeur, et de façon durable, préfigurant la forme qu’elle adoptera en 1799.


[1] Luc, Jean-Noël « Chronologie sommaire de l’histoire institutionnelle de la maréchaussée et de la gendarmerie nationale (XVIIIe‑XXe siècles) », in Sociétés & Représentations, 2003/2, n° 16, pp. 36‑38, ici p. 36, consultable en ligne sur Cairn.info.

[2] Secrétaire d’Etat à la Guerre (1718-1722).


Chaque généralité[1] est désormais dotée d’une compagnie divisée en lieutenances, et comportant plusieurs brigades de cinq hommes. Cette réforme confirme certains critères d’entrée :

  • la catholicité ;
  • la moralité irréprochable (qui doit être confirmée par un prêtre, ou par une personnalité du voisinage) ;
  • un service honorable dans l’armée, au moins pendant quatre ans.

[1] « Circonscription administrative où s’exerçait la juridiction d’un bureau de trésoriers de France, et qui était placée sous la direction d’un général des finances ou, plus tard, d’un intendant. Généralité de Paris, de Moulins. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


La maréchaussée de Champagne[1] se compose de :

  • cent soixante-dix cavaliers, à la tête desquels se trouve un prévôt général ;
  • quatre lieutenances[2] (Troyes[3], Langres[4], Châlons-sur-Marne[5] et Reims[6]) ;
  • trente-quatre brigades.

[1] Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).

[2] En 1772, une cinquième lieutenance est créée à Sainte-Menehould.

[3] Commune française située actuellement dans le département de l’Aube, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département de la Haute-Marne, en région Grand Est.

[5] Lire Châlons-en-Champagne, à ne pas confondre avec Chalon-Sur-Saône, commune française située actuellement dans le département de Saône-et-Loire, en région Bourgogne-Franche-Comté.

[6] Cette lieutenance comprend huit brigades : deux à Reims, commandées respectivement par un exempt et un sous-brigadier ; une à Cormicy (à Dannevoux avant 1750) ; une à Rethel, commandée par un exempt ; une à Maubert-Fontaine (commune française actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est), commandée également par un exempt ; une à Launois (transférée à Mézières en 1750), dirigée par un brigadier ; une à Le Chesne (commune française actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est) ; et la dernière à Fismes (commune française actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est), commandée par un sous-brigadier. Cf. Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).


La maréchaussée de Champagne[1] se compose de cent soixante-dix cavaliers (à la tête desquels se trouve un prévôt général) ; quatre lieutenances[2] (Troyes[3], Langres[4], Châlons-sur-Marne[5] et Reims[6]) ; trente-quatre brigades.


[1] Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).

[2] En 1772, une cinquième lieutenance est créée à Sainte-Menehould.

[3] Commune française située actuellement dans le département de l’Aube, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département de la Haute-Marne, en région Grand Est.

[5] Lire Châlons-en-Champagne, à ne pas confondre avec Chalon-Sur-Saône, commune française située actuellement dans le département de Saône-et-Loire, en région Bourgogne-Franche-Comté.

[6] Cette lieutenance comprend huit brigades : deux à Reims, commandées respectivement par un exempt et un sous-brigadier ; une à Cormicy (à Dannevoux avant 1750) ; une à Rethel, commandée par un exempt ; une à Maubert-Fontaine (commune française actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est), commandée également par un exempt ; une à Launois (transférée à Mézières en 1750), dirigée par un brigadier ; une à Le Chesne (commune française actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est) ; et la dernière à Fismes (commune française actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est), commandée par un sous-brigadier. Cf. Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).


La brigade de Rethel est relativement ancienne, puisque des actes notariés permettent de dire qu’en 1701, l’un des archers se nomme Pierre Villain, et un greffier Jean Sonef[1], tandis qu’un document[2] de 1716 permet d’avoir une connaissance précise de tous les villages qui en dépendent.


[1] Cf. Archives départementales des Ardennes, Inventaire des archives communales anciennes de Rethel, 2024-2025, 66 p., page et vue 15/66, tapuscrit PDF non coté, consultable en ligne [D’après Pauffin, Nicolas, Inventaire des titres et renseignements qui se sont trouvés dans les armoires des archives de l’hôtel commun de cette ville de Rethel. Sa transcription a été réalisée entre avril 2024 et janvier 2025 à partir du manuscrit conservé aux archives municipales de Rethel, elles-mêmes déposées à la médiathèque-musée de L’Agora, sous la cote 1S2.]

[2] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 4, feuillet 34 [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 1‑13 = actes non judiciaires, actes administratifs : édits et ordonnances, réceptions, pièces comptables, etc.1669-1790.]


Ainsi, La Romagne[1] est décrite comme un village[2], situé sur une petite hauteur, et qui n’est traversé par aucune rivière. La commune dépend en première instance de Chaumont-Porcien[3], puis de Sainte-Menehould[4].

Il s’y exerce la haute, moyenne et basse justice, mais aucune juridiction n’y est établie. Il n’y a aucune activité commerciale, comme les foires et marchés, mais uniquement une fête patronale le 15 août.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Et une paroisse.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est.


Le village se trouve sur le chemin de traverse de Rethel à Aubenton[1], et la frontière, à proximité d’une forêt d’environ deux cents arpents.

Il dépend du district de la brigade de Rethel, qui se trouve à quatre lieues, alors qu’il faut parcourir dix lieues pour se rendre à la lieutenance de Mézières[2], et dix-huit pour atteindre la résidence du prévôt général à Châlons.


[1] Commune française située actuellement dans le département de l’Aisne, en région Hauts-de-France.

[2] Meissner, Michel, « De la maréchaussée à la gendarmerie de Mézières », in Terres ardennaises : revue d’histoire et de géographie locales, n° 92, octobre 2005, p. 21‑23, ill. en noir. Archives départementales des Ardennes, PERH97 12.


Ce document de 1716 concerne aussi Montmeillant[1], qui dépend de la brigade de Launois[2], tandis que Rocquigny est rattaché à celle de Rethel[3]. Le premier village relève de Château-Porcien, et de Sainte-Menehould, alors que le second est en instance à Rozoy-sur-Serre[4], qui a autorité sur la haute, moyenne et basse justice, et qui ressort du baillage de Rethel.


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 4, feuillet 46 [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 1‑13 = actes non judiciaires, actes administratifs : édits et ordonnances, réceptions, pièces comptables, etc.1669-1790.]

[2] Launois-sur-Vence, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 4, feuillet 58 [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 1‑13 = actes non judiciaires, actes administratifs : édits et ordonnances, réceptions, pièces comptables, etc.1669-1790.]

[4] Commune française située actuellement dans le département de l’Aisne, en région Hauts-de-France.


Montmeillant[1] a un point commun avec La Romagne, celui de n’avoir ni foire ni marché. Alors que Rocquigny célèbre le 25 juillet la Saint-Christophe, et accueille deux foires (le 2 mai et le 25 juillet), et un marché le jeudi matin.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


La situation de Montmeillant intéresse à double titre la maréchaussée, non seulement en raison de son environnement boisé[1] (quelque mille quatre cents arpents entre les bois de Montmeillant, d’Angeniville[2] et de Signy-l’Abbaye[3]), mais aussi par sa situation sur la route passagère de Rumigny[4] à Wasigny[5].

Rocquigny se trouve en plaine, dans un paysage plus dégagé, et sur le trajet qui va de Rethel à Chaumont-Porcien et Aubenton.


[1] Susceptible de cacher des individus peu recommandables, des réfractaires, des voleurs, etc.

[2] Lieu‑dit du Bois d’Angeniville, sur la commune de Signy‑l’Abbaye.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Hussard du régiment Esterhazy et gendarme, selon l’ordonnance de 1776, avec prisonnier, anonyme français, 18e siècle : peinture à l’huile sur toile ; œuvre conservée au musée de l'Armée (Paris) ; numéros d’inventaire 7556 ; Ec114, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.
Hussard du régiment Esterhazy et gendarme, selon l’ordonnance de 1776, avec prisonnier, anonyme français, 18e siècle : peinture à l’huile sur toile ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéros d’inventaire 7556 ; Ec114, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.

D’autres réformes apportent de nombreuses modifications. En 1728, une masse d’équipement, et d’habillement[1], est créée pour faire face à l’achat et l’entretien de la tenue[2].

En 1768-1769, c’est une masse de remonte[3], alimentée par l’Etat et par la généralité, qui voit le jour, même si le cavalier doit encore fournir le prix de son cheval. En compensation, il reçoit une indemnité pour l’entretien et l’équipement de sa monture.


[1] Caisse ou dotation financière destinée à couvrir les frais d’uniformes, d’armes et d’équipement des soldats.

[2] Fohrer (capitaine), « Launois-sur-Vence : une petite histoire de la gendarmerie départementale au temps de l’hôtel de la maréchaussée (1776-1851) », in Terres Ardennaises : revue d’histoire et de géographie locales, n° 69, décembre 1999, pp. 22-25, passim. Archives départementales des Ardennes, PERH97 9.

[3] « Le fait de fournir des chevaux à une unité militaire, à un haras, etc. pour augmenter leur nombre ou pour remplacer ceux qui ne peuvent plus servir ; l’ensemble de ces chevaux. Officier de remonte (anciennement). Le Service général de la remonte de l’armée française fut créé en 1831. Un cheval de remonte. La remonte de la Garde républicaine. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Plaque signalétique contemporaine indiquant l’emplacement de l'ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 3 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plaque signalétique contemporaine indiquant l’emplacement de l’ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 3 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Quant à l’armement, il est prélevé sur les magasins de l’Etat. La maréchaussée comprend toujours trente-quatre brigades, mais plus d’hommes, dont le nombre atteint deux cent deux[1].

Des réformes concernent la règlementation du service, et la discipline. En 1770, la compagnie de Champagne comprend quarante-quatre brigades, alors qu’il y en avait que trente-quatre en 1720[2].


[1] Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).

[2] Sur les effectifs de la compagnie de Champagne, Cf. Poncelet, Catherine, La maréchaussée en Champagne au XVIIIe siècle, mémoire de maîtrise, sous la direction de Yves-Marie Bercé, Reims : [s. n.], 1981, 120 p., ill. (graphiques, tables, cartes). Archives départementales des Ardennes, E/C 65.


Gendarmerie de France, auteur anonyme, 1779 : dessin à l’aquarelle et à l’encre représentant des militaires de la gendarmerie en uniforme, dans le cadre de la planche 4 de la série Uniformes militaires des troupes françaises sous Louis XVI ; œuvre conservée au musée de l'Armée ; numéros d’inventaire 10866 ; NF AR UNI, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.
Gendarmerie de France, auteur anonyme, 1779 : dessin à l’aquarelle et à l’encre représentant des militaires de la gendarmerie en uniforme, dans le cadre de la planche 4 de la série Uniformes militaires des troupes françaises sous Louis XVI ; œuvre conservée au musée de l’Armée ; numéros d’inventaire 10866 ; NF AR UNI, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.

En 1778, la militarisation de la maréchaussée se renforce, et l’esprit de corps[1] se développe. L’attitude attendue des membres de cette institution est plus précisément définie : il est nécessaire d’être de bonnes mœurs, d’adopter un comportement exemplaire, de faire preuve de tenue, d’honnêteté, et d’exactitude.

De plus, une attention particulière est portée à l’ivrognerie : la première remarque s’assortit d’un avertissement, la deuxième de la prison, la troisième d’un renvoi.


[1] Fressin, Thomas (commandant) ; Georges, Jonathan « Maillage territorial et état de la maréchaussée à la fin du XVIIIe siècle », in Les Notes du CREOGN [Centre de recherche de l’école des officiers de la gendarmerie nationale], n° 65, janvier 2022, 4 pages, consultables en ligne sur le site du CRGN [Centre de recherche de la gendarmerie nationale.]



Pistolet d’officier de maréchaussée, modèle 1770, manufacture de Charleville ; acier, fer, bois ; numéro d’inventaire 999.14.1. ; œuvre conservée au musée de l’Ardenne (Charleville-Mézières), notice descriptive consultable en ligne sur le portail MUSEAR – Les musées de Charleville‑Mézières.
Pistolet d’officier de maréchaussée, modèle 1770, manufacture de Charleville ; acier, fer, bois ; numéro d’inventaire 999.14.1. ; œuvre conservée au musée de l’Ardenne (Charleville-Mézières), notice descriptive consultable en ligne sur le portail MUSEAR – Les musées de Charleville‑Mézières.

