Catégories
Anciens combattants Clergé Guerre mondiale (1939-1945) Médecine Médecins Métiers Militaires Monuments commémoratifs Monuments commémoratifs militaires Professions Religieux Religion Victimes de guerre

Mission historique et mémorielle à Krems-Gneixendorf sur les traces de Pierre Bonhomme, natif de La Romagne, prisonnier de guerre dans le Stalag autrichien XVII B Krems-Gneixendorf.


Cadre général de la mission historique et mémorielle à Krems-Gneixendorf


Plaque commémorative du bombardement de Krems, apposée à un mur de la gare. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plaque commémorative du bombardement de Krems, apposée à un mur de la gare. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Après avoir cherché les traces de Pierre Bonhomme, natif de la Romagne[1], prisonnier de guerre n° 53026 dans les Stalags[2] allemands III A Luckenwalde[3], III B Fürstenberg (Oder)[4], III D Berlin[5], une nouvelle mission historique et mémorielle s’est accomplie au Stalag XVII B de Krems[6]-Gneixendorf[7] en Autriche du dimanche 29 juin au jeudi 10 juillet 2025. Ce déplacement a combiné échanges professionnels, recherches documentaires et exploration de terrain autour de la période 1939-1945 et des lieux de mémoire.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Abréviation de Mannschaftsstammlager (camp de sous-officiers et d’hommes de troupe prisonniers de guerre en Allemagne, pendant la Seconde Guerre mondiale).

[3] Commune allemande située actuellement dans le Land de Brandebourg, en Allemagne ; elle est le chef-lieu de l’arrondissement de Teltow-Fläming.

[4] Fürstenberg (Oder), ancienne ville allemande située actuellement dans le Land de Brandebourg, en Allemagne ; indépendante jusqu’en 1961, elle constitue aujourd’hui un quartier de la ville d’Eisenhüttenstadt.

[5] Berlin, capitale de l’Allemagne, située actuellement dans le Land de Berlin, en Allemagne ; elle constitue à la fois une ville-État et un Land fédéral.

[6] Krems an der Donau, littéralement « Krems-sur-le-Danube », commune autrichienne dotée d’un statut propre (Statutarstadt), située actuellement dans le Land de Basse-Autriche, en Autriche ; elle constitue à la fois une commune et un district.

[7] Gneixendorf, ancienne commune autrichienne située actuellement dans le Land de Basse-Autriche, en Autriche ; elle constitue aujourd’hui un quartier de Krems an der Donau.


Vestige du Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vestige du Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Apport des archives du CICR (Comité internationale de la Croix-Rouge)



Il a notamment permis des échanges avec le CICR[1] (Comité international de la Croix-Rouge), incluant l’envoi de reproductions de sources primaires, ainsi qu’une rencontre avec Edith Blaschitz à l’Université de formation continue de Krems[2] (Universität für Weiterbildung Krems).

Le CICR propose un service de recherche historique et humanitaire destiné à reconstituer le parcours des personnes disparues, détenues ou déplacées pendant la Guerre d’Espagne et la Seconde Guerre mondiale.

Dans le cas du second conflit mondial, ce dispositif concerne notamment les prisonniers de guerre français de 1939-1945, mais aussi les déportés, internés civils et travailleurs forcés. À partir de ses archives et de ses réseaux internationaux, le CICR peut fournir des informations relatives à la captivité, aux lieux de détention, aux transferts ou au sort des personnes recherchées.

Ce service fonctionne sur demande individuelle, mais il est actuellement saturé : aucune nouvelle demande standard ne sera acceptée avant le 25 janvier 2027 à 8 h (heure de Genève).

Dans le cadre de cette recherche, les Archives du CICR ont transmis plusieurs documents relatifs à Pierre Bonhomme. Parmi eux figure notamment une photocopie de la liste n° 222 établie par les autorités allemandes concernant le Stalag XVII B, sur laquelle apparaît son nom.

Ce document porte un tampon du CICR daté du 21 novembre 1940 ainsi qu’un autre cachet marqué « RF » avec la numérotation 140632-140681. Il est conservé sous la cote « C G2 FR ».

Le CICR a également communiqué les fiches individuelles recto-verso de Pierre Bonhomme, plusieurs listes officielles mentionnant son nom, ainsi que trois rapports de visite du Stalag XVII B rédigés par ses délégués :

  • rapport du 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49 ;
  • rapport du 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées ;
  • rapport du 14 octobre 1941, tapuscrit, 7 pp., non paginées.

Dans un courrier daté du mardi 22 juillet 2025, Valérie Hashemi, pour les Archives du CICR, rappelle que ces documents, bien que publics, contiennent également les noms d’autres prisonniers et doivent donc être utilisés avec précaution.

Cette consultation est autorisée dans le cadre de la recherche et de la citation scientifique, mais leur publication intégrale en ligne demeure interdite.

L’ensemble de ces sources constitue un matériau essentiel pour retracer le parcours administratif de Pierre Bonhomme et documenter les conditions de détention des prisonniers de guerre français au Stalag XVII B pendant la Seconde Guerre mondiale.


[1] Le siège du CICR se trouve au 19, avenue de la Paix, 1202 Genève, en Suisse.

[2] Dr.-Karl-Dorrek-Straße 30, 3500 Krems.


Rencontre entre Marie-Noëlle Estiez Bonhomme et Edith Blaschitz à l’Université de formation continue de Krems (Universität für Weiterbildung Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 7 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Rencontre entre Marie-Noëlle Estiez Bonhomme et Edith Blaschitz à l’Université de formation continue de Krems (Universität für Weiterbildung Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 7 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Rencontre scientifique à l’Université de formation continue de Krems (Universität für Weiterbildung Krems) avec Edith Blaschitz


Une rencontre s’est tenue le lundi 7 juillet à Krems avec Edith Blaschitz, historienne et responsable du pôle « Études sur la mémoire numérique » (« Digitale Erinnerungsforschung ») à l’Université de formation continue de Krems (Universität für Weiterbildung Krems).

Docteure en culture visuelle et histoire contemporaine de l’Université de Vienne (Wien Universität), elle est spécialisée dans les cultures de la mémoire, avec une attention particulière portée aux représentations du nazisme et de l’après-guerre en Autriche.

Ses travaux portent sur les usages médiatiques et numériques de la mémoire ainsi que sur les dispositifs participatifs en histoire. Depuis les années 1990, elle a conduit de nombreux projets internationaux consacrés à l’exil, aux migrations et à l’histoire du nazisme, en lien avec différentes institutions mémorielles.

À Krems, elle s’inscrit également dans des projets associant recherche historique, médiation culturelle et participation citoyenne, notamment autour des camps nazis et de l’histoire des femmes. Son approche, résolument transdisciplinaire, combine histoire, pratiques artistiques et technologies numériques afin de rendre visibles des mémoires et des espaces souvent peu documentés ou marginalisés.

Edith Blaschitz a confirmé à cette occasion, la participation du blog laromagne.info au programme de recherche européen consacré aux prisonniers de guerre français. Cette collaboration s’accompagne de la transmission de documents personnels, notamment plusieurs articles scientifiques en prépublication, ainsi qu’une liste des commandos de travail issue des archives de Caen. Ce document, daté de 1945, constitue une source précieuse pour l’étude des parcours de captivité.


Panorama des institutions internationales consultées dans le cadre de la recherche


Les recherches ont été approfondies au sein de plusieurs institutions internationales de référence, reconnues pour la richesse et la fiabilité de leurs fonds documentaires, afin de croiser les sources, compléter les données existantes et garantir une analyse rigoureuse et exhaustive du sujet étudié :

  • consultation des archives Arolsen (Arolsen Archives – International Center on Nazi Persecution) ;
  • orientation bibliographique au musée d’Histoire militaire (Heeresgeschichtliches Museum, Vienne), fournissant des références bibliographiques et des indications archivistiques ;
  • exploitation des fonds des Archives nationales de Russie (GARF – Государственный архив Российской Федерации) ;
  • recherche aux archives fédérales d’Allemagne (Bundesarchiv) à Berlin, notamment dans le département du personnel militaire (Abteilung PA) issu de l’ancienne « Deutsche Dienststelle – WASt » ;
  • dépouillement de documents aux Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv – ÖStA), notamment les archives militaires (Kriegsarchiv) ;
  • repérage des sources au sein du Service des Archives régionales de Basse-Autriche (Niederösterreichisches Landesarchiv) ;
  • Investigation documentaire à la Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek), en particulier sur les Stalags.

Document des archives d’Arolsen (Arolsen Archives) relatif à Pierre Bonhomme et au Stalag XVII B


Dans le cadre de recherches entreprises auprès des archives d’Arolsen (Arolsen Archives), un document concernant Pierre Bonhomme et le Stalag XVII B a été retrouvé et transmis le vendredi 11 juillet 2025 par Martina Saueracker.

La fiche de la mission de liaison à Berlin ; Français de toutes les zones (Kartei der Verbindungsmission in Berlin ; Franzosen aus allen Zonen) comporte plusieurs mentions significatives. Sur le recto figurent notamment le nom de Pierre Bonhomme, sa date de naissance « 6.1.10 » associée à « Le Breuil Marne », ainsi que la référence « P.G. [prisonnier de guerre] 53.026 Stalag XVII B ». Une mention complémentaire indique également « Rap. [rapatrié/rapatriement] mai/juin 45 », suggérant un retour en France au printemps ou au début de l’été 1945, à la fin de la guerre.

Au verso, plusieurs éléments administratifs apparaissent : un numéro imprimé en haut à gauche (450025), un tampon en bas à droite (29966), ainsi qu’une mention technique en allemand : « Sichteckkartei DRP Neutralkarte Bestell-Nr 1780 Nachdruck verboten » (fichier à onglets DRP, fiche neutre, n° de commande 1780. Toute reproduction interdite).

Ces indications confirment la nature strictement administrative de la fiche, issue des systèmes d’enregistrement allemands et alliés dédiés à la gestion des prisonniers de guerre.


Informations et orientations fournies par le Musée d’Histoire militaire de Vienne (Heeresgeschichtliches Museum, HGM)


A la suite d’une demande adressée au musée d’Histoire militaire de Vienne, (Heeresgeschichtliches Museum, HGM) de Vienne, le docteur Richard Germann a transmis le vendredi 4 juillet 2025 un ensemble de références bibliographiques et archivistiques relatives au Stalag XVII B.

Il mentionne notamment les ouvrages de synthèse Kriegsgefangene des Zweiten Weltkrieges[1], l’étude de Hubert Speckner consacrée aux camps de prisonniers dans l’Ostmark[2], ainsi que l’ouvrage collectif dirigé par Karin Böhm et autres auteurs consacré à une approche topographique du Stalag XVII B[3].

Sur le plan archivistique, il signale plusieurs documents conservés aux Archives nationales d’Autriche (ÖStA), qui apparaissent particulièrement significatifs pour l’étude du fonctionnement administratif et humain du camp[4].

Corinna Beran, archiviste référente, titulaire d’une licence et d’un master en sciences humaines ou disciplines équivalentes, rattachée aux Archives nationales d’Autriche, et plus précisément aux archives de la République, abonde dans son sens dans un courrier du vendredi 27 juin 2025.

Ces ensembles documentaires permettent d’appréhender de manière complémentaire l’organisation administrative du Stalag XVII B, son encadrement militaire, ainsi que les mécanismes d’enregistrement des décès en captivité.


[1] Bischof, Günter, Stefan Karner et Barbara Stelzl-Marx (dir.). Kriegsgefangene des Zweiten Weltkrieges: Gefangennahme – Lagerleben – Rückkehr. Vienne/Munich: R. Oldenbourg Verlag, 2005, 432 pp.

[2] Speckner, Hubert. In der Gewalt des Feindes: Kriegsgefangenenlager in der “Ostmark” 1939 bis 1945. Vienne: R. Oldenbourg Verlag, 2003, 368 pp.

[3] Böhm, Karin; Blaschitz, Edith; Rühse, Viola, Nichts zu sehen? Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – eine topografische Vermessung, Weitra, Verlag Bibliothek der Provinz, 2024, 208 pp.

[4] Österreichisches Staatsarchiv (ÖStA), Kriegsarchiv (KA), NL 787 (Wittas), Karton « Kriegsschule », Unterbestand 10: Handakten als Kommandeur des Stalag XVII B (1940–1944); Österreichisches Staatsarchiv (ÖStA), Archiv der Republik (AdR), 314 Zs-120: Totenbuch Stalag XVII B (2.8.1943–26.4.1945).


Archives nationales de Russie (Государственный архив Российской Федерации, GARF)


Les Archives nationales de Russie (GARF – Государственный архив Российской Федерации) constituent l’un des principaux dépôts d’archives publiques du pays. Situées à Moscou[1], elles conservent les fonds administratifs de la RSFSR[2] et de l’URSS[3] couvrant la période 1917–1991. Depuis la perestroïka et l’après-URSS, une part importante de leurs collections a été progressivement ouverte à la recherche.

Parmi les outils développés figure le système НИКА (NIKA)[4], basé sur l’intelligence artificielle, dédié aux documents liés à la Seconde Guerre mondiale (Grande Guerre patriotique). Il facilite l’exploration de sources massives issues des archives.

Le site propose aussi des expositions virtuelles et des visites en ligne, principalement consacrées à l’histoire russe et à la Seconde Guerre mondiale, notamment à travers des projets commémoratifs comme la « Chronique de la Victoire 1941–1945 ».

Dans le cadre de la recherche consacrée à Pierre Bonhomme, les archives nationales de Russie (RGVA) ont répondu le mercredi 24 septembre 2025 sous la référence n° 3640/2025. Le courrier indique qu’aucune information n’a été retrouvée dans le fichier nominatif des détenus des camps de concentration nazis conservé dans leurs fonds, constitué à partir de documents allemands saisis pendant la Seconde Guerre mondiale. La réponse est signée par O. V. Golovnikova, directrice adjointe de la RGVA, et cosignée par N. A. Myshov, chef du service de l’utilisation et de la publication des documents d’archives.

Par ailleurs, une seconde réponse, datée du 4 août 2025 (réf. n° 6921-T, en réponse à la demande n° N/A du 6 juillet 2025), a été transmise par I. V. Baikova, cheffe du département des travaux scientifiques, d’information et de référence, avec exécution par N. S. Baklanova. Elle précise que les archives nationales de Russie ne conservent qu’une part limitée de documents relatifs aux personnes détenues dans le Stalag III-A Luckenwalde, sans qu’aucune mention de Pierre Bonhomme n’ait été retrouvée.

La réponse souligne également que les fonds relatifs aux autres camps mentionnés, ainsi que les listes nominatives de prisonniers de guerre, n’ont pas été transférés aux Archives nationales de Russie. Il est recommandé de poursuivre les recherches auprès des archives centrales du ministère de la Défense de la Fédération de Russie, 29 rue de l’amiral Makarov, 125215 Moscou[5].


[1] Москва, Большая Пироговская улица, 17 (17 rue Bolchaïa Pirogovskaïa, Moscou, Russie).

[2] République socialiste fédérative soviétique de Russie (Российская Советская Федеративная Социалистическая Республика).

[3] Union des républiques socialistes soviétiques (Союз Советских Социалистических Республик, СССР).

[4] Système de recherche sémantique développé par les Archives nationales de Russie (GARF).

[5] Центральный архив Министерства обороны Российской Федерации, 125215, Москва, ул. Адмирала Макарова, д. 29.


Archives fédérales d’Allemagne (Bundesarchiv, Berlin)


Les archives fédérales d’Allemagne (Bundesarchiv), à Berlin[1], ont répondu le 18 avril 2023 sous la référence PA 2 – 2023/G-3899 à une demande concernant le prisonnier de guerre français Pierre Bonhomme (né le 06.01.1910). Le dossier, traité par madame C. Müller, relevait du service DR 2 chargé des renseignements sur les militaires des Première et Seconde Guerres mondiales (« Referat DR 2 Auskünfte Militärangehörige Erster und Zweiter Weltkrieg »).

Elles précisent que les missions de l’ancien Service allemand des renseignements sur les pertes militaires (Deutsche Dienststelle – WASt) ont été intégrées en 2019 aux archives fédérales d’Allemagne, au sein du département du personnel militaire (Abteilung PA).

Selon leurs informations, les archives relatives aux prisonniers de guerre français détenus par l’Allemagne ont été en grande partie saisies en 1945 et transférées en France. Elles sont aujourd’hui conservées principalement au Centre des Archives de Caen anciennement Division archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), et non au Secrétariat d’Etat aux anciens combattants comme indiqué par erreur dans le courrier allemand.

Les archives fédérales d’Allemagne à Berlin indiquent par ailleurs ne conserver que des fiches issues de versements ultérieurs, soit environ 1,5 million de cartes classées alphabétiquement. Après vérification de ces fonds, aucune trace de Pierre Bonhomme n’a été retrouvée.


[1] Bundesarchiv, Am Borsigturm 130, 13507 Berlin.


Marie-Noëlle Estiez Bonhomme aux Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv, ÖStA), vue intérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée mercredi 9 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Marie-Noëlle Estiez Bonhomme aux Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv, ÖStA), vue intérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée mercredi 9 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv, ÖStA)


Les Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv – ÖStA) constituent l’institution centrale chargée de la conservation des archives historiques de l’Autriche. Elles regroupent des fonds essentiels pour l’histoire politique, administrative et militaire du pays, couvrant notamment la période de la monarchie des Habsbourg et de l’Empire austro-hongrois jusqu’au XXe siècle.

Un centre majeur consacré aux sources militaires est celui des archives militaires (Kriegsarchiv), l’un des plus importants dépôts d’Europe centrale. L’on y conserve des dossiers du personnel militaire, des registres matricules, des archives de corps de troupe, des dossiers judiciaires militaires, ainsi que de riches collections de cartes, plans, photographies et fonds privés de militaires[1].

Les site principaux[2] et annexes[3] des Archives nationales d’Autriche réunissent plusieurs institutions et espaces de recherche, chacun spécialisé dans la conservation, le traitement et la mise à disposition de fonds documentaires variés :

  • la salle de recherche des archives militaires (Forschersaal Kriegsarchiv) ;
  • les archives de la République (Archiv der Republik) ;
  • les Archives administratives générales – Archives de la Chambre des finances et de la Cour (Allgemeines Verwaltungsarchiv – Finanz- und Hofkammerarchiv) ;
  • la salle de recherche du dépôt central (Forschersaal ZA – Zentralarchiv)
  • la bibliothèque et sa salle de lecture (Lesesaal der Bibliothek) ;
  • les Archives de la maison des Habsbourg, de la cour impériale et de l’État (Haus-, Hof- und Staatsarchiv).

[1] Autrichiens.

[2] Nottendorfer Gasse 2, 1030 Wien.

[3] Minoritenplatz 1, 1010 Wien.


Machine à microformes. Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv, ÖStA), vue intérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 9 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Machine à microformes. Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv, ÖStA), vue intérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 9 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Service des archives et de la bibliothèque régionale de Basse-Autriche (Niederösterreichisches Landesarchiv und Landesbibliothek, Sankt Pölten)


Le Service des archives[1] et de la bibliothèque régionale[2] de Basse-Autriche (Land Niederösterreich – Kultur, Wissenschaft und Unterricht, St. Pölten) a répondu le 4 juillet 2025 à une demande de recherche concernant le prisonnier de guerre Pierre Bonhomme.

Dans son courrier, le docteur Stefan Eminger indique que les fonds conservés par l’institution ne contiennent pas d’informations relatives aux prisonniers de guerre.

Il précise toutefois que des chercheurs spécialisés dans ce domaine peuvent être consultés, notamment Edith Blaschitz, titulaire d’une maîtrise et d’un doctorat, rattachée à l’Université de formation continue de Krems (Universität für Weiterbildung Krems), ainsi que Barbara Stelzl-Marx, professeure et responsable du programme « Weltkriege » (« Guerres mondiales »), au sein de l’Institut Ludwig Boltzmann pour la recherche sur les conséquences de la guerre (Ludwig Boltzmann Institut für Kriegsfolgenforschung).


[1] Landhausplatz 1, Haus Kulturbezirk 4, 3109 St. Pölten.

[2] Landhausplatz 1, Haus Kulturbezirk 3, 3109 St. Pölten.


Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek), vue extérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 7 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek), vue extérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 7 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek) et sources complémentaires


La Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek[1]), à Vienne, conserve un ensemble documentaire de premier ordre pour l’étude de la Seconde Guerre mondiale, notamment grâce à ses collections d’images, de cartes, de photographies historiques. Ces fonds permettent d’éclairer les réalités de l’Europe occupée, les circulations militaires ainsi que les dispositifs de détention mis en place par le régime nazi.

Parmi les ressources accessibles figurent des monographies et périodiques consacrés aux camps de prisonniers de guerre, dont le Stalag XVII B. Les collections cartographiques et iconographiques permettent d’en reconstituer l’environnement, l’organisation spatiale et l’intégration dans les réseaux de captivité à l’échelle européenne.

Mises en perspective avec des mémoires locales, comme celles des Ardennes, ces ressources offrent un cadre documentaire précieux pour replacer les trajectoires individuelles de prisonniers dans une histoire élargie des systèmes de détention et des déplacements forcés en Europe pendant la guerre.


[1] Neue Burg, Heldenplatz, 1010 Wien, Österreich.


Marie-Noëlle Estiez Bonhomme à la Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek), vue intérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 7 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Marie-Noëlle Estiez Bonhomme à la Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek), vue intérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 7 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Travaux de terrain à Krems-Gneixendorf


Album photographique Aus meiner Dienstzeit. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Album photographique Aus meiner Dienstzeit. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le parcours s’est poursuivi à Krems-Gneixendorf à travers une série de visites et d’explorations locales, permettant d’approfondir la compréhension du contexte historique, culturel et mémoriel de la ville :

  • archives municipales de Krems ;
  • bibliothèque municipale de Krems (Stadtbücherei Krems) ;
  • musée municipal de Krems (museumkrems) ;
  • parcours urbain « KremsMachtGeschichte » (« Krems fait l’histoire ») ;
  • club unioniste de pilotes sportifs de Krems (Union Sportfliegerclub Krems – USFC Krems) et aérodrome de Krems-Langenlois, incluant la salle du souvenir consacrée au Stalag XVII B.
  • identification de vestiges archéologiques du camp, aujourd’hui partiellement enfouis dans un espace boisé et progressivement effacés par la végétation.


