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Mission historique et mémorielle à Krems-Gneixendorf sur les traces de Pierre Bonhomme, natif de La Romagne, prisonnier de guerre dans le Stalag autrichien XVII B Krems-Gneixendorf.


Cadre général de la mission historique et mémorielle à Krems-Gneixendorf


Plaque commémorative du bombardement de Krems, apposée à un mur de la gare. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plaque commémorative du bombardement de Krems, apposée à un mur de la gare. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Après avoir cherché les traces de Pierre Bonhomme, natif de la Romagne[1], prisonnier de guerre n° 53026 dans les Stalags[2] allemands III A Luckenwalde[3], III B Fürstenberg (Oder)[4], III D Berlin[5], une nouvelle mission historique et mémorielle s’est accomplie au Stalag XVII B de Krems[6]-Gneixendorf[7] en Autriche du dimanche 29 juin au jeudi 10 juillet 2025. Ce déplacement a combiné échanges professionnels, recherches documentaires et exploration de terrain autour de la période 1939-1945 et des lieux de mémoire.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Abréviation de Mannschaftsstammlager (camp de sous-officiers et d’hommes de troupe prisonniers de guerre en Allemagne, pendant la Seconde Guerre mondiale).

[3] Commune allemande située actuellement dans le Land de Brandebourg, en Allemagne ; elle est le chef-lieu de l’arrondissement de Teltow-Fläming.

[4] Fürstenberg (Oder), ancienne ville allemande située actuellement dans le Land de Brandebourg, en Allemagne ; indépendante jusqu’en 1961, elle constitue aujourd’hui un quartier de la ville d’Eisenhüttenstadt.

[5] Berlin, capitale de l’Allemagne, située actuellement dans le Land de Berlin, en Allemagne ; elle constitue à la fois une ville-État et un Land fédéral.

[6] Krems an der Donau, littéralement « Krems-sur-le-Danube », commune autrichienne dotée d’un statut propre (Statutarstadt), située actuellement dans le Land de Basse-Autriche, en Autriche ; elle constitue à la fois une commune et un district.

[7] Gneixendorf, ancienne commune autrichienne située actuellement dans le Land de Basse-Autriche, en Autriche ; elle constitue aujourd’hui un quartier de Krems an der Donau.


Vestige du Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vestige du Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Apport des archives du CICR (Comité internationale de la Croix-Rouge)



Il a notamment permis des échanges avec le CICR[1] (Comité international de la Croix-Rouge), incluant l’envoi de reproductions de sources primaires, ainsi qu’une rencontre avec Edith Blaschitz à l’Université de formation continue de Krems[2] (Universität für Weiterbildung Krems).

Le CICR propose un service de recherche historique et humanitaire destiné à reconstituer le parcours des personnes disparues, détenues ou déplacées pendant la Guerre d’Espagne et la Seconde Guerre mondiale.

Dans le cas du second conflit mondial, ce dispositif concerne notamment les prisonniers de guerre français de 1939-1945, mais aussi les déportés, internés civils et travailleurs forcés. À partir de ses archives et de ses réseaux internationaux, le CICR peut fournir des informations relatives à la captivité, aux lieux de détention, aux transferts ou au sort des personnes recherchées.

Ce service fonctionne sur demande individuelle, mais il est actuellement saturé : aucune nouvelle demande standard ne sera acceptée avant le 25 janvier 2027 à 8 h (heure de Genève).

Dans le cadre de cette recherche, les Archives du CICR ont transmis plusieurs documents relatifs à Pierre Bonhomme. Parmi eux figure notamment une photocopie de la liste n° 222 établie par les autorités allemandes concernant le Stalag XVII B, sur laquelle apparaît son nom.

Ce document porte un tampon du CICR daté du 21 novembre 1940 ainsi qu’un autre cachet marqué « RF » avec la numérotation 140632-140681. Il est conservé sous la cote « C G2 FR ».

Le CICR a également communiqué les fiches individuelles recto-verso de Pierre Bonhomme, plusieurs listes officielles mentionnant son nom, ainsi que trois rapports de visite du Stalag XVII B rédigés par ses délégués :

  • rapport du 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49 ;
  • rapport du 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées ;
  • rapport du 14 octobre 1941, tapuscrit, 7 pp., non paginées.

Dans un courrier daté du mardi 22 juillet 2025, Valérie Hashemi, pour les Archives du CICR, rappelle que ces documents, bien que publics, contiennent également les noms d’autres prisonniers et doivent donc être utilisés avec précaution.

Cette consultation est autorisée dans le cadre de la recherche et de la citation scientifique, mais leur publication intégrale en ligne demeure interdite.

L’ensemble de ces sources constitue un matériau essentiel pour retracer le parcours administratif de Pierre Bonhomme et documenter les conditions de détention des prisonniers de guerre français au Stalag XVII B pendant la Seconde Guerre mondiale.


[1] Le siège du CICR se trouve au 19, avenue de la Paix, 1202 Genève, en Suisse.

[2] Dr.-Karl-Dorrek-Straße 30, 3500 Krems.


Rencontre entre Marie-Noëlle Estiez Bonhomme et Edith Blaschitz à l’Université de formation continue de Krems (Universität für Weiterbildung Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 7 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Rencontre entre Marie-Noëlle Estiez Bonhomme et Edith Blaschitz à l’Université de formation continue de Krems (Universität für Weiterbildung Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 7 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Rencontre scientifique à l’Université de formation continue de Krems (Universität für Weiterbildung Krems) avec Edith Blaschitz


Une rencontre s’est tenue le lundi 7 juillet à Krems avec Edith Blaschitz, historienne et responsable du pôle « Études sur la mémoire numérique » (« Digitale Erinnerungsforschung ») à l’Université de formation continue de Krems (Universität für Weiterbildung Krems).

Docteure en culture visuelle et histoire contemporaine de l’Université de Vienne (Wien Universität), elle est spécialisée dans les cultures de la mémoire, avec une attention particulière portée aux représentations du nazisme et de l’après-guerre en Autriche.

Ses travaux portent sur les usages médiatiques et numériques de la mémoire ainsi que sur les dispositifs participatifs en histoire. Depuis les années 1990, elle a conduit de nombreux projets internationaux consacrés à l’exil, aux migrations et à l’histoire du nazisme, en lien avec différentes institutions mémorielles.

À Krems, elle s’inscrit également dans des projets associant recherche historique, médiation culturelle et participation citoyenne, notamment autour des camps nazis et de l’histoire des femmes. Son approche, résolument transdisciplinaire, combine histoire, pratiques artistiques et technologies numériques afin de rendre visibles des mémoires et des espaces souvent peu documentés ou marginalisés.

Edith Blaschitz a confirmé à cette occasion, la participation du blog laromagne.info au programme de recherche européen consacré aux prisonniers de guerre français. Cette collaboration s’accompagne de la transmission de documents personnels, notamment plusieurs articles scientifiques en prépublication, ainsi qu’une liste des commandos de travail issue des archives de Caen. Ce document, daté de 1945, constitue une source précieuse pour l’étude des parcours de captivité.


Panorama des institutions internationales consultées dans le cadre de la recherche


Les recherches ont été approfondies au sein de plusieurs institutions internationales de référence, reconnues pour la richesse et la fiabilité de leurs fonds documentaires, afin de croiser les sources, compléter les données existantes et garantir une analyse rigoureuse et exhaustive du sujet étudié :

  • consultation des archives Arolsen (Arolsen Archives – International Center on Nazi Persecution) ;
  • orientation bibliographique au musée d’Histoire militaire (Heeresgeschichtliches Museum, Vienne), fournissant des références bibliographiques et des indications archivistiques ;
  • exploitation des fonds des Archives nationales de Russie (GARF – Государственный архив Российской Федерации) ;
  • recherche aux archives fédérales d’Allemagne (Bundesarchiv) à Berlin, notamment dans le département du personnel militaire (Abteilung PA) issu de l’ancienne « Deutsche Dienststelle – WASt » ;
  • dépouillement de documents aux Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv – ÖStA), notamment les archives militaires (Kriegsarchiv) ;
  • repérage des sources au sein du Service des Archives régionales de Basse-Autriche (Niederösterreichisches Landesarchiv) ;
  • Investigation documentaire à la Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek), en particulier sur les Stalags.

Document des archives d’Arolsen (Arolsen Archives) relatif à Pierre Bonhomme et au Stalag XVII B


Dans le cadre de recherches entreprises auprès des archives d’Arolsen (Arolsen Archives), un document concernant Pierre Bonhomme et le Stalag XVII B a été retrouvé et transmis le vendredi 11 juillet 2025 par Martina Saueracker.

La fiche de la mission de liaison à Berlin ; Français de toutes les zones (Kartei der Verbindungsmission in Berlin ; Franzosen aus allen Zonen) comporte plusieurs mentions significatives. Sur le recto figurent notamment le nom de Pierre Bonhomme, sa date de naissance « 6.1.10 » associée à « Le Breuil Marne », ainsi que la référence « P.G. [prisonnier de guerre] 53.026 Stalag XVII B ». Une mention complémentaire indique également « Rap. [rapatrié/rapatriement] mai/juin 45 », suggérant un retour en France au printemps ou au début de l’été 1945, à la fin de la guerre.

Au verso, plusieurs éléments administratifs apparaissent : un numéro imprimé en haut à gauche (450025), un tampon en bas à droite (29966), ainsi qu’une mention technique en allemand : « Sichteckkartei DRP Neutralkarte Bestell-Nr 1780 Nachdruck verboten » (fichier à onglets DRP, fiche neutre, n° de commande 1780. Toute reproduction interdite).

Ces indications confirment la nature strictement administrative de la fiche, issue des systèmes d’enregistrement allemands et alliés dédiés à la gestion des prisonniers de guerre.


Informations et orientations fournies par le Musée d’Histoire militaire de Vienne (Heeresgeschichtliches Museum, HGM)


A la suite d’une demande adressée au musée d’Histoire militaire de Vienne, (Heeresgeschichtliches Museum, HGM) de Vienne, le docteur Richard Germann a transmis le vendredi 4 juillet 2025 un ensemble de références bibliographiques et archivistiques relatives au Stalag XVII B.

Il mentionne notamment les ouvrages de synthèse Kriegsgefangene des Zweiten Weltkrieges[1], l’étude de Hubert Speckner consacrée aux camps de prisonniers dans l’Ostmark[2], ainsi que l’ouvrage collectif dirigé par Karin Böhm et autres auteurs consacré à une approche topographique du Stalag XVII B[3].

Sur le plan archivistique, il signale plusieurs documents conservés aux Archives nationales d’Autriche (ÖStA), qui apparaissent particulièrement significatifs pour l’étude du fonctionnement administratif et humain du camp[4].

Corinna Beran, archiviste référente, titulaire d’une licence et d’un master en sciences humaines ou disciplines équivalentes, rattachée aux Archives nationales d’Autriche, et plus précisément aux archives de la République, abonde dans son sens dans un courrier du vendredi 27 juin 2025.

Ces ensembles documentaires permettent d’appréhender de manière complémentaire l’organisation administrative du Stalag XVII B, son encadrement militaire, ainsi que les mécanismes d’enregistrement des décès en captivité.


[1] Bischof, Günter, Stefan Karner et Barbara Stelzl-Marx (dir.). Kriegsgefangene des Zweiten Weltkrieges: Gefangennahme – Lagerleben – Rückkehr. Vienne/Munich: R. Oldenbourg Verlag, 2005, 432 pp.

[2] Speckner, Hubert. In der Gewalt des Feindes: Kriegsgefangenenlager in der “Ostmark” 1939 bis 1945. Vienne: R. Oldenbourg Verlag, 2003, 368 pp.

[3] Böhm, Karin; Blaschitz, Edith; Rühse, Viola, Nichts zu sehen? Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – eine topografische Vermessung, Weitra, Verlag Bibliothek der Provinz, 2024, 208 pp.

[4] Österreichisches Staatsarchiv (ÖStA), Kriegsarchiv (KA), NL 787 (Wittas), Karton « Kriegsschule », Unterbestand 10: Handakten als Kommandeur des Stalag XVII B (1940–1944); Österreichisches Staatsarchiv (ÖStA), Archiv der Republik (AdR), 314 Zs-120: Totenbuch Stalag XVII B (2.8.1943–26.4.1945).


Archives nationales de Russie (Государственный архив Российской Федерации, GARF)


Les Archives nationales de Russie (GARF – Государственный архив Российской Федерации) constituent l’un des principaux dépôts d’archives publiques du pays. Situées à Moscou[1], elles conservent les fonds administratifs de la RSFSR[2] et de l’URSS[3] couvrant la période 1917–1991. Depuis la perestroïka et l’après-URSS, une part importante de leurs collections a été progressivement ouverte à la recherche.

Parmi les outils développés figure le système НИКА (NIKA)[4], basé sur l’intelligence artificielle, dédié aux documents liés à la Seconde Guerre mondiale (Grande Guerre patriotique). Il facilite l’exploration de sources massives issues des archives.

Le site propose aussi des expositions virtuelles et des visites en ligne, principalement consacrées à l’histoire russe et à la Seconde Guerre mondiale, notamment à travers des projets commémoratifs comme la « Chronique de la Victoire 1941–1945 ».

Dans le cadre de la recherche consacrée à Pierre Bonhomme, les archives nationales de Russie (RGVA) ont répondu le mercredi 24 septembre 2025 sous la référence n° 3640/2025. Le courrier indique qu’aucune information n’a été retrouvée dans le fichier nominatif des détenus des camps de concentration nazis conservé dans leurs fonds, constitué à partir de documents allemands saisis pendant la Seconde Guerre mondiale. La réponse est signée par O. V. Golovnikova, directrice adjointe de la RGVA, et cosignée par N. A. Myshov, chef du service de l’utilisation et de la publication des documents d’archives.

Par ailleurs, une seconde réponse, datée du 4 août 2025 (réf. n° 6921-T, en réponse à la demande n° N/A du 6 juillet 2025), a été transmise par I. V. Baikova, cheffe du département des travaux scientifiques, d’information et de référence, avec exécution par N. S. Baklanova. Elle précise que les archives nationales de Russie ne conservent qu’une part limitée de documents relatifs aux personnes détenues dans le Stalag III-A Luckenwalde, sans qu’aucune mention de Pierre Bonhomme n’ait été retrouvée.

La réponse souligne également que les fonds relatifs aux autres camps mentionnés, ainsi que les listes nominatives de prisonniers de guerre, n’ont pas été transférés aux Archives nationales de Russie. Il est recommandé de poursuivre les recherches auprès des archives centrales du ministère de la Défense de la Fédération de Russie, 29 rue de l’amiral Makarov, 125215 Moscou[5].


[1] Москва, Большая Пироговская улица, 17 (17 rue Bolchaïa Pirogovskaïa, Moscou, Russie).

[2] République socialiste fédérative soviétique de Russie (Российская Советская Федеративная Социалистическая Республика).

[3] Union des républiques socialistes soviétiques (Союз Советских Социалистических Республик, СССР).

[4] Système de recherche sémantique développé par les Archives nationales de Russie (GARF).

[5] Центральный архив Министерства обороны Российской Федерации, 125215, Москва, ул. Адмирала Макарова, д. 29.


Archives fédérales d’Allemagne (Bundesarchiv, Berlin)


Les archives fédérales d’Allemagne (Bundesarchiv), à Berlin[1], ont répondu le 18 avril 2023 sous la référence PA 2 – 2023/G-3899 à une demande concernant le prisonnier de guerre français Pierre Bonhomme (né le 06.01.1910). Le dossier, traité par madame C. Müller, relevait du service DR 2 chargé des renseignements sur les militaires des Première et Seconde Guerres mondiales (« Referat DR 2 Auskünfte Militärangehörige Erster und Zweiter Weltkrieg »).

Elles précisent que les missions de l’ancien Service allemand des renseignements sur les pertes militaires (Deutsche Dienststelle – WASt) ont été intégrées en 2019 aux archives fédérales d’Allemagne, au sein du département du personnel militaire (Abteilung PA).

Selon leurs informations, les archives relatives aux prisonniers de guerre français détenus par l’Allemagne ont été en grande partie saisies en 1945 et transférées en France. Elles sont aujourd’hui conservées principalement au Centre des Archives de Caen anciennement Division archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), et non au Secrétariat d’Etat aux anciens combattants comme indiqué par erreur dans le courrier allemand.

Les archives fédérales d’Allemagne à Berlin indiquent par ailleurs ne conserver que des fiches issues de versements ultérieurs, soit environ 1,5 million de cartes classées alphabétiquement. Après vérification de ces fonds, aucune trace de Pierre Bonhomme n’a été retrouvée.


[1] Bundesarchiv, Am Borsigturm 130, 13507 Berlin.


Marie-Noëlle Estiez Bonhomme aux Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv, ÖStA), vue intérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée mercredi 9 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Marie-Noëlle Estiez Bonhomme aux Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv, ÖStA), vue intérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée mercredi 9 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv, ÖStA)


Les Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv – ÖStA) constituent l’institution centrale chargée de la conservation des archives historiques de l’Autriche. Elles regroupent des fonds essentiels pour l’histoire politique, administrative et militaire du pays, couvrant notamment la période de la monarchie des Habsbourg et de l’Empire austro-hongrois jusqu’au XXe siècle.

Un centre majeur consacré aux sources militaires est celui des archives militaires (Kriegsarchiv), l’un des plus importants dépôts d’Europe centrale. L’on y conserve des dossiers du personnel militaire, des registres matricules, des archives de corps de troupe, des dossiers judiciaires militaires, ainsi que de riches collections de cartes, plans, photographies et fonds privés de militaires[1].

Les site principaux[2] et annexes[3] des Archives nationales d’Autriche réunissent plusieurs institutions et espaces de recherche, chacun spécialisé dans la conservation, le traitement et la mise à disposition de fonds documentaires variés :

  • la salle de recherche des archives militaires (Forschersaal Kriegsarchiv) ;
  • les archives de la République (Archiv der Republik) ;
  • les Archives administratives générales – Archives de la Chambre des finances et de la Cour (Allgemeines Verwaltungsarchiv – Finanz- und Hofkammerarchiv) ;
  • la salle de recherche du dépôt central (Forschersaal ZA – Zentralarchiv)
  • la bibliothèque et sa salle de lecture (Lesesaal der Bibliothek) ;
  • les Archives de la maison des Habsbourg, de la cour impériale et de l’État (Haus-, Hof- und Staatsarchiv).

[1] Autrichiens.

[2] Nottendorfer Gasse 2, 1030 Wien.

[3] Minoritenplatz 1, 1010 Wien.


Machine à microformes. Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv, ÖStA), vue intérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 9 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Machine à microformes. Archives nationales d’Autriche (Österreichisches Staatsarchiv, ÖStA), vue intérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 9 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Service des archives et de la bibliothèque régionale de Basse-Autriche (Niederösterreichisches Landesarchiv und Landesbibliothek, Sankt Pölten)


Le Service des archives[1] et de la bibliothèque régionale[2] de Basse-Autriche (Land Niederösterreich – Kultur, Wissenschaft und Unterricht, St. Pölten) a répondu le 4 juillet 2025 à une demande de recherche concernant le prisonnier de guerre Pierre Bonhomme.

Dans son courrier, le docteur Stefan Eminger indique que les fonds conservés par l’institution ne contiennent pas d’informations relatives aux prisonniers de guerre.

Il précise toutefois que des chercheurs spécialisés dans ce domaine peuvent être consultés, notamment Edith Blaschitz, titulaire d’une maîtrise et d’un doctorat, rattachée à l’Université de formation continue de Krems (Universität für Weiterbildung Krems), ainsi que Barbara Stelzl-Marx, professeure et responsable du programme « Weltkriege » (« Guerres mondiales »), au sein de l’Institut Ludwig Boltzmann pour la recherche sur les conséquences de la guerre (Ludwig Boltzmann Institut für Kriegsfolgenforschung).


[1] Landhausplatz 1, Haus Kulturbezirk 4, 3109 St. Pölten.

[2] Landhausplatz 1, Haus Kulturbezirk 3, 3109 St. Pölten.


Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek), vue extérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 7 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek), vue extérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 7 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek) et sources complémentaires


La Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek[1]), à Vienne, conserve un ensemble documentaire de premier ordre pour l’étude de la Seconde Guerre mondiale, notamment grâce à ses collections d’images, de cartes, de photographies historiques. Ces fonds permettent d’éclairer les réalités de l’Europe occupée, les circulations militaires ainsi que les dispositifs de détention mis en place par le régime nazi.

Parmi les ressources accessibles figurent des monographies et périodiques consacrés aux camps de prisonniers de guerre, dont le Stalag XVII B. Les collections cartographiques et iconographiques permettent d’en reconstituer l’environnement, l’organisation spatiale et l’intégration dans les réseaux de captivité à l’échelle européenne.

Mises en perspective avec des mémoires locales, comme celles des Ardennes, ces ressources offrent un cadre documentaire précieux pour replacer les trajectoires individuelles de prisonniers dans une histoire élargie des systèmes de détention et des déplacements forcés en Europe pendant la guerre.


[1] Neue Burg, Heldenplatz, 1010 Wien, Österreich.


Marie-Noëlle Estiez Bonhomme à la Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek), vue intérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 7 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Marie-Noëlle Estiez Bonhomme à la Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek), vue intérieure. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 7 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Travaux de terrain à Krems-Gneixendorf


Album photographique Aus meiner Dienstzeit. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Album photographique Aus meiner Dienstzeit. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le parcours s’est poursuivi à Krems-Gneixendorf à travers une série de visites et d’explorations locales, permettant d’approfondir la compréhension du contexte historique, culturel et mémoriel de la ville :

  • archives municipales de Krems ;
  • bibliothèque municipale de Krems (Stadtbücherei Krems) ;
  • musée municipal de Krems (museumkrems) ;
  • parcours urbain « KremsMachtGeschichte » (« Krems fait l’histoire ») ;
  • club unioniste de pilotes sportifs de Krems (Union Sportfliegerclub Krems – USFC Krems) et aérodrome de Krems-Langenlois, incluant la salle du souvenir consacrée au Stalag XVII B.
  • identification de vestiges archéologiques du camp, aujourd’hui partiellement enfouis dans un espace boisé et progressivement effacés par la végétation.


Carte d’identité d’un prisonnier de guerre du Stalag XVII B. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Carte d’identité d’un prisonnier de guerre du Stalag XVII B. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems)


Monnaie de camp. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Monnaie de camp. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les archives municipales de Krems[1]Stadtarchiv Krems »), rattachées au service culturel de la ville, conservent une documentation importante sur l’histoire locale, les transformations urbaines et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale dans la région de Krems.

Daniel Haberler-Maier, archiviste municipal de Krems , a permis la consultation de plusieurs documents et objets historiques, parmi lesquels l’album photographique Aus meiner Dienstzeit, contenant des photographies du Stalag XVII B accompagnées de commentaires dactylographiés au verso, ainsi que des plans anciens de la ville de Krems, des ouvrages documentaires, une plaque militaire de prisonnier de guerre et un billet de monnaie de camp. Ces sources offrent un éclairage concret sur l’organisation matérielle du Stalag XVII B et sur les traces conservées de la captivité de guerre à Krems-Gneixendorf.


[1] Körnermarkt 14, A-3500 Krems.



Bibliothèque municipale de Krems (Stadtbücherei Krems)


Signalétique de l’office de tourisme, des archives municipales et de la bibliothèque de Krems. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Signalétique de l’office de tourisme, des archives municipales et de la bibliothèque de Krems. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La bibliothèque municipale de Krems[1] (Stadtbücherei Krems), située dans le centre historique, occupe l’ancien couvent des Dominicains. Son espace d’entrée correspond à une ancienne bibliothèque conventuelle du XIIIe siècle, dont subsistent encore des peintures murales médiévales.

Aujourd’hui, c’est une bibliothèque publique moderne, intégrée à ce cadre patrimonial. Elle propose environ 40 000 supports (livres, médias audiovisuels et ressources numériques), ainsi qu’une programmation culturelle et éducative ouverte à tous les publics.

Les collections en libre accès comprennent également des ouvrages consacrés à la Seconde Guerre mondiale, à l’histoire de Krems entre 1939 et 1945, ainsi qu’au camp de prisonniers de guerre Stalag XVII B, permettant d’accéder directement à des ressources sur cette période.


[1] Körnermarkt 14, 3500 Krems, Österreich.


Modèle de carte envoyée par les prisonniers de guerre du Stalag XVII B. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Modèle de carte envoyée par les prisonniers de guerre du Stalag XVII B. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Musée municipal de Krems (museumkrems)


Le musée municipal de Krems[1] (museumkrems) est l’un des plus anciens musées municipaux de Basse-Autriche. Installé depuis 1891 dans l’ancien couvent dominicain au cœur de la vieille ville, il conserve une forte vocation de mémoire locale, tout en intégrant progressivement les enjeux de l’histoire contemporaine, notamment ceux du XXe siècle et de la Seconde Guerre mondiale.

Un atelier d’histoire contemporaine (Zeitgeschichte-Werkstatt) du musée est consacré à l’histoire récente de Krems et propose une approche critique fondée sur des objets, documents et photographies, dont certains issus des habitants de la ville.