Afin de contrôler les brigades, et leur bonne tenue, des revues sont organisées, durant lesquelles sont examinés les hommes, leurs uniformes, leurs montures, leurs armes, etc. En 1720, l’habillement, l’équipement et le harnachement de la maréchaussée était le suivant[1] :

  • un justaucorps[2] en drap « bleu-de-roi[3] », avec doublure et parements rouges ;
  • une aiguillette[4] de soie blanche[5] ;
  • un chapeau bordé d’un galon d’argent ;
  • une bandoulière de buffle[6] de quatre pouces et demi de large, bordé d’un galon d’argent ;
  • un ceinturon de buffle de deux pouces et demi de large, bordé d’un galon d’argent ;
  • un manteau bleu avec parements rouges ;
  • des bottines à bouche de cuivre ;
  • une veste de chamois[7] et une culotte de même en « drap de Sedan[8] » ;
  • des fourreaux de pistolets en drap bleu, avec un bordé et un galon de soie blanche.

Les chevaux sont alors caparaçonnés[9] avec des housses en drap bleu, avec un bordé et un galon de soie blanche. Ils doivent avoir la même taille que ceux des régiments de dragons.


[1] Tenaille-Champton, Histoire de la gendarmerie, depuis sa création jusqu’en 1790 ; accompagnée des tableaux de créations des maréchaussées à différentes époques. Paris : Anselin, 1829. XVI, 204 p. In-8. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-94733, consultable en ligne sur Gallica, page 121 et suivantes, vue 137/220 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-LF32-35.

[2] « Anciennement. Vêtement à manches et à basques, ajusté à la taille. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[3] Bleu roi.

[4] « Autrefois, cordon ferré aux deux extrémités, utilisé pour assurer la fermeture des vêtements ou comme simple ornement. Aujourd’hui. Cordon terminé par des ferrets qui sert d’ornement aux uniformes de certains militaires. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[5] Luc, Jean-Noël « Présentation. Du bon usage de l’histoire des représentations des gendarmes », in Sociétés & Représentations, n° 16, 2003/2, pp. 5-35, ici p. 6, Paris : éditions de la Sorbonne, (consultable en ligne sur Cairn.info).

[6] Faisant partie de la buffleterie, définie comme un « ensemble des bandes de buffle ou de cuir chamoisé, telles que baudrier, ceinturon, courroies et dragonnes, qui font partie de l’équipement militaire. La buffleterie blanche de la Garde républicaine, de la gendarmerie. », et, par extension, « Ensemble de tout équipement de cuir », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[7] « Spécialement. Peau de chamois, peau de cet animal ou, par extension, d’un autre animal, travaillée pour être rendue souple et moelleuse. Essuyer sa voiture avec une peau de chamois. Par métonymie. Culotte, gants, souliers de chamois. En apposition. Couleur chamois, d’un jaune clair. Une veste couleur chamois ou, elliptiquement, une veste chamois », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[8] « Sorte de drap fin qui se fabrique dans la ville de Sedan. Habit de sedan. Un beau sedan. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[9] Carapaçonner : « couvrir d’un caparaçon. Un cheval richement caparaçonné. Par extension. Péjoratif. Recouvrir entièrement. Il avait les pieds caparaçonnés dans d’épaisses chaussures. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


En 1756, les bottes molles remplacent les bottines, l’uniforme comprend désormais un surtout[1] bleu. Une cocarde noire est adoptée. Elle disparaît au profit du basin[2] blanc en 1769, année où la maréchaussée commence à porter des épaulettes, et où les cheveux doivent être attachés en queue, et maintenus par une rosette noire.


[1] « Vêtement large porté par-dessus les autres. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] « Étoffe dont la chaîne est de fil et la trame de coton. Basin uni. Un gilet, une robe de basin » ou « Étoffe damassée tissée de manière à présenter un effet de bandes longitudinales, utilisée notamment comme tissu d’ameublement. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Selon l’ordonnance du roi concernant la maréchaussée du 28 avril 1778, les culottes doivent être faites à pont-levis[1], et le portemanteau[2], être bleu, bordé d’un galon de fil blanc.


[1] « Terme de tailleur. Pont-levis, ou, plus ordinairement, pont, partie de la culotte ou du pantalon qui s’abaisse ou se lève à volonté. Pantalon à grand pont, à petit pont. », selon Littré, Émile, Dictionnaire de la langue française, Tome 3, Paris : Louis Hachette, 1873‑1874, 4 volumes, grand in-4. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-5460034 < Tome 3 >, consultable en ligne sur Gallica, page 1211, vue 1219/1408 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, FOL-X-124 (3).

[2] « Étui cylindrique en toile épaisse ou en cuir que les cavaliers attachent à leur selle, et qui peut contenir un manteau et quelques effets. Les portemanteaux, en usage dans l’armée jusqu’à la fin du XIXe siècle, sont aujourd’hui utilisés par les randonneurs à cheval. Désignait aussi autrefois une malle dans laquelle on rangeait ses vêtements. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Les soldes sont désormais payées régulièrement par trimestre, ce qui permet à chacun de s’équiper, de nourrir sa monture, de se loger. Il faut attendre les dernières années du règne de Louis XVI, pour que le logement soit fourni gratuitement par les habitants.


Les déplacements dans le rayon de la brigade donnent lieu à des décomptes de frais, comme c’est le cas pour la mission[1] dont sont chargés, le 16 août 1787, les sieurs Gillet et Crepin, respectivement brigadier et cavalier à Rethel.

Ils sont allés à Chaumont-Porcien pour prendre en charge, emmener, et constituer prisonnier, Jean Jacques Charron, accusé de mendier, et d’être sans domicile fixe, pour un coût de 15 livres pour le brigadier, et 12 pour le cavalier.


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 27 [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 25‑27 = exécutoires (1729-1790).



Registre des exécutoires de la maréchaussée de Reims (Marne). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Registre des exécutoires de la maréchaussée de Reims (Marne). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Il n’est plus question de recevoir des candidats qui ne sachent ni lire ni écrire, car toute arrestation ou information fait désormais l’objet d’un procès-verbal écrit.

Ce qui est plus important encore, c’est la multiplication des brigades, afin d’assurer un maillage plus serré, et de renforcer la surveillance. Sur tout le territoire, l’on passe au cours de ce siècle de quelque cinq cents brigades à huit cent quatre-vingts, ce qui accroît considérablement la sécurité des campagnes.


Extrait du registre des exécutoires de la maréchaussée de Reims (Marne), avec mention de la Romagne (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Extrait du registre des exécutoires de la maréchaussée de Reims (Marne), avec mention de la Romagne (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La maréchaussée, qui surveille les campagnes sous l’Ancien Régime, et les juridictions qui en dépendent, sont supprimées à la Révolution, par la loi du 16 février 1791, et remplacées par un nouveau corps : la gendarmerie nationale, qui va, comme son ancêtre, couvrir le territoire national, divisé en légions[1]. Chacune d’entre elles s’étend en principe sur le territoire de trois à quatre départements.


[1] Ou divisions.


Copie de l’acte de baptême de Jacques Taine. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Copie de l’acte de baptême de Jacques Taine. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dans cette nouvelle gendarmerie, l’on retrouve d’anciens membres de la maréchaussée, en raison du ralliement quasi-total de son personnel aux idées révolutionnaires, mais aussi d’ex-soldats porteurs d’un congé absolu[1], et munis surtout de leur précieux certificat de civisme[2].

Le plus souvent, les gendarmes sont natifs des communes avoisinant la brigade, ou issus du département. C’est en effet un atout pour la connaissance des lieux et des personnes.


[1] Dans le contexte militaire de l’Ancien Régime en France, un congé absolu désigne un laisser-passer permanent qui met fin définitivement au service actif d’un soldat ou d’un militaire, contrairement au simple congé temporaire.

[2] Document officiel instauré pendant la Révolution française, dans le contexte de la Terreur et de la guerre révolutionnaire. Il attestait qu’une personne était républicaine, fidèle à la Constitution du 24 juin 1793 et à la Nation, et qu’elle n’avait pas de comportement suspect ou contre-révolutionnaire.



Dessin du drapeau pour le corps des grenadiers de la Gendarmerie nationale, 4 octobre 1792, auteur anonyme, octobre 1792 : dessin à l’aquarelle et à l’encre noire sur papier vergé ; œuvre conservée au musée de l'Armée (Paris) ; numéro d’inventaire 04495.1586, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.
Dessin du drapeau pour le corps des grenadiers de la Gendarmerie nationale, 4 octobre 1792, auteur anonyme, octobre 1792 : dessin à l’aquarelle et à l’encre noire sur papier vergé ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéro d’inventaire 04495.1586, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.

Jusqu’à l’an V[1], la gendarmerie est subordonnée aux autorités administratives départementales, et ce, que ce soit pour le recrutement, l’organisation, le service, le logement et l’administration.

La tenue reste quasiment la même, à quelques différences près, liées au changement de régime : cocarde tricolore, grenade[2], à la place de la cocarde blanche et des fleurs de lys. Les boutons d’uniforme[3] portent la devise « Force à la loi ».


[1] Du 22 septembre 1796 au 21 septembre 1797.

[2] Ce symbole est devenu l’emblème de la gendarmerie.

[3] Fohrer (capitaine), « Launois-sur-Vence : une petite histoire de la gendarmerie départementale au temps de l’hôtel de la maréchaussée (1776-1851) », in Terres Ardennaises : revue d’histoire et de géographie locales, n° 69, décembre 1999, pp. 22-25, ici p.23. Archives départementales des Ardennes, PERH97 9.


Porche de l'ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 3 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Porche de l’ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 3 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La loi du 8 janvier 1792 stipule que, compte tenu des circonstances, des besoins indispensables du service nécessitent une augmentation provisoire des brigades. Chaque département doit avoir un minimum de quinze brigades, mais le nombre de celles-ci peut atteindre les vingt-et-une.


Tableau représentant un officier de la gendarmerie nationale, auteur anonyme, date inconnue ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.2007.02275, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.
Tableau représentant un officier de la gendarmerie nationale, auteur anonyme, date inconnue ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.2007.02275, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.

Les Ardennes, comme la Marne et l’Aisne, appartiennent alors à la 19edivision (ou légion), mais ces unités militaires changent de numérotation avec le temps, les régimes politiques, et le découpage du territoire.

Il s’y trouve deux capitaineries, en résidence à Mézières et Rethel, six lieutenances à Sedan[1], Grandpré[2], Carignan[3], Rocroi[4], Charleville[5], Attigny, et dix-huit brigades[6], soit huit officiers, dix-huit sous-officiers, et soixante-douze gendarmes.

Chaque canton ardennais est ainsi doté d’une brigade, qui peut être formée avec des surnuméraires, anciens de la maréchaussée qui y ont accompli un service actif, avant de suivre la formation de la gendarmerie nationale[7]. Ce déploiement peut s’expliquer par la situation de département frontière.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune déléguée française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est, qui a fusionné avec sa voisine Termes.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[6] Mézières ; Rethel ; Launoy ; Le Chesne ; Givet ; Philippeville ; Sedan ; Grandpré ; Carignan (anciennement Yvoi) ; Asfeld ; Rocquigny ; Rocroi ; Fumay ; Charleville ; Beaumont ; Vouziers ; Attigny et Buzancy.

[7] Loi relative à l’organisation de la gendarmerie nationale donnée à Paris le 29 avril 1792 an IV de la Liberté, article 7. [Nota bene : il s’agit de Liberté, et non de République, car l’on se réfère au début de la Révolution. En revanche, les dates après septembre 1792 sont notées An I de la République.] Archives départementales des Ardennes, L 1208 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1208 = gendarmerie, instructions, circulaires. 1791-An VII.]


Sabre d’officier de la gendarmerie à pied, France, 1793 : arme blanche réglementaire utilisée notamment par l’officier Bonnardel ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.1984.02249, note descriptive consultable en ligne sur la base de données Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.
Sabre d’officier de la gendarmerie à pied, France, 1793 : arme blanche réglementaire utilisée notamment par l’officier Bonnardel ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.1984.02249, note descriptive consultable en ligne sur la base de données Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.

Ces brigades, qu’elles soient à cheval ou à pied[1], sont établies dans tous les lieux disposant d’une administration, ou d’un tribunal de district, et sont localisées au chef-lieu du canton.

Le site précis où la gendarmerie est installée est choisi avec soin, car elle doit se trouver en un lieu de passage très fréquenté. S’il n’y a pas de grandes routes qui traversent la commune, elle s’organise autour de la place publique, afin que les gendarmes puissent à tout moment observer ce qui se passe, les voyageurs, etc.


[1] Ces dernières viennent d’être créées.


Porche et cour de l'ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 8 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Porche et cour de l’ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 8 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Plaque signalétique contemporaine indiquant l’emplacement de l’ancien logis du relais de poste à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 8 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plaque signalétique contemporaine indiquant l’emplacement de l’ancien logis du relais de poste à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 8 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.