Carte d’identité d’un prisonnier de guerre du Stalag XVII B. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Carte d’identité d’un prisonnier de guerre du Stalag XVII B. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems)


Monnaie de camp. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Monnaie de camp. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les archives municipales de Krems[1]Stadtarchiv Krems »), rattachées au service culturel de la ville, conservent une documentation importante sur l’histoire locale, les transformations urbaines et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale dans la région de Krems.

Daniel Haberler-Maier, archiviste municipal de Krems , a permis la consultation de plusieurs documents et objets historiques, parmi lesquels l’album photographique Aus meiner Dienstzeit, contenant des photographies du Stalag XVII B accompagnées de commentaires dactylographiés au verso, ainsi que des plans anciens de la ville de Krems, des ouvrages documentaires, une plaque militaire de prisonnier de guerre et un billet de monnaie de camp. Ces sources offrent un éclairage concret sur l’organisation matérielle du Stalag XVII B et sur les traces conservées de la captivité de guerre à Krems-Gneixendorf.


[1] Körnermarkt 14, A-3500 Krems.



Bibliothèque municipale de Krems (Stadtbücherei Krems)


Signalétique de l’office de tourisme, des archives municipales et de la bibliothèque de Krems. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Signalétique de l’office de tourisme, des archives municipales et de la bibliothèque de Krems. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La bibliothèque municipale de Krems[1] (Stadtbücherei Krems), située dans le centre historique, occupe l’ancien couvent des Dominicains. Son espace d’entrée correspond à une ancienne bibliothèque conventuelle du XIIIe siècle, dont subsistent encore des peintures murales médiévales.

Aujourd’hui, c’est une bibliothèque publique moderne, intégrée à ce cadre patrimonial. Elle propose environ 40 000 supports (livres, médias audiovisuels et ressources numériques), ainsi qu’une programmation culturelle et éducative ouverte à tous les publics.

Les collections en libre accès comprennent également des ouvrages consacrés à la Seconde Guerre mondiale, à l’histoire de Krems entre 1939 et 1945, ainsi qu’au camp de prisonniers de guerre Stalag XVII B, permettant d’accéder directement à des ressources sur cette période.


[1] Körnermarkt 14, 3500 Krems, Österreich.


Modèle de carte envoyée par les prisonniers de guerre du Stalag XVII B. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Modèle de carte envoyée par les prisonniers de guerre du Stalag XVII B. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Musée municipal de Krems (museumkrems)


Le musée municipal de Krems[1] (museumkrems) est l’un des plus anciens musées municipaux de Basse-Autriche. Installé depuis 1891 dans l’ancien couvent dominicain au cœur de la vieille ville, il conserve une forte vocation de mémoire locale, tout en intégrant progressivement les enjeux de l’histoire contemporaine, notamment ceux du XXe siècle et de la Seconde Guerre mondiale.

Un atelier d’histoire contemporaine (Zeitgeschichte-Werkstatt) du musée est consacré à l’histoire récente de Krems et propose une approche critique fondée sur des objets, documents et photographies, dont certains issus des habitants de la ville.

Il interroge une question centrale : comment une démocratie peut-elle basculer dans une dictature ? En reliant le « long XIXe siècle » au présent, il souligne l’importance du travail de mémoire et du regard critique sur l’histoire. Conçu comme un espace ouvert, il invite à la réflexion et s’adresse particulièrement aux publics scolaires.

La période nazie et la Seconde Guerre mondiale y occupent une place essentielle. L’atelier analyse ces années à l’échelle locale, à travers les mécanismes d’exclusion, les formes de participation et les traces de résistance, en mettant en lumière des parcours individuels et le quotidien sous le régime national-socialiste.


[1] Körnermarkt 14, 3500 Krems, Österreich.


Entrée du musée municipal de Krems (museumkrems) . Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Entrée du musée municipal de Krems (museumkrems) . Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Parcours mémoriel « Krems fait l’histoire » (KremsMachtGeschichte)


Vestiges du Stalag XVII B et barrières anti-intrusion. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vestiges du Stalag XVII B et barrières anti-intrusion. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le parcours « Krems écrit l’histoire » (KremsMachtGeschichte) constitue une initiative de mémoire urbaine consacrée à la période du national-socialisme à Krems. Il transforme la ville en espace d’histoire active, en reliant 24 lieux de mémoire qui évoquent la violence politique, les mécanismes de persécution, mais aussi les formes de résistance, de solidarité et les traces de vies détruites ou dispersées.

Ce projet rappelle que Krems fut, dès 1938, la capitale du Gau Niederdonau, intégrée aux structures du régime nazi. À travers des épisodes précis (bombardements, déportations, destructions de la synagogue, spoliation des commerces juifs ou encore exécutions et massacres de 1945), il met en lumière la manière dont la ville a été profondément transformée par la dictature et la guerre.

Des lieux comme le Stalag XVII B à Gneixendorf[1], les anciens sites de détention ou les espaces publics du centre-ville montrent l’inscription concrète de la violence dans le paysage urbain.

L’originalité du dispositif réside dans son approche participative : le parcours n’est pas linéaire mais se construit par la déambulation. Chaque site, signalé par des repères visuels et accessible via QR codes, permet d’accéder à des récits, documents et témoignages. L’histoire devient ainsi une construction active, où la mémoire collective se confronte aux traces matérielles et aux absences du passé.

En articulant lieux, biographies et événements, KremsMachtGeschichte propose une lecture critique de la ville, où la Seconde Guerre mondiale n’est pas seulement un chapitre historique, mais une réalité encore lisible dans l’espace urbain. Le projet souligne ainsi que faire l’histoire, c’est aussi interroger ce que les lieux continuent de transmettre, de transformer ou de dissimuler.


[1] Wasserhofstraße, 3500 Gneixendorf.


Aérodrome de Krems-Langenlois, incluant la salle du souvenir consacrée au Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Aérodrome de Krems-Langenlois, incluant la salle du souvenir consacrée au Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

L’aérodrome de Krems-Langenlois : entre héritage aéronautique et mémoire du Stalag XVII B



Le club unioniste de pilotes sportifs de Krems (Union Sportfliegerclub Krems – USFC Krems) rend hommage à Otto Salzinger, pilote de montgolfière et instructeur de vol, qui dirigea le club pendant plus de trente ans. Il contribua largement au développement de l’aérodrome de Krems-Langenlois[1] par la modernisation des infrastructures, l’asphaltage de la piste, la construction de hangars et la création de la section montgolfière.

Le site conserve également une importante dimension mémorielle liée au Stalag XVII B. À l’extérieur de l’aérodrome de Krems-Langenlois, plusieurs plaques commémoratives rendent hommage aux prisonniers de guerre détenus dans le camp durant la Seconde Guerre mondiale.

Une petite exposition permanente, aménagée dans une salle du souvenir, présente l’histoire du Stalag XVII B et rappelle la présence des milliers de prisonniers internés à Krems-Gneixendorf entre 1939 et 1945.


[1] Flughafenstraße 15, 3500 Gneixendorf.



De Goviller (Meurthe-et-Moselle) au Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf) via le Frontstalag 162 (Dommartin-lès-Toul) : itinéraire de Pierre Bonhomme dans le contexte de l’Anschluss


Plan général de la ville de Krems réalisé en juin 1943. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan général de la ville de Krems réalisé en juin 1943. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Pierre Bonhomme est dirigé vers le Stalag XVII B après avoir été fait prisonnier le 21 juin 1940 à Goviller[1], interné dans le Frontstalag[2] 162[3] avant d’y arriver, d’y recevoir son numéro de prisonnier de guerre, du 6 octobre au 13 novembre 1940.

Dans l’ensemble des camps de prisonniers de guerre du IIIe Reich, plusieurs Stalags et Oflags[4] se trouvent en Autriche[5]. Cette installation dans ce pays est rendue possible par l’Anschluss[6] ou, annexion de l’Autriche au Reich allemand[7], entre le 11 et le 13 mars 1938.

C’est le premier pas vers les desseins d’Hitler[8] exprimés, non seulement dans les programmes du parti nazi[9], mais aussi dans Mein Kampf[10], son manifeste idéologique dans lequel il exprime sa volonté de fonder en Europe un « Grand Reich » réunissant l’ensemble des populations d’origine germanique.

Alors que le traité de Versailles[11] interdit toute union entre les deux pays, notamment en raison de leur alliance durant la Première Guerre mondiale, la nomination d’Adolf Hitler comme chancelier[12] du Reich par le président Paul von Hindenburg[13] le 30 janvier 1933, ouvre pour l’Autriche une nouvelle configuration politique.

La même année, Dollfuss[14] instaure une dictature austro-fasciste, avec interdiction des partis nazi et communiste, et répression de mouvements socialistes. Le 25 juillet 1934, il est assassiné par des conjurés nazis, et remplacé par Schuschnigg[15]. Opposé à la fusion de l’Autriche et de l’Allemagne, ce dernier est poussé à la démission le 11 mars 1938, cédant ainsi aux exigences d’Hitler (autoriser le parti nazi, libérer des prisonniers nazis, unir l’Allemagne et l’Autriche).

Il est remplacé par Seyss-Inquart[16], totalement dévoué au Führer. Le 12 mars les troupes allemandes pénètrent en Autriche, sans rencontrer de résistance. Le 13 mars, l’Autriche n’est plus un pays indépendant mais une province allemande qui reçoit le nom d’Ostmark[17]. Deux jours plus tard, Hitler est à Vienne[18], où il prononce un discours qui soulève un grand enthousiasme populaire.

Située à environ quatre-vingts kilomètres[19] de Vienne, Krems s’inscrit dans les traditions nationalistes allemandes et adhère progressivement au nazisme, phénomène qui s’accentue surtout après l’Anschluss de 1938.


[1] Commune française située actuellement dans le département de la Meurthe-et-Moselle, en région Grand Est.

[2] Abréviation de Frontstammlager. Désigne un camp de prisonniers de guerre administré par l’armée allemande et principalement implanté en France occupée durant la Seconde Guerre mondiale.

[3] A Dommartin-lès-Toul, commune située actuellement dans le département de la Meurthe-et-Moselle, en région Grand Est.

[4] Abréviation de l’allemand Offizierslager (camp de sous-officiers et d’hommes de troupe prisonniers de guerre en Allemagne, pendant la Seconde Guerre mondiale).

[5] Wehrkreis XVII (WK XVII) et Wehrkreis XVIII (WK XVIII), circonscriptions militaires de l’armée allemande établies après l’Anschluss, couvrant respectivement le nord-est de l’Autriche (WK XVII, centre à Vienne) et les régions sud et sud-ouest (WK XVIII, centre à Salzbourg) intégrées au Reich ; ces districts constituaient des unités administratives et logistiques de la Wehrmacht, chargées de l’organisation territoriale, du recrutement et de la gestion des infrastructures militaires.

[6] Anschluss (allemand Anschluss, « rattachement » ; pluriel Anschlüsse, ancienne graphie Anschluß) désigne l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie les 12–13 mars 1938. Issu de anschließen (« rattacher »), le terme renvoie aux courants pangermanistes d’après 1918, mais il recouvre en réalité une annexion imposée par le régime hitlérien sous forte pression politique et militaire. Le 12 mars marque l’entrée des troupes allemandes en Autriche, le 13 mars sa proclamation d’intégration au Reich. Présenté comme une « réunification », l’Anschluss met fin à l’indépendance autrichienne jusqu’en 1945.

[7] Le nom officiel de l’État allemand demeure juridiquement Deutsches Reich (Reich allemand) de 1871 à 1945. Après l’Anschluss de 1938, l’expression Großdeutsches Reich (Grand Reich allemand) s’impose progressivement dans l’usage officiel et propagandiste, avant d’être prescrite aux administrations par un décret d’Adolf Hitler en juin 1943. L’expression Drittes Reich (Troisième Reich) relève en revanche d’une appellation idéologique et historiographique, non officielle.

[8] Adolf Hitler, né le 20 avril 1889 à Braunau am Inn (Autriche) – mort le 30 avril 1945 à Berlin (Allemagne), homme politique allemand d’origine autrichienne, chef du Parti national-socialiste (NSDAP), chancelier du Reich à partir de 1933 puis Führer de l’Allemagne nazie de 1934 à 1945.

[9] NSDAP, c’est-à-dire Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei (« Parti national-socialiste des travailleurs allemands » en allemand).

[10] Brayard, Florent (dir.) ; Wirsching, Andreas (dir.). Historiciser le mal : une édition critique de « Mein Kampf ». Édition établie par Anne-Sophie Anglaret, David Gallo, Johanna Linsler et al. ; nouvelle traduction du texte établie par Olivier Mannoni en collaboration avec l’équipe scientifique française ; publié en collaboration avec l’Institut für Zeitgeschichte. Paris : Fayard, 2021. 1 vol. (XLV-847 pp.) ; 31 cm. Bibliographie pp. 785-821 ; index. Adaptation et prolongement de Hitler, « Mein Kampf »: eine kritische Edition. Contient : Hitler, Adolf. Mein Kampf.

[11] Signé le 28 juin 1919 entre l’Allemagne et les puissances alliées à l’issue de la Première Guerre mondiale, ce traité impose à l’Allemagne de lourdes pertes territoriales, militaires et financières.

[12] La chancellerie de l’Allemagne correspond à la fonction de chef du gouvernement, comparable à celle de Premier ministre.

[13] Paul von Hindenburg (1847-1934), né à Posen (aujourd’hui Poznań) et mort à Neudeck en Prusse orientale, est un maréchal allemand et une figure majeure de la Première Guerre mondiale. Démobilisé en 1919, il publie l’année suivante ses mémoires, Aus meinem Leben. Élu président de la République de Weimar en 1925, il est réélu en 1932 face à Adolf Hitler. Il meurt le 2 août 1934 à Neudeck.

[14] Engelbert Dollfuss (né le 4 octobre 1892 à Texing – mort le 25 juillet 1934 à Vienne), homme politique autrichien, chancelier fédéral de 1932 à 1934.

[15] Kurt Schuschnigg, né le 14 décembre 1897 à Riva del Garda (Italie – mort le 18 novembre 1977 à Mutters, près d’Innsbruck (Autriche), est un homme politique autrichien. Député chrétien-social en 1927, il occupe ensuite les fonctions de ministre de la Justice, puis de l’Instruction publique, avant de devenir chancelier en 1934, à la suite de l’assassinat d’Engelbert Dollfuss. Il s’efforce de préserver l’indépendance de l’Autriche face à l’Allemagne nazie.

[16] Arthur Seyss-Inquart, né le 22 juillet 1892 à Stannern (Moravie, Autriche-Hongrie), mort le 16 octobre 1946 à Nuremberg (Allemagne), homme politique autrichien puis nazi, brièvement chancelier d’Autriche en mars 1938, il joue un rôle central dans l’Anschluss avant d’occuper des fonctions importantes au sein du régime nazi durant la Seconde Guerre mondiale. Il est condamné à mort lors des procès de Nuremberg et exécuté le 16 octobre 1946.

[17] Ostmark (« marche orientale ») est un terme historique désignant à l’origine la marche médiévale à l’origine de l’Autriche. Entre 1938 et 1942, la propagande nazie l’utilisa pour désigner l’Autriche annexée au Reich après l’Anschluss, dans le but d’effacer l’idée d’un État autrichien distinct.

[18] Ville et capitale de l’Autriche (Republik Österreich), constituée en Land fédéré à part entière : Land de Vienne (Bundesland Wien), elle-même subdivisée en vingt-trois arrondissements municipaux (Gemeindebezirke).

[19] Environ soixante kilomètres à vol d’oiseau et soixante-dix-sept à quatre-vingts kilomètres par la route séparent Krems an der Donau de Vienne.


Plan de janvier 1942. Détail du Stalag XVII B Krems-Gneixendorf. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan de janvier 1942. Détail du Stalag XVII B Krems-Gneixendorf. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Du Dulag au Stalag XVII B : implantation et organisation du camp de Gneixendorf


Plan de 1943. Détail du Stalag XVII B Krems-Gneixendorf. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan de 1943. Détail du Stalag XVII B Krems-Gneixendorf. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Initialement aménagé à l’été 1938[1] pour des usages militaires provisoires, il est ensuite utilisé comme lieu de transit et d’hébergement de la main-d’œuvre contrainte[2], notamment polonaise. Le 25 septembre 1939[3], l’administration crée le camp de transit (Dulag) de Gneixendorf. Le 2 octobre 1939[4], le camp intègre le Dulag Döllersheim[5] en tant que camp annexe (Zweiglager). Enfin, le 26 octobre 1939[6], la Wehrmacht transforme officiellement le Dulag en Stalag XVII B, intégrant le site au système des camps de prisonniers de guerre.

Ce dernier est implanté dans la XVIIe région militaire ou Wehrkreis XVII, sur la partie la plus pauvre du plateau de Langenlois[7], où le climat est particulièrement rude en hiver. En date du 1er septembre 1940, un prisonnier note que le temps est sombre avec un vent froid, des journées de novembre[8]. Il neige pour la première fois de l’année le 30 septembre et, le 2 octobre, il y a vingt-cinq centimètres de neige.

Le camp est situé dans le village de Gneixendorf, à environ cinq kilomètres de la ville de Krems an der Donau[9], en Basse-Autriche. Il se trouve sur une colline au-dessus de la ville[10], a une forme quadrangulaire de quatre cents mètres de large, sur cinq cents mètres de long, et s’étend sur plus de vingt hectares. Il est traversé par une large rue centrale bordée de parterre de gazon[11].

Il est entouré d’une double rangée de barbelés, de quatre mètres de haut, soutenue par des pylônes régulièrement espacés. A l’intérieur, un fil tendu à vingt centimètres du sol délimite la zone interdite : toute tentative de franchissement expose au tir des sentinelles, avec des conséquences mortelles[12].

Ce descriptif diffère quelque peu de celui proposé dans le rapport établi par le CICR, qui met en avant le peu de barbelés et de cloisons, ce qui provoque une impression moins pénible de la captivité.


[1] Blaschitz, Edith, « Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – Geschichte, Kontaktzonen und transnationales Gedächtnis », in Böhm, Karin; Blaschitz, Edith; Rühse, Viola, Nichts zu sehen? Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – eine topografische Vermessung, Weitra, Verlag Bibliothek der Provinz, 2024, 208 pp., pp. 10-25 (bibliographie pp. 24-25), ici p. 11.

[2] Zwangsarbeit, parfois considéré comme un « esclavage moderne » (moderne Sklaverei).

[3] Megargee, Geoffrey P. (dir.). The United States Holocaust Memorial Museum Encyclopedia of Camps and Ghettos, 1933–1945. Volume IV: Camps and Other Detention Facilities under the German Armed Forces. Bloomington/Indianapolis: Indiana University Press; Washington, DC: United States Holocaust Memorial Museum, 2022. xxiv + ca. 1100 pp, p. 125.

[4] Ibid.

[5] Il fut également désigné, de manière concomitante, sous l’appellation de Dulag XVII.

[6] Ibid., p. 486.

[7] Ville et commune d’Autriche située dans le Land de Basse-Autriche (Bundesland Niederösterreich), chef-lieu du district administratif (Bezirk) de Krems-Land.

[8] Jérôme Croyet (éditeur scientifique), Lettres du stalag : 1940-1944. Lettres et cartes postales de prisonniers de guerre français, Marseille, Gaussen, 2020, 238 pp. + XXIV pp. de pl., pp. 235-236.

[9] Krems sur le Danube.

[10] Blaschitz, Edith, « Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – Geschichte, Kontaktzonen und transnationales Gedächtnis », in Böhm, Karin; Blaschitz, Edith; Rühse, Viola, Nichts zu sehen? Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – eine topografische Vermessung, Weitra, Verlag Bibliothek der Provinz, 2024, 208 pp., pp. 10-25 (bibliographie pp. 24-25), ici p. 11.

[11] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 46/49.

[12] Moret-Bailly, Jean, « Le camp de base du Stalag XVII B », in Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, janvier 1957, 7e année, n° 25, janvier 1957, pp. 7-45, p. 9.


Organisation administrative et dispositifs de contrôle du Stalag XVII B


Sur le pourtour, et dans l’axe du camp, sont installés des miradors avec des mitrailleuses. De hauts poteaux sont surmontés de haut-parleurs qui diffusent, selon les moments, des informations collectives, de la musique, ou des chansons folkloriques, comme celles qui sont chantées dans les Heurigen[1]. Ce camp comprend divers services[2] :

  • La Kommandantur[3] du Stalag, avec un colonel à sa tête ;
  • L’intendance ou Verwaltung[4] qui s’occupe de l’approvisionnement ;
  • Le service de santé ;
  • L’Arbeitseinsatz[5] sous les ordres d’un capitaine, qui traite avec les agriculteurs, industriels, etc. ;
  • L’Abwehr[6], dont le chef est à partir de 1940 le major Wenghorz, qui administre la censure du courrier, le service des colis, la permanence des interprètes.
  • Le service de propagande gère aussi la partie loisirs (bibliothèque, théâtre), ainsi que la Betreuung[7], à laquelle appartiennent les prêtres et autres religieux.

Ces services sont, pour certains, à l’intérieur du camp, et pour d’autres, à un kilomètre à l’extérieur du camp des Truppenlager[8], où se trouvent des bâtiments administratifs et des baraques d’habitation pour le personnel du camp. Celui-ci est constitué de civils issus de la population locale, et de militaires, dont les Landesschützenbataillonen[9] comme personnel de garde.


[1] Heuriger (pluriel : Heurigen) : auberges ou tavernes viticoles traditionnelles autrichiennes où les vignerons servent leur vin de l’année accompagné de plats simples.

[2] Moret-Bailly, Jean, « Le camp de base du Stalag XVII B », in Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, janvier 1957, 7e année, n° 25, janvier 1957, pp. 7-45, p. 8.

[3] Commandement du camp (ou quartier général de commandement).

[4] Administration (ou service administratif).

[5] Emploi de la main-d’œuvre (ou service de mise au travail).

[6] Service de renseignement et de contre-espionnage (défense militaire).

[7] Assistance morale et sociale, accompagnement des prisonniers, incluant notamment les aumôniers et personnels religieux.

[8] Camps des troupes (ou camps militaires).

[9] Landesschützenbataillon (singulier) / Landesschützenbataillone (pluriel) : bataillon(s) de fusiliers territoriaux ou de défense territoriale.


