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Maréchaussée et gendarmerie à La Romagne et dans les villages du ressort de la brigade de Rethel, puis du canton de Rocquigny (1720-1799)


La création des maréchaussées date de la guerre de Cent Ans[1]. Elles sont destinées à la surveillance des gens de guerre, dont le comportement se doit d’être encadré, et ce, d’autant qu’ils sont accompagnés de pillards, quand ils ne pratiquent pas eux-mêmes cette activité.

D’abord temporaires, elles deviennent permanentes dès les années 1445-1448, lorsqu’elles commencent à disposer de pouvoirs de police.


[1] Ce conflit débute en 1337, lorsque Philippe VI confisque la Guyenne, provoquant la revendication de la couronne de France par Édouard III. Après plusieurs affrontements, dont la bataille navale d’Arnemuiden (1338), le conflit s’achève en 1453 avec la reprise de Bordeaux par les Français.


Vitrine d'armes de la maréchaussée au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vitrine d’armes de la maréchaussée au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

C’est une institution à caractère militaire, qui prend l’aspect de compagnies prévôtales, avec un prévôt[1] à la tête de chacune. Sous François Ier, les compétences judiciaires s’élargissent, et concernent tout autant les soldats que les civils, afin d’assurer la sécurité publique, la sûreté des villes et des campagnes.


[1]« Anciennement. Titre donné, sous l’Ancien Régime, à certains officiers ou magistrats chargés d’une juridiction ou préposés à des tâches de justice et de police. Prévôt royal, seigneurial. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


L’on peut attribuer à ce roi la conception des patrouilles routières. La nécessité de surveiller les grands chemins, et les routes secondaires, s’impose bientôt comme une évidence, si le pouvoir royal veut :

  • le respect de ses intérêts dans tout le royaume ;
  • un courrier officiel plus facilement transmis ;
  • un transfert des prisonniers facilité ;
  • le rendu de la justice à tous ses sujets.

C’est ainsi que se développe la maréchaussée provinciale, dont les salaires sont ainsi répartis dans la première moitié du XVIe siècle :

  • 300 livres pour le prévôt ;
  • 120 livres pour le greffier et l’archer.

Archers de la maréchaussée en patrouille (1720), Pierre Benigni, 1er quart du 20e siècle : dessin à l’aquarelle sur papier ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.2007.02181, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.
Archers de la maréchaussée en patrouille (1720), Pierre Benigni, 1er quart du 20e siècle : dessin à l’aquarelle sur papier ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.2007.02181, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.

Par la suite, Henri III partage la France en quatre commandements, attribués au connétable et aux trois maréchaux de France, avec la restriction que les lieutenants (subordonnés des prévôts) ne peuvent disposer des archers que sur l’autorisation de leur supérieur.

Ce roi crée ce que l’on peut appeler un premier équipement uniforme : un armet[1], un corps de cuirasse, des tassettes [2], une lance, une épée et un bon cheval.


[1] « Armure de tête des gens de guerre, de la fin du XVe siècle à la fin du XVIe siècle. », selon le Centre national de ressources textuelles et lexicales.

[2] « Anciennement. Pièce d’armure qui protégeait le haut de la cuisse. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Fragment de la table de marbre du connétable de la maréchaussée, après 1618, au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Fragment de la table de marbre du connétable de la maréchaussée, après 1618, au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Il faut distinguer, jusqu’à la Révolution, la maréchaussée de la gendarmerie de France[1]. La maréchaussée tire son nom de la juridiction des maréchaux de France.

Elle concerne les délits civils, ou criminels, des gens de guerre, et les affaires touchant au point d’honneur, avant de désigner le corps de cavaliers placé sous les ordres d’un prévôt des maréchaux.


[1] Babeau, Albert « Les quartiers de la gendarmerie en Champagne sous Louis XV », in Revue de Champagne et de Brie : histoire, biographie, archéologie, documents inédits, bibliographie, beaux-arts, tome cinquième, troisième année, premier semestre, 1er janvier 1878, Paris : Henri Menu, libraire-éditeur ; Arcis-sur-Aube : Léon Frémont, imprimeur breveté, 511 pages, pp. 136-141. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-12775, consultable en ligne sur Gallica, vue 136/518 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-LC19-116.


Gendarme de la Garde, anonyme français, 18e siècle : peinture à l’huile sur toile représentant un gendarme de la Garde, appartenant à la maison militaire du roi ; œuvre conservée au musée de l'Armée (Paris) ; numéros d’inventaire 21187 ; Ec 1161, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.
Gendarme de la Garde, anonyme français, 18e siècle : peinture à l’huile sur toile représentant un gendarme de la Garde, appartenant à la maison militaire du roi ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéros d’inventaire 21187 ; Ec 1161, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.

La gendarmerie[1] du roi a, pour sa part, été créée par Henri IV pour la garde du dauphin. Elle prend place aussitôt après les gardes du corps du roi, selon l’ordonnance de 1667.

Elle se compose de quatre compagnies dites du roi, de six compagnies[2] de quarante gendarmes, dont ceux qui sont affectés à la Reine, et qui ont leurs quartiers à Château-Porcien[3] ou Attigny[4], et six compagnies de chevau-légers.

La compagnie des gendarmes du roi est supprimée le 30 septembre 1787. Dans ce corps, les officiers supérieurs se distinguent en montant des chevaux gris, et les officiers subalternes, des chevaux bais.


[1] Funcken Fred ; Funcken, Liliane, L’uniforme et les armes des soldats de la guerre en dentelle. Tome 1 : France, maison du roi et infanterie sous Louis XV et Louis XVI ; Grande-Bretagne et Prusse, infanterie, 1700 à 1800, Paris, Casterman, 1975, 156 p., ill. en couleur. Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 4-V-31364 (1).

[2] Cinq sont créées sous Louis XIV.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Un brigadier et deux cavaliers de la maréchaussée de Lorraine en 1740, peinture par le commandant Eugène Louis Bucquoy, officier de gendarmerie et uniformologue français ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Un brigadier et deux cavaliers de la maréchaussée de Lorraine en 1740, peinture par le commandant Eugène Louis Bucquoy, officier de gendarmerie et uniformologue français ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A la fin du XVIe siècle, Henri IV octroie aux prévôts le titre de « conseillers du roi[1] » et, comme la tâche est souvent importante, l’on adjoint aux lieutenants des exempts[2]. Le réseau des brigades se complète, et l’uniforme primaire se transforme quelque peu, avec la saye[3] ou sayon[4].


[1] Terme honorifique à valeur variable, allant d’un rôle politique réel à une simple distinction sociale.

[2] Grade apparu sous Louis XIII, au sein de la maréchaussée. Officier intermédiaire chargé de fonctions d’encadrement, il peut suppléer les officiers supérieurs. Maintenu par la réforme de 1720, ce grade est progressivement remplacé à partir de 1778 par celui de maréchal des logis.

[3] Sorte de casaque. Initialement, « manteau fait d’une pièce d’étoffe rectangulaire attachée par une agrafe sur la poitrine ou sur une épaule, que portaient certains peuples de l’Antiquité et du haut Moyen Âge (on dit aussi Sayon). Saie des Gaulois, des Romains. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[4] Bardin, Étienne-Alexandre. Dictionnaire de l’armée de terre, ou Recherches historiques sur l’art et les usages militaires des anciens et des modernes. Paris : J. Corréard, 1850. Quinzième partie, entrée « Sayon » (Portée de fusil–Secrette), pages 4784-4785, consultables en ligne sur Gallica, vue 318/342 et suivante. Bibliothèque nationale de France, document numérique NUMM-6215627, texte reproduit d’après l’exemplaire original conservé à la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, cote V-31330. [Nota bene : la pagination de la quinzième partie est continue et atteint la page 4800 ; il ne s’agit pas du nombre total de pages de cette partie.]