A Launois, la gendarmerie intègre l’hôtel de la maréchaussée, bâti sous l’Ancien Régime, à proximité du relais de poste. Il convient de noter qu’au tout début de la jeune République, et pour des raisons de sécurité, des brigades provisoires sont établies dans divers lieux, comme à Wasigny, Margut[1], Neufmanil[2], Bouillon[3] et Maubert-Fontaine. Leur durée de vie est brève. Dès ses débuts, la brigade de Rocquigny[4] comprend, parmi ses effectifs :

Données extraites du Registre de la gendarmerie du département des Ardennes. Service historique de la Défense (Vincennes), fonds de l’armée de Terre, GR 28 YC 15 [série GR = Guerre et Armée de Terre ; sous-série GR YC = contrôles de la troupe ; section GR 28 YC = Gendarmerie (1792-1814).]

[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Commune francophone de Belgique, située actuellement en région wallonne, en Ardenne belge, dans la province de Luxembourg.

[4] Registre de la gendarmerie du département des Ardennes. Service historique de la Défense (Vincennes), fonds de l’armée de Terre, GR 28 YC 15 [série GR = Guerre et Armée de Terre ; sous-série GR YC = contrôles de la troupe ; section GR 28 YC = Gendarmerie (1792-1814).]


Certificat de civisme de Jacques Taine et antériorité des services. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Certificat de civisme de Jacques Taine et antériorité des services. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Quelques dossiers, ou annotations concernant ces gendarmes[1], subsistent, ce qui permet de mieux en connaître certains, et, parfois, de prendre connaissance de l’avis de leur hiérarchie, par exemple :

  • Jean Baptiste Belhommet, trente ans, mesurant cinq pieds six pouces[2], né à Montgon[3], district de Vouziers[4]. A servi dans le régiment de Flandres comme chasseur à cheval, jusqu’au 6 novembre 1788.
  • Louis Bauduin (ou Baudoin), trente ans, mesurant cinq pieds six pouces, et donc de taille réglementaire. Né à Signy-l’Abbaye, district de Charleville, il a servi dans le 72e régiment d’infanterie, du 31 août 1783 au 31 août 1791.
  • Ambroise (dit aussi Thomas François) Demacon, né à Librebois (nom républicain de Saint-Jean-aux-Bois[5]). Son certificat de civisme atteste qu’il est un républicain convaincu : « Il a montré un patriotisme parfait », selon les édiles municipaux.
  • Nicolas le Borgne, de Rubigny[6], où il a été capitaine de la garde nationale, après avoir servi plus d’une dizaine d’années dans le régiment de Bourgogne, puis trois ans dans le Royal-Champagne. Il est recommandé à l’administration par le brigadier La Ramée. Un autre document indique un autre soutien, cette fois-ci au citoyen Demacon.
  • Gérard Martin Marguet, trente-neuf ans, mesurant cinq pieds six pouces. Il est né à Romance[7], district de Rethel. Il fait partie des troupes provinciales de la généralité de Châlons de janvier 1772 au 1er mai 1787.
  • Jean-Baptiste Princiaux, vingt-sept ans, mesurant cinq pieds six pouces. Né à Corny-la-Ville[8], district de Rethel, il sert dans le régiment de La Fère[9] du 16 avril 1782 au 16 avril 1790, dont cinq ans comme grenadier. A sa sortie du régiment, et avant de s’engager comme gendarme, il exerce le métier de tisserand. A trente ans, il passe de la brigade de Rocquigny à celle de Rethel. Il a « du civisme et de la conduite », et il sait écrire. Selon son supérieur, il n’a pas encore toutes les capacités pour le poste qu’il occupe, mais il est de ceux qui peuvent les acquérir. Sa monture, un cheval de quatre ans, présente une robe de couleur bai-brun[10].
  • Jacques Taine, originaire de Rethel. Il est recruté pour remplacer Jean Baptiste Princiaux, qui change de brigade. Il intègre la garde nationale, à partir du 14 juillet 1791, et y reste jusqu’à la formation du 3e régiment de volontaires, dans lequel il est sergent-major. Son certificat de civisme est élogieux : « Il a montré le plus grand zèle pour la défense de la chose publique. » Il est recruté le 16 octobre 1792.

[1] Archives départementales des Ardennes, L 1210 et L1212 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1210 = gendarmerie, recrutement. 1791-An VII et cote L 1212 = gendarmerie, personnel, 1790-An VII.]

[2] Taille minimale requise pour être gendarme.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[6] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[7] Acy-Romance, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[8] Corny-Machéroménil, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[9] Commune française située actuellement dans le département de l’Aisne, en région Hauts-de-France.

[10] « Hippologie. Se dit d’un cheval présentant une robe noire agrémentée de zones rousses ou fauves situées autour des naseaux, sur les flancs, les grassets, les coudes, le ventre, les ars et à l’intérieur des cuisses. », selon le dictionnaire de lalanguefrancaise.com.


Nomination d’Ambroise Demacon à la brigade de Rocquigny (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Nomination d’Ambroise Demacon à la brigade de Rocquigny (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

L’administration cantonale doit fournir à chaque gendarme un logement dans la caserne de la brigade, située au chef-lieu de canton, Rocquigny à cette époque.

C’est au 1er février 1792, le lieutenant Jean Baptiste Payot[1], en résidence à la gendarmerie d’Asfeld, se rend sur ordre du capitaine à Rocquigny, qui vient d’être désigné comme lieu d’installation d’une brigade.

Après l’inspection des lieux proposés, il fait part au maire et aux officiers municipaux de l’impossibilité de loger tous les gendarmes, et leurs familles, dans un lieu propre à n’accueillir que le brigadier.


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1213, feuillet 31 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213, feuillet = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]


Plan de la maison de Rocquigny (Ardennes) demandé par le lieutenant Jean Baptiste Payot. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan de la maison de Rocquigny (Ardennes) demandé par le lieutenant Jean Baptiste Payot. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les édiles proposent alors deux maisons qui pourraient convenir, car situées sur la place du village. Le lieutenant les invite à se réunir, et à faire un plan de l’une d’entre elles. Couverte en chaume, elle comprend un rez-de-chaussée, et un grenier au-dessus, auquel l’on accède par un escalier très incommode (car situé dans l’écurie).

Cette maison est divisée en une cuisine de dix-huit pieds de long sur seize de large, une chambre, et un cabinet. Une grange est attenante à la cuisine. Cette habitation est élevée d’environ six pieds au-dessus d’une rue étroite.

Un terrain, d’environ quatre verges, peut servir de cour et le jardin : quelques arbres fruitiers y poussent. Il peut être agrandi, car les terres adjacentes appartiennent au même propriétaire.


La municipalité n’a parfois pas d’autre choix que de louer des maisons et des chambres, transformées en bureaux et logements[1], par un bail de trois, six, neuf ans, à Nicolas Gouverneur, laboureur, Pierre Foucault, laboureur, et Jean-Baptiste Bocquet.


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1209 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1209 = gendarmerie, organisation, casernements (1790- An VIII).]


Un acte notarié, passé le 22 avril 1792 devant maître Jean Baptiste Deligny, notaire à Rocquigny, en témoigne. Nicolas Gouverneur propose, pour 80 livres par an, et dans la grand-rue, une maison avec jardin, attribuée au brigadier.

Pierre Foucault, lui, loue deux chambres basses, au rez-de-chaussée, tenant à son habitation, avec le logement des chevaux, et l’aménagement d’emplacements pour leurs vivres.

Jean-Baptiste Bocquet propose deux chambres, dont l’une se situe au rez-de-chaussée, avec un cabinet ouvrant au nord. La chambre du dessus est assortie de greniers, et d’une écurie au fond de la cour, le tout pour 300 livres annuelles. Deux gendarmes y trouvent place.

Quant à ceux qui ne peuvent être logés, ils perçoivent une indemnité compensatoire, et habitent dans d’autres communes faisant partie du canton : c’est ainsi que l’un d’eux habite quelque temps à La Romagne, et un autre à Montmeillant.


Un autre exemple de cette difficulté à loger les gendarmes concerne, une fois encore, la mairie de Rocquigny, comme le révèle un document daté du deuxième jour[1] supplémentaire de l’an IV[2].

A ce moment-là, la commune ne dispose pas de bâtiments, si ce n’est le presbytère, qui est offert à un gendarme. Or, cette maison est occupée par le citoyen Bernard, curé de la paroisse.

La municipalité décide alors d’informer ce citoyen particulier qu’il est tenu d’évacuer le lieu dans les deux jours qui suivent la notification de la décision[3].


[1] Le calendrier républicain français, instauré pendant la Révolution (à partir de 1793), remplace la semaine par des décades de dix jours. Chaque mois compte trois décades, soit trente jours, et l’année est composée de douze mois, totalisant trois cent soixante jours. Pour compléter l’année solaire (environ trois cent soixante-cinq jours et un quart), l’on ajoute cinq jours supplémentaires (ou six les années bissextiles). Ces jours, d’abord appelés sans-culottides, sont ensuite nommés jours complémentaires. Chacun de ces jours revêt une signification particulière. Le deuxième jour (duodi) est ainsi appelé le jour du génie.

[2] Soit le 18 septembre 1796.

[3] Archives départementales des Ardennes, L 1336 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales ; cotes L 1336-1337 = canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819.]



Recommandation pour le citoyen Le Borgne par le brigadier La Ramée. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Recommandation pour le citoyen Le Borgne par le brigadier La Ramée. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Il se plie à cette contrainte, sans s’y opposer dans un premier temps. Il trouve refuge auprès d’une âme charitable, qui l’héberge durant de nombreux mois : il n’a aucun autre lieu où s’installer.

Cette expulsion, conduite un peu trop rapidement, et apparemment sans protestation initiale de la part de l’expulsé, donne lieu par la suite à des réclamations du citoyen Bernard, à partir de l’an VI[1], pour plusieurs raisons.

Il rappelle que la maison, avec son écurie, son jardin, son grenier, et sa cour, est occupée depuis le 29 vendémiaire de l’an V[2] par les citoyens La Ramée et Taine, exceptés un local et le bûcher, qui sont destinés à l’administration, et à la tenue de séances (ou réunions).


[1] Du 22 septembre 1797 au 21 septembre 1798.

[2] Le 20 octobre 1796.


Confirmation de son intégration dans la brigade de Rocquigny (Ardennes) par Jacques Taine. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Confirmation de son intégration dans la brigade de Rocquigny (Ardennes) par Jacques Taine. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Or, ce que l’administration communale ignorait, ou a feint d’ignorer, lors de la réquisition, c’est que le citoyen curé Bernard s’était porté acquéreur de la maison curiale, et de ses dépendances, et qu’il en était propriétaire, suivant la loi, depuis le 9 messidor de l’an IV[1].


[1] Le 27 juin 1796.


En outre, il demande des réparations, pour certaines parties de sa propriété, après la constatation, par deux experts[1], des dégradations importantes concernant l’écurie[2], les portes de la cour, le clos et les palissades.


[1] Ce sont des charpentiers, l’un de Libre-Bois (nom républicain de Saint-Jean-aux-Bois), l’autre de Rocquigny.

[2] Qui menace de s’écrouler.


Le 21 floréal an VI[1], il demande à être indemnisé pour la location des lieux de vie, occupés par les citoyens gendarmes : jusqu’à ce jour, le montant du loyer n’a jamais été fixé, et aucun paiement ne lui a donc été versé.

Incapable dans ces conditions de s’acquitter de ses impôts, le citoyen se trouve dans une situation délicate, et ce, d’autant plus qu’il doit solder en entier son acquisition de sa maison de curé.


[1] Le 10 mai 1798.


Façade du bâtiment de la gendarmerie nationale de Château-Porcien (Ardennes), carte postale ancienne en noir et blanc avec au verso un cachet de la poste du 29 juillet 1928 (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).
Façade du bâtiment de la gendarmerie nationale de Château-Porcien (Ardennes), carte postale ancienne en noir et blanc avec au verso un cachet de la poste du 29 juillet 1928 (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).

La solution à ce conflit se trouve dans la décision prise en thermidor de l’an VI[1] par le chef du 31e escadron de gendarmerie, en résidence à Mézières : il est convaincu que la brigade de Rocquigny ne dispose pas de l’emplacement suffisant pour un établissement définitif, et donne un avis favorable pour son déplacement à Château-Porcien.

Et c’est bel et bien ce qui se passe quelques années plus tard : la brigade de Rocquigny est transférée à Château-Porcien, à partir de vendémiaire an VI[2]. Par la suite, elle est supprimée, et remplacée par celle de Chaumont-Porcien, conformément au nouveau découpage en cantons du département.


[1] Du 19 juillet au 17 août 1798.

[2] Du 22 septembre au 21 octobre 1797.