Il interroge une question centrale : comment une démocratie peut-elle basculer dans une dictature ? En reliant le « long XIXe siècle » au présent, il souligne l’importance du travail de mémoire et du regard critique sur l’histoire. Conçu comme un espace ouvert, il invite à la réflexion et s’adresse particulièrement aux publics scolaires.

La période nazie et la Seconde Guerre mondiale y occupent une place essentielle. L’atelier analyse ces années à l’échelle locale, à travers les mécanismes d’exclusion, les formes de participation et les traces de résistance, en mettant en lumière des parcours individuels et le quotidien sous le régime national-socialiste.


[1] Körnermarkt 14, 3500 Krems, Österreich.


Entrée du musée municipal de Krems (museumkrems) . Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Entrée du musée municipal de Krems (museumkrems) . Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Parcours mémoriel « Krems fait l’histoire » (KremsMachtGeschichte)


Vestiges du Stalag XVII B et barrières anti-intrusion. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vestiges du Stalag XVII B et barrières anti-intrusion. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le parcours « Krems écrit l’histoire » (KremsMachtGeschichte) constitue une initiative de mémoire urbaine consacrée à la période du national-socialisme à Krems. Il transforme la ville en espace d’histoire active, en reliant 24 lieux de mémoire qui évoquent la violence politique, les mécanismes de persécution, mais aussi les formes de résistance, de solidarité et les traces de vies détruites ou dispersées.

Ce projet rappelle que Krems fut, dès 1938, la capitale du Gau Niederdonau, intégrée aux structures du régime nazi. À travers des épisodes précis (bombardements, déportations, destructions de la synagogue, spoliation des commerces juifs ou encore exécutions et massacres de 1945), il met en lumière la manière dont la ville a été profondément transformée par la dictature et la guerre.

Des lieux comme le Stalag XVII B à Gneixendorf[1], les anciens sites de détention ou les espaces publics du centre-ville montrent l’inscription concrète de la violence dans le paysage urbain.

L’originalité du dispositif réside dans son approche participative : le parcours n’est pas linéaire mais se construit par la déambulation. Chaque site, signalé par des repères visuels et accessible via QR codes, permet d’accéder à des récits, documents et témoignages. L’histoire devient ainsi une construction active, où la mémoire collective se confronte aux traces matérielles et aux absences du passé.

En articulant lieux, biographies et événements, KremsMachtGeschichte propose une lecture critique de la ville, où la Seconde Guerre mondiale n’est pas seulement un chapitre historique, mais une réalité encore lisible dans l’espace urbain. Le projet souligne ainsi que faire l’histoire, c’est aussi interroger ce que les lieux continuent de transmettre, de transformer ou de dissimuler.


[1] Wasserhofstraße, 3500 Gneixendorf.


Aérodrome de Krems-Langenlois, incluant la salle du souvenir consacrée au Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Aérodrome de Krems-Langenlois, incluant la salle du souvenir consacrée au Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

L’aérodrome de Krems-Langenlois : entre héritage aéronautique et mémoire du Stalag XVII B



Le club unioniste de pilotes sportifs de Krems (Union Sportfliegerclub Krems – USFC Krems) rend hommage à Otto Salzinger, pilote de montgolfière et instructeur de vol, qui dirigea le club pendant plus de trente ans. Il contribua largement au développement de l’aérodrome de Krems-Langenlois[1] par la modernisation des infrastructures, l’asphaltage de la piste, la construction de hangars et la création de la section montgolfière.

Le site conserve également une importante dimension mémorielle liée au Stalag XVII B. À l’extérieur de l’aérodrome de Krems-Langenlois, plusieurs plaques commémoratives rendent hommage aux prisonniers de guerre détenus dans le camp durant la Seconde Guerre mondiale.

Une petite exposition permanente, aménagée dans une salle du souvenir, présente l’histoire du Stalag XVII B et rappelle la présence des milliers de prisonniers internés à Krems-Gneixendorf entre 1939 et 1945.


[1] Flughafenstraße 15, 3500 Gneixendorf.



De Goviller (Meurthe-et-Moselle) au Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf) via le Frontstalag 162 (Dommartin-lès-Toul) : itinéraire de Pierre Bonhomme dans le contexte de l’Anschluss


Plan général de la ville de Krems réalisé en juin 1943. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan général de la ville de Krems réalisé en juin 1943. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Pierre Bonhomme est dirigé vers le Stalag XVII B après avoir été fait prisonnier le 21 juin 1940 à Goviller[1], interné dans le Frontstalag[2] 162[3] avant d’y arriver, d’y recevoir son numéro de prisonnier de guerre, du 6 octobre au 13 novembre 1940.

Dans l’ensemble des camps de prisonniers de guerre du IIIe Reich, plusieurs Stalags et Oflags[4] se trouvent en Autriche[5]. Cette installation dans ce pays est rendue possible par l’Anschluss[6] ou, annexion de l’Autriche au Reich allemand[7], entre le 11 et le 13 mars 1938.

C’est le premier pas vers les desseins d’Hitler[8] exprimés, non seulement dans les programmes du parti nazi[9], mais aussi dans Mein Kampf[10], son manifeste idéologique dans lequel il exprime sa volonté de fonder en Europe un « Grand Reich » réunissant l’ensemble des populations d’origine germanique.

Alors que le traité de Versailles[11] interdit toute union entre les deux pays, notamment en raison de leur alliance durant la Première Guerre mondiale, la nomination d’Adolf Hitler comme chancelier[12] du Reich par le président Paul von Hindenburg[13] le 30 janvier 1933, ouvre pour l’Autriche une nouvelle configuration politique.

La même année, Dollfuss[14] instaure une dictature austro-fasciste, avec interdiction des partis nazi et communiste, et répression de mouvements socialistes. Le 25 juillet 1934, il est assassiné par des conjurés nazis, et remplacé par Schuschnigg[15]. Opposé à la fusion de l’Autriche et de l’Allemagne, ce dernier est poussé à la démission le 11 mars 1938, cédant ainsi aux exigences d’Hitler (autoriser le parti nazi, libérer des prisonniers nazis, unir l’Allemagne et l’Autriche).

Il est remplacé par Seyss-Inquart[16], totalement dévoué au Führer. Le 12 mars les troupes allemandes pénètrent en Autriche, sans rencontrer de résistance. Le 13 mars, l’Autriche n’est plus un pays indépendant mais une province allemande qui reçoit le nom d’Ostmark[17]. Deux jours plus tard, Hitler est à Vienne[18], où il prononce un discours qui soulève un grand enthousiasme populaire.

Située à environ quatre-vingts kilomètres[19] de Vienne, Krems s’inscrit dans les traditions nationalistes allemandes et adhère progressivement au nazisme, phénomène qui s’accentue surtout après l’Anschluss de 1938.


[1] Commune française située actuellement dans le département de la Meurthe-et-Moselle, en région Grand Est.

[2] Abréviation de Frontstammlager. Désigne un camp de prisonniers de guerre administré par l’armée allemande et principalement implanté en France occupée durant la Seconde Guerre mondiale.

[3] A Dommartin-lès-Toul, commune située actuellement dans le département de la Meurthe-et-Moselle, en région Grand Est.

[4] Abréviation de l’allemand Offizierslager (camp de sous-officiers et d’hommes de troupe prisonniers de guerre en Allemagne, pendant la Seconde Guerre mondiale).

[5] Wehrkreis XVII (WK XVII) et Wehrkreis XVIII (WK XVIII), circonscriptions militaires de l’armée allemande établies après l’Anschluss, couvrant respectivement le nord-est de l’Autriche (WK XVII, centre à Vienne) et les régions sud et sud-ouest (WK XVIII, centre à Salzbourg) intégrées au Reich ; ces districts constituaient des unités administratives et logistiques de la Wehrmacht, chargées de l’organisation territoriale, du recrutement et de la gestion des infrastructures militaires.

[6] Anschluss (allemand Anschluss, « rattachement » ; pluriel Anschlüsse, ancienne graphie Anschluß) désigne l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie les 12–13 mars 1938. Issu de anschließen (« rattacher »), le terme renvoie aux courants pangermanistes d’après 1918, mais il recouvre en réalité une annexion imposée par le régime hitlérien sous forte pression politique et militaire. Le 12 mars marque l’entrée des troupes allemandes en Autriche, le 13 mars sa proclamation d’intégration au Reich. Présenté comme une « réunification », l’Anschluss met fin à l’indépendance autrichienne jusqu’en 1945.

[7] Le nom officiel de l’État allemand demeure juridiquement Deutsches Reich (Reich allemand) de 1871 à 1945. Après l’Anschluss de 1938, l’expression Großdeutsches Reich (Grand Reich allemand) s’impose progressivement dans l’usage officiel et propagandiste, avant d’être prescrite aux administrations par un décret d’Adolf Hitler en juin 1943. L’expression Drittes Reich (Troisième Reich) relève en revanche d’une appellation idéologique et historiographique, non officielle.

[8] Adolf Hitler, né le 20 avril 1889 à Braunau am Inn (Autriche) – mort le 30 avril 1945 à Berlin (Allemagne), homme politique allemand d’origine autrichienne, chef du Parti national-socialiste (NSDAP), chancelier du Reich à partir de 1933 puis Führer de l’Allemagne nazie de 1934 à 1945.

[9] NSDAP, c’est-à-dire Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei (« Parti national-socialiste des travailleurs allemands » en allemand).

[10] Brayard, Florent (dir.) ; Wirsching, Andreas (dir.). Historiciser le mal : une édition critique de « Mein Kampf ». Édition établie par Anne-Sophie Anglaret, David Gallo, Johanna Linsler et al. ; nouvelle traduction du texte établie par Olivier Mannoni en collaboration avec l’équipe scientifique française ; publié en collaboration avec l’Institut für Zeitgeschichte. Paris : Fayard, 2021. 1 vol. (XLV-847 pp.) ; 31 cm. Bibliographie pp. 785-821 ; index. Adaptation et prolongement de Hitler, « Mein Kampf »: eine kritische Edition. Contient : Hitler, Adolf. Mein Kampf.

[11] Signé le 28 juin 1919 entre l’Allemagne et les puissances alliées à l’issue de la Première Guerre mondiale, ce traité impose à l’Allemagne de lourdes pertes territoriales, militaires et financières.

[12] La chancellerie de l’Allemagne correspond à la fonction de chef du gouvernement, comparable à celle de Premier ministre.

[13] Paul von Hindenburg (1847-1934), né à Posen (aujourd’hui Poznań) et mort à Neudeck en Prusse orientale, est un maréchal allemand et une figure majeure de la Première Guerre mondiale. Démobilisé en 1919, il publie l’année suivante ses mémoires, Aus meinem Leben. Élu président de la République de Weimar en 1925, il est réélu en 1932 face à Adolf Hitler. Il meurt le 2 août 1934 à Neudeck.

[14] Engelbert Dollfuss (né le 4 octobre 1892 à Texing – mort le 25 juillet 1934 à Vienne), homme politique autrichien, chancelier fédéral de 1932 à 1934.

[15] Kurt Schuschnigg, né le 14 décembre 1897 à Riva del Garda (Italie – mort le 18 novembre 1977 à Mutters, près d’Innsbruck (Autriche), est un homme politique autrichien. Député chrétien-social en 1927, il occupe ensuite les fonctions de ministre de la Justice, puis de l’Instruction publique, avant de devenir chancelier en 1934, à la suite de l’assassinat d’Engelbert Dollfuss. Il s’efforce de préserver l’indépendance de l’Autriche face à l’Allemagne nazie.

[16] Arthur Seyss-Inquart, né le 22 juillet 1892 à Stannern (Moravie, Autriche-Hongrie), mort le 16 octobre 1946 à Nuremberg (Allemagne), homme politique autrichien puis nazi, brièvement chancelier d’Autriche en mars 1938, il joue un rôle central dans l’Anschluss avant d’occuper des fonctions importantes au sein du régime nazi durant la Seconde Guerre mondiale. Il est condamné à mort lors des procès de Nuremberg et exécuté le 16 octobre 1946.

[17] Ostmark (« marche orientale ») est un terme historique désignant à l’origine la marche médiévale à l’origine de l’Autriche. Entre 1938 et 1942, la propagande nazie l’utilisa pour désigner l’Autriche annexée au Reich après l’Anschluss, dans le but d’effacer l’idée d’un État autrichien distinct.

[18] Ville et capitale de l’Autriche (Republik Österreich), constituée en Land fédéré à part entière : Land de Vienne (Bundesland Wien), elle-même subdivisée en vingt-trois arrondissements municipaux (Gemeindebezirke).

[19] Environ soixante kilomètres à vol d’oiseau et soixante-dix-sept à quatre-vingts kilomètres par la route séparent Krems an der Donau de Vienne.


Plan de janvier 1942. Détail du Stalag XVII B Krems-Gneixendorf. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan de janvier 1942. Détail du Stalag XVII B Krems-Gneixendorf. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Du Dulag au Stalag XVII B : implantation et organisation du camp de Gneixendorf


Plan de 1943. Détail du Stalag XVII B Krems-Gneixendorf. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan de 1943. Détail du Stalag XVII B Krems-Gneixendorf. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Initialement aménagé à l’été 1938[1] pour des usages militaires provisoires, il est ensuite utilisé comme lieu de transit et d’hébergement de la main-d’œuvre contrainte[2], notamment polonaise. Le 25 septembre 1939[3], l’administration crée le camp de transit (Dulag) de Gneixendorf. Le 2 octobre 1939[4], le camp intègre le Dulag Döllersheim[5] en tant que camp annexe (Zweiglager). Enfin, le 26 octobre 1939[6], la Wehrmacht transforme officiellement le Dulag en Stalag XVII B, intégrant le site au système des camps de prisonniers de guerre.

Ce dernier est implanté dans la XVIIe région militaire ou Wehrkreis XVII, sur la partie la plus pauvre du plateau de Langenlois[7], où le climat est particulièrement rude en hiver. En date du 1er septembre 1940, un prisonnier note que le temps est sombre avec un vent froid, des journées de novembre[8]. Il neige pour la première fois de l’année le 30 septembre et, le 2 octobre, il y a vingt-cinq centimètres de neige.

Le camp est situé dans le village de Gneixendorf, à environ cinq kilomètres de la ville de Krems an der Donau[9], en Basse-Autriche. Il se trouve sur une colline au-dessus de la ville[10], a une forme quadrangulaire de quatre cents mètres de large, sur cinq cents mètres de long, et s’étend sur plus de vingt hectares. Il est traversé par une large rue centrale bordée de parterre de gazon[11].

Il est entouré d’une double rangée de barbelés, de quatre mètres de haut, soutenue par des pylônes régulièrement espacés. A l’intérieur, un fil tendu à vingt centimètres du sol délimite la zone interdite : toute tentative de franchissement expose au tir des sentinelles, avec des conséquences mortelles[12].

Ce descriptif diffère quelque peu de celui proposé dans le rapport établi par le CICR, qui met en avant le peu de barbelés et de cloisons, ce qui provoque une impression moins pénible de la captivité.


[1] Blaschitz, Edith, « Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – Geschichte, Kontaktzonen und transnationales Gedächtnis », in Böhm, Karin; Blaschitz, Edith; Rühse, Viola, Nichts zu sehen? Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – eine topografische Vermessung, Weitra, Verlag Bibliothek der Provinz, 2024, 208 pp., pp. 10-25 (bibliographie pp. 24-25), ici p. 11.

[2] Zwangsarbeit, parfois considéré comme un « esclavage moderne » (moderne Sklaverei).

[3] Megargee, Geoffrey P. (dir.). The United States Holocaust Memorial Museum Encyclopedia of Camps and Ghettos, 1933–1945. Volume IV: Camps and Other Detention Facilities under the German Armed Forces. Bloomington/Indianapolis: Indiana University Press; Washington, DC: United States Holocaust Memorial Museum, 2022. xxiv + ca. 1100 pp, p. 125.

[4] Ibid.

[5] Il fut également désigné, de manière concomitante, sous l’appellation de Dulag XVII.

[6] Ibid., p. 486.

[7] Ville et commune d’Autriche située dans le Land de Basse-Autriche (Bundesland Niederösterreich), chef-lieu du district administratif (Bezirk) de Krems-Land.

[8] Jérôme Croyet (éditeur scientifique), Lettres du stalag : 1940-1944. Lettres et cartes postales de prisonniers de guerre français, Marseille, Gaussen, 2020, 238 pp. + XXIV pp. de pl., pp. 235-236.

[9] Krems sur le Danube.

[10] Blaschitz, Edith, « Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – Geschichte, Kontaktzonen und transnationales Gedächtnis », in Böhm, Karin; Blaschitz, Edith; Rühse, Viola, Nichts zu sehen? Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – eine topografische Vermessung, Weitra, Verlag Bibliothek der Provinz, 2024, 208 pp., pp. 10-25 (bibliographie pp. 24-25), ici p. 11.

[11] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 46/49.

[12] Moret-Bailly, Jean, « Le camp de base du Stalag XVII B », in Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, janvier 1957, 7e année, n° 25, janvier 1957, pp. 7-45, p. 9.


Organisation administrative et dispositifs de contrôle du Stalag XVII B


Sur le pourtour, et dans l’axe du camp, sont installés des miradors avec des mitrailleuses. De hauts poteaux sont surmontés de haut-parleurs qui diffusent, selon les moments, des informations collectives, de la musique, ou des chansons folkloriques, comme celles qui sont chantées dans les Heurigen[1]. Ce camp comprend divers services[2] :

  • La Kommandantur[3] du Stalag, avec un colonel à sa tête ;
  • L’intendance ou Verwaltung[4] qui s’occupe de l’approvisionnement ;
  • Le service de santé ;
  • L’Arbeitseinsatz[5] sous les ordres d’un capitaine, qui traite avec les agriculteurs, industriels, etc. ;
  • L’Abwehr[6], dont le chef est à partir de 1940 le major Wenghorz, qui administre la censure du courrier, le service des colis, la permanence des interprètes.
  • Le service de propagande gère aussi la partie loisirs (bibliothèque, théâtre), ainsi que la Betreuung[7], à laquelle appartiennent les prêtres et autres religieux.

Ces services sont, pour certains, à l’intérieur du camp, et pour d’autres, à un kilomètre à l’extérieur du camp des Truppenlager[8], où se trouvent des bâtiments administratifs et des baraques d’habitation pour le personnel du camp. Celui-ci est constitué de civils issus de la population locale, et de militaires, dont les Landesschützenbataillonen[9] comme personnel de garde.


[1] Heuriger (pluriel : Heurigen) : auberges ou tavernes viticoles traditionnelles autrichiennes où les vignerons servent leur vin de l’année accompagné de plats simples.

[2] Moret-Bailly, Jean, « Le camp de base du Stalag XVII B », in Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, janvier 1957, 7e année, n° 25, janvier 1957, pp. 7-45, p. 8.

[3] Commandement du camp (ou quartier général de commandement).

[4] Administration (ou service administratif).

[5] Emploi de la main-d’œuvre (ou service de mise au travail).

[6] Service de renseignement et de contre-espionnage (défense militaire).

[7] Assistance morale et sociale, accompagnement des prisonniers, incluant notamment les aumôniers et personnels religieux.

[8] Camps des troupes (ou camps militaires).

[9] Landesschützenbataillon (singulier) / Landesschützenbataillone (pluriel) : bataillon(s) de fusiliers territoriaux ou de défense territoriale.


Effectifs et répartition des prisonniers de guerre au Stalag XVII B (1940–1941)


Vestiges du Stalag XVII B et barrières anti-intrusion. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vestiges du Stalag XVII B et barrières anti-intrusion. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A l’origine, ce camp est commandé par le général Wittas[1]  depuis le 6 juin 1940. Il est prévu pour accueillir environ douze mille prisonniers. Bien que de nombreux d’entre eux soient répartis dans des commandos de travail[2], et dispersés dans des camps satellites du district (Amstetten[3] ou Sankt Pölten[4], par exemple), ou dans la ville de Krems même, où des baraques sont implantées près de la gare et de la tour fortifiée Pulvertum[5], le surpeuplement est tel qu’il nécessite l’installation de tentes. Elles abritent les prisonniers polonais jusqu’en 1941, ce qui rend leurs conditions de vie encore plus difficiles.

Le rapport de la visite du camp XVII B par des membres du CICR en date du 21 août 1940[6] révèle, qu’à ce moment-là, l’effectif est de quarante-cinq mille hommes, dont vingt-cinq mille Belges, dix-neuf mille six cents Français, et neuf cents Polonais.

En réalité seuls huit mille huit cents hommes sont au camp, tandis que les autres travaillent dans les mille cent soixante-dix AK[7], et sont répartis dans toute la moitié nord de L’Autriche. En 1941, le nombre des AK a augmenté[8] : ils sont désormais mille trois cents, répartis principalement dans l’agriculture et l’industrie.


[1] Wittas, Wilhelm (10 janvier 1886, Hermannstadt – 25 janvier 1973, Salzbourg), général. Officier de carrière de l’armée austro-hongroise puis des forces autrichiennes, il occupe divers postes de commandement avant 1938. Après l’Anschluss, il est intégré dans les structures militaires du Reich et exerce des fonctions de commandement de camps pendant la Seconde Guerre mondiale. Il meurt à Salzbourg en 1973. Cf. Preiß, Kurt. Preiß, Kurt. Von der Befreiung zur Freiheit: Krems 1945–1955. Mit einem Beitrag von Wilhelm Ziskovsky über Karl Suppanz. Krems: Verein für Geschichte der Arbeiterbewegung in Krems, 1997. 624 pp., ill. ; 22 cm. (Zeitgeschichtliche Schriftenreihe des Vereins für Geschichte der Arbeiterbewegung in Krems, vol. 2). Bibliographie pp. 621-624, ici pp. 499-500.

[2] Arbeitskommando (singulier) / Arbeitskommandos (pluriel) : détachement(s) de travail dans la terminologie du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ; traductions alternatives : brigade(s) de travail, commando(s) de travail.

[3] Ville et commune d’Autriche située dans le Land de Basse-Autriche (Bundesland Niederösterreich), chef-lieu du district administratif (Bezirk) d’Amstetten.

[4] Ville et commune d’Autriche, capitale du Land de Basse-Autriche (Bundesland Niederösterreich). Elle est également chef-lieu du district administratif (Bezirk) de Sankt Pölten-Land (la ville elle-même constituant une Stadt mit eigenem Statut, c’est-à-dire une commune à statut urbain autonome).

[5] La Pulverturm de Krems est une tour fortifiée médiévale de Krems, anciennement utilisée comme dépôt de poudre à canon (Pulverlager / Pulvermagazin) dans le système défensif de la ville.

[6] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 46/49.

[7] Autres abréviations de Arbeitskommando attestées dans les sources allemandes et documents de camps : Arb.-Kdo., ArbKdo., Arb.-Komm., Arb Komm., AKdo., A.Kdo., AK, A.K., A/Kdo., Arb.-Kdo, Arb-Kdo.

[8] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp. non paginées, p. 1/6.


Du Frontstalag 162 (Dommartin-lès-Toul) au Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf) : transport, arrivée et enregistrement des prisonniers de guerre


Signalétique de la ligne de Krems an der Donau. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Signalétique de la ligne de Krems an der Donau. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Alors que le prisonnier a déjà subi de très dures conditions physiques et morales lors de sa capture et de sa détention dans un Frontstalag, il doit, un jour, rassembler ses affaires pour se rendre à une gare, puis monter dans un wagon de marchandises (verrouillé de l’extérieur au moment du départ du train), en direction d’une destination inconnue.

De juillet à décembre 1940, arrivent ainsi à Gneixendorf plusieurs convois de prisonniers français. Après quatre ou cinq jours de voyage, entassés à cinquante par wagon et disposant d’une nourriture très limitée (un morceau de pain et des saucisses), ils arrivent à la gare de Krems, ou à un point d’embarquement situé à Landersdorf[1].

Puis ils parcourent en colonnes environ cinq kilomètres jusqu’au camp de Gneixendorf, en passant par la rue de Langenlois, et en suivant le chemin du Stalag qui serpente à flanc de coteau. Lorsqu’ils arrivent au but, ils sont épuisés physiquement et moralement par les conditions du voyage, affamés, et affaiblis par la maladie. Beaucoup d’entre eux souffrent de dysenterie[2].

C’est alors qu’ils doivent passer à la douche, être tondus (par la suite ils le seront tous les quinze jours ou le jour de l’épouillage), vaccinés contre la variole et le typhus.  Ils abandonnent leurs papiers d’identité, des objets personnels ou de valeur, l‘argent qu’ils possèdent. Seule la « monnaie de camp »[3] doit être utilisée. Ils reçoivent une plaque de métal portant leur numéro matricule de prisonnier.

Il sert à les identifier, et ne change pas, quelle que soit leur affectation. Dans le bureau du Vorlager[4], des photos et les empreintes digitales sont prises, des fiches individuelles[5] de prisonnier sont établies. Ils envoient alors, à leur famille, une carte de capture pour indiquer le lieu où il se trouve.


[1] Blaschitz, Edith, « Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – Geschichte, Kontaktzonen und transnationales Gedächtnis », in Böhm, Karin; Blaschitz, Edith; Rühse, Viola, Nichts zu sehen? Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – eine topografische Vermessung, Weitra, Verlag Bibliothek der Provinz, 2024, 208 pp., pp. 10-25 (bibliographie pp. 24-25), p. 11.

