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Les premiers cadastres de La Romagne (1791-1835)


Archives départementales des Ardennes, La Romagne-1835, TA [tableau d'assemblage] de La Romagne, Montmeillant et Rocquigny, plan parcellaire, hors format, consultable en ligne, vue 1/2.
 
Archives départementales des Ardennes, La Romagne-1835, TA [tableau d’assemblage] de La Romagne, Montmeillant et Rocquigny, plan parcellaire, hors format, consultable en ligne, vue 1/2.

Sous l’Ancien Régime, si la France est déjà cartographiée dans son ensemble au XVIIIe siècle grâce aux cartes de Cassini, il n’existe aucun cadastre couvrant tout le pays, même s’il existe, à cette époque, des terriers, pouillés ou cartulaires, attestant la possession de terres par les seigneurs ou les abbayes. 


Archives départementales des Ardennes, La Romagne A1 1835, le Bois d’Apremont et les Houis Bas, cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne A1 1835, le Bois d’Apremont et les Houis Bas, cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, consultable en ligne.

Louis XIV, par des édits en 1690 et 1702, crée et règle la profession d’arpenteur royal ; Louis XV investit, en 1763, le contrôleur général Bertin[1] dans la mission de cadastrer le royaume mais :

  • l’ampleur de la tâche ;
  • le manque d’instruments et de personnes compétentes ;
  • les différentes mesures ayant cours dans les diverses provinces ;
  • les moyens nécessaires pour sa réalisation ;
  • les oppositions à ce projet ;

n’en ont pas permis la réalisation, en dehors de l’intendance de Paris. Ces rois ne sont donc pas parvenus à obtenir une meilleure fiscalité.


[1] Henri Léonard Jean-Baptiste Bertin (1720-1792) exerce les fonctions de contrôleur général des finances du 23 novembre 1759 au 13 décembre 1763.



Archives départementales des Ardennes, La Romagne A2 1835, Bois d’Apremont et Houis Bas, cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne A2 1835, Bois d’Apremont et Houis Bas, cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, consultable en ligne.

Au moment de la réunion des états généraux, la province de Champagne est l’une des plus taxées, et il est bon d’examiner les divisions administratives ayant formé les circonscriptions électorales en 1789.

Ainsi, La Romagne[1], Givron[2], Montmeillant[3] dépendent du bailliage secondaire de Sainte-Menehould[4], alors que Draize[5], Rocquigny[6], Rubigny[7] relèvent du bailliage principal de Reims[8].

Seuls subsistent les cahiers de doléances[9] des seconds, ce qui permet d’affirmer que les trois villages cités se sont prononcés, tout comme Asfeld et bien d’autres, pour que les biens-fonds possédés par le clergé, la noblesse et le tiers-état soient assujettis, et ce, de façon égalitaire, aux mêmes impositions.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[6] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[7] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[8] Commune française située actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est.

[9] Archives départementales des Ardennes et École normale mixte des Ardennes (éd.), Cahiers de doléances ardennais en 1789 : état des cahiers de doléances des villes et villages ardennais qui ont été conservés, Charleville-Mézières, Archives départementales, 1989, 647 p., pp. 37, 171, 413, passim. Exemplaire consulté : ouvrage conservé dans la collection personnelle de l’auteure.


Archives départementales des Ardennes, La Romagne A2 1835, Bois d’Apremont et Houis Bas, cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, détail, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne A2 1835, Bois d’Apremont et Houis Bas, cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, détail, consultable en ligne.

En 1790, l’Assemblée constituante, dans sa séance du 11 septembre, institue un impôt sur toutes les propriétés foncières bâties ou non bâties, ce qui donne lieu à la naissance de plusieurs projets, dont celui qui vise, en 1791, à ce que cette nouvelle contribution foncière soit plus égale et plus juste.

C’est pour cela que la confection d’un cadastre[1] est indispensable, et ce, d’autant que la propriété est ébranlée par l’émigration, la confiscation, la vente des biens du clergé, l’identification des biens communaux que les communes ont acquis.


[1] « Ensemble des documents où, à partir d’un relevé topographique, l’on a consigné la quantité et la valeur des biens-fonds d’une commune, et qui servent de base à l’assiette de l’impôt foncier. Le cadastre se compose d’un plan détaillé, d’une matrice énumérant les parcelles appartenant à chaque propriétaire, et d’un répertoire qui permet la consultation du plan. Par extension. Le cadastre, l’administration fiscale chargée de conserver et tenir à jour ces documents. Les employés du cadastre. Par métonymie. Local où est installé un des services de cette administration. Aller au cadastre. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.



Archives départementales des Ardennes, La Romagne B1 1835, le Houis haut et la Boulois [orthographe de 1835], cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne B1 1835, le Houis haut et la Boulois [orthographe de 1835], cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, consultable en ligne.

L’Assemblée nationale vote la création d’un bureau du cadastre, à la tête duquel Gaspard de Prony[1] est nommé directeur le 5 octobre 1791. Son projet comporte trois étapes :

  • une carte ou plan au 1/20000, où apparaîtrait la triangulation[2] de Cassini ;
  • une carte au 1/2500 ou plan de masse, avec les limites communales, les chemins et l’hydrographie ;
  • un plan au 1/666, où figureraient toutes les propriétés.

[1] Gaspard-Clair-François-Marie Riche de Prony (1755-1839), ingénieur et mathématicien français, est le fils d’un magistrat du parlement des Dombes. Après des études classiques, il entre à l’École des ponts et chaussées en 1776. Nommé sous-ingénieur en 1780, puis inspecteur en 1787, il devient ingénieur en chef en 1791 et se voit confier, la même année, la direction du cadastre. Il est nommé directeur de l’École des ponts et chaussées en 1798, fonction qu’il exerce jusqu’à sa mort. Il enseigne également la mécanique à l’École polytechnique et devient membre de l’Académie des sciences.

[2] « Méthode qui, par des mesures d’angles et la résolution de triangles, permet de déterminer la position exacte d’un point ou d’estimer précisément une distance ; le fait d’utiliser cette méthode, notamment à des fins cartographiques. La triangulation est une application de la trigonométrie. Recourir à la triangulation pour déterminer la position d’un navire. Un réseau de triangulation. Base de triangulation, distance entre deux points de la surface terrestre, à partir de laquelle on effectue des mesures géodésiques. La première triangulation de la France fut mise en œuvre par les Cassini père et fils au XVIIIe siècle. », selon le Dictionnaire de l’Académie française. La triangulation est utilisée en géographie et géodésie.


Archives départementales des Ardennes, La Romagne C1 1835, le village et le Mont de Vergogne, cadastre ancien, plan parcellaire, détail de la rue Haute, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne C1 1835, le village et le Mont de Vergogne, cadastre ancien, plan parcellaire, détail de la rue Haute, consultable en ligne.

Ferme Merlin et place du village de La Romagne (Ardennes). L’aquarelle met en relation le bâti, l’espace de circulation et les aménagements de la place. Elle propose une évocation du cadre architectural et paysager de la commune. Vue d’artiste. Aquarelle de l’auteure sur papier Canson. Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Ferme Merlin et place du village de La Romagne (Ardennes). L’aquarelle met en relation le bâti, l’espace de circulation et les aménagements de la place. Elle propose une évocation du cadre architectural et paysager de la commune. Vue d’artiste. Aquarelle de l’auteure sur papier Canson. Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Archives départementales des Ardennes, La Romagne C1 1835, le village et le Mont de Vergogne, cadastre ancien, plan parcellaire, détail de la rue Basse, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne C1 1835, le village et le Mont de Vergogne, cadastre ancien, plan parcellaire, détail de la rue Basse, consultable en ligne.

L’envergure de ce projet, en pleine période révolutionnaire, n’en permet pas la réalisation. L’adoption, en 1795 et 1797, des systèmes métrique et décimal, est un apport positif pour la réalisation d’un cadastre. Cependant, malgré l’amélioration qu’apporte l’adoption d’un système unique de mesure, unifié et normé, la modification du projet en 1797 n’a pas plus de succès.

Cependant, à La Romagne, la délibération du 31 janvier 1791 permet de retrouver un document indiquant les limites du terroir. Il s’agit du premier « cadastre » établi par les membres de la municipalité de l’époque : Legros, maire, Lepinois, Langlet et Letellier, municipaux, et Davaux, greffier.

En effet, un décret de l’Assemblée nationale demandait à chaque municipalité d’établir, d’après les connaissances de la consistance du territoire de la communauté de La Romagne, une division de celui-ci en sections. La municipalité découpe donc le terroir en dix-neuf sections, toutes désignées par une lettre de l’alphabet, et un nom de lieu-dit.


Premier cadastre établi par la municipalité de La Romagne (Ardennes). Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le 11 messidor an X[1], une commission propose la confection de ces plans. Son exécution est fixée par un arrêté du 12 brumaire An XI[2].

Pour cela, dans un arrondissement, des communes témoins servent de modèle pour des relevés qui sont confiés à des géomètres en chef, aidés de géomètres secondaires. L’on calcule ensuite le revenu moyen d’un hectare de chaque nature de culture, et l’on applique ce prix moyen aux contenances des autres communes de l’arrondissement, pour obtenir le revenu imposable total par commune.

Le territoire ne présente pas de divisions des propriétés en détail, mais les terrains cultivés de la même manière, sans tenir compte du nombre de propriétaires de parcelles à l’intérieur de cette masse. Ce système présente des défauts, car il est fondé sur la déclaration exclusive de chaque propriétaire, sans que des vérifications aient lieu sur le terrain.

De nombreux propriétaires loyaux sont désavantagés, en raison des fausses déclarations de certains, car la différence entre les contenances estimées par l’administration, et celles fournies par les propriétaires, sont réparties entre tous[3].


[1] Soit le mercredi 30 juin 1802.

[2] Soit le mercredi 3 novembre 1802.

[3] Maurin, André, Le cadastre en France : histoire et rénovation, nouvelle édition mise à jour, préface de Jean-Louis Bergel, Paris, Éditions du Centre national de la recherche scientifique, 1992, 427 p., pp. 33-35. Exemplaire consulté : Archives départementales des Ardennes, BE 137.



Archives départementales des Ardennes, La Romagne B1 1835, le Houis haut et la Boulois [orthographe de 1835], cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, détail, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne B1 1835, le Houis haut et la Boulois [orthographe de 1835], cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, détail, consultable en ligne.

Pour le département des Ardennes, la réalisation des plans par masse de culture se déroule entre 1803, avec trois communes (Avançon[1], Joigny[2], Sévigny-la-Forêt[3]) et 1811, avec une seule commune (Les Mazures[4]). De 1804 à 1807, cent deux plans voient le jour, dont quarante-six pour la dernière année.

Dans les cinq cent vingt-trois communes, dont les plans du cadastre ancien (dit cadastre napoléonien) se trouvent aux archives départementales des Ardennes, seuls cent six villages possèdent un cadastre par masse de culture, soit 20 % environ. Dans le canton de Chaumont-Porcien[5], sur les quatorze communes qu’il compte, seuls les villages de La Romagne et de Rocquigny en ont un.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Joigny-sur-Meuse. Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Mare aux grenouilles des Houis Hauts, lieu-dit de La Romagne (Ardennes). L’aquarelle représente l’étendue d’eau au sein d’un espace herbeux bordé d’arbres et de végétation de berge. Vue d’artiste. Aquarelle de l’auteure sur papier Canson. Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Mare aux grenouilles des Houis Hauts, lieu-dit de La Romagne (Ardennes). L’aquarelle représente l’étendue d’eau au sein d’un espace herbeux bordé d’arbres et de végétation de berge. Vue d’artiste. Aquarelle de l’auteure sur papier Canson. Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le plan de La Romagne est terminé le 10 février 1807, et a été réalisé par le géomètre en chef Vairon et Aimé Demeaux, géomètre secondaire. L’observation des deux feuilles constituant ce plan montre une forte présence de bois :

  • au Bois d’Apremont (section A), constitué d’une futaie sur taillis ;
  • aux Houis ;
  • au « Bois Guyot[1] » (section C).