Façade du bâtiment de la gendarmerie nationale de Chaumont-Porcien (Ardennes), carte postale ancienne en noir et blanc avec un cachet de la poste au verso du 21 septembre 1930 (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).
Façade du bâtiment de la gendarmerie nationale de Chaumont-Porcien (Ardennes), carte postale ancienne en noir et blanc avec un cachet de la poste au verso du 21 septembre 1930 (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).

Au-delà de l’aspect strictement réglementaire, l’administration municipale de Château-Porcien n’a pas manqué de mettre en avant ses atouts[1] :

  • des emplacements commodes pour loger une brigade (deux maisons, dites des garçons et des filles) ;
  • un remaniement des espaces avec des cloisons, pour créer des places nouvelles
  • L’engagement que les travaux (enduit, blanchiment des murs, etc.) seront finis en vendémiaire an VII[2].
  • une population importante (quatre cents feux, soit deux mille habitants) ;
  • un sol qui peut fournir des vivres pour les hommes et les chevaux.
  • la position favorable du village, qui rapproche les gendarmes de la brigade de Rethel, et leur donne une place au centre des cantons d’Asfeld[3], Sévigny[4], Rocquigny, Wasigny, tout en permettant la surveillance des foires et des marchés.

[1] Archives départementales des Ardennes, L 1213, feuillet 39 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213 = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]

[2] Entre le 22 septembre et le 21 octobre 1798.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Dès que ce choix est entériné, les logements sont préparés pour accueillir la brigade, mais celle-ci se montre récalcitrante, prétextant tout d’abord qu’elle n’a pas reçu l’ordre du ministre de la Guerre, puis qu’elle ne compte de toute façon pas se déplacer en hiver.

Le citoyen Bernard, qui avait placé tous ses espoirs dans ce départ, craint de ne plus pouvoir réintégrer sa maison, et fait appel encore une fois à l’administration municipale de Rocquigny, pour que le départ de la brigade se fasse dans les plus brefs délais.

Cette dernière reconnaît les droits de ce citoyen[1]. Elle propose que, dans l’attente que les gendarmes quittent les logements, il doit rentrer en jouissance de la partie qui ne peut être occupée par la gendarmerie. Il a donc fallu plusieurs années à ce citoyen, soucieux de respecter la loi, pour recouvrir son bien.


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1213, feuillet 36 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213 = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]


Dans d’autres cas, si aucun accord ne peut s’établir entre les habitants et la municipalité, celle-ci doit réquisitionner des locaux. Cela donne parfois lieu à quelque scène cocasse, comme à Wasigny, où le citoyen Hachon refuse catégoriquement, malgré l’ordre de la mairie, de loger un gendarme.

Par conséquent, cet habitant s’enferme chez lui, laissant, sur la place du village, un homme affligé, avec la voiture qui transporte son mobilier. Le soir venant, et la situation étant toujours bloquée, ce dernier n’a d’autre solution que de trouver refuge à l’auberge[1]. Le document s’arrêtant à ce point, et appartenant à une liasse incomplète, il revient au lecteur d’imaginer la suite de cet incident…


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1207 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1207 = levée de volontaires nationaux (1791- An III).]


L’administration passe des contrats de fourniture, le plus souvent avec des cultivateurs de la localité, ce qui apporte à ces derniers des bénéfices substantiels. En plus du logement, elle se doit en effet d’assurer l’approvisionnement quotidien des brigades :

  • une livre et demie de pain ;
  • une demi-livre de viande ;
  • une once de lait
  • un pot de cidre ;
  • six centièmes d’une corde de bois[1] en hiver, et un douzième de centième en été ;
  • des fourrages (paille, deux boisseaux d’avoine, et divers végétaux par animal[2]).

[1] « Anciennement. Quantité déterminée de bois de chauffage qu’on mesurait avec une corde. À Paris, la corde de bois équivalait à 3,8 stères. Bois de corde, vendu à la corde et non par fagot. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Archives départementales des Ardennes, L 1208 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1208 = gendarmerie, instructions, circulaires. 1791-An VII.]


Il est possible de suivre les dépenses de cette brigade lors d’une tournée pour retrouver des réfractaires, effectuée du 30 messidor an VII au 9 thermidor suivant[1].


[1] Soit du 18 au 27 juillet 1799.


Données extraites des archives départementales des Ardennes, L 1337 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales ; cotes L 1336-1337 = canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819.] [Nota bene : seule une partie des fournisseurs est indiquée à titre d’exemple).]

Le montant total s’élève à 1082,92 francs. Ces longues tournées entraînent des frais importants, qui pèsent sur les parents solvables qui, dans ce cas, doivent participer pour la somme de 34,50 francs, tandis que les insolvables s’acquittent d’une somme moindre, complétée par la contribution de la commune. La fourniture de la subsistance des gendarmes, et de leurs chevaux, peut être l’objet d’adjudications[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1336 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales ; cotes L 1336-1337 = canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819.]


Certificat de la perte de sa monture à Rocquigny (Ardennes) par le brigadier La Ramée. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Certificat de la perte de sa monture à Rocquigny (Ardennes) par le brigadier La Ramée. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La période de 1792 à 1795 est particulièrement difficile, en raison des événements intérieurs et extérieurs, au point que les gendarmes se trouvent assez souvent dans un certain état de misère : Ils ne parviennent pas toujours à obtenir les rations nécessaires, ni pour leurs montures, ni pour eux-mêmes.


C’est probablement en partie pour cette raison que quelques habitants de Vaux-lès-Rubigny se battent avec les gendarmes de la brigade de Rocquigny, qui attendent leur ravitaillement depuis quelques jours. Même si n’est certainement pas la seule explication qui vaille.

Au départ, le citoyen Mezeau, cultivateur dans la commune ci-dessus dénommée, avait été réquisitionné par l’agent municipal, pour aller aux magasins militaires de Rethel, afin d’y charger les rations nécessaires à la brigade.


Or comme, quelques jours plus tard, cette mission n’est toujours pas accomplie, l’agent municipal décide de faire loger, et nourrir, quelques gendarmes de la brigade de Rocquigny chez cet habitant récalcitrant, et ce, jusqu’à ce que le voiturage soit effectué.

Ce cultivateur refuse toujours d’obtempérer. Il ne reste plus à l’agent municipal d’autre solution que d’emmener les gendarmes à l’auberge, de recommander à l’aubergiste de bien les traiter, et de leur offrir à boire et à manger.

La boisson est-elle trop généreusement versée, ou les esprits se sont-ils échauffés ? C’est ce que l’on peut penser, pour expliquer les événements qui suivent. Alors qu’il est vingt-deux heures, les gendarmes sont invités à quitter l’auberge, mais il n’est pas question de rentrer à Rocquigny après cet échec. Ils se dirigent donc vers la maison de Mezeau, pour y dormir coûte que coûte.


Certificat de civisme d’Ambroise Demacon. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Certificat de civisme d’Ambroise Demacon. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Mais celui-ci n’a pas changé d’avis, et il ne veut toujours pas les recevoir. Selon les dires des gendarmes, il se met à les injurier. Une bagarre s’ensuit, à laquelle se mêlent quelques voisins et parents. L’agitation est à son comble, lorsque les gendarmes prennent fait et cause pour l’un des leurs (Ambroise Demacon), qui vient d’être blessé à coups de fourche et de faux.

Il semble que les protagonistes aient rendu coup pour coup. Le lendemain, deux officiers de santé (Louis-Lambert Marache, de Rocquigny, et Nicolas Joseph Douce, de Rozoy-sur-Serre) examinent Mezeau et Ambroise Demacon. Ils dressent la liste des blessures et ecchymoses, qui nécessitent pour l’un et l’autre plusieurs semaines de convalescence.


L’affaire est grave : à la suite de l’enquête de Montain Macquart, juge de paix du canton, trois des gendarmes sont arrêtés par deux de leurs collègues, puis incarcérés à Rethel, avant d’être poursuivis pour violences, et « maltraitements[1] » avec effusion de sang.

Après le jugement rendu par le tribunal correctionnel, ces trois hommes réintègrent leur brigade, ce qui en dit long sur ces périodes troublées[2], la violence ambiante, et la qualité relative du recrutement.


[1] « Action de maltraiter, mauvais traitement. » selon Littré, Émile, Dictionnaire de la langue française, Tome 3, Paris : Louis Hachette, 1873‑1874, 4 volumes, grand in-4. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-5460034 < Tome 3 >, consultable en ligne sur Gallica, page 412, vue 420/1408 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, FOL-X-124 (3).

[2] Archives départementales des Ardennes, 7 L 1-154 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles 1 L 1-75 à 79 L 1-4 = archives judiciaires, cotes 7 L 1-154 = tribunal correctionnel de Rethel. An III-1806.]


Plaque d’uniforme de gendarme, auteur anonyme, 1795 : plaquette (médaille) ; œuvre conservée au musée Carnavalet (Paris) ; numéro d’inventaire ND2408, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.
Plaque d’uniforme de gendarme, auteur anonyme, 1795 : plaquette (médaille) ; œuvre conservée au musée Carnavalet (Paris) ; numéro d’inventaire ND2408, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.

Cette brigade intervient, un dimanche, contre Pierre Linsart, un cultivateur âgé de trente-deux ans, lors d’une danse publique dans la commune voisine de Maranwez.

Le prévenu est en état d’ébriété, et profère injures et outrages envers la gendarmerie nationale, traitant les gendarmes de « flambeaux de guillotine », ce dont il ne se souvient pas lorsqu’il est interrogé.

Néanmoins, il est conduit et enfermé à la maison d’arrêt de Charleville, d’où il est extrait le 25 prairial An VII[1], pour être jugé par le juge du canton de Signy-Librecy[2], qui le condamne à trois jours de prison, plus l’équivalent de trois jours de travail en argent[3].


[1] 13 juin 1799.

[2] Dénomination de la commune de Signy-l’Abbaye durant la Convention.

[3] Archives départementales des Ardennes, 4 L 281 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles 1 L 1-75 à 79 L 1-4 = archives judiciaires ; cotes 4 L 1-303 = tribunal correctionnel de Charleville. An III-an X.]


Compte tenu de l’époque, les tâches des gendarmes sont multiples. En dehors des affaires de vols, et de coups et blessures, ils ont pour mission d’amener un justiciable devant le juge de paix, comme ils le font avec Jacques Lantenois[1], un manouvrier de Montmeillant. C’est une affaire peu banale qui anime la commune ce jour-là.


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1213 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213 = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]


Une procédure ouverte le 2 prairial an IV[1] oppose une habitante de Rocquigny à un gendarme de la brigade, pour mauvais traitements exercés par ce dernier.

Le gendarme n’est autre que Jacques Taine, et les témoins de cet incident sur la place du village sont une petite dizaine, dont Pierre Foucault, laboureur, Pierre Dautreque, Catherine Gosset, Suzanne Foucault, etc.


[1] 21 mai 1796.


Tout commence, vers les dix heures du matin, par une querelle entre la femme Poncelet, et la femme du gendarme. Elles s’empoignent par les cheveux.

Un témoin raconte alors qu’un homme, en uniforme de gendarme, et armé d’un bâton ou d’un sabre, s’est mis à frapper une des femmes à terre, et affirme avoir reconnu la femme Poncelet, et ajoute qu’elle était blessée à la tête.

Un deuxième témoin confirme que la victime était couverte de sang. Selon un autre encore, le gendarme aurait pris sa femme par le bras, et l’aurait reconduite chez eux.


Le citoyen Louis Lambert Marache, officier de santé demeurant à Rocquigny, est mandaté par le juge de paix, Montain Macquart, pour examiner les blessures de la femme du citoyen Poncelet, le menuisier du village.

Il observe que, dans la partie supérieure et externe de l’os frontal, se trouve une plaie allant jusqu’au crâne. Il note également des contusions au visage, notamment sur les deux pommettes.

Les deux femmes comparaissent, par la suite, devant le juge de paix mais, par manque de documents, le contenu de la décision du tribunal n’est pas connu, ni les poursuites et les décisions prises à l’encontre du gendarme par sa hiérarchie[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, 7 L 90, pièces 11 et 12 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles 1L 1-7 5 à 79 L 1-4 = archives judiciaires, cotes 7 L 1-154 = tribunal correctionnel de Rethel. An III-1806.]


Une mission, assez semblable, est celle de la recherche de conscrits déserteurs. L’une d’elles les entraîne à Mainbressy, Rubigny, Wadimont, Saint-Jean-aux-Bois, Mainbresson, Vaux-lès-Rubigny et La Hardoye. Pour cela, les gendarmes de plusieurs brigades se regroupent, pour pouvoir aller perquisitionner sans crainte.