Effectifs et répartition des prisonniers de guerre au Stalag XVII B (1940–1941)


Vestiges du Stalag XVII B et barrières anti-intrusion. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vestiges du Stalag XVII B et barrières anti-intrusion. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A l’origine, ce camp est commandé par le général Wittas[1]  depuis le 6 juin 1940. Il est prévu pour accueillir environ douze mille prisonniers. Bien que de nombreux d’entre eux soient répartis dans des commandos de travail[2], et dispersés dans des camps satellites du district (Amstetten[3] ou Sankt Pölten[4], par exemple), ou dans la ville de Krems même, où des baraques sont implantées près de la gare et de la tour fortifiée Pulvertum[5], le surpeuplement est tel qu’il nécessite l’installation de tentes. Elles abritent les prisonniers polonais jusqu’en 1941, ce qui rend leurs conditions de vie encore plus difficiles.

Le rapport de la visite du camp XVII B par des membres du CICR en date du 21 août 1940[6] révèle, qu’à ce moment-là, l’effectif est de quarante-cinq mille hommes, dont vingt-cinq mille Belges, dix-neuf mille six cents Français, et neuf cents Polonais.

En réalité seuls huit mille huit cents hommes sont au camp, tandis que les autres travaillent dans les mille cent soixante-dix AK[7], et sont répartis dans toute la moitié nord de L’Autriche. En 1941, le nombre des AK a augmenté[8] : ils sont désormais mille trois cents, répartis principalement dans l’agriculture et l’industrie.


[1] Wittas, Wilhelm (10 janvier 1886, Hermannstadt – 25 janvier 1973, Salzbourg), général. Officier de carrière de l’armée austro-hongroise puis des forces autrichiennes, il occupe divers postes de commandement avant 1938. Après l’Anschluss, il est intégré dans les structures militaires du Reich et exerce des fonctions de commandement de camps pendant la Seconde Guerre mondiale. Il meurt à Salzbourg en 1973. Cf. Preiß, Kurt. Preiß, Kurt. Von der Befreiung zur Freiheit: Krems 1945–1955. Mit einem Beitrag von Wilhelm Ziskovsky über Karl Suppanz. Krems: Verein für Geschichte der Arbeiterbewegung in Krems, 1997. 624 pp., ill. ; 22 cm. (Zeitgeschichtliche Schriftenreihe des Vereins für Geschichte der Arbeiterbewegung in Krems, vol. 2). Bibliographie pp. 621-624, ici pp. 499-500.

[2] Arbeitskommando (singulier) / Arbeitskommandos (pluriel) : détachement(s) de travail dans la terminologie du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ; traductions alternatives : brigade(s) de travail, commando(s) de travail.

[3] Ville et commune d’Autriche située dans le Land de Basse-Autriche (Bundesland Niederösterreich), chef-lieu du district administratif (Bezirk) d’Amstetten.

[4] Ville et commune d’Autriche, capitale du Land de Basse-Autriche (Bundesland Niederösterreich). Elle est également chef-lieu du district administratif (Bezirk) de Sankt Pölten-Land (la ville elle-même constituant une Stadt mit eigenem Statut, c’est-à-dire une commune à statut urbain autonome).

[5] La Pulverturm de Krems est une tour fortifiée médiévale de Krems, anciennement utilisée comme dépôt de poudre à canon (Pulverlager / Pulvermagazin) dans le système défensif de la ville.

[6] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 46/49.

[7] Autres abréviations de Arbeitskommando attestées dans les sources allemandes et documents de camps : Arb.-Kdo., ArbKdo., Arb.-Komm., Arb Komm., AKdo., A.Kdo., AK, A.K., A/Kdo., Arb.-Kdo, Arb-Kdo.

[8] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp. non paginées, p. 1/6.


Du Frontstalag 162 (Dommartin-lès-Toul) au Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf) : transport, arrivée et enregistrement des prisonniers de guerre


Signalétique de la ligne de Krems an der Donau. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Signalétique de la ligne de Krems an der Donau. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Alors que le prisonnier a déjà subi de très dures conditions physiques et morales lors de sa capture et de sa détention dans un Frontstalag, il doit, un jour, rassembler ses affaires pour se rendre à une gare, puis monter dans un wagon de marchandises (verrouillé de l’extérieur au moment du départ du train), en direction d’une destination inconnue.

De juillet à décembre 1940, arrivent ainsi à Gneixendorf plusieurs convois de prisonniers français. Après quatre ou cinq jours de voyage, entassés à cinquante par wagon et disposant d’une nourriture très limitée (un morceau de pain et des saucisses), ils arrivent à la gare de Krems, ou à un point d’embarquement situé à Landersdorf[1].

Puis ils parcourent en colonnes environ cinq kilomètres jusqu’au camp de Gneixendorf, en passant par la rue de Langenlois, et en suivant le chemin du Stalag qui serpente à flanc de coteau. Lorsqu’ils arrivent au but, ils sont épuisés physiquement et moralement par les conditions du voyage, affamés, et affaiblis par la maladie. Beaucoup d’entre eux souffrent de dysenterie[2].

C’est alors qu’ils doivent passer à la douche, être tondus (par la suite ils le seront tous les quinze jours ou le jour de l’épouillage), vaccinés contre la variole et le typhus.  Ils abandonnent leurs papiers d’identité, des objets personnels ou de valeur, l‘argent qu’ils possèdent. Seule la « monnaie de camp »[3] doit être utilisée. Ils reçoivent une plaque de métal portant leur numéro matricule de prisonnier.

Il sert à les identifier, et ne change pas, quelle que soit leur affectation. Dans le bureau du Vorlager[4], des photos et les empreintes digitales sont prises, des fiches individuelles[5] de prisonnier sont établies. Ils envoient alors, à leur famille, une carte de capture pour indiquer le lieu où il se trouve.


[1] Blaschitz, Edith, « Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – Geschichte, Kontaktzonen und transnationales Gedächtnis », in Böhm, Karin; Blaschitz, Edith; Rühse, Viola, Nichts zu sehen? Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – eine topografische Vermessung, Weitra, Verlag Bibliothek der Provinz, 2024, 208 pp., pp. 10-25 (bibliographie pp. 24-25), p. 11.

[2] « Inflammation grave des intestins, caractérisée surtout par une sévère diarrhée. Des soldats frappés par la dysenterie. (Dans le langage médical, on emploie aujourd’hui l’expression Syndrome dysentérique.) Spécialement. Infection intestinale due à des amibes ou à des bacilles. Dysenterie amibienne. La dysenterie bacillaire est contagieuse. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[3] Lagergeld, utilisable uniquement dans le cadre du camp sous forme de bons (Gutschein au singulier, Gutscheine au pluriel).

[4] Camp antérieur (ou camp préalable), c’est-à-dire la zone de transit ou d’accueil située en amont du camp principal.

[5] Personalkartei (singulier) ; Personalkarteien (pluriel).


Mur de la gare de Krems an der Donau. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Mur de la gare de Krems an der Donau. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Amélioration des conditions de détention et encadrement du courrier au Stalag XVII B à partir d’octobre 1940


Le sort des prisonniers s’améliore un peu à partir d’octobre 1940.  Cela peut être imputé aux inspections du CICR ou de la mission Scapini[1], à moins que ce ne soit, à partir d’octobre 1940, lorsque les premières lettres arrivent, après avoir été retenues parfois au moins une quinzaine de jours par la censure.

C’est alors que les premiers colis familiaux des familles ou du CICR sont distribués. Avant d’être remis, ils sont ouverts, avec confiscation de l’alcool, vérification des autres produits, et, s’ils contiennent des livres, après contrôle et autorisation de la censure. Quant aux colis, qui arrivent en si mauvais état qu’il est difficile voire impossible d’identifier le destinataire, le contenu en est distribué aux plus nécessiteux[2].

Par ailleurs, les prisonniers ont en théorie le droit d’envoyer deux cartes, et deux « lettres-réponses » par mois, mais en mars 1941, beaucoup se plaignent de n’avoir que deux cartes à envoyer, et rien d’autre. La correspondance arrive irrégulièrement de France, et pour ceux qui sont en commando de travail s’ajoute un délai supplémentaire s’ils changent d’AK.


[1] Georges Scapini, ancien combattant de la Grande Guerre, dirige sous Vichy le Service des prisonniers de guerre à partir de 1940. Il représente la France auprès des autorités allemandes et organise des visites de camps via ses inspecteurs. Son action reste toutefois très limitée par les contraintes allemandes, et la majorité des rapatriements dépend surtout de la Convention de Genève.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 5/6.


Habillement et conditions d’hygiène des prisonniers au Stalag XVII B


Les vêtements sont étuvés et désinfectés à l’aide d’acide cyanhydrique[1], mais ces opérations sont vaines, car la vermine revient systématiquement. Deux mille cinq cents désinfections sont pratiquées chaque jour. Le prisonnier se voit ensuite attribuer une place dans l’une des baraques aux toits noirs ; elles ne seront toutes achevées qu’en 1941.

Soumis à des conditions de travail éprouvantes, les prisonniers affectés aux commandos voient leurs vêtements et les semelles de leurs chaussures s’user rapidement. Cette situation nécessite le recours aux ateliers de confection et de cordonnerie installés dans le camp.

En janvier et février 1941, d’importants envois de vêtements et de chaussures en provenance de France arrivent au camp, permettant aux prisonniers d’être temporairement un peu mieux vêtus. À la même période, certains adoptent le port de sabots pour marcher.

Il arrive que des prisonniers d’autres nationalités, ou affectés à des commandos de travail, pas de chaussures l’hiver, et qu’ils enveloppent leurs pieds dans des chiffons au risque d’avoir les pieds gelés.  Selon un rapport de visite du CICR[2] en octobre 1941, les magasins regorgent de sous-vêtements et de gants, de souliers à semelles de bois, mais manquent de chaussettes, d’habits chauds, de pantalons. Or, dans les commandos de travail, le linge et les vêtements sont souvent dans un grand état de saleté.   


[1] « Se dit de l’acide de formule HCN, produit par la combinaison de l’hydrogène et du cyanogène. L’acide cyanhydrique, qu’on appelait aussi acide prussique, est un poison violent. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 14 octobre 1941, tapuscrit, 7 pp., non paginées, p. 3/7.


Organisation des baraques et conditions de vie des prisonniers au Stalag XVII B


Chaque baraque est conçue pour trois cents hommes. Un Barackenälteste[1] veille à son bon état, et un Dolmetscher[2] est présent. Dans chacune d’entre elles, se trouvent des lits à trois étages, où ils disposent lors de leur arrivée de paillasses et de couvertures. Les premières disparaissent rapidement pour éviter la prolifération de la vermine et sont remplacées par une simple planche de bois, encore moins confortable. Mais même ces planches ne résistent pas longtemps : elles sont très souvent volées, achevant de priver les prisonniers du moindre repos décent.

Selon la visite du CICR de mars 1941[3], les prisonniers disposeraient de deux couvertures. En cas de surpeuplement du camp, les hommes dorment à même le sol. Un poêle permet le chauffage en hiver, du moins lorsque l’approvisionnement en bois le permet.  

Au milieu de la baraque, les sanitaires sont installés, avec des lavabos ne distribuant que de l’eau froide ; ces points d’eau s’avèrent cependant insuffisants, compte tenu du nombre d’hommes. Selon la période, une douche est possible toutes les huitaines ou quinzaines. Dans la journée, les prisonniers disposent de latrines extérieures couvertes, et d’une fosse d’aisance nocturne dans le bâtiment.

La journée commence dès cinq heures trente ou six heures du matin avec l’appel à l’extérieur, dont la durée est très variable. Elle se termine à vingt heures trente, avec le coucher.


[1] Chef de baraque, qui veille à son bon état.

[2] Interprète.

[3] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 1/6.


Rations alimentaires et conditions de subsistance des prisonniers au Stalag XVII B


Trois repas par jour sont prévus, mais, s’ils existent bien, ils ne permettent pas aux prisonniers d’assouvir leur faim, les rations hebdomadaires théoriques étant les suivantes[1] :

  • 2,425 kg : pain ;
  • 2,800 kg : pommes de terre ;
  • 0,250 kg : viande (cheval ou abats) ;
  • 0,218 kg : graisse ;
  • 0,175 kg : sucre ;
  • 0,175 kg : marmelade ;
  • 0,150 kg : farinacées ;
  • fromages et légumes « suivant les arrivages ».

En réalité, le petit-déjeuner consiste en une décoction de glands ou d’épluchures. Le midi, est servie une soupe dont les légumes sont rarement épluchés (pommes de terre, rutabagas, fanes de betteraves, orties, etc.). Le soir, les prisonniers ont droit à une nouvelle décoction, ainsi qu’à un peu de margarine, de saucisse et du pain de médiocre qualité.

Un trafic de viande et d’autres denrées est mis en place par les Allemands, qui détournent une partie de la nourriture prévue pour les prisonniers. Et un marché noir se met en place pour le pain et les cigarettes. Lors des visites d’août 1940[2] et de mars 1941[3] par des représentants du CICR, ceux-ci ne rapportent aucune plainte en ce qui concerne la nourriture, ce qui est assez difficile à croire quand on connait les rations et la frugalité des repas.

En revanche, en octobre 1941[4], les prisonniers n’hésitent pas à faire part de leurs doléances dans ce domaine, tant sur la quantité que la qualité. Or les délégués sont invités à visiter des cuisines, spacieuses, propres, et où ils observent des légumes baignant dans de grands baquets d’eau. Sont-ils dupes de la mise en scène ?  


[1] Moret-Bailly, Jean, « Le camp de base du Stalag XVII B », in Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, janvier 1957, 7e année, n° 25, janvier 1957, pp. 7-45, p. 11.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49.

[3] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées.

[4] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 14 octobre 1941, tapuscrit, 7 pp., non paginées, p. 2/7.


Surpopulation et organisation du travail forcé des prisonniers au Stalag XVII B


 Ancienne autoroute du Reich. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
 Ancienne autoroute du Reich. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dès l’été 1940, l’effectif est de « 25 000 Belges, 19 600 Français, 900 Polonais, donc un total de 45 500 hommes[1]. » Cela peut témoigner d’une « surpopulation carcérale » par rapport au nombre de prisonniers de guerre initialement prévu.

Mais, très rapidement, le service de la main-d’œuvre, sous les ordres d’un capitaine, place les prisonniers de guerre auprès d’agriculteurs, d’industriels ou d’administrations qui ont besoin de personnel. Un certain nombre travaille dans les bureaux du camp.

Le choix par rapport à l’activité se fait en fonction de la force physique des prisonniers de guerre, ou de leur profession initiale. Les effectifs de ces détachements varient de quelques individus à un millier au moins.

Un contrat engage le Stalag à fournir un nombre donné de prisonniers de guerre. Le salaire, qui varie selon l’individu et le poste, est payé en monnaie de camp. Le salaire peut être de 70 à 80 Pfennigs par jour et, dans d’autres cas, de 35 Pfennigs l’heure, mais avec retenue pour l’entretien du prisonnier[2].

Dans chaque commando de travail, il y a un Vertrauensmann[3] qui représente les prisonniers auprès des autorités allemandes. Si le commando comporte plus de cinquante individus, alors l’homme de confiance est dispensé de travail et, s’il est plus important, un interprète y est adjoint.

Les détachements sont classés selon la nature du contrat en trois catégories. Chaque commando porte la lettre B, indicatif général du Stalag, et, selon l’activité, les lettres GW (Gewerbe[4]), HV (Heeresverwaltung[5]) ou L (Landwirtschaft[6]).

Dans les commandos de travaux publics, qui font les routes et autoroutes, ou participent à la construction du port de la Schmidhütte[7], la situation est médiocre : les hommes sont mal nourris en permanence, et toute interruption de travail entraine des mesures de rétorsion comme des privation de pain.

C’est le cas des commandos travaillant pour l’entreprise de pièces d’aviation de Traismauer, où l’encadrement est très rigide, ou pour la fonderie de Traisen, où les incidents sont nombreux et les conditions sanitaires mauvaises.


[1] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 46/49.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 49/49.

[3] Vertrauensmänner (sing. Vertrauensmann) : prisonniers de guerre chargés de représenter les prisonniers auprès des autorités du camp, et de servir d’intermédiaires pour les questions d’organisation interne.

[4] Artisanat, commerce ou activité industrielle (secteur économique).

[5] Administration de l’armée (ou administration militaire de l’armée de terre).

[6] Agriculture.

[7] Atelier de forge (ou forge).


Organisation sanitaire et prise en charge médicale des prisonniers au Stalag XVII B



Plan du lazaret. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan du lazaret. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Deux baraques d’infirmerie permettent de recevoir les malades. A une date indéterminée, mais antérieure au 21 août 1940, il est signalé que sept cent cinquante AK sont revenus au camp, « incapables de travailler[1]. » Rien n’est dit sur la maladie qui les affecte.

Au total, le corps médical du camp comprend en août 1940[2] : cinquante-trois médecins français, quatre médecins belges et sept médecins coloniaux. De plus s’y trouvent cinq dentistes belges, un dentiste français, six pharmaciens belges, deux pharmaciens français et trois vétérinaires français.

En mars 1941[3], dix-neuf médecins français restent au camp, tandis que les trente-cinq autres sont répartis dans les AK. Il faut y ajouter cinq dentistes (qui ne sont occupés au camp qu’une journée par semaine et à tour de rôle), deux autres ayant été rapatriés pour raisons familiales, et un autre se trouvant dans grand un commando. Enfin, cinq pharmaciens doivent être pris en compte.

 Des régimes lactés sont réservés aux malades de l’estomac ou des reins. Les cas les plus graves parmi les malades sont transférés vers les hôpitaux de Vienne. Ils sont sous l’autorité d’un médecin allemand surnommé Bismarck[4]. Celui-ci s’occupe principalement des questions d’hygiène. Les médecins bénéficient d’une meilleure nourriture, mais n’ont pas le droit aux promenades.

Lors de la visite d’octobre 1941[5], l’on déplore une trop grande présence de médecins (vingt-cinq) au camp (vingt et un Français, un Serbe, trois Polonais), auxquels il faut ajouter celle d’un lazaret moderne (où se trouvent six Français, un Serbe et sept Polonais). Il faut également compter au camp quatre dentistes français (plus deux au lazaret) et deux pharmaciens (nationalité non précisée), mentionnés dans la rubrique « soins médicaux » (p. 4/7) mais absents du décompte récapitulatif (p. 1/7).

Quant aux prisonniers de guerre russes, voient leurs soins confiés à des médecins juifs, au nombre de trois. Le rapport du CICR remarque un changement de traitement des médecins. Ils peuvent désormais être fouillés, contraints de se déshabiller dehors. Les compresses stériles (pour la petite chirurgie) et le lait (pour les régimes spéciaux) manquent cruellement. Le document fait aussi pressentir les pénuries à venir avec la guerre qui s’étend vers l’Est.


[1] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 48/49.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 47/49.

[3] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 2/6.

[4] Surnom faisant référence à Otto von Bismarck (1er avril 1815, Schönhausen – 30 juillet 1898, Friedrichsruh), homme d’État prussien puis allemand, chancelier du Reich (1871–1890) et artisan de l’unification allemande. L’attribution de ce sobriquet au médecin allemand du camp renvoie vraisemblablement à une image d’autorité ferme et de discipline associée à cette figure historique.

[5] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 14 octobre 1941, tapuscrit, 7 pp., non paginées, p. 4/7.


Plan du lazaret (détail des surfaces). Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan du lazaret (détail des surfaces). Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Vie culturelle, loisirs et encadrement religieux des prisonniers au Stalag XVII B


Statue de Notre-Dame des prisonniers. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Statue de Notre-Dame des prisonniers. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dès août 1940, trente-trois prêtres-soldats[1] sont présents dans le camp. Ils organisent une réponse spirituelle pour soutenir les prisonniers. Ils organisent le culte du dimanche dans le camp. Les hommes des AK sont autorisés à se rendre au culte du village le dimanche, « lorsque les circonstances s’y prêtent » Cela peut apparaitre comme une restriction et un moyen de pression.

Un an plus tard, en mars 1941[2], le nombre des prêtres a considérablement augmenté car ils sont cent vingt-deux. Le dimanche, la messe est dite dans dix endroits différents du camp.

Il n’y en a aucun dans les détachements de travail, si bien que les membres en sont réduits à aller le plus souvent au culte allemand. Le dernier trimestre de 1941 montre une nette diminution de cette présence pastorale, car il ne reste que quarante-deux prêtres, un pasteur protestant et quatre popes[3].

Les prisonniers ont accès à une bibliothèque dont les livres (au nombre de cinq mille en mars 1941[4]) s’enrichit régulièrement. Ils sont partagés entre le camp et les AK (quatre cents y ont été envoyés). D’autres distractions sont proposées : des jeux de société, du théâtre, un orchestre composé de prisonniers (tous musiciens professionnels). Ces distractions, en dehors de la lecture, concernent peu les commandos.


[1] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 48/49.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 1/6.

[3] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 14 octobre 1941, tapuscrit, 7 pp., non paginées, p. 6/7.

[4] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 4/6.



Sélections, exclusions et libérations de prisonniers au Stalag XVII B



Avec les arrivées massives de nouveaux prisonniers, les autorités allemandes procèdent au renvoi de certains détenus vers d’autres camps ou structures de détention afin de désengorger les installations existantes, de réorganiser la répartition de la main-d’œuvre captive et d’adapter l’administration des prisonniers aux besoins économiques et militaires du Reich :

  • Les pères de quatre enfants ;
  • Des soldats noirs[1], dont la présence est mal acceptée par les autorités nazies, en raison de leur vision raciale et suprémaciste ;
  • Des Flamands belges[2] qui, eux, sont libérés sur ordre de Hitler comme peuple frère, et renvoyés dans leur foyer ;
  • Des anciens combattants de la Première Guerre mondiale (quatre-vingt-cinq sont encore présents au Stalag en octobre 1941[3]) ;
  • Des Espagnols républicains[4] (qualifiés de « rouges[5] ») qui ont combattu avec l’armée française sont transférés dans un lieu non précisé au départ, mais qui se révèle être le Stalag XVII-A[6], d’autres ont été transférés au camp de Mauthausen[7]. Il n’en reste bientôt plus aucun à Gneixendorf.
  • Trois mille cent malades[8], ou inaptes au travail.
  • D’autres, pendant ce temps optent pour le statut de travailleur civil, ce qui leur donne plus de liberté.

[1] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 46/49.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 46/49.

[3] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 14 octobre 1941, tapuscrit, 7 pp., non paginées, p. 6/7.