[2] « Inflammation grave des intestins, caractérisée surtout par une sévère diarrhée. Des soldats frappés par la dysenterie. (Dans le langage médical, on emploie aujourd’hui l’expression Syndrome dysentérique.) Spécialement. Infection intestinale due à des amibes ou à des bacilles. Dysenterie amibienne. La dysenterie bacillaire est contagieuse. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[3] Lagergeld, utilisable uniquement dans le cadre du camp sous forme de bons (Gutschein au singulier, Gutscheine au pluriel).

[4] Camp antérieur (ou camp préalable), c’est-à-dire la zone de transit ou d’accueil située en amont du camp principal.

[5] Personalkartei (singulier) ; Personalkarteien (pluriel).


Mur de la gare de Krems an der Donau. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Mur de la gare de Krems an der Donau. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Amélioration des conditions de détention et encadrement du courrier au Stalag XVII B à partir d’octobre 1940


Le sort des prisonniers s’améliore un peu à partir d’octobre 1940.  Cela peut être imputé aux inspections du CICR ou de la mission Scapini[1], à moins que ce ne soit, à partir d’octobre 1940, lorsque les premières lettres arrivent, après avoir été retenues parfois au moins une quinzaine de jours par la censure.

C’est alors que les premiers colis familiaux des familles ou du CICR sont distribués. Avant d’être remis, ils sont ouverts, avec confiscation de l’alcool, vérification des autres produits, et, s’ils contiennent des livres, après contrôle et autorisation de la censure. Quant aux colis, qui arrivent en si mauvais état qu’il est difficile voire impossible d’identifier le destinataire, le contenu en est distribué aux plus nécessiteux[2].

Par ailleurs, les prisonniers ont en théorie le droit d’envoyer deux cartes, et deux « lettres-réponses » par mois, mais en mars 1941, beaucoup se plaignent de n’avoir que deux cartes à envoyer, et rien d’autre. La correspondance arrive irrégulièrement de France, et pour ceux qui sont en commando de travail s’ajoute un délai supplémentaire s’ils changent d’AK.


[1] Georges Scapini, ancien combattant de la Grande Guerre, dirige sous Vichy le Service des prisonniers de guerre à partir de 1940. Il représente la France auprès des autorités allemandes et organise des visites de camps via ses inspecteurs. Son action reste toutefois très limitée par les contraintes allemandes, et la majorité des rapatriements dépend surtout de la Convention de Genève.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 5/6.


Habillement et conditions d’hygiène des prisonniers au Stalag XVII B


Les vêtements sont étuvés et désinfectés à l’aide d’acide cyanhydrique[1], mais ces opérations sont vaines, car la vermine revient systématiquement. Deux mille cinq cents désinfections sont pratiquées chaque jour. Le prisonnier se voit ensuite attribuer une place dans l’une des baraques aux toits noirs ; elles ne seront toutes achevées qu’en 1941.

Soumis à des conditions de travail éprouvantes, les prisonniers affectés aux commandos voient leurs vêtements et les semelles de leurs chaussures s’user rapidement. Cette situation nécessite le recours aux ateliers de confection et de cordonnerie installés dans le camp.

En janvier et février 1941, d’importants envois de vêtements et de chaussures en provenance de France arrivent au camp, permettant aux prisonniers d’être temporairement un peu mieux vêtus. À la même période, certains adoptent le port de sabots pour marcher.

Il arrive que des prisonniers d’autres nationalités, ou affectés à des commandos de travail, pas de chaussures l’hiver, et qu’ils enveloppent leurs pieds dans des chiffons au risque d’avoir les pieds gelés.  Selon un rapport de visite du CICR[2] en octobre 1941, les magasins regorgent de sous-vêtements et de gants, de souliers à semelles de bois, mais manquent de chaussettes, d’habits chauds, de pantalons. Or, dans les commandos de travail, le linge et les vêtements sont souvent dans un grand état de saleté.   


[1] « Se dit de l’acide de formule HCN, produit par la combinaison de l’hydrogène et du cyanogène. L’acide cyanhydrique, qu’on appelait aussi acide prussique, est un poison violent. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 14 octobre 1941, tapuscrit, 7 pp., non paginées, p. 3/7.


Organisation des baraques et conditions de vie des prisonniers au Stalag XVII B


Chaque baraque est conçue pour trois cents hommes. Un Barackenälteste[1] veille à son bon état, et un Dolmetscher[2] est présent. Dans chacune d’entre elles, se trouvent des lits à trois étages, où ils disposent lors de leur arrivée de paillasses et de couvertures. Les premières disparaissent rapidement pour éviter la prolifération de la vermine et sont remplacées par une simple planche de bois, encore moins confortable. Mais même ces planches ne résistent pas longtemps : elles sont très souvent volées, achevant de priver les prisonniers du moindre repos décent.

Selon la visite du CICR de mars 1941[3], les prisonniers disposeraient de deux couvertures. En cas de surpeuplement du camp, les hommes dorment à même le sol. Un poêle permet le chauffage en hiver, du moins lorsque l’approvisionnement en bois le permet.  

Au milieu de la baraque, les sanitaires sont installés, avec des lavabos ne distribuant que de l’eau froide ; ces points d’eau s’avèrent cependant insuffisants, compte tenu du nombre d’hommes. Selon la période, une douche est possible toutes les huitaines ou quinzaines. Dans la journée, les prisonniers disposent de latrines extérieures couvertes, et d’une fosse d’aisance nocturne dans le bâtiment.

La journée commence dès cinq heures trente ou six heures du matin avec l’appel à l’extérieur, dont la durée est très variable. Elle se termine à vingt heures trente, avec le coucher.


[1] Chef de baraque, qui veille à son bon état.

[2] Interprète.

[3] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 1/6.


Rations alimentaires et conditions de subsistance des prisonniers au Stalag XVII B


Trois repas par jour sont prévus, mais, s’ils existent bien, ils ne permettent pas aux prisonniers d’assouvir leur faim, les rations hebdomadaires théoriques étant les suivantes[1] :

  • 2,425 kg : pain ;
  • 2,800 kg : pommes de terre ;
  • 0,250 kg : viande (cheval ou abats) ;
  • 0,218 kg : graisse ;
  • 0,175 kg : sucre ;
  • 0,175 kg : marmelade ;
  • 0,150 kg : farinacées ;
  • fromages et légumes « suivant les arrivages ».

En réalité, le petit-déjeuner consiste en une décoction de glands ou d’épluchures. Le midi, est servie une soupe dont les légumes sont rarement épluchés (pommes de terre, rutabagas, fanes de betteraves, orties, etc.). Le soir, les prisonniers ont droit à une nouvelle décoction, ainsi qu’à un peu de margarine, de saucisse et du pain de médiocre qualité.

Un trafic de viande et d’autres denrées est mis en place par les Allemands, qui détournent une partie de la nourriture prévue pour les prisonniers. Et un marché noir se met en place pour le pain et les cigarettes. Lors des visites d’août 1940[2] et de mars 1941[3] par des représentants du CICR, ceux-ci ne rapportent aucune plainte en ce qui concerne la nourriture, ce qui est assez difficile à croire quand on connait les rations et la frugalité des repas.

En revanche, en octobre 1941[4], les prisonniers n’hésitent pas à faire part de leurs doléances dans ce domaine, tant sur la quantité que la qualité. Or les délégués sont invités à visiter des cuisines, spacieuses, propres, et où ils observent des légumes baignant dans de grands baquets d’eau. Sont-ils dupes de la mise en scène ?  


[1] Moret-Bailly, Jean, « Le camp de base du Stalag XVII B », in Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, janvier 1957, 7e année, n° 25, janvier 1957, pp. 7-45, p. 11.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49.

[3] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées.

[4] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 14 octobre 1941, tapuscrit, 7 pp., non paginées, p. 2/7.


Surpopulation et organisation du travail forcé des prisonniers au Stalag XVII B


 Ancienne autoroute du Reich. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
 Ancienne autoroute du Reich. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dès l’été 1940, l’effectif est de « 25 000 Belges, 19 600 Français, 900 Polonais, donc un total de 45 500 hommes[1]. » Cela peut témoigner d’une « surpopulation carcérale » par rapport au nombre de prisonniers de guerre initialement prévu.

Mais, très rapidement, le service de la main-d’œuvre, sous les ordres d’un capitaine, place les prisonniers de guerre auprès d’agriculteurs, d’industriels ou d’administrations qui ont besoin de personnel. Un certain nombre travaille dans les bureaux du camp.

Le choix par rapport à l’activité se fait en fonction de la force physique des prisonniers de guerre, ou de leur profession initiale. Les effectifs de ces détachements varient de quelques individus à un millier au moins.

Un contrat engage le Stalag à fournir un nombre donné de prisonniers de guerre. Le salaire, qui varie selon l’individu et le poste, est payé en monnaie de camp. Le salaire peut être de 70 à 80 Pfennigs par jour et, dans d’autres cas, de 35 Pfennigs l’heure, mais avec retenue pour l’entretien du prisonnier[2].

Dans chaque commando de travail, il y a un Vertrauensmann[3] qui représente les prisonniers auprès des autorités allemandes. Si le commando comporte plus de cinquante individus, alors l’homme de confiance est dispensé de travail et, s’il est plus important, un interprète y est adjoint.

Les détachements sont classés selon la nature du contrat en trois catégories. Chaque commando porte la lettre B, indicatif général du Stalag, et, selon l’activité, les lettres GW (Gewerbe[4]), HV (Heeresverwaltung[5]) ou L (Landwirtschaft[6]).

Dans les commandos de travaux publics, qui font les routes et autoroutes, ou participent à la construction du port de la Schmidhütte[7], la situation est médiocre : les hommes sont mal nourris en permanence, et toute interruption de travail entraine des mesures de rétorsion comme des privation de pain.

C’est le cas des commandos travaillant pour l’entreprise de pièces d’aviation de Traismauer, où l’encadrement est très rigide, ou pour la fonderie de Traisen, où les incidents sont nombreux et les conditions sanitaires mauvaises.


[1] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 46/49.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 49/49.

[3] Vertrauensmänner (sing. Vertrauensmann) : prisonniers de guerre chargés de représenter les prisonniers auprès des autorités du camp, et de servir d’intermédiaires pour les questions d’organisation interne.

[4] Artisanat, commerce ou activité industrielle (secteur économique).

[5] Administration de l’armée (ou administration militaire de l’armée de terre).

[6] Agriculture.

[7] Atelier de forge (ou forge).


Organisation sanitaire et prise en charge médicale des prisonniers au Stalag XVII B



Plan du lazaret. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan du lazaret. Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Deux baraques d’infirmerie permettent de recevoir les malades. A une date indéterminée, mais antérieure au 21 août 1940, il est signalé que sept cent cinquante AK sont revenus au camp, « incapables de travailler[1]. » Rien n’est dit sur la maladie qui les affecte.

Au total, le corps médical du camp comprend en août 1940[2] : cinquante-trois médecins français, quatre médecins belges et sept médecins coloniaux. De plus s’y trouvent cinq dentistes belges, un dentiste français, six pharmaciens belges, deux pharmaciens français et trois vétérinaires français.

En mars 1941[3], dix-neuf médecins français restent au camp, tandis que les trente-cinq autres sont répartis dans les AK. Il faut y ajouter cinq dentistes (qui ne sont occupés au camp qu’une journée par semaine et à tour de rôle), deux autres ayant été rapatriés pour raisons familiales, et un autre se trouvant dans grand un commando. Enfin, cinq pharmaciens doivent être pris en compte.

 Des régimes lactés sont réservés aux malades de l’estomac ou des reins. Les cas les plus graves parmi les malades sont transférés vers les hôpitaux de Vienne. Ils sont sous l’autorité d’un médecin allemand surnommé Bismarck[4]. Celui-ci s’occupe principalement des questions d’hygiène. Les médecins bénéficient d’une meilleure nourriture, mais n’ont pas le droit aux promenades.

Lors de la visite d’octobre 1941[5], l’on déplore une trop grande présence de médecins (vingt-cinq) au camp (vingt et un Français, un Serbe, trois Polonais), auxquels il faut ajouter celle d’un lazaret moderne (où se trouvent six Français, un Serbe et sept Polonais). Il faut également compter au camp quatre dentistes français (plus deux au lazaret) et deux pharmaciens (nationalité non précisée), mentionnés dans la rubrique « soins médicaux » (p. 4/7) mais absents du décompte récapitulatif (p. 1/7).

Quant aux prisonniers de guerre russes, voient leurs soins confiés à des médecins juifs, au nombre de trois. Le rapport du CICR remarque un changement de traitement des médecins. Ils peuvent désormais être fouillés, contraints de se déshabiller dehors. Les compresses stériles (pour la petite chirurgie) et le lait (pour les régimes spéciaux) manquent cruellement. Le document fait aussi pressentir les pénuries à venir avec la guerre qui s’étend vers l’Est.


[1] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 48/49.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 47/49.

[3] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 2/6.

[4] Surnom faisant référence à Otto von Bismarck (1er avril 1815, Schönhausen – 30 juillet 1898, Friedrichsruh), homme d’État prussien puis allemand, chancelier du Reich (1871–1890) et artisan de l’unification allemande. L’attribution de ce sobriquet au médecin allemand du camp renvoie vraisemblablement à une image d’autorité ferme et de discipline associée à cette figure historique.

[5] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 14 octobre 1941, tapuscrit, 7 pp., non paginées, p. 4/7.


Plan du lazaret (détail des surfaces). Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan du lazaret (détail des surfaces). Archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Vie culturelle, loisirs et encadrement religieux des prisonniers au Stalag XVII B


Statue de Notre-Dame des prisonniers. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Statue de Notre-Dame des prisonniers. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dès août 1940, trente-trois prêtres-soldats[1] sont présents dans le camp. Ils organisent une réponse spirituelle pour soutenir les prisonniers. Ils organisent le culte du dimanche dans le camp. Les hommes des AK sont autorisés à se rendre au culte du village le dimanche, « lorsque les circonstances s’y prêtent » Cela peut apparaitre comme une restriction et un moyen de pression.

Un an plus tard, en mars 1941[2], le nombre des prêtres a considérablement augmenté car ils sont cent vingt-deux. Le dimanche, la messe est dite dans dix endroits différents du camp.

Il n’y en a aucun dans les détachements de travail, si bien que les membres en sont réduits à aller le plus souvent au culte allemand. Le dernier trimestre de 1941 montre une nette diminution de cette présence pastorale, car il ne reste que quarante-deux prêtres, un pasteur protestant et quatre popes[3].

Les prisonniers ont accès à une bibliothèque dont les livres (au nombre de cinq mille en mars 1941[4]) s’enrichit régulièrement. Ils sont partagés entre le camp et les AK (quatre cents y ont été envoyés). D’autres distractions sont proposées : des jeux de société, du théâtre, un orchestre composé de prisonniers (tous musiciens professionnels). Ces distractions, en dehors de la lecture, concernent peu les commandos.


[1] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 48/49.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 1/6.

[3] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 14 octobre 1941, tapuscrit, 7 pp., non paginées, p. 6/7.

[4] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 4/6.



Sélections, exclusions et libérations de prisonniers au Stalag XVII B



Avec les arrivées massives de nouveaux prisonniers, les autorités allemandes procèdent au renvoi de certains détenus vers d’autres camps ou structures de détention afin de désengorger les installations existantes, de réorganiser la répartition de la main-d’œuvre captive et d’adapter l’administration des prisonniers aux besoins économiques et militaires du Reich :

  • Les pères de quatre enfants ;
  • Des soldats noirs[1], dont la présence est mal acceptée par les autorités nazies, en raison de leur vision raciale et suprémaciste ;
  • Des Flamands belges[2] qui, eux, sont libérés sur ordre de Hitler comme peuple frère, et renvoyés dans leur foyer ;
  • Des anciens combattants de la Première Guerre mondiale (quatre-vingt-cinq sont encore présents au Stalag en octobre 1941[3]) ;
  • Des Espagnols républicains[4] (qualifiés de « rouges[5] ») qui ont combattu avec l’armée française sont transférés dans un lieu non précisé au départ, mais qui se révèle être le Stalag XVII-A[6], d’autres ont été transférés au camp de Mauthausen[7]. Il n’en reste bientôt plus aucun à Gneixendorf.
  • Trois mille cent malades[8], ou inaptes au travail.
  • D’autres, pendant ce temps optent pour le statut de travailleur civil, ce qui leur donne plus de liberté.

[1] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 46/49.

[2] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 46/49.

[3] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 14 octobre 1941, tapuscrit, 7 pp., non paginées, p. 6/7.

[4] Le Dr Andreas Salmhofer, du Mémorial du camp de concentration de Mauthausen (KZ-Gedenkstätte Mauthausen), Forschungsstelle | Research Center, KZ-Gedenkstätte Mauthausen, Argentinierstraße 13, TOP 103+104, A-1040 Wien, indique dans sa réponse du mardi 8 juillet 2025 que l’institution ne conserve pas d’archives relatives aux Stalags ni aux commandos de travail, son champ de recherche étant exclusivement consacré au système concentrationnaire de Mauthausen-Gusen. Il rappelle toutefois un lien historique avec le Stalag XVII B : environ 350 prisonniers espagnols, arrêtés en France à partir de 1940 puis internés dans ce camp, ont été transférés à Mauthausen. Surnommés « Espagnols rouges », une grande partie d’entre eux n’a pas survécu à leur déportation.

[5] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 21 août 1940, tapuscrit, 4 pp., paginées pp. 46-49, p. 46/49.

[6] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 1/6.

[7] Blaschitz, Edith, « Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – Geschichte, Kontaktzonen und transnationales Gedächtnis », in Böhm, Karin; Blaschitz, Edith; Rühse, Viola, Nichts zu sehen? Stalag XVII B Krems-Gneixendorf – eine topografische Vermessung, Weitra, Verlag Bibliothek der Provinz, 2024, 208 pp., pp. 10-25 (bibliographie pp. 24-25), p. 14.

[8] Rapport de visite du camp par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Stalag XVII B (Krems-Gneixendorf), 21 mars 1941, tapuscrit, 6 pp., non paginées, p. 3/6.


Évolutions du camp, libération et occupation du site par les forces soviétiques (1941–1946)


L’année 1941 marque un tournant dans la vie de ce camp, avec l’arrivée de prisonniers russes, tenus à l’écart des autres groupes. Ils sont suivis en 1943 par des prisonniers italiens, et enfin par des Américains. Aucun de ces derniers ne sera soumis au travail forcé. L’évolution de ce camp est hâtée par l’action des commissions du CICR, bien que celle-ci ne s’étende pas aux prisonniers soviétiques, qui sont interdits de visites.

A l’approche de l’armée soviétique en avril 1945, les prisonniers de guerre capables de marcher sont transférés vers l’ouest et regroupés à Braunau[1], à la limite de la frontière austro-allemande. Le 7 mai, l’annonce de la capitulation du Troisième Reich parvient au camp. Des excès, des pillages (le camp des troupes est mis à sac) et des viols ont lieu dans les villages environnants.

Les Soviétiques s’installent dans le camp (soit trois divisions ou dix mille hommes). Aussitôt après l’évacuation des prisonniers, les ils s’efforcent de rétablir l’ordre. Pour nettoyer le camp, alors dans un état lamentable, ils choisissent des habitantes de Krems, dont la plupart avaient appartenu au NSDAP (parti nazi), à titre de représailles.

Au printemps 1946, le retrait des troupes soviétiques entraîne la désaffectation progressive du site. Les baraques sont démontées, revendues ou réutilisées dans la région de Krems, tandis que les dernières installations disparaissent au fil des années suivantes. Une dizaine d’années plus tard, une partie de l’ancien camp est même louée à un club d’aviation[2], achevant la transformation fonctionnelle du lieu.


[1] Braunau am Inn, commune située actuellement en Autriche, dans le Land de Haute-Autriche, à la frontière avec l’Allemagne.

[2] Streibel, Robert, Krems. Das Ende der Verdrängung, Weitra, Verlag Bibliothek der Provinz, 2024, 512 pp.


Plaque symbolisant l’ancienne limite du Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plaque symbolisant l’ancienne limite du Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Cette disparition matérielle s’accompagne d’une recomposition du paysage mémoriel, marquée par des usages successifs et parfois contradictoires de l’espace. Les défunts initialement ensevelis dans le cimetière de la forêt sont par ailleurs exhumés et transférés dans un autre lieu de sépulture[1].

À partir des années 1980, une démarche de reconnaissance mémorielle se développe. En 1984, à l’initiative d’anciens prisonniers de guerre français, une pierre commémorative est érigée sur le site de l’ancien Stalag XVII B. L’artiste Christian Gmeir matérialise également l’emprise du camp par des plaques d’acier portant la devise « Macht Vergessenes Sichtbar » (« rendre visible ce qui a été oublié »), soulignant les processus d’effacement et de redécouverte du lieu dans la mémoire locale.


[1] L’ancien « cimetière forestier » d’Egelsee, aujourd’hui intégré à la ville de Krems, est situé dans un environnement boisé. Ce lieu constitue un élément significatif de la géographie mémorielle liée au Stalag XVII B et aux espaces périphériques du camp. L’archiviste municipal de Krems Daniel Haberler-Maier en donné les coordonnées précises.


Rencontre entre Marie-Noëlle Estiez Bonhomme et Daniel Haberler-Maier, archiviste aux archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Rencontre entre Marie-Noëlle Estiez Bonhomme et Daniel Haberler-Maier, archiviste aux archives municipales de Krems (Stadtarchiv Krems). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 1er juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Représentations et superpositions mémorielles à Krems-Gneixendorf : entre patrimoine culturel et histoire du Stalag XVII B dans l’après-guerre


Délimitation du Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
 
Délimitation du Stalag XVII B. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 3 juillet 2025. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dans l’immédiat après-guerre, la reconstruction du vécu des prisonniers de guerre s’appuie également sur des dispositifs documentaires variés, mobilisant à la fois les archives administratives, les témoignages individuels, et les enquêtes menées par les organisations humanitaires.

Le photographe Henri Cartier-Bresson est ainsi chargé en 1945 par le Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD), avec l’appui des autorités françaises et alliées, de documenter le retour des prisonniers libérés. Son travail participe à la constitution d’une mémoire visuelle du rapatriement, associée à une volonté de témoignage et de réintégration des anciens captifs dans l’espace national.

Par la suite, l’image des Stalags est largement réinterprétée dans le champ culturel et cinématographique. Le film Stalag 17 (1953), réalisé par Billy Wilder, s’inspire des camps de prisonniers de guerre allemands, mais en propose une représentation romancée et dramatique.

Centré sur les tensions internes et la suspicion entre détenus, il simplifie fortement la réalité administrative et militaire des Stalags, structures avant tout organisées par la Wehrmacht[1] comme dispositifs de détention et de travail forcé. L’œuvre participe ainsi à la construction d’une mémoire populaire du système concentrationnaire militaire allemand, distincte de son fonctionnement historique.

Cette mission à Krems-Gneixendorf met en relation deux strates historiques fortement dissymétriques, en confrontant les traces encore perceptibles de la période de détention des prisonniers de guerre avec les usages contemporains du site et les formes actuelles de sa mémoire reconstruite. Elle permet ainsi de croiser des temporalités distinctes, entre l’histoire du camp et sa progressive réinscription dans le paysage urbain et mémoriel.

D’un côté, le parcours de Pierre Bonhomme s’inscrit dans le système de détention militaire allemand, structuré par les transferts successifs entre Frontstalags et Stalags, puis par l’affectation aux Arbeitskommandos. Dans cette organisation, le Stalag XVII B apparaît comme un espace de captivité et d’exploitation de la main-d’œuvre, dont les rapports du CICR soulignent les tensions entre les normes officielles et les conditions réelles de détention.

Après 1945, le site connaît une disparition matérielle relativement rapide, suivie d’une reconstruction mémorielle partielle et tardive, surtout à partir des années 1980.

De l’autre côté, Gneixendorf est marqué par une mise en valeur patrimoniale centrée sur la figure de Ludwig von Beethoven. Le séjour du compositeur en 1826 au château Wasserhof est aujourd’hui intégré à un dispositif culturel structuré, associant panneaux explicatifs, monument, signalétique et parcours touristiques. Beethoven y est présenté comme une figure emblématique inscrite dans une continuité culturelle valorisée à l’échelle locale.

La coexistence de ces deux registres produit un contraste marqué : une mémoire musicale stabilisée, visible et largement valorisée, face à une mémoire du camp plus fragmentaire, tardivement reconnue et encore en retrait dans le paysage. Le site apparaît ainsi comme un espace de superposition mémorielle, où l’héritage culturel prestigieux occupe le premier plan, tandis que la mémoire de la guerre demeure plus discrète.


[1] Terme allemand signifiant littéralement « force de défense » ou « puissance défensive » (Wehr = défense ; Macht = puissance/force) et désignant les forces armées de l’Allemagne nazie entre 1935 et 1945, regroupant l’armée de terre (Heer), la marine (Kriegsmarine) et l’armée de l’air (Luftwaffe).