Ils le font lors des recherches entreprises, tant au Souberteau[1], pour retrouver un volontaire du 3e bataillon du Loiret[2], qu’à Chaumont-Porcien, pour enquêter sur le meunier du moulin à vent, soupçonné d’abriter des jeunes gens de Rocquigny et d’autres villages. L’information ne semble pas très fiable, car une seule arrestation a lieu.


[1] Ecart de Saint-Jean-aux-Bois.

[2] Archives départementales des Ardennes, L 1213 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213 = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]


Néanmoins, ce déploiement a une certaine répercussion sur la population, puisque six familles de conscrits se présentent spontanément aux gendarmes, pour promettre que leurs garçons se rendront dès le lendemain à Mézières. Cette opération a nécessité l’intervention de quatre brigades : Rethel, Château-Porcien, Rocquigny et Launois[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1209 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1209 = gendarmerie, organisation, casernements (1790- An VIII).]


Une autre affaire concerne les Fondys (commune de Givron[1]). Les gendarmes s’y rendent pour arrêter deux habitants, soupçonnés d’être les auteurs de l’assassinat de Jean-Baptiste Créqui, et de sa femme Marie-Anne Pagnier[2], commis dans la nuit du 7 au 8 fructidor an IX[3].


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Procès-verbal de gendarmerie relatif à Pierre et Jean Cherry de Givron, recherchés pour meurtre, et Jacques Cherry, réquisitionnaire (an IX). Archives départementales des Ardennes, 1 J 86, [série J = documents entrés par voies extraordinaires : dons, legs, achats, dépôts ; sous-série 1 J = pièces et dossiers isolés, petits fonds (série ouverte) ; cote 1 J 86 = documents relatifs au Rethélois (don de M. Lefranc, janvier 1951, entrées 163 et 164) ; documents n° 2 = pièces de procédure et divers.]

[3] Du 25 août au 26 août 1801.



Premier feuillet du compte rendu d’une tournée à la recherche de soldats réquisitionnaires ou conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Premier feuillet du compte rendu d’une tournée à la recherche de soldats réquisitionnaires ou conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A cette occasion, ils tombent fortuitement sur un réquisitionnaire, qui n’est pas en règle pour ses papiers militaires. Quoique porteur d’attestations de maladie et d’infirmités, il n’a pas son certificat de congé définitif. Il est arrêté et conduit, de brigade en brigade, jusqu’à Mézières.


Second feuillet du compte rendu d’une tournée à la recherche de soldats réquisitionnaires ou conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Second feuillet du compte rendu d’une tournée à la recherche de soldats réquisitionnaires ou conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Une autre fois, les gendarmes de Rocquigny, qui sont désormais en résidence à Château-Porcien, se rendent à La Verrerie (hameau de Rocquigny) au domicile de Bertauld (mais parfois appelé Bertrand) Baudrillart, au sujet de son fils Antoine[1].

Ils fouillent la maison, et finissent par le découvrir dans un grenier, caché sous un tas de linge sale. Le père explique alors au brigadier La Ramée que son fils n’est pas réquisitionnaire, mais conscrit, et qu’il est revenu à cause de ses pieds gelés par l’effet d’un hiver rigoureux.

Et il ajoute que ce dernier est revenu chez ses parents pour se procurer un peu d’argent, et pouvoir acheter des habits pour se couvrir. Or, il n’a plus rien. Antoine est arrêté et conduit, tout d’abord à la prison de Rethel, avant de rejoindre celle de Mézières.


[1] Procès Bertaud Baudrillart de Rocquigny, recélant son fils conscrit (an VII). Archives départementales des Ardennes, 1 J 86 [série J = documents entrés par voies extraordinaires : dons, legs, achats, dépôts ; sous-série 1 J = pièces et dossiers isolés, petits fonds (série ouverte) ; cote 1 J 86 = documents relatifs au Rethélois (don de M. Lefranc, janvier 1951, entrées 163 et 164) ; documents n° 2 = pièces de procédure et divers.]


Procès-verbaux de recherche de réquisitionnaires et de conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. [Nota bene : le papier est rongé par l’encre ferrogallique.]
Procès-verbaux de recherche de réquisitionnaires et de conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. [Nota bene : le papier est rongé par l’encre ferrogallique.]

A cet égard, en dehors de la brigade de gendarmerie, chaque canton se doit d’avoir sa prison municipale située, si cela est possible, dans des bâtiments communaux. Ainsi, l’administration de l’époque a estimé que, dans l’une des tours de l’église de Rocquigny, il y avait lieu d’y faire une prison assez convenable[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1336 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales ; cotes L 1336-1337 = canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819.]


De 1791 à 1799, la gendarmerie manque de moyens, et de personnel, pour pouvoir faire face aux désordres intérieurs (générés par les changements de régimes), et les guerres extérieures.

C’est avec le coup d’Etat du 18 et 19 brumaire an VIII[1] que Bonaparte, désormais Premier Consul, prend des mesures pour renforcer cette institution, et assurer une plus grande sécurité intérieure.

Lors de la réforme du découpage du département des Ardennes en cantons, et de la suppression de celui de Rocquigny, la brigade de Château-Porcien subsistera. Cependant, Chaumont-Porcien, nouveau chef-lieu de canton, sera à terme doté d’une brigade chargée de couvrir les villages de son ressort.


[1] Samedi 9 et dimanche 10 novembre 1799.


La longue et lente évolution, de la maréchaussée à la gendarmerie nationale, illustre la volonté constante de l’État de maintenir l’ordre dans des campagnes souvent isolées, et des territoires fragiles, confrontés à la délinquance, aux conscrits récalcitrants et aux troubles sociaux.

De la surveillance des gens de guerre, à partir de François Ier, à la gendarmerie républicaine, chaque réforme a cherché à concilier discipline militaire, efficacité de la surveillance, et connaissance du terrain, tout en adaptant les effectifs, les équipements et les uniformes aux exigences du service.


Malgré les crises révolutionnaires, et les contraintes financières, la gendarmerie a su s’ancrer dans le tissu communal, assurant à la fois la sécurité des individus et la continuité de l’autorité publique, préparant ainsi le modèle moderne de la gendarmerie nationale.


Façade principale du musée de la Gendarmerie (Melun), et grenade. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Façade principale du musée de la Gendarmerie (Melun), et grenade. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

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Les marguilliers et la fabrique de La Romagne avant la Révolution


La Romagne (Ardennes, France) -- Église Saint-Jean, calice, propriété de la commune, notice descriptive consultable en ligne sur le portail Grand Est. Inventaire général du patrimoine culturel, numéro d’immatriculation IVR21_20130823889NUC2A.
La Romagne (Ardennes, France) — Église Saint-Jean, calice, propriété de la commune, notice descriptive consultable en ligne sur le portail Grand Est. Inventaire général du patrimoine culturel, numéro d’immatriculation IVR21_20130823889NUC2A.

Pour la vie paroissiale, le curé est en étroite relation avec le maire, les échevins, mais aussi avec la fabrique. Ce terme désigne à l’origine la construction d’une église. Le sens évolue vers le temporel d’une paroisse, c’est-à-dire ses biens et ses revenus, puis l’assemblée chargée de les gérer.

Cette dernière se compose de laïcs, appelés marguilliers ou fabriciens selon leur statut. Ils sont désignés ou élus pour un an par les paroissiens, au moment de Noël. Ils doivent normalement savoir lire et écrire. Ils sont souvent choisis parmi les laboureurs aisés.


La Romagne (Ardennes, France) -- Église Saint-Jean, calice, propriété de la commune, notice descriptive consultable en ligne sur le portail Grand Est. Inventaire général du patrimoine culturel, numéro d’immatriculation IVR21_20130823883NUC2A.
La Romagne (Ardennes, France) — Église Saint-Jean, calice, propriété de la commune, notice descriptive consultable en ligne sur le portail Grand Est. Inventaire général du patrimoine culturel, numéro d’immatriculation IVR21_20130823883NUC2A.

A La Romagne, il peut y avoir deux marguilliers : le premier est en charge des affaires, tandis que le second (appelé marguillier des trépassés) s’initie aux affaires de la paroisse, avant de les gérer pleinement l’année suivante. Le choix d’un habitant pour remplir cette fonction est « une preuve que la personne est en estime de probité[1] ».

Les deux laïcs doivent assurer la responsabilité de la collecte et l’administration des fonds et revenus nécessaires à l’entretien, aux réparations de l’édifice et au mobilier de la paroisse : argenterie, luminaires, ornements.


[1] Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, département des Manuscrits, Français 20710 [ensemble de 133 feuillets = IV (pièces diverses), collection de Charles Maurice Le Tellier, archevêque-duc de Reims (1642-1710)], Instructions aux marguilliers de chaque paroisse du duché de Mazarin en date de MDCLXXXIII.


Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-9747647, page non paginée, vue 1/16, consultable en ligne sur Gallica, Lettres patentes pour contraindre les marguilliers et paroissiens de rendre conte des dons et revenus de leur église, par devant MM. les évesques, archidiacres et officiaux, ou leurs commis et vicaires. Avec l'extraict des registres du Grand Conseil du Roy, Paris : A. Estiene, 1620, in-8°, 14 pages, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, F-46939 (10).
Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-9747647, page non paginée, vue 1/16, consultable en ligne sur Gallica, Lettres patentes pour contraindre les marguilliers et paroissiens de rendre conte des dons et revenus de leur église, par devant MM. les évesques, archidiacres et officiaux, ou leurs commis et vicaires. Avec l’extraict des registres du Grand Conseil du Roy, Paris : A. Estiene, 1620, in-8°, 14 pages, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, F-46939 (10).

Le tout premier marguillier dont on trouve la trace au début du XVIIe siècle est Jean Robin, qui est « constre», c’est-à-dire chargé de rendre les comptes. En 1699, Judin Rifflet exerce à son tour cette charge durant quelques mois[1].

En 1740, c’est Jean Courtois le marguillier de l’église, tandis que le syndic est Louis Lebrun[2] . Ce dernier office est le plus souvent commun à la commune et à l’Eglise, car les gestions civile et religieuse sont étroitement liées.


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 2G 268/7 [série G = clergé séculier, sous-série 2G = fonds de l’archevêché de Reims, cotes 2G 267-268, = doyenné de Rethel (1248-1790)].

[2] Archives départementales des Ardennes, 7 J 43 [série J = archives d’origine privée (entrées par voie d’achat, don, legs ou dépôt), sous-série 7J = collection du docteur Octave Guelliot, érudit local, cote 7J 43 = ex-libris ardennais].


Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d’inventaire 893.13.1, anonyme (école française de sculpture), Armes de Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims, calcaire polychrome et doré, XVIIe siècle, notice descriptive consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. L'ecclésiastique a écrit des Instructions aux marguilliers de chaque paroisse du duché de Mazarin.
Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d’inventaire 893.13.1, anonyme (école française de sculpture), Armes de Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims, calcaire polychrome et doré, XVIIe siècle, notice descriptive consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. L’ecclésiastique a écrit des Instructions aux marguilliers de chaque paroisse du duché de Mazarin.

En 1745, en dehors de celles du visiteur et du curé, on trouve parmi les signatures apposées lors de la visite de la paroisse les noms de P. Gagneux, Jean Canon, N. Rifflet, Jean Coutié et François Boudsocq. Puis, en 1783, dans les mêmes circonstances, celles de Pierre Richard Legros (ancien marguillier), François Boudsocq et Davaux. Ces noms sont certainement ceux des membres du bureau de la fabrique[1].


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 2G 268 [série G = clergé séculier, sous-série 2G = fonds de l’archevêché de Reims, cotes 2G 267-268, = doyenné de Rethel (1248-1790)].


Deux quartels de ce pré appartenant à la fabrique sont vendus sous la Révolution à un homme de loi de Rethel (Ardennes). La Favée, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne (Ardennes) effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 24 mars 2022. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Deux quartels de ce pré appartenant à la fabrique sont vendus sous la Révolution à un homme de loi de Rethel (Ardennes). La Favée, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne (Ardennes) effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 24 mars 2022. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La location de terrains fournit d’autres recettes. Si le montant des baux n’est pas versé, la fabrique peut introduire un recours contre le mauvais payeur.

Un exemple en est fourni par Jean Hamelin, laboureur, condamné par une sentence du 1er août 1682, rendue en la cour sénéchalière de Reims, pour « n’avoir pas pu ou pas voulu payer 21 livres » représentant le montant de la location de prés à la fabrique de Montmeillant.