Pour ce qui est de la section B, elle est nettement moins fournie en bois, même si l’on observe, au milieu des terres, des emplacements boisés, résidus probables des anciens défrichements.

Le lieu-dit du Village (section C) présente les habitations et les bâtiments ruraux, avec une abondance de jardins et vergers. Dès que l’on s’en éloigne, ils font place à des prés, tout d’abord, puis à des terres labourables. Cette même répartition apparaît au Mont de Vergogne.


[1] Lire « le Bois Diot ».


Archives départementales des Ardennes, La Romagne B2 1835, le Houis haut et la Boulois [orthographe de 1835], cadastre ancien, plan parcellaire, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne B2 1835, le Houis haut et la Boulois [orthographe de 1835], cadastre ancien, plan parcellaire, consultable en ligne.

Comme ce cadastre n’offre pas tout ce que l’on attendait de lui pour la répartition des impôts, il est suspendu. Napoléon décide alors qu’un cadastre parcellaire sera réalisé, de manière à fixer correctement les limites des propriétés. Son origine se trouve dans la loi de finances du 15 septembre 1807.

Composée de neuf membres nommés par le ministre, une commission, délibère du 7 au 17 novembre 1807 sur l’exécution des plans parcellaires des communes. Durant cette période, elle élabore un projet de règlement. Celui-ci est approuvé par l’Empereur, et sera à la source du « Recueil méthodique des lois, décrets, règlements, instructions et décisions sur le cadastre de la France[1] », selon lesquels le cadastre parcellaire sera exécuté.

L’administration des contributions est chargée de l’ensemble du cadastre. Le directeur guide les arpentages, entend les réclamations des communes pour la séparation des territoires, gère les dépenses liées à l’arpentage (en 1832, cette dépense s’élève à 78000[2] francs pour les cantons ardennais qui ont été cadastrés), et occupe une vingtaine de géomètres de première ou deuxième classe.

Par ailleurs, il rend compte des opérations au préfet. Les travaux reposent essentiellement sur un géomètre en chef, un délimitateur des communes, un triangulateur, et des arpenteurs en nombre variable.


[1] Hennet, Albert-Joseph-Ulpien, Recueil méthodique des lois, décrets, règlemens, instructions et décisions sur le cadastre de la France, Paris, Imprimerie impériale, 1811, 400-[2]-8 p. Exemplaire consulté : Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, Tolbiac, rez-de-jardin, magasin, cote F-21977. Version numérisée disponible sur Gallica, document NUMM-9647500.

[2] Annuaire statistique du département des Ardennes, publié avec l’autorisation du préfet par Alfred Lavoine, chef de la première division des bureaux de la préfecture, Mézières, Ryembault jeune, libraire, 1832-1835, 4 vol., ill. (cartes), in-12, 1ere année (1832). Exemplaire consulté : Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, Tolbiac, rez-de-jardin, magasin, cote 8-LC30-30. Reproduction numérique consultable sur le site des Archives départementales des Ardennes, PERH43 22, p. 128 (pagination imprimée), vue numérique 71/124.


Archives départementales des Ardennes, La Romagne C1 1835, le village et le Mont de Vergogne, cadastre ancien, plan parcellaire consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne C1 1835, le village et le Mont de Vergogne, cadastre ancien, plan parcellaire consultable en ligne.

Les travaux commencent dès 1808, avec le partage de la France en douze divisions cadastrales, auxquelles sont attachés douze inspecteurs généraux, qui surveillent les opérations dans les départements[1]. Dans les Ardennes, les travaux commencent en 1809 et se terminent :

  • en 1838 pour le cadastre dit napoléonien et ses cinq cent vingt-trois mille hectares ;
  • en 1847 pour les communes qui ont entrepris d’en établir un second.

Cinq cent vingt-trois communes ardennaises ont leurs plans cadastraux parcellaires conservés aux archives départementales et, si l’on analyse les seize pages récapitulant ces villages, il apparaît que quatre cent quinze ne disposent que d’un unique cadastre ancien, tandis que cent huit en ont fait dresser deux.


[1] Dreux, Th., Le cadastre et l’impôt foncier, Paris, Léon Eyrolles, éditeur, 1933, 315 p. (Encyclopédie industrielle et commerciale). Exemplaire consulté : Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, Tolbiac, rez-de-jardin, magasin, cote 4-F-2851. Version numérisée disponible sur Gallica, document NUMM-9763544.


Proportion des communes ardennaises avec un ou deux cadastres anciens. Graphique de type « secteurs ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Proportion des communes ardennaises avec un ou deux cadastres anciens. Graphique de type « secteurs ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Cette présence s’explique par la réalisation assez précoce du premier, et la difficulté d’inscrire les mutations successives après une trentaine d’années. Le conseil général en souhaite alors le renouvellement, mais certaines communes ardennaises n’ont pas attendu une loi pour en faire exécuter un second. C’est le cas de Sery[1], dont les cadastres datent de 1812 et 1844.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Répartition de la confection des premiers cadastres parcellaires dans le département des Ardennes. Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Grâce à ce tableau, l’on constate un net ralentissement entre 1814 et 1818, et un quasi-arrêt en 1820-1821. Cela correspond pour les premières années à une période de difficultés politiques, avec le passage de l’Empire à la Restauration, marquée par un retour de la royauté et une occupation étrangère.

La seconde période implique un changement du financement. Alors que celui-ci était assuré par l’Etat, il passe à cette époque au département. En 1822, la reprise est nette, avec une franche accélération à partir de 1830.

En ce qui concerne le canton de Chaumont-Porcien, qui comporte quatorze villages, la réalisation des cadastres des communes le constituant s’étend sur neuf ans, avec une année cruciale : 1835.


Réalisation du cadastre du canton de Chaumont-Porcien (Ardennes). Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Lorsqu’il est question de réaliser le cadastre de La Romagne, le maire de la commune, François Merlin, accompagné des maires des villages limitrophes et du géomètre, effectue le tour du territoire de la commune afin de le délimiter, pour qu’il soit découpé tout d’abord en sections, nommées selon l’ordre alphabétique.


Surfaces imposées et non imposées des quatre sections du cadastre de La Romagne (Ardennes). Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le cadastre ancien (ou napoléonien) de La Romagne, tout en donnant les mesures selon le système métrique, rappelle néanmoins les mesures anciennes, qui variaient parfois d’une commune à une autre.

Ainsi, à la Romagne, bien que le cadastre exprime les distances au moyen du système métrique, les mesures employées avant la Révolution sont rappelées en première de couverture : il s’agit de la verge linéaire de vingt-deux pieds et demi et onze pouces, convertie en 6,6994 mètres[1]. L’arpent vaut lui quarante-quatre ares et quatre-vingt-neuf centiares, soit un peu moins d’un demi-hectare.

Ce plan comporte quatre sections, désignées par les lettres A à D, chacune représentée sur deux feuilles (A1 et A2, par exemple), au format Grand Aigle[2]. Sur chaque feuille, un cadre tracé à l’encre noire délimite l’espace à l’intérieur duquel doit s’inscrire la section correspondante. Toutefois, en raison de leur configuration, les sections A2, C2 et D1 ne respectent pas cette règle.

Un cartouche, de forme ovale, présente le nom de la commune en majuscules. Tout le reste est écrit en cursive (épaisse pour les sections, et fine pour les lieux-dits). Une rose des vents indique l’orientation. Ces plans parcellaires sont à l’échelle de 1/2500, mais les lieux détachés sont agrandis à l’échelle de 1/1250, ainsi que le montre la section D1, avec la mise en valeur du Bois Diot.


[1] A noter, la conversion ne s’arrête pas à la deuxième décimale. Ce degré de précision, qui peut paraître excessif pour un lecteur contemporain, traduit en fait une volonté de déterminer les surfaces au plus juste. Le système métrique était alors encore très nouveau.

[2] Les dimensions de ce dernier ont pu légèrement varier au fil du temps. Aujourd’hui normalisé, il correspond à 75 × 105 cm.



Archives départementales des Ardennes, La Romagne C2 1835, le village et le Mont de Vergogne, cadastre ancien, plan parcellaire consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne C2 1835, le village et le Mont de Vergogne, cadastre ancien, plan parcellaire consultable en ligne.

Ces plans ne comportent pas de légende. Celle-ci est implicite, car fixée règlementairement. Ainsi, l’on distingue la séparation entre deux communes par un trait rose épais de quelques millimètres, et un lieu-dit par un trait légèrement plus fin et jaune. Les ruisseaux, selon leur largeur, sont indiqués par un trait surmonté d’une petite flèche, indiquant leur direction, ou par un trait bleu accompagné de leur hydronyme[1].

Les chemins sont marqués de deux manières : soit par une double ligne de petits tirets, soit par une double ligne continue, entre laquelle est inscrit son odonyme[2]. Les surfaces relevant du domaine public (abreuvoirs , prés, église, cimetière, etc.) sont en gris bleuté, les maisons et bâtiments agricoles en rouge-brun. Les haies sont représentées par une succession de minuscules ronds non fermés.


[1] Un hydronyme est un nom propre désignant un cours d’eau, une étendue d’eau ou, plus généralement, une entité hydrographique. L’hydronymie désigne l’étude de ces dénominations, de leur origine et de leur évolution.

[2] Un odonyme est un nom propre attribué à une voie de communication. L’odonymie désigne l’étude de ces dénominations, de leur origine et de leur évolution.


Maison de Belair, hameau de La Romagne (Ardennes). L’aquarelle met en valeur la structure à pan de bois, le soubassement maçonné et la toiture à deux versants de cette habitation rurale. La végétation environnante souligne son inscription dans le paysage du hameau. La datation du bâtiment et l’analyse précise de ses caractéristiques architecturales nécessiteraient une étude complémentaire. Vue d’artiste. Aquarelle de l’auteure sur papier Canson. Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Maison de Belair, hameau de La Romagne (Ardennes). L’aquarelle met en valeur la structure à pan de bois, le soubassement maçonné et la toiture à deux versants de cette habitation rurale. La végétation environnante souligne son inscription dans le paysage du hameau. La datation du bâtiment et l’analyse précise de ses caractéristiques architecturales nécessiteraient une étude complémentaire. Vue d’artiste. Aquarelle de l’auteure sur papier Canson. Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

À l’intérieur de chaque section, les lieux-dits sont désignés par des toponymes vernaculaires[1], issus de l’usage local et transmis au fil des générations. Or, en étudiant le dossier notarié concernant la vente en 1860 d’un ensemble agricole nommé « la Ferme », propriété de Pierre Jules Berquet et de sa femme Marie Célina Coindéroux, l’on peut remarquer que l’acte atteste des dénominations non inscrites dans le cadastre de 1835.

Il en est ainsi de la pièce n° 5 à la « Côte des Bonhomme », la parcelle n° 8 au lieu-dit « le Chevet », le n° 15 à Belair et à « la Pointe », ou encore le n° 31 désigné comme « la Pluteau[2] ». Enfin, les parcelles appartenant aux différents propriétaires sont numérotées.


[1] Un toponyme est un nom propre désignant un lieu géographique, qu’il s’agisse d’un espace naturel, d’un élément du relief, d’un lieu habité ou d’un territoire. La toponymie désigne l’étude de ces dénominations, de leur origine, de leur signification et de leur évolution.

[2] Lire « la Puteau ».


Archives départementales des Ardennes, La Romagne D1 1835, la Cour Avril et le Bois Diot, cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne D1 1835, la Cour Avril et le Bois Diot, cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, consultable en ligne.

Une matrice cadastrale est ajoutée aux plans en 1831, ce qui permet de connaître les propriétaires successifs d’une pièce de terre, et la répartition des éléments imposés ou non, la répartition entre le bâti et le non bâti, les terres cultivées, les jachères, les prés, etc.