Catégories
Anciens combattants Architecture Criminalité Guerre mondiale (1939-1945) Industrie Militaires Monuments commémoratifs Monuments commémoratifs militaires Patrimoine culturel Patrimoine industriel Victimes de guerre

Mission historique et mémorielle à Eisenhüttenstadt sur les traces de Pierre Bonhomme, natif de La Romagne, prisonnier de guerre dans le Stalag allemand III B Fürstenberg (Oder)


8 mai 1945 – 8 mai 2025 : les soldats capturés pendant la Seconde Guerre mondiale, mémoire vive de l’histoire européenne

Panneau de la gare d'Eisenhüttenstadt (Allemagne). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 25 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Panneau de la gare d’Eisenhüttenstadt (Allemagne). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 25 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les jeudi 8 et vendredi 9 mai 2025 marquent deux anniversaires majeurs : les 80 ans de la victoire du 8 mai 1945 et les 35 ans de la Journée de l’Europe, célébrée le 9 mai. Le 8 mai s’annonce comme la dernière grande commémoration en présence des témoins directs de la Seconde Guerre mondiale : anciens combattants, rescapés des camps, requis du STO[1], incorporés de force[2]… et prisonniers de guerre[3], dont le sort particulier est relégué dans l’ombre.

Capturés en masse dès 1940, contraints au travail forcé en Allemagne, ces hommes vécurent une guerre marquée par la captivité, l’attente, et un retour difficile en France.


[1] Le Service du travail obligatoire était une contrainte imposée par le régime de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale, forçant les jeunes hommes français à travailler en Allemagne pour soutenir l’effort de guerre nazi.

[2] Les « malgré-nous » étaient des hommes d’Alsace-Moselle contraints par le régime de Vichy de rejoindre l’armée allemande après l’annexion de fait de ces régions par le IIIᵉ Reich en 1942.

[3] Les Stalags accueillaient les soldats et sous-officiers soumis au travail forcé (Zwangsarbeit), tandis que les Oflags étaient destinés aux officiers, qui bénéficiaient de conditions de vie relativement meilleures. La notion de Zwangsarbeit (travail forcé) pendant la Seconde Guerre mondiale peut, dans de nombreux cas, être considérée comme une forme de moderne Sklaverei (esclavage moderne), bien que ces deux concepts renvoient à des contextes historiques et juridiques différents.


Embarcadère à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 29 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Embarcadère à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 29 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Après avoir cherché les traces de Pierre Bonhomme, natif de La Romagne, prisonnier de guerre n° 53026 dans les Stalags allemands III-A Luckenwalde et III-D Berlin, une nouvelle mission historique et mémorielle s’est accomplie au Stalag III-B Fürstenberg[1] (Oder), actuellement Eisenhüttenstadt, en Allemagne) du mercredi 23 octobre au vendredi 1er novembre 2024.


[1] Fürstenberg-sur-Oder, commune située actuellement dans l’arrondissement de l’Oder-Spree et le Land de Brandebourg, en Allemagne, ne doit pas être confondue avec Fürstenberg-Havel, qui se trouve également dans le Land de Brandebourg, mais dans l’arrondissement de la Haute-Havel.


Ce déplacement a compris plusieurs rendez-vous avec des historiens, archivistes, bibliothécaires, documentalistes, libraires, etc., dont :

  • plusieurs rencontres avec Erich Opitz, historien local engagé dans la préservation de la mémoire du quartier de Fürstenberg (Oder). Président d’une association culturelle[1], membre du conseil municipal, il a publié plusieurs ouvrages[2] et articles[3] sur Eisenhüttenstadt. Il est par ailleurs collectionneur d’archives sur la Seconde Guerre mondiale (tracts, photographies, cartes postales, etc.) ;
  • des échanges électroniques[4] avec Axel Drieschner, historien de l’art et historien, conservateur au musée Utopie et vie quotidienne[5] (qui regroupe le Centre de documentation[6] sur la vie quotidienne en RDA[7] et des archives d’artistes[8] au château de Beskow[9]), impliqué dans les projets d’exposition et le développement des collections, co-directeur de publication avec Barbara Schulz de Stalag III-B Fürstenberg (Oder) : Kriegsgefangene im Osten Brandenburgs 1939-1945, Berlin : Metropol Verlag, 2006, 212 p. (Beiträge zur Geschichte Eisenhüttenstadts, cahier 4). [10] ;
  • une inscription à la bibliothèque municipale[11], dont le fonds documentaire actuel et varié comprend plusieurs ouvrages d’histoire locale. La délivrance d’une carte de lectrice à l’auteure a autorisé le prêt « à domicile[12] » de la monographie citée supra[13], dans le cadre d’une procédure spécifique ;
  • une consultation aux archives municipales[14]. Un exemplaire du titre référencé ci-dessus étant déjà conservé dans les fonds, la directrice a exceptionnellement autorisé, à titre dérogatoire et dans un cadre strictement non renouvelable, la remise d’un doublon à l’auteure ;
  • une visite du musée municipal[15], ancienne maison d’armateur, au style Art nouveau, arborant une façade décorée de motifs maritimes. Ses collections portent sur l’histoire locale d’Eisenhüttenstadt, et une salle en particulier est dédiée au Stalag III-B Fürstenberg (Oder) ;
  • des passages à l’office de tourisme[16], qui propose sur présentoir des périodiques, des monographies sur l’histoire locale, ainsi que des reproductions de cartes anciennes. Il met également à disposition, gratuitement, des dépliants[17], un livret d’accueil[18] et un itinéraire de découverte de la ville[19] ;
  • un tour à la librairie Thalia[20], qui comprend un rayon sur l’histoire locale, et qui vend des plans de la ville, ainsi que des cartes topographiques[21] de la région ;
  • une correspondance informatique avec la mairie[22] ;
  • une découverte de la galerie d’art de Fürstenberg (Oder)[23], qui organise un dépôt-vente d’ouvrages et d’un lot de cartes postales[24].

[1] Bürgervereinigung Fürstenberg (Oder) e.V., Fellertstraße 31, 15890 Eisenhüttenstadt.

[2] Parmi lesquels un recueil de photographies du vieux Fürstenberg (Oder) : Gansleweit, Klaus-Dieter ; Opitz, Erich ; Schieche, Manfred, Das alte Fürstenberg (Oder), Erfurt : Sutton Verlag, 2016, 136 p.

[3] Erich Opitz a notamment rédigé la partie I (pp. 20-55) d‘une chronologie (Zeitafel) de Fürstenberg (Oder), du moyen-âge à nos jours, avec Klaus-Dieter Gansleweit, dans l’article « Fürstenberg (Oder) im Wandel der Zeiten » (« Fürstenberg-sur-Oder au fil du temps »), paru dans Gansleweit, Klaus-Dieter (dir.), Festschrift zur 750-Jahr-Feier von Fürstenberg (Oder), Heimatkalender Eisenhüttenstadt und Umgebung, 23e année, édition spéciale, 1e édition, Eisenhüttenstadt : Bürgervereinigung Fürstenberg (Oder) e. V., 2005, 284 p. Erich Opitz a ensuite co-signé avec Klaus-Dieter Gansleweit, ou signé seul, les parties II à VI dans les volumes 1 (2011, 248 pages, pp. 17-42), 2 (2017, 224 pages, pp. 6-24), 3 (2020, 216 pages, pp. 6-43), 4 (2022, 203 pages, pp. 6-41), 5 (2024, 228 pages, pp. 6-37) de la revue Ganslweit, Klaus-Dieter (dir.), Fürstenberger Blätter : Beiträge zur Geschichte von Fürstenberg (Oder) und Umgebung, Eisenhüttenstadt: Bürgervereinigung Fürstenberg (Oder) e. V.

[4] Étant donné qu’Axel Drieschner était en déplacement professionnel à cette période, l’auteure n’a pas pu le rencontrer en personne.

[5] Museum Utopie und Alltag (DOK-Zentrum), Erich-Weinert-Allee 3, 15890 Eisenhüttenstadt.

[6] Dokumentationszentrum Alltagskultur der DDR, organisme soutenu par le ministère des Sciences, de la Recherche et de la Culture du Land de Brandebourg, l’arrondissement de l’Oder-Spree et la ville d’ Eisenhüttenstadt.

[7] République démocratique allemande.

[8] Museum Utopie und Alltag (Kunstarchiv), Breitscheidstraße 7, 15848 Beeskow.

[9] Commune située actuellement dans l’arrondissement de l’Oder-Spree et le Land de Brandebourg, en Allemagne.

[10] Ce livre a joué un rôle essentiel dans la rédaction de cet article, et demeure une référence incontournable pour tout lecteur germanophone s’intéressant au Stalag III-B Fürstenberg (Oder). Bien que les citations complètes n’aient pas été intégrées, l’auteure reconnaît l’importance capitale de cette œuvre dans ses recherches. Elle a constitué une ressource clé pour l’analyse, et sa mention explicite dans le texte s’inscrit dans les pratiques académiques, attestant ainsi de son apport déterminant.

[11] Stadtbibliothek, Lindenallee 2a, 15890 Eisenhüttenstadt.

[12] En fait, à l’hôtel, qui, en tant que lieu d’hébergement temporaire, ne revêt pas le statut de domicile légal et ne peut, dans le cadre d’un voyage touristique, être considéré comme une adresse officielle.

[13] Ce titre est épuisé. Publié en édition monolingue allemande, il n’a à ce jour pas été traduit en français, en anglais ni en russe.

[14] Stadtarchiv Eisenhüttenstadt, Am Trockendock 1a, 15890 Eisenhüttenstadt.

[15] Städtisches Museum & Galerie, Löwenstraße 4, 15890 Eisenhüttenstadt.

[16] Touristinformation, Lindenallee 25, 15890 Eisenhüttenstadt.

[17] Erlebnisreich Eisenhüttenstadt : die Vielfalt Eisenhüttenstadts erleben (Eisenhüttenstadt, riche en événements : découvrez la diversité d’Eisenhüttenstadt) ; Filmreich Eisenhüttenstadt : die Filmkulisse Eisenhüttenstadts erkunden (Eisenhüttenstadt, riche en films : découvrir les coulisses cinématographiques d’Eisenhüttenstadt) ; Fürstenberg (Oder) Eisenhüttenstadt : Spaziergang durch die historische Altstadt (Eisenhüttenstadt : promenade dans la vieille ville historique) ; Kunstreich Eisenhüttenstadt : Kunstwerke im öffentlichen Raum entdecken (Eisenhüttenstadt, riche en art : découvrir des œuvres d’art dans l’espace public) ; Naturreich Eisenhüttenstad t: Eisenhüttenstadt für Naturliebhaber (Eisenhüttenstadt, riche en nature : Eisenhüttenstadt pour les amoureux de la nature).

[18] Willkommen in Eisenhüttenstadt : Informationsbroschüre für Bürgerinnen, Bürger und Gäste unserer Stadt (Bienvenue à Eisenhüttenstadt : brochure d’information destinée aux citoyens et aux visiteurs de notre ville).

[19] Eisenhüttenstadt : die Planstadt zu Fuß entdecken (Eisenhüttenstadt : découvrir la ville planifiée à pied). Par « ville planifiée », on entend une ville conçue selon un plan d’urbanisme cohérent, élaboré dans le contexte politique de la RDA, l’État socialiste des années 1950.

[20] Lindenallee 7-9, 15890 Eisenhüttenstadt.

[21] Les feuilles L3952 et L3954 de la carte topographique du Brandebourg, à l’échelle 1 : 50 000 [deux centimètres sur la carte ≙ un kilomètre dans la réalité], couvrent Eisenhüttenstadt. Elles sont éditées par le Service topographique et d’information géographique du Brandebourg (Landesvermessung und Geobasisinformation Brandenburg).

[22] Stadt Eisenhüttenstadt, Zentraler Platz 1, 15890 Eisenhüttenstadt.

[23] Kunsthof Fürstenberg (Oder), Lindenplatz 4, 15890 Eisenhüttenstadt.

[24] Historische Brückeansichten von Fürstenberg/Oder (Vues historiques du pont de Fürstenberg/Oder).


Eisenhüttenstadt, ville palimpseste : entre ruines visibles et silence enfoui



Le voyage a aussi été l’occasion de découvrir Fürstenberg (Oder), le centre historique de la ville d’Eisenhüttenstadt, mentionné pour la première fois en 1286, et qui conserve quelques traces de la Seconde Guerre mondiale :

  • le quartier des pêcheurs[1] ;
  • l’église catholique Saint-Nicolas[2] (nommée d’après le patron des marins, référencée dès 1450, plusieurs fois détruite et reconstruite) ;
  • un remblai sur le canal Oder-Spree, utilisé depuis 1890 comme lieu de stockage et d’amarrage, rénové en 2008 avec la construction de pontons modernes, d’un embarcadère, et d’une promenade[3] ;
  • une « échelle céleste[4] », en fait un escalier étroit au fort dénivelé reliant le quartier de Kietz à l’Oderstraße ;
  • un monument[5] érigé en 1949 en l’honneur des vingt-trois membres de la flottille du Dniepr, tombés au combat au printemps 1945, lors des combats à Fürstenberg (Oder) ;
  • Un ancien embarcadère[6] : au lieu du pont sur la digue, détruit pendant la Seconde Guerre mondiale, un bac à câble actionné à la main a permis le passage jusqu’en 1996 ;
  • le cimetière protestant de Fürstenberg (Oder)[7], qui comprend une stèle en l’honneur de prisonniers de guerre décédés en 1939-1945, dont neuf Français[8] ;
  • le cimetière juif[9] ;
  • des pierres commémoratives[10] posées[11] en l’honneur d’Emma et Siegfried Fellert[12] ;
  • des vestiges de l’ancien pont sur l’Oder (qui a été détruit), visibles du côté polonais[13] ;
  • un ancien chantier naval[14], devenu aujourd’hui un immeuble d’habitation.
  • une fortification médiévale inachevée[15], potentiellement liée à l’empereur Charles IV du Saint-Empire romain germanique (1316-1378) ;
  • l’ancien hôtel de ville et la caserne de pompiers désaffectée[16], bâtiment construit en 1835 et rénové en 1900 dans le style néo-Renaissance ;
  • un château d’eau[17] de 1930, monument historique de style expressionniste ;
  • un musée des sapeurs-pompiers et des techniques de lutte contre l’incendie[18], achevé en 1992 ;
  • une écluse à sas double[19], mise en service en 1929.

[1] Kietz.

[2] Nikolaikirche, Kirchbüro, Oderstraße 1, 15890 Eisenhüttenstadt.

[3] Bollwerk.

[4] Himmelsleiter.

[5] Roßplatz (place des Chevaux).

[6] Ehemaliger Fährplatz.

[7] Fürstenberger evangelischer Friedhof, Kastanienstraße 15b, 15890 Eisenhüttenstadt.

[8] Ce lieu funéraire a été visité en compagnie d’Erich Opitz, reconnu pour ses recherches sur les sépultures oubliées, et pour sa connaissance de l’histoire des cultes des morts sous le national-socialisme à l’échelle régionale. Voir Opitz, Erich, Für Führer, Volk und Vaterland : zum regionalen Totenkult im Nationalsozialismus, Eisenhüttenstadt : Bürgervereinigung Fürstenberg (Oder) e. V., 2019, 188 p.

[9] Jüdischer Friedhof.

[10] Stolpersteine.

[11] Königstraße 61, 15890 Eisenhüttenstadt.

[12] Les deux victimes du nazisme ont été fusillées le 13 février 1945. Leurs corps ont été retrouvés au Stalag III-B Fürstenberg (Oder), mais le lieu exact de leur assassinat demeure incertain. Depuis 1946, la Prinz-Carolath-Straße n’existe plus et a été renommée Fellertstraße en leur honneur.

[13] Słubice est située juste de l’autre côté de la frontière, séparée de l’Allemagne par la rivière Oder. Elle est la voisine directe de Francfort-sur-l’Oder (Frankfurt an der Oder), commune située actuellement dans l’arrondissement de Francfort-sur-l’Oder et le Land de Brandebourg, en Allemagne.

[14] Ehemaliges Reedereigebaüde.

[15] Brauhebbel ou Burghebbel.

[16] Altes Rathaus und Feuerwache. Ce bâtiment a servi aux pompiers jusqu’à la mise en service, en 2022, de la nouvelle caserne centrale : Zentrale Feuerwache, Oderlandstraße 18, 15890 Eisenhüttenstadt.

[17] Wasserturm.

[18] Feuerwehr- und Technikmuseum, Heinrich-Pritzsche-Straße 26, 15890 Eisenhüttenstadt.

[19] Zwillingsschachtschleuse, Unterschleuse 1, 15890 Eisenhüttenstadt.


Pour ce qui est de sa partie moderne, Eisenhüttenstadt, qui est jumelée avec Drancy[1] depuis 1963, compte un théâtre[2], un cinéma[3], et a été le décor de plusieurs films en rapport avec la RDA[4]. La ville offre d’autre part au regard plus d’une centaine d’œuvres d’art dans les espaces publics, dont certaines en relation avec la Seconde Guerre mondiale, comme :

  • la place autrefois nommée « place de l’Amitié germano-soviétique[5] », et actuellement « place du Souvenir[6] », qui accueille un mémorial dédié aux prisonniers soviétiques du Stalag III-B Fürstenberg (Oder) (Les corps, déplacés lors de la construction de l’aciérie d’Eisenhüttenstadt, reposent sous un obélisque en granit, initialement destiné aux projets nazis pour Berlin[7], et réutilisé dans les années 1950) ;
  • la mosaïque murale[8] « Amitié entre les peuples[9] » de Walter Womacka ;
  • La peinture murale « Travailler pour la paix[10] » de Walter Womacka ;
  • La sculpture « Germania[11] Barbarica » d’Eckhard Herrmann.

[1] Commune située actuellement dans le département de la Seine-Saint-Denis, en région Île-de-France, faisant partie de la Métropole du Grand Paris. Le camp de Drancy fut le principal centre de transit des juifs arrêtés en France entre 1941 et 1944. Plus de soixante-trois mille personnes y furent internées avant d’être déportées, surtout à Auschwitz. Administré d’abord par la police française, puis par la Gestapo (abréviation de Geheime Staatspolizei, soit « police secrète d’État »), le camp fut libéré en août 1944. Il est aujourd’hui un lieu de mémoire de la Shoah en France.

[2] Friedrich-Wolf-Theater, Lindenallee 23, 15890 Eisenhüttenstadt.

[3] Filmpalast, Werkstraße 2a, 15890 Eisenhüttenstadt.

[4] En 2018, Das schweigende Klassenzimmer (La Révolution silencieuse), qui raconte comment des lycéens dénoncent la répression soviétique lors de l’insurrection de Budapest, a été partiellement tourné à Eisenhüttenstadt pour recréer l’atmosphère de la RDA des années 1950. En 2019, Und der Zukunft zugewandt (sorti en France sous le titre anglais Sealed Lips), qui raconte l’histoire d’une communiste allemande accusée d’espionnage en URSS, a également été filmé dans la ville.

[5] Platz der deutsch-sowjetischen Freundschaft.

[6] Platz des Gedenkes.

[7] Germania était un projet de « ville planifiée » conçu par Adolf Hitler pour transformer Berlin en une capitale mondiale monumentale, symbole de la puissance du régime nazi. Ce programme, imaginé avec l’architecte Albert Speer, prévoyait la construction de bâtiments gigantesques, notamment une grande avenue, un arc de triomphe géant et une salle pouvant accueillir jusqu’à cent quatre-vingt mille personnes. Cependant, le chantier n’a jamais été réalisé, abandonné en raison de l’évolution de la guerre et des destructions causées par le conflit.

[8] En porcelaine de Meißen : celle-ci, créée dès le début du XVIIIe siècle, se distingue par sa qualité exceptionnelle et ses designs raffinés, devenant ainsi un symbole du luxe et de l’artisanat en Europe.

[9] Völkerfreundschaft.

[10] Arbeit für den Frieden.

[11] Germania incarne l’unité et la puissance de l’Allemagne depuis le XIXe siècle. Guerrière couronnée, armée d’une épée ou d’un bouclier, elle symbolise un nationalisme conservateur. Marianne, quant à elle, née de la Révolution française, représente la République, la liberté et la souveraineté du peuple. Coiffée d’un bonnet phrygien, elle incarne les idéaux démocratiques et laïques de la France.



En 1961, le nom de Stalinstadt disparaît au profit de celui d’Eisenhüttenstadt. La « ville sidérurgique[1] », pensée comme la « première ville socialiste d’Allemagne[2] », doit incarner le renouveau de la RDA.

En 2001, la transformation d’une partie de la ville en zone industrielle donne lieu à des fouilles d’archéologie préventive[3] .


[1] Traduction littérale d’Eisenhüttenstadt.

[2] Anton, Wolfgang ; Arbeitsgruppe Stadtgeschichte (Eisenhüttenstadt), Eisenhüttenstadt : erste sozialistische Stadt Deutschlands, Berlin : BeBra Verlag GmbH, 1999, 247 pages.

[3] Rettungsgrabung (fouille de sauvetage).


Bouleau sur voie désaffectée à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 27 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Bouleau sur voie désaffectée à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 27 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

En 2024, les vestiges témoignent discrètement d’un passé longtemps occulté. Tout a presque totalement disparu, englouti par une nature luxuriante et exubérante, qui a repris ses droits depuis des décennies. La plupart du temps, les rares ruines affleurant à la surface sont difficiles à lire et à interpréter.

Vestiges d'un lampadaire en bordure de voie ferrée et d'un soubassement à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 27 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vestiges d’un lampadaire en bordure de voie ferrée et d’un soubassement à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 27 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le Stalag III-B Fürstenberg (Oder), un camp au cœur de la machine militaire nazie

Blocs érigés en souvenir du Stalag III-B à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 25 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Blocs érigés en souvenir du Stalag III-B à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 25 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dès 1929, dans Fürstenberg (Oder), le NSDAP[1] affronte de manière paramilitaire[2] les communistes[3] et les sociaux-démocrates[4]. En mars 1933, Adolf Hitler consolide son pouvoir avec plusieurs événements clés. Le 5 mars, les élections législatives renforcent son soutien, mais sans majorité absolue.

Le 27 février, l’incendie du Reichstag permet d’adopter un décret répressif. Le 23 mars, la loi des pleins pouvoirs[5] lui donne le pouvoir de légiférer sans le Reichstag, établissant ainsi sa dictature et mettant fin à la démocratie de la République de Weimar.


[1] Le NSDAP (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei) était le parti dirigé par Adolf Hitler, qui a gouverné l’Allemagne sous le régime nazi à partir de 1933.

[2] Le parti politique nazi n’était pas en soi une organisation paramilitaire, mais il s’est entouré de groupes paramilitaires pour assurer sa protection, intimider ses adversaires, et soutenir l’ascension du régime nazi. Parmi les exemples les plus emblématiques figurent les SA (Sturmabteilung) ou « chemises brunes », les SS (Schutzstaffel) à la sinistre tête de mort (Totenkopf), ainsi que les Jeunesses hitlériennes (Hitlerjugend ou HJ, littéralement la Jeunesse hitlérienne).

[3] En riposte, les communistes utilisaient le RFB (Rotfrontkämpferbund), ou Union des combattants du front rouge, qui visait à protéger les ouvriers et à lutter contre les nazis.

[4] Pour se défendre, les sociaux-démocrates s’appuyaient sur le Reichsbanner Schwarz-Rot-Gold (Bannière noire-rouge-or) , une organisation destinée à défendre la République de Weimar contre l’extrême-droite.

[5] Ermächtigungsgesetz.


Fürstenberg (Oder) tombe sous la coupe des hitlériens. Dès lors, des mesures de terreur sont instaurées dans la ville et ses alentours, et les opposants politiques sont, soit enfermés dans des centres de détention, soit envoyés dans des camps de concentration[1].


[1] Les camps de concentration ont été créés dès 1933 pour détenir les opposants politiques et d’autres groupes « indésirables ». Les camps d’extermination, ouverts en 1941, étaient spécifiquement destinés à l’assassinat de masse, principalement des juifs.