[4] Le Dr Andreas Salmhofer, du Mémorial du camp de concentration de Mauthausen (KZ-Gedenkstätte Mauthausen), Forschungsstelle | Research Center, KZ-Gedenkstätte Mauthausen, Argentinierstraße 13, TOP 103+104, A-1040 Wien, indique dans sa réponse du mardi 8 juillet 2025 que l’institution ne conserve pas d’archives relatives aux Stalags ni aux commandos de travail, son champ de recherche étant exclusivement consacré au système concentrationnaire de Mauthausen-Gusen. Il rappelle toutefois un lien historique avec le Stalag XVII B : environ 350 prisonniers espagnols, arrêtés en France à partir de 1940 puis internés dans ce camp, ont été transférés à Mauthausen. Surnommés « Espagnols rouges », une grande partie d’entre eux n’a pas survécu à leur déportation.

[5] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 46/49.

[6] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 1/6.

[7] Blaschitz, Edith, « Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – Geschichte, Kontaktzonen und transnationales Gedächtnis », in Böhm, Karin; Blaschitz, Edith; Rühse, Viola, Nichts zu sehen? Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – eine topografische Vermessung, Weitra, Verlag Bibliothek der Provinz, 2024, 208 pp., pp. 10-25 (bibliographie pp. 24-25), p. 14.

[8] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 3/6.


Évolutions du camp, libération et occupation du site par les forces soviétiques (1941–1946)


L’année 1941 marque un tournant dans la vie de ce camp, avec l’arrivée de prisonniers russes, tenus à l’écart des autres groupes. Ils sont suivis en 1943 par des prisonniers italiens, et enfin par des Américains. Aucun de ces derniers ne sera soumis au travail forcé. L’évolution de ce camp est hâtée par l’action des commissions du CICR, bien que celle-ci ne s’étende pas aux prisonniers soviétiques, qui sont interdits de visites.

A l’approche de l’armée soviétique en avril 1945, les prisonniers de guerre capables de marcher sont transférés vers l’ouest et regroupés à Braunau[1], à la limite de la frontière austro-allemande. Le 7 mai, l’annonce de la capitulation du Troisième Reich parvient au camp. Des excès, des pillages (le camp des troupes est mis à sac) et des viols ont lieu dans les villages environnants.

Les Soviétiques s’installent dans le camp (soit trois divisions ou dix mille hommes). Aussitôt après l’évacuation des prisonniers, les ils s’efforcent de rétablir l’ordre. Pour nettoyer le camp, alors dans un état lamentable, ils choisissent des habitantes de Krems, dont la plupart avaient appartenu au NSDAP (parti nazi), à titre de représailles.

Au printemps 1946, le retrait des troupes soviétiques entraîne la désaffectation progressive du site. Les baraques sont démontées, revendues ou réutilisées dans la région de Krems, tandis que les dernières installations disparaissent au fil des années suivantes. Une dizaine d’années plus tard, une partie de l’ancien camp est même louée à un club d’aviation[2], achevant la transformation fonctionnelle du lieu.


[1] Braunau am Inn, commune située actuellement en Autriche, dans le Land de Haute-Autriche, à la frontière avec l’Allemagne.

[2] Streibel, Robert, Krems. Das Ende der Verdrängung, Weitra, Verlag Bibliothek der Provinz, 2024, 512 pp.


Plaque symbolisant l’ancienne limite du Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plaque symbolisant l’ancienne limite du Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Cette disparition matérielle s’accompagne d’une recomposition du paysage mémoriel, marquée par des usages successifs et parfois contradictoires de l’espace. Les défunts initialement ensevelis dans le cimetière de la forêt sont par ailleurs exhumés et transférés dans un autre lieu de sépulture[1].

À partir des années 1980, une démarche de reconnaissance mémorielle se développe. En 1984, à l’initiative d’anciens prisonniers de guerre français, une pierre commémorative est érigée sur le site de l’ancien Stalag XVII B. L’artiste Christian Gmeir matérialise également l’emprise du camp par des plaques d’acier portant la devise « Macht Vergessenes Sichtbar » (« rendre visible ce qui a été oublié »), soulignant les processus d’effacement et de redécouverte du lieu dans la mémoire locale.


[1] L’ancien « cimetière forestier » d’Egelsee, aujourd’hui intégré à la ville de Krems, est situé dans un environnement boisé. Ce lieu constitue un élément significatif de la géographie mémorielle liée au Stalag XVII B et aux espaces périphériques du camp. L’archiviste municipal de Krems Daniel Haberler-Maier en donné les coordonnées précises.


Rencontre entre Marie-Noëlle Estiez Bonhomme et Daniel Haberler-Maier, archiviste aux archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Rencontre entre Marie-Noëlle Estiez Bonhomme et Daniel Haberler-Maier, archiviste aux archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Représentations et superpositions mémorielles à Krems-Gneixendorf : entre patrimoine culturel et histoire du Stalag XVII B dans l’après-guerre


Délimitation du Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
 
Délimitation du Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dans l’immédiat après-guerre, la reconstruction du vécu des prisonniers de guerre s’appuie également sur des dispositifs documentaires variés, mobilisant à la fois les archives administratives, les témoignages individuels, et les enquêtes menées par les organisations humanitaires.

Le photographe Henri Cartier-Bresson est ainsi chargé en 1945 par le Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD), avec l’appui des autorités françaises et alliées, de documenter le retour des prisonniers libérés. Son travail participe à la constitution d’une mémoire visuelle du rapatriement, associée à une volonté de témoignage et de réintégration des anciens captifs dans l’espace national.

Par la suite, l’image des Stalags est largement réinterprétée dans le champ culturel et cinématographique. Le film Stalag 17 (1953), réalisé par Billy Wilder, s’inspire des camps de prisonniers de guerre allemands, mais en propose une représentation romancée et dramatique.

Centré sur les tensions internes et la suspicion entre détenus, il simplifie fortement la réalité administrative et militaire des Stalags, structures avant tout organisées par la Wehrmacht[1] comme dispositifs de détention et de travail forcé. L’œuvre participe ainsi à la construction d’une mémoire populaire du système concentrationnaire militaire allemand, distincte de son fonctionnement historique.

Cette mission à Krems-Gneixendorf met en relation deux strates historiques fortement dissymétriques, en confrontant les traces encore perceptibles de la période de détention des prisonniers de guerre avec les usages contemporains du site et les formes actuelles de sa mémoire reconstruite. Elle permet ainsi de croiser des temporalités distinctes, entre l’histoire du camp et sa progressive réinscription dans le paysage urbain et mémoriel.

D’un côté, le parcours de Pierre Bonhomme s’inscrit dans le système de détention militaire allemand, structuré par les transferts successifs entre Frontstalags et Stalags, puis par l’affectation aux Arbeitskommandos. Dans cette organisation, le Stalag XVII B apparaît comme un espace de captivité et d’exploitation de la main-d’œuvre, dont les rapports du CICR soulignent les tensions entre les normes officielles et les conditions réelles de détention.

Après 1945, le site connaît une disparition matérielle relativement rapide, suivie d’une reconstruction mémorielle partielle et tardive, surtout à partir des années 1980.

De l’autre côté, Gneixendorf est marqué par une mise en valeur patrimoniale centrée sur la figure de Ludwig von Beethoven. Le séjour du compositeur en 1826 au château Wasserhof est aujourd’hui intégré à un dispositif culturel structuré, associant panneaux explicatifs, monument, signalétique et parcours touristiques. Beethoven y est présenté comme une figure emblématique inscrite dans une continuité culturelle valorisée à l’échelle locale.

La coexistence de ces deux registres produit un contraste marqué : une mémoire musicale stabilisée, visible et largement valorisée, face à une mémoire du camp plus fragmentaire, tardivement reconnue et encore en retrait dans le paysage. Le site apparaît ainsi comme un espace de superposition mémorielle, où l’héritage culturel prestigieux occupe le premier plan, tandis que la mémoire de la guerre demeure plus discrète.


[1] Terme allemand signifiant littéralement « force de défense » ou « puissance défensive » (Wehr = défense ; Macht = puissance/force) et désignant les forces armées de l’Allemagne nazie entre 1935 et 1945, regroupant l’armée de terre (Heer), la marine (Kriegsmarine) et l’armée de l’air (Luftwaffe).



Catégories
Administration communale Architecture Finances publiques Maires Mairies Militaires Monuments commémoratifs Monuments commémoratifs militaires Patrimoine culturel

La Romagne, Montmeillant et le monument du général Pierre Jadart du Merbion (1737-1797)


[1] le 30 avril 1737 à Montmeillant[2], Pierre Jadart du Merbion, général en chef de l’armée d’Italie et des Alpes jusqu’en 1794, décède[3] dans ce même village, le 25 février[4].


[1] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/MONTMEILLANT/E 2 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/MONTMEILLANT = fonds concernant Montmeillant ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 2 = baptêmes, mariages, sépultures 1691-1754, page non foliotée, vue 134/202, consultable en ligne [Nota bene : certains cahiers sont en mauvais état, notamment pour 1691-1692. Les années 1693, 1704 et 1710 sont manquantes. Pour 1706, 1709 et 1713, la minute et la grosse sont conservées ; en 1714, la grosse est incomplète. La période 1718-1726 est très fragmentaire : minutes tronquées ou incomplètes, grosses partielles (dont une rédigée en 1731), et un cahier de grosse couvrant l’ensemble de la période.]

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/MONTMEILLANT/E 6 [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/MONTMEILLANT = fonds concernant Montmeillant ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 6 = décès 1793-1812, en mauvais état de l’an VII à 1812.], page non foliotée, vue 18/77, consultable en ligne.

[4] 7 ventôse An V.


Dalle funéraire de Pierre Jadart du Merbion, père du général du même nom, inhumé dans l’église Saint-Nicaise à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 11 décembre 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Dalle funéraire de Pierre Jadart du Merbion, père du général du même nom, inhumé dans l’église Saint-Nicaise à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 11 décembre 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Alors que son père[1] repose sous une dalle funéraire à l’intérieur de l’église du village, il est inhumé dans le petit cimetière qui l’entoure, et y reste enseveli jusque dans les années 1860[2], date à laquelle, à l’initiative du jeune curé de la paroisse, son exhumation est décidée.


[1] Portant le même nom, Pierre Jadart du Merbion, et exerçant également la carrière militaire, né et mort dans le même village, il ne s’en distingue que par ses dates de naissance et de décès (1692-1759).

[2] Meyrac, Albert, « Montmeillant & le général du Merbion » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, dix-septième année, n° 5656, mardi 20 octobre 1896, page 2, vue 2/4, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 34.


Gisant de l’abbé Eugène Miroy – René de Saint-Marceaux (1845‑1915), bronze, 33 x 202 x 90 cm, 1872, musée des Beaux-Arts de Reims (numéro d’inventaire D.2012.1.2). Commandé par la Ville de Reims après l’exécution de l’abbé Miroy par les Prussiens en 1871, ce gisant réaliste représente l’instant fatal de sa mort, symbolisant courage et fidélité. L’original est conservé au musée, tandis que des copies en résine se trouvent au cimetière du Nord de Reims et à Cuchery, village où il exerçait son ministère.
Gisant de l’abbé Eugène Miroy – René de Saint-Marceaux (1845‑1915), bronze, 33 x 202 x 90 cm, 1872, musée des Beaux-Arts de Reims (numéro d’inventaire D.2012.1.2). Commandé par la Ville de Reims après l’exécution de l’abbé Miroy par les Prussiens en 1871, ce gisant réaliste représente l’instant fatal de sa mort, symbolisant courage et fidélité. L’original est conservé au musée, tandis que des copies en résine se trouvent au cimetière du Nord de Reims et à Cuchery, village où il exerçait son ministère.


L’abbé Eugène Miroy[1], souhaite rendre hommage à ce militaire en procédant à une nouvelle inhumation, et en érigeant un monument à sa mémoire. En attendant la réalisation de ce projet, les ossements du général sont exhumés, conservés dans une petite caisse en bois déposée au presbytère. Une souscription est ouverte, mais elle ne recueille pas l’intérêt du public[2].


[1] L’abbé Eugène Miroy, né le 24 novembre 1828 à Mouzon (Ardennes), est fusillé par les Prussiens le 12 février 1871 à Reims. À l’issue d’une visite au musée des Beaux-Arts de Reims (Marne), Catherine Drouin, professeur-relais au service des publics, a communiqué à l’auteure, par courriel du jeudi 4 mai 2017, des informations sur la sculpture de René de Saint-Marceaux représentant le gisant de l’abbé Miroy, ainsi que des photographies à titre documentaire.

[2] Sergines, « Trente ans dans un grenier » [les échos], in Les Annales politiques et littéraires : revue populaire paraissant le dimanche, Paris : [s.n.], 1883-1939, n° 2212, 15 novembre 1925, page 504, vue 4/28. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-5269, consultable en ligne sur Gallica, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, FOL-LC2-4214.


Acte de décès du général Pierre Jadart du Merbion (1737-1797). Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/MONTMEILLANT/E 6  [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/MONTMEILLANT = fonds concernant Montmeillant ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 6 = décès 1793-1812, en mauvais état de l’an VII à 1812.],  page non foliotée, vue 18/77, consultable en ligne.
Acte de décès du général Pierre Jadart du Merbion (1737-1797). Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/MONTMEILLANT/E 6  [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/MONTMEILLANT = fonds concernant Montmeillant ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 6 = décès 1793-1812, en mauvais état de l’an VII à 1812.],  page non foliotée, vue 18/77, consultable en ligne.

Le projet n’a toujours pas abouti en 1865, faute d’argent au moment où l’abbé Eugène Miroy est nommé pour quelques années curé de Joigny-sur-Meuse[1], avant de rejoindre ensuite la cure de Cuchery[2].


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune française située actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est.


Carte postale ancienne en noir et blanc, légendée « Montmeillant. – Maison natale du général du Merbion ». Charpentier-Richard, édition, Mézières (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).
Carte postale ancienne en noir et blanc, légendée « Montmeillant. – Maison natale du général du Merbion ». Charpentier-Richard, édition, Mézières (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).

« La maison natale de Du Merbion est encore debout. Elle est en dehors du village, de l’autre côté du chemin de fer, au lieudit Beauchamp, nom que prit un oncle de notre illustre compatriote, Jean Jadart, mort commandant en Louisiane C’est une demeure des plus modestes ; une toiture d’ardoise remplace le chaume rustique qui abrita plusieurs générations. »

Baudon, Albert, « Au pays du général Jadart du Merbion », in Almanach Matot‑Braine des trois départements de la Marne, de l’Aisne et des Ardennes, historique, littéraire, administratif, commercial, année 1909, p. 368‑375, ill. en noir, Montmeillant (Ardennes, France) : Matot‑Braine, 1908, 8º, p. 370. Archives départementales de la Marne, PERE1 41.

Signature de Pierre Jadart du Merbion (1737-1797). Cf. Baudon, Albert, « Au pays du général Jadart du Merbion », in Almanach Matot‑Braine des trois départements de la Marne, de l’Aisne et des Ardennes, historique, littéraire, administratif, commercial, année 1909, p. 368‑375, ill. en noir, Montmeillant (Ardennes, France) : Matot‑Braine, 1908, 8º, p. 374. Archives départementales de la Marne, PERE1 41.
Signature de Pierre Jadart du Merbion (1737-1797). Cf. Baudon, Albert, « Au pays du général Jadart du Merbion », in Almanach Matot‑Braine des trois départements de la Marne, de l’Aisne et des Ardennes, historique, littéraire, administratif, commercial, année 1909, p. 368‑375, ill. en noir, Montmeillant (Ardennes, France) : Matot‑Braine, 1908, 8º, p. 374. Archives départementales de la Marne, PERE1 41.

Les ossements sont relégués dans le grenier presbytéral, et y restent jusqu’à la fin du XIXe siècle, et ce d’autant plus, qu’entre temps, la guerre franco-prussienne de 1870-1871 a éclaté, et que le village de Montmeillant en a souffert.


Carte postale ancienne colorisée, légendée « Mézières. – Caserne du Merbion. – Porte le nom du chevalier du Merbion, né à Montmeillant (Ardennes) le 30 avril 1737. – Lieutenant au bataillon des milices de Rethel. – Capitaine de grenadiers à l’époque de la Révolution. – Colonel au 91e régiment d’Infanterie. – Général de brigade en 1792. – Général de division en 1793. – Général en chef de l’armée d’Italie. – La Convention, en lui accordant sa pension de retraite, ajouta cette déclaration honorable à son décret : Du Merbion est non seulement un général républicain, mais encore un des généraux les plus instruits de la France ». Décédé à Montmeillant le 25 février 1797 ». Charpentier-Richard, édition, Mézières (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).
Carte postale ancienne colorisée, légendée « Mézières. – Caserne du Merbion. – Porte le nom du chevalier du Merbion, né à Montmeillant (Ardennes) le 30 avril 1737. – Lieutenant au bataillon des milices de Rethel. – Capitaine de grenadiers à l’époque de la Révolution. – Colonel au 91e régiment d’Infanterie. – Général de brigade en 1792. – Général de division en 1793. – Général en chef de l’armée d’Italie. – La Convention, en lui accordant sa pension de retraite, ajouta cette déclaration honorable à son décret : Du Merbion est non seulement un général républicain, mais encore un des généraux les plus instruits de la France ». Décédé à Montmeillant le 25 février 1797 ». Charpentier-Richard, édition, Mézières (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).

Jadart, Henri, Le général Pierre Jadart du Merbion: 1737-1797: documents sur son origine, sa famille et ses états de services. Rethel : G. Beauvarlet, 1892. 20 p., p. 3. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).
Jadart, Henri, Le général Pierre Jadart du Merbion: 1737-1797: documents sur son origine, sa famille et ses états de services. Rethel : G. Beauvarlet, 1892. 20 p., p. 3. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).

Carte postale ancienne en noir et blanc, légendée « Mézières. – Caserne du Merbion (91e régiment d’Infanterie) . – Porte le nom du général du Merbion, né à Montmeillant (Ardennes) 1737-1797, d’abord capitaine des grenadiers sous la Révolution, puis commandant en chef de l’armée d’Italie ». Charpentier-Richard, édition, Mézières (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).
Carte postale ancienne en noir et blanc, légendée « Mézières. – Caserne du Merbion (91e régiment d’Infanterie) . – Porte le nom du général du Merbion, né à Montmeillant (Ardennes) 1737-1797, d’abord capitaine des grenadiers sous la Révolution, puis commandant en chef de l’armée d’Italie ». Charpentier-Richard, édition, Mézières (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).

Ce général n’est cependant pas tombé dans l’oubli. Le ministre de la Guerre[1], en 1887, pour redonner quelque fierté à la population après la défaite de Sedan[2], survenue le 1er septembre 1870, décide que les établissements militaires des Ardennes recevront de nouveaux noms.

Ainsi, la caserne B de Mézières[3] reçoit celui de caserne du Merbion[4], tandis que le conseil municipal, après en avoir délibéré le 22 août 1891, décide de donner à l’une des rues macériennes le nom de ce général[5].


[1] Le général Boulanger est ministre de la Guerre du 7 janvier 1886 au 18 mai 1887 ; le général Ferron lui succède du 30 mai au 4 décembre 1887.

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Charleville-Mézières, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Jadart, Henri, Le général Pierre Jadart du Merbion: 1737-1797: documents sur son origine, sa famille et ses états de services. Rethel : G. Beauvarlet, 1892. 20 p., p. 3. (Exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).

[5] En 2016, elle est rebaptisée « rue du 3ᵉ Génie » par décision du maire Boris Ravignon, sur proposition du colonel Charles Michel.


Plaque toponymique de la rue Général du Merbion. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 11 novembre 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plaque toponymique de la rue Général du Merbion. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 11 novembre 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le monument, installé en 1898, est représenté sans sa grille de protection (réalisée après 1911) et avant la pose de la plaque commémorative des soldats morts pour la France en 1914 1918. Les inscriptions gravées sur le socle et les faces du monument sont peu visibles sur le cliché. Carte postale ancienne en noir et blanc, légendée « Montmeillant (Ardennes) : monument érigé à la mémoire du général du Merbion ». Cachet postal au verso : 11 septembre 1911. Librairie-photographie Nicaise (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).
Le monument, installé en 1898, est représenté sans sa grille de protection (réalisée après 1911) et avant la pose de la plaque commémorative des soldats morts pour la France en 1914‑1918. Les inscriptions gravées sur le socle et les faces du monument sont peu visibles sur le cliché. Carte postale ancienne en noir et blanc, légendée « Montmeillant (Ardennes) : monument érigé à la mémoire du général du Merbion ». Cachet postal au verso : 11 septembre 1911. Librairie-photographie Nicaise (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).

En 1997, à Montmeillant, lors de la préparation du bicentenaire de sa mort, deux habitants demandent que la rue principale soit officiellement nommée rue du Merbion, appellation déjà consacrée par l’usage. Le conseil municipal accepte, sous réserve de l’accord des autorités compétentes, qui est donné[1].


[1] Consultation sur place en mairie des délibérations du conseil municipal de 1988 à nos jours, avec l’aimable autorisation de Raphaël Lacaille, maire de Montmeillant [documents non cotés.]

Lieu-dit du Merbion (détail). [Charleville-Mézières-Sedan], n° 78, Feuille 43e. Carte générale de la France, gravée par Nicolas Chalmandrier, lettres par Le Roy le jeune, sous la direction de César François Cassini de Thury. France : dépôt de la guerre, 1759-1760. Échelle 1:86 400. Bibliothèque nationale de France, document numérique, IFN-53095169, image reproduite d’après l’exemplaire original de la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, GE FF-18595 (78), document numérique, consultable en ligne sur Gallica.
Lieu-dit du Merbion (détail). [Charleville-Mézières-Sedan], n° 78, Feuille 43e. Carte générale de la France, gravée par Nicolas Chalmandrier, lettres par Le Roy le jeune, sous la direction de César François Cassini de Thury. France : dépôt de la guerre, 1759-1760. Échelle 1:86 400. Bibliothèque nationale de France, document numérique, IFN-53095169, image reproduite d’après l’exemplaire original de la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, GE FF-18595 (78), document numérique, consultable en ligne sur Gallica.

La « translation des restes mortels[1] » de ce général a lieu un siècle plus tôt, le jeudi 3 décembre 1896[2], après plusieurs décennies d’oubli. Elle est célébrée par le curé de la paroisse[3], l’abbé Perlier.