Elle propose, en outre, le tarif par hectare, par nature de culture, et par classe, en fonction de la nature et de la fertilité des sols. Ces derniers sont répartis en cinq classes à La Romagne. Les propriétés bâties sont assorties de leur valeur locative. Chaque année, cette matrice est mise à jour et, lorsqu’une parcelle est divisée, les indications sont portées sur le plan sans, pour cela, être très précises.


Répartition du terroir de La Romagne (Ardennes) en fonction de l’occupation du sol et de la section. Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Outre les plans par section, le cadastre comporte un plan d’ensemble pour les trois villages de La Romagne, Montmeillant et Rocquigny, tout en présentant les liens territoriaux avec les communes voisines de Givron, Signy-l’Abbaye[1], Saint-Jean-aux-Bois[2], Chaumont-Porcien. Il est réalisé sous l’autorité du directeur des contributions et de messieurs Endol (ingénieur géomètre), Véron et Pinsart (géomètres de première classe).

Ce plan comporte également dans son cartouche l’échelle au 1/10000, l’appartenance de la commune au canton (Chaumont-Porcien), à l’arrondissement (Rethel[3]) et au département (Ardennes).

Il fait aussi mention des noms du préfet de l’époque (le baron de Lascours) et de deux maires : monsieur Harbonville, à Montmeillant, et monsieur François Merlin, à La Romagne. La dernière information trouvée dans l’état actuel de la recherche concerne les dates d’achèvement des plans : respectivement, les 5 juillet et 1er septembre 1835.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Église Saint-Jean-l’Évangéliste de La Romagne (Ardennes). L’édifice religieux apparaît au-delà d’un écran végétal, dont les feuillages laissent entrevoir le clocher et une partie de la toiture. Le traitement vaporeux de l’aquarelle restitue l’atmosphère brumeuse caractéristique des paysages ardennais et souligne l’intégration de l’église dans son environnement villageois. Vue d’artiste. Aquarelle de l’auteure sur papier Canson. Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Église Saint-Jean-l’Évangéliste de La Romagne (Ardennes). L’édifice religieux apparaît au-delà d’un écran végétal, dont les feuillages laissent entrevoir le clocher et une partie de la toiture. Le traitement vaporeux de l’aquarelle restitue l’atmosphère brumeuse caractéristique des paysages ardennais et souligne l’intégration de l’église dans son environnement villageois. Vue d’artiste. Aquarelle de l’auteure sur papier Canson. Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le cadastre ancien répond avant tout à une finalité fiscale, en permettant notamment de délimiter les parcelles afin de prévenir les litiges fonciers. Il constitue également une première représentation cartographique du territoire de La Romagne. À ce titre, il revêt un intérêt historique indéniable, puisqu’il permet de restituer l’organisation et l’aspect du village à une époque donnée.

Cependant, alors que l’intégralité de ce cadastre n’est pas achevée, ses faiblesses apparaissent déjà, et la nécessité de le modifier est actée. Des réflexions, des décrets, des lois verront le jour tout au long de la seconde moitié du XIXe siècle et des premières décennies du XXe siècle, avec la création d’une seconde matrice en 1882, puis la mise en chantier, à partir de 1930, d’un cadastre révisé. Ce dernier prendra en compte en particulier les modifications liées au développement des réseaux routiers ou ferroviaires, et de l’industrie.


Le Closiau, lieu-dit de La Romagne (Ardennes). Au pied d’un arbre dépouillé de son feuillage, une croix se détache dans un paysage rural ouvert. L’aquarelle met en valeur ce symbole de dévotion populaire et la silhouette de l’arbre, dont la présence structure la composition et souligne l’inscription du patrimoine religieux dans le paysage. Vue d’artiste. Aquarelle de l’auteure sur papier Canson. Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Closiau, lieu-dit de La Romagne (Ardennes). Au pied d’un arbre dépouillé de son feuillage, une croix se détache dans un paysage rural ouvert. L’aquarelle met en valeur ce symbole de dévotion populaire et la silhouette de l’arbre, dont la présence structure la composition et souligne l’inscription du patrimoine religieux dans le paysage. Vue d’artiste. Aquarelle de l’auteure sur papier Canson. Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Au-delà de sa vocation fiscale, le cadastre révèle bien davantage qu’un partage de la terre : il donne à voir un territoire, ses usages, ses équilibres, et les traces de son passé. La Romagne passe ainsi progressivement d’un espace nommé et parcouru à un territoire mesuré, classé et imposé.

Pourtant, les plans ne disent pas tout : certains noms échappent à leur nomenclature, les limites évoluent et les usages se transforment.

Le cadastre apparaît ainsi comme une photographie du territoire à un moment donné, autant que comme un instrument de pouvoir, précis dans ses mesures, mais nécessairement incomplet dans ce qu’il restitue.


Archives départementales des Ardennes, La Romagne D1 1835, la Cour Avril et le Bois Diot, cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne D1 1835, la Cour Avril et le Bois Diot, cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, consultable en ligne.


Archives départementales des Ardennes, La Romagne D2 1835, la Cour Avril et le Bois Diot, cadastre ancien, plan parcellaire, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne D2 1835, la Cour Avril et le Bois Diot, cadastre ancien, plan parcellaire, consultable en ligne.

Archives départementales des Ardennes, La Romagne D2 1835, la Cour Avril et le Bois Diot, cadastre ancien, plan parcellaire, détail, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne D2 1835, la Cour Avril et le Bois Diot, cadastre ancien, plan parcellaire, détail, consultable en ligne.


Archives départementales des Ardennes, La Romagne-1807, plan par masse de culture géométrique quadrillé, consultable en ligne, vue 1/2.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne-1807, plan par masse de culture géométrique quadrillé, consultable en ligne, vue 1/2.


Archives départementales des Ardennes, La Romagne-1807, plan par masse de culture géométrique quadrillé, consultable en ligne, vue 2/2.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne-1807, plan par masse de culture géométrique quadrillé, consultable en ligne, vue 2/2.

Archives départementales des Ardennes, La Romagne-1807, plan par masse de culture géométrique quadrillé, détail, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne-1807, plan par masse de culture géométrique quadrillé, détail, consultable en ligne.

Catégories
Administration communale Enseignants Enseignement Fêtes Laïcisme Laïcité Maires Mairies Patrimoine culturel Révolution française (1789-1799) Sapeurs-pompiers

Les réjouissances et les fêtes à La Romagne


Afin de remplacer les fêtes religieuses qui ont eu cours jusqu’à la Révolution, l’idée de créer des fêtes civiques est inscrite dans la Constitution présentée au roi par l’Assemblée nationale en septembre 1791[1].

Elles ont pour but d’attacher tous les citoyens à la Constitution, de maintenir entre eux la fraternité, et de garder le souvenir de la Révolution, mais aussi de rappeler l’homme à la pensée de la divinité. Aux fêtes des 14 Juillet et 10 Août, s’ajoute donc une fête de l’Être suprême[2] le 20 prairial an II (8 juin 1794).


[1] Adoptée le 3 septembre, elle est promulguée le 14 septembre 1791 à la suite de la prestation du serment royal.

[2] A l’initiative de Robespierre l’assemblée révolutionnaire introduit le 19 floréal an II (8 mai 1794) le culte de l’Être suprême. La fête de la nouvelle divinité, sans nom et sans visage, coïncide avec le dimanche de la Pentecôte ou 8 juin 1794 (20 prairial an II).


Le nouveau calendrier est adopté le 14 vendémiaire an II (5 octobre 1793). Il divise l’année en douze mois de trente jours, et le mois en trois parties ou décades. Le dixième jour, ou « décadi », est consacré au repos et aux fêtes, tandis que les écoles vaquent.

Ce jour-là, les membres de l’administration municipale, de la justice de paix, et les fonctionnaires publics du canton doivent se réunir et se rendre, précédés de représentants de la garde nationale de chaque commune, au temple décadaire.

Là, le président de l’administration du canton[1] fait lecture à l’assemblée des citoyens du bulletin décadaire, de circulaires ou d’adresses[2] diverses, avant que des hymnes patriotiques ne soient chantés.


[1] A cette époque, La Romagne dépend du canton de Rocquigny (Ardennes).

[2] Écrits ou discours présentés à une autorité par une assemblée.


Lors de l’organisation de l’instruction publique par un décret du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795), il est décidé que, annuellement, on instituerait dans chaque canton sept fêtes : celles de la Fondation de La République, de la Jeunesse (le 10 germinal ou 30 mars), des Epoux (le 10 prairial ou 30 mai), de la Reconnaissance, de l’Agriculture, de la Liberté et des Vieillards (le 10 fructidor ou 27 août).


Puis le conseil des Cinq-Cents ajoute une fête de la Souveraineté du peuple par un décret du 11 pluviôse an VI (30 janvier 1798). A Rocquigny (Ardennes), se déroulera le 10 germinal an IV (30 mars 1796) une fête de la Jeunesse pour tout le canton, grâce à la volonté de certains représentants locaux du peuple. Toutes les fêtes décrétées ne sont cependant pas célébrées.


Vidéo Fife & Drum – Veillons au Salut de l’Empire, musique napoléonienne, consultable en ligne sur Youtube pour la chaîne Fifres et tambours de Fréjus.

La fête du 10 Thermidor an VII (28 juillet 1799), qui se déroule également à Rocquigny (Ardennes), a pour but de rassembler toutes les fêtes républicaines. Elle a soigneusement été organisée, afin de revêtir une grande solennité.

Aux membres habituels s’ajoutent un tambour, un peloton de la garde nationale sédentaire et son drapeau, une musique qui exécute en particulier « Allons enfants de la patrie[1] » ou Veillons au salut de l’empire[2], avant d’en interpréter d’autres, parmi lesquels celui composé par un professeur de l’Ecole centrale (le citoyen Haguette).

L’ensemble du cortège officiel et tous les citoyens présents se rendent ensuite auprès de l’arbre de la liberté, où s’ouvre un bal public qui dure jusqu’à la nuit, et où ont lieu divers jeux.


[1] Premier couplet du Chant de guerre pour l’armée du Rhin, passé à la postérité sous le titre de la Marseillaise, après avoir été chanté par les fédérés de Marseille lors de l’insurrection des Tuileries le 10 août 1792.

[2] Ce chant révolutionnaire de 1791, sur des paroles d’Adrien-Simon Boy (1764-1795), chirurgien en chef de l’armée du Rhin et jacobin de Strasbourg, reprend l’air de Vous qui d’amoureuse aventure, courez et plaisirs et dangers, tirée de l’opéra-comique Renaud d’Ast par Nicolas Dalayrac (1753-1809). Il est à noter que le mot « empire », qui rime avec « conspire », est employé ici dans le sens d’une « autorité politique souveraine » telle que la définit le Dictionnaire de l’Académie française.


Monsieur Maurice et madame Germaine Malherbe devant le « poupli », ardennisme pour désigner un peuplier. Photographie en noir et blanc, transmise par monsieur Guy Malherbe, avec l'aimable autorisation de monsieur Pierre Malherbe †.
Monsieur Maurice et madame Germaine Malherbe devant le « poupli », ardennisme pour désigner un peuplier. Photographie en noir et blanc, transmise par monsieur Guy Malherbe, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Malherbe †.

Pour fêter les changements intervenus avec la Révolution, une plantation d’arbres de la liberté est décidée dans les villes et villages de France.

« On enracina en 1792 à la Romagne, sur la place du village, un Peuplier d’Italie[1]. Celui-ci prospéra et, sans que l’on ne sache ni quand ni comment, il fut déplacé, replanté sur la route de Draize[2], et dénommé le ‘poupli’[3] par les anciens. Cela ne le gêna en rien, il atteignit au moins trente mètres de haut, et se voyait de loin. Après de nombreuses décennies, il se dessécha, et il fallut le supprimer, mais il laissa encore pour quelques années un souvenir à travers son immense souche. »

[1] Populus nigra var. italica ou Peuplier noir d’Italie.
[2] Dans le département des Ardennes, en région Grand Est.
[3] Pouplie est le nom donné en patois de la Champagne à un peuplier.

Selon le témoignage auriculaire de Pierre Malherbe, qui tenait cette information d’Alcide Cugnart (1897-1973), maire de la commune de 1930 à 1965.