« Les deux blocs de granit utilisés ici ont été récupérés en 2011 sur les rives du canal Oder-Spree à Eisenhüttenstadt. Ils y avaient survécu comme vestiges d’un stock de pierres constitué pendant la Seconde Guerre mondiale pour un projet de construction de la Wehrmacht prévu par Hitler à Berlin, à savoir le nouveau quartier général de l’armée avec la ‘halle des soldats’. Afin de stocker des pierres naturelles de haute qualité pour ce projet de construction, une installation portuaire a été spécialement construite à partir de 1940, juste au sud du Stalag III-B. Un commando de juifs français du camp de prisonniers de guerre a été utilisé pour creuser le bassin portuaire de 400 mètres de long. Environ 20 000 mètres cubes de gros blocs de pierre ont été empilés sur le site portuaire, dont du granit provenant de Scandinavie et des carrières de la SS, où les détenus des camps de concentration étaient soumis à un travail forcé dans des conditions inhumaines. Après la fin de la guerre, les forces d’occupation soviétiques ont notamment utilisé ces réserves de pierres pour construire le mémorial de Berlin-Treptow et la place du Souvenir à Eisenhüttenstadt. »

Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 25 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

« Les deux blocs de granit utilisés ici ont été récupérés en 2011 sur les rives du canal Oder-Spree à Eisenhüttenstadt. Ils y avaient survécu comme vestiges d'un stock de pierres constitué pendant la Seconde Guerre mondiale pour un projet de construction de la Wehrmacht prévu par Hitler à Berlin, à savoir le nouveau quartier général de l'armée avec la 'halle des soldats'. Afin de stocker des pierres naturelles de haute qualité pour ce projet de construction, une installation portuaire a été spécialement construite à partir de 1940, juste au sud du Stalag III-B. Un commando de juifs français du camp de prisonniers de guerre a été utilisé pour creuser le bassin portuaire de 400 mètres de long. Environ 20 000 mètres cubes de gros blocs de pierre ont été empilés sur le site portuaire, dont du granit provenant de Scandinavie et des carrières de la SS, où les détenus des camps de concentration étaient soumis à un travail forcé dans des conditions inhumaines. Après la fin de la guerre, les forces d'occupation soviétiques ont notamment utilisé ces réserves de pierres pour construire le mémorial de Berlin-Treptow et la place du Souvenir à Eisenhüttenstadt. »

Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 25 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le bellicisme d’Adolf Hitler se manifeste à travers la préparation de la guerre, notamment avec l’action de la Wehrmacht[1]. Dès août 1938, le commandement de cette dernière se voit chargé de planifier l’installation de camps de prisonniers, en prévision des invasions de la Tchécoslovaquie (le 15 mars 1939) et de la Pologne (le 1er septembre 1939).

Ces instructions incluent la construction des camps, ainsi que des directives sur le traitement des prisonniers, notamment la surveillance, l’hébergement, le ravitaillement et le travail.


[1] Cette « force de défense » (traduction littérale en français), créée en 1935 à partir de la Reichswehr (armée nationale), comprenait l’Heer (armée de Terre), la Kriegsmarine (Marine) et la Luftwaffe (armée de l’Air). La Wehrmacht a été dissoute en 1946 après la défaite de l’Allemagne.


„Hier befand sich während des Zweiten Weltkriegs das sogenannte Mannschafts- Stammlager Stalag III B. Das Lager diente der Deutschen Wehrmacht während ihrer Angriffskriege zur Aufnahme gefangener gegnerischer Soldaten und zu ihrer Weiterführung in die regionale Kriegswirtschaft. Über das Gebiet des Deutschen Reichs waren etwa siebzig Lager gleicher Funktion und Größenordnung verteilt.

Das Stalag III B war zur Unterbringung von maximal 10 000 Kriegsgefangenen ausgelegt. Dazu wurden vierzig Baracken entlang einer zentralen Erschließungsstraße errichtet.   Während des Krieges, durchliefen etwa 100 000 Gefangene das Stalag III B. Sie stammten aus Polen, Frankreich, Belgien, den Niederlanden, Jugoslawien, der Sowjetunion, den USA und aus Italien. Die Gefangenen wurden, je nach ihrer nationalen Herkunft, sehr unterschiedlich behandelt. Gegenüber den Soldaten der westlichen Alliierten beachtete man weitgehend die Grundsätze des Völkerrechts. Die italienischen Gefangenen dagegen wurden, da ihr Land das Bündnis mit Deutschland verlassen hatte, als „Verräter“ bezeichnet und schlechter gestellt.

Absolut menschenverachtend war die Behandlung der sowjetischen Gefangenen. Gemäß der rassistischen NS-Ideo!ogie, die sie zu „Untermenschen“ erklärte, verweigerten die Deutschen ihnen eine lebenserhaltende Ernährung, Hygiene und Medizinische Versorgung.

Mehr als 4000 sowjetische Gefangene verhungerten, deshalb im Stalag III B oder starben an Seuchen. Weitere Rotarmisten, insbesondere solchen jüdischen Glaubens, wurden zur sofortigen Ermordung an Konzentrationslager überstellt.

Das Gebeine der sowjetischen Gefangenen wurden zunächst in Massengräbern verscharrt. Bei Errichtung des Eisenhüttenwerks 1951 umgebettet, ruhen sie heute auf dem Platz des Gedenkens in Eisenhüttenstadt. 80 weiterer Opfer verschiedener Nationalität wurden auf dem Friedhof der evangelischen Kirchengemeine im Ortsteil Fürstenberg, Kastanienstraße 15 b, beigesetz.“

Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 25 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A la mi-septembre 1939, il apparaît que les lieux initialement prévus ne suffisent pas, si bien que la construction de nouveaux camps tels que le Stalag III-B Fürstenberg (Oder) se révèle indispensable aux yeux des autorités allemandes. Ce Stalag est intégré dans le Wehrkreis[1] III Berlin Brandebourg[2].


[1] Abrégé en WK. Les Wehrkreise (circonscriptions militaires) étaient des régions militaires allemandes créées sous la République de Weimar pour le recrutement et la formation des troupes. Elles ont été renforcées par le IIIᵉ Reich pour l’organisation de la Wehrmacht.

[2] Cette zone englobait les provinces de Berlin et de la Marche de Brandebourg, avec son quartier général situé à Berlin-Grunewald.


Le site de Fürstenberg (Oder) est choisi dès le 23 septembre 1939[1] par le lieutenant-colonel[2] Paul May, nommé commandant du camp de 1939 à 1940[3], après que le Dulag[4] D Amtitz[5], implanté à proximité de Guben[6] (et qu’il dirigeait) a été dissous.

Il reconnait les lieux en compagnie de représentants de l’autorité civile et du directeur de l’Office du travail[7]. Le terrain sélectionné, long de deux kilomètres, et large de cinq cents à sept cent cinquante mètres, est plat, sec, et recouvert de bruyères sur un sol sableux[8].


[1] Il existe officiellement à partir du 6 décembre 1939.

[2] Oberstleutnant (code OTAN OF-4 selon le document STANAG 2116).

[3] Lagerkommandant.

[4] Le Dulag (Durchgangslager) était un camp de transit, à travers lequel passait tout prisonnier de guerre pour enregistrement, mais aussi pour vérifier son état médical.

[5] La localité, située dans la région de Gubin, est aujourd’hui connue sous le nom de Gębice, en Pologne, dans la voïvodie de Lubusz. Avant 1945, Amtitz faisait partie de l’Allemagne, mais après les accords de Potsdam, la région est devenue polonaise. Gubin, proche de Gębice, est une ville polonaise située à la frontière allemande.

[6] Commune située actuellement dans l’arrondissement de Spree-Neisse et le Land de Brandebourg, en Allemagne. Traversée par la Neisse, elle est séparée de la ville polonaise de Gubin par la frontière germano-polonaise établie après la Seconde Guerre mondiale, conformément aux accords de Potsdam en 1945.

[7] Arbeitsamt, organisme officiel responsable de la gestion du travail et de la main-d’œuvre.

[8] Pour un usage militaire, une telle terre présente l’avantage d’être sèche, bien drainée et aisée à aménager, ce qui permet l’installation rapide d’un camp. Bien qu’inexploitable sur le plan agricole ou économique, elle offre néanmoins deux atouts majeurs : un accès relativement aisé à l’eau et une desserte efficace par le chemin de fer et la route.


Plan du Stalag III-B à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 25 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan du Stalag III-B à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 25 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le camp[1] est prévu au départ pour dix mille prisonniers[2] mais, à la fin de 1939, aucune baraque n’est encore construite pour les héberger. Les prisonniers passent donc le premier hiver de leur captivité sous des tentes, par un froid rigoureux. Les baraques, souvent construites par les prisonniers eux-mêmes, ne sont achevées qu’en août 1940. C’est à cette période que de nombreux prisonniers français y sont internés[3].


[1] Sur le plan organisationnel, il est directement issu du camp de transit d’Amtitz.

[2] Dans les faits, le Stalag III-B Fürstenberg (Oder) a connu une surpopulation extrême, accueillant jusqu’à cinquante mille prisonniers de guerre à son apogée, soit cinq fois sa capacité. Cette surcharge a entraîné des conditions de détention très difficiles : promiscuité, manque d’hygiène, pénurie de soins et de nourriture.

[3] L’augmentation du nombre de prisonniers français dans les Stalags en 1940 est le résultat de la défaite rapide de la France face à la Blitzkrieg (guerre éclair) allemande lors de la bataille de France, en mai-juin.


Le Stalag III-B Fürstenberg (Oder) comprend plus d’une quarantaine de baraques d’hébergement, qui ont accueilli pendant la Seconde Guerre mondiale au moins quatre-vingt mille prisonniers, toutes nationalités confondues (Américains, Belges, Français, Italiens, Néerlandais, Polonais, Soviétiques, Yougoslaves, etc.).


L’avant-camp[1] est agrémenté de parterres de fleurs et de jardins. Il regroupe les maisons des gardes du camp[2]. Elles sont à colombages[3]. Le 1er septembre 1943, le colonel[4] Albrecht Blau, commandant du camp[5], inaugure une stèle commémorative et fait planter un chêne[6], près de la voie d’accès au Stalag III-B Fürstenberg (Oder)[7].


[1] Vorlager, c’est-à-dire la zone située devant le camp.

[2] Ce sont des Unterkunftsbaracken (« baraques d’hébergement » ou « baraques de logement ») et plus exactement des Stabsbaracken (« baraques du personnel », ou « baraques du commandement »). Datant de la Seconde Guerre mondiale, elles comptent parmi les rares encore conservées. Elles sont aujourd’hui utilisées par un refuge pour animaux, plus précisément un chenil : Tierheim/Tierpension Eisenhüttenstadt e.V., Oderlandstraße 3b, 15890 Eisenhüttenstadt.

[3] « Mur en charpente dont les vides sont remplis de briques, de torchis ou de plâtre. Par extension. Les parties visibles de cette charpente. Une maison alsacienne, normande, à colombages. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[4] Oberst (code OTAN OF-5 selon le document STANAG 2116).

[5] Il l’a dirigé du 15 avril 1943 au 25 février 1945. Son cadavre a été retrouvé le 30 août 1945 au Gamskarkogel, sommet de 2 467 mètres dans le massif de l’Ankogel, en Autriche.

[6] Tous les deux sont encore visibles actuellement. Une allée de bouleaux reliait d’autre part le tronçon de route entre les troupes et le camp de prisonniers, et quelques-uns de ces arbres subsistent.

[7] Lagerzufahrt . Dans le contexte d’un camp nazi comme un Stalag, ce terme désigne généralement la route d’accès principale utilisée pour les transports de prisonniers, de matériel ou de personnel.


Défilé de soldats allemands dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie ancienne en noir et blanc, virage sépia, tirage argentique (collection privée, avec l'aimable autorisation de monsieur Erich Opitz).
Défilé de soldats allemands dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie ancienne en noir et blanc, virage sépia, tirage argentique (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Erich Opitz).

Cette entrée[1], tournée vers la ville, est dominée par une tour de guet[2] en briques, très massive, alors que les autres miradors de surveillance sont en bois. Elle regroupe les bureaux de la Kommandantur[3], de l’Abwehr[4], de la poste, des bâtiments (pour la désinfection ou le stockage de combustible),  et des ateliers[5]. Le camp est entouré extérieurement d’une double clôture de barbelés, dont les poteaux sont enterrés d’au moins cinquante centimètres.


[1] Lagereingang.

[2] Wachturm.

[3] Le terme Kommandantur désigne les services de commandement militaires allemands, le bâtiment où ils sont installés, ainsi que le territoire qu’ils administrent. Dans certains contextes, il peut être traduit par PC (poste de commandement), notamment lorsqu’il se réfère à l’endroit où les autorités militaires exercent leur commandement.

[4] L’Abwehr (défense, riposte, parade), service de renseignement militaire allemand, a été fondée le 1er janvier 1921, en succession du Service IIIb (Abteilung ou Sektion IIIb, soit section IIIb) de la Première Guerre mondiale. Chargée du Gegenspionage (contre-espionnage), du Auslandsnachrichtendienst (renseignement extérieur) et du Sabotage (sabotage), elle est dirigée par l’amiral Wilhelm Canaris à partir de 1935. En conflit croissant avec la SS (Schutzstaffel, escadron de protection), accusée de trahison, elle est dissoute par Adolf Hitler le 18 février 1944.

[5] Les locaux non destinés à l’habitation sont désignés comme Lagerbaracken (baraques de stockage) ou Lagerflächen (zones ou surfaces de stockage).


Le miroir routier ou miroir de sécurité qui se voit à gauche a pour but d’améliorer la visibilité dans les zones où le champ de vision est réduit, notamment aux intersections.  Entrée du Stalag III-B Fürstenberg (Oder). Photographie ancienne en noir et blanc, virage sépia, tirage argentique (collection privée, avec l'aimable autorisation de monsieur Erich Opitz).
Le miroir routier ou miroir de sécurité qui se voit à gauche a pour but d’améliorer la visibilité dans les zones où le champ de vision est réduit, notamment aux intersections. Entrée du Stalag III-B Fürstenberg (Oder). Photographie ancienne en noir et blanc, virage sépia, tirage argentique (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Erich Opitz).

Cette structure du camp est identique à celle du Stalag III-A Luckenwalde[1] ou du Stalag XVII-B Gneixendorf[2], où Pierre Bonhomme a été prisonnier de guerre, ainsi qu’à de nombreux autres camps[3]. Il est à noter que ce camp n’a pas d’hôpital mais de simples infirmeries jusqu’en 1944[4].


[1] Commune située actuellement dans l’arrondissement de Teltow-Fläming et le Land de Brandebourg, en Allemagne.

[2] Village rattaché à Krems an der Donau (Krems-sur-le-Danube), commune située actuellement dans le district (Bezirk) de Krems et le Land de Basse-Autriche, en Autriche.

[3] Les Stalags II-A Neubrandenburg, III-A Luckenwalde, IV-B Mühlberg, VII-A Moosburg, IX-A Ziegenhain, X-B Sandbostel et XVII-B Gneixendorf sont tous construits sur le même modèle. Au Stalag VIII-A Görlitz, le plan a été légèrement modifié.

[4] Cette année-là, une annexe du camp de concentration de Sachsenhausen fut établie au sein de la nouvelle verrerie.


Baraques des gardes du Stalag III-B Fürstenberg (Oder). Photographie ancienne en noir et blanc, virage sépia, tirage argentique (collection privée, avec l'aimable autorisation de monsieur Erich Opitz).
Baraques des gardes du Stalag III-B Fürstenberg (Oder). Photographie ancienne en noir et blanc, virage sépia, tirage argentique (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Erich Opitz).

A l’intérieur du camp, d’autres clôtures divisent l’espace en fonction des nationalités. Chaque enclos compte en général cinq baraques, chacune ayant une capacité approximative de deux cent cinquante hommes.

Leur comptage se fait dans le sens des aiguilles d’une montre : celles numérotées de 5 à 24 se trouvent à l’ouest, tandis que celles de 25 à 44 sont à l’est. La partie française regroupe notamment les baraques 6 et 8, tandis que la baraque 41 accueille des Français employés au service du camp.


Maquette d'un baraquement du Stalag III-B au musée municipal d'Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Avec l'aimable autorisation du Städtisches Museum & Galerie, Löwenstraße 4, 15890 Eisenhüttenstadt. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 30 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Maquette d’un baraquement du Stalag III-B au musée municipal d’Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Avec l’aimable autorisation du Städtisches Museum & Galerie, Löwenstraße 4, 15890 Eisenhüttenstadt. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 30 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La cuisine est dans un bâtiment de soixante-sept mètres de long sur treize de large, séparé par des barbelés des hébergements. L’endroit comprend des locaux à ordures, des espaces pour le stockage des denrées alimentaires, et une zone de lavage des ustensiles de cuisine.


Lagerstraße (route du camp) du Stalag III-B Fürstenberg (Oder). Photographie ancienne en noir et blanc, virage sépia, tirage argentique (collection privée, avec l'aimable autorisation de monsieur Erich Opitz).
Lagerstraße (route du camp) du Stalag III-B Fürstenberg (Oder). Photographie ancienne en noir et blanc, virage sépia, tirage argentique (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Erich Opitz).

Extérieurement, les baraquements sont des constructions en briques. Intérieurement, ils sont divisés en plusieurs parties :

  • deux dortoirs respectivement de vingt-cinq et trente mètres, chacun comportant plus de cent prisonniers. Ces derniers ne disposent que d’une surface de deux mètres carrés cinquante. Elle est réduite à un mètre carré soixante-dix en cas de surpopulation[1].
  • Un espace central réservé aux salles d’eau : la première, destinée à l’hygiène corporelle ; la deuxième, au lavage du linge ; la troisième, probablement au séchage.

[1] Le camp a pu être plus peuplé que la ville elle-même.


Maquette d'un baraquement et du plan du Stalag III-B au musée municipal d'Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Avec l'aimable autorisation du Städtisches Museum & Galerie, Löwenstraße 4, 15890 Eisenhüttenstadt. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 30 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Maquette d’un baraquement et du plan du Stalag III-B au musée municipal d’Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Avec l’aimable autorisation du Städtisches Museum & Galerie, Löwenstraße 4, 15890 Eisenhüttenstadt. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 30 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Ce Stalag sert d’accueil, de centre administratif pour les prisonniers de guerre qui y arrivent. Ils sont enregistrés et, après la quarantaine habituelle, transférés dans des commandos de travail à l’extérieur des camps.

Lorsque la main-d’œuvre du Wehrkreis III Berlin Brandebourg est détachée du Stalag III-B Fürstenberg (Oder), elle est rattachée administrativement au Stalag III-D Berlin, et répartie dans des camps secondaires disséminés en dehors de la capitale[1].


[1] Plusieurs Schattenlager (camps satellites, ou « camps de l’ombre ») ont été installés à Berlin et dans ses environs pendant la Seconde Guerre mondiale.


L’évacuation du Stalag III-B Fürstenberg (Oder) commence avec l’avancée des troupes soviétiques dans de très mauvaises conditions, avec le froid, le manque d’eau et de nourriture. Le 4 février 1945, le pont sur l’Oder est détruit, lors de la retraite allemande. Le 9 février, l’évacuation des habitants de Fürstenberg (Oder) est ordonnée.

„An der Stelle der am 23.04.1945 gesprengten Brücke entstand in den Jahren 1995/96 diese „Neue Deichbrücke“. Ermöglicht wurde der Wiederaufbau durch Gelder des Landes Brandenburg, der Stadt Eisenhüttenstadt und vieler Bürger aus Fürstenberg/Oder, die nach Ende des 2. Weltkrieges für diese Brücke spendeten.“

Photographie en couleurs, prise de vue effectuée à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder) le mardi 29 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La Guerre sacrée, en Russie de 1941 à 1945, fait référence à l'appel patriotique lancé par le gouvernement soviétique pour mobiliser la population contre l'invasion nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le samedi 26 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
La Guerre sacrée, en Russie de 1941 à 1945, fait référence à l’appel patriotique lancé par le gouvernement soviétique pour mobiliser la population contre l’invasion nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le samedi 26 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Désertée, la ville est prise par la 33e armée (URSS)[1] le 24 avril 1945. Les prisonniers sont dirigés sur le Stalag III-A Luckenwalde. Quant aux captifs soviétiques, fragilisés par leurs conditions de détention, beaucoup trouvent la mort.


[1] 33-я армия (СССР), unité de l’Armée rouge durant la Grande Guerre patriotique.


Une rencontre symbolique entre historiens locaux français et allemands à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie en couleurs, prises de vue effectuée le mardi 29 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Une rencontre symbolique entre historiens locaux français et allemands à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie en couleurs, prises de vue effectuée le mardi 29 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les baraques, bien que situées sur la ligne de front à Fürstenberg (Oder), sont épargnées[1]. Jusqu’à l’automne 1947, elles sont occupées par l’Armée rouge, avant d’être habitées par la population locale. La Wehrmacht a creusé des tranchées et posé des champs de mines le long du canal Oder-Spree.

Des démineurs sont désignés par les Soviétiques parmi les habitants de Fürstenberg (Oder), une dizaine d’hommes, ainsi que six adolescents, membres des Jeunesses hitlériennes, perdent la vie dans des explosions.


[1] La ville a connu des combats isolés et des tirs d’artillerie, mais n’a pas subi de destructions majeures.


„Ewiger Ruhm den Helden die im Kampf für die Freiheit und Unabhängigkeit unserer Heimat gefallen sind.“

Photographie en couleurs, prise de vue effectuée à Eisenhüttenstadt (Allemagne) le samedi 26 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Après la création de la RDA le 7 octobre 1949, la décision de construire un combinat sidérurgique est prise lors du IIIe congrès du SED[1] en juillet 1950. Le terrain du Stalag III-B Fürstenberg (Oder) est transformé au sud en un complexe industriel (usine de ciment, extension de voies ferrées[2] publiques ou privées[3], etc.).

Il se trouve plus tard intégré dans la création d’une « ville nouvelle », Stalinstadt[4], dont Fürstenberg (Oder) est désormais un simple quartier.


[1] Sozialistische Einheitspartei Deutschlands (Parti socialiste unifié d’Allemagne).

[2] Dès le milieu du XIXe siècle, Krupp fournissait des produits en acier moulé pour l’industrie ferroviaire en plein essor. Le nom du conglomérat industriel allemand apparaît sur certains rails d’Eisenhüttenstadt.

[3] Les embranchements particuliers (EP sous une forme abrégée en France) désignent des sections de voie ferrée raccordées au réseau principal, et utilisées par des entreprises pour leurs besoins logistiques.

[4] Ou « ville de Staline », appelée ainsi de 1953 à 1961, sur le modèle de Stalingrad, qui porta ce nom de 1925 à 1961 avant d’être rebaptisée Volgograd.


Vue sur une zone industrielle depuis l'emplacement du Stalag III-B, à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 27 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vue sur une zone industrielle depuis l’emplacement du Stalag III-B, à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 27 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

En 1940, la société allemande Degussa[1] acquiert auprès de la municipalité un terrain convoité par Siemens & Halske AG[2], situé à proximité du camp. Elle y implante un complexe chimique destiné à la production de sodium, de formaldéhyde et d’autres substances utilisées dans la fabrication d’explosifs.


[1] Fondée en 1873, Degussa (Deutsche Gold- und Silberscheideanstalt vormals Roessler) était à l’origine spécialisée dans le raffinage des métaux précieux en Allemagne. Avant 1933, elle dominait ce secteur, puis elle s’est progressivement diversifiée, devenant un acteur important de la chimie industrielle et d’autres domaines liés à l’industrie lourde.

[2] Ou Siemens-Halske


La sculpture « Germania Barbarica » d'Eckhard Herrmann se trouve en plein air, pour éveiller les consciences des passants. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée à Eisenhüttenstadt (Allemagne) le mercredi 30 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
La sculpture « Germania Barbarica » d’Eckhard Herrmann se trouve en plein air, pour éveiller les consciences des passants. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée à Eisenhüttenstadt (Allemagne) le mercredi 30 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Lors de la deuxième phase d’extension, la production de carbure de calcium est introduite, suivie, dans une troisième phase, de la fabrication d’acétylène, de peroxyde de sodium, de cyanure de sodium, d’acide cyanhydrique, d’examéthylènetétramine, d’acétaldéhyde, d’ester acétique, d’acétone et d’acétone-cyanhydrine.


Près de deux mille prisonniers de guerre ont été employés pour transformer la ville en site d’armement. Or, selon les conventions de Genève, le travail dans des usines produisant des substances pour l’effort de guerre, comme des explosifs, constitue une violation flagrante du droit international humanitaire.


« Frieden den hier ruhenden Kriegsgefangenen. 42 Polen, 1 Chinese, 4 Amerikaner, 9 Franzosen, 4 Serben, 2 Jugoslaven, 2 Tschechen, 38 Italiener, 2 Unbekannter Nation, 1 Hollander (Paix aux prisonniers de guerre qui reposent ici. 42 Polonais, 1 Chinois, 4 Américains, 9 Français, 4 Serbes, 2 Yougoslaves, 2 Tchèques, 38 Italiens, 2 de nationalité inconnue, 1 Hollandais.) » Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 29 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
« Frieden den hier ruhenden Kriegsgefangenen. 42 Polen, 1 Chinese, 4 Amerikaner, 9 Franzosen, 4 Serben, 2 Jugoslaven, 2 Tschechen, 38 Italiener, 2 Unbekannter Nation, 1 Hollander (Paix aux prisonniers de guerre qui reposent ici. 42 Polonais, 1 Chinois, 4 Américains, 9 Français, 4 Serbes, 2 Yougoslaves, 2 Tchèques, 38 Italiens, 2 de nationalité inconnue, 1 Hollandais.) » Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 29 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

En janvier 1941, deux cent dix hommes travaillent sur le chantier de Degussa, et de nombreux prisonniers de guerre les rejoignent par la suite. La société exploite la main-d’œuvre bon marché fournie par les victimes de guerre. Elle n’est pas seule : en 1943, cinq cents juifs polonais déportés sont employés non seulement pour cette entreprise, mais aussi sur le chantier de construction d’une centrale électrique MEW[1], près de Vogelsang[2].


[1] Märkisches Elektrizitätswerk.

[2] Commune située actuellement dans l’arrondissement de l’Oder-Spree et le Land de Brandebourg, en Allemagne.