Les anciens bancs de l'église Saint-Jean ont été remplacés par des chaises, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017 à La Romagne (Ardennes). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Les anciens bancs de l’église Saint-Jean ont été remplacés par des chaises, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017 à La Romagne (Ardennes). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La fabrique tire également des revenus occasionnels de la vente de pommes, mais de plus importants de la vente des bancs de chœur[1] : en 1721, le Prieur Carré et André Sacré, marguillier en service, procèdent à l’adjudication des bancs libres pour un coût variant de « 7 livres pour le premier banc de la droite ou de la gauche à 20 sols[2] la place pour les autres bancs ».

Cette différence de prix permet de mieux comprendre la hiérarchie économique du village, sachant que les places les plus près de l’autel sont les plus chères. D’autre part, il est à remarquer que, quelle que soit la place de la famille dans le village, il n’est à aucun moment question des femmes.


[1] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 2 [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série ROMAGNE[LA]/E 2 = registres paroissiaux et d’état civil de La Romagne, 1713-1721, actes de baptême, mariage, sépulture], publication de la vente de bancs de chœur, vue 33/34, consultable en ligne.

[2] Soit une livre.


Double Louis d’or au bandeau, 1745, Bayonne (avers ou droit).

Les revenus de la fabrique sont administrés par le marguillier. Celui-ci se charge de la recette et détermine la dépense ordinaire, après avoir demandé le consentement du curé et des principaux habitants qui composent le bureau.  Il doit présenter chaque année les comptes, après avoir veillé à faire rentrer les diverses sommes d’argent.

Or, malgré les ordonnances royales qui stipulent qu’on enjoint aux marguilliers, fabriciens de présenter les comptes des revenus et de la dépense chaque année, ce n’est pas toujours le cas. Ainsi, en 1745, lors de la visite du vicaire général Zénard Viegen, les comptes de 1743 sont censés être les derniers effectués.

Double Louis d’or au bandeau, 1745, Bayonne (revers).

De même, lors de la succession de Louis Letellier établie par maître Watelier (notaire à Wasigny)[1], ce dernier doit la somme de 28 livres 6 sols et 9 deniers au titre de 1758 (année durant laquelle il a été marguillier).

Cette somme est comptée comme dettes passives dans l’acte notarié qui est dressé après son décès. Dans ce rapport, il est question de « revenus en souffrance ». Quelque trente ans plus tard, le problème est le même : en 1774, 600 livres et quelques sols sont dus à la fabrique, alors que « le revenu annuel de celle-ci est d’environ 200 livres[2] ».


[1] Archives départementales des Ardennes, 3E35 499 [série E = état civil, officiers publics et ministériels, sous-série 3E = notaires, articles 3E35/1-613 = archives notariales de Wasigny].

[2] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 2G 268 [série G = clergé séculier, sous-série 2G = fonds de l’archevêché de Reims, cotes 2G 267-268, = doyenné de Rethel (1248-1790)].


Double louis d'or au buste habillé, 1783, Bordeaux (avers ou droit).
Double louis d’or au buste habillé, 1783, Bordeaux (avers ou droit).

Le curé note que « l’on ne fait pas les diligences nécessaires pour faire payer les personnes qui sont redevables à la fabrique », que certaines dettes « remontent à plus de 10 ans », que « certains sont aujourd’hui insolvables » et que les marguilliers en charge « ne veulent pas agir ».

A la suite de ces remarques, le curé écrit en conséquent au procureur fiscal de La Romagne. L’intervention se révèle efficace car, en 1783, il n’est plus question de dettes à l’égard de la fabrique et « les comptes sont rendus exactement ».


Louis d'or aux palmes, 1774, Paris (avers ou droit), représentant le buste du roi Louis XVI à gauche, en habit de cour, avec un jabot de dentelle, les cheveux noués sur la nuque par un ruban, et décoré de l'Ordre du Saint-Esprit.
Louis d’or aux palmes, 1774, Paris (avers ou droit).

Avec son revenu, la fabrique peut payer en 1774 les trente-sept messes hautes avec vigiles, les messes basses, le pain, le vin, le luminaire, la blanchisseuse, l’entretien de la sacristie, du maître autel, et de « tout ce qui est nécessaire ».

Louis d'or aux palmes, 1774, Paris (revers), représentant un écu de France couronné, entouré de deux palmes, avec une main de justice et un sceptre en sautoir.
Louis d’or aux palmes, 1774, Paris (revers).

Double louis d'or au buste habillé, 1783, Bordeaux (revers).
Double louis d’or au buste habillé, 1783, Bordeaux (revers).

Il n’y a pas de date précise pour former un bureau. Il se réunit en fonction des besoins. Or, en 1783, il n’y en a toujours pas d’établi « dans les formes, point de registres ni de papiers titres » mais un « registre des adjudications et reconnaissance des places ».


Ce coffre de fabrique (dit des marguilliers) date du XVe siècle. Il se situe dans la sacristie de l’église paroissiale Saint-Viâtre (Loir-et-Cher). Sa notice descriptive PM41000467 est référencée par la base du patrimoine mobilier (Palissy), consultable en ligne sur la plateforme ouverte POP.
Ce coffre de fabrique (dit des marguilliers) date du XVe siècle. Il se situe dans la sacristie de l’église paroissiale Saint-Viâtre (Loir-et-Cher). Sa notice descriptive PM41000467 est référencée par la base du patrimoine mobilier (Palissy), consultable en ligne sur la plateforme ouverte POP.

Quelle que soit l’époque, la personne choisie a parfois du mal, pour diverses raisons, à gérer l’administration de la fabrique. Les quelques documents écrits sont enfermés dans un coffre à trois clés. Celles-ci sont attribuées au curé, au marguillier et au principal paroissien. La consultation des papiers paraît assez difficile dans ces conditions.


Cinquante verges de ce pré appartenant à la fabrique sont vendues sous la Révolution à un habitant de Hauteville (Ardennes). La Huée, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne (Ardennes) effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 24 mars 2022. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Cinquante verges de ce pré appartenant à la fabrique sont vendues sous la Révolution à un habitant de Hauteville (Ardennes). La Huée, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne (Ardennes) effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 24 mars 2022. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A la fin du XVIIIe siècle, la fabrique semble enfin correctement administrée financièrement, d’autant que la location des terres aux principaux habitants du village (Jean-Baptiste Mauroy, Pierre Langlet, Jean Arbonville, Pierre Simon, Nicolas Cercelet, Jean Lépinois, Hubert Laroche, etc.) assure un revenu régulier.

Trois quartels de ce pré appartenant à la fabrique sont vendus sous la Révolution à un habitant de Rethel (Ardennes). Les Grands Sarts, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne (Ardennes) effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 24 mars 2022. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Trois quartels de ce pré appartenant à la fabrique sont vendus sous la Révolution à un habitant de Rethel (Ardennes). Les Grands Sarts, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne (Ardennes) effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 24 mars 2022. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Archives nationales, document numérique, AE/II/1140, page non paginée, vue 1/1, consultable en ligne sur Archim, Décret de l'Assemblée nationale en date du 2 novembre 1789 mettant les biens ecclésiastiques à la disposition de la Nation, texte numérisé d’après l’original des Archives nationales, site de Paris, C30/246/2.
Archives nationales, document numérique, AE/II/1140, page non paginée, vue 1/1, consultable en ligne sur Archim, Décret de l’Assemblée nationale en date du 2 novembre 1789 mettant les biens ecclésiastiques à la disposition de la Nation, texte numérisé d’après l’original des Archives nationales, site de Paris, C30/246/2.

Avec la Révolution, elle plonge dans la tourmente, comme toutes les fabriques des autres paroisses. Le décret du 2 novembre 1789 met à la disposition de la Nation les biens ecclésiastiques, mais indique ne pas toucher à ceux des fabriques. Le décret de brumaire an III déclare en revanche propriété nationale tout actif de ces dernières, même ce qui est affecté à l’acquit[1] des fondations.


[1] Action d’acquitter.


Lieu-dit et surfaceLoyerLocataireMise à prixVente réaliséeAcquéreur
Le Jardin, pièce de pré10 livres 15 solsJean Tripier, tisserand300 livres610 livresToussaint Lallement
Le Pont Camelot, cinquante verges de pré13 livresJ.-B. Mauroy500 livres765 livresJ.-B. Suan (La Neuville-lès-Wasigny)
Le Pré Terlot, cinquante verges10 livres 5 solsJ.-B. Lepinois400 livres445 livresJ.-P. Letellier (le citoyen Tellier)
La Favée, deux quartels de pré10 livresPierre Mauroy200 livres450 livresJacques Remacle, homme de loi (Rethel)
Chemistresse, un quartel de pré2 livres 19 solsPierre Legros (propriétaire de la Cour Avril)100 livres100 livresPierre Legros
Le Bois Librecy, trois quartels de pré9 livres 10 solsFrançois Hezette, manouvrier200 livres300 livresJ. Remacle (Rethel)
La Fontaine aux Grues, soixante-dix verges de pré14 livresFrançois Mauroy400 livres665 livresJacques Gaudelet (Rethel)
Les Gros Saules, cinquante verges de pré20 livresThomas Thomas, laboureur800 livres810 livresJ. Gaudelet (Rethel)
Le Grand Sart, trois quartels de pré9 livresFrançois Harbonville, manouvrier200 livres500 livresJ. Gaudelet (Rethel)
La Marchotterie, un quartel de pré3 livresClaude Champion (Rocquigny)100 livres140 livresJ. Gaudelet (Rethel)
Le Chêne, un quartel de pré4 livresPierre Langlet, laboureur150 livres200 livresJ. Gaudelet (Rethel)
Le Pré Hagnon, deux quartels8 livresJ.-B. Millet, manouvrier205 livres380 livresJ. Remacle (Rethel)
Le Pré Robin, un arpent24 livresJean-Charles Boudier, laboureur900 livres1500 livresJ. Gaudelet (Rethel)
Le Pré Haguenau, un quartel3 livres 16 solsPierre Langlet100 livres200 livresJ. Remacle (Rethel)
La Houette, trois quartels et un pugnet de pré12 livres 9 solsPierre Langlet300 livres800 livresJ.-B. Toupet (Montigny)
La Houette, trois pugnets de pré10 livresPierre Davaux200 livres600 livresJ.-B. Toupet (Montigny)
Le Rouage, un arpent de pré26 livres 15 solsThomas Devie1300 livres1800 livresJ. Remacle-Watelier (Rethel)
Le Marais, un quartel de pré7 livresPierre Hamel, manouvrier200 livres300 livresJ. Remacle-Watelier (Rethel)
Le Plutaux, neuf quartels de pré48 livresHubert LarocheNon préciséeNon préciséeNon précisé
Les Trois Terroirs, un quartel de pré1 livre 6 solsPierre Langlet40 livres135 livres J.-P. Letellier (le Mont de Vergogne)
La Huée, cinquante verges de pré18 livresMathieu Arbonville, cordonnier500 livres760 livresJean Le Roy (Hauteville)
Moranvaux, soixante-dix verges de pré10 livres 15 solsMathieu Arbonville300 livres550 livres J.-P. Letellier (le Mont de Vergogne)
Tébouzé, un quartel de pré5 livres 10 solsJean Lepinois, laboureur200 livresNon préciséeNon précisé
La Voilarme, un quartel de pré4 livresNicolas Cercelet100 livres145 livresHamel
La Voillarme, trois quartels de pré11 livresNicolas Cercelet400 livres600 livresJean Le Roy (Hauteville)
Le Pré Pigneau, cinquante verges9 livres 10 solsPierre Laroche400 livres510 livresFrançois Millet
Le Pré Pigneau, un quartel3 livres 5 solsJ.-B. Mauroy160 livres215 livresToussaint Lallement
La Rigolle, un quartel de pré7 livres 5 solsJ.-B. Millet200 livres330 livresHubert Laroche
La Favée, trois pugnets de pré7 livres 10 solsPierre Davaux200 livres300 livresJean Le Roy (Hauteville)
La vente des terres, prés et jardins des biens de la fabrique de La Romagne (Ardennes) trouve de nombreux acquéreurs à Rethel (Ardennes).

Le 17 fructidor an II, Montain Louis Macquart (juge de paix du canton de Rocquigny et commissaire nommé) inventorie les vêtements sacerdotaux et l’argenterie. L’inventaire estimatif des biens de la fabrique de La Romagne[1] ne concerne que les biens religieux, mais permet de mieux connaître la richesse de l’Eglise quant à la célébration du culte.

Il suit de quelques mois l’inventaire, puis la vente des terres, prés et jardins appartenant à la ci-devant fabrique[2] (19 avril 1793 et 15 août de la même année), dont les principaux acquéreurs ne sont pas les habitants du village ou des environs, mais de riches bourgeois de Rethel.


[1] Archives départementales des Ardennes, Q 503 [série Q = domaines, enregistrement, hypothèques depuis 1790, articles Q 469-832 = administration du séquestre des biens nationaux, cotes Q 483-511 = dossiers des fabriques (par ordre alphabétique des communes), 1790-1808].