En 1889, La Romagne, comme toutes les communes de France, veut donner un éclat particulier au centenaire de l’ouverture des Etats généraux[1], qui se traduit par un vin d’honneur offert aux pompiers, des salves d’artillerie, et un bal pour la population. La tradition est mise en place, et va se perpétuer désormais chaque année.


[1] Le 5 mai 1789 à Versailles.


Bicentenaire de la Révolution, 1989, défilé de La Romagne (Ardennes) à Draize (Ardennes), enfant à la grosse caisse. Photographie ancienne en couleurs, collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Fleury.

Bicentenaire de la Révolution, 1989, défilé de La Romagne (Ardennes) à Draize (Ardennes), enfant à la grosse caisse. Photographie ancienne en couleurs, collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Fleury.


Bicentenaire de la Révolution, 1989, défilé de La Romagne (Ardennes) à Draize (Ardennes), enfant à la grosse caisse & madame Geneviève Fleury en arrière-plan. Photographie ancienne en couleurs, collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Fleury.

Bicentenaire de la Révolution, 1989, défilé de La Romagne (Ardennes) à Draize (Ardennes), enfant à la grosse caisse & Geneviève Fleury en arrière-plan. Photographie ancienne en couleurs, collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Fleury.


Bicentenaire de la Révolution, 1989, enfants avec drapeaux sous un vieil arbre de La Romagne (Ardennes). Photographie ancienne en couleurs, collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Fleury.
Bicentenaire de la Révolution, 1989, enfants avec drapeaux sous un vieil arbre de La Romagne (Ardennes). Photographie ancienne en couleurs, collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Fleury.

Quant au premier arbre de la liberté, il trouve un successeur dans un tilleul, dont l’achat est acté lors de la séance du conseil municipal du 16 février 1989 pour commémorer le bicentenaire de la Révolution française (1789-1799).


Une ancienne tradition est respectée chaque année, et ce jusque tard dans le XXe siècle : il s’agit du charivari ou chambardement. Gare aux imprévoyants qui oublient de rentrer les instruments agricoles et autres objets, ou qui attachent mal leurs volets car, le matin du 1er Mai, ils risquent de les retrouver sens dessus dessous dans des endroits incongrus !

Charivari ou chambardement du Premier Mai. Photographie ancienne en couleurs d’après une diapositive, collection privée de l’abbé Pierre Médéric Buché † [fonds déposé à la mairie de La Romagne (Ardennes)], avec l’aimable autorisation de monsieur René Malherbe, maire de la commune.
Charivari ou chambardement du Premier Mai. Photographie ancienne en couleurs d’après une diapositive, collection privée de l’abbé Pierre Médéric Buché † [fonds déposé à la mairie de La Romagne (Ardennes)], avec l’aimable autorisation de monsieur René Malherbe, maire de la commune.

La fête patronale, dont se réjouissent les habitants, et pour laquelle la musique est traditionnellement choisie et payée par les jeunes gens, réapparait dès les années vingt (après quatre ans de privations, de tristesse et de peur). C’est un moment privilégié et attendu pour rencontrer la parentèle et les amis.

La date de cette fête varie selon les époques ; elle a lieu le dernier dimanche de septembre jusqu’en 1938 inclus. Puis, de 1939 à 1957 (exceptées les années de guerre), elle se déroule l’avant-dernier dimanche du mois d’août : cette date, moins tardive en saison, permet d’avoir un temps en général meilleur et des journées encore assez longues.

Elle ne se révèle pas aussi favorable que l’avait pensé la municipalité. D’autres fêtes se déroulent en même temps à la Neuville-lès-Wasigny (Ardennes), ou à Rozoy-sur-Serre (Aisne), et une partie de la jeunesse des environs boude celle de La Romagne. C’est pour cette raison qu’à partir de 1958, la fête locale se déroule désormais le dimanche précédant le 15 août. Dans les années 1950/1960, elle a lieu les dimanche et lundi.


Quelques jours auparavant, l’arrivée d’un forain qui installe balançoires, manège et boutiques de confiseries, stands de tir à la carabine à plomb, de chamboule-tout, etc., séduit la population.

Stands forains et enfants dansant pour leur premier bal. Photographie ancienne en couleurs d’après une diapositive, collection privée de l’abbé Pierre Médéric Buché † [fonds déposé à la mairie de La Romagne (Ardennes)], transmise par monsieur Yves Albertini †, conseiller municipal, avec l’aimable autorisation de monsieur René Malherbe, maire de la commune.


Fête foraine & manège, photographie en couleurs. Photographie ancienne en couleurs d’après une diapositive, collection privée de l’abbé Pierre Médéric Buché † [fonds déposé à la mairie de La Romagne (Ardennes)], transmise par monsieur Yves Albertini †, conseiller municipal, avec l’aimable autorisation de monsieur René Malherbe, maire de la commune.


C’est aussi un moment très intense pour le boulanger, qui pétrit et cuit une quantité plus importante de pains qu’à l’ordinaire, ainsi que des brioches et des gâteaux mollets, recette emblématique des Ardennes.

Recette familiale du gâteau mollet ardennais recopiée par Pierre Bonhomme. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Recette familiale du gâteau mollet ardennais recopiée par Pierre Bonhomme. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Ce fameux dimanche, les Romanais et leurs invités se rendent, pour la plupart, à la messe célébrée par le curé de la paroisse. A la sortie, après une visite au cimetière sur les tombes des ancêtres (où l’on dépose quelques fleurs), quelques-uns vont prendre l’apéritif au café, avant de regagner leur maison, où les attend un copieux et long repas, souvent confectionné à partir de produits tirés de l’élevage domestique, du jardin et du verger.

Pour accompagner le café servi à l’issue de ce moment, une part de gâteau mollet est proposée, ainsi qu’un petit verre d’eau-de-vie de fruits ou de la crème de cassis.

Fête à La Romagne (Ardennes) le dimanche 9 août 1950, photographie en noir et blanc, tirage sépia (collection privée, transmise par monsieur Guy Malherbe, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Malherbe †).

Fête à La Romagne (Ardennes) le dimanche 9 août 1950, photographie en noir et blanc, tirage sépia (collection privée, transmise par monsieur Guy Malherbe, avec l'aimable autorisation de monsieur Pierre Malherbe †).

Tout le monde ensuite se prépare pour le bal apéritif. L’orchestre, composé de quelques musiciens (dont un accordéoniste), parfois juché sur une charrette à foin, joue des airs entraînants ou plus langoureux, dont la Mattchiche[1] ou la Valse brune[2]. Le soir, c’est le grand bal, qui dure tard dans la nuit.


[1] Paroles de Léo Lelièvre (1872-1956) et Paul Briollet (1864-1937), arrangement de Charles Borel-Clerc (1879-1959). L’interprétation de Félix Mayol (1872-1941) l’a rendue célèbre.

[2] Paroles de Georges Villard (1879-1927) et musique de Georges Krier (1872-1946).


Bal populaire et camion de la société Malherbe et Fils. Photographie ancienne en couleurs d’après une diapositive, collection privée de l’abbé Pierre Médéric Buché † [fonds déposé à la mairie de La Romagne (Ardennes)], transmise par monsieur Yves Albertini †, conseiller municipal, avec l’aimable autorisation de monsieur René Malherbe, maire de la commune.
Bal populaire et camion de la société Malherbe et Fils. Photographie ancienne en couleurs d’après une diapositive, collection privée de l’abbé Pierre Médéric Buché † [fonds déposé à la mairie de La Romagne (Ardennes)], transmise par monsieur Yves Albertini †, conseiller municipal, avec l’aimable autorisation de monsieur René Malherbe, maire de la commune.

Vidéo Mattchiche, consultable en ligne sur Youtube pour la chaîne Guy Béart.

Vidéo André Grassi et son orchestre – Valse brune, consultable en ligne sur Youtube pour la chaîne BnF collection sonore – chanson française.

Le lendemain, au cours de la messe du matin, le curé n’omet pas de rappeler le souvenirs des morts, et invite la communauté à prier pour eux.



L’après-midi, on joue aux boules en bois[1]. Parfois, les équipes s’accordent une petite pause, le temps d’écouter l’aubade donnée devant un petit groupe de maisons. Le dimanche suivant, c’est le « réchaud ». Cette reprise des festivités se termine sur un dernier bal.


[1] Ce sport de rue se pratique encore aujourd’hui dans des boulodromes grâce à des associations ou des fédérations de boulistes ardennais. Il a ses concours et ses championnats.


Joueurs de boules de la famille Malherbe en juilllet 1931, photographie ancienne en noir et blanc, tirage sépia (collection privée, transmise par monsieur Guy Malherbe, avec l'aimable autorisation de monsieur Pierre Malherbe †).
Joueurs de boules de la famille Malherbe en juilllet 1931, photographie ancienne en noir et blanc, tirage sépia (collection privée, transmise par monsieur Guy Malherbe, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Malherbe †).

Ces jeux de boules sont l’une des grandes distractions des dimanches, si bien que dans l’entre-deux-guerres, des concours sont organisés entre les différents villages des environs, tantôt à Montmeillant (Ardennes), tantôt à Rocquigny (Ardennes), ou à La Romagne. Ils connaissent un vif succès, à partir des années trente, par le nombre de participants. Ces derniers n’hésitent pas à venir de Rethel (Ardennes), Mainbressy (Ardennes), Chaumont-Porcien (Ardennes) ou Fraillicourt (Ardennes).

La Romagne réussit à rassembler 120 participants (le village finit à la huitième place), puis Montmeillant (Ardennes) reçoit à son tour 56 participants répartis en quatorze quadrettes (La Romagne remporte ce jour-là les premier et troisième prix) et, en 1933, le concours se déroule lors de la Saint-Christophe à Rocquigny (Ardennes). C’est un troisième prix pour le village. A chaque fois, les équipes de la Romagne se classent honorablement.


Joueur de boules en bois prenant son élan. Photographie ancienne en couleurs d’après une diapositive, collection privée de l’abbé Pierre Médéric Buché † [fonds déposé à la mairie de La Romagne (Ardennes)], transmise par monsieur Yves Albertini †, conseiller municipal, avec l’aimable autorisation de monsieur René Malherbe, maire de la commune.

Le village renoue avec cette tradition, en 1975, lors de la fête patronale. Puis ce sera le rôle de l’association la Rom’Animation, créée en 2000, qui fait suite au comité de la jeunesse de La Romagne[1].

Elle organise en 2001 un concours destinés aux seuls habitants du village. S’y retrouvent vingt-six équipes. En outre, elle s’est occupée également avec un grand dynamisme de l’organisation de la fête de Pâques, du 14 Juillet, de concours de belote, etc.


[1] Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 101, « La Romagne. — fête patronale » [chronique locale et régionale], in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, quarante-neuvième année, n° 15096, vendredi 4 octobre 1929, p. 2 [presse locale ancienne, vue 2/4, consultable en ligne].


En dehors de la fête patronale, il y a quelques autres occasions de se réjouir comme la Saint-Hubert, déjà célébrée avant 1914, et durant laquelle un bal est donné le soir.

Cette fête, tombée en désuétude après les années 70, finit par être supprimée. Or, certains habitants la regrettent, au point que le conseil municipal, avec l’assentiment du maire, décide de la reconduire. Elle a lieu actuellement tous les deux ans.




Salle des fêtes de La Romagne (Ardennes), table dressée et menus pour le repas de la Saint-Hubert. Prise de vue effectuée le dimanche 17 octobre 2021 à La Romagne (Ardennes). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Salle des fêtes de La Romagne (Ardennes), table dressée et menus pour le repas de la Saint-Hubert. Prise de vue effectuée le dimanche 17 octobre 2021 à La Romagne (Ardennes). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.


Lors de la Saint-Eloi, les patrons cultivateurs et le maréchal-ferrant invitaient leurs ouvriers à un banquet, après la célébration d’une messe. Elle n’a plus cours, en raison probablement de la transformation des exploitations, et de la cessation d’activité de la forge.