Après la Seconde Guerre mondiale, l’usine Degussa est démantelée, et l’extraction du lignite reprend à Schönfließ[1]. Les machines et installations sont démontées, puis transportées par bateau comme réparations de guerre. Les bâtiments détruits sont déblayés, et les décombres sont mis à la disposition des habitants pour le programme de reconstruction et de réaménagement du sol.


[1] Schönfließ était à l’origine un village indépendant, devenu en 1961 un quartier historique d’Eisenhüttenstadt. Il a connu une activité industrielle dès la découverte de lignite en 1847, avec le début de son exploitation en 1858. Après une relance temporaire de l’extraction en 1947, à la suite de la Seconde Guerre mondiale, l’exploitation a finalement cessé de façon définitive en 1952.


Entrée du musée municipal d'Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Avec l'aimable autorisation du Städtisches Museum & Galerie, Löwenstraße 4, 15890 Eisenhüttenstadt. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 30 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Entrée du musée municipal d’Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Avec l’aimable autorisation du Städtisches Museum & Galerie, Löwenstraße 4, 15890 Eisenhüttenstadt. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 30 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le Stalag III-B Fürstenberg (Oder) sert de réservoir de main-d’œuvre pour les secteurs industriel, minier, agricole et sylvicole. Cependant, les prisonniers y restent rarement plus de six à huit semaines, le temps nécessaire pour les formalités administratives et la quarantaine.


Ils sont ensuite répartis dans divers commandos de travail, selon le lieu, la taille de l’entreprise et les compétences requises. Les conditions de vie varient considérablement d’un endroit à un autre. Par ailleurs, les besoins en travailleurs dépassent souvent largement les capacités du camp, malgré le grand nombre de prisonniers de guerre disponibles.

Le ministère du Travail du Reich[1] constate ainsi que la Wehrmacht n’a pu fournir que vingt mille des vingt-huit mille prisonniers demandés par le Wehrkreis III, mettant en péril la récolte des betteraves.


[1] Reichsarbeitsministerium.


Groupe de prisonniers au Stalag III-B Fürstenberg (Oder). Photographie ancienne en noir et blanc, virage sépia, tirage argentique (collection privée, avec l'aimable autorisation de monsieur Erich Opitz).
Groupe de prisonniers au Stalag III-B Fürstenberg (Oder). Photographie ancienne en noir et blanc, virage sépia, tirage argentique (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Erich Opitz).

Depuis 1940-1941, les employeurs de prisonniers français (principalement issus de l’armée de Terre) sont satisfaits de leur travail, et ne souhaitent pas les remplacer par des prisonniers soviétiques, malgré les propositions faites à cet effet. En effet, l’état de faiblesse de ces derniers les rend inaptes au travail, et non « rentables ».

Les prisonniers de guerre français sont employés essentiellement dans la production d’armement, tandis que les projets de construction d’autoroutes, pour lesquels ils avaient été initialement affectés, sont abandonnés.


Groupe de prisonniers au Stalag III-B Fürstenberg (Oder). Photographie ancienne en noir et blanc, virage sépia, tirage argentique (collection privée, avec l'aimable autorisation de monsieur Erich Opitz).
Groupe de prisonniers au Stalag III-B Fürstenberg (Oder). Photographie ancienne en noir et blanc, virage sépia, tirage argentique (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Erich Opitz).

Le commandant du Stalag est en théorie responsable de l’application des conventions de Genève, tant dans les camps principaux que dans leurs satellites. Le Stalag III-B Fürstenberg (Oder) faisant partie du Wehrkreis III Berlin Brandebourg, son territoire correspond avec celui de l’Office du travail du Land de Brandebourg et de la région métropolitaine de Berlin-Brandebourg.

Il a pour attribution le gouvernement de l’arrondissement de Francfort-sur-l’Oder, dans le Land de Brandebourg. Néanmoins des changements interviennent par la suite après la création du Stalag III-D Berlin et du Stalag III-E Kirchhain[1].


[1] Doberlug-Kirchhain, commune située actuellement dans l’arrondissement de l’Elbe-Elster et le Land de Brandebourg, en Allemagne.


Roßplatz, monument commémoratif à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 29 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Roßplatz, monument commémoratif à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 29 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La Wehrmacht viole de plus en plus les règles des conventions de Genève. En pratique, le traitement des prisonniers varie selon leur nationalité, en fonction de la position politique de leur pays d’origine, et de critères ouvertement racistes. Les plus maltraités sont les Soviétiques.

Dépliant en russe sur le Stalag III-B au musée municipal d'Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Avec l'aimable autorisation du Städtisches Museum & Galerie, Löwenstraße 4, 15890 Eisenhüttenstadt. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 30 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dépliant en russe sur le Stalag III-B au musée municipal d’Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Avec l’aimable autorisation du Städtisches Museum & Galerie, Löwenstraße 4, 15890 Eisenhüttenstadt. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 30 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

À partir de 1943, le Stalag III-B Fürstenberg (Oder) fait l’objet de visites du Comité international de la Croix-Rouge, chargé de veiller au respect des conventions de Genève. Toutefois, ce contrôle reste très limité.

Livraison de colis par la Croix-Rouge au Stalag III-B Fürstenberg (Oder). Photographie ancienne en noir et blanc, virage sépia, tirage argentique (collection privée, avec l'aimable autorisation de monsieur Erich Opitz).
Livraison de colis par la Croix-Rouge au Stalag III-B Fürstenberg (Oder). Photographie ancienne en noir et blanc, virage sépia, tirage argentique (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Erich Opitz).

Si des inspections sont autorisées dans les camps où sont détenus des prisonniers de guerre occidentaux (français, britanniques, américains), les représentants de la Croix-Rouge sont tenus à l’écart des zones de détention réservées aux prisonniers soviétiques, que l’Allemagne nazie ne reconnaît pas comme protégés par ces conventions.

Dépliant en anglais sur le Stalag III-B au musée municipal d'Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Avec l'aimable autorisation du Städtisches Museum & Galerie, Löwenstraße 4, 15890 Eisenhüttenstadt. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 30 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dépliant en anglais sur le Stalag III-B au musée municipal d’Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Avec l’aimable autorisation du Städtisches Museum & Galerie, Löwenstraße 4, 15890 Eisenhüttenstadt. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 30 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

L’envoi de colis et les visites, strictement encadrés, ne permettent qu’une intervention restreinte, souvent instrumentalisée par le régime à des fins de propagande.

Groupe de prisonniers, dont des joueurs d'accordéon, au Stalag III-B Fürstenberg (Oder). Photographie ancienne en noir et blanc, virage sépia, tirage argentique (collection privée, avec l'aimable autorisation de monsieur Erich Opitz).
Groupe de prisonniers, dont des joueurs d’accordéon, au Stalag III-B Fürstenberg (Oder). Photographie ancienne en noir et blanc, virage sépia, tirage argentique (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Erich Opitz).

Façade principale de la gare (partie ancienne) à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographies en couleurs, prises de vue effectuées le vendredi 25 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Façade principale de la gare (partie ancienne) à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographies en couleurs, prises de vue effectuées le vendredi 25 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dans les premiers temps de détention au Stalag III-B Fürstenberg (Oder), des prisonniers français mettent fin à leurs jours[1]. Après le choc de la défaite, la capture, puis les transferts successifs — d’un Frontstalag[2] à un Dulag, puis à un Stalag, souvent entassés dans des wagons à bestiaux —, ils arrivent épuisés, affamés, sans nouvelles de leurs proches.


[1] Six suicides ont été recensés par le bureau d’état civil d’Eisenhüttenstadt.

[2] Abréviation de l’allemand Front-Stammlager, « camp principal de front », ce terme désigne un camp de prisonniers de guerre installé par l’armée allemande à proximité du front, notamment en France occupée, pendant la Seconde Guerre mondiale.


Façade arrière de la gare (partie ancienne) à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographies en couleurs, prises de vue effectuées le vendredi 25 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Façade arrière de la gare (partie ancienne) à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographies en couleurs, prises de vue effectuées le vendredi 25 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

À la gare de marchandises de Fürstenberg (Oder), il leur reste encore plusieurs kilomètres à parcourir à pied, généralement dans l’obscurité. Face à l’incertitude, à l’isolement, à la douleur physique et à la souffrance morale, certains ne supportent plus cette accumulation d’épreuves.


Certains prisonniers français trouvent un peu d’espoir dans la culture, grâce à une partie de baraque transformée en bibliothèque, salle de lecture et de classe, tandis que d’autres se tournent vers la religion, avec une chapelle aménagée dans une autre section de baraque.

Salle de lecture et de classe au Stalag III-B Fürstenberg (Oder). Photographie ancienne en noir et blanc, virage sépia, tirage argentique (collection privée, avec l'aimable autorisation de monsieur Erich Opitz).
Salle de lecture et de classe au Stalag III-B Fürstenberg (Oder). Photographie ancienne en noir et blanc, virage sépia, tirage argentique (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Erich Opitz).

Tous endurent des années de privations, de peur et de violences jusqu’à la libération du camp par les Soviétiques à la fin du mois d’avril 1945.

« Вечная слава героям — морякам Краснознаменной ордена Ушакова Днепровской флотилии, павшим в боях за честь, свободу и независимость Советской Родины.

17 апреля 1945 года

Лейтенанты: Ткачёв И.Е., Лосев А.Д.

Старшина I статьи: Черенков И.А.

Старшие краснофлотцы: Ивлев И.Г., Мичник Г.А.

Краснофлотцы: Боровых Д.Т., Бельтиков А.Л., Богданов Е.И., Вандышев Ю.В., Гоголев В.Н., Дорофеев А.Д., Заливин А.М., Каприилов Ф.М., Кузнецов В.Н., Новожилов В.А., Ножаев Н.Х., Половенко Л.Я., Смаковой С.Я., Смирнов И.М., Трофимчук В.Н., Уфумов Ф.Д., Шишкин Е. А., Костылевский Ю.Д. »

Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 29 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

17 апреля 1945 года

Лейтенанты: Ткачёв И.Е., Лосев А.Д.

Старшина I статьи: Черенков И.А.

Старшие краснофлотцы: Ивлев И.Г., Мичник Г.А.

Краснофлотцы: Боровых Д.Т., Бельтиков А.Л., Богданов Е.И., Вандышев Ю.В., Гоголев В.Н., Дорофеев А.Д., Заливин А.М., Каприилов Ф.М., Кузнецов В.Н., Новожилов В.А., Ножаев Н.Х., Половенко Л.Я., Смаковой С.Я., Смирнов И.М., Трофимчук В.Н., Уфумов Ф.Д., Шишкин Е. А., Костылевский Ю.Д. »

17 avril 1945

Lieutenants[4] : Tkachov I.E., Losev A.D.

Maître de 1e classe[5] : Tcherenkov I.A.

Matelots-chefs[6] : Ivlev I.G., Mitchnik G.A.

Matelots[7] : Borovykh D.T., Beltikov A.L., Bogdanov E. I., Vandychev Iou.V., Gogolev V. N., Dorofeev A.D., Zalivin A.M., Kapriilov F.M., Kouznetsov V.N., Novojilov V.A., Nojlev N. Kh., Polovenko L. Ia., Smakovoi C. Ia., Smirnov I. M., Trofimtchouk V. N., Ufumov F. D., Chichkine E. A., Kostylevskiï Iou. D. »


[1] La flottille du Dniepr a été rétablie le 20 mars 2024, dans le cadre de la Marine russe.

[2] L’ordre de l’Étoile rouge (Орден Краснoй Звезды), décoration militaire soviétique, a été instituée par décret le 6 avril 1930.

[3] L’ordre d’Ouchakov (Орден Ушакова), distinction honorifique navale, a été créée en Union soviétique le 3 mars 1944. Elle rend hommage à Fiodor Fiodorovitch Ouchakov, un amiral russe du XVIIIe siècle.

[4] Лейтенант (« lieutenant »). Ce grade est approximativement équivalent à « enseigne de vaisseau de première classe » dans la Marine française (code OTAN OF-1 selon le document STANAG 2116).

[5] Старшина 1-й статьи (« maître de première classe »).  Ce grade est approximativement équivalent à « maître » dans la Marine française (code OTAN OR-6 selon le document STANAG 2116).

[6] Старший краснофлотец (« marin rouge de première classe »). Ce grade est approximativement équivalent à « quartier-maître de première classe » dans la Marine française (code OTAN OR-4 selon le document STANAG 2116).

[7] Краснофлотец (« marin rouge »). Ce grade est approximativement équivalent à « matelot de deuxième classe » dans la Marine française. Le terme a été remplacé en 1946 par « матрос » (matelot), dénomination plus classique (code OTAN] OR-1 selon le document STANAG 2116).

« Gloire éternelle aux héros, marins de la flottille du Dniepr[1] décorée de l'Ordre de l'Étoile rouge[2] et de l'Ordre d' Ouchakov[3], tombés au combat pour l'honneur, la liberté et l'indépendance de la patrie soviétique.

17 avril 1945

Lieutenants[4] : Tkachov I.E., Losev A.D.

Maître de 1e classe[5] : Tcherenkov I.A.

Matelots-chefs[6] : Ivlev I.G., Mitchnik G.A.

Matelots[7] : Borovykh D.T., Beltikov A.L., Bogdanov E. I., Vandychev Iou.V., Gogolev V. N., Dorofeev A.D., Zalivin A.M., Kapriilov F.M., Kouznetsov V.N., Novojilov V.A., Nojlev N. Kh., Polovenko L. Ia., Smakovoi C. Ia., Smirnov I. M., Trofimtchouk V. N., Ufumov F. D., Chichkine E. A., Kostylevskiï Iou. D. »

[1] La flottille du Dniepr a été rétablie le 20 mars 2024, dans le cadre de la Marine russe.

[2] L’ordre de l’Étoile rouge (Орден Краснoй Звезды), décoration militaire soviétique, a été instituée par décret le 6 avril 1930.

[3] L'ordre d'Ouchakov (Орден Ушакова), distinction honorifique navale, a été créée en Union soviétique le 3 mars 1944. Elle rend hommage à Fiodor Fiodorovitch Ouchakov, un amiral russe du XVIIIe siècle.

[4] Лейтенант (« lieutenant »). Ce grade est approximativement équivalent à « enseigne de vaisseau de première classe » dans la Marine française (code OTAN OF-1 selon le document STANAG 2116).

[5] Старшина 1-й статьи (« maître de première classe »).  Ce grade est approximativement équivalent à « maître » dans la Marine française (code OTAN OR-6 selon le document STANAG 2116).

[6] Старший краснофлотец (« marin rouge de première classe »). Ce grade est approximativement équivalent à « quartier-maître de première classe » dans la Marine française (code OTAN OR-4 selon le document STANAG 2116).

[7] Краснофлотец (« marin rouge »). Ce grade est approximativement équivalent à « matelot de deuxième classe » dans la Marine française. Le terme a été remplacé en 1946 par « матрос » (matelot), dénomination plus classique (code OTAN] OR-1 selon le document STANAG 2116).

Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 29 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Barbelés du Stalag III-B au musée municipal d'Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Avec l'aimable autorisation du Städtisches Museum & Galerie, Löwenstraße 4, 15890 Eisenhüttenstadt. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 30 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Barbelés du Stalag III-B au musée municipal d’Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Avec l’aimable autorisation du Städtisches Museum & Galerie, Löwenstraße 4, 15890 Eisenhüttenstadt. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 30 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La présence du camp est bien connue de la population locale, et ce d’autant plus qu’une route, le long de laquelle se promènent les habitants, borde les barbelés du Stalag III-B Fürstenberg (Oder).


Avant 1945, Fürstenberg (Oder) fait partie de la province de Brandebourg, qui intègre le royaume de Prusse, puis l’État libre de Prusse sous la République de Weimar et le Troisième Reich. Après la guerre, les Alliés dissolvent officiellement la Prusse en 1947, redistribuant son territoire entre de nouvelles entités administratives.

L'écriture gothique, conservée dans certains contextes, évoque un lien avec l'histoire, le patrimoine culturel et une certaine nostalgie du passé. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 25 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
L’écriture gothique, conservée dans certains contextes, évoque un lien avec l’histoire, le patrimoine culturel et une certaine nostalgie du passé. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 25 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

L’État militaire prussien, fondé sur une armée disciplinée, joue un rôle clé dans l’unification de l’Allemagne sous Bismarck au XIXe siècle. Bismarck utilise les guerres pour créer l’Empire allemand.

Plus tard, Adolf Hitler radicalise ce militarisme pour mener des guerres d’agression[1] et commettre des atrocités durant la Seconde Guerre mondiale. Le procès de Nuremberg met en lumière la fois la continuité et la rupture entre ces deux périodes.


[1] Invasions menées par l’Allemagne nazie et ses alliés pour étendre leur territoire et imposer leur idéologie.


Quelques vestiges du Stalag III-B se voient le long de l'Oderstraße à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 27 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Quelques vestiges du Stalag III-B se voient le long de l’Oderstraße à Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 27 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le général Hermann Reinecke (1888-1973), chef de l’Office général de la Wehrmacht[1], acteur central de la politique répressive à l’égard des prisonniers de guerre et du travail forcé[2], est jugé pour cela puis a vu sa peine réduite[3].


[1] L’AWA (Allgemeines Wehrmachtamt, ou Office général de la Wehrmacht) était un service central de l’Oberkommando der Wehrmacht (OKW), le haut commandement militaire du IIIe Reich. Il gérait les affaires administratives générales des forces armées, dont l’organisation, la législation militaire, le personnel et la coordination entre les différentes armes.

[2] Le procès de Nuremberg s’est tenu du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946 au palais de justice de Nuremberg. Ce tribunal militaire international a jugé les principaux responsables nazis pour leurs crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crimes contre la paix.

[3] Condamné à la réclusion à perpétuité en 1948 pour crimes de guerre, il a été libéré en 1954, dans le contexte du réarmement de la RFA (République fédérale d’Allemagne). Il incarne pourtant le type du général étroitement lié au régime nazi.



Dépliant en allemand sur le Stalag III-B au musée municipal d'Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Avec l'aimable autorisation du Städtisches Museum & Galerie, Löwenstraße 4, 15890 Eisenhüttenstadt. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 30 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Dépliant en allemand sur le Stalag III-B au musée municipal d’Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Avec l’aimable autorisation du Städtisches Museum & Galerie, Löwenstraße 4, 15890 Eisenhüttenstadt. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 30 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Pour de nombreux autres officiers de la Wehrmacht impliqués dans la gestion des camps de prisonniers, les poursuites ne sont pas à la hauteur de ce qu’elles auraient dû être, ces derniers occupant, quelques années après la Seconde Guerre mondiale, des postes importants dans la Bundeswehr[1].


[1] La Bundeswehr est l’armée nationale, créée en 1955 après la Seconde Guerre mondiale pour défendre la RFA dans le cadre de l’OTAN.


Archives municipales. Stadtarchiv Eisenhüttenstadt, Am Trockendock 1a, 15890 Eisenhüttenstadt. Photographie en couleur, prise de vue effectuée le mercredi 30 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Archives municipales. Stadtarchiv Eisenhüttenstadt, Am Trockendock 1a, 15890 Eisenhüttenstadt. Photographie en couleur, prise de vue effectuée le mercredi 30 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La loi Dreher du 1er octobre 1968 entraîne l’arrêt de nombreuses procédures judiciaires pour crimes nazis, en fixant un délai de prescription à vingt ans, empêchant ainsi de juger de nombreux responsables.


Quant au Stalag III-B Fürstenberg (Oder), il demeure aujourd’hui absent de l’espace public : aucune signalétique, aucun transport en commun ne permet d’y accéder, et les brochures touristiques l’ignorent totalement.

Baraque envahie par la végétation. Am Kanal 23, 15890 Eisenhüttenstadt. Vestige du Stalag III-B ? Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 28 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Baraque envahie par la végétation. Am Kanal 23, 15890 Eisenhüttenstadt. Vestige du Stalag III-B ? Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le lundi 28 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Enfoui sous des friches industrielles ou dissimulé sous la terre, il semble littéralement effacé du paysage – comme enseveli sous une chape de béton, matérielle et mémorielle. Cette disparition interroge : comment un site d’une telle importance historique a-t-il pu être relégué au silence spatial et symbolique ?

Ruines de soubassement du Stalag III-B ? Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographies en couleurs, prises de vue effectuées le dimanche 27 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Ruines de soubassement du Stalag III-B ? Eisenhüttenstadt (Allemagne), dans le quartier de Fürstenberg (Oder). Photographies en couleurs, prises de vue effectuées le dimanche 27 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

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Anciens combattants Guerre mondiale (1939-1945) Militaires Monuments commémoratifs Monuments commémoratifs militaires Patrimoine culturel Patrimoine industriel Religieux Religion Travailleurs Victimes de guerre

Mission historique et mémorielle à Berlin sur les traces de Pierre Bonhomme, natif de La Romagne, prisonnier de guerre dans les Stalags allemands III A Luckenwalde, III B Fürstenberg, III D Berlin


C’est le passé, on oublie ? Le camp de Lichterfelde et les prisonniers de guerre français – exposition temporaire à Berlin du vendredi 28 octobre 2022 au mercredi 31 mai 2023

Edition bilingue allemand-anglais du catalogue offert lors de la rencontre à Berlin (Allemagne) du mardi 28 mars 2023 au Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors) par Roland Borchers, commissaire de l'exposition Vergessen und vorbei ? Das Lager Lichterfelde und die französischen Kriegsgefangenen = Past and forgotten ? The Lichterfelde Camp and the French Prisoners of War = C’est le passé, on oublie ? Le camp de Lichterfelde et les prisonniers de guerre français. (collection personnelle de l’auteure).

Edition bilingue allemandanglais du catalogue offert lors de la rencontre à Berlin (Allemagne) du mardi 28 mars 2023 au Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors) par Roland Borchers, commissaire de l’exposition Vergessen und vorbei ? Das Lager Lichterfelde und die französischen Kriegsgefangenen = Past and forgotten ? The Lichterfelde Camp and the French Prisoners of War = C’est le passé, on oublie ? Le camp de Lichterfelde et les prisonniers de guerre français. (collection personnelle de l’auteure).


Le Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors) organise du vendredi 28 octobre 2022 au 31 mai 2023 une exposition trilingue (en allemand, français, anglais) intitulée C’est le passé, on oublie ? Le camp de Lichterfelde et les prisonniers de guerre français[1].


[1] Vergessen und vorbei ? Das Lager Lichterfelde und die französischen Kriegsgefangenen = Past and forgotten ? The Lichterfelde Camp and the French Prisoners of War.


Vidéo Eröffnung Vergessen und vorbei? Das Lager Lichterfelde und die französischen Kriegsgefangenen (C’est le passé, on oublie ? Le camp de Lichterfelde et les prisonniers de guerre français), consultable en ligne sur Youtube pour la chaîne Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit (Centre de documentation sur le travail forcé nazi).

Cette initiative a suscité une mission historique et mémorielle à Berlin et ses environs du dimanche 26 mars au lundi 3 avril 2023 sur les traces de Pierre Bonhomme, natif de La Romagne, prisonnier de guerre n° 53026 dans les Stalags allemands III A Luckenwalde, , III B Fürstenberg, et III D Berlin. Affecté à l’AKdo 407 (Arbeitskommando[1] n° 407), il a dû travailler sous la contrainte pendant ses cinq ans de captivité.


[1] Commando de travail.


Vidéo Zur Zukunft des historischen Ortes ehemaligen Kriegsgefangenenlager Lichterfelde-Süd (Sur l’avenir du site historique de l’ancien camp de prisonniers de guerre de Lichterfelde-Süd), consultable en ligne sur Youtube pour la chaîne Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit (Centre de documentation sur le travail forcé nazi).

Partant d’un destin individuel spécifique, la démarche a consisté à développer une méthodologie archivistique et historienne globale pour trouver un prisonnier de guerre français en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale.

Edition bilingue allemand-français du catalogue offert à la suite de la rencontre à Berlin (Allemagne) du mardi 28 mars 2023 au Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors) par Roland Borchers, commissaire de l'exposition Vergessen und vorbei ? Das Lager Lichterfelde und die französischen Kriegsgefangenen = Past and forgotten ? The Lichterfelde Camp and the French Prisoners of War = C’est le passé, on oublie ? Le camp de Lichterfelde et les prisonniers de guerre français. (collection personnelle de l’auteure).

Edition bilingue allemandfrançais du catalogue offert à la suite de la rencontre à Berlin (Allemagne) du mardi 28 mars 2023 au Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors) par Roland Borchers, commissaire de l’exposition Vergessen und vorbei ? Das Lager Lichterfelde und die französischen Kriegsgefangenen = Past and forgotten ? The Lichterfelde Camp and the French Prisoners of War = C’est le passé, on oublie ? Le camp de Lichterfelde et les prisonniers de guerre français. (collection personnelle de l’auteure).