Gendarmes et Chevaux-légers, planche 6 de la suite L'art militaire ou Les Exercices de Mars, livre à dessiner, Nicolas Guérard (vers 1648‑1719), vers 1695 : estampe, eau-forte sur papier ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéro d’inventaire 04617.4.58, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais. [Nota bene : l’orthographe moderne est désormais chevau-légers]
Gendarmes et Chevaux-légers, planche 6 de la suite L’art militaire ou Les Exercices de Mars, livre à dessiner, Nicolas Guérard (vers 1648‑1719), vers 1695 : estampe, eau-forte sur papier ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéro d’inventaire 04617.4.58, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais. [Nota bene : l’orthographe moderne est désormais chevau-légers]

En 1641, Louis XIII renforce la maréchaussée, avec la création de huit nouvelles prévôtés. A son tour, Louis XIV crée dans toutes les juridictions royales des huissiers, sergents royaux, etc.

A ce moment-là, il y a cent quatre-vingts sièges de maréchaussée, dont l’organisation et les salaires varient en fonction des lieux d’intervention, d’où des contestations et des mécontentements[1].


[1] « III. – Époque moderne. – La maréchaussée » in Armée et marine : revue hebdomadaire illustrée des armées de terre et de mer, Paris, [s.n.], 1899-1928, quatrième année, n° 42 du 19 octobre 1902, pages 710-713. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-4402, consultable en ligne sur Gallica, vue 2/20 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, FOL-LC6-87.


Carte des maréchaussées au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Carte des maréchaussées au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dans la réalité, la présence de la maréchaussée (ou maillage) est loin d’être identique sur tout le territoire. Chaque ancienne province compte, au moins, une compagnie qui, comme elle a vocation de justice, se compose d’une prévôté, des maréchaux avec, à sa tête, un prévôt général, assisté de baillis et vice-baillis, lieutenants criminels, assesseurs royaux, sergents, etc.


Elle a pour mission de combattre le crime à l’intérieur de son district. Bien qu’elle soit implantée dans des villes comme Châlons[1], Reims[2], Rethel[3], Mézières[4], la maréchaussée s’occupe particulièrement de la délinquance rurale : violences sur les grands chemins, crimes commis par des vagabonds, assemblées illicites. Elle vise les gens de guerre, s’ils commettent des délits dans leurs marches, lieux d’étape ou de séjour.


[1] Châlons-en-Champagne, commune française située actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est.

[2] Commune française située actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Ses prérogatives s’appliquent aux cas de braconnage, de contrebande, de faux-saunage[1]. A partir du milieu du XVIIIe siècle, elle s’occupe de la police des cabarets et des auberges, des foires et marchés puis, un peu après, du domaine sanitaire, en recherchant les animaux atteints de maladies susceptibles de se répandre.


[1] « Histoire. En composition. Faux-saunage, contrebande du sel qui se pratiquait, sous l’Ancien Régime, entre les provinces qui n’étaient pas assujetties à la gabelle, ou l’étaient peu, et celles qui étaient fortement imposées. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Enfin, elle gère la conservation des routes, en faisant respecter les règlements, qui limitent le nombre de chevaux attelés à des charrettes, afin de contrôler le poids de celles-ci, et veiller ainsi à ce que les routes ne soient pas abîmées. La promptitude des jugements et des sanctions est destinée à frapper l’opinion publique.

Les compagnies rencontrent un certain nombre de difficultés dans leurs missions, car les frontières qui délimitent leur zone d’action ne correspondent pas à celles de l’intendance, ce qui leur complique les choses.

A la mort de Louis XIV, le pays est en paix, et les troupes sont cantonnées essentiellement aux frontières. Une attention plus grande se porte alors sur la sécurité des campagnes : chaque chef de brigade est tenu d’aller avec ses cavaliers dans toutes les paroisses de la circonscription, qu’il doit surveiller dans un rayon de quatre à cinq lieues, de part et d’autre d’une route.


En 1716, un document[1] rapporte que, sur quatre jours, la maréchaussée de Rethel fait une tournée de Vaux-lès-Rubigny[2] jusqu’à Maranwez[3], en passant par Wadimont[4], La Hardoye[5], Rocquigny[6], Mainbressy[7], Mainbresson[8], Le Frety[9], à la recherche de soldats, cavaliers et, dragons sans congés.


[1] Procès-verbaux de tournées pour rechercher les soldats, cavaliers et dragons sans congés (1716) et correspondances sur les peines encourues pour l’acquisition ou le troc d’habits de déserteurs (1716‑1768). Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 93-100 bis [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 93‑100 bis = déserteurs 1716‑1791.]

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est, et rattachée à Rocquigny.

[6] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[7] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[8] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est, et rattachée à Rocquigny.

[9] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


A chaque étape, elle s’adresse, selon le village, au procureur d’office (Jean Legros à Vaux-lès-Rubigny), au syndic de la communauté (Jacques Deligny à Wadimont), au notaire royal (Jean Legros à La Hardoye), au maire (Pierre Filbaire[1] à Rocquigny), ou à des marchands, c’est-à-dire à des personnes capables de remarquer une présence inhabituelle.


[1] Orthographié Philbert sur certains documents.


Jusqu’en 1716, les brigades sortent à effectif complet pour une chevauchée, ce qui pose de graves problèmes d’efficacité pendant les tournées : le lieu de stationnement est complètement vide, et que les arrestations sont peu nombreuses.

C’est à partir de cette date qu’est adoptée la solution qui perdure, bien au-delà du siècle : seule la moitié des effectifs est désormais en campagne, tandis que l’autre assure la présence à la brigade, ce qui se révèle beaucoup plus efficace.


Saugrain, Guillaume. La Maréchaussée de France, ou Recueil des ordonnances, édits, déclarations, lettres patentes, arrests, règlemens et autres pièces concernant la création, établissement, fonctions, rang, séances, prééminences, droits, prérogatives et privilèges de tous les officiers et archers des maréchaussées, par G. Saugrain. Paris : H. Charpentier, 1697. In-4°, XX-1121 p. (recueil couvrant la période 1521-1696). Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-8719618, consultable en ligne sur Gallica, passim, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, F-20501.
Saugrain, Guillaume. La Maréchaussée de France, ou Recueil des ordonnances, édits, déclarations, lettres patentes, arrests, règlemens et autres pièces concernant la création, établissement, fonctions, rang, séances, prééminences, droits, prérogatives et privilèges de tous les officiers et archers des maréchaussées, par G. Saugrain. Paris : H. Charpentier, 1697. In-4°, XX-1121 p. (recueil couvrant la période 1521-1696). Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-8719618, consultable en ligne sur Gallica, passim, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, F-20501.

A partir de 1720[1], une grande réforme menée par Claude Leblanc[2], réorganise la maréchaussée en profondeur, et de façon durable, préfigurant la forme qu’elle adoptera en 1799.


[1] Luc, Jean-Noël « Chronologie sommaire de l’histoire institutionnelle de la maréchaussée et de la gendarmerie nationale (XVIIIe‑XXe siècles) », in Sociétés & Représentations, 2003/2, n° 16, pp. 36‑38, ici p. 36, consultable en ligne sur Cairn.info.

[2] Secrétaire d’Etat à la Guerre (1718-1722).


Chaque généralité[1] est désormais dotée d’une compagnie divisée en lieutenances, et comportant plusieurs brigades de cinq hommes. Cette réforme confirme certains critères d’entrée :

  • la catholicité ;
  • la moralité irréprochable (qui doit être confirmée par un prêtre, ou par une personnalité du voisinage) ;
  • un service honorable dans l’armée, au moins pendant quatre ans.