Les pompiers de La Romagne, eux, se réjouissaient à la Sainte-Barbe. Là encore, les changements d’organisation et le regroupement des moyens ont modifié les traditions.


L’après-guerre est l’occasion d’animer la vie villageoise en apportant de nouveaux centres d’intérêt. La Société des bons loisirs[1], dont l’abbé Godart est le directeur, a pour but l’organisation de séances récréatives et d’excursions.

Elle met également une bibliothèque à la disposition de ses membres. Elle a pour siège la salle Saint-Jean à La Romagne. Son président est Marcel Malherbe, entouré d’un trésorier (Pierre Malherbe), d’un secrétaire-trésorier (Edmond Lesein) et d’une secrétaire (Denise Boudaud).

Maurice Buteux et Gaston Raimond en sont membres dès sa création. Pour y adhérer, il faut avoir dix-huit ans, recevoir le cas échéant l’autorisation de ses parents, verser une cotisation de 20 francs pour avoir le droit aux délibérations.


[1] Archives départementales des Ardennes, 1430 W 25, pièce n° 245 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].


Pierre Lelong et Marc Barré, parmi d’autres jeunes gens de La Romagne et des villages environnants, jouent au sein de la Jeanne d’Arc[1]. Cette formation musicale paroissiale anime les manifestations environnantes, et accompagne des fêtes plus importantes à Charleville (Ardennes). Le camion, prêté par la cidrerie Malherbe, est décoré ce jour-là d’une maquette du clocher du village.


[1] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-15582, Fédération sportive de France pour l’éducation physique et morale de la jeunesse chrétienne (auteur), Annuaire national officiel, Paris : Office national de propagande catholique, 1955-[19..], in-8°, années 1958-1959, [union départementale des Ardennes, sociétés féminines], page 174, vue 172/384, consultable en ligne sur Gallica, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-JO-12364 <  1955. 1957. 1952/59 >.


Clique de la Jeanne d'Arc à Charleville (Ardennes) sur un camion Berliet avec une maquette du clocher de l'église Saint-Jean à La Romagne (Ardennes). Photographie en noir et blanc. Collection privée, transmise par monsieur Guy Malherbe, avec l'aimable autorisation de monsieur Pierre Malherbe †.
Clique de la Jeanne d’Arc à Charleville (Ardennes) sur un camion Berliet avec une maquette du clocher de l’église Saint-Jean à La Romagne (Ardennes). Photographie en noir et blanc. Collection privée, transmise par monsieur Guy Malherbe, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Malherbe †.

Hélas, il faut, selon un témoignage oculaire de Jean Buschman de Givron (Ardennes), le démonter pour pouvoir passer le « pont des deux villes ». Mais cela n’entame pas la bonne humeur des participants, parmi lesquels on peut nommer Claude, Daniel et Denis Buschman, Lucien Paris, Hubert Paul, André Albry, Pierre Hubert, Jean Picart, Ferdinand Samine, Guy Benoît, Yolande Samine, Irène Rogelet, Micheline et Liliane Grimplet, Lysiane Duant et, pour les enfants, Georges Malherbe.


Le successeur de l’abbé Godart, l’abbé Buché, se fait le reporter des divers événements se passant à La Romagne. C’est ainsi qu’il immortalise les musiciens, les catherinettes[1] (25 novembre), le carnaval, les danses folkloriques et les saynètes, auxquels participent les jeunes du village.


[1] Cette journée est dédiée aux femmes n’étant pas encore mariées, sainte Catherine d’Alexandrie en étant la patronne.



Carnaval : faux-aveugles avec des pancartes à l’orthographe fantaisiste. Photographie ancienne en couleurs d’après une diapositive, collection privée de l’abbé Pierre Médéric Buché † [fonds déposé à la mairie de La Romagne (Ardennes)], transmise par monsieur Yves Albertini †, conseiller municipal, avec l’aimable autorisation de monsieur René Malherbe, maire de la commune.




Une autre association[1] verra le jour en 1958 sous la présidence d’Henri Mouton. Elle a pour but de défendre les intérêts matériels et moraux de toutes les familles des communes de La Romagne, Givron (Ardennes), Draize (Ardennes) et Montmeillant (Ardennes). Les membres se réunissent à la salle communale de La Romagne.


[1] Vice-président Pierre Vergneaux, secrétaire Janine Malherbe (La Romagne), trésorier Lucien Paris de Givron (Ardennes), et parmi les membres : Marcel Grimplet de Givron (Ardennes), Olivier Léon et Marius Miclet de Draize (Ardennes), Norbert Guerlet de Montmeillant (Ardennes). Voir archives départementales des Ardennes, 1430 W 26, pièce n° 363 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire (hors état civil, officiers publics et ministériels). Nota bene : les fonds contemporains reçoivent, au moment de leur versement, un numéro d’ordre suivi de la lettre W].


Noël est le moment attendu par tous les enfants du village, et fêté à l’école dans la salle de classe, décorée de guirlandes et d’un grand sapin, avec distribution de cadeaux par le père Noël. Jusqu’en 1977, elle ne concerne que le village, mais avec le regroupement pédagogique entre Draize (Ardennes), La Romagne (Ardennes) et La Neuville-lès-Wasigny (Ardennes), elle devient commune aux trois écoles.



Draize (Ardennes) accueille la classe enfantine et le cours préparatoire de madame Roda puis de Danielle Carpentier ; La Romagne, les cours élémentaires 1 et 2 de Pierre Fleury ; « La Neuville[1] », les cours moyens 1 et 2 de Jacques Dulieu.


[1] Appellation plus couramment utilisée par ses habitants que Neuville-lès-Wasigny.


Noël 1984, Robert Macquin, maire de La Romagne (Ardennes) et Damien Malherbe, année scolaire 1984-1985 (Pierre Fleury). Photographie ancienne en couleurs, collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Fleury.


Saint-Nicolas 1985, Céline, Christelle, Lise, Hervé, Stéphane, Cédric autour de Saint-Nicolas. Photographie ancienne Polacolor par Polaroid Corporation en couleurs, collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Fleury.

En plus du père Noël, il arrive aussi que passe à La Romagne saint Nicolas[1], fêté le 6 décembre selon le calendrier liturgique, pour récompenser les enfants sages.


[1] Il est le protecteur des enfants et écoliers, des marins, des bateliers, etc. Patron de la Lorraine, il a longtemps été célébré également dans les Ardennes.


Noël se passe toujours à la Romagne ou à « La Neuville », mais jamais à Draize (Ardennes), car la salle de classe est trop petite pour accueillir l’ensemble des élèves.

Ces derniers préparent des divertissements musicaux et des saynètes récréatives. L’exiguïté des lieux scolaires ne permet malheureusement pas aux parents d’assister à ces spectacles, à leur grande déception.


Noël 1987, école de La Romagne, saynète, cow-boys tirant au revolver et cheval bâton. Photographie ancienne en couleurs, collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Fleury.

Noël 1987, école de La Romagne, saynète, cow-boys tirant au revolver et cheval bâton. Photographie ancienne en couleurs, collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Fleury.


Pour Noël 1987, l’école de La Romagne met en scène Blanche-Neige, librement inspirée du conte des frères Grimm et du film de Walt Disney. Non seulement, les élèves ont appris leur rôle, mais ils ont aussi confectionné les costumes et les décors.

Index de l'album photographique, liste des participants au Noël 1987 et à la mise en scène de Blanche-Neige et les Sept Nains. Photographies anciennes en couleurs, collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Fleury.
Index de l’album photographique, liste des participants au Noël 1987 et à la mise en scène de Blanche-Neige et les Sept Nains. Photographie ancienne en couleurs, collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Fleury.





Après la fermeture de l’école de La Romagne, les moments festifs sont organisés différemment pour les enfants.

Petit écolier et son cartable. Photographie ancienne en couleurs d’après une diapositive, collection privée de l’abbé Pierre Médéric Buché † [fonds déposé à la mairie de La Romagne (Ardennes)], avec l’aimable autorisation de monsieur René Malherbe, maire de la commune.
Petit écolier et son cartable. Photographie ancienne en couleurs d’après une diapositive, collection privée de l’abbé Pierre Médéric Buché † [fonds déposé à la mairie de La Romagne (Ardennes)], avec l’aimable autorisation de monsieur René Malherbe, maire de la commune.


En 1999, naît en début d’année un projet d’illuminations du village, qui se réalise en décembre de la même année, avec remise de cadeaux aux enfants et l’installation d’un petit chalet, où sont servies, par des bénévoles, des boissons chaudes et des gaufres.

Gaufres ardennaises & gaufrier traditionnel. Préparation de pâte à la papinette. Photographie ancienne en couleurs d’après une diapositive, collection privée de l’abbé Pierre Médéric Buché † [fonds déposé à la mairie de La Romagne (Ardennes)], avec l’aimable autorisation de monsieur René Malherbe, maire de la commune.

Gaufres ardennaises & gaufrier traditionnel. Préparation de pâte à la papinette. Photographie ancienne en couleurs d’après une diapositive, collection privée de l’abbé Pierre Médéric Buché † [fonds déposé à la mairie de La Romagne (Ardennes)], avec l’aimable autorisation de monsieur René Malherbe, maire de la commune.


La rue Haute, artère principale du village qui mène de La Romagne à Rocquigny (Ardennes), est mise en valeur par des scènes lumineuses et des sapins enguirlandés fournis par la mairie. Les anciens ne sont pas oubliés. Ils reçoivent en novembre ou décembre un panier garni.

Préparation de pâte à la papinette. Photographie ancienne en couleurs d’après une diapositive, collection privée de l’abbé Pierre Médéric Buché † [fonds déposé à la mairie de La Romagne (Ardennes)], transmise par monsieur Yves Albertini †, conseiller municipal, avec l’aimable autorisation de monsieur René Malherbe, maire de la commune.

Préparation de pâte à la papinette. Photographie ancienne en couleurs d’après une diapositive, collection privée de l’abbé Pierre Médéric Buché † [fonds déposé à la mairie de La Romagne (Ardennes)], transmise par monsieur Yves Albertini †, conseiller municipal, avec l’aimable autorisation de monsieur René Malherbe, maire de la commune.

D’autres fêtes ponctuelles animent parfois ce village, comme l’unique fête du Cheval organisée le 17 septembre 2006 par monsieur Denisson, ou la fête des Villages voisins, qui se passe tour à tour à Givron (Ardennes), Saint-Jean-aux-Bois (Ardennes) et à La Romagne.



Très récemment, une nouvelle association[1] a vu le jour au Bois Diot, Y’a yauque[2], à l’initiative de Romain Montreuil. Elle propose des événements trois fois par an (mi-mai, fin octobre au moment d’Halloween[3], et avant Noël), valorisant l’artisanat ardennais et les produits locaux, dans une ambiance musicale.


[1] Son objet est, selon sa déclaration en sous-préfecture de Rethel (Ardennes) le 15 novembre 2023 de « promouvoir et valoriser le patrimoine agricole matériel et immatériel ardennais par l’organisation d’évènements, de rencontres et de moments de partage autour de valeurs et de connaissances communes dans des fermes et lieux liés au patrimoine agricole local ».

[2] Patois ardennais qui signifie « Il y a quelque chose ».

[3] Cette fête est parfois amalgamée avec Samain.


A travers toutes ces journées, La Romagne montre son attachement à la tradition, l’engagement de sa population, et son dynamisme par la création d’évènements nouveaux[1].


[1] Voir les résultats de l’enquête de mai 2023 Loisirs des villes, loisirs des champs ? réalisée par Edwige Millery et Léa Garcia, du Département des études, de la prospective, des statistiques et de la documentation (DEPS) du ministère de la Culture.