[1] Cet événement est relaté dans plusieurs journaux :

  • Le Courrier des Ardennes. Charleville : s.n., 1849-1921, [Département des Ardennes. – Arrondissement de Rethel. – Montmeillant.], soixante-septième année, cinquième série, n° 3571, samedi 5 décembre 1896, page non paginée, vue 2/4, consultable en ligne sur Gallica. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-27427, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, JO-12733.
  • « Translation des restes mortels du général du Merbion » [chronique] in Revue de Champagne et de Brie : histoire, biographie, archéologie, documents inédits, bibliographie, beaux-arts, dir. Léon Frémont, deuxième série, tome IX, vingt-et-unième année (Paris : H. Menu, 1897 ; Arcis-sur-Aube : L. Frémont, impr., 1884–1901), page 61, vue 67/984, consultable en ligne sur Gallica. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-12775, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-LC19-116.
  • « Cérémonie patriotique à Montmeillant » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, dix-septième année, n° 5701, samedi 5 décembre 1896, page 2, vue 2/4, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 34.

[2] Un auteur indique de façon erronée la date du 3 novembre. Cf. Baudon, Albert, « Au pays du général Jadart du Merbion », in Almanach MatotBraine des trois départements de la Marne, de l’Aisne et des Ardennes, historique, littéraire, administratif, commercial, année 1909, p. 368‑375, ill. en noir, Montmeillant (Ardennes, France) : Matot‑Braine, 1908, 8º, p. 371. Archives départementales de la Marne, PERE1 41.

[3] « Montmeillant. » [chronique locale] in Bulletin du diocèse de Reims : revue religieuse, historique et littéraire, vingt-neuvième année, n° 50, samedi 12 décembre 1896, page 614, vue 598/1023. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-10685, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-LC11-842 (7).


Vestiges du Merbion, lieu-dit de Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vestiges du Merbion, lieu-dit de Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 22 novembre 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les édiles et la population se rassemblent pour accompagner la dépouille, portée par trois sous-officiers d’artillerie et un sous-officier de sapeurs-pompiers de Montmeillant, précédés du drapeau tricolore.


Cette photographie est postérieure au dimanche 4 octobre 1925 (date de la pose commémorative des soldats morts pour la France en 1914 1918). Carte postale ancienne en noir et blanc, légendée « Montmeillant (Ardennes). – Le monument au général du Merbion (1737-1797), érigé en 1899, et la plaque commémorative aux morts 1914-1918, inaugurés le 4 octobre 1925 ».  A. Wilmet, éditeur Photographe, Rethel (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).
Cette photographie est postérieure au dimanche 4 octobre 1925 (date de la pose commémorative des soldats morts pour la France en 1914‑1918). Carte postale ancienne en noir et blanc, légendée « Montmeillant (Ardennes). – Le monument au général du Merbion (1737-1797), érigé en 1899, et la plaque commémorative aux morts 1914-1918, inaugurés le 4 octobre 1925 ».  A. Wilmet, éditeur Photographe, Rethel (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).

Quelques conseillers municipaux[1] tiennent les cordons du poêle[2], tandis que monsieur Jaillot, sous-lieutenant de chasseurs à pied, et alors ingénieur agricole de la ferme du Bois de Château[3], porte le sabre d’honneur[4] du général Merbion, sur laquelle est gravée sa devise : « Je suis ferme comme une roche[5] ».


[1] Il s’agit de messieurs Onézime Lelièvre (un des vice-présidents du comité d’initiative), Philogène Lantenois, messieurs Ernest Lelièvre et Pâté-Lelièvre.

[2] « Drap mortuaire noir ou violet dont on couvre le cercueil lors des cérémonies funèbres. Expr. Tenir les cordons du poêle, naguère, tenir les cordonnets reliés à ce drap et, aujourd’hui, marcher à côté du cercueil ou immédiatement derrière. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[3] Aujourd’hui, domaine du Bois de Château, sur la D 56, à Montmeillant.

[4] D’après un auteur, celui-ci est entre les mains de « M. Charles Merlin de Reims », tandis que son « sabre de combat » aurait été donné par la « citoyenne Merlin, nièce de du Merbion », au général Marès, qui, alors jeune officier, a été l’ aide de camp du général durant la campagne d’Italie. Cf. Baudon, Albert, « Au pays du général Jadart du Merbion », in Almanach MatotBraine des trois départements de la Marne, de l’Aisne et des Ardennes, historique, littéraire, administratif, commercial, année 1909, p. 368‑375, ill. en noir, Montmeillant (Ardennes, France) : Matot‑Braine, 1908, 8º, p. 371.

[5] Baudon, Albert, « Au pays du général Jadart du Merbion », in Almanach MatotBraine des trois départements de la Marne, de l’Aisne et des Ardennes, historique, littéraire, administratif, commercial, année 1909, p. 368‑375, ill. en noir, Montmeillant (Ardennes, France) : Matot‑Braine, 1908, 8º, p. 371.


Onézime Lelièvre souligne, à propos du discours de monsieur Merlin que ce dernier, l’un de ses descendants, « est venu vous retracer mieux que je n’aurais pu le faire la brillante carrière du général du Merbion[1] ».

A ce propos, une remarque s’impose : Pierre Jadart du Merbion est resté célibataire et n’a pas eu de descendance connue. Monsieur Merlin, apparenté à sa famille, n’est donc pas un descendant direct mais un parent collatéral.


[1] « Cérémonie patriotique à Montmeillant » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, dix-septième année, n° 5701, samedi 5 décembre 1896, page 3, vue 3/4, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 34.


Cette photographie date d’avant novembre 1898, représentant le monument en chantier avec trois blocs de pierre, sans inscriptions, sans grille, et sans plaque commémorative. Le trophée militaire révolutionnaire et le soldat de la République sont déjà représentés sur le monument. Carte postale ancienne en noir et blanc, légendée, « Montmeillant. – Monument commémoratif. Erigé à la mémoire du général du Merbion, né le 30 avril 1737 à Montmeillant. Commandant en chef de l’armée d’Italie (1737-1797). Un trophée composé d’attributs militaires du temps de la Révolution surmonte ce monument où un soldat de la République vient y déposer la palme du Vainqueur ». Charpentier-Richard, édition, Mézières (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).
Cette photographie date d’avant novembre 1898, représentant le monument en chantier avec trois blocs de pierre, sans inscriptions, sans grille, et sans plaque commémorative. Le trophée militaire révolutionnaire et le soldat de la République sont déjà représentés sur le monument. Carte postale ancienne en noir et blanc, légendée, « Montmeillant. – Monument commémoratif. Erigé à la mémoire du général du Merbion, né le 30 avril 1737 à Montmeillant. Commandant en chef de l’armée d’Italie (1737-1797). Un trophée composé d’attributs militaires du temps de la Révolution surmonte ce monument où un soldat de la République vient y déposer la palme du Vainqueur ». Charpentier-Richard, édition, Mézières (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).

Deux mois plus tard, le 25 février 1897, l’on célèbre le centenaire de sa mort[1], occasion pour la presse locale de publier des éléments biographiques sur lui[2]. Le projet d’élever un monument à sa gloire ressurgit. Des comités se forment depuis quelque temps, pour organiser une souscription publique[3], qui va rencontrer cette-fois un grand succès.


[1] La transcription des discours a été publiée dans l’article « Centenaire du général du Merbion » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, dix-huitième année, n° 5785, samedi 27 février 1897, pages 2 et 3, vues 2/4 et 3/4, consultables en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 35.

[2] « Montmeillant. – Centenaire de la mort du général du Merbion » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, dix-huitième année, n° 5772, dimanche 14 février 1897, pages 1 et 2, vues 1/4 et 2/4, consultables en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 35.

[3] Le Courrier des Ardennes. Charleville : s.n., 1849-1921, [Département des Ardennes. – Arrondissement de Rethel. – Montmeillant.], soixante-septième année, cinquième série, n° 3563, jeudi 26 novembre 1896, page non paginée, vue 2/4, consultable en ligne sur Gallica. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-27427, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, JO-12733.


Cette photographie est postérieure à 1925, présentant le monument après la pose de la plaque commémorative des soldats morts pour la France en 1914 1918. Les inscriptions gravées sur le socle et les faces du monument restent partiellement lisibles. La grille de protection, installée avant 1925, est visible. Carte postale ancienne en noir et blanc, légendée « Montmeillant (Ardennes). – Monument du général du Merbion, sur lequel on a placé la plaque commémorative de la Grande Guerre 1914-1918 ». Mention manuscrite au verso : « Gendarme Chassin René – Prévôté d’étapes – Secteur postal n° 2. Bons souvenirs, et amical bonjour de Montmeillant (Ardennes) ». Librairie Dernelle, Signy-l’Abbaye (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).
Cette photographie est postérieure à 1925, présentant le monument après la pose de la plaque commémorative des soldats morts pour la France en 1914‑1918. Les inscriptions gravées sur le socle et les faces du monument restent partiellement lisibles. La grille de protection, installée avant 1925, est visible. Carte postale ancienne en noir et blanc, légendée « Montmeillant (Ardennes). – Monument du général du Merbion, sur lequel on a placé la plaque commémorative de la Grande Guerre 1914-1918 ». Mention manuscrite au verso : « Gendarme Chassin René – Prévôté d’étapes – Secteur postal n° 2. Bons souvenirs, et amical bonjour de Montmeillant (Ardennes) ». Librairie Dernelle, Signy-l’Abbaye (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).

A l’initiative de l’élévation de ce monument se trouve Paul Laurent (1860‑1935), archiviste-paléographe affecté au département des Ardennes, et directeur de la Revue historique ardennaise. Il est d’ailleurs l’auteur d’une notice établie en grande partie grâce aux documents en possession de la famille Merlin[1].


[1] Laurent, Paul, « Notes inédites sur le général du Merbion et la famille militaire Jadart », in Revue historique ardennaise, tome II, année 1895, revue bimestrielle, Paris, A. Picard et fils, 1895, p. 105-169, vue 61/178 et suivantes, consultables en ligne. Archives départementales des Ardennes, PERH2 2.


Église Saint-Nicaise à Montmeillant (Ardennes), vue extérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 11 novembre 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Église Saint-Nicaise à Montmeillant (Ardennes), vue extérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 11 novembre 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dès le 3 décembre, après la cérémonie de réinhumation du corps du général, la décision est entérinée, ainsi que la création de deux comités. Le premier à voir le jour est le comité local, ou comité d’initiative, dont Alfred Merlin est le président, tandis que son frère Paul et son fils Charles en sont membres.

Les degrés de parenté qui lient la famille Merlin au général Pierre Jadart du Merbion sont les suivants :

  • Marie-Jeanne Merlin (née le 5 mai 1753 à La Romagne) : fille de Prudence Jadart Merlin, la sœur du général = nièce ;
  • François Merlin[1] (né le 11 janvier 1782 à La Romagne), fils naturel de la nièce = petit-neveu = neveu au second degré ;
  • Jean-Baptiste Merlin (né le 16 novembre 1818 à La Romagne) : fils du petit-neveu = arrière-petit-neveu = neveu au troisième degré ;
  • Paul (né le 30 juillet 1846 à La Romagne) et Alfred Merlin (né le 3 décembre 1855) : fils de l’arrière-petit-neveu = arrière-arrière-petits-neveux = neveux au 4ᵉ degré ;
  • Charles Merlin (né le 20 novembre 1881 à Warnécourt[2]) : fils de l’arrière-arrière-petit-neveu = arrière-arrière-arrière-petit-neveu = neveu au 5ᵉ degré.

[1] La date et le lieu de son décès n’apparaissent pas dans les registres. Certains auteurs ont pu le confondre, à cause d’une homonymie, avec François Merlin (1715‑1787), né le 5 avril 1715 à La Romagne et décédé le 5 août 1787 dans la même localité.

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.



Des échanges épistolaires attestent par ailleurs les liens entre la famille Merlin et le général du Merbion, comme le rapportent Paul Laurent et Albert Baudon dans l’article qu’ils consacrent chacun à ce général, et dans lequel ils publient de larges extraits d’une lettre du 28 brumaire an III[1] que ce dernier adresse de Nice (armée d’Italie)[2] à sa sœur Marie-Anne habitant Montmeillant.

Il envoie, dans ce courrier, « mille amitiés à Merline[3] » (surnom hypocoristique[4]) qui est désignée dans les notes de bas de page[5] comme étant celui de sa soeur Prudence, épouse de François Merlin de La Romagne.

Or, il ne peut être question de celle-ci, puisqu’elle est décédée le 29 avril 1791 à La Romagne, et que la lettre date de 1794. Il pourrait donc s’agir plutôt de sa nièce Marie-Jeanne[6], célibataire vivant dans ce village, et dont il est à la fois l’oncle et le parrain, et sur laquelle il aurait reporté son affection.


[1] Soit le 18 novembre 1794.

[2] Nice, commune française située dans le département des Alpes-Maritimes, en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

[3] Baudon, Albert, « Au pays du général Jadart du Merbion », in Almanach MatotBraine des trois départements de la Marne, de l’Aisne et des Ardennes, historique, littéraire, administratif, commercial, année 1909, p. 368‑375, ill. en noir, Montmeillant (Ardennes, France) : Matot‑Braine, 1908, 8º, p. 373. Archives départementales de la Marne, PERE1 41.

[4] « Se dit d’une forme ou d’une tournure qui exprime une intention tendre, affectueuse. « Fifille » est un exemple de redoublement hypocoristique. Les suffixes de « sœurette » et de « frérot » ont une valeur hypocoristique. « Bijou », « chou » ont des emplois hypocoristiques. Subst. Un hypocoristique. « Margot », « Jeannot », etc., sont des hypocoristiques. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[5] « Depuis son mariage avec François Merlin [le 28 janvier 1744], Prudence Jadart fut appelée familièrement Merline, surtout par sa sœur Marie-Anne ». Cf. Laurent, Paul, « Notes inédites sur le général du Merbion et la famille militaire Jadart », in Revue historique ardennaise, tome II, année 1895, revue bimestrielle, p. 105-169, Paris, A. Picard et fils, 1895, page 110, vue 64/178, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, PERH2 2.

[6] Marie-Jeanne, née le 5 mai 1753, et décédée le 23 janvier 1829 à La Romagne (Ardennes).


Le comité d’initiative est chargé d’organiser le projet et de recueillir les souscriptions (monsieur Baudrillard, instituteur à Montmeillant, en est le secrétaire-trésorier[1]). Il comprend plus de cent cinquante personnes, dont une douzaine est originaire de La Romagne[2].


[1] « Montmeillant. – Hirson. » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, dix-huitième année, n° 5542, vendredi 15 janvier 1897, page 2, vue 2/4, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 35.

[2] La publication des participants s’étale sur quatre numéros du Petit Ardennais :

  • « Montmeillant. – Liste des membres du comité d’initiative du monument du général du Merbion. » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, dix-huitième année, n° 5747, mercredi 20 janvier 1897, page 2, vue 2/4, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 35.
  • « Montmeillant. – Liste des membres du comité d’initiative du monument du général du Merbion. » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, dix-huitième année, n° 5751, dimanche 24 janvier 1897, page 2, vue 2/4, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 35.
  • « Montmeillant. – Liste des membres du comité d’initiative du monument du général du Merbion. » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, dix-huitième année, n° 5756, vendredi 29 janvier 1897, page 2, vue 2/4, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 35.
  • « Montmeillant. – Monument du général du Merbion. – Quatrième et dernière liste des membres du comité d’initiative du monument du général du Merbion. » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, dix-huitième année, n° 5761, mercredi 3 février 1897, page 2, vue 2/4, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 35.

Il prévoit de se réunir symboliquement le jeudi 25 février 1897, date du centenaire du décès de Pierre Jadart du Merbion[1]. Il est rappelé dans la presse locale que « le ministre de la Guerre vient d’accorder une subvention de 500 fr. en faveur du monument du général du Merbion, et d’autoriser MM. les officiers en garnison dans les Ardennes à participer individuellement à cette œuvre patriotique[2] ».


[1] « Montmeillant. – Le monument du général du Merbion. » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, dix-huitième année, n° 5778, samedi 20 février 1897, page 2, vue 2/4, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 35.

[2] « Montmeillant. – Monument du général du Merbion. » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, dix-huitième année, n° 5779, dimanche 21 février 1897, page 2, vue 2/4, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 35.



Le second comité est en voie de constitution lors de cette première réunion. Il est sous le patronage de représentants du département et de notabilités civiles et militaires, à savoir le préfet, les sénateurs du département, le député de l’arrondissement de Rethel, le conseiller général du canton.

A ces personnalités, s’ajoutent des comités consacrés par les ministres de l’Intérieur et de la Guerre. De plus, des sous-comités communaux voient le jour afin d’élargir la prospection. C’est ainsi que de nombreux habitants du canton de Chaumont-Porcien participent.


Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. 
Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME

L’on peut remarquer la générosité des Romanais, probablement favorisée par le dynamisme de la famille Merlin. Trente et un souscripteurs ont pu être identifiés, pour une somme totale de 187,50 francs[1], le reste de la somme (soit 96 francs) pouvant correspondre à des dons anonymes, au produit de quêtes effectués lors d’un mariage, à une décision du conseil municipal.

C’est ainsi que, le mercredi 11 novembre 1896, Montmeillant vote la somme de 50 francs pour l’érection d’un monument à la gloire du général[2].


[1] Ce moment a pu être déterminé à partir de trois listes parues dans la presse :

  • Le Courrier des Ardennes. Charleville : s.n., 1849-1921, [Département des Ardennes. – Arrondissement de Rethel. – Montmeillant.], soixante-huitième année, cinquième série, n° 3791, vendredi 13 août 1897, page non paginée, vue 1/4, consultable en ligne sur Gallica. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-27427, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, JO-12733.
  • Le Courrier des Ardennes. Charleville : s.n., 1849-1921, [Département des Ardennes. – Arrondissement de Rethel. – Montmeillant.], soixante-huitième année, cinquième série, n° 3792, samedi 14 août 1897, page non paginée, vue 2/4, consultable en ligne sur Gallica. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-27427, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, JO-12733.
  • Le Courrier des Ardennes. Charleville : s.n., 1849-1921, [Département des Ardennes. – Arrondissement de Rethel. – Montmeillant.], soixante-huitième année, cinquième série, n° 3801, mercredi 25 août 1897, page non paginée, vue 2/4, consultable en ligne sur Gallica. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-27427, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, JO-12733.

[2] « Montmeillant. – Subvention. » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, dix-septième année, n° 5677, mercredi 11 novembre 1896, page 2, vue 2/4, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 34.


Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME

Les dons ne proviennent pas uniquement des villes ou villages du canton, mais aussi d’autres communes ardennaises : Wasigny[1], Rethel[2], Mézières, Herbigny[3], La Férée[4], Aouste[5], Jandun[6]. Ils peuvent être originaires d’encore plus loin, de Paris[7] ou de Nice par exemple.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est. Cf. « Wasigny. – Souscription en faveur du monument du général du Merbion. » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, dix-huitième année, n° 5783, jeudi 25 février 1897, page 2, vue 2/4, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 35.

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Justine-Herbigny, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[6] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[7] Actuellement, chef-lieu de la région Île-de-France et siège de la Métropole du Grand Paris.


Lorsqu’il s’agit de faire exécuter le monument, plusieurs solutions sont examinées par les comités lors d’une réunion. Pour les membres présents, l’ouverture d’un concours aura certainement pour conséquence l’envoi de projets d’artistes réputés, tandis que l’absence d’une telle proposition fait courir le risque d’avoir des œuvres plus ordinaires, et d’artistes moins confirmés.


Les comités doivent également tenir compte du coût de cette opération, les ressources demeurant limitées, malgré les fonds accordés par le conseil municipal du village et ceux provenant des nombreux souscripteurs ayant répondu à ce projet. Les sommes recueillies s’élèveraient à environ 15 000 francs.


Lors de ces débats, monsieur Merlin fait part d’une proposition qu’il a reçue du sculpteur ardennais Aristide Croisy[1] : celui-ci se chargerait de l’exécution de l’œuvre à titre gratuit en ce qui concerne son temps et ses honoraires. Seuls seraient à payer « le montant des débours[2] pécuniaires[3] ».

Après un vote, on écarte l’idée d’un concours, pour que monsieur Croisy puisse donner de plus amples renseignements, et ce d’autant plus que l’on souhaite choisir un artiste de la région.


[1] Aristide Croisy (1840-1899), né et décédé à Fagnon Ardennes). Il est connu pour avoir réalisé la statue du général Chanzy à Nouart (Ardennes), le monument aux morts de Sedan après la guerre de 1870.

[2] « Surtout au pluriel. Argent déboursé pour un paiement, une avance. On lui a payé ses débours. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[3] « Montmeillant. – Monument du général du Merbion. » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, dix-huitième année, n° 5980, samedi 18 septembre 1897, page 2, vue 2/4, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 36.


 ED.. RACINE ARCHITECTE » correspond très probablement à la formule latine « edificavit » (ou sa variante orthographique « aedificavit »), signifiant « a fait édifier ». Elle indique que l’architecte Racine a conçu et supervisé la construction du monument. Inscription du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
 ED.. RACINE ARCHITECTE » correspond très probablement à la formule latine « edificavit » (ou sa variante orthographique « aedificavit »), signifiant « a fait édifier ». Elle indique que l’architecte Racine a conçu et supervisé la construction du monument. Inscription du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Parallèlement, une commission d’architecture réunit quelques membres de la commission du patronage[1], qui habitent pour la plupart Charleville et Mézières. Elle se réunit le 25 avril 1898, et désigne finalement le sculpteur Alphonse Colle[2] et l’architecte Jean Racine[3] pour la réalisation du monument.


[1] Cette commission comprend sept personnes parmi lesquelles se trouvent le préfet des Ardennes, le conseiller général du canton de Chaumont-Porcien, un agent voyer du département, un architecte honoraire du département, un ingénieur en chef des Ponts et Chaussées et l’archiviste Paul Laurent.

[2] Alphonse Théodore Charles Colle (1857, Charleville – 1935, Paris), élève d’Aristide Croisy, est un sculpteur français connu pour ses bustes de personnalités ardennaises et ses monuments aux morts à Charleville et Mézières, et cofondateur en 1887 de l’Union artistique des Ardennes, destinée à promouvoir la création artistique locale.

[3] Jean François Jules Racine (1827, Metz – 1902, Charleville) fut architecte diocésain à Metz avant de devenir architecte départemental des Ardennes, où il signa plusieurs bâtiments publics et églises.