[1] « Circonscription administrative où s’exerçait la juridiction d’un bureau de trésoriers de France, et qui était placée sous la direction d’un général des finances ou, plus tard, d’un intendant. Généralité de Paris, de Moulins. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


La maréchaussée de Champagne[1] se compose de :

  • cent soixante-dix cavaliers, à la tête desquels se trouve un prévôt général ;
  • quatre lieutenances[2] (Troyes[3], Langres[4], Châlons-sur-Marne[5] et Reims[6]) ;
  • trente-quatre brigades.

[1] Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).

[2] En 1772, une cinquième lieutenance est créée à Sainte-Menehould.

[3] Commune française située actuellement dans le département de l’Aube, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département de la Haute-Marne, en région Grand Est.

[5] Lire Châlons-en-Champagne, à ne pas confondre avec Chalon-Sur-Saône, commune française située actuellement dans le département de Saône-et-Loire, en région Bourgogne-Franche-Comté.

[6] Cette lieutenance comprend huit brigades : deux à Reims, commandées respectivement par un exempt et un sous-brigadier ; une à Cormicy (à Dannevoux avant 1750) ; une à Rethel, commandée par un exempt ; une à Maubert-Fontaine (commune française actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est), commandée également par un exempt ; une à Launois (transférée à Mézières en 1750), dirigée par un brigadier ; une à Le Chesne (commune française actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est) ; et la dernière à Fismes (commune française actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est), commandée par un sous-brigadier. Cf. Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).


La maréchaussée de Champagne[1] se compose de cent soixante-dix cavaliers (à la tête desquels se trouve un prévôt général) ; quatre lieutenances[2] (Troyes[3], Langres[4], Châlons-sur-Marne[5] et Reims[6]) ; trente-quatre brigades.


[1] Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).

[2] En 1772, une cinquième lieutenance est créée à Sainte-Menehould.

[3] Commune française située actuellement dans le département de l’Aube, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département de la Haute-Marne, en région Grand Est.

[5] Lire Châlons-en-Champagne, à ne pas confondre avec Chalon-Sur-Saône, commune française située actuellement dans le département de Saône-et-Loire, en région Bourgogne-Franche-Comté.

[6] Cette lieutenance comprend huit brigades : deux à Reims, commandées respectivement par un exempt et un sous-brigadier ; une à Cormicy (à Dannevoux avant 1750) ; une à Rethel, commandée par un exempt ; une à Maubert-Fontaine (commune française actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est), commandée également par un exempt ; une à Launois (transférée à Mézières en 1750), dirigée par un brigadier ; une à Le Chesne (commune française actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est) ; et la dernière à Fismes (commune française actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est), commandée par un sous-brigadier. Cf. Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).


La brigade de Rethel est relativement ancienne, puisque des actes notariés permettent de dire qu’en 1701, l’un des archers se nomme Pierre Villain, et un greffier Jean Sonef[1], tandis qu’un document[2] de 1716 permet d’avoir une connaissance précise de tous les villages qui en dépendent.


[1] Cf. Archives départementales des Ardennes, Inventaire des archives communales anciennes de Rethel, 2024-2025, 66 p., page et vue 15/66, tapuscrit PDF non coté, consultable en ligne [D’après Pauffin, Nicolas, Inventaire des titres et renseignements qui se sont trouvés dans les armoires des archives de l’hôtel commun de cette ville de Rethel. Sa transcription a été réalisée entre avril 2024 et janvier 2025 à partir du manuscrit conservé aux archives municipales de Rethel, elles-mêmes déposées à la médiathèque-musée de L’Agora, sous la cote 1S2.]

[2] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 4, feuillet 34 [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 1‑13 = actes non judiciaires, actes administratifs : édits et ordonnances, réceptions, pièces comptables, etc.1669-1790.]


Ainsi, La Romagne[1] est décrite comme un village[2], situé sur une petite hauteur, et qui n’est traversé par aucune rivière. La commune dépend en première instance de Chaumont-Porcien[3], puis de Sainte-Menehould[4].

Il s’y exerce la haute, moyenne et basse justice, mais aucune juridiction n’y est établie. Il n’y a aucune activité commerciale, comme les foires et marchés, mais uniquement une fête patronale le 15 août.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Et une paroisse.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est.


Le village se trouve sur le chemin de traverse de Rethel à Aubenton[1], et la frontière, à proximité d’une forêt d’environ deux cents arpents.

Il dépend du district de la brigade de Rethel, qui se trouve à quatre lieues, alors qu’il faut parcourir dix lieues pour se rendre à la lieutenance de Mézières[2], et dix-huit pour atteindre la résidence du prévôt général à Châlons.


[1] Commune française située actuellement dans le département de l’Aisne, en région Hauts-de-France.

[2] Meissner, Michel, « De la maréchaussée à la gendarmerie de Mézières », in Terres ardennaises : revue d’histoire et de géographie locales, n° 92, octobre 2005, p. 21‑23, ill. en noir. Archives départementales des Ardennes, PERH97 12.


Ce document de 1716 concerne aussi Montmeillant[1], qui dépend de la brigade de Launois[2], tandis que Rocquigny est rattaché à celle de Rethel[3]. Le premier village relève de Château-Porcien, et de Sainte-Menehould, alors que le second est en instance à Rozoy-sur-Serre[4], qui a autorité sur la haute, moyenne et basse justice, et qui ressort du baillage de Rethel.


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 4, feuillet 46 [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 1‑13 = actes non judiciaires, actes administratifs : édits et ordonnances, réceptions, pièces comptables, etc.1669-1790.]

[2] Launois-sur-Vence, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 4, feuillet 58 [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 1‑13 = actes non judiciaires, actes administratifs : édits et ordonnances, réceptions, pièces comptables, etc.1669-1790.]

[4] Commune française située actuellement dans le département de l’Aisne, en région Hauts-de-France.


Montmeillant[1] a un point commun avec La Romagne, celui de n’avoir ni foire ni marché. Alors que Rocquigny célèbre le 25 juillet la Saint-Christophe, et accueille deux foires (le 2 mai et le 25 juillet), et un marché le jeudi matin.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


La situation de Montmeillant intéresse à double titre la maréchaussée, non seulement en raison de son environnement boisé[1] (quelque mille quatre cents arpents entre les bois de Montmeillant, d’Angeniville[2] et de Signy-l’Abbaye[3]), mais aussi par sa situation sur la route passagère de Rumigny[4] à Wasigny[5].

Rocquigny se trouve en plaine, dans un paysage plus dégagé, et sur le trajet qui va de Rethel à Chaumont-Porcien et Aubenton.


[1] Susceptible de cacher des individus peu recommandables, des réfractaires, des voleurs, etc.

[2] Lieu‑dit du Bois d’Angeniville, sur la commune de Signy‑l’Abbaye.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Hussard du régiment Esterhazy et gendarme, selon l’ordonnance de 1776, avec prisonnier, anonyme français, 18e siècle : peinture à l’huile sur toile ; œuvre conservée au musée de l'Armée (Paris) ; numéros d’inventaire 7556 ; Ec114, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.
Hussard du régiment Esterhazy et gendarme, selon l’ordonnance de 1776, avec prisonnier, anonyme français, 18e siècle : peinture à l’huile sur toile ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéros d’inventaire 7556 ; Ec114, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.

D’autres réformes apportent de nombreuses modifications. En 1728, une masse d’équipement, et d’habillement[1], est créée pour faire face à l’achat et l’entretien de la tenue[2].

En 1768-1769, c’est une masse de remonte[3], alimentée par l’Etat et par la généralité, qui voit le jour, même si le cavalier doit encore fournir le prix de son cheval. En compensation, il reçoit une indemnité pour l’entretien et l’équipement de sa monture.


[1] Caisse ou dotation financière destinée à couvrir les frais d’uniformes, d’armes et d’équipement des soldats.

[2] Fohrer (capitaine), « Launois-sur-Vence : une petite histoire de la gendarmerie départementale au temps de l’hôtel de la maréchaussée (1776-1851) », in Terres Ardennaises : revue d’histoire et de géographie locales, n° 69, décembre 1999, pp. 22-25, passim. Archives départementales des Ardennes, PERH97 9.