[2] Archives départementales des Ardennes, Q 276 [série Q = domaines, enregistrement, hypothèques depuis 1790, articles Q 90-468 = ventes de biens nationaux, cotes Q 272-282 = vente de biens nationaux, district de Rethel, 1790-an IV]. Voir aussi Archives départementales des Ardennes, Q 145 [série Q = domaines, enregistrements, hypothèques depuis 1790, cotes Q 127-147 = ventes de biens nationaux, fonds concernant les affiches de la vente et enregistrement des affiches de vente par districts, 1790-an IV].


Deux quartels de ce pré appartenant à la fabrique sont vendus sous la Révolution à un homme de loi de Rethel (Ardennes). La Favée, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne (Ardennes) effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 24 mars 2022. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Deux quartels de ce pré appartenant à la fabrique sont vendus sous la Révolution à un homme de loi de Rethel (Ardennes). La Favée, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne (Ardennes) effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 24 mars 2022. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le dernier inventaire est dressé le 23 germinal an II[1] par Montain Louis Macquart, Hugues Crépeaux et Pierre Perrin (menuisier), le premier demeurant à Saint-Jean-aux-Bois et le second à Montmeillant. Une fois l’acte rédigé et la déclaration des présidents et officiers municipaux jurant qu’il ne reste plus aucun bien immeuble appartenant à la fabrique, il apparaît que la valeur totale de l’estimation des biens de l’église s’élève à 1760 livres 15 sols.

C’est à cette occasion que la distinction est faite concernant la propriété du bâtiment puisqu’il est affirmé que les habitants considèrent leur église comme appartenant à leur commune et non comme bien de fabrique[2].


[1] Soit le 12 avril 1794.

[2] Archives départementales des Ardennes, Q 278 [série Q = domaines, enregistrement, hypothèques depuis 1790, articles Q 90-468 = ventes de biens nationaux, cotes Q 272-282 = vente de biens nationaux, district de Rethel, 1790-an IV].


La Romagne (Ardennes, France) -- Église Saint-Jean, calice, propriété de la commune, notice descriptive consultable en ligne sur le portail Grand Est. Inventaire général du patrimoine culturel, numéro d’immatriculation IVR21_20130823892NUC2A.
La Romagne (Ardennes, France) — Église Saint-Jean, calice, propriété de la commune, notice descriptive consultable en ligne sur le portail Grand Est. Inventaire général du patrimoine culturel, numéro d’immatriculation IVR21_20130823892NUC2A.

Comme la vente ne peut se faire immédiatement, les meubles et effets sont laissés dans l’église et sacristie sous la surveillance de ladite municipalité. L’acte porte la signature des responsables de celle-ci, tels Langlet (président), Boudié (officier municipal), Pierre Douce, J. Pausé et Macquart. La vente mobilière des biens de la fabrique[1] a lieu le 24 vendémiaire an III[2].


[1] Archives départementales des Ardennes, Q 503 [série Q = domaines, enregistrement, hypothèques depuis 1790, articles Q 469-832 = administration du séquestre des biens nationaux, cotes Q 483-511 = dossiers des fabriques (par ordre alphabétique des communes), 1790-1808].

[2] Le 15 octobre 1794.


La Romagne (Ardennes, France) -- Église Saint-Jean, ciboire, propriété de la commune, notice descriptive consultable en ligne sur le portail Grand Est. Inventaire général du patrimoine culturel, numéro d’immatriculation IVR21_20130823885NUC2A.
La Romagne (Ardennes, France) — Église Saint-Jean, ciboire, propriété de la commune, notice descriptive consultable en ligne sur le portail Grand Est. Inventaire général du patrimoine culturel, numéro d’immatriculation IVR21_20130823885NUC2A.

Elle est menée par Montain Louis Macquart. Jean-Baptiste Deligny (notaire demeurant à Rocquigny) est aussi nommé audit effet pour la délibération susdite. Elle se fait en présence de Langlois[1] (maire), Boudier et Le Thellier[2] (officiers municipaux), après avoir été annoncée par affiches et par le son de la caisse (ou tambour).

Ces derniers procèdent à la dispersion des « boisseries, bancs, buffets et autres ustenciles restant du mobillier de la ci-devant fabrique du dit lieu de La Romagne ». Les biens sont répartis parmi les habitants de la paroisse ou des villages voisins.

Tout est acquis au comptant, ce qui est assez curieux : la loi n’exigeait qu’un premier paiement de 12%, et permettait de se libérer du reste en douze annuités.


[1] Langlet.

[2] Letellier (variante orthographique).


Ce banc des marguilliers date de 1755. Il se trouve dans l’église Saint-Ayoul à Provins (Seine-et-Marne). Sa notice descriptive PM77001403 est référencée par la base du patrimoine mobilier (Palissy), consultable en ligne sur la plateforme ouverte POP.
Ce banc des marguilliers date de 1755. Il se trouve dans l’église Saint-Ayoul à Provins (Seine-et-Marne). Sa notice descriptive PM77001403 est référencée par la base du patrimoine mobilier (Palissy), consultable en ligne sur la plateforme ouverte POP.

L’église est totalement vidée de son mobilier. Quelque vingt-huit bancs, dont certains ont un dossier, quand ce n’est pas le « banc du marguillier », trouvent très vite preneurs. Parmi les acquéreurs, on peut citer : Louis Noël, Pierre Mauroy, Toussaint Lallemand, Hubert Laroche, François Millet, François Arbonville, Jean Baptiste Miclet, François Hezette, Nicolas Cercelet, Pierre Lépinois, etc.


Confessionnal en bois peint du XIXe siècle de l'église Saint-Jean, prise de vue effectuée le samedi 10 avril 2010 à La Romagne (Ardennes). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Confessionnal en bois peint du XIXe siècle de l’église Saint-Jean, prise de vue effectuée le samedi 10 avril 2010 à La Romagne (Ardennes). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Ce sont ensuite l’aigle et son pied (sur lequel on reposaient les évangiles pour la lecture durant la messe) qui sont adjugés à François Devie, ou le confessionnal qui devient la propriété de la veuve de Pierre Lallemand.

Les murs recouverts de lambris ou de boiseries sont mis à nu pour  leur vente. Les gradins et le maître-autel sont aussi dispersés parmi des acquéreurs, qui sont quasiment les mêmes.

Les armoires ou les coffres subissent le même sort, pour devenir la propriété de Jean-Baptiste Devaux, Gérard Miclet, François Mauroy.

Musée national du Moyen âge - Thermes et Hôtel de Cluny (Paris), numéro d’inventaire Cl. 19255, anonyme, Saint Jean l'Évangéliste, sculpture, 3e quart du 14e siècle, notice consultable en ligne.
Musée national du Moyen âge – Thermes et Hôtel de Cluny (Paris), numéro d’inventaire Cl. 19255, anonyme, Saint Jean l’Évangéliste, sculpture, 3e quart du 14e siècle, notice descriptive consultable en ligne.

Musée national de Port-Royal des Champs (Magny-les-Hameaux, Yvelines), numéro d’inventaire PRP 004, Champaigne, Philippe de (1602-1674), Le Christ aux outrages, peinture à l’huile sur toile, vers 1655, notice descriptive consultable en ligne.
Musée national de Port-Royal des Champs (Magny-les-Hameaux, Yvelines), numéro d’inventaire PRP 004, Champaigne, Philippe de (1602-1674), Le Christ aux outrages, peinture à l’huile sur toile, vers 1655, notice descriptive consultable en ligne.

Il ne reste rien des objets du culte. Même la pierre d’autel, placée au centre de celui-ci, et symbolisant le Christ (elle était gravée d’une croix), est vendue lors de la dispersion des biens. Elle est acquise par Pierre-Simon Legros. A la suite de ces événements, l’église est abandonnée et la fabrique disparaît[1].

Cette frénésie d’achats peut interroger. S’agit-il de mettre à l’abri de la convoitise ces biens, en ces temps troublés ? Ou souhaite-t-on prouver son attachement au nouveau régime, en démantelant ce qui a été, pendant des siècles, le cœur de la paroisse ?


[1] Cette institution est rétablie après la Révolution par l’article LXXVI du Concordat.

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Le travail de la terre à La Romagne, du laboureur au manouvrier


Débourrage de Diva, cheval de trait ardennais, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l'aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l'association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Débourrage de Diva, cheval de trait ardennais, prise de vue effectuée le jeudi 25 novembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire monsieur Joël Bailly, de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A côté des possesseurs les plus importants du village, que sont les religieux et les seigneurs de Chaumont, se trouvent des laboureurs qui sont propriétaires de tout ou partie des terres qu’ils cultivent. Pour cela, il leur faut disposer du matériel agricole nécessaire, et d’au moins deux chevaux à atteler pour pouvoir labourer.

Droopy du Tivoli, cheval de trait ardennais rouan, prise de vue effectuée le mardi 21 septembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l'aimable autorisation de son propriétaire [identité non communicable en raison d’un accord de confidentialité], de l'association Les Sabots du relais.  Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Droopy du Tivoli, cheval de trait ardennais rouan, prise de vue effectuée le mardi 21 septembre 2021 à Launois-sur-Vence (Ardennes), avec l’aimable autorisation de son propriétaire [identité non communicable en raison d’un accord de confidentialité], de l’association Les Sabots du relais. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Brabant (charrue), prise de vue effectuée le vendredi 23 juillet 2021 devant l'auberge de Gironval, à Thin-le-Moutier (Ardennes), avec l'aimable autorisation de madame Agnès Ayer. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Brabant (charrue), prise de vue effectuée le vendredi 23 juillet 2021 devant l’auberge de Gironval, à Thin-le-Moutier (Ardennes), avec l’aimable autorisation de madame Agnès Ayer. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Pour disposer d’une charrue, il faut au minimum exploiter de quarante à soixante arpents (soit environ quinze à vingt-cinq hectares). Il s’agit donc de laboureurs assez aisés et ils sont très peu nombreux dans le village[1].

AnnéeUne charrueUne demi-charrueAucune indication
1702113
1712391
1714143
1720410
172577
La possession d’une charrue témoigne d’un certain statut social.

[1] Archives départementales de la Marne, centre de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales, articles C 2065-2659 = administrations et juridictions financières et fiscales, subdélégations de Champagne, 1585-1790].


 Cense Longueval, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Cense Longueval, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A côté d’eux, de petits laboureurs à « demi ou quart de charrue », dont nous parle Terwel[1] partagent avec une (voire deux ou trois autres personnes) la propriété des instruments aratoires. C’est d’autant plus possible que, bien souvent, on exploite une ferme ou cense (encore appelée tenure) en famille.


[1] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, microfiche, MFICHE 8-LC20-57, Graffin, Roger ; Jadart, Henri ; Laurent, Paul, « Les notices cadastrales de Terwel sur les villages de la frontière de Champagne en 1657 », in Revue historique ardennaise, Paris : A. Picard et fils, 1894-1914, tome neuvième année, mai-août 1902, p. 97-256. [Nota bene : ce périodique bimestriel édité entre 1894 et 1914 est un titre mort. Il ne saurait être confondu avec la Revue historique ardennaise publiée depuis 1969 à Charleville-Mézières par la Fédération des sociétés savantes des Ardennes, la Société d’études ardennaises (devenue la Société d’histoire des Ardennes) et la Société d’histoire et d’archéologie du Sedanais].


Cense Longueval, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Cense Longueval, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le terme de cense vient tout droit d’un état juridique compliqué et concerne un ensemble de terres à exploiter soumis au droit seigneurial.

AnnéeEn propreEn propre et censeEn cense seuleSans précision
1702257
17123352
17141232
1720914
17258231
La terre peut être en cense, en propre, ou les deux à la fois.

Le tenancier se doit donc d’acquitter « des droits seigneuriaux ». Le censitaire est un exploitant à « bail perpétuel », puisqu’on reconnaît des droits à sa famille jusqu’à l’extinction de celle-ci, au point que la cense[1] prend parfois le nom de la famille qui la cultive.


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales, articles C 2065-2659 = administrations et juridictions financières et fiscales, subdélégations de Champagne, 1585-1790].


Demi-louis d'or à la mèche longue, Monnaie du Louvre, Paris, 1643, avers (ou droit) représentant la tête laurée de Louis XIII le Juste à droite,  avec baies dans la couronne.
Demi-louis d’or à la mèche longue, Monnaie du Louvre, Paris, 1643, avers (ou droit) représentant la tête laurée de Louis XIII le Juste à droite, avec baies dans la couronne.