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La Romagne et la seigneurie de Chaumont-Porcien


Cours d'eau de Thin-le-Moutier, prise de vue effectuée le vendredi 23 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Cours d’eau de Thin-le-Moutier, prise de vue effectuée le vendredi 23 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La puissance de la féodalité, qui s’exerce sur un grand nombre de villages avec les comtes du Porcien (connus par leurs possessions terriennes), marque profondément ce territoire. Cela est d’autant plus vrai qu’ils savent aussi s’allier à l’Eglise de Reims par des dons territoriaux importants, que ce soit pour racheter les fautes de leur vie terrestre, ou s’assurer l’au-delà.

Le XIe siècle révèle la modification du comté du Porcien, avec le démembrement de la Seigneurie de Chaumont -Porcien et son intégration aux biens de la famille de Rozoy, qui n’appartient pas au comté de Champagne. Ceci est consécutif aux troubles qui ont éclaté à la suite du mariage de Godefroy de Namur et de Sybille de Porcien, fille de Roger VII.

Cette seigneurie, enfermée à l’intérieur du comté, se délimite en traçant une ligne qui part et revient à Renneville en étant bornée par les villages de Mainbresson, Saint-Jean-aux-Bois, Maranwez, Librecy, Thin-le-Moutier, Grandchamps, Mesmont, Wasigny, Bégny, Chappes, Logny, et Trion[1].


[1] Pour ce qui est de la division du terroir, voir Gostowski, Grégory, La Féodalité dans le comté de Porcien Xe – XIIIe siècle, mémoire de maîtrise, Université de Reims Champagne-Ardenne, 1998.


Le blason communal de Rozoy-sur-Serre est d’argent aux trois roses de gueules boutonnées d’or.
Le blason communal de Rozoy-sur-Serre est d’argent aux trois roses de gueules boutonnées d’or.

La famille de Rozoy développe une affection toute particulière pour cette seigneurie et son abbaye, au point de doter considérablement cette dernière en terres et en bois. Dès 1219, Roger II de Rozoy et sa femme Aélis la pourvoient d’une maison franche à La Romagne, sachant qu’un don identique est fait pour les villages de Rocquigny et de Rubigny. Ce don est confirmé une dizaine d’années plus tard par le fils de ce seigneur. Il y ajoute même, pour chacune de ces paroisses, le droit d’avoir un « bourgeois libre », qui est exempt de tailles et de tous les autres droits dus en ce temps-là aux seigneurs fonciers.

La seigneurie de Chaumont, incluse dans la baronnie de Rozoy jusqu’au XIVe siècle, ne reste pas dans son étendue telle que l’on vient de la décrire. Elle passe successivement par voie d’héritage dans les mains de différents seigneurs, et se trouve divisée. Il n’en reste pas moins que La Romagne dépend principalement pour son terroir à la fois du seigneur laïque de Chaumont, et de l’abbaye du même lieu.


Anciennes douves du château d'Apremont, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le mercredi 16 juin 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Anciennes douves du château d’Apremont, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le mercredi 16 juin 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dans la première moitié du XIIIe siècle, Gobert VI, sire d’Apremont en Lorraine, épouse Julienne, fille de Roger de Rozoy. Il fait construire un château. Dom Lelong[1] donne au bâtiment qui se trouvait à l’entrée de la forêt d’Etremont le nom de « château d’Apremont ».

Or, le vrai, disparu depuis bien longtemps, et dont le souvenir seul subsiste dans la toponymie, était situé dans le bois dit d’Apremont au territoire de La Romagne. Ce lieu rappelle donc l’origine de Gobert VI.


[1] Bayerische StaatsBibliothek, 4 Gall.sp. 55 r, Le Long, Nicolas, Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon et de tout le pays contenu entre l’Oise et la Meuse, l’Aisne et la Sambre, Châlons : Seneuze, 1783, 683 p., p. 409, vue 422/658, consultable en ligne sur la bibliothèque numérique du Münchener DigitalisierungsZentrum [cité par Martin, Gérard-Adolphe, Essai historique sur Rozoy-sur-Serre et les environs : comprenant une grande partie de la Thiérache et du Porcien et quelques communes du Laonnois, Paris : le Livre d’histoire, « Monographies des villes et villages de France », 2007, tome II, 765 p. p. 42, exemplaire consultable à la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 2008-16845 < Vol. 2 >].


Fougères du bois du Fief, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le mercredi 16 juin 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Fougères du bois du Fief, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le mercredi 16 juin 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Une seigneurie comprend le fief (survivance du système féodal), le domaine et éventuellement la justice[1] (basse, moyenne et haute[2]). Souvent, par le jeu des successions, des partages, des mariages ou des ventes, de nombreuses terres sont dispersées et le seigneur peut n’être que « seigneur en partie ». En général, les villages ont plusieurs seigneurs laïques ou religieux qui, la plupart du temps, n’y résident en fait jamais.


[1] Le seigneur peut juger les affaires relatives aux droits qui lui sont dus : cens, rentes, exhibitions de contrats et héritages sur son domaine. Il s’occupe aussi des délits et amendes de faible valeur (dégâts des bêtes par exemple). Il a autorité sur les rixes, injures et vols. Les délits ne peuvent être punis de mort. Sa justice s’occupe des successions et de la protection juridique des intérêts des mineurs : apposition de scellés, inventaire des biens, nomination des tuteurs, etc.

[2] En haute justice, le seigneur (ou plus exactement le juge seigneurial) peut juger toutes les affaires et prononcer toutes les sentences, dont la peine capitale. Celle-ci ne pouvait toutefois être exécutée qu’après confirmation par des juges royaux avec appel obligatoire, porté devant les parlements.


Tremble attaqué par le gui dans le bois du Fief, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le mercredi 16 juin 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Tremble attaqué par le gui dans le bois du Fief, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le mercredi 16 juin 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le domaine (ou réserve) est la partie de la seigneurie réellement possédée et exploitée.  Il comprend éventuellement la maison seigneuriale édifiée sur ce territoire, mais surtout les fermes, métairies, forêts, étangs, champs, prés, moulins.  Mis en location, ces éléments représentent eux aussi un capital et un revenu, tout comme les bois. La Romagne n’échappe pas à cette règle, puisqu’elle dépend de la seigneurie de Chaumont-Porcien qui s’étend à tous les environs.


Archives départementales des Ardennes, La Romagne A2 1835, bois d'Apremont et Houis Bas, cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne A2 1835, bois d’Apremont et Houis Bas, cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, consultable en ligne.

A partir de 1300, alors que les habitants du village doivent la garde au château de Chaumont, Jehan de Liestemberch, « escuyer », tient en 1389 la tierce partie de la ville de « La Romaigne », la justice haute, moyenne et basse, ainsi que les terrages. Ce n’est qu’à l’occasion de l’inventaire de 1737 que l’on apprend que les droits de guet et de garde ont été rayés comme appartenant au « roi seul[1]».


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Châlons-en-Champagne, C 2544 [série C = administrations provinciales, articles C 2535-2551 = administrations et juridictions financières et fiscales, chambre du domaine des bureaux des finances, fonds concernant les actes de foi et hommage, aveux et dénombrements (1628-1758)].


Musée Condé (Chantilly, Oise), numéro d'inventaire PE 576, Perréal Jean, Portrait de Charles VIII [roi de France de 1483 à 1498], réplique d'après un original de l'Ecole française, huile sur bois, début 16e siècle, notice descriptive consultable en ligne.
Musée Condé (Chantilly, Oise), numéro d’inventaire PE 576, Perréal Jean, Portrait de Charles VIII [roi de France de 1483 à 1498], réplique d’après un original de l’Ecole française, huile sur bois, début 16e siècle, notice descriptive consultable en ligne.

Dans le recensement de la terre de Chaumont fait en 1493 par le roi Charles, La Romagne est mentionnée comme « appartenant en partie et en indivis à Charles, sire de ‘Chastillon’, chevalier et chambellan du roi, et à Messire Jehan, seigneur de Jeumont, ainsi qu’à Jehan, seigneur de Lescrement, ‘escuier’ ».

En 1499, Jean Destable, possesseur de la terre de Chaumont en entier, chevalier seigneur d’Ysengheim, baron de Chaumont-lez-Porcien, seigneur de Rubigny et Vaudemont[1] fait également un dénombrement dans lequel on apprend qu’il possède la ville de « La Romaigne » et la « justice d’icelle[2] ».


[1] La commune de Wadimont, avec Logny-lès-Chaumont, est actuellement rattachée à Chaumont-Porcien.

[2] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 2008-20343 < Vol. 1 >, Martin, Gérard-Adolphe, Essai historique sur Rozoy-sur-Serre et les environs : comprenant une grande partie de la Thiérache et du Porcien et quelques communes du Laonnois, Paris : le Livre d’histoire, « Monographies des villes et villages de France », 2007, tome I, 642 p., p. 584.


Jusqu’à la fin du Moyen-Age, le territoire est partagé entre divers seigneurs, puis vendu et racheté à plusieurs reprises.  Un état des terres datant de 1509, fourni au roi à « cause de ses château et châtellenie » par Jean Destable (seigneur d’Ysengheim) et Hannogne, baron de Chaumont-lez-Porcien et seigneur de Wadimont, nous apprend que la ville de « Romaigne » fait partie de ses domaines[1].


[1] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 2008-16845 < Vol. 2 >, Martin, Gérard-Adolphe, Essai historique sur Rozoy-sur-Serre et les environs : comprenant une grande partie de la Thiérache et du Porcien et quelques communes du Laonnois, Paris : le Livre d’histoire, « Monographies des villes et villages de France », 2007, tome II, 765 p., p. 5.


La connaissance des seigneurs-possesseurs des domaines plus ou moins importants du village reste lacunaire, en raison des nombreux incendies  de l’abbaye, en particulier ceux de 1589 et de 1591. D’autres ont eu lieu durant des guerres, dont celui de 1940, entrainant la destruction d’une grande partie des fonds [1]. La conséquence en est la disparition de tous les documents importants sur lesquels aurait pu s’appuyer une étude exhaustive.


[1] Archives départementales des Ardennes, série B = cours et juridictions avant 1790 ; série C = administrations provinciales avant 1790.


Jeton de la cour du Parlement de Metz (règne de Louis XIV).
Jeton de la cour du Parlement de Metz (règne de Louis XIV).

La Romagne appartient en partie à messieurs de Coolle et de Loonny (César et René D’Espinoy). Le premier est page de la reine, puis cornette et lieutenant de cavalerie en 1667. Le second est conseiller du Parlement de Metz, puis des requêtes[1] .


[1] Pour approfondir cet aspect de l’histoire ardennaise, se référer aux documents des Archives du Palais princier de Monaco publiés par Pellot, Paul, « Le ban et l’arrière-ban du duché de Rethel, à la fin du XVIIe siècle », in Revue historique ardennaise, Paris : A. Picard et fils, 1894-1914, tome seizième année, mai-juin 1909, p.101-188. [Nota bene : ce périodique bimestriel édité entre 1894 et 1914 est un titre mort. Il ne saurait être confondu avec la Revue historique ardennaise publiée depuis 1969 à Charleville-Mézières par la Fédération des sociétés savantes des Ardennes, la Société d’études ardennaises (devenue la Société d’histoire des Ardennes) et la Société d’histoire et d’archéologie du Sedanais].


Le blason de la famille d'Ambly est d'argent à trois lions de sable, lampassés de gueules, posés deux et un.
Le blason de la famille d’Ambly est d’argent à trois lions de sable, lampassés de gueules, posés deux et un.

Dans les années 1690, La Romagne a aussi pour seigneur principal Charles d’Ambly des Ayvelles (1668-1705), marquis de Chaumont et brigadier des armées du roi[1]. Lui succède comme seigneur du village messire Gaston Jean Baptiste de Terrat. Ce dernier rend en 1714 l’hommage de la terre de « Chaumont en Portien » et de « celle de La Romagne », les deux étant mouvantes[2] de Sainte Menehould. Jacques Lassire est le receveur de ces terres à partir de 1707, et veille à la bonne marche du domaine seigneurial[3].