Entrée des expositions temporaires du Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors), prise de vue effectuée le mardi 28 mars à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Entrée des expositions temporaires du Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors), prise de vue effectuée le mardi 28 mars 2023 à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Ce déplacement a donc compris plusieurs rencontres avec des historiens, archivistes, bibliothécaires, documentalistes, une quête des vestiges de 1939-1945 et des lieux de mémoire, une exploration urbaine[1] de sites abandonnés et en cours de destruction, dont :

  • un entretien personnalisé de deux heures avec Roland Borchers[2] au Centre de documentation du travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors) à Berlin-Schöneweide[3], suivi d’une visite privée de la baraque 13[4] et de son abri antiaérien. Une autorisation exceptionnelle de rester sur place après la fermeture du lieu, en présence du seul agent de sécurité, a permis d’effectuer des photographies au milieu des baraquements et des cartels de l’exposition Vergessen und vorbei ? Das Lager Lichterfelde und die französischen Kriegsgefangenen = Past and forgotten ? The Lichterfelde Camp and the French Prisoners of War = C’est le passé, on oublie ?, à l’exclusion de toute autre personne. Enfin, trois catalogues ont été offerts sur place et un quatrième[5], l’édition bilingue allemandfrançais de l’exposition, a été envoyé par la poste dès sa parution début mai 2023.
  • un trajet à Luckenwalde, à cinquante kilomètres de Berlin[6], avec un passage au musée d’histoire locale (HeimatMuseum) et au cimetière des sépultures de guerre (Friedhof Kriegsgräberstätte) du Stalag III A.
  • un rendez-vous de deux heures au domicile de monsieur Reinhard Pohlke[7] et sa femme madame Annette Pohlke[8], vice-présidente et webmestre de l’association mémorielle Initiative KZ-Außenlager Lichterfelde e.V. (un contact préalable par mail avait été établi avec monsieur Thomas Schleissing-Niggemann, président du conseil d’administration).
  • une rencontre personnalisée de deux heures avec monsieur Christian Kurzweg, archiviste référent, en quelque sorte responsable de l’ORB[9], et une stagiaire en sciences de l’information au service des utilisateurs (Benutzerzentrum) des archives fédérales (Bundesarchiv) de Berlin-Lichterfelde, département du centre de ressources documentaires (Abteilung BE = Bereitstellung)[10].
  • Un déplacement aux archives fédérales (Bundesarchiv) de Berlin-Tegel[11], département des renseignements personnels sur les soldats de la Première et Deuxième Guerre mondiale (Abteilung PA = Personenbezogene Auskünfte zum Ersten und Zweiten Weltkrieg). L’accès direct aux salles de lecture n’ayant pas été possible, le remplissage d’un formulaire administratif en allemand a débouché sur une réponse. Madame Claudia Müller, archiviste référente, fournit la précision suivante : « Les dossiers du Bureau allemand des états de service[12]WASt[13] concernant les anciens prisonniers de guerre français détenus par l’Allemagne ont été saisis en avril 1945 et pris en charge par une commission d’officiers alliés. » Elle renvoie donc au secrétariat d’Etat aux anciens combattants[14] et aux archives des pays d’origine respectifs des prisonniers de guerre. Cet échange de documents sur les prisonniers de guerre est conforme à la convention de Genève.
  • Une action de conservation curative légère[15] sur la plaque commémorative (Gedenktafel) du siège du commandement (Kommandantur) régissant le Stalag III D Berlin aujourd’hui disparu.
  • Une reconnaissance sur le terrain dans le sud-est de Berlin de pistes sur l’Arbeitskommando n°407 (dépendant du Stalag III D Berlin, dans lequel Pierre Bonhomme a été contraint de travailler). La classe 400 le rattachant possiblement à l’arrondissement de Neukölln, les quartiers traversés en priorité ont été Berlin-Britz, Berlin-Buckow, Berlin-Gropiusstadt, Berlin-Neukölln et Berlin-Rudow.
  • La quête d’anciens abris antiaériens dans le sud-est de Berlin[16], dans la mesure où Pierre Bonhomme aurait pu (sous réserves) réaliser des coffrages en bois pour des casemates[17].
  • Un reportage photographique « de guerre » sur les terrains vagues du camp de Berlin-Lichterfelde, patrimoine industriel en péril.

« Les dossiers du Bureau allemand des états de service – WASt concernant les anciens prisonniers de guerre français détenus par l’Allemagne ont été saisis en avril 1945 et pris en charge par une commission d’officiers alliés. »

Madame Claudia Müller, archiviste référente aux archives fédérales de Berlin-Tegel, département des renseignements personnels sur les soldats de la Première et Deuxième Guerre mondiale


[1] Urbex.

[2] Chercheur à l’Institut d’Europe de l’Est de l’Université libre de Berlin (chaire d’histoire de l’Europe centrale et orientale), coordinateur du projet Mémoire et identité en Cachoubie, auteur d’une thèse de doctorat Mémoires du travail forcé : l’exemple de la Pologne.

[3] Schöneweide est le nom simplifié des deux quartiers Berlin-Niederschöneweide et Berlin-Oberschöneweide dans l’arrondissement Treptow-Köpenick de Berlin (Allemagne).

[4] Où des internés militaires italiens et des travailleurs civils ont été hébergés entre 1944 et 1945.

[5] Glauning, Christine 1963- ; Borchers, Roland 1980- ; Stiftung Topographie des Terrors Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit Berlin-Schöneweide ; [et al.], Vergessen und vorbei ? : das Lager Lichterfelde und die französischen Kriegsgefangenen = Past and forgotten ? : the Lichterfelde Camp and the French prisoners of war, édition bilingue allemandanglais Berlin : Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors, 2022, 191 pages, cartes, plans. Glauning, Christine 1963- ; Borchers, Roland 1980- ; Stiftung Topographie des Terrors Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit Berlin-Schöneweide ; [et al.], Vergessen und vorbei ? : das Lager Lichterfelde und die französischen Kriegsgefangenen = C’est le passé, on oublie ? Le camp de Lichterfelde et les prisonniers de guerre français, édition bilingue allemandfrançais, Berlin : Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors, 2023, 191 pages, cartes, plans. Glauning, Christine 1963- ; Stiftung Topographie des Terrors Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit Berlin-Schöneweide, Le Travail forcé au quotidien 1938-1945 : catalogue de l’exposition éponyme, édition monolingue en français, Berlin : Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors, 2020, 277 p., cartes, plans. Bücking, Heribert 1940- ; Glauning, Christine 1963- ; Stiftung Topographie des Terrors Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit Berlin-Schöneweide, Die Zwangsarbeit von Zofia und Rolland : Kupferstich-Collagen : eine Begleitbroschüre zur Sonderausstellung im Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit vom 20. Januar 2023 bis 21. Mai 2023, édition monolingue en allemand, Berlin : Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors, 2023, 32 p.

[6] D’où la locution proverbiale « Luckenwalde, Luckenkien, 50 Kilometer vor Berlin ».

[7] Né en 1966, il enseigne dans un établissement secondaire berlinois le latin, le grec, le fait religieux, les technologies de l’information.

[8] Née en 1967, elle a étudié l’histoire, le latin et la théologie protestante à l’Université libre de Berlin. Elle est aujourd’hui enseignante et auteure indépendante.

[9] Orientation et recherche bibliographique.

[10] Finckensteinallee 63, 12205 Berlin.

[11] Am Borsigturm 130, 13507 Berlin.

[12] Deutsche Dienstelle.

[13] Wehrmachtauskunftstelle für Kriegerverluste und Kriegsgefangene = Service de renseignements de la Wehrmacht sur les pertes de guerre et les prisonniers de guerre.

[14] Ce dernier a en fait été intégré au ministère de la Défense et n’existe plus en tant que tel. Les documents remis par l’Allemagne se trouvent donc plutôt au Service historique de la défense, division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC)rue Neuve du Bourg l’Abbé, 14037 Caen cedex. Les Archives nationales possèdent également un fonds sur les prisonniers de guerre français (voir sous-série F9 = affaires militaires et 72AJ = Seconde Guerre mondiale).

[15] Décollage, dans le cadre d’une préservation du patrimoine urbain, des restes d’un autocollant apposé de façon intempestive, et constituant un acte de vandalisme susceptible d’abîmer la surface à terme.

[16] Bunker transformé en Musikbunker, Steinträgerweg 5, 12351 Berlin (Allemagne). Un autre situé Selgenauer Weg, 12355 Berlin (Allemagne) a été intégré dans un projet immobilier.

[17] Ces réduits d’un fort, généralement souterrains, sont à l’épreuve des bombes et des obus.


Les archives fédérales et régionales de Berlin



Les pièces d’archives personnelles antérieures à 1945 sont d’une manière générale conservées aux archives fédérales (Bundesarchiv) de Berlin.

Le Bureau allemand des états de service – WASt, dont les documents étaient conservés initialement aux archives fédérales de Berlin-Reinickendorf[1], a vu le 1er janvier 2019 ses missions intégrées aux archives fédérales de Berlin-Tegel en tant que département des renseignements personnels sur les soldats de la Première et Deuxième Guerre mondiale[2]. Le délai de traitement peut atteindre plusieurs mois avant que la demande n’aboutisse.

Les dossiers médicaux des prisonniers de guerre se trouvaient autrefois à l’Office régional de la santé et des affaires sociales[3] à Berlin. Dans la mesure où cela ne relevait pas vraiment de ses missions, ils ont été transférés le 1e juillet 2007 au Bureau allemand des états de service – WASt, puis à Berlin-Tegel, au titre de son habitude de la gestion des données individuelles.

Le centre de ressources documentaires est pour sa part à Berlin-Lichterfelde, tandis que certains documents concernant l’armée sont aux archives fédérales de Fribourg (Allemagne), département des affaires militaires[4]. Monsieur Daniel Schneider, archiviste référent de cette institution, indique : « Seuls sont conservés les dossiers matériels des institutions allemandes à propos du système des prisonniers de guerre, mais pas les dossiers personnels des prisonniers de guerre. »


« Seuls sont conservés les dossiers matériels des institutions allemandes à propos du système des prisonniers de guerre, mais pas les dossiers personnels des prisonniers de guerre. »

Monsieur Daniel Schneider, archiviste référent aux archives fédérales de Fribourg (Allemagne), département des affaires militaires.


[1] Eichborndamm 179, 13403 Berlin (Allemagne).

[2] PA = Personenbezogene Auskünfte.

[3] Landesamt für Gesundheit und Soziales (LAGeSo), Versorgungsamt – Kundencenter, Sächsische Straße 28, 10707 Berlin (Allemagne).

[4] Bundesarchiv, Abteilung Militärarchiv, Wiesentalstraße 10, 79115 Freiburg (Allemagne).


Il est important d’autre part de ne pas confondre les archives fédérales (Bundesarchiv) et les archives régionales[1] (Landesarchiv) de Berlin. Après la fin de la guerre, les documents que le Bureau allemand des états de service – WASt avait conservés sur les prisonnier de guerre détenus par l’Allemagne ont été confisqués et remis aux pays d’origine des prisonniers de guerre.


[1] Eichborndamm 115-121, 13403 Berlin (Allemagne).


Il est possible de repérer les noms des victimes de guerre sur le portail des Arolsen Archives[1] International Center on Nazi Persecution (archives Arolsen centre international sur les persécutions nazies). Toutefois, il ne s’agit pas d’une requête complète. De nombreux documents conservés ne sont pas encore accessibles en ligne. Il faut donc contacter les archivistes. 50 millions de fiches présentent des informations sur 17,5 millions de personnes. Madame Martina Paul, membre du service international de recherche[2], a ainsi retrouvé et envoyé une fiche de la mission de liaison à Berlin (Français de toutes les zones) concernant Pierre Bonhomme.

Toute demande de renseignements auprès du CICR [3] sur une personne détenue pendant la Seconde Guerre mondiale relève d’un quota trimestriel. Le service reprendra le lundi 22 mai 2023, puis le lundi 25 septembre 2023 à 8 h 00 heure de Genève (Suisse).


[1] Große Allee 5-9, 34454 Bad Arolsen.

[2] ITS = International Tracing Service/ Service international de recherches se présente depuis le 21 mai 2019 sous son nouveau nom.

[3] Comité international de la Croix-Rouge.


Le Stalag III A Luckenwalde, le musée d’histoire locale et le cimetière des sépultures de guerre


A Luckenwalde, il ne subsiste plus aucun vestige matériel du camp, si ce n’est le cimetière des sépultures de guerre (Friedhof Kriegsgräberstätte) du Stalag III A Luckenwalde[1], divisé en plusieurs carrés selon la nationalité des prisonniers enterrés. Nombreux sont ceux qui ont été inhumés dans des fosses communes (en particulier des Russes[2]). Une croix est élevée, et marque à tout jamais l’emplacement de la partie française du cimetière.  Chaque année se déroule une cérémonie du souvenir.


[1] Zum Stalag-Friedhof, 14943 Luckenwalde.

[2] A cette époque, tous les Russes sont des Soviétiques, mais tous les Soviétiques ne sont pas des Russes. L’appellation retenue ici est celle qu’employaient les prisonniers de guerre.


Un poste de travail permet de consulter des dossiers d’archives. Sur un écran interactif, il est possible de feuilleter plus de 9 000 documents concernant 3 900 détenus russes du camp.


Le Stalag III A se situait à 2,5 km de Luckenwalde, ville de 27 000 habitants à quelque 50 km du sud de Berlin dans la 3e région militaire allemande[1], dans la région de la Fläming, au cœur du Land[2] de Brandebourg. C’est une région montueuse, argileuse et caillouteuse, recouverte de bois et d’étangs. La pauvreté du sol ne permet comme cultures essentielles que le seigle ou la pomme de terre[3]. L’horizon en est borné par une végétation assez haute de résineux et de bouleaux, qui dégagent une grande tristesse. La toponymie est d’ailleurs explicite : « Luch[4] im Walde[5] » signifie « bois marécageux ». Le paysage actuel n’a pas vraiment changé, et dégage une impression sinistre.


[1] Wehrkreis III (WK III). Sous le IIIe Reich, cette division administrative comprenait pour la Wehrmacht une partie de la Nouvelle-Marche et le Brandebourg.

[2] État fédéré.

[3] Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, département des Manuscrits, NAF 17280, Croix-Rouge française, L’Âme des camps, I Chronique des Stalags I B, II D, II E, III A et III C, Paris : Croix rouge française, Comité central d’assistance aux prisonniers de guerre en captivité, 1944, page 82, vue 173/350, consultable en ligne sur Gallica.

[4] « Luch » désigne un marais dans le dialecte brandebourgeois.

[5] « Im Walde » signifie mot à mot « dans la forêt ».


Monument commémoratif à la gloire des militaires du carré yougoslave †. Cimetière de sépultures de guerre du Stalag III A (Friedhof Kriegsgräberstätte Stalag III A), prise de vue effectuée le mercredi 29 mars à Luckenwalde (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Monument commémoratif à la gloire des militaires du carré yougoslave †. Cimetière de sépultures de guerre du Stalag III A (Friedhof Kriegsgräberstätte Stalag III A), prise de vue effectuée le mercredi 29 mars 2023 à Luckenwalde (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La plupart du temps, les soldats prisonniers des Stalags sont placés dans un Arbeitskommando[1], ce qui n’est pas le cas pour les officiers des Oflags[2]. En raison de la convention de Genève, ils ne peuvent être officiellement employés que dans l’agriculture ou dans des tâches sans aucun lien avec l’effort de guerre. C’est souvent loin d’être le cas.  Au commando de Topschin, faisant partie du Stalag III A, les prisonniers sont ainsi employés dans une usine de munitions, d’obus, de bombes, de torpilles et de tanks[3]. Ils sont donc bel et bien contraints de participer à l’industrie d’armement allemande.

La construction du camp a été planifiée avant l’invasion de la Pologne en septembre 1939. Il était prévu pour accueillir au départ 10 000 hommes. Sa structure a servi de modèle[4] pour les autres camps.


[1] Commando ou unité de travail.

[2] Abréviation d’Offizierslager (camps d’officiers).

[3] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-9759499 < Tome 39  >, Tribunal militaire international (Nuremberg, Allemagne), Procès des grands criminels de guerre devant le tribunal militaire international [Texte imprimé] : Nuremberg, 14 novembre 1945 – 1er octobre 1946 : [documents et autre matériel de preuve], texte officiel, édition française, Nuremberg : Tribunal militaire international, 1947-1949, tome XXXIX, page 172, vue 188/660, consultable en ligne sur Gallica, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 2000-282739.

[4] Le mot Musterlager désigne un stock d’échantillons dans le civil, et un camp modèle dans le langage militaire. Le régime nazi avait son propre vocabulaire.


A partir de l’été 1940, des prisonniers hollandais[1] et français sont arrivés dans ce camp. Les premiers sont libérés quelques semaines plus tard, tandis que les seconds, qui forment le groupe le plus important, y sont affectés.

Le séjour dans ce camp précède souvent l’intégration dans des commandos de travail à Berlin ou dans ses environs. Les conditions de vie y sont très difficiles.

Les prisonniers de guerre qui ont travaillé dans la région du Brandebourg ou à Berlin ont atteint le chiffre de 22 000. Une partie de ces derniers était des prisonniers transformés[2].


[1] Tous les Hollandais sont des Néerlandais, mais tous les Néerlandais ne sont pas des Hollandais. L’appellation retenue ici est celle qu’employaient les prisonniers de guerre.

[2]  Il s’agit de rendre à l’état de civil certains prisonniers de guerre, et d’en faire des travailleurs forcés.


Alors que dans ce camp, les instituteurs et professeurs étaient dispensés au départ de travail (car ils animaient une vie culturelle), les autres prisonniers essayaient de se rapprocher par origine régionale. Ils étaient astreints à des journées de 12 à 14 heures. Les commandos percevaient des vivres (toujours en quantité insuffisante) de la Croix-Rouge. Mais cela ne compensait que difficilement la pénibilité du travail : le commando n° 206, où étaient employés 300 prisonniers, extrayait de la tourbe, le n° 211 (qui en comprenait 20) exploitait du minerai, tandis que les n° 282 et 283 étaient des commandos agricoles.

Par la suite, ce camp a hébergé des prisonniers serbes et russes, dont le nombre n’a cessé d’augmenter.  Durant l’hiver 1941-1942, 2 500 de ces derniers y sont décédés. Temporairement, il y a eu également des Italiens, vers la fin, des Roumains et des Anglais[1].


[1] Tous les Anglais sont des Britanniques, mais tous les Britanniques ne sont pas des Anglais (certains sont des Écossais, des Gallois ou des Nord-Irlandais). L’appellation retenue ici est celle qu’employaient les prisonniers de guerre.

.


Le Stalag était aussi organisé du point de vue religieux, tant catholique que protestant. Les prêtres dans ce camp étaient au nombre de quarante-quatre pour tout le Stalag dont trois pour le camp, deux pour l’hôpital. Tous les autres étaient affectés aux commandos.  Selon les secteurs religieux (au nombre de 42), ceux-ci comptaient de dix à soixante commandos. Le camp comprenait aussi des séminaristes que les aumôniers pouvaient emmener avec eux. L’approvisionnement liturgique était assuré par l’Aumônerie générale de Paris en vin de messe, hosties et livres.

Le culte était autorisé en dehors des heures de travail. Les prêtres munis d’un Ausweis[1] avaient le droit de circuler librement dans leur secteur. Bien souvent, ils disaient au moins trois messes au cours de la journée, tandis que les commandos étaient massés sur un point central (où se trouvait un local convenable pour dire la messe).

Les prêtres n’avaient pas le droit de prêcher et, en cas d’impossibilité de confesser, ils prononçaient une absolution générale. Ils assuraient, outre les messes du dimanche, les communions des détenus en cellule et les enterrements au cimetière du camp.

Pour les besoins religieux et spirituels, les confrères étaient autorisés à se rencontrer.

Lorsque le camp a été libéré le 27 avril 1945, les prisonniers ont été rendus à la vie civile, envoyés en permission pendant quinze jours, avant de vaquer à leurs occupations.


[1] Pièce d’identité.

Le Stalag III B Fürstenberg


Le Stalag III B Fürstenberg est, lui aussi, un camp de prisonniers de guerre. Il avait le statut de Dulag[1]. Il se situe également dans la 3e région militaire allemande. La campagne y est sablonneuse avec des bois de pins. Il se trouvait à Fürstenberg-sur-Oder.

Il semblerait que ce camp n’avait que très peu de liens avec l’administration de la ville. Les archives municipales disposent aujourd’hui des dossiers de Fürstenberg-sur-Oder, devenu un quartier d’Eisenhüttenstadt.

Des noms de prisonniers français s’y trouvent. Celui de Pierre Bonhomme n’y figure malheureusement pas, selon madame Gabriele Urban, archiviste référente, du département des services aux citoyens (Fachbereich Bürgerdienste), Musée municipalGalerieMusée des pompiersArchives de la ville (Städtisches MuseumGalerieFeuerwehrmuseumArchiv) [2].

Le musée d’histoire locale[3] évoque l’ancien camp de prisonniers de guerre, grâce à l’initiative de monsieur Axel Drieschner. Avec sa femme, madame Barbara Schulz, il a publié un livre sur le Stalag III B Fürstenberg[4].

Devant le site de l’ancien camp, il y a une pierre commémorative qui doit rappeler tous les prisonniers et leur souffrance.


[1] Durchgangslager, c’est-à-dire un camp de transit.

[2] Stadt Eisenhüttenstadt • Zentraler Platz 1 • 15890 • Eisenhüttenstadt.

[3] Löwenstraße 4, 15890 Eisenhüttenstadt (Allemagne).

[4] Drieschner, Axel, Schulz, Barbara, Stalag III B Fürstenberg (Oder) : Kriegsgefangene im Osten Brandenburgs 1939-1945, Berlin : Metropol, 2006, 212 p., illustrations (Beiträge zur Geschichte Eisenhüttenstadts 4).


Bibliothèque universitaire Saint-Charles (Montpellier), 940.547 2 DOC, Ministère de la Guerre, État-major de l'armée, 5e bureau, Documentation sur les camps de prisonniers de guerre : secret, Paris : Ministère de la Guerre. Etat-major de l'armée, [1945], 1 volume, 493 p., [14] cartes en couleurs, page 52.
Bibliothèque universitaire Saint-Charles (Montpellier), 940.547 2 DOC, Ministère de la Guerre, État-major de l’armée, 5e bureau, Documentation sur les camps de prisonniers de guerre : secret, Paris : Ministère de la Guerre. Etat-major de l’armée, [1945], 1 volume, 493 p., [14] cartes en couleurs, page 52.

A l’époque, il comprend une cinquantaine de baraques, dont seules huit sont occupées par des Français. Réparties de part et d’autre d’une route cimentée, celles-ci hébergent chacune de trois cents à trois cent soixante prisonniers. Les travaux qui leur sont confiés sont épuisants. Nombre d’entre eux manient la pelle et la pioche comme ceux du commando n° 406 pour les mines de charbon, du n° 648 pour les mines de lignite, du n° 728 pour les mines de tourbe. Sinon, ils étaient employés dans des usines de guerre.

Au moment du repli du Stalag III B Fürstenberg, les prisonniers de guerre furent occupés jusqu’à la fin avril à effectuer des travaux de terrassements des tranchées, et à transporter des bombes d’avions. Il est même arrivé que des commandos aient effectué des travaux sous la première ligne de feu de l’artillerie russe. Malgré des réclamations, le colonel commandant le Stalag III B Fürstenberg reste sourd aux réclamations de la Croix-Rouge genevoise (Suisse).

Quant à l’homme de confiance, ce dernier signale que la durée du travail journalier était dans de nombreux cas excessive, en particulier dans les mines et les usines (12 heures). Elle pouvait monter jusqu’à quinze heures dans la culture pendant la période d’été.

Alors qu’il devait y avoir un repos de vingt quatre heures toutes les trois semaines, le repos hebdomadaire n’était pas souvent observé. En outre, l’homme de confiance principal du Stalag a signalé que des coups étaient portés sur des prisonniers français. Il y a une mauvaise foi évidente dans l’application de la convention de Genève dans ce camp.


Fin 1944, les Allemands ont décidé de déplacer ce camp à Buchenwald[1], à côté de Weimar[2]. Au début de février 1945, l’Armée rouge a pris pied sur la rive occidentale de l’Oder à Fürstenberg[3].

La campagne a retrouvé son aspect d’antan et nombre de citoyens allemands actuels en ignorent de manière feinte ou réelle l’existence.


[1] D’après Buche (hêtre) et Wald (forêt), Buchenwald signifie hêtraie (bois de hêtres).

[2] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-25677, Commissariat régional de la République à Montpellier, Bulletin officiel du Commissariat régional de la République à Montpellier, 1re année , n° 1 (septembre 1944) – ? Montpellier : [s.n.], 1944-, 2e année, n° 107 du vendredi 23 février 1945, page 521, vue 1/4, consultable en ligne sur Gallica, texte numérisé d’après l’original des archives départementales de l’Hérault, PAR 3215.

[3] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-14232 <  1937-1948 >, Aragon, Louis (1897-1982), directeur de publication ; Bloch, Jean-Richard (1884-1947), directeur de publication, Ce soir : grand quotidien d’information indépendant, 1re année, n° 1 (2 mars 1937)-17e année, n° 3537 (2 mars 1953), Paris : [s.n.], 1937-1953 [n’a pas paru du 26 août 1939 à août 1944], n° 1059 du jeudi 8 février 1945, page 1 [non paginée], vue 1/2, consultable en ligne sur Gallica, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, JOD-109.