Le fermage est un autre mode de gestion de la terre. Le propriétaire foncier concède la terre dans le cadre d’un bail à terme, renouvelable tous les trois ans à cause « des roies » (ou assolement triennal), moyennant un loyer fixe, le plus souvent en argent.

Ces baux ruraux sont passés devant un notaire royal et, depuis le XVIe siècle, ils dépassent rarement la durée de neuf ans. Auparavant, ils pouvaient aller jusqu’à vingt-cinq ans, ce qui laissait une plus grande stabilité pour la gestion des biens.

Or, les guerres de la première moitié du XVIIe siècle et la dépression agricole qui se produit au XVIIIe siècle font que les propriétaires changent plus souvent de locataires, et que beaucoup de baux sont résiliés au bout de trois ou six ans.

Demi-écu d'argent, Monnaie de Matignon, Paris, 1643, avers (ou droit) représentant le buste lauré, drapé et cuirassé de Louis XIII le Juste à droite, avec baies dans la couronne.
Demi-écu d’argent, Monnaie de Matignon, Paris, 1643, avers (ou droit) représentant le buste lauré, drapé et cuirassé de Louis XIII le Juste à droite, avec baies dans la couronne.

Le Merbion, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Merbion, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les obligations du preneur sont codifiées dans le bail. C’est ce qu’on peut voir avec celui qui est passé en 1771 par devant Maître Watelier (notaire royal à Wasigny) entre Marie Peltier, dite « madame du Merbion » [1] d’une part et Jean Lespinois et sa femme Marie-Nicole Cousin d’autre part.

Le document est ainsi établi « pour trois, six, neuf années aux choix respectifs des parties en avertissant trois mois avant l’expiration desdites trois ou six années pour commencer le 1er mars 1772 ».

Bonnefantenmuseum (Maastricht, Pays-Bas), numéro d’inventaire 1004918, Polack, Jan, Saint Martin et le mendiant, peinture (panneau, tempera, feuille d'or), vers 1500, notice descriptive consultable en ligne.
Bonnefantenmuseum (Maastricht, Pays-Bas), numéro d’inventaire 1004918, Polack, Jan, Saint Martin et le mendiant, peinture (panneau, tempera, feuille d’or), vers 1500, notice descriptive consultable en ligne.

Il consiste en une ferme située au Prieuré près le Moulin Garot. Cette dernière est composée « d’un corps de logis, bâtiments, grange, écurie, jardin, chènevière, terres, prés, plants d’arbres à charge d’entretenir les bâtiments des réparations locatives, de tenir les jardins en bon état ainsi que les haies vives, de piocher le pied des arbres à fruits, de cultiver, labourer et ensemencer les terres dans leurs roies, payer les droits seigneuriaux […] pour une redevance de 180 livres plus une journée avec un attelage de bons chevaux pouvant être employée aux choses que ladite bailleuse jugera à propos. Le tout pour chacune année à la Saint-Martin d’hiver [2] ».


[1] Car veuve de Pierre Jadart du Merbion (1692-1759, major au régiment de Bergeret) et mère de Pierre Jadart du Merbion (1737-1797, général de division de la Révolution française).

[2] Archives départementales des Ardennes, 3E35 504 [série E = état civil, officiers publics et ministériels, sous-série 3E = notaires, articles 3E 35/1-613 = archives notariales de Wasigny].


Le Bochet et les Terres Jacques, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Bochet et les Terres Jacques, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Il arrive, et cela est vrai surtout à la fin du XVIIIe siècle, que des baux soient signés avec un locataire, mais que celui-ci, à son tour, sous-loue le bien.

C’est ce qui apparaît au moment de la vente des biens nationaux de l’émigré Courtin, où l’on constate que les signataires des baux (en particulier Michel Bolle et J. B. Mauroy) ne sont pas les véritables détenteurs, qui se révèlent être tantôt J. B. Fressancourt, Charles Thomas Devie ou Charles Thomas Miclet[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, Q 134 [série Q = domaines, enregistrements, hypothèques depuis 1790, cotes Q 127-147 = ventes de biens nationaux, fonds concernant les affiches de la vente et enregistrement des affiches de vente par districts, 1790-an IV].


Le Bochet, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Bochet, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Ces arrangements ont pour but premier d’accroître le bien foncier de l’une des parties, tout en procurant de l’argent liquide à l’autre. Cette dernière peut faire face à des besoins urgents pour régler des prélèvements tels : dîme, droits seigneuriaux, impôts royaux directs et indirects, etc.

Elle peut également réinvestir dans une autre terre, donnant ainsi aux paysans l’occasion de constituer des pièces de terre de superficies plus importantes, et de faciliter ainsi leur travail.

Terroir de La Romagne, avec vue sur La Ruelle, repérage topographique des lieux-dits effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Terroir de La Romagne, avec vue sur La Ruelle, repérage topographique des lieux-dits effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les Houis Bas, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Les Houis Bas, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

C’est ce qu’a dû prévoir en mars 1747 Jean Coutier, marchand demeurant à La Romagne, lorsqu’il achète à Charlotte Parisot (veuve de Thomas Devie) un quartel de terre au Pré Mellier budant[1] du couchant et d’un autre bout à un de ses biens.  La vente peut se révéler obligatoire, lorsque le bien est si éloigné qu’il est impossible de l’exploiter. C’est ce qu’est obligé de faire en 1714 Daniel L’Escholier (ou Lescoyer) habitant aux Houis, lorsqu’il hérite les biens familiaux situés sur les terroirs de Dohis et d’Iviers (Aisne). Il s’en sépare et les vend à un habitant de cette paroisse[2].


[1] Pour le sens de « budant à » (« attenant à »), voir Tamine, Michel, « Le vocabulaire toponymique de la limite : éléments d’un inventaire ardennais (suite et fin) », In Nouvelle revue d’onomastique, Paris : Société française d’onomastique, 1983-, n°33-34, 1999, p. 31-92, Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 4-X-1826 [périodique, consultable en ligne sur Persée].

[2] Archives privées et personnelles [source non communicable en raison d’un accord de confidentialité].


Terroir de La Romagne, avec vue sur Givron, repérage topographique des lieux-dits effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Terroir de La Romagne, avec vue sur Givron, repérage topographique des lieux-dits effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Du fait des nombreux partages intervenant à chaque succession, il est rare que des pièces de terre aient une superficie de plusieurs arpents, si un remembrement par rachat de terre n’a pas lieu. En étudiant les legs faits à l’église de la Romagne, ou à la lecture des actes notariés, les surfaces dont il est question dans tous ces actes se résument plus souvent à quelques pugnets[1], verges[2] ou quartels[3]. Tout ceci est lié à la division, lorsque c’est possible, de la pièce de terre en autant de lots que d’héritiers par des « experts nommés » pour apprécier ladite succession.


[1] Mesure agraire équivalant à un demi-quartel.

[2] Unité en vigueur dans les Ardennes  variant de 22 à 55 m2 selon le lieu.

[3] Surface représentant  le quart d’un arpent ou vingt-cinq verges.


Côte au Saint Foin (comprendre sainfoin),  repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Côte au Saint Foin (comprendre sainfoin), repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Des lots de même valeur, sans être forcément de même superficie, mais constitués chacun de pièces différentes, ne semblent pas être la norme. Ainsi, en trois générations, c’est l’émiettement et l’éparpillement le plus complet. Il ne reste plus qu’à échanger les terres quand cela est possible.

Le Woicheux, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Woicheux, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le Mont de Vergogne, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Mont de Vergogne, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La vente n’est pas la seule solution existant pour se procurer des liquidités. Le laboureur peut avoir recours à « une vente temporaire » ou avance d’argent garantie sur un bien foncier. C’est ce que pratique en avril 1709 Marin Letellier, laboureur demeurant au Mont de Vergogne. Il rencontre, comme bien de ses semblables, des difficultés avec cette terrible année.

Pour la somme de 200 livres, il vend à Jean Caneau, marchand résidant à La Cour Honorée, paroisse de Saint-Jean-aux-Bois, « une ‘mazure’, chènevière, jardin à arbres fruitiers en dépendant, six arpents de terre labourable, deux quartels de pré en deux pièces, trois autres pugnets ». L’ensemble provient de Pierre Leclerc et sa femme Poncette Sonnet, à la suite d’un acte signé devant le notaire royal de Lalobbe en 1692.

S’il parvient à rembourser la somme dans le délai imparti et en un seul paiement, il rentre dans son bien après avoir acquitté une « valeur locative » de 10 livres et deux paires de poulets pour chacune des trois années. Sinon, l’ensemble du bien sera acquis au preneur[1].


[1] Archives privées et personnelles [source non communicable en raison d’un accord de confidentialité].


La mare aux grenouilles des Houis Hauts, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
La mare aux grenouilles des Houis Hauts, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Cette façon d’emprunter pour se procurer des liquidités et faire face aux difficultés liées aux mauvaises récoltes se pratique aussi souvent que les paysans sont acculés. Les riches marchands ou les laboureurs y trouvent aussi grandement leur intérêt.

Ainsi, l’année 1776, marquée par de mauvaises récoltes, contraint Jean Cocu et sa femme Jeanne Gagneux à délaisser pour trois ans à Jean Philbert, laboureur de la paroisse de Rocquigny, une pièce de terre plantée de dix arbres fruitiers sise aux Houis, contre la somme de 150 livres. Or, le couple n’a aucune certitude de récupérer son bien si les années suivantes sont aussi médiocres ou s’il doit faire face à d’autres ennuis.

Ecu aux branches d'olivier, Lille, 1776, avers (ou droit) représentant le buste de Louis XVI à gauche, portant une veste brodée, avec l'ordre du Saint-Esprit, les cheveux noués sur la nuque par un ruban.
Ecu aux branches d’olivier, Lille, 1776, avers (ou droit) représentant le buste de Louis XVI à gauche, portant une veste brodée, avec l’ordre du Saint-Esprit, les cheveux noués sur la nuque par un ruban.

Musée du Louvre (Paris), numéro d'inventaire INV 606 [B 183] Santi, Raffaello, dit Raphaël, Saint Jean Baptiste dans le désert désignant la Croix de la Passion, bois transposé sur toile, 1e quart du XVIe siècle (vers 1516), notice descriptive consultable en ligne.
Musée du Louvre (Paris), numéro d’inventaire INV 606 [B 183] Santi, Raffaello, dit Raphaël, Saint Jean Baptiste dans le désert désignant la Croix de la Passion, bois transposé sur toile, 1e quart du XVIe siècle (vers 1516), notice descriptive consultable en ligne.

La vente d’une terre se fait en général au comptant. Il existe néanmoins d’autres arrangements qui permettent de pouvoir acquérir un lopin de terre, à une époque où le crédit tel que nous le connaissons n’existe pas.

Dans ce cas, le vendeur accepte dans l’acte de vente un paiement en plusieurs fois à date fixée d’avance, et sur un délai de quelques mois à quelques années (deux ans assez généralement). C’est ce que font Jean Lambert et sa femme Marie-Nicole Deschamps : ils acceptent que Jean Delahaye, laboureur qui a acquis en décembre 1745[1] un de leur biens situé « au Bois Diot » pour la somme de 72 livres le paie en quatre fois soit :

  • un quart à La Saint-Jean d’été[2] (juin) 1746 ;
  • un quart à la Saint-Martin d’hiver (décembre) 1746 ;
  • de même pour les deux derniers quarts aux dates identiques en 1747.

[1] Date de la rédaction de l’acte.

[2] Jean le Baptiste (de qui Jésus a reçu son baptême) est fêté le 24 juin. Il ne doit pas être confondu avec Jean l’Evangéliste (l’apôtre), célébré le 27 décembre (Saint-Jean d’hiver).


Prairies bordant le chemin de La Culée, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Prairies bordant le chemin de La Culée, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Comme l’équilibre entre les besoins alimentaires et la capacité de production est précaire, la pénurie menace toujours. C’est pourquoi les paysans qui ne disposent pas d’assez de terres pour en vivre sont les premiers à souffrir des difficultés économiques.

Le Woicheux, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Woicheux, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Pour tenter de survivre, à défaut de mieux vivre, ils se mettent au service d’un laboureur comme manouvrier. Ou, comme le note le curé en 1774, conscient de l’état constant de pauvreté d’un grand nombre de ses paroissiens, ils « travaillent pendant l’hiver dans les bois tandis que l’été, ils essaient de trouver des places pour faucher dans les prés et pour couper les blés ».

D’autres exercent une seconde profession (comme celle de marchand) ou, s’ils le peuvent, louent des terres pour essayer de se mettre à l’abri du besoin.

Le pré Pigneau, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le pré Pigneau, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La Révolution change le mode d’exploitation agricole et remanie les arrangements qui peuvent exister entre propriétaires et exploitants de la terre.