D’une hauteur de huit à neuf mètres, le monument, posé sur un socle à emmarchement de plan rectangulaire, est à la fois commémoratif et figuratif. Il s’inspire d’un monument funéraire antiquisant en forme d’obélisque tronqué. Il n’est pas réalisé en marbre, comme cela avait été suggéré, mais en pierre de provenances différentes.


L’abréviation « A. COLLE SCULPTR » indique qu’Alphonse Colle est l’auteur de la sculpture du monument du général du Merbion, « sculptr. » étant l’abréviation de « sculptor », signifiant « a sculpté ». Inscription du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
L’abréviation « A. COLLE SCULPTR » indique qu’Alphonse Colle est l’auteur de la sculpture du monument du général du Merbion, « sculptr. » étant l’abréviation de « sculptor », signifiant « a sculpté ». Inscription du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Pour les parties massives, de la base jusqu’au sommet, on a retenu la pierre de Lérouville[1], essentiellement utilisée dans les ouvrages de maçonnerie. La sculpture du soldat est quant à elle taillée dans des blocs de pierre de Lavoux[2].C’est une pierre blanchâtre qui se patine au fil du temps en raison du calcin[3].


[1] Commune française située actuellement dans le département de la Meuse, en région Grand Est.

[2] Commune française située actuellement dans le département de la Vienne, en région Nouvelle-Aquitaine.

[3] « Pellicule de calcaire qui se forme à la surface des pierres de taille exposées à la pluie. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Aucun portrait du général du Merbion n’existe, uniquement quelques descriptions dans des fiches administratives. C’est ainsi que l’on sait qu’il mesure selon l’une cinq pieds cinq pouces et demi[1], et une autre cinq pieds et six pouces[2].

Il a des cheveux gris, des sourcils blonds ( avec le sourcil gauche marqué d’une cicatrice), un front haut, des yeux bleus, un nez aquilin, une bouche moyenne, un menton rond et un visage ovale, long et marqué par la petite vérole[3].


[1] Soit un mètre soixante-dix-huit.

[2] Soit un mètre soixante-dix-neuf.

[3] Laurent, Paul, « Notes inédites sur le général du Merbion et la famille militaire Jadart », in Revue historique ardennaise, tome II, année 1895, revue bimestrielle, Paris, A. Picard et fils, 1895, p. 105-169, Paris, A. Picard et fils, 1895, pages 136-137, vue 77/178. Archives départementales des Ardennes, PERH2 2


Gorgonéion. Détail du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Gorgonéion. Détail du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.


Ce monument met en valeur des attributs militaires, les armoiries du général, ses soldats, ses campagnes et ses victoires. Au sommet du monument, se trouve une cuirasse héroïque, ornée d’un médaillon central ou gorgonéion[1], dont la valeur apotropaïque[2] est censée repousser le mal et paralyser l’ennemi.

D’inspiration romaine[3], le trophée est surmontée d’un bonnet phrygien, marquant ainsi la fidélité de ce général à l’Etat et à la Nation.


[1] Représentation frontale de la tête de Méduse, parfois ornée de serpents, en sculpture ou gravure.

[2] « Qui conjure le mauvais sort, protège contre toute influence mauvaise. Un rite, une formule apotropaïques. Chez les Grecs, la paire de grands yeux qui ornaient la coque des navires de guerre avait une fonction apotropaïque. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[3] L’on pense à la statue d’Auguste dite de Prima Porta.



Des drapeaux attachés chacun à sa hampe, dotés d’un ruban, et surmontés d’un fer de lance, se déploient au second plan. Des boulets de canon évoquent la puissance de l’artillerie et la guerre, tandis qu’un glaive figure l’autorité et le commandement militaire.


Trois boulets. [Nota bene : la balistique historique, science auxiliaire de l’histoire militaire étudie les projectiles anciens (boulets, balles, grenades), leur fabrication, leur typologie, leur emploi et leurs effets.] Détails du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Trois boulets. [Nota bene : la balistique historique, science auxiliaire de l’histoire militaire étudie les projectiles anciens (boulets, balles, grenades), leur fabrication, leur typologie, leur emploi et leurs effets.] Détails du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Armes de Pierre Jadart du Merbion (1737-1797) : d’azur, avec deux fers de lance d’or en chef et un marteau du même en pointe. [Nota bene : l’héraldique, science auxiliaire de l’histoire, étudie les blasons, armoiries et symboles héraldiques, leur signification, leur composition et leur usage dans les familles, les villes ou les institutions.]
Armes de Pierre Jadart du Merbion (1737-1797) : d’azur, avec deux fers de lance d’or en chef et un marteau du même en pointe. [Nota bene : l’héraldique, science auxiliaire de l’histoire, étudie les blasons, armoiries et symboles héraldiques, leur signification, leur composition et leur usage dans les familles, les villes ou les institutions.]

Armoiries, sabre recourbé et feuilles de chêne. Détails du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Armoiries, sabre recourbé et feuilles de chêne. Détails du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La partie médiane présente les armoiries de la famille, inscrites dans un médaillon entouré de volutes, flanqué à gauche d’un sabre recourbé et à droite de feuilles de chêne[1]. Les armes sont d’azur, avec deux fers de lance d’or en chef et un marteau du même en pointe[2].


[1] Dans l’armée, ses feuilles symbolisent la puissance du commandement. Cf Cadario, Gervais. Le chêne, Revue historique des Armées, n° 202, mars 1996, pp. 138‑139. Consultable en ligne sur Persée.

[2] « les deux fers de lance étaient une brisure de l’écusson : d’azur à trois marteaux d’or que portaient les Foulon ». Cf. Baudon, Albert, « Au pays du général Jadart du Merbion », in Almanach MatotBraine des trois départements de la Marne, de l’Aisne et des Ardennes, historique, littéraire, administratif, commercial, année 1909, p. 368‑375, ill. en noir, Montmeillant (Ardennes, France) : Matot‑Braine, 1908, 8º, p. 374. Archives départementales de la Marne, PERE1 41.


Pierre Jadart du Merbion participa à plusieurs campagnes avant la Révolution, notamment en Allemagne lors de la guerre de Hanovre, dans des opérations sur mer liées aux déplacements et missions militaires, et en Amérique entre 1765 et 1772, où il accomplit des missions de garnison et de soutien. Inscriptions du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Pierre Jadart du Merbion participa à plusieurs campagnes avant la Révolution, notamment en Allemagne lors de la guerre de Hanovre, dans des opérations sur mer liées aux déplacements et missions militaires, et en Amérique entre 1765 et 1772, où il accomplit des missions de garnison et de soutien. Inscriptions du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les faces latérales gauche et droite rappellent les victoires de ce général. Sur la première sont gravées les campagnes d’Allemagne, sur mer, et d’Amérique. L’autre comporte les victoires de la campagne d’Italie[1] et des Alpes[2].


[1] Pierre Jadart du Merbion a commandé l’armée d’Italie du 8 août 1793 au 20 novembre 1794.

[2] Victoires de l’armée française, 1214‑1885. Paris : Imprimerie nationale, 1886. In‑4°, 44 ff. Couverture imprimée : « ministère de la Guerre », consultable en ligne sur Gallica. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-6562710, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 4-LH1-50.


Pierre Jadart du Merbion fut lieutenant-colonel puis colonel en 1792, avant de commander des opérations en Italie de 1792 à 1794, participant à la campagne alpine et aux combats de Saorgio, Garessio et Cairo, consolidant les positions françaises face aux armées austro-sardes. Inscriptions du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Pierre Jadart du Merbion fut lieutenant-colonel puis colonel en 1792, avant de commander des opérations en Italie de 1792 à 1794, participant à la campagne alpine et aux combats de Saorgio, Garessio et Cairo, consolidant les positions françaises face aux armées austro-sardes. Inscriptions du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La prise de Nice, le 7 vendémiaire an I (28 septembre 1792), marque l’annexion du comté de Nice par la France républicaine. Christophe Saliceti, député corse à la Convention, François Joseph Ritter, général de la Révolution, et Louis Turreau de Linières, général de division, tous trois représentants du peuple, soulignent dans un rapport de novembre 1794 le rôle de Pierre Jadart du Merbion dans la conquête de Saorgio. Inscriptions du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
La prise de Nice, le 7 vendémiaire an I (28 septembre 1792), marque l’annexion du comté de Nice par la France républicaine. Christophe Saliceti, député corse à la Convention, François Joseph Ritter, général de la Révolution, et Louis Turreau de Linières, général de division, tous trois représentants du peuple, soulignent dans un rapport de novembre 1794 le rôle de Pierre Jadart du Merbion dans la conquête de Saorgio. Inscriptions du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les inscriptions gravées sur chacune de ces faces font référence, pour la première, à une phrase extraite d’une lettre envoyée au général Rochon et, pour la seconde, à un extrait du rapport des représentants du peuple[1] en date de novembre 1794.


[1] Antoine Christophe Saliceti (1757‑1809), François Joseph Ritter (1758‑1809), Louis Turreau de Linières (1761‑1797).


Vue rapprochée du haut-relief représentant un soldat. Monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vue rapprochée du haut-relief représentant un soldat. Monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les interprétations du personnage en façade sont variables. Il représenterait un grenadier, un jeune volontaire de la Révolution, ou « un vieux soldat de la campagne d’Italie »[1]. Elles sont, quoi qu’il en soit, toutes compatibles avec la carrière du général.

En effet, en 1780, il était capitaine d’un régiment de grenadiers. Il sert la Révolution après avoir servi le roi, et commande un certain nombre d’opérations comme général en chef de l’armée d’Italie, avant de demander sa retraite en 1794.  


[1] Le Courrier des Ardennes. Charleville : s.n., 1849-1921, [Département des Ardennes. – Arrondissement de Rethel. – Montmeillant.], soixante-neuvième année, cinquième série, mardi 26 avril 1898, n° 4011, page non paginée, vue 2/4, consultable en ligne sur Gallica. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-27427, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, JO-12733.


Giberne. Détail du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Giberne. Détail du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Si l’on observe ce personnage en haut-relief[1], mesurant environ deux mètres soixante, et qui se détache d’un mur rectangulaire, l’on remarque qu’il porte des bottes recouvertes jusqu’aux genoux de guêtres boutonnées, une giberne[2], des bandoulières[3] ou des baudriers[4] croisés dans le dos.

L’uniforme comporte des basques retroussées, des épaulettes aux aiguilles serrées, et des manches avec parements. Il est ouvert sur un gilet boutonné.


[1] Relief en saillie qui adhère à un fond plat. Les formes représentent plus de la moitié du volume réel d’un corps, sans excéder les trois quarts de son volume. Bras, jambes et tête n’ont que quelques points de contact. Cf. Baudry, Marie-Thérèse, avec la collaboration de Dominique Bozo. Sculpture : méthode et vocabulaire. Nouvelle éd. Paris : Éditions du Patrimoine, Centre des monuments nationaux, 2022. 1 vol. (765 p.) : ill. en coul., 31 cm. Bibliogr. p. 707‑734, glossaire, index, p. 500 et suivantes.

[2] « Boîte recouverte de cuir dans laquelle les soldats mettaient les cartouches et les menus objets nécessaires à l’entretien des armes. Expr. fig. Enfant de giberne, enfant de troupe. Avoir le bâton de maréchal dans sa giberne, de simple soldat pouvoir atteindre à la plus haute dignité militaire et, par extension, être promis à un bel avenir. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[3] « Bande de cuir ou d’étoffe, passée comme une écharpe d’une épaule à la hanche opposée pour porter un objet. Le fusil en bandoulière. Un sac, une gibecière, un cartable en bandoulière. », selon le Dictionnaire de l’Armée française. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[4] « Bande de cuir ou de toile, portée en écharpe sur l’épaule, et qui sert à soutenir l’épée, le sabre, un tambour ou simplement le ceinturon. Être ceint d’un baudrier. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.




Visage du soldat. Détail du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Visage du soldat. Détail du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le visage présente des traits burinés, des arcades sourcilières un peu proéminentes, une moustache à la gauloise[1] bien fournie, une mouche[2] sur la lèvre inférieure et un nez aquilin. Les cheveux longs, ramenés derrière la tête, sont attachés à la nuque en un catogan enroulé.


[1] Au XVIIIe siècle, cette moustache était fréquente chez les officiers et à la fin du XIXe elle devient, particulièrement en sculpture, un marqueur identitaire et patriotique après la défaite de 1870-1871.

[2] « Vieilli. Petite touffe de barbe qu’on laisse croître sous la lèvre inférieure. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Bicorne, cocarde et plumet. Détail du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Bicorne, cocarde et plumet. Détail du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

De la main gauche, le soldat tient un bicorne avec cocarde. De la main droite, il tend une palme de la victoire, de laquelle l’extrémité de la dernière feuille pointe vers la base des armes de la famille Jadart du Merbion.


La branche sculptée représente très probablement du laurier (laurier noble, Laurus nobilis). Détail du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
La branche sculptée représente très probablement du laurier (laurier noble, Laurus nobilis). Détail du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Traditionnellement, le chapeau appelé bicorne est orné d’une cocarde et d’un plumet[1]. C’est la coiffure des officiers supérieurs et des généraux dans l’armée royale. En le mettant dans la main d’un soldat, le sculpteur rend hommage au général du Merbion pour sa longue carrière militaire, ses victoires, et l’attention qu’il portait à ses troupes.


[1] La couleur du plumet variait selon le grade et l’arme.


Ce monument est monté et installé en novembre 1898[1], non sur la tombe du général, comme prévu initialement dans le projet de l’abbé Eugène Miroy, puis confirmé par une décision prise lors de la cérémonie de réinhumation[2], mais sur un « terrain voisin de la rue principale de Montmeillant[3] », en faveur duquel le conseil municipal a émis un vœu le jeudi 16 septembre 1897. Il ne reste plus, à ce moment-là, qu’à y graver les inscriptions.


[1] « Montmeillant. – Monument du général du Merbion. » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, dix-neuvième année, n° 6394, mardi 15 novembre 1898, page 2, vue 2/4, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 38.

[2] « Montmeillant. – Liste des membres du comité d’initiative du monument du général du Merbion. » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, dix-huitième année, n° 5747, mercredi 20 janvier 1897, page 2, vue 2/4, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 35.

[3] « Montmeillant. – Monument du général du Merbion. » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, dix-huitième année, n° 5980, samedi 18 septembre 1897, page 2, vue 2/4, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 36.


Le conseil municipal de la commune prévoit et vote des fonds pour l’organisation de la cérémonie, distincts des dépenses consacrées au monument lui-même[1]. En plus des dispositions particulières, sont envisagées les mesures suivantes : l’arrêt exceptionnel de trains et l’organisation d’un banquet.

Il est convenu qu’Alfred Merlin, membre très actif du comité, et héritier de la famille du général, expose des objets lui ayant appartenu : son sabre d’honneur, une montre en or, une boussole, un cachet et divers documents.


[1] « Montmeillant. – Monument du général du Merbion. » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, dix-huitième année, n° 5868, mercredi 26 mai 1897, page 2, vue 2/4, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 35.


Le ministère de la Guerre a envisagé que ce soit Arthur Chuquet[1] qui préside la cérémonie. Or, elle n’a pas lieu, pour des raisons non élucidées à ce jour. Elle se déroule finalement en 1925, après la fin de la Première Guerre mondiale[2].


[1] Arthur Maxime Chuquet (1853‑1925), historien militaire français, spécialiste de la Révolution et des guerres napoléoniennes.

[2] « Montmeillant. – Inauguration du monument du général du Merbion et de la plaque commémorative 1914-1918. » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, quarante-cinquième année, n° 13895, mercredi 7 octobre 1925, page 2, vue 2/4, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 91.


Certains Montmeillanais s’émeuvent, en 1911, que la statue soit exposée aux « injures des passants », et signalent qu’une clôture serait la bienvenue[1]. La grille est réalisée quelque temps avant la cérémonie.

Elle est encore présente en 1997, lors du bicentenaire, ce qui est attesté par une décision du conseil municipal qui prévoit d’en réparer les barreaux et de la repeindre. Elle disparait dans le premier quart du XXIe siècle.


[1] Le Courrier des Ardennes. Charleville : s.n., 1849-1921, [Département des Ardennes. – Arrondissement de Rethel. – Montmeillant.], quatre-vingt-deuxième année, dimanche 18 & lundi 19 juin 1911, page non paginée, vue 2/4, consultable en ligne sur Gallica. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-27427, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, JO-12733.


Au souvenir du général du Merbion s’ajoute celui des morts pour la France de 1914-1918[1]. Une plaque de marbre honore ainsi la mémoire de dix-neuf habitants de Montmeillant[2]. Prévoyant son scellement, la commune constate que le monument a besoin de quelques réparations.


[1] Dès 1920, le conseil municipal envisage une souscription pour un monument aux morts, consignée dans le registre des délibérations (14 novembre 1920, folio 6, n° 44 ; 22 mai 1921, folio 10, n° 74 ; 14 août 1921, folio 10, n° 86). Le projet est finalement abandonné au profit du scellement d’une plaque de marbre sur le monument du général du Merbion. Faute de moyens, la commune plante deux sapins de part et d’autre pour célébrer « la Victoire et le retour de l’Alsace et de la Lorraine à la France ». Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/MONTMEILLANT/D 5 [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/MONTMEILLANT = fonds concernant Montmeillant ; série D = documents administratifs ou séries locales autres que l’état civil ; sous-série D 5 : registres des délibérations du conseil municipal de 1919 à 1929.]

[2] Ces derniers sont également évoqués dans un cadre accroché à un mur de l’église.


Pour cela, le sculpteur se déplace et constate dans une lettre[1] envoyée à la mairie que ces dernières sont peu importantes. Il indique que le temps a simplement noirci le monument, ce qui lui donne « un caractère de poudre ».


[1] Monument commémoratif du Général Du Merbion. – Modification et réparation : projet [dossier de 1924]. Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/MONTMEILLANT/M 2 [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/MONTMEILLANT = fonds concernant Montmeillant ; série M = dossiers sur les monuments et constructions publiques, archives de travaux municipaux ou projets spéciaux ; sous-série M 2 : monuments commémoratifs ou militaires.]


Plaque commémorative en hommage aux morts pour la France lors des guerres de 1914-1918 et 1939-1945, scellée sur le monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plaque commémorative en hommage aux morts pour la France lors des guerres de 1914-1918 et 1939-1945, scellée sur le monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le dimanche 4 octobre 1925 ont lieu en même temps l’inauguration du monument et la pose de la plaque commémorative. La cérémonie se déroule en présence du préfet, de sénateurs et de députés des Ardennes.

Paul Laurent, l’archiviste à l’origine de la souscription pour l’érection du monument, est également là et y prononce une allocution[1]. Malheureusement, les trois représentants de la famille Merlin, très impliqués dans ce projet, sont décédés entre temps[2].


[1] « Montmeillant. – La famille, la biographie et le monument du général du Merbion » [chronique locale et régionale] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, quarante-cinquième année, n° 13898, dimanche 4 octobre 1925, page 3, vue 3/4, consultable en ligne. Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 91.

[2] Ce destin tragique a touché les bienfaiteurs de la famille Merlin :

  • Alfred Merlin, né le 3 décembre 1855 à La Romagne, est décédé le 1er septembre 1906 à Reims. Cf. Archives communales de Reims, 1E/483, acte n° 1704, vue 447/712, consultable en ligne [série E = archives communales déposées, sous-série 1E = registres d’état civil, cote 1E483 = dates de décès du 19 juillet au 30 décembre 1906 (de l’acte n°1332 au n°2448 sexter.]
  • Son frère aîné, Paul Merlin, né le 30 juillet 1846 à La Romagne, est mort à Reims le 15 décembre 1909 (Archives communales de Reims, 1E/504, acte n° 2349, vue 615/708 [série E = archives communales déposées, sous-série 1E = registres d’état civil, cote 1E504 = dates de décès du 22 juillet au 31 décembre 1909 (de l’acte n°1383 bis au n°2453). Table annuelle.
  • Charles Merlin, fils d’Alfred et neveu de Paul, est né à Warnécourt (Ardennes) le 20 mars 1881 et est décédé le 12 juillet 1916 à Dugny-sur-Meuse (Meuse).


Cadre commémoratif en hommage aux morts pour la France 1914-1918, conservé dans l’église Saint-Nicaise de Montmeillant. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 11 décembre 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Cadre commémoratif en hommage aux morts pour la France 1914-1918, conservé dans l’église Saint-Nicaise de Montmeillant. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 11 décembre 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La matinée est à la tristesse et au recueillement avec un cortège musical de Signy-L’Abbaye[1], une délégation du 91e régiment, dans lequel Pierre du Merbion a été lieutenant-colonel en février 1792, puis colonel quelques mois plus tard. Une foule nombreuse rassemblant les habitants du village et des villages voisins se presse à cet évènement, relaté dans toute la presse ardennaise.

Dans le défilé se trouvent les parents des soldats morts en 1914-1918, les enfants des écoles, les pompiers de Montmeillant, mais aussi ceux de Draize[2] et de La Romagne.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Brevet de général de division de Pierre Jadart du Merbion (1737-1797) conservé à la mairie de Montmeillant (Ardennes), avec l’aimable autorisation de monsieur Raphaël Lacaille, maire de la commune. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 11 décembre 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Brevet de général de division de Pierre Jadart du Merbion (1737-1797) conservé à la mairie de Montmeillant (Ardennes), avec l’aimable autorisation de monsieur Raphaël Lacaille, maire de la commune. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 11 décembre 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Cette journée s’achève sur des discours émouvants, rappelant le sacrifice des jeunes hommes du village, et sur un rappel historique de la carrière du général du Merbion. Quant à monsieur Douce conseiller général et membre du comité du patronage, il remet officiellement le monument à monsieur Varlet, maire de Montmeillant, qui l’accepte au nom du village.


Vue générale du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vue générale du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dès le mois d’avril 1996, le conseil municipal de Montmeillant se prépare à célébrer le bicentenaire du général du Merbion. Il reçoit le soutien du 3e régiment du Génie, stationné à la caserne du Merbion.

Celui-ci participe au nettoyage du monument, et organise avec la commune une prise d’armes, ainsi qu’un défilé du bas de l’église[1] jusqu’au monument le samedi 26 avril 1997[2].


[1] La tombe a fait l’objet de travaux de réfection. Avec le temps, les gravures s’étaient effacées et la fragilité de la pierre interdisait toute intervention directe. Une nouvelle plaque en granit noir a donc été posée et gravée à l’identique.