En 1734, Marie-Anne Louise d’Ambly, baronne de Chaumont, veuve de Gaston Jehan Baptiste de Terrat, donne comme dépendance de la baronnie de Chaumont « La Romaigne » avec justice haute, moyenne et basse. Mais l’exercice de celle-ci ne garde plus qu’un caractère local, puisque le pouvoir judiciaire royal s’est substitué pour les affaires les plus importantes à l’exercice seigneurial.


[1] Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, Français 14314, tome V Champagne, 299 feuillets, folio 293, fonds concernant les généralités et les mémoires des intendants [Français 14310-14329 = mémoires concernant les Généralités du royaume, dressés par les Intendants pour le duc de Bourgogne, 1697-1699, XVIIIe siècle, 22 volumes].

[2] Dépendantes.

[3] Archives nationales, site de Paris, P 1772 [série P = chambre des comptes et comptabilité, articles P 941 à 1935 = partie II (terriers), cotes P 1759 à 1810 = fonds concernant la Champagne, le domaine du roi (comptes et procédures), XVIe – XVIIIe siècles].


Cependant, comme dans tout territoire où la puissance de l’Eglise est marquée, des différends éclatent régulièrement entre l’abbaye et la seigneurie de Chaumont, ou des particuliers. Ainsi, il apparaît en 1739 que, les moines de la Piscine ayant quelque peu tardé à répondre à une demande concernant leurs droits seigneuriaux, « messire Salomon d’Ambly se voit attribuer, outre la seigneurie de Chaumont, celle de La Romagne, Son, Adon, Doumely, Givron, Fresnois, Boissy… »[1].


[1] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 2008-16845 < Vol. 2 >, Martin, Gérard-Adolphe, Essai historique sur Rozoy-sur-Serre et les environs : comprenant une grande partie de la Thiérache et du Porcien et quelques communes du Laonnois, Paris : le Livre d’histoire, « Monographies des villes et villages de France », 2007, tome II, 765 p., p. 403.


Cette même année, les religieux de l’abbaye, qui sont les seigneurs et propriétaires du bois et de la ferme de la Bouloi, portent plainte contre Pierre Boudié pour

« troubles concernant le chemin allant de leur ferme de la Bouloy au village de La Romagne ».

Comme c’est le cas de tous les lieux-dits, la Bouloi a une orthographe très variable selon les documents et les siècles où ils ont été produits.

Ceux-ci lui demandent de communiquer les titres, contrats et autres actes qui seraient en sa possession et qu’il ne semble pas disposé à leur faire connaître afin de faire valoir leurs droits[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, G 238 [série G = clergé régulier avant 1790, articles G 92 à 272 = églises paroissiales et leurs fabriques], cote concernant les églises de Rocquigny, La Romagne, Romance (Saint-Pierre), les constitutions de rentes, dons et legs, les déclarations de biens 1611-1788.


Legion of honor (San Francisco), numéro d'inventaire 1964.76, Roslin, Alexandre (atelier), Charles-Antoine de la Roche-Aymon, archevêque de Reims, huile sur toile, vers 1769, notice descriptive consultable en ligne.
Legion of honor (San Francisco), numéro d’inventaire 1964.76, Roslin, Alexandre (atelier), Charles-Antoine de la Roche-Aymon, archevêque de Reims, huile sur toile, vers 1769, notice descriptive consultable en ligne.

En 1774, à la suite de l’enquête faite à l’instigation de monseigneur Charles-Antoine de la Roche-Aymon (archevêque du diocèse de Reims), le curé de La Romagne, Joseph Bourdon, désigne comme « seigneur du village » madame de la Mothe-Audencourt[1], veuve de monsieur le marquis Charles Renault de Gamaches.


[1] Houdancourt.


Le blason de la famille La Mothe-Houdancourt est écartelé aux un et quatre d'azur, à une tour d'argent ; aux deux et trois d'argent, à un lévrier rampant de gueules, colleté d'azur, bordé et bouclé d'or, accompagné de trois tourteaux de gueules.
Le blason de la famille La Mothe-Houdancourt est écartelé aux un et quatre d’azur, à une tour d’argent ; aux deux et trois d’argent, à un lévrier rampant de gueules, colleté d’azur, bordé et bouclé d’or, accompagné de trois tourteaux de gueules.

Tout comme le précédent seigneur, elle ne réside pas dans sa seigneurie (ce qui n’empêche pas le curé de la recommander chaque dimanche aux prières de ses paroissiens). En fait, elle passe l’hiver à Paris et l’été en son château des « Faïettes », en fait le « domaine de Fayel », proche de Compiègne, érigé en duché-pairie par lettres patentes de janvier 1653. Ce dernier dédommage le maréchal de La Motte-Houdancourt de la perte de sa terre de Cardone, donnée par Louis XIII en 1642[1].


[1] Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, Français 4186, tome XIX, folio 1, Erection par Louis XIV de la terre de Fayel en duché, en faveur de monsieur le maréchal de La Motte Oudancourt, à Paris, au mois de janvier 1653 [Français 4168-4195 = recueil de copies de pièces, formé principalement des dépêches écrites ou signées par Michel Le Tellier, secrétaire d’État, durant les dix-huit premières années du règne de Louis XIV].


AnnéeNom du seigneur de ChaumontDurée du bailNoms et professions des bailleursNature du bail
27 janvier 1623Dame veuve Danois, baronne de ChaumontNeuf ansClaude Pioche, procureur au siège présidial de Laon.Revenu de la terre de Chaumont, Son, La Romagne et Remaucourt
5 avril 1630Dame Renée Le Danois, baronne de ChaumontNeuf ansAdrien Michon, marchand bourgeois demeurant à ReimsRevenu de la terre et baronnie de Chaumont, La Romagne, Son, Remaucourt
13 avril 1644Charles Delahaye, baron de ChaumontTrois ansJacques Hebeau et Jacques Antoine (dit Rabasse) demeurant à Givron et LalobbeRevenu des terres de Son, La Romagne, des bois d’Apremont et de tous les droits seigneuriaux
1702Non préciséNon préciséePierre LeblancRevenu de la terre de La Romagne et des droits seigneuriaux
2 mai 1707Madame la marquise de Terrat, baronne de ChaumontNeuf ansPierre Leblanc demeurant à La RomagneRevenu de la terre de La Romagne et des droits seigneuriaux
3 octobre 1707Messire Gaston Jean Baptiste de Terrat, baron de ChaumontNeuf ansJean V., bourgeois de Paris y demeurantRevenu de la baronnie, de la terre et seigneurie de Chaumont, de la terre et seigneurie de La Romagne, Givron, Adon, etc.
27 juillet 1710Monsieur le marquis de Terrat, baron de ChaumontNeuf ansPierre Leblanc, demeurant à La RomagneRevenu de la terre de La Romagne et des droits seigneuriaux
9 septembre 1730Louise-Anne d’Ambly, baronne de ChaumontNeuf ansLe sieur Lassire, bailli de ladite baronnie.Receveur de la terre et seigneurie de Chaumont, et de tous les droits seigneuriaux, dont ceux de La Romagne
1750Monsieur le maréchal de la Motte-Houdancourt, baron de ChaumontNon préciséeAntoine Pasté, avocat en parlement et procureur fiscal du duché de MazarinRevenu de la terre de La Romagne
28 décembre 1750 Monsieur le maréchal de la Motte-Houdancourt, baron de ChaumontNon préciséeJean Baptiste Laignier et Catherine Mitteau (sa femme), lieutenant de maire de la ville de Château-Porcien.
Jean François Riquier, greffier en chef du grenier à sel de Château-Porcien et sa femme Marie-Anne Lottineau
Revenu de la baronnie de Chaumont, des terres de La Romagne avec droits seigneuriaux
1759Non préciséNon préciséePierre Denis et Jean Baptiste Brûlé, négociants à Rethel-MazarinRevenu de la terre de La Romagne
1768Non préciséNon préciséePierre Antoine BrûléRevenu de la terre de La Romagne et des droits seigneuriaux
Des exemples des droits des seigneurs de Chaumont et de leurs bailleurs ont pu être relevés dans les archives.

Il existe aussi d’autres seigneurs locaux, comme Nicolas Paul Marie de Boucher d’Avançon (1740-1796), seigneur de la Cour Avril. A la seigneurie sont attachés de nombreux droits à percevoir pour les seigneurs mais, tout comme le roi qui « afferme » ses revenus, les seigneurs locaux les plus importants pratiquent de même pour des durées assez diverses, mais le plus souvent pour neuf ans [1].


[1] Archives nationales, site de Paris, T 471, liasse 12, pièces n° 21 et 22 [série T = papiers privés dans le domaine public, cotes T 1-982 = papiers séquestrés pendant la Révolution, provenant de particuliers émigrés ou condamnés, cote T 471 = documents de Louis Bruno, comte de Boisgelin de Cucé, et de Marie Stanislas Catherine de Boufflers, son épouse].

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Emplacement de l'ancienne ferme de la Binotterie, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le mercredi 16 juin 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Emplacement de l’ancienne ferme de la Binotterie, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le mercredi 16 juin 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

De 1727 à 1731, Jean Foullon[1], Pierre Foulon et Jeanne Gagneux, habitants du village, sont les receveurs pour La Romagne. Les titulaires de ces charges délèguent parfois à d’autres la perception des droits. C’est le cas en 1630 d’Adrien Michon avec Jean Douce (laboureur demeurant à La Binotterie) pour la recette de la terre de La Romagne. On peut noter d’autre part un tel contrat entre Gérard Meunier et Antoine Decarreaux pour les cens et rentes dus à La Romagne.


[1] Foulon.


Les droits sont assez nombreux. Le cens tout d’abord est un dû très ancien qui se perçoit en espèces[1]. Comme il est souvent assez modique, il s’y ajoute parfois un « surcens », sorte de fermage. Un document de 1571 en fait état dans la vente faite par Guillaume Robin (laboureur à La Romagne) à Berthaut Chesneau, lui aussi laboureur[2]. Il mentionne en effet « quatre arpents et vingt-sept verges en trois pièces, chargés de cens et de surcens envers la baronnie de Chaumont[3] ».


[1] S’il se perçoit en nature, on parle plutôt de rente seigneuriale.

[2] Demeurant sous les Faux, dans la paroisse de Rocquigny.

[3] Archives nationales, site de Paris, T 471, liasse 9, pièce n° 1 du 23 août 1571 [série T = papiers privés dans le domaine public, cotes T 1-982 = papiers séquestrés pendant la Révolution, provenant de particuliers émigrés ou condamnés, cote T 471 = documents de Louis Bruno, comte de Boisgelin de Cucé, et de Marie Stanislas Catherine de Boufflers, son épouse].


La Malterie, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le mercredi 16 juin 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
La Malterie, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le mercredi 16 juin 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Bien qu’il n’ait pas la pleine propriété de sa terre, le paysan bénéficie d’un certain nombre de droits, accordés de longue date, et qui lui permettent de :

  • la transmettre ;
  • la diviser pour ses héritiers ;
  • la louer ;
  • la vendre, à condition d’être quitte des autres droits et de payer les lods et ventes[1], qui représentent de 3 à 8% du prix.

S’il n’est pas à jour de ses redevances, le laboureur est rappelé à l’ordre par un commandement. François Merlin en reçoit un en 1760 pour avoir omis de régler à madame La Maréchale de La Motte Houdancourt (seigneur de Chaumont) :

  • une somme d’argent [dont on ignore le montant] ;
  • quarante-huit quartels et demi d’avoine ;
  • quinze chapons[2].

[1] Les lods et ventes sont une mesure de l’Ancien Régime qui s’apparente à l’actuel droit de mutation.

[2] Archives départementales des Ardennes, 7J 23 [série J = archives d’origine privée (entrées par voies extraordinaires : achats, dons, legs ou dépôts), sous-série 7J = collection du docteur Octave Guelliot, érudit local (1854-1943).


Zone humide ou fraîchis de la source de la Fontaine aux grues, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le mercredi 16 juin 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Zone humide ou fraîchis de la source de la Fontaine aux Grues, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le mercredi 16 juin 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

En outre, à chaque changement de seigneur, voire périodiquement, le paysan doit « avouer[1] et dénombrer » les terres qu’il tient de lui. De son côté, le bénéficiaire de la rente de cens peut aussi la céder. Ce mode d’exploitation disparaît avec la Révolution.