[3] « Le fait de fournir des chevaux à une unité militaire, à un haras, etc. pour augmenter leur nombre ou pour remplacer ceux qui ne peuvent plus servir ; l’ensemble de ces chevaux. Officier de remonte (anciennement). Le Service général de la remonte de l’armée française fut créé en 1831. Un cheval de remonte. La remonte de la Garde républicaine. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Plaque signalétique contemporaine indiquant l’emplacement de l'ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 3 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plaque signalétique contemporaine indiquant l’emplacement de l’ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 3 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Quant à l’armement, il est prélevé sur les magasins de l’Etat. La maréchaussée comprend toujours trente-quatre brigades, mais plus d’hommes, dont le nombre atteint deux cent deux[1].

Des réformes concernent la règlementation du service, et la discipline. En 1770, la compagnie de Champagne comprend quarante-quatre brigades, alors qu’il y en avait que trente-quatre en 1720[2].


[1] Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).

[2] Sur les effectifs de la compagnie de Champagne, Cf. Poncelet, Catherine, La maréchaussée en Champagne au XVIIIe siècle, mémoire de maîtrise, sous la direction de Yves-Marie Bercé, Reims : [s. n.], 1981, 120 p., ill. (graphiques, tables, cartes). Archives départementales des Ardennes, E/C 65.


Gendarmerie de France, auteur anonyme, 1779 : dessin à l’aquarelle et à l’encre représentant des militaires de la gendarmerie en uniforme, dans le cadre de la planche 4 de la série Uniformes militaires des troupes françaises sous Louis XVI ; œuvre conservée au musée de l'Armée ; numéros d’inventaire 10866 ; NF AR UNI, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.
Gendarmerie de France, auteur anonyme, 1779 : dessin à l’aquarelle et à l’encre représentant des militaires de la gendarmerie en uniforme, dans le cadre de la planche 4 de la série Uniformes militaires des troupes françaises sous Louis XVI ; œuvre conservée au musée de l’Armée ; numéros d’inventaire 10866 ; NF AR UNI, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.

En 1778, la militarisation de la maréchaussée se renforce, et l’esprit de corps[1] se développe. L’attitude attendue des membres de cette institution est plus précisément définie : il est nécessaire d’être de bonnes mœurs, d’adopter un comportement exemplaire, de faire preuve de tenue, d’honnêteté, et d’exactitude.

De plus, une attention particulière est portée à l’ivrognerie : la première remarque s’assortit d’un avertissement, la deuxième de la prison, la troisième d’un renvoi.


[1] Fressin, Thomas (commandant) ; Georges, Jonathan « Maillage territorial et état de la maréchaussée à la fin du XVIIIe siècle », in Les Notes du CREOGN [Centre de recherche de l’école des officiers de la gendarmerie nationale], n° 65, janvier 2022, 4 pages, consultables en ligne sur le site du CRGN [Centre de recherche de la gendarmerie nationale.]



Pistolet d’officier de maréchaussée, modèle 1770, manufacture de Charleville ; acier, fer, bois ; numéro d’inventaire 999.14.1. ; œuvre conservée au musée de l’Ardenne (Charleville-Mézières), notice descriptive consultable en ligne sur le portail MUSEAR – Les musées de Charleville‑Mézières.
Pistolet d’officier de maréchaussée, modèle 1770, manufacture de Charleville ; acier, fer, bois ; numéro d’inventaire 999.14.1. ; œuvre conservée au musée de l’Ardenne (Charleville-Mézières), notice descriptive consultable en ligne sur le portail MUSEAR – Les musées de Charleville‑Mézières.

Afin de contrôler les brigades, et leur bonne tenue, des revues sont organisées, durant lesquelles sont examinés les hommes, leurs uniformes, leurs montures, leurs armes, etc. En 1720, l’habillement, l’équipement et le harnachement de la maréchaussée était le suivant[1] :

  • un justaucorps[2] en drap « bleu-de-roi[3] », avec doublure et parements rouges ;
  • une aiguillette[4] de soie blanche[5] ;
  • un chapeau bordé d’un galon d’argent ;
  • une bandoulière de buffle[6] de quatre pouces et demi de large, bordé d’un galon d’argent ;
  • un ceinturon de buffle de deux pouces et demi de large, bordé d’un galon d’argent ;
  • un manteau bleu avec parements rouges ;
  • des bottines à bouche de cuivre ;
  • une veste de chamois[7] et une culotte de même en « drap de Sedan[8] » ;
  • des fourreaux de pistolets en drap bleu, avec un bordé et un galon de soie blanche.

Les chevaux sont alors caparaçonnés[9] avec des housses en drap bleu, avec un bordé et un galon de soie blanche. Ils doivent avoir la même taille que ceux des régiments de dragons.


[1] Tenaille-Champton, Histoire de la gendarmerie, depuis sa création jusqu’en 1790 ; accompagnée des tableaux de créations des maréchaussées à différentes époques. Paris : Anselin, 1829. XVI, 204 p. In-8. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-94733, consultable en ligne sur Gallica, page 121 et suivantes, vue 137/220 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-LF32-35.

[2] « Anciennement. Vêtement à manches et à basques, ajusté à la taille. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[3] Bleu roi.

[4] « Autrefois, cordon ferré aux deux extrémités, utilisé pour assurer la fermeture des vêtements ou comme simple ornement. Aujourd’hui. Cordon terminé par des ferrets qui sert d’ornement aux uniformes de certains militaires. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[5] Luc, Jean-Noël « Présentation. Du bon usage de l’histoire des représentations des gendarmes », in Sociétés & Représentations, n° 16, 2003/2, pp. 5-35, ici p. 6, Paris : éditions de la Sorbonne, (consultable en ligne sur Cairn.info).

[6] Faisant partie de la buffleterie, définie comme un « ensemble des bandes de buffle ou de cuir chamoisé, telles que baudrier, ceinturon, courroies et dragonnes, qui font partie de l’équipement militaire. La buffleterie blanche de la Garde républicaine, de la gendarmerie. », et, par extension, « Ensemble de tout équipement de cuir », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[7] « Spécialement. Peau de chamois, peau de cet animal ou, par extension, d’un autre animal, travaillée pour être rendue souple et moelleuse. Essuyer sa voiture avec une peau de chamois. Par métonymie. Culotte, gants, souliers de chamois. En apposition. Couleur chamois, d’un jaune clair. Une veste couleur chamois ou, elliptiquement, une veste chamois », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[8] « Sorte de drap fin qui se fabrique dans la ville de Sedan. Habit de sedan. Un beau sedan. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[9] Carapaçonner : « couvrir d’un caparaçon. Un cheval richement caparaçonné. Par extension. Péjoratif. Recouvrir entièrement. Il avait les pieds caparaçonnés dans d’épaisses chaussures. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


En 1756, les bottes molles remplacent les bottines, l’uniforme comprend désormais un surtout[1] bleu. Une cocarde noire est adoptée. Elle disparaît au profit du basin[2] blanc en 1769, année où la maréchaussée commence à porter des épaulettes, et où les cheveux doivent être attachés en queue, et maintenus par une rosette noire.


[1] « Vêtement large porté par-dessus les autres. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] « Étoffe dont la chaîne est de fil et la trame de coton. Basin uni. Un gilet, une robe de basin » ou « Étoffe damassée tissée de manière à présenter un effet de bandes longitudinales, utilisée notamment comme tissu d’ameublement. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Selon l’ordonnance du roi concernant la maréchaussée du 28 avril 1778, les culottes doivent être faites à pont-levis[1], et le portemanteau[2], être bleu, bordé d’un galon de fil blanc.