[2] Fabien Marc Lendo, commandant dans l’Armée de Terre, le major Jean-Pierre Garnier et Quentin Hascher, réserviste citoyen de l’Armée de Terre au 3ᵉ régiment du Génie, ont indiqué que cet événement n’avait fait l’objet d’aucune couverture médiatique au-delà de la presse locale. Ils ont renvoyé au périodique Cercle des collectionneurs de Signy-L’Abbaye, hors-série n° 1, intitulé « Pierre Jadart du Merbion dit Dumerbion : une gloire de Montmeillant » (1er trimestre 1997), dirigé par Christine Albert. Publié à Signy-L’Abbaye par la mairie et le Cercle des collectionneurs de Signy-L’Abbaye, ce périodique de 55 pages comprend un article rédigé par le major Jean-Pierre Garnier, lequel a transmis à l’auteure une version amendée de son texte.


D’autres cérémonies se déroulent en 2011, puis en 2022, au cours desquelles sont rappelés la gloire de ce général, et le sacrifice des jeunes Montmeillanais durant les deux conflits mondiaux.


Sous l’Ancien Régime, les grades dans l’armée royale sont indiqués par des signes distinctifs portés sur l’uniforme, notamment les épaulettes. Musée de l’Armée – hôtel des Invalides. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 8 janvier 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Sous l’Ancien Régime, les grades dans l’armée royale sont indiqués par des signes distinctifs portés sur l’uniforme, notamment les épaulettes. Musée de l’Armée – hôtel des Invalides. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 8 janvier 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Quant aux objets qui ont appartenu au général du Merbion, aucun ne figure à l’inventaire du musée de l’Armée – hôtel national des Invalides[1]. Contrairement à ce qui avait été prévu dans le projet initial, ils n’ont pu être exposés à aucun moment : le sabre d’honneur aurait disparu pendant la Première Guerre mondiale, les autres objets et les papiers restants auraient fait l’objet d’un don par un des membres de la famille Merlin au 91e régiment d’infanterie.

Celui-ci est dissous en 1962. Les objets seraient alors passés au musée de l’Infanterie de Montpellier, fermé en 2010. Les souvenirs du général auraient alors été transférés, mais sans y être présentés, à la salle d’honneur de l’infanterie, une structure ouverte aux écoles militaires de Draguignan. Sans aucune certitude, ils pourraient se trouver dans des caisses non inventoriées, ou en cours d’inventaire, selon des courriels échangés avec la conservatrice en charge du lieu[2].


[1] À la suite d’une recherche effectuée dans les bases de données du musée de l’Armée – Hôtel des Invalides, par le département contemporain du Service des collections et du patrimoine, aucune mention ni aucun objet attribuable au général Pierre Jadart du Merbion n’a été identifié dans les inventaires (Jordan Gaspin, chargé d’études documentaires principal).

[2] Le sous-lieutenant Delphine Thoumsin, conservatrice de la salle d’honneur de l’Infanterie et adjointe du pôle muséal des écoles militaires de Draguignan EMD / EI / DFI / SHI, a indiqué à l’auteure que les collections sont actuellement conservées en réserve externalisée et non directement accessibles, qu’un inventaire manuscrit est en cours de numérisation, et qu’aucune identification certaine du don ou des objets concernés n’a pu être établie à ce stade ; elle a par ailleurs rappelé le décalage chronologique entre la dissolution du 91ᵉ RI (1962) et la création du musée de l’Infanterie (1969), ce qui ne permet pas d’assurer que les objets concernés aient effectivement intégré les collections conservées.


Epaulettes. Détails du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Epaulettes. Détails du monument à la gloire du général du Merbion (1737-1797) à Montmeillant (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Arc de Triomphe (Paris), pilier sud, côté avenue des Champs-Élysées – avenue Kléber : colonne 23, dédiée aux armées de Dalmatie, d’Égypte, d’Espagne, du Portugal, d’Andalousie, d’Aragon, de Catalogne et du Midi, où le général Pierre Jadart du Merbion (1737-1797), figure comme quatrième nom inscrit parmi les noms gravés sous l’Arc de Triomphe, aux côtés des inscriptions des batailles.
Arc de Triomphe (Paris), pilier sud, côté avenue des Champs-Élysées – avenue Kléber : colonne 23, dédiée aux armées de Dalmatie, d’Égypte, d’Espagne, du Portugal, d’Andalousie, d’Aragon, de Catalogne et du Midi, où le général Pierre Jadart du Merbion (1737-1797), figure comme quatrième nom inscrit parmi les noms gravés sous l’Arc de Triomphe, aux côtés des inscriptions des batailles.

La quête mémorielle de ce legs montre toute la difficulté de la conservation d’objets et de documents écrits, même s’ils sont déposés auprès d’institutions.

Se pose alors la question de faire perdurer plus de deux cents ans après, le souvenir d’un homme à la fois modeste et brillant, né et mort dans un petit village ardennais, qui a côtoyé et agi avec ceux qui ont marqué la Révolution, puis le Premier Empire, au point que son nom est gravé en 1836 dans le pilier sud, 23e colonne de l’Arc de Triomphe.


Acte de naissance du général Pierre Jadart du Merbion (1737-1797). Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/MONTMEILLANT/E 2  [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/MONTMEILLANT = fonds concernant Montmeillant ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 2 = baptêmes, mariages, sépultures 1691-1754,  page non foliotée, vue 134/202, consultable en ligne.
Acte de naissance du général Pierre Jadart du Merbion (1737-1797). Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/MONTMEILLANT/E 2  [série EDEPOT = archives communales déposées ; sous-série EDEPOT/MONTMEILLANT = fonds concernant Montmeillant ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures ; sous-série E 2 = baptêmes, mariages, sépultures 1691-1754,  page non foliotée, vue 134/202, consultable en ligne.

Catégories
Administration communale Agriculteurs Agriculture Artisanat Artisans Enfants Fêtes Guerre mondiale (1914-1918) Métiers Professions Travailleurs Victimes de guerre

La Romagne de la guerre à la paix : une analyse comparative des recensements de 1918 et de 1921


Selon l’INSEE[1], « Le recensement de la population a pour vocation principale de mesurer le nombre d’habitants sur un territoire et d’en connaître les caractéristiques socio-démographiques[2]. »


[1] Institut national de la statistique et des études économiques.

[2] Bibliothèque nationale de France, document numérique, LNUM-33964, Chevalier, Pascale ; Seguin, Sébastien, « Retour sur deux siècles de recensements de la population », in Faits et chiffres (INSEE Pays de la Loire), n° 424, octobre 2011, page non paginée, vue 1/1, consultable en ligne sur le site de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) et sur Gallica.


De tels dénombrements remontent à l’Antiquité. L’un des plus connus est celui de l’empereur Auguste[1], lors duquel Joseph et Marie doivent être répertoriés à Bethléem.


[1] Contrairement aux affirmations de l’évangéliste dans Luc, II,1-5, le recensement de Quirinius en Judée et en Syrie ne serait pas la version régionale d’un dénombrement global. Si l’activité censoriale augustéenne est attestée, son homogénéité est contestée.


En ce qui concerne la France, le comptage des habitants est confié avant la Révolution aux curés, qui informent l’intendant de la province du nombre de feux et de communiants dans leur paroisse. Ils se fondent alors sur le calcul suivant : un feu comprend en moyenne quatre personnes, et un communiant représente généralement trois habitants.


Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/F 1, [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série F = population – économie – statistiques, sous-série F1 = population : mouvement, recensement (liste nominative, récapitulatif), 1911-1931], dénombrement de 1918, pages non paginées, vues 1/15 et suivantes, consultables en ligne.
Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/F 1, [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série F = population – économie – statistiques, sous-série F1 = population : mouvement, recensement (liste nominative, récapitulatif), 1911-1931], dénombrement de 1918, pages non paginées, vues 1/15 et suivantes, consultables en ligne.

Le premier recensement postrévolutionnaire date du 20 floréal an VIII[1]. Ensuite, ils sont très réguliers et, à partir de 1876, ils se déroulent en théorie tous les cinq ans. C’est en cela que le recensement de 1918 à La Romagne peut susciter des interrogations, le précédent ayant eu lieu en 1911. Il y aurait dû en effet en avoir un en 1916, ce qui n’est pas le cas. La période de guerre explique ce décalage[2].


[1] Soit le 10 mai 1800.

[2] Une annulation s’observe pour la Seconde Guerre mondiale, le recensement passant directement de 1936 à 1946.


Celui qui est prévu en mars 1906 intègre un nouvel élément, en dehors de ceux précédemment relevés (nom, prénom, âge, lieu de naissance, adresse, profession, personnes vivant à la même adresse). Ce sont les caractéristiques des habitations. Jusqu’en 1918, aucune liste nominative ne peut être consultée pour La Romagne. Ces documents semblent avoir disparu, à l’exception de quatre feuillets concernant le recensement de 1911, à l’état de conservation très lacunaire[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/F 1, [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série F = population – économie – statistiques, sous-série F1 = population : mouvement, recensement (liste nominative, récapitulatif), 1911-1931], dénombrement de 1911, pages non paginées, [vues 1/4 et suivantes, non consultables en ligne à la date du 11 novembre 2024, en cours de numérisation.]


L’existence d’un recensement à la date du 1er février 1918 est très curieuse, puisque la guerre n’est pas terminée[1]. Comme le village est encore sous le joug allemand, ce document est certainement unique, sans que l’on sache parfaitement pourquoi. Aux archives départementales des Ardennes, il n’en a été trouvé aucun autre, concernant les villages du canton de Chaumont-Porcien, répertorié à cette date.


[1] Outre le traité de Versailles, le 28 juin 1919, quinze autres traités ont été signés entre 1918 et 1923 pour mettre fin à la guerre entre les différentes parties.


Il contient des renseignements sur les familles romanaises, sur des réfugiés, sur les activités imposées à la population par les Allemands. Il pallie l’absence d’autres sources, telles que des comptes rendus des réunions d’habitants (si le conseil municipal est dans l’impossibilité de tenir séance).


Quant aux archives des villages occupés par l’administration allemande, elles ont disparu dans les bombardements de mai 1940, alors que l’on tentait de les mettre à l’abri.


Le dénombrement de 1918[1] fait état de deux cent soixante-dix-neuf habitants, dont dix-sept sont absents : ce sont essentiellement les mobilisés. Il en reste donc deux cent soixante-deux, auxquels une note en ajoute deux, sans précision d’aucune sorte.

Sur la liste établie de la page 2 à 10, il est fait état de deux cent quatre-vingt-sept personnes présentes dans le village. Elles sont numérotées de 1 à 279, l’ordre alphabétique est respecté, tandis que, du numéro 280 à 287, il s’agit soit d’un ajout, soit d’un rectificatif, dont le but est d’être au plus près de la réalité.


[1] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/F 1, [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série F = population – économie – statistiques, sous-série F1 = population : mouvement, recensement (liste nominative, récapitulatif), 1911-1931], dénombrement de 1918, pages non paginées, vues 1/15 et suivantes, consultables en ligne.


Un certain nombre de noms est biffé. Il s’agit de personnes faisant partie des colonnes civiles, étrangères à la population romanaise. Il est possible de distinguer les autochtones des réfugiés, ou des personnes déplacées au gré des besoins allemands.


Le 30 janvier 1918, vingt-deux personnes sont ainsi rayées des listes nominatives. Au 1er décembre1917, elles se trouvaient à Herbigny[1]. Elles doivent se rendre à Mesmont[2].  


[1] Actuellement, localité de Justine-Herbigny, commune du département des Ardennes, région Grand Est.

[2] Actuellement, commune du département des Ardennes, région Grand Est.


Trois enfants, âgés de cinq à sept ans, sont contraints de suivre leur mère vers cette nouvelle destination, alors qu’ils ne vivaient à La Romagne que depuis deux mois. Outre les difficultés liées à la guerre, leurs conditions de vie sont encore plus difficiles et déstabilisantes, à cause des changements imposés.

Et ce, d’autant plus que la famille est originaire du département du Pas-de-Calais[1], alors que le reste du groupe provient de plusieurs villes et villages des Ardennes (Revin, Rocroi, Haybes, Novion-Porcien, Anchamps[2]).


[1] Actuellement, région Hauts-de-France.

[2] Actuellement, communes du département des Ardennes, région Grand Est.


Une seconde vague de trente-cinq personnes arrive de manière échelonnée pour le battage[1]. Ce sont principalement des femmes (vingt-cinq), dont dix-huit sont sans profession, quatre appartiennent à la catégorie des ouvrières (une giletière, une écorceuse[2], deux couturières), deux travaillent dans le service (une ménagère[3] et une servante), et la dernière est employée de commerce.

Les hommes sont principalement des journaliers. Les Allemands choisissent les catégories les plus pauvres, et s’assurent ainsi d’une plus grande docilité. Les départs se font au plus tôt le 13 août, pour se terminer le 1er octobre.


[1] « Action de battre les céréales pour séparer la graine de l’épi. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] « Personne chargée d’écorcer. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[3] « Servante qui prend soin du ménage de quelqu’un (vieilli). », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Panneau de sortie d’agglomération de Merlet vers Aguilcourt (Aisne), photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 1er septembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Panneau de sortie d’agglomération de Merlet vers Aguilcourt (Aisne), photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 1er septembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

En dehors de ces habitants temporaires, La Romagne compte plusieurs familles de réfugiés. Deux d’entre elles ont reçu l’ordre de quitter leurs villages respectifs, Merlet (hameau d’Aguilcourt[1]) et Courcy[2], en raison des opérations militaires sur le front de l’Aisne.

Leur arrivée date du même jour à La Romagne, le 26 novembre 1914. La troisième a vu son village, Liry[3] (à proximité de Vouziers[4]), occupé par les Allemands. Son arrivée est plus tardive, le 2 octobre 1915.


[1] Actuellement, commune du département de l’Aisne, région Hauts-de-France.

[2] Actuellement, commune du département de la Marne, région Grand Est.

[3] Actuellement, commune du département des Ardennes, région Grand Est.

[4] Idem.


La première famille se compose du couple Victor et Louise Millart[1], de leurs douze enfants et des grands-parents maternels, Emile Gentilhomme et sa femme Eglantine Lemaire. Tous ont évacué avec un tombereau attelé à un cheval, et ont marché le plus souvent tout au long de leur parcours.

Ce dernier, qui dépasse les cinquante kilomètres, passe de Bertricourt[2] à Asfeld[3], puis à Condé-lès-Herpy, Chaumont-Porcien, Givron, les Fondys[4] et enfin La Romagne[5]. On ignore le nombre de jours parcourus sur la route.


[1] Najman, Nadine, Un seul ciel pour tout le monde : histoire d’une famille de 1914 à 1918, Vanves : Édition du bout de la rue, « Témoignages », 2024, 285 p. [Trois chapitres sont consacrés à l’évacuation vers La Romagne (Ardennes), pages 103-109 ; 170-173 et 233-239. Des éléments sont repris sous une forme synthétique dans ce passage, avec l’accord de l’auteure de l’ouvrage.]

[2] Actuellement, commune du département de l’Aisne, région Hauts-de-France.

[3] Actuellement, commune du département des Ardennes, région Grand Est.

[4] Lieu-dit à Givron.

[5] Actuellement, communes du département des Ardennes, région Grand Est.


Portrait de Raymond Millart enfant, photographie ancienne en noir et blanc (tirage monochrome en sépia), légendée à l’encre bleue au verso « Raymond Millart né le 28 mars 1912 vers 1916 à La Romagne Ardennes évacué de Merlet où se trouvait le front pendant la guerre 1914-1918 », collection privée (avec l’aimable autorisation de madame Nadine Najman).
Portrait de Raymond Millart enfant, photographie ancienne en noir et blanc (tirage monochrome en sépia), légendée à l’encre bleue au verso « Raymond Millart né le 28 mars 1912 vers 1916 à La Romagne Ardennes évacué de Merlet où se trouvait le front pendant la guerre 1914-1918 », collection privée (avec l’aimable autorisation de madame Nadine Najman).

Les premiers temps, les Millart sont répartis entre plusieurs lieux de la commune. Mais la mère, qui souhaite voir sa famille réunie, demande un logement aux autorités allemandes. Elle obtient une maison au n° 18 de la rue Haute[1], avec pour voisin Alfred Mauroy, tandis que les grands-parents logent rue Basse (au n° 73), dans le voisinage d’Ernest Marandel.

Par deux fois, le séjour de cette famille à La Romagne est endeuillé : deux enfants naissent, un garçon en novembre 1915, et une petite fille en juillet 1917. Le premier décède le 14 mars 1916, et la seconde le 31 juillet 1917[2].


[1] Tous les numéros indiqués correspondent aux recensements de 1918 et de 1921.

[2] Archives départementales des Ardennes, 2E 369 10 [sous-série 2E = archives communales déposées, articles 2E 369 1-10 = registres paroissiaux et d’état civil de La Romagne, cote 2E 369 10 = années 1913-1945, registre 1913-1939 : naissances, mariages, décès.] Exemplaire de la mairie de La Romagne, consulté avec l’aimable autorisation de René Malherbe, maire de la commune.



Sauf Louise, la mère, et les enfants les plus jeunes, qui en sont dispensés, le père, les fils aînés, et les adolescentes, sont réquisitionnés pour les colonnes civiles et le travail agricole. Deux des jeunes filles sont employées à la scierie de Montmeillant[1].

L’une d’elles, Emilienne, échappe par la suite à ce travail ingrat, en gardant Jean et René, les deux premiers enfants du couple Georges Malherbe et Lucie Bonpart.


[1] Actuellement, commune du département des Ardennes, région Grand Est.




Cette famille regagne Merlet au début de 1919. Mais, comme sa ferme est totalement détruite, elle doit vivre dans des baraquements spécialement construits pour accueillir les populations de retour.

Baraquement construit pendant la Première Guerre mondiale pour les civils, photographie en couleurs, prise de vue effectuée à Merlet, hameau d’Aguilcourt (Aisne) le dimanche 1er septembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Baraquement construit pendant la Première Guerre mondiale pour les civils, photographie en couleurs, prise de vue effectuée à Merlet, hameau d’Aguilcourt (Aisne) le dimanche 1er septembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Tombe de la famille Millart Gentilhomme au cimetière d’Aguilcourt (Aisne), photographie en noir et blanc, prise de vue effectuée le dimanche 1er septembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Tombe de la famille Millart Gentilhomme au cimetière d’Aguilcourt (Aisne), photographie en noir et blanc, prise de vue effectuée le dimanche 1er septembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Archives départementales des Ardennes, 2E 369 10 [sous-série 2E = archives communales déposées, articles 2E 369 1-10 = registres paroissiaux et d’état civil de La Romagne, cote 2E 369 10 = années 1913-1945, registre 1913-1939 : naissances, mariages, décès.] Exemplaire de la mairie de La Romagne (Ardennes), consulté avec l’aimable autorisation de René Malherbe, maire de la commune. Acte de décès de Jules Maximilien Gentilhomme, né le 9 mars 1845 à Aguilcourt (Aisne) et mort le 16 avril 1919 à La Romagne (Ardennes).
Archives départementales des Ardennes, 2E 369 10 [sous-série 2E = archives communales déposées, articles 2E 369 1-10 = registres paroissiaux et d’état civil de La Romagne, cote 2E 369 10 = années 1913-1945, registre 1913-1939 : naissances, mariages, décès.] Exemplaire de la mairie de La Romagne (Ardennes), consulté avec l’aimable autorisation de René Malherbe, maire de la commune. Acte de décès de Jules Maximilien Gentilhomme, né le 9 mars 1845 à Aguilcourt (Aisne) et mort le 16 avril 1919 à La Romagne (Ardennes).

Elle subit cette situation dans l’attente de la reconstruction de son habitation, ce qui demandera quelques années. Les aïeuls sont restés à la Romagne, pour des raisons de santé. Jules Maximilien Gentilhomme y décède le 16 avril 1919[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, 2E 369 10 [sous-série 2E = archives communales déposées, articles 2E 369 1-10 = registres paroissiaux et d’état civil de La Romagne, cote 2E 369 10 = années 1913-1945, registre 1913-1939 : naissances, mariages, décès.] Exemplaire de la mairie de La Romagne, consulté avec l’aimable autorisation de René Malherbe, maire de la commune.


Carte postale française ancienne en noir et blanc (tirage monochrome en sépia), légendée « Merlet-Aguilcourt (Aisne). Rue menant à Aguilcourt », éditée par Lessire-Millot, café-tabac, collection privée (avec l’aimable autorisation de monsieur Guy et madame Monique Millart).


Vue aérienne de Merlet, hameau d’Aguilcourt (Aisne), photographie en couleurs, collection privée (avec l’aimable autorisation de monsieur Guy et madame Monique Millart).


Portrait d’Anastasie Zénaïde Loutsch née Warnet, photographie ancienne en noir et blanc, tirage monochrome en sépia, collection privée (avec l’aimable autorisation de madame Magalie Petit, son arrière-arrière-petite-nièce).
Portrait d’Anastasie Zénaïde Loutsch née Warnet, photographie ancienne en noir et blanc, tirage monochrome en sépia, collection privée (avec l’aimable autorisation de madame Magalie Petit, son arrière-arrière-petite-nièce).

La deuxième famille se compose de Courcéens[1] : Dominique et Zénaïde Loutsch. Ils n’arrivent pas ensemble. Alors que la femme, Zénaïde, se retrouve à La Romagne le même jour que la famille Millart, son mari ne la rejoint que le 2 août 1915, en provenance de Tavaux[2].


[1] Gentilé des habitants de Courcy.

[2] Actuellement, Tavaux-et-Pontséricourt, commune du département de l’Aisne, région Hauts-de-France.


Archives départementales de la Marne, 35 Fi 1 [Série Fi = documents figurés et assimilés entrés par voie extraordinaire (photographies, cartes postales, dessins, gravures ou estampes, cartes et plans, affiches) ; sous-série 35 Fi = guerre 1914-1918], cliché positif représentant un paysage de guerre en 1914-1918, auteur anonyme, légendé et daté sur le montage « V. 322. Vue prise en première ligne dans la région des cavaliers de Courcy (Marne), 15 janvier 1916. », tirage argentique d'époque en noir et blanc monté sur carton, 1916, notice descriptive consultable en ligne.
Archives départementales de la Marne, 35 Fi 1 [Série Fi = documents figurés et assimilés entrés par voie extraordinaire (photographies, cartes postales, dessins, gravures ou estampes, cartes et plans, affiches) ; sous-série 35 Fi = guerre 1914-1918], cliché positif représentant un paysage de guerre en 1914-1918, auteur anonyme, légendé et daté sur le montage « V. 322. Vue prise en première ligne dans la région des cavaliers de Courcy (Marne), 15 janvier 1916. », tirage argentique d’époque en noir et blanc monté sur carton, 1916, notice descriptive consultable en ligne.