Le Stalag III D Berlin et la Kommandantur[1]


[1] Kommandanturen au pluriel. Ou « kommandanturs », en romain et
avec une minuscule (ou une majuscule), selon un usage français variable. En général, « Les mots, expressions, citations donnés dans une langue étrangère et non francisés se composent en italique dans un texte français en romain » selon le Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale. Mais « de très nombreux termes étrangers, adoptés par l’usage, se composent cependant en romain comme ces exemples appartenant au langage courant : condottiere, conquistador, leitmotiv, match, sketch, week-end ». Pour éviter d’établir une distinction artificielle entre les mots germaniques recensés dans les dictionnaires français (stalags) et ceux, plus spécialisés, qui n’y sont pas (Dulags), il a été décidé par convention de considérer tous les mots employés par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale comme étrangers, et donc de les écrire avec une majuscule et en italique.


Vidéo Französische Kriegsgefangene in Berlin | Lager, Arbeit und Alltag (Prisonniers de guerre français à Berlin | camp, travail et vie quotidienne, consultable en ligne sur Youtube pour la chaîne Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit (Centre de documentation sur le travail forcé nazi).

Le Stalag III D se situait à Berlin, et dépendait de la 3e région militaire allemande comme les deux précédents. De très nombreux prisonniers français ayant été enfermés au camp de Berlin-Lichterfelde, il se confond un peu pour les historiens francophones avec le Stalag III D Berlin.

C’est là une perspective remise en cause par les chercheurs allemands. Le Stalag III D Berlin est en réalité une entité administrative qui repose sur des camps satellites disséminés sur tout Berlin : 3000 camps couvraient la ville. Certes, une majorité de Français s’est retrouvée à Berlin-Lichterfelde ou à Falkensee[1]. L’approche de la réalité historique est cependant plus complexe.


[1] Falkensee est une ville d’Allemagne située dans le Land du Brandebourg.


Plaque commémorative (Gedenktafel) du siège du commandement (Kommandantur) régissant le Stalag III D Berlin, prise de vue effectuée le jeudi 30 mars à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Plaque commémorative (Gedenktafel) du siège du commandement (Kommandantur) régissant le Stalag III D Berlin, prise de vue effectuée le jeudi 30 mars 2023 à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Un siège du commandement (Kommandantur) gère le travail des prisonniers du Stalag III D Berlin dans des commandos de travail (Arbeitskommandos) répartis en fonction de leur classe dans tous les points cardinaux à Berlin ou alentour :

  • 100 Stadtzentrum[1]
  • 200 Norden[2]
  • 300 Osten[3]
  • 400 Südosten[4]
  • 500 Süden[5]
  • 600 Südwest[6]
  • 700 Westen[7]
  • 800 Nordosten[8]

L’édifice[9], qui se trouvait rue de la Belle-Alliance [10], a totalement disparu, rasé et remplacé par un parking, à proximité de la Bibliothèque commémorative américaine (Amerika-Gedenkbibliothek)[11]. Il ne reste plus à son emplacement qu’une plaque commémorative (Gedenktafel)[12] en plastique tellement discrète qu’il a été plutôt difficile de la localiser (les bibliothécaires du lieu avoisinant ont eux-mêmes rencontré des difficultés pour la trouver).


[1] Centre-ville.

[2] Nord.

[3] Est.

[4] Sud-est.

[5] Sud.

[6] Sud-ouest.

[7] Ouest.

[8] Nord-est

[9] Belle-Alliance-Straße 106-107. Aujourd’hui, Mehringdamm, Berlin (Allemagne).

[10] Ce nom de Belle-Alliance est une autre façon de désigner la bataille de Waterloo (Belgique) en 1815.

[11] Blücherplatz 1, 10961 Berlin (Allemagne)

[12] Blücherplatz 1, 10961 Berlin (Allemagne).


Pierre Bonhomme, affecté à l’Arbeitskommando n° 407


Bibliothèque universitaire Saint-Charles (Montpellier), 940.547 2 DOC, Ministère de la Guerre, État-major de l'armée, 5e bureau, Documentation sur les camps de prisonniers de guerre : secret, Paris : Ministère de la Guerre. Etat-major de l'armée, [1945], 1 volume, 493 p., [14] cartes en couleurs, page 72.
Bibliothèque universitaire Saint-Charles (Montpellier), 940.547 2 DOC, Ministère de la Guerre, État-major de l’armée, 5e bureau, Documentation sur les camps de prisonniers de guerre : secret, Paris : Ministère de la Guerre. Etat-major de l’armée, [1945], 1 volume, 493 p., [14] cartes en couleurs, page 72.

Un bureau de censure postale (Postzensur[1]) contrôlait la correspondance et les colis échangés entre les prisonniers de guerre et leurs proches. Les photographies et livres autorisés de Pierre Bonhomme étaient frappés du tampon « Stalag III D 75 geprüft » ou « Stalag III D 96 geprüft »[2], « Freigegeben Stalag III D[3] » ou « Freigegegeben zur Heimsendung M.-Stammlager III D[4] ».

Des ajouts manuscrits par les Allemands ont permis d’identifier que Pierre Bonhomme avait été affecté à l’Arbeitskommando n° 407 lors de son internement au Stalag III D Berlin.


[1] Tempelhofer Ufer (codes postaux 10961 et 10963), dans l’arrondissement berlinois de Friedrichshain-Kreuzberg, s’étend de la Schöneberger Straße au Landwehrkanal.

[2] Geprüpft = validé, contrôlé. Ce tampon correspond à la censure postale.

[3] Validé [par l’administration du] Stalag III D.

[4] Libéré pour rapatriement du Stalag III D. La lettre M. est une abréviation pour Mannschaft [troupe]. Stammlager désigne un centre de détention. Le Kriegsgefangenen-Mannschafts-Stammlager est donc un camp de concentration pour les prisonniers de guerre, destiné aux hommes du rang ou aux sous-officiers. C’est ce que les Français connaissent sous son abréviation Stalag = Stammlager.


Vidéo Das Stalag III D | Kriegsgefangene in Berlin (Le Stalag III D | Prisonniers de guerre à Berlin) consultable en ligne sur Youtube pour la chaîne Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit (Centre de documentation sur le travail forcé nazi).

Il a été impossible de trouver des renseignements sur ce commando de travail, ce qui arrive souvent selon les historiens allemands. Il est simplement identifié sans aucune mention supplémentaire sur une liste militaire française[1] des « principaux Kommandos » :

  • n° 402 : Reidow[2] (98 P. G.[3]), usine aviation.
  • n° 407
  • n° 412 : Reidow[4] (555 P. G.), usine aviation.
  • n° 413 : Franfurt-sur-Oder[5] (600 P. G.), usine de munitions.
  • n° 415
  • n° 419 : Berlin (transformé) (88 P. G.), fleuriste.
  • n° 420 : (44 P. G.), usine Krupp[6].
  • n° 424 : Reidow[7] (6 P. G.), usine aviation.
  • n° 425 : Britz[8] (1767 P. G.) (transformé), une noyade fin 1943, bon abri.
  • n° 427 : composé de punis.
  • n° 431
  • n° 483 : Ludwigsfeld[9] (600 P. G.), usine aviation Daimler-Benz[10].

[1] Bibliothèque universitaire Saint-Charles (Montpellier), 940.547 2 DOC, Ministère de la Guerre, État-major de l’armée, 5e bureau, Documentation sur les camps de prisonniers de guerre : secret, Paris : Ministère de la Guerre. Etat-major de l’armée, [1945], 1 volume, 493 p., [14] cartes en couleurs, page 75.

[2] Transcription fautive. Lire Berlin-Rudow, quartier de l’arrondissement de Neukölln.

[3] Prisonniers de guerre.

[4] Voir n° 402.

[5] Lire Francfort-sur-l’Oder (Allemagne), ville du Land de Brandebourg.

[6] Fried. Krupp AG est un conglomérat industriel dans le secteur de l’acier fondé par Friedrich Krupp (1787-1826). Il est appelé couramment Krupp.

[7] Voir n° 402.

[8] Berlin-Britz, quartier dans l’arrondissement de Neukölln.

[9] Transcription fautive. Lire Ludwigsfelde, une ville du Land du Brandebourg dans l’arrondissement de Teltow-Fläming.

[10] Il s’agit des usines automobiles de Ludwigsfelde (Automobilwerke Ludwigsfelde), devenues en 1936 le siège pour la production de moteurs d’avion Daimler-Benz Motoren GmbH.


Plaque commémorative à la gloire des « anciens prisonniers de guerre du Stalag III D à leurs camarades décédés en captivité » † exposée au Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors), prise de vue effectuée le mardi 28 mars à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plaque commémorative à la gloire des « anciens prisonniers de guerre du Stalag III D à leurs camarades décédés en captivité » † exposée au Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors), prise de vue effectuée le mardi 28 mars 2023 à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

On ne peut donc qu’émettre des conjectures sur le n° 407 par rapport aux positions du commando n° 406 (Neukölln) et du n° 408 (Berlin-Lichtenrade). Ce dernier avait sous sa garde 39 prisonniers de guerre, d’après une liste allemande Commandos de travail sans les Italiens (Arbeitskommandos ohne Italiener)[1] établie par Thomas Irmer, historien, politologue, spécialiste de l’histoire du travail forcé sous le régime nazi.

D’après son hypothèse d’une « répartition géographique possible » (« mögliche geographische Gliederung »), les camps de la classe 400 se situeraient dans le sud-est (Südosten) de Berlin. Les données restent fragmentaires :

  • n° 401
  • n° 402 : 98 Kgf.
  • n° 403 : 58 Kgf.[2], Metall[3]
  • n° 404 : Briten[4] ?
  • n° 405 : Britz[5], Gaubschat-Fahrzeugwerke[6], 118-179 Kgf.
  • n° 406 : Neukölln[7]
  • n° 408 : Obsch.[8] Lichtenrade[9], 39 Kgf.
  • n° 410 : 50-72 Kgf. Floristen[10]
  • n° 411 : 21 Kgf.
  • n° 412 : Rudow[11], 555 Kgf., Luftfahrindustrie[12]
  • n° 413
  • n° 415 : Rudow, 55 Kgf., Industrie
  • n° 416 : 55 Kgf.
  • n° 418
  • n° 419 : 72 Kgf.
  • n° 421 : 52 Kgf.
  • n° 423 : Elektrolux[13], 65 Kgf.
  • n° 425 : Britz[14]
  • n° 427, 428, 429 Zernsdorf bei KW[15] (n° 428 : 144 Briten[16])
  • n° 430 Neukölln[17], Lazarett[18]

[1] Ce document de travail inédit, qui se présente sous forme d’une photocopie, a fait l’objet d’un dépouillement systématique.

[2] Selon les contextes, abréviation pour Kriegsgefangene (prisonniers de guerre) ou Kriegsgefangener (prisonnier de guerre).

[3] Métal.

[4] Britanniques.

[5] Berlin-Britz, quartier dans l’arrondissement de Neukölln.

[6] Usine de véhicules Gaubschat. La société Gaubschat Fahrzeugwerke GmbH a été fondée par Fritz Gaubschat en 1904 à Rixdorf, ville intégrée dans Berlin (Allemagne) en 1912 et renommée Berlin-Neukölln. Elle a fait faillite en 1975. Elle était impliquée au départ dans la construction de véhicules utilitaires.

[7] Quartier (Ortsteil) de Berlin-Neukölln ou arrondissement (Bezirk) de Neukölln.

[8] Abréviation pour obscheinlich (apparemment).

[9] Berlin-Lichtenrade, dans l’arrondissement de Tempelhof-Schöneberg

[10] Fleuristes.

[11] La société Flugzeugreparaturwerk Rudow GmbH s’occupait de réparation d’avions à Berlin-Rudow, quartier dans l’arrondissement de Neukölln.

[12] Industrie aéronautique.

[13] L’orthographe a été germanisée. Electrolux est une entreprise suédoise d’électroménager créée en 1910.

[14] Voir n° 405.

[15] Zernsdorf près de Königs Wusterhausen. Depuis 2003, ce village fait partie de cette ville. Il est situé dans l’arrondissement de Dahme-Spreewald (Dahme-Forêt-de-Spree) du Land (État fédéré) de Brandebourg (Allemagne).

[16] Voir n° 404.

[17] Voir n° 406.

[18] Hôpital militaire.


Pierre Bonhomme aurait d’après un récit personnel travaillé du « bois de mine ». Ce qui serait logique : avant d’être militaire comme pontonnier, il était charpentier. De fait, il aurait pu être éventuellement boiseur, chargé du soutènement et de la réparation dans des galeries. Monsieur Ronny Maylahn, du comité de direction (Führungskoordination) de la société de recherche et de documentation sur les constructions souterraines Berliner Unterwelten e.V.[1] n’a pas pu nous renseigner sur le sujet.


[1] Brunnenstraße 105, 13355 Berlin (Allemagne). Berliner Unterwelten peut se traduire selon les cas « les souterrains de Berlin », « les sous-sols de Berlin », voire « les bas-fonds de Berlin » et même dans certains contextes « les enfers de Berlin ».


L’hôpital militaire principal de Berlin-Neukölln et l’Arbeitskommando n° 430


Hopital militaire de Berlin-Neukölln. Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors), prise de vue effectuée le mardi 28 mars à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Hopital militaire de Berlin-Neukölln. Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors), prise de vue effectuée le mardi 28 mars 2023 à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Plusieurs hôpitaux militaires[1] peuvent soigner les prisonniers de guerre. Le plus important était établi à Berlin-Neukölln dans un établissement scolaire[2]. Il était lié à l’Arbeitskommando n° 430. Il a repris ses fonctions premières. Un centre d’épouillage se trouvait à Berlin-Lichterfelde, ce qui a permis de limiter les risques de typhus.


[1] Lazarett [latsaˈrɛt], neutre <Lazarette̸s; Lazarette>.

[2] Donaustraße 122, 12043 Berlin.


Les baraquements redécouverts du camp de Berlin-Lichterfelde


Vidéo Vergessen und vorbei? Das Lager Lichterfelde und die französischen Kriegsgefangenen (C’est le passé, on oublie ? Le camp de Lichterfelde et les prisonniers de guerre français), consultable en ligne pour la chaîne Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit (Centre de documentation sur le travail forcé nazi).

L’ensemble des baraquements de Berlin-Lichterfelde a été retrouvé au moment où devait se dérouler dans ce lieu une opération immobilière. Il avait été ouvert dès 1938, avant donc le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale le 1ᵉʳ septembre 1939.

A l’origine, la Reichsbahn[1] y a installé un camp pour 1 400 travailleurs allemands de la région des Sudètes (Tchéquie) à l’angle d’Osdorfer straße et du Lanweg. En 1939, la Wehrmacht a loué une partie de ce site pour accueillir des prisonniers tout d’abord polonais.

A partir du mois d’août 1940, ce camp est affecté aux prisonniers français : en janvier 1941, plus de 18 000 prisonniers qui y vivaient étaient français. Les baraques construites grossièrement avec des parpaings ont remplacé parfois les premières, en bois, qui ont brûlé lors d’attaques aériennes en 1942/1943. Chacune mesurait 38 m de long sur 16 de large, et devait être occupées par 96 hommes environ. Le grand nombre de prisonniers a fait que leur occupation a été plus importante dans les faits.


[1] Société des chemins de fer allemands.


La mise au jour de ce camp tient à un projet de construction d’appartements.  L’association Initiative KZ-Außenlager Lichterfelde e.V. (un collectif citoyen)[1] et l’Office d’État des monuments historiques de Berlin (Landesdenkmalamt Berlin)[2] tentent de sauver des baraques situées dans le quartier[3] et identifiées formellement en 2017 comme ayant fait partie du camp de Berlin-Lichterfelde. Une est classée monument historique, les autres sont plus ou moins délabrées et à l’abandon, en cours de destruction, après avoir connu après la Seconde Guerre mondiale divers usages.


[1] Président du conseil d’administration : Thomas Schleissing-Niggemann. Vice-présidente : Annette Pohlke.

[2] Klosterstraße 47, 10179 Berlin (Allemagne).

[3] Landweg 3, 12007 Berlin (Allemagne).


Le gardien chargé du terrain en friche refuse d’orienter le promeneur (les bâtiments se trouvent pourtant à moins de cent mètres de sa guérite). Les passants qui s’arrêtent font mine de ne rien comprendre aux explications données dans un allemand très clair. Les habitants du quartier ignorent ce qui se passe à quelques dizaines de mètres de leur maison. Une exploration urbaine[1] « sauvage » du site permet de mesurer la désolation du lieu, squatté occasionnellement et bombé à la peinture. Une captation d’images permettra à terme d’étudier les lieux à travers le prisme de la culture visuelle.

A peu près quatre-vingts ans après la capitulation du Troisième Reich, l’historien affronte moins un négationnisme agressif qu’une parfaite indifférence et un total désintérêt.


[1] Urbex.


Les dix grands baraquements qui restent sont du même modèle que ceux du camp du quartier de Berlin-Schöneweide[1]. Ce lieu se révèle être un camp de travailleurs forcés, où étaient internés notamment des Italiens, tant militaires que civils, mais aussi des hommes et des femmes originaires d’Europe de l’Ouest et l’Est.


[1] Le lieu a été identifié comme un camp en 1994 alors qu’il se trouvait au milieu d’immeubles et qu’il servait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale à diverses activités comme la chaudronnerie.


Les prisonniers sont répartis dans différents commandos de travail. Il existe un homme de confiance qui a le droit d’aller les visiter. Les tâches confiées à ces prisonniers sont simples, mais physiquement très pénibles. Pour ce travail, le prisonnier reçoit un faible salaire, alors que les entreprises remportent de gros bénéfices grâce à cette main-d’œuvre bon marché.


L'enduit qui s'abîme avec le temps laisse entrevoir le parpaing d'origine. Camp de Berlin-Lichterfelde, prise de vue effectuée le jeudi 30 mars à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

L’enduit qui s’abîme avec le temps laisse entrevoir le parpaing d’origine. Camp de Berlin-Lichterfelde, prise de vue effectuée le jeudi 30 mars 2023 à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.


La dégradation du mur le fait paradoxalement revenir à un état premier : le temps destructeur peut être aussi conservateur, en rendant visible l’invisible. Camp de Berlin-Lichterfelde, prise de vue effectuée le jeudi 30 mars 2023 à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La dégradation du mur le fait paradoxalement revenir à un état premier : le temps destructeur peut être aussi conservateur, en rendant visible l'invisible. Camp de Berlin-Lichterfelde, prise de vue effectuée le jeudi 30 mars à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le camp de Berlin-Schöneweide et l’abri antiaérien de la baraque 13


Au camp de Berlin-Schöneweide, les conditions de vie y auraient été semble-t-il relativement meilleures que dans d’autres. Cette donnée reste cependant à relativiser en fonction des nationalités : les Russes emprisonnés ont par exemple subi des traitements pires que celui des Italiens.


Plan d'orientation du camp de Berlin-Schöneweide. Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors), prise de vue effectuée le mardi 28 mars à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan d’orientation du camp de Berlin-Schöneweide. Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors), prise de vue effectuée le mardi 28 mars 2023 à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le Centre de documentation du travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors), ouvert en 2006, est situé sur ce site historique[1].


[1] Britzer Straße 5, 12439 Berlin (Allemagne).


Les baraquements de pierre ont été construits en 1943 sous la direction d’Albert Speer, premier architecte du IIIe Reich inspecteur général des travaux pour la capitale du Reich (Generalbauinspektor für die Reichshauptstadt)[1].


[1] Abrégé en GBI.


Une exposition permanente inaugurée en 2013, Quotidien du travail forcé 1938–1945, montre à quel point le nazisme s’appuyait sur la main-d’œuvre sous contrainte.

Les travailleurs invités[1], en provenance de pays amis de l’Allemagne n’y étaient pas soumis. L’historiographie allemande englobe sous le concept général de travailleurs forcés :

  • les prisonniers de guerre[2]
  • les travailleurs civils[3]
  • les travailleurs de l’Est[4]
  • les déportés, traités comme des esclaves.

D’un point de vue davantage français, les anciens combattants ne goûtent guère d’être confondus avec les membres du STO[5]. En France, ces derniers ont le droit au titre de « victimes du travail forcé en Allemagne nazie[6] ». Mais les dernières décisions de justice leur interdisent celui de « déportés du travail[7] ». La « transformation » de certains en travailleurs « libres » étant en lien avec la Relève, dispositif mis en place en 1942 par le régime de Vichy, il s’agit là encore d’une question sensible.


[1] Gastarbeitnehmer.

[2] Militärinternierte (internés militaires).

[3] Zivilarbeiter.

[4] Ostarbeiter.

[5] Service du travail obligatoire.

[6] Par décret du 16 octobre 2008.

[7] Refus le 28 mars 2011 par la Cour de cassation.


Edition monolingue en français du catalogue offert lors de la rencontre à Berlin (Allemagne) du mardi 28 mars 2023 au Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors) par Roland Borchers, commissaire de l’exposition Vergessen und vorbei ? Das Lager Lichterfelde und die französischen Kriegsgefangenen = Past and forgotten ? The Lichterfelde Camp and the French Prisoners of War = C’est le passé, on oublie ? Le camp de Lichterfelde et les prisonniers de guerre français. (collection personnelle de l’auteure).

Edition monolingue en français du catalogue offert lors de la rencontre à Berlin (Allemagne) du mardi 28 mars 2023 au Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors) par Roland Borchers, commissaire de l'exposition Vergessen und vorbei ? Das Lager Lichterfelde und die französischen Kriegsgefangenen = Past and forgotten ? The Lichterfelde Camp and the French Prisoners of War = C’est le passé, on oublie ? Le camp de Lichterfelde et les prisonniers de guerre français. (collection personnelle de l’auteure).


[1] Zwangsarbeiter.


Depuis leurs balcons, les habitants pouvaient voir tout ce qui se passait dans le camp de Berlin-Schöneweide. Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors), prise de vue effectuée le mardi 28 mars à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Depuis leurs balcons, les habitants pouvaient voir tout ce qui se passait dans le camp de Berlin-Schöneweide. Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors), prise de vue effectuée le mardi 28 mars 2023 à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La baraque 13, qui a accueilli des prisonniers de guerre italiens, est la mieux conservée[1].


[1] Köllnische Straße 17, 12439 Berlin (Allemagne).


Vue extérieure de la baraque 13 du camp de Berlin-Schöneweide. Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors), prise de vue effectuée le mardi 28 mars à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Vue extérieure de la baraque 13 du camp de Berlin-Schöneweide. Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors), prise de vue effectuée le mardi 28 mars 2023 à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.


Mur en parpaing avec lequel la baraque 13 du camp de Berlin-Schöneweide a été construite. Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors), prise de vue effectuée le mardi 28 mars 2023 à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Mur en parpaing avec lequel la baraque 13 du camp de Berlin-Schöneweide a été construite. Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors), prise de vue effectuée le mardi 28 mars à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le baraquement se compose d’un couloir central et de douze dortoirs de part et d’autre (destinés chacun à seize prisonniers), d’une seule pièce d’eau avec une fontaine, des latrines[1] et des urinoirs publics.

Chaque prisonnier a un châlit avec un sac de paille, une couverture, une gamelle, un gobelet et des couverts. La distribution de la nourriture varie selon les nationalités. Toujours manquante et de mauvaise qualité, elle l’est encore plus pour les prisonniers russes, qui sont davantage affamés, épuisés, et soumis aux mauvais traitements.


[1] A peine plus confortables que les feuillées de la vie militaire.


Entrée de l'abri antiaérien de la baraque 13 du camp de Berlin-Schöneweide. Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors), prise de vue effectuée le mardi 28 mars à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Entrée de l’abri antiaérien de la baraque 13 du camp de Berlin-Schöneweide. Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors), prise de vue effectuée le mardi 28 mars 2023 à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Pièces de l'abri antiaérien de la baraque 13 du camp de Berlin-Schöneweide. Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors), prise de vue effectuée le mardi 28 mars à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Pièces de l’abri antiaérien de la baraque 13 du camp de Berlin-Schöneweide. Centre de documentation sur le travail forcé nazi de la fondation Topographie de la terreur (Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit der Stiftung Topographie des Terrors), prise de vue effectuée le mardi 28 mars 2023 à Berlin (Allemagne). Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le plus souvent, une cave se trouve sous le baraquement. Elle est aménagée en abri antiaérien avec de petites cellules. Les prisonniers s’y réfugient lors des nombreux bombardements.


Porte blindée en métal hermétique avec valve de l'abri antiaérien de la baraque 13. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Porte blindée en métal hermétique avec valve de l’abri antiaérien de la baraque 13. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.


Sortie de l'abri antiaérien de la baraque 13. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Sortie de l’abri antiaérien de la baraque 13. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.


En conclusion de cette mission historique et mémorielle à Berlin


Cette mission historique et mémorielle à Berlin met en lumière l’évolution des lieux depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Certains bâtiments ont connu une reconversion, d’autre une conservation comme patrimoine industriel[1], les derniers enfin une destruction. Des historiens allemands s’évertuent à témoigner du sort de millions d’hommes asservis sous le nazisme, tandis qu’une nouvelle génération semble se faire à l’idée d’une lente et inexorable disparition, que le déni parfois précipite…


[1] Le camp de Berlin-Schöneweide est répertorié dans le parcours d’ERIHEuropean Route of Industrial Heritage e.V. (Route européenne du patrimoine industriel).