[1] « Terme de tailleur. Pont-levis, ou, plus ordinairement, pont, partie de la culotte ou du pantalon qui s’abaisse ou se lève à volonté. Pantalon à grand pont, à petit pont. », selon Littré, Émile, Dictionnaire de la langue française, Tome 3, Paris : Louis Hachette, 1873‑1874, 4 volumes, grand in-4. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-5460034 < Tome 3 >, consultable en ligne sur Gallica, page 1211, vue 1219/1408 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, FOL-X-124 (3).

[2] « Étui cylindrique en toile épaisse ou en cuir que les cavaliers attachent à leur selle, et qui peut contenir un manteau et quelques effets. Les portemanteaux, en usage dans l’armée jusqu’à la fin du XIXe siècle, sont aujourd’hui utilisés par les randonneurs à cheval. Désignait aussi autrefois une malle dans laquelle on rangeait ses vêtements. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Les soldes sont désormais payées régulièrement par trimestre, ce qui permet à chacun de s’équiper, de nourrir sa monture, de se loger. Il faut attendre les dernières années du règne de Louis XVI, pour que le logement soit fourni gratuitement par les habitants.


Les déplacements dans le rayon de la brigade donnent lieu à des décomptes de frais, comme c’est le cas pour la mission[1] dont sont chargés, le 16 août 1787, les sieurs Gillet et Crepin, respectivement brigadier et cavalier à Rethel.

Ils sont allés à Chaumont-Porcien pour prendre en charge, emmener, et constituer prisonnier, Jean Jacques Charron, accusé de mendier, et d’être sans domicile fixe, pour un coût de 15 livres pour le brigadier, et 12 pour le cavalier.


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 27 [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 25‑27 = exécutoires (1729-1790).



Registre des exécutoires de la maréchaussée de Reims (Marne). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Registre des exécutoires de la maréchaussée de Reims (Marne). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Il n’est plus question de recevoir des candidats qui ne sachent ni lire ni écrire, car toute arrestation ou information fait désormais l’objet d’un procès-verbal écrit.

Ce qui est plus important encore, c’est la multiplication des brigades, afin d’assurer un maillage plus serré, et de renforcer la surveillance. Sur tout le territoire, l’on passe au cours de ce siècle de quelque cinq cents brigades à huit cent quatre-vingts, ce qui accroît considérablement la sécurité des campagnes.


Extrait du registre des exécutoires de la maréchaussée de Reims (Marne), avec mention de la Romagne (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Extrait du registre des exécutoires de la maréchaussée de Reims (Marne), avec mention de la Romagne (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La maréchaussée, qui surveille les campagnes sous l’Ancien Régime, et les juridictions qui en dépendent, sont supprimées à la Révolution, par la loi du 16 février 1791, et remplacées par un nouveau corps : la gendarmerie nationale, qui va, comme son ancêtre, couvrir le territoire national, divisé en légions[1]. Chacune d’entre elles s’étend en principe sur le territoire de trois à quatre départements.


[1] Ou divisions.


Copie de l’acte de baptême de Jacques Taine. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Copie de l’acte de baptême de Jacques Taine. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dans cette nouvelle gendarmerie, l’on retrouve d’anciens membres de la maréchaussée, en raison du ralliement quasi-total de son personnel aux idées révolutionnaires, mais aussi d’ex-soldats porteurs d’un congé absolu[1], et munis surtout de leur précieux certificat de civisme[2].

Le plus souvent, les gendarmes sont natifs des communes avoisinant la brigade, ou issus du département. C’est en effet un atout pour la connaissance des lieux et des personnes.


[1] Dans le contexte militaire de l’Ancien Régime en France, un congé absolu désigne un laisser-passer permanent qui met fin définitivement au service actif d’un soldat ou d’un militaire, contrairement au simple congé temporaire.

[2] Document officiel instauré pendant la Révolution française, dans le contexte de la Terreur et de la guerre révolutionnaire. Il attestait qu’une personne était républicaine, fidèle à la Constitution du 24 juin 1793 et à la Nation, et qu’elle n’avait pas de comportement suspect ou contre-révolutionnaire.



Dessin du drapeau pour le corps des grenadiers de la Gendarmerie nationale, 4 octobre 1792, auteur anonyme, octobre 1792 : dessin à l’aquarelle et à l’encre noire sur papier vergé ; œuvre conservée au musée de l'Armée (Paris) ; numéro d’inventaire 04495.1586, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.
Dessin du drapeau pour le corps des grenadiers de la Gendarmerie nationale, 4 octobre 1792, auteur anonyme, octobre 1792 : dessin à l’aquarelle et à l’encre noire sur papier vergé ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéro d’inventaire 04495.1586, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.

Jusqu’à l’an V[1], la gendarmerie est subordonnée aux autorités administratives départementales, et ce, que ce soit pour le recrutement, l’organisation, le service, le logement et l’administration.

La tenue reste quasiment la même, à quelques différences près, liées au changement de régime : cocarde tricolore, grenade[2], à la place de la cocarde blanche et des fleurs de lys. Les boutons d’uniforme[3] portent la devise « Force à la loi ».


[1] Du 22 septembre 1796 au 21 septembre 1797.

[2] Ce symbole est devenu l’emblème de la gendarmerie.

[3] Fohrer (capitaine), « Launois-sur-Vence : une petite histoire de la gendarmerie départementale au temps de l’hôtel de la maréchaussée (1776-1851) », in Terres Ardennaises : revue d’histoire et de géographie locales, n° 69, décembre 1999, pp. 22-25, ici p.23. Archives départementales des Ardennes, PERH97 9.


Porche de l'ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 3 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Porche de l’ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 3 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La loi du 8 janvier 1792 stipule que, compte tenu des circonstances, des besoins indispensables du service nécessitent une augmentation provisoire des brigades. Chaque département doit avoir un minimum de quinze brigades, mais le nombre de celles-ci peut atteindre les vingt-et-une.


Tableau représentant un officier de la gendarmerie nationale, auteur anonyme, date inconnue ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.2007.02275, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.
Tableau représentant un officier de la gendarmerie nationale, auteur anonyme, date inconnue ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.2007.02275, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.

Les Ardennes, comme la Marne et l’Aisne, appartiennent alors à la 19edivision (ou légion), mais ces unités militaires changent de numérotation avec le temps, les régimes politiques, et le découpage du territoire.

Il s’y trouve deux capitaineries, en résidence à Mézières et Rethel, six lieutenances à Sedan[1], Grandpré[2], Carignan[3], Rocroi[4], Charleville[5], Attigny, et dix-huit brigades[6], soit huit officiers, dix-huit sous-officiers, et soixante-douze gendarmes.

Chaque canton ardennais est ainsi doté d’une brigade, qui peut être formée avec des surnuméraires, anciens de la maréchaussée qui y ont accompli un service actif, avant de suivre la formation de la gendarmerie nationale[7]. Ce déploiement peut s’expliquer par la situation de département frontière.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune déléguée française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est, qui a fusionné avec sa voisine Termes.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[6] Mézières ; Rethel ; Launoy ; Le Chesne ; Givet ; Philippeville ; Sedan ; Grandpré ; Carignan (anciennement Yvoi) ; Asfeld ; Rocquigny ; Rocroi ; Fumay ; Charleville ; Beaumont ; Vouziers ; Attigny et Buzancy.

[7] Loi relative à l’organisation de la gendarmerie nationale donnée à Paris le 29 avril 1792 an IV de la Liberté, article 7. [Nota bene : il s’agit de Liberté, et non de République, car l’on se réfère au début de la Révolution. En revanche, les dates après septembre 1792 sont notées An I de la République.] Archives départementales des Ardennes, L 1208 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1208 = gendarmerie, instructions, circulaires. 1791-An VII.]