Eux aussi ont dû fuir la ligne de front, où Allemands et Français se disputent le secteur des Cavaliers de Courcy. Ce sont deux levées de terre, de part et d’autre du canal de l’Aisne à La Marne, où les belligérants ont creusé des tranchées. Dominique et Zénaïde vivent au n° 43 de la rue Haute.



La troisième famille réfugiée est une famille de cultivateurs de Liry, à une soixantaine de kilomètres. Elle est constituée du couple formé par Elisée et Thérèse Camuzet, auxquels s’ajoutent Esther Camuzet Cartelet, et deux fillettes, Marie, née en 1909, et Berthe, en 1913. Ils habitent tous ensemble au n° 55 de la rue Haute. Ils sont arrivés le 8 novembre 1915. Lorsqu’ils regagnent leur village, ils le découvrent presqu’entièrement détruit.


Reproduction moderne d’une photographie allemande ancienne en noir et blanc (tirage monochrome en rouge), représentant un incendie à Liry (Ardennes) pendant la Première Guerre mondiale, collection privée (avec l’aimable autorisation de madame Odette Corneille).

Reproduction moderne d’une photographie allemande ancienne en noir et blanc (tirage monochrome en rouge), représentant un incendie à Liry (Ardennes) pendant la Première Guerre mondiale, collection privée (avec l’aimable autorisation de madame Odette Corneille).


Reproduction moderne d’une photographie ancienne en noir et blanc (tirage monochrome en sépia), légendée « Liry [Ardennes] 1919. La cloche a été enlevée par les Allemands en 1916. », collection privée (avec l’aimable autorisation de madame Odette Corneille).
Reproduction moderne d’une photographie ancienne en noir et blanc (tirage monochrome en sépia), légendée « Liry [Ardennes] 1919. La cloche a été enlevée par les Allemands en 1916. », collection privée (avec l’aimable autorisation de madame Odette Corneille).

La vie laborieuse des Romanais se poursuit, malgré toutes les difficultés engendrées par les bouleversements de la vie quotidienne, et l’arrivée de réfugiés. Les archives de 1918 font apparaître que cinquante-quatre personnes travaillent, dont sept femmes (quatre couturières, une servante, une cultivatrice et une institutrice), et quarante-sept hommes (le curé étant exclu de ce comptage, puisque son activité relève d’une vocation, et non d’un métier au sens strict).


Parmi ces derniers, trente-huit sont en lien avec l’agriculture (vingt cultivateurs et dix-huit journaliers), et les neuf autres exercent diverses professions (instituteur, négociant, appariteur), ou sont artisans (deux maréchaux-ferrants, deux vanniers, un couvreur, un cordonnier). La mobilisation a restreint cette dernière catégorie. Et l’absence d’un boulanger dans ce recensement est notable.


Se pose, d’autre part, le problème du repérage des maisons, à une époque où la poste n’a pas encore fixé leur numérotage[1] dans les villages, et ce, pour faciliter la distribution du courrier.

En s’appuyant sur les recensements de 1918 et de 1921, l’on constate qu’en 1918, la ferme Marandel (n° 64 de la rue Haute) devient le n° 1 de cette même voie en 1921, et que l’identification du bâti pourrait se faire éventuellement en zigzag en 1918 : on compte d’un côté les maisons contiguës puis, s‘il y a une place vide, on compte celle du trottoir opposé.


[1] « Action de numéroter. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Dans l’état actuel de la recherche, il semblerait très hypothétique de déterminer quelle logique a été suivie. Tout au plus pourrait-on supputer, sous toutes réserves, qu’elle aurait été inspirée par l’occupant allemand[1].


[1] Parallèlement à la Straßenweise Hufeisennummerierung (numérotation en fer à cheval rue par rue), fixée par un arrêté du roi de Prusse Frédéric-Guillaume III le 28 septembre 1799, il existe bien d’autres systèmes, de diverses époques, encore utilisés, de façon partielle, cumulative, et parfois sous des formes hybrides, dans certaines villes d’Allemagne, tels qu’une ortschaftsweise Durchnummerierung (numérotation continue par localité), une viertelweise Durchnummerierung (numérotation continue par quartier), une blockweise Nummerierung (numérotation par blocs), une wechselseitige oder Zick-Zack Nummerierung (numérotation alternée ou en zigzag), un block decimal system ou Philadelphia system (système décimal par blocs, ou système de Philadelphie), un metrisches System (système métrique), et enfin un dekametrisches System (système décamétrique). Sans compter que, depuis la mise en place de la loi du Grand Berlin (Gross-Berlin-Gesetz) le 1er octobre 1920, il n’est pas question dans cette ville de numérotation des maisons (Hausnummerierung) mais des terrains (Grundstücksnummerierung).


Sans certitude sur le mode de numérotation, il est difficile d’identifier précisément où se trouvaient les domiciles des trois familles évoquées précédemment. Cependant, en 1921, un certain nombre de maisons vides apparaît, tant rue Haute que rue Basse.

Il se pourrait qu’elles correspondissent aux habitations occupées par les troupes allemandes, et les réfugiés, pendant le conflit. Il est d’autre part impossible de formuler cette hypothèse pour les hameaux et les écarts, les maisons ayant disparu de nos jours, à quelques exceptions près.


Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/F 1, [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série F = population – économie – statistiques, sous-série F1 = population : mouvement, recensement (liste nominative, récapitulatif), 1911-1931], dénombrement de 1921, pages non paginées, vues 1/14 et suivantes, consultables en ligne.
Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/F 1, [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série F = population – économie – statistiques, sous-série F1 = population : mouvement, recensement (liste nominative, récapitulatif), 1911-1931], dénombrement de 1921, pages non paginées, vues 1/14 et suivantes, consultables en ligne.

En 1921, tous les réfugiés, et les populations déplacées, ont quitté le village depuis un peu plus de dix-huit mois. La population s’est stabilisée, et compte désormais deux cent cinquante-neuf habitants[1], répartis dans quatre-vingt-quinze maisons sur l’ensemble du terroir de La Romagne.

Deux cent quatorze (82,6 %) habitent dans les soixante-douze maisons du village proprement dit, et quarante-cinq (17,37 %) vivent dans les vingt-trois maisons des hameaux et des écarts. La rue Langlet n’accueille plus que quatre foyers en 1921, contre cinq en 1918. La rue Canon, un seul au lieu de deux.


[1] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/F 1, [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROMAGNE[LA] = fonds concernant La Romagne ; série F = population – économie – statistiques, sous-série F1 = population : mouvement, recensement (liste nominative, récapitulatif), 1911-1931], dénombrement de 1921, pages non paginées, vues 1/14 et suivantes, consultables en ligne.


En 1921, la pyramide des âges des habitants de La Romagne (Ardennes) montre des variations plus importantes chez les hommes que chez les femmes. Graphique de type « barres empilées ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
En 1921, la pyramide des âges des habitants de La Romagne (Ardennes) montre des variations plus importantes chez les hommes que chez les femmes. Graphique de type « barres empilées ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Alors que le taux de natalité est au plus bas durant la Première Guerre mondiale, il reprend au retour de la paix : dix naissances sont à noter depuis la fin des hostilités jusqu’au 25 mars 1921.


En 1921, la population active de La Romagne (Ardennes) est aux trois quarts composées d’agriculteurs et d’artisans. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
En 1921, la population active de La Romagne (Ardennes) est aux trois quarts composées d’agriculteurs et d’artisans. Graphique de type « histogramme groupé ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La population active est de quatre-vingt-sept personnes, qui se répartissent en soixante-dix-huit hommes et six femmes adultes, plus trois apprentis mineurs. Ainsi, une proportion de 33,6 % des deux cent cinquante-neuf habitants est active, tandis que les 66,4 % dits sans profession comptabilisent les personnes âgées, les enfants, et les mères au foyer.


Plusieurs d’entre elles s’occupent en fait d’un élevage domestique, et notamment de la traite, sans qu’elles soient officiellement comptabilisées comme actives : elles ne reçoivent aucun salaire.

En 1921, les propriétaires exploitants, qui représentent la catégorie la plus riche des agriculteurs de La Romagne (Ardennes), sont majoritaires. Graphique de type « secteurs en 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
En 1921, les propriétaires exploitants, qui représentent la catégorie la plus riche des agriculteurs de La Romagne (Ardennes), sont majoritaires. Graphique de type « secteurs en 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

En 1921, le village retrouve tous ses artisans, qui peuvent ainsi répondre aux besoins des uns et des autres.

En 1921, les artisans de La Romagne (Ardennes) appartiennent à des corps de métiers centrés sur la vie agricole. Graphique de type « barres empilées ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
En 1921, les artisans de La Romagne (Ardennes) appartiennent à des corps de métiers centrés sur la vie agricole. Graphique de type « barres empilées ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La reprise administrative étatique montre un maillage jusque dans les plus petites communes. Les employés d’Etat, municipaux, et cantonaux, sont représentés par le percepteur, l’instituteur et l’institutrice, le garde-champêtre, et un employé de la voirie cantonale. Les chemins de fer étant encore constitués de compagnies privées[1], les deux employés concernés sont classés à part.


[1] Le 1er janvier 1938, les cinq grandes compagnies ferroviaires privées de France fusionnent pour créer la Société nationale des chemins de fer français (SNCF).


En 1921, la rue principale de La Romagne (Ardennes) concentre approximativement les deux tiers de la population du village. Graphique de type « aires 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
En 1921, la rue principale de La Romagne (Ardennes) concentre approximativement les deux tiers de la population du village. Graphique de type « aires 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Par rapport au recensement de 1911, une diminution s’amorce : La Romagne a perdu vingt-deux habitants en dix ans, soit 7,8 % de sa population. Ce phénomène se remarque davantage dans les hameaux, où la décroissance la plus visible est celle des Houïs : ce hameau perd douze habitants sur les vingt-huit qu’il comptait avant le déclenchement du conflit.

En 1921, trois hameaux regroupent 82 % des habitants de La Romagne (Ardennes), contre 17,8 % pour les trois autres. Graphique de type « aires 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
En 1921, trois hameaux regroupent 82 % des habitants de La Romagne (Ardennes), contre 17,8 % pour les trois autres. Graphique de type « aires 3D ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

C’est à la fois une des conséquences de la Première Guerre mondiale, de la poursuite du phénomène d’exode rural amorcé au siècle précédent, du développement de l’enseignement, et de l’intérêt pour des métiers aux salaires fixes, sans aléas liés à la nature.


Le drapeau français prend une dimension particulière le 11 novembre, jour de commémoration de l'Armistice de 1918. En ce jour de mémoire, il symbolise non seulement les valeurs de la République – liberté, égalité, fraternité – mais aussi l'hommage rendu aux soldats tombés pour la France lors de la Première Guerre mondiale. Arboré lors des cérémonies, le drapeau rappelle le sacrifice et le patriotisme de ceux qui ont combattu pour protéger ces idéaux, unissant ainsi la nation dans le souvenir et le respect.
Le drapeau français prend une dimension particulière le 11 novembre, jour de commémoration de l’Armistice de 1918. En ce jour de mémoire, il symbolise non seulement les valeurs de la République – liberté, égalité, fraternité – mais aussi l’hommage rendu aux soldats tombés pour la France lors de la Première Guerre mondiale. Arboré lors des cérémonies, le drapeau rappelle le sacrifice et le patriotisme de ceux qui ont combattu pour protéger ces idéaux, unissant ainsi la nation dans le souvenir et le respect.

L’analyse comparative des recensements de 1918 et de 1921 à La Romagne met en évidence l’impact singulier de la Première Guerre mondiale sur les Ardennes françaises, une région lourdement et directement affectée par les combats.

Ce département a été en effet marqué par l’occupation allemande, les destructions massives de villages, les exils forcés et les déplacements de populations, autant d’événements qui ont profondément bouleversé la structure sociale et économique locale.

De fait, les hostilités ont laissé des séquelles durables sur la démographie de la région, et les premiers efforts de retour à la normalité se sont heurtés aux conséquences de la guerre.

La spécificité des Ardennes en fait donc un lieu emblématique pour comprendre l’après-guerre en France. Ici, la reconstruction s’est confrontée aux blessures matérielles et humaines laissées par le conflit. Ainsi, le 11 novembre, fête particulièrement commémorée, en plus d’honorer la mémoire des soldats, rappelle également les épreuves traversées par les civils ardennais.

Catégories
Fêtes Guerre mondiale (1939-1945) Maires Mairies Révolution française (1789-1799)

Le discours du 14 Juillet 1945 à La Romagne


Quatre-vingts ans environ se sont écoulés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Quelques mois après la victoire, Alcide Cugnart, maire de La Romagne, écrit un discours pour le 14 Juillet[1] 1945.

Il y évoque l’histoire de la fête nationale et de sa capacité à unir le peuple français. C’est avec joie que la population romanaise retrouve la commémoration de cette journée républicaine.

Ce document d’époque a été transmis par Virginie Périn, son arrière-petite-fille, et est publié avec son aimable autorisation. Son édition diplomatique respecte les règles typographiques employées par l’auteur.


[1] « Les noms de fêtes s’écrivent avec une capitale initiale au nom caractéristique et à l’adjectif qui éventuellement le précède ». De même, « Lorsqu’une date est mentionnée pour évoquer un événement historique et que l’année n’est pas indiquée, le nom du mois prend une capitale initiale. ». En revanche, « Il s’écrira normalement si cette même date n’indique que le jour où s’est produit l’événement sans représenter son contenu historique », selon le Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale.


« Mes chers concitoyens,
 
Enfin, après de longues années d’angoisse, nous pouvons célébrer en toute liberté notre fête nationale !

Discours du 14 juillet 1945 à La Romagne (Ardennes) par monsieur Alcide Cugnart † (1897-1973), maire du village de 1930 à 1965 (collection privée, avec l’aimable autorisation de madame Virginie Périn).
Page 1 du discours du 14 juillet 1945 à La Romagne (Ardennes) par monsieur Alcide Cugnart † (1897-1973), maire du village de 1930 à 1965 (collection privée, avec l’aimable autorisation de madame Virginie Périn).
Page 1 du discours du 14 juillet 1945 à La Romagne (Ardennes) par monsieur Alcide Cugnart † (1897-1973), maire du village de 1930 à 1965 (collection privée, avec l’aimable autorisation de madame Virginie Périn).

Depuis les jours sombres de 1940, lorsqu’arrivait la date du 14 juillet, nos cœurs se serraient encore plus car, loin de pouvoir nous réjouir, nous avions la vue de l’ennemi détesté, maître de toute notre chère France, qui nous enlevait toutes nos libertés et voulait faire de nous un peuple d’esclaves.

Chassons de notre mémoire ces heures et ces pensées douloureuses et ne songeons qu’à la solennité qui doit émouvoir tous les cœurs républicains. Sa date, glorieuse entre toutes, nous rappelle un des événements les plus décisifs de notre Histoire.

Aujourd’hui, il n’y a plus de sujets ni de despotes, il n’y a que des citoyens instruits de leurs droits et de leurs devoirs, libres, et qui célèbrent avec gratitude l’anniversaire de leur émancipation.


Page 2 du discours du 14 juillet 1945 à La Romagne (Ardennes) par monsieur Alcide Cugnart † (1897-1973), maire du village de 1930 à 1965 (collection privée, avec l’aimable autorisation de madame Virginie Périn).
Page 2 du discours du 14 juillet 1945 à La Romagne (Ardennes) par monsieur Alcide Cugnart † (1897-1973), maire du village de 1930 à 1965 (collection privée, avec l’aimable autorisation de madame Virginie Périn).

Ce qu’était la Bastille[1] que le peuple renversa en 1789, je ne vous l’apprendrai pas. Forteresse, prison, tombeau où pourrissaient ensemble coupables et innocents, selon le caprice des grands, elle se dressait comme le symbole, le signe visible du despotisme[2] royal.


[1] La Bastille Saint-Antoine est une forteresse érigée au XIVe siècle sous Charles V. Elle protégeait la route de Vincennes à Paris. Elle devient ensuite une prison d’état. En 1789, il n’y avait plus que sept prisonniers. Elle est détruite au lendemain du mardi 14 juillet 1789 par Pierre-François Palloy (1755-1835) un entrepreneur de travaux publics et architecte.

[2] Le despotisme est « une forme de gouvernement où tous les pouvoirs sont réunis dans une seule main », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Musée national du Château de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire MV 5517, anonyme français (peintre), Prise de la Bastille et arrestation du gouverneur M. de Launay, le 14 juillet 1789, huile sur toile, 18e siècle, notice descriptive consultable en ligne sur le site de l’agence photographique GrandPalaisRmnPhoto, édité par la Réunion des musées nationaux (France).
Musée national du Château de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire MV 5517, anonyme français (peintre), Prise de la Bastille et arrestation du gouverneur M. de Launay, le 14 juillet 1789, huile sur toile, 18e siècle, notice descriptive consultable en ligne sur le site de l’agence photographique GrandPalaisRmnPhoto, édité par la Réunion des musées nationaux (France).

Son existence et sa fonction étaient la conséquence du régime du bon plaisir et des lettres de cachet[1]. Son nom seul épouvantait les plus braves. Sa masse puissante et sombre, son profil dur, ses murailles hautes et muettes cadraient bien avec ce pouvoir absolu dont elle était la signification et comme le rempart.


[1] Une lettre de cachet était une « lettre fermée du sceau royal et qui contenait un ordre d’emprisonnement ou d’exil », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Musée national du Château de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire MV 5517, anonyme français (peintre), Prise de la Bastille et arrestation du gouverneur M. de Launay, le 14 juillet 1789, huile sur toile, 18e siècle, notice descriptive consultable en ligne sur le site de l’agence photographique GrandPalaisRmnPhoto, édité par la Réunion des musées nationaux (France).
Musée national du Château de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire MV 5517, anonyme français (peintre), Prise de la Bastille et arrestation du gouverneur M. de Launay, le 14 juillet 1789 [détail], huile sur toile, 18e siècle, notice descriptive consultable en ligne sur le site de l’agence photographique GrandPalaisRmnPhoto, édité par la Réunion des musées nationaux (France).

Eh bien, en 1789, dans un élan de généreuse colère contre l’injustice et l’oppression des rois, le peuple de Paris s’empara par la force de cette forteresse qui était impénétrable et qu’on regardait comme imprenable. Et il rendit à la liberté les victimes d’une autocratie[1] qu’il était enfin las de subir.


[1] L’autocratie est une « forme de gouvernement où le souverain exerce un pouvoir absolu », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Page 3 du discours du 14 juillet 1945 à La Romagne (Ardennes) par monsieur Alcide Cugnart † (1897-1973), maire du village de 1930 à 1965 (collection privée, avec l’aimable autorisation de madame Virginie Périn).
Page 3 du discours du 14 juillet 1945 à La Romagne (Ardennes) par monsieur Alcide Cugnart † (1897-1973), maire du village de 1930 à 1965 (collection privée, avec l’aimable autorisation de madame Virginie Périn).

Brusquement, dans le flamboiement des châteaux, les privilégiés[1] virent apparaître ce prolétariat[2] auquel ils n’avaient point pensé. Une révolution sociale était faite. Le principe était proclamé de l’égalité de tous les Français et de la suppression de tous les privilèges.


[1] Les privilèges honorifiques, fiscaux ou judiciaires.

[2] Le prolétariat désignait chez les Romains « la classe la plus pauvre du peuple, qui ne payait pas d’impôts », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


« La langue de la République est le français. L'emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge. L'hymne national est la Marseillaise. La devise de la République est Liberté, Egalité, Fraternité. Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. » (Constitution du 4 octobre 1958, article 2, version en vigueur depuis le 05 août 1995).
« La langue de la République est le français. L’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge. L’hymne national est la Marseillaise. La devise de la République est Liberté, Egalité, Fraternité. Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. » (Constitution du 4 octobre 1958, article 2, version en vigueur depuis le 05 août 1995).

Ce principe s’inscrivait bientôt dans la déclaration des Droits de l’homme[1]. Et notre devise nationale resplendissait de 3 grands noms : Liberté ! Egalité ! Fraternité ! Fraternité !

Que notre vie se passe dans la Fraternité, dans cette belle, vivante, agissante Fraternité qui, après avoir uni la rude main calleuse de l’ouvrier et la main toute blanche de l’écrivain ou du fonctionnaire, met en contact les cœurs et les âmes.


[1] Cette déclaration est inspirée des principes des Lumières. Elle définit les droits naturels de l’homme, les droits politiques du citoyen, et reconnaît le principe de la séparation des pouvoirs.


Page 4 du discours du 14 juillet 1945 à La Romagne (Ardennes) par monsieur Alcide Cugnart † (1897-1973), maire du village de 1930 à 1965 (collection privée, avec l’aimable autorisation de madame Virginie Périn).
Page 4 du discours du 14 juillet 1945 à La Romagne (Ardennes) par monsieur Alcide Cugnart † (1897-1973), maire du village de 1930 à 1965 (collection privée, avec l’aimable autorisation de madame Virginie Périn).

Pourquoi restons-nous fidèles à cette pieuse cérémonie ? c’est que chacun de nous obéit à l’impulsion du plus noble des sentiments qui peuvent soulever l’âme humaine : le souvenir.

Un peuple ne doit pas en effet oublier ceux qui sont morts pour lui donner cette liberté qui lui a ouvert les voies du bonheur et du progrès.


Le pavoisement des édifices et bâtiments publics avec le drapeau tricolore bleu, blanc, rouge est obligatoire le 14 Juillet.
Le pavoisement des édifices et bâtiments publics avec le drapeau tricolore bleu, blanc, rouge est obligatoire le 14 Juillet.

Cette année, nous prendrons part à notre Fête nationale avec l’enthousiasme, la joie de notre liberté totale. Et nous communierons ensemble dans cette réconfortante pensée que la Fête de la Nation[1] est la fête de famille de l’ensemble des Français. »


[1] La fête de la Fédération est célébrée le mercredi 14 juillet 1790 pour commémorer le premier anniversaire de la prise de la Bastille. Le mardi 6 juillet 1880, le 14 Juillet devient fête nationale française. C’est un jour férié avec un défilé militaire et des festivités tels des feux d’artifice et des bals populaires.