[1] En droit féodal, « avouer » signifie « reconnaître pour seigneur, pour protecteur ».


Blé d'hiver, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le mercredi 16 juin 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Blé d’hiver, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le mercredi 16 juin 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

L’addition des différents droits locaux et seigneuriaux , ajoutés aux impôts royaux, grève lourdement le revenu des habitants. Car il leur faut payer des sommes importantes :

  • le droit de terrage sur tous les fruits de la terre. Pour ce qui est des céréales, une gerbe sur treize doit être ramenée à la grange du seigneur ou elle est remplacée par douze deniers tournois. Dans ce cas, ce droit se perçoit au jour de la Saint-Michel, date à laquelle se déroule une des foires de Chaumont-Porcien ;
  • le droit d’afforage, qui correspond à un montant perçu par le seigneur sur les ventes de boissons au détail des cabaretiers ou des « hostelains[1] ». Henri Boudsocq, Jeanne Robinet, Jean Douce (tous trois aubergistes à La Romagne et à Rocquigny) doivent s’acquitter de cette taxe. Chaque année se tiennent à Rocquigny deux foires (l’une en mai et l’autre en juillet). Un marché hebdomadaire a lieu le jeudi. Pour ces manifestations, les marchands doivent acquitter au seigneur des taxes qui varient en fonction de la place qu’ils occupent (soit six sols sous la halle et quatre deniers en dehors de celle-ci)[2] ;
  • le droit de rouage s’exerce sur les voitures qui passent sur les chemins de la seigneurie. Il a pour but d’indemniser le seigneur du dommage causé par les roues ;
  • le droit de tirage, qui est dû pour chaque bête de trait.

[1] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 4-LI28-1193 (1), Cart, Michel, La Vie rurale au 18e siècle dans les Ardennes, Charleville-Mézières : Archives départementales, Service éducatif : CDDP [Centre départemental de documentation pédagogique], 1982 -, recueil de documents reproduits en fac-similé.

[2] Sur la période 1584-1677, les droits et domaines des prévôtés du duché de Mazarin, du comté de Rozoy, de la principauté de Porcien et du marquisat de Moncornet sont répertoriés dans les Archives du Palais princier de Monaco, T 51, anciennement L 9, registre in-quarto, 402 feuillets [la série T comprend notamment les archives du Rethélois et le trésor des chartes du duché de Rethel-Mazarin].


Les Grands Sarts, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le mercredi 16 juin 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Les Grands Sarts, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le mercredi 16 juin 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La vente des biens nationaux permet de connaître assez exactement ce que l’on appelle la terre et seigneurie de La Romagne. Elles se composent tout d’abord de tous les droits de justice, rouage, afforage, bourgeoisie, cens, rentes, terrage, lods et ventes. Ensuite, il y a vingt-six arpents de terre, prés, jardins et bois, auxquels s’ajoutent une pièce de bois taillis d’environ quatre cent quatre-vingts arpents et la ferme de la Binotterie.


Le bois Promsy, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 17 mai 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le bois Promsy, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le lundi 17 mai 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Une autre cession de domaines (prés, bois, terres labourables et friches) fait état de diverses possessions situées aux lieux-dits l’Enclos, le Long Ruisseau, le Fief, le Petit Woicheux, et même la Bouloi. Elle concerne l’émigré Béranger François Courtin, seigneur de Vaux-Champagne mais aussi de La Romagne, qui possède également une vingtaine d’arpents (environ dix hectares) dans ce village[1].

Les droits seigneuriaux, considérés comme des privilèges, voient leur abolition prononcée le 4 août 1789.


[1] Archives départementales des Ardennes, Q 134 [série Q = domaines, enregistrement, hypothèques depuis 1790, articles Q 90-468 = ventes de biens nationaux, cotes Q 127-147 = affiches de la vente et enregistrement des affiches de vente par districts, 1790-an IV].

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Les lieux-dits de La Romagne, éléments de toponymie


La densité des noms de parcelles et de lieux-dits autour de La Romagne est beaucoup plus forte entre le Moyen-Age et la fin de l’Ancien Régime que de nos jours. En témoignent les actes notariés qui font allusion à des dénominations que l’on ne peut plus localiser : les Rouages, par exemple, tenaient au chemin qui conduit à Montmeillant et à celui de Saint-Jean-aux-Bois (d’après la vente en 1719 d’une pièce de pré entre Gérard Merlin et Robert Bechet).


Les lieux-dits de La Romagne peuvent tirer leurs noms d'arbres, comme le Grand Poirier ou le Gros Faux (hêtre).
Les lieux-dits de La Romagne peuvent tirer leurs noms d’arbres, comme le Grand Poirier ou le Gros Faux.

Par la suite, les plans cadastraux ont découpé le terroir avec une certaine rigueur. L’absence de terriers[1] ne permet pas de pousser plus loin l’étude comparative. Néanmoins, les relevés qui ont pu être faits dans le passé montrent une grande richesse et mettent en valeur :

  • des noms de propriétaires ;
  • l’aspect des lieux (mont, fosse ou vallon, partie basse ou fond) ;
  • la nature du sol (cailloux, pierre) ;
  • l’humidité de l’endroit ;
  • les plantes (arbres fruitiers et autres, plantes utiles) ;
  • les jardins (courtils) ;
  • les voies ou moyen de communication (chemin, voie ou son diminutif « voyette », pont) ;
  • les carrières ;
  • l’industrie ou le commerce (mines, moulins, briqueterie) ;
  • la religion (la croix, qui peut tout aussi bien désigner un calvaire qu’un carrefour).

[1] Dans les registres nommés terriers, on indiquait les limites des fiefs et des censives, les redevances dues, les services à rendre, les usages locaux. Les terriers de La Romagne ont disparu.


Archives départementales des Ardennes, La Romagne A1 1835, Le bois d'Apremont et les Houis Bas, cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne A1 1835, le bois d’Apremont et les Houis Bas, cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, consultable en ligne.

Bois, arbres divers et végétation

  • Bois d’Apremont, Bois Promsy, Bois Foissier, Bois de la Cense Longueval, Bois de la Paternotte,  Bois de la Tachette, Bois du Grand Sart, Bois des Ribourés, Bois de la Queue de l’Etang, Bois de la Plaine ;
  • Le Bochet, le Bochet Croët, le Buisson Peautelet, la Haye Colin ;
  • Les Plants, le Plant Foucault, le Gros Faux, le Grand Poirier, les Bruyères.
Fau (faux) vient du latin Fagus sylvatica, le nom scientifique du hêtre commun (planche tirée de la flore médicale de Pierre François Chaumeton, 1817).
Fau (faux) vient du latin Fagus sylvatica, le nom scientifique du hêtre commun (planche tirée de la flore médicale de Pierre François Chaumeton, 1817).

Le pou ou pouil est l'ancien nom du coq (Gallus gallus domesticus). L'ardennaise dorée est une race de poule belge et française.
Le pou ou pouil est l’ancien nom du coq (Gallus gallus domesticus). L’ardennaise dorée est une race de poule belge et française.

Présence d’eau

  • La Fontaine Roger, la Fontaine aux Pous, la Fontaine aux Grues, le Long Ruisseau.
Muséum d'histoire naturelle de Toulouse, MHNT.ZOO.2010.11.65.5, œuf de grue cendrée (Grus grus), collection oologique de Jacques Perrin de Brichambaut (photographie de Roger Culos).
Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, MHNT.ZOO.2010.11.65.5, œuf de grue cendrée (Grus grus), collection oologique de Jacques Perrin de Brichambaut (travail personnel du photographe Roger Culos, 2019).

Nature du sol

  • La Petite Marnière, la Pierre, les Groettes, Les Minières, les Cailloux.

Le chêne pédonculé (Quercus robur) est, avec le hêtre commun, une essence feuillue courante en Champagne-Ardenne.
Le chêne pédonculé (Quercus robur) est une essence courante des Ardennes.

Terre

  • Les Terres de Belair, les Terres Jacques, la Grosse Terre, la Terre Martin, les Terres du Grand Chemin, les Terres de la Cense Longueval, les Terres de la Tachette, les Terres de la Pierre, la Rouge Terre, La Terre Grand-mère, les Longues Terres de la Huée, les Terres du Pré Mellier, les Terres des Hayes, les Terres des Veaux, les Terres Madame, les Terres de la Grosse Soule, la Terre aux Chênes, la Terre du Berger, la Ronde Terre
Le chêne rouvre ou sessile (Quercus petraea) est aujourd'hui utilisé par la Tonnellerie de Champagne-Ardenne.
Le chêne rouvre ou sessile (Quercus petraea) est aujourd’hui utilisé par la Tonnellerie de Champagne-Ardenne.

Planche Deyrolle d'enseignement agricole sur les plantes fourragères des prairies naturelles.
Planche Deyrolle d’enseignement agricole sur les plantes fourragères des prairies naturelles.

Pré

  • Le Pré Agnant, le Pré Agnant sous la Voye Libert, le Pré Potier, le Pré des Roises, le Pré Montagne, le Pré de la Biche, le Pré des Guitons, le Pré de la Houette, le Pré des Moisnes, le Pré Haut du Moulin Garot, le Pré du Chat Noyé, le Pré Merlin, la Huée du Pré Mellier, le Pré de la Passe, les Prés du Grand Sart, le Pré Hudrot, le Pré de la Voyette de Chaumont, le Pré de l’Etang.

Le courtil est un jardin paysan, généralement clos.
Le courtil est un jardin paysan, généralement clos.

Courtil (petit jardin)

  • Le Courtil Monnois, le Courtil Noirette, le Courtil Macheterre, le Courtil Jadin, le Courtil Habert, le Courtil Jean Rousseau, le Courtil Doré, le Courty Rogier.
Le courtillage est un petit jardin potager et, par métonymie, la production de ce dernier.
Le courtillage est un petit jardin potager et, par métonymie, la production de ce dernier.

Archives départementales des Ardennes, La Romagne C1 1835, le village et le Mont de Vergogne, cadastre ancien, plan parcellaire, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne C1 1835, le village et le Mont de Vergogne, cadastre ancien, plan parcellaire consultable en ligne.

Elévation

  • Le Mont Ballot, le Mont de Vergogne, etc. ;
  • La Côte Monnois, la Côte du Petit Moulin, la Côte de Montmeillant, la Côte de la Rouge Cotte, la Côte du Chat Noyé, la Côte Herbin, la Côte Hamel, la Côte au Saint Foin, la Côte des Cayotiers.
Le sainfoin (Onobrychis viciifolia) est une plante des prairies pauvres autrefois cultivée comme fourrage.
Le sainfoin (Onobrychis viciifolia) est une plante des prairies pauvres autrefois cultivée comme fourrage.

La fauchée était la quantité d'herbe qu'un agriculteur pouvait couper en un jour.
La fauchée était la quantité d’herbe qu’un agriculteur pouvait couper en un jour.

Mesures

  • Les Quatre Arpents, les Dix Quartels, la Fauchée Robin.

Contrairement à ceux de La Romagne, disparus, le moulin de Librecy, hameau de la commune de Signy-l'Abbaye a pu être restauré (sa partie meunerie date de 1604). La FFAM (Fédération française des associations de sauvegarde des moulins) et la FDMF (Fédération des moulins de France) tentent de préserver ce patrimoine.
Contrairement à ceux de La Romagne, disparus, le moulin de Librecy, hameau de la commune de Signy-l’Abbaye a pu être restauré (sa partie meunerie date de 1604). La FFAM (Fédération française des associations de sauvegarde des moulins) et la FDMF (Fédération des moulins de France) préservent ce patrimoine.

Lieux anciens

  • Le Fossé du Château, le Grand Fief et le Petit Fief, la Cense Longueval, le Moulin à Vent, le Petit Moulin à Vent, la Croix Renaud, le Pont Cannel, la Briqueterie, la Queue de l’Etang.