Sabre d’officier de la gendarmerie à pied, France, 1793 : arme blanche réglementaire utilisée notamment par l’officier Bonnardel ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.1984.02249, note descriptive consultable en ligne sur la base de données Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.
Sabre d’officier de la gendarmerie à pied, France, 1793 : arme blanche réglementaire utilisée notamment par l’officier Bonnardel ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.1984.02249, note descriptive consultable en ligne sur la base de données Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.

Ces brigades, qu’elles soient à cheval ou à pied[1], sont établies dans tous les lieux disposant d’une administration, ou d’un tribunal de district, et sont localisées au chef-lieu du canton.

Le site précis où la gendarmerie est installée est choisi avec soin, car elle doit se trouver en un lieu de passage très fréquenté. S’il n’y a pas de grandes routes qui traversent la commune, elle s’organise autour de la place publique, afin que les gendarmes puissent à tout moment observer ce qui se passe, les voyageurs, etc.


[1] Ces dernières viennent d’être créées.


Porche et cour de l'ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 8 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Porche et cour de l’ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 8 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Plaque signalétique contemporaine indiquant l’emplacement de l’ancien logis du relais de poste à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 8 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plaque signalétique contemporaine indiquant l’emplacement de l’ancien logis du relais de poste à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 8 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.


A Launois, la gendarmerie intègre l’hôtel de la maréchaussée, bâti sous l’Ancien Régime, à proximité du relais de poste. Il convient de noter qu’au tout début de la jeune République, et pour des raisons de sécurité, des brigades provisoires sont établies dans divers lieux, comme à Wasigny, Margut[1], Neufmanil[2], Bouillon[3] et Maubert-Fontaine. Leur durée de vie est brève. Dès ses débuts, la brigade de Rocquigny[4] comprend, parmi ses effectifs :

Données extraites du Registre de la gendarmerie du département des Ardennes. Service historique de la Défense (Vincennes), fonds de l’armée de Terre, GR 28 YC 15 [série GR = Guerre et Armée de Terre ; sous-série GR YC = contrôles de la troupe ; section GR 28 YC = Gendarmerie (1792-1814).]

[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Commune francophone de Belgique, située actuellement en région wallonne, en Ardenne belge, dans la province de Luxembourg.

[4] Registre de la gendarmerie du département des Ardennes. Service historique de la Défense (Vincennes), fonds de l’armée de Terre, GR 28 YC 15 [série GR = Guerre et Armée de Terre ; sous-série GR YC = contrôles de la troupe ; section GR 28 YC = Gendarmerie (1792-1814).]


Certificat de civisme de Jacques Taine et antériorité des services. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Certificat de civisme de Jacques Taine et antériorité des services. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Quelques dossiers, ou annotations concernant ces gendarmes[1], subsistent, ce qui permet de mieux en connaître certains, et, parfois, de prendre connaissance de l’avis de leur hiérarchie, par exemple :

  • Jean Baptiste Belhommet, trente ans, mesurant cinq pieds six pouces[2], né à Montgon[3], district de Vouziers[4]. A servi dans le régiment de Flandres comme chasseur à cheval, jusqu’au 6 novembre 1788.
  • Louis Bauduin (ou Baudoin), trente ans, mesurant cinq pieds six pouces, et donc de taille réglementaire. Né à Signy-l’Abbaye, district de Charleville, il a servi dans le 72e régiment d’infanterie, du 31 août 1783 au 31 août 1791.
  • Ambroise (dit aussi Thomas François) Demacon, né à Librebois (nom républicain de Saint-Jean-aux-Bois[5]). Son certificat de civisme atteste qu’il est un républicain convaincu : « Il a montré un patriotisme parfait », selon les édiles municipaux.
  • Nicolas le Borgne, de Rubigny[6], où il a été capitaine de la garde nationale, après avoir servi plus d’une dizaine d’années dans le régiment de Bourgogne, puis trois ans dans le Royal-Champagne. Il est recommandé à l’administration par le brigadier La Ramée. Un autre document indique un autre soutien, cette fois-ci au citoyen Demacon.
  • Gérard Martin Marguet, trente-neuf ans, mesurant cinq pieds six pouces. Il est né à Romance[7], district de Rethel. Il fait partie des troupes provinciales de la généralité de Châlons de janvier 1772 au 1er mai 1787.
  • Jean-Baptiste Princiaux, vingt-sept ans, mesurant cinq pieds six pouces. Né à Corny-la-Ville[8], district de Rethel, il sert dans le régiment de La Fère[9] du 16 avril 1782 au 16 avril 1790, dont cinq ans comme grenadier. A sa sortie du régiment, et avant de s’engager comme gendarme, il exerce le métier de tisserand. A trente ans, il passe de la brigade de Rocquigny à celle de Rethel. Il a « du civisme et de la conduite », et il sait écrire. Selon son supérieur, il n’a pas encore toutes les capacités pour le poste qu’il occupe, mais il est de ceux qui peuvent les acquérir. Sa monture, un cheval de quatre ans, présente une robe de couleur bai-brun[10].
  • Jacques Taine, originaire de Rethel. Il est recruté pour remplacer Jean Baptiste Princiaux, qui change de brigade. Il intègre la garde nationale, à partir du 14 juillet 1791, et y reste jusqu’à la formation du 3e régiment de volontaires, dans lequel il est sergent-major. Son certificat de civisme est élogieux : « Il a montré le plus grand zèle pour la défense de la chose publique. » Il est recruté le 16 octobre 1792.

[1] Archives départementales des Ardennes, L 1210 et L1212 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1210 = gendarmerie, recrutement. 1791-An VII et cote L 1212 = gendarmerie, personnel, 1790-An VII.]

[2] Taille minimale requise pour être gendarme.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[6] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[7] Acy-Romance, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[8] Corny-Machéroménil, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[9] Commune française située actuellement dans le département de l’Aisne, en région Hauts-de-France.

[10] « Hippologie. Se dit d’un cheval présentant une robe noire agrémentée de zones rousses ou fauves situées autour des naseaux, sur les flancs, les grassets, les coudes, le ventre, les ars et à l’intérieur des cuisses. », selon le dictionnaire de lalanguefrancaise.com.


Nomination d’Ambroise Demacon à la brigade de Rocquigny (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Nomination d’Ambroise Demacon à la brigade de Rocquigny (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

L’administration cantonale doit fournir à chaque gendarme un logement dans la caserne de la brigade, située au chef-lieu de canton, Rocquigny à cette époque.

C’est au 1er février 1792, le lieutenant Jean Baptiste Payot[1], en résidence à la gendarmerie d’Asfeld, se rend sur ordre du capitaine à Rocquigny, qui vient d’être désigné comme lieu d’installation d’une brigade.

Après l’inspection des lieux proposés, il fait part au maire et aux officiers municipaux de l’impossibilité de loger tous les gendarmes, et leurs familles, dans un lieu propre à n’accueillir que le brigadier.


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1213, feuillet 31 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213, feuillet = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]


Plan de la maison de Rocquigny (Ardennes) demandé par le lieutenant Jean Baptiste Payot. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan de la maison de Rocquigny (Ardennes) demandé par le lieutenant Jean Baptiste Payot. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les édiles proposent alors deux maisons qui pourraient convenir, car situées sur la place du village. Le lieutenant les invite à se réunir, et à faire un plan de l’une d’entre elles. Couverte en chaume, elle comprend un rez-de-chaussée, et un grenier au-dessus, auquel l’on accède par un escalier très incommode (car situé dans l’écurie).

Cette maison est divisée en une cuisine de dix-huit pieds de long sur seize de large, une chambre, et un cabinet. Une grange est attenante à la cuisine. Cette habitation est élevée d’environ six pieds au-dessus d’une rue étroite.

Un terrain, d’environ quatre verges, peut servir de cour et le jardin : quelques arbres fruitiers y poussent. Il peut être agrandi, car les terres adjacentes appartiennent au même propriétaire.


La municipalité n’a parfois pas d’autre choix que de louer des maisons et des chambres, transformées en bureaux et logements[1], par un bail de trois, six, neuf ans, à Nicolas Gouverneur, laboureur, Pierre Foucault, laboureur, et Jean-Baptiste Bocquet.


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1209 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1209 = gendarmerie, organisation, casernements (1790- An VIII).]


Un acte notarié, passé le 22 avril 1792 devant maître Jean Baptiste Deligny, notaire à Rocquigny, en témoigne. Nicolas Gouverneur propose, pour 80 livres par an, et dans la grand-rue, une maison avec jardin, attribuée au brigadier.

Pierre Foucault, lui, loue deux chambres basses, au rez-de-chaussée, tenant à son habitation, avec le logement des chevaux, et l’aménagement d’emplacements pour leurs vivres.

Jean-Baptiste Bocquet propose deux chambres, dont l’une se situe au rez-de-chaussée, avec un cabinet ouvrant au nord. La chambre du dessus est assortie de greniers, et d’une écurie au fond de la cour, le tout pour 300 livres annuelles. Deux gendarmes y trouvent place.

Quant à ceux qui ne peuvent être logés, ils perçoivent une indemnité compensatoire, et habitent dans d’autres communes faisant partie du canton : c’est ainsi que l’un d’eux habite quelque temps à La Romagne, et un autre à Montmeillant.


Un autre exemple de cette difficulté à loger les gendarmes concerne, une fois encore, la mairie de Rocquigny, comme le révèle un document daté du deuxième jour[1] supplémentaire de l’an IV[2].

A ce moment-là, la commune ne dispose pas de bâtiments, si ce n’est le presbytère, qui est offert à un gendarme. Or, cette maison est occupée par le citoyen Bernard, curé de la paroisse.

La municipalité décide alors d’informer ce citoyen particulier qu’il est tenu d’évacuer le lieu dans les deux jours qui suivent la notification de la décision[3].


[1] Le calendrier républicain français, instauré pendant la Révolution (à partir de 1793), remplace la semaine par des décades de dix jours. Chaque mois compte trois décades, soit trente jours, et l’année est composée de douze mois, totalisant trois cent soixante jours. Pour compléter l’année solaire (environ trois cent soixante-cinq jours et un quart), l’on ajoute cinq jours supplémentaires (ou six les années bissextiles). Ces jours, d’abord appelés sans-culottides, sont ensuite nommés jours complémentaires. Chacun de ces jours revêt une signification particulière. Le deuxième jour (duodi) est ainsi appelé le jour du génie.

[2] Soit le 18 septembre 1796.

[3] Archives départementales des Ardennes, L 1336 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales ; cotes L 1336-1337 = canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819.]



Recommandation pour le citoyen Le Borgne par le brigadier La Ramée. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Recommandation pour le citoyen Le Borgne par le brigadier La Ramée. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Il se plie à cette contrainte, sans s’y opposer dans un premier temps. Il trouve refuge auprès d’une âme charitable, qui l’héberge durant de nombreux mois : il n’a aucun autre lieu où s’installer.

Cette expulsion, conduite un peu trop rapidement, et apparemment sans protestation initiale de la part de l’expulsé, donne lieu par la suite à des réclamations du citoyen Bernard, à partir de l’an VI[1], pour plusieurs raisons.

Il rappelle que la maison, avec son écurie, son jardin, son grenier, et sa cour, est occupée depuis le 29 vendémiaire de l’an V[2] par les citoyens La Ramée et Taine, exceptés un local et le bûcher, qui sont destinés à l’administration, et à la tenue de séances (ou réunions).


[1] Du 22 septembre 1797 au 21 septembre 1798.

[2] Le 20 octobre 1796.


Confirmation de son intégration dans la brigade de Rocquigny (Ardennes) par Jacques Taine. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Confirmation de son intégration dans la brigade de Rocquigny (Ardennes) par Jacques Taine. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Or, ce que l’administration communale ignorait, ou a feint d’ignorer, lors de la réquisition, c’est que le citoyen curé Bernard s’était porté acquéreur de la maison curiale, et de ses dépendances, et qu’il en était propriétaire, suivant la loi, depuis le 9 messidor de l’an IV[1].


[1] Le 27 juin 1796.


En outre, il demande des réparations, pour certaines parties de sa propriété, après la constatation, par deux experts[1], des dégradations importantes concernant l’écurie[2], les portes de la cour, le clos et les palissades.


[1] Ce sont des charpentiers, l’un de Libre-Bois (nom républicain de Saint-Jean-aux-Bois), l’autre de Rocquigny.

[2] Qui menace de s’écrouler.


Le 21 floréal an VI[1], il demande à être indemnisé pour la location des lieux de vie, occupés par les citoyens gendarmes : jusqu’à ce jour, le montant du loyer n’a jamais été fixé, et aucun paiement ne lui a donc été versé.

Incapable dans ces conditions de s’acquitter de ses impôts, le citoyen se trouve dans une situation délicate, et ce, d’autant plus qu’il doit solder en entier son acquisition de sa maison de curé.


[1] Le 10 mai 1798.


Façade du bâtiment de la gendarmerie nationale de Château-Porcien (Ardennes), carte postale ancienne en noir et blanc avec au verso un cachet de la poste du 29 juillet 1928 (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).
Façade du bâtiment de la gendarmerie nationale de Château-Porcien (Ardennes), carte postale ancienne en noir et blanc avec au verso un cachet de la poste du 29 juillet 1928 (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).

La solution à ce conflit se trouve dans la décision prise en thermidor de l’an VI[1] par le chef du 31e escadron de gendarmerie, en résidence à Mézières : il est convaincu que la brigade de Rocquigny ne dispose pas de l’emplacement suffisant pour un établissement définitif, et donne un avis favorable pour son déplacement à Château-Porcien.

Et c’est bel et bien ce qui se passe quelques années plus tard : la brigade de Rocquigny est transférée à Château-Porcien, à partir de vendémiaire an VI[2]. Par la suite, elle est supprimée, et remplacée par celle de Chaumont-Porcien, conformément au nouveau découpage en cantons du département.


[1] Du 19 juillet au 17 août 1798.

[2] Du 22 septembre au 21 octobre 1797.


Façade du bâtiment de la gendarmerie nationale de Chaumont-Porcien (Ardennes), carte postale ancienne en noir et blanc avec un cachet de la poste au verso du 21 septembre 1930 (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).
Façade du bâtiment de la gendarmerie nationale de Chaumont-Porcien (Ardennes), carte postale ancienne en noir et blanc avec un cachet de la poste au verso du 21 septembre 1930 (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).

Au-delà de l’aspect strictement réglementaire, l’administration municipale de Château-Porcien n’a pas manqué de mettre en avant ses atouts[1] :

  • des emplacements commodes pour loger une brigade (deux maisons, dites des garçons et des filles) ;
  • un remaniement des espaces avec des cloisons, pour créer des places nouvelles
  • L’engagement que les travaux (enduit, blanchiment des murs, etc.) seront finis en vendémiaire an VII[2].
  • une population importante (quatre cents feux, soit deux mille habitants) ;
  • un sol qui peut fournir des vivres pour les hommes et les chevaux.
  • la position favorable du village, qui rapproche les gendarmes de la brigade de Rethel, et leur donne une place au centre des cantons d’Asfeld[3], Sévigny[4], Rocquigny, Wasigny, tout en permettant la surveillance des foires et des marchés.

[1] Archives départementales des Ardennes, L 1213, feuillet 39 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213 = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]

[2] Entre le 22 septembre et le 21 octobre 1798.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Dès que ce choix est entériné, les logements sont préparés pour accueillir la brigade, mais celle-ci se montre récalcitrante, prétextant tout d’abord qu’elle n’a pas reçu l’ordre du ministre de la Guerre, puis qu’elle ne compte de toute façon pas se déplacer en hiver.

Le citoyen Bernard, qui avait placé tous ses espoirs dans ce départ, craint de ne plus pouvoir réintégrer sa maison, et fait appel encore une fois à l’administration municipale de Rocquigny, pour que le départ de la brigade se fasse dans les plus brefs délais.

Cette dernière reconnaît les droits de ce citoyen[1]. Elle propose que, dans l’attente que les gendarmes quittent les logements, il doit rentrer en jouissance de la partie qui ne peut être occupée par la gendarmerie. Il a donc fallu plusieurs années à ce citoyen, soucieux de respecter la loi, pour recouvrir son bien.


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1213, feuillet 36 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213 = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]


Dans d’autres cas, si aucun accord ne peut s’établir entre les habitants et la municipalité, celle-ci doit réquisitionner des locaux. Cela donne parfois lieu à quelque scène cocasse, comme à Wasigny, où le citoyen Hachon refuse catégoriquement, malgré l’ordre de la mairie, de loger un gendarme.

Par conséquent, cet habitant s’enferme chez lui, laissant, sur la place du village, un homme affligé, avec la voiture qui transporte son mobilier. Le soir venant, et la situation étant toujours bloquée, ce dernier n’a d’autre solution que de trouver refuge à l’auberge[1]. Le document s’arrêtant à ce point, et appartenant à une liasse incomplète, il revient au lecteur d’imaginer la suite de cet incident…


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1207 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1207 = levée de volontaires nationaux (1791- An III).]


L’administration passe des contrats de fourniture, le plus souvent avec des cultivateurs de la localité, ce qui apporte à ces derniers des bénéfices substantiels. En plus du logement, elle se doit en effet d’assurer l’approvisionnement quotidien des brigades :

  • une livre et demie de pain ;
  • une demi-livre de viande ;
  • une once de lait
  • un pot de cidre ;
  • six centièmes d’une corde de bois[1] en hiver, et un douzième de centième en été ;
  • des fourrages (paille, deux boisseaux d’avoine, et divers végétaux par animal[2]).

[1] « Anciennement. Quantité déterminée de bois de chauffage qu’on mesurait avec une corde. À Paris, la corde de bois équivalait à 3,8 stères. Bois de corde, vendu à la corde et non par fagot. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Archives départementales des Ardennes, L 1208 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1208 = gendarmerie, instructions, circulaires. 1791-An VII.]


Il est possible de suivre les dépenses de cette brigade lors d’une tournée pour retrouver des réfractaires, effectuée du 30 messidor an VII au 9 thermidor suivant[1].


[1] Soit du 18 au 27 juillet 1799.


Données extraites des archives départementales des Ardennes, L 1337 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales ; cotes L 1336-1337 = canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819.] [Nota bene : seule une partie des fournisseurs est indiquée à titre d’exemple).]

Le montant total s’élève à 1082,92 francs. Ces longues tournées entraînent des frais importants, qui pèsent sur les parents solvables qui, dans ce cas, doivent participer pour la somme de 34,50 francs, tandis que les insolvables s’acquittent d’une somme moindre, complétée par la contribution de la commune. La fourniture de la subsistance des gendarmes, et de leurs chevaux, peut être l’objet d’adjudications[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1336 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales ; cotes L 1336-1337 = canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819.]


Certificat de la perte de sa monture à Rocquigny (Ardennes) par le brigadier La Ramée. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Certificat de la perte de sa monture à Rocquigny (Ardennes) par le brigadier La Ramée. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La période de 1792 à 1795 est particulièrement difficile, en raison des événements intérieurs et extérieurs, au point que les gendarmes se trouvent assez souvent dans un certain état de misère : Ils ne parviennent pas toujours à obtenir les rations nécessaires, ni pour leurs montures, ni pour eux-mêmes.


C’est probablement en partie pour cette raison que quelques habitants de Vaux-lès-Rubigny se battent avec les gendarmes de la brigade de Rocquigny, qui attendent leur ravitaillement depuis quelques jours. Même si n’est certainement pas la seule explication qui vaille.

Au départ, le citoyen Mezeau, cultivateur dans la commune ci-dessus dénommée, avait été réquisitionné par l’agent municipal, pour aller aux magasins militaires de Rethel, afin d’y charger les rations nécessaires à la brigade.


Or comme, quelques jours plus tard, cette mission n’est toujours pas accomplie, l’agent municipal décide de faire loger, et nourrir, quelques gendarmes de la brigade de Rocquigny chez cet habitant récalcitrant, et ce, jusqu’à ce que le voiturage soit effectué.

Ce cultivateur refuse toujours d’obtempérer. Il ne reste plus à l’agent municipal d’autre solution que d’emmener les gendarmes à l’auberge, de recommander à l’aubergiste de bien les traiter, et de leur offrir à boire et à manger.

La boisson est-elle trop généreusement versée, ou les esprits se sont-ils échauffés ? C’est ce que l’on peut penser, pour expliquer les événements qui suivent. Alors qu’il est vingt-deux heures, les gendarmes sont invités à quitter l’auberge, mais il n’est pas question de rentrer à Rocquigny après cet échec. Ils se dirigent donc vers la maison de Mezeau, pour y dormir coûte que coûte.


Certificat de civisme d’Ambroise Demacon. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Certificat de civisme d’Ambroise Demacon. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Mais celui-ci n’a pas changé d’avis, et il ne veut toujours pas les recevoir. Selon les dires des gendarmes, il se met à les injurier. Une bagarre s’ensuit, à laquelle se mêlent quelques voisins et parents. L’agitation est à son comble, lorsque les gendarmes prennent fait et cause pour l’un des leurs (Ambroise Demacon), qui vient d’être blessé à coups de fourche et de faux.

Il semble que les protagonistes aient rendu coup pour coup. Le lendemain, deux officiers de santé (Louis-Lambert Marache, de Rocquigny, et Nicolas Joseph Douce, de Rozoy-sur-Serre) examinent Mezeau et Ambroise Demacon. Ils dressent la liste des blessures et ecchymoses, qui nécessitent pour l’un et l’autre plusieurs semaines de convalescence.


L’affaire est grave : à la suite de l’enquête de Montain Macquart, juge de paix du canton, trois des gendarmes sont arrêtés par deux de leurs collègues, puis incarcérés à Rethel, avant d’être poursuivis pour violences, et « maltraitements[1] » avec effusion de sang.

Après le jugement rendu par le tribunal correctionnel, ces trois hommes réintègrent leur brigade, ce qui en dit long sur ces périodes troublées[2], la violence ambiante, et la qualité relative du recrutement.


[1] « Action de maltraiter, mauvais traitement. » selon Littré, Émile, Dictionnaire de la langue française, Tome 3, Paris : Louis Hachette, 1873‑1874, 4 volumes, grand in-4. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-5460034 < Tome 3 >, consultable en ligne sur Gallica, page 412, vue 420/1408 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, FOL-X-124 (3).

[2] Archives départementales des Ardennes, 7 L 1-154 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles 1 L 1-75 à 79 L 1-4 = archives judiciaires, cotes 7 L 1-154 = tribunal correctionnel de Rethel. An III-1806.]


Plaque d’uniforme de gendarme, auteur anonyme, 1795 : plaquette (médaille) ; œuvre conservée au musée Carnavalet (Paris) ; numéro d’inventaire ND2408, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.
Plaque d’uniforme de gendarme, auteur anonyme, 1795 : plaquette (médaille) ; œuvre conservée au musée Carnavalet (Paris) ; numéro d’inventaire ND2408, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.

Cette brigade intervient, un dimanche, contre Pierre Linsart, un cultivateur âgé de trente-deux ans, lors d’une danse publique dans la commune voisine de Maranwez.

Le prévenu est en état d’ébriété, et profère injures et outrages envers la gendarmerie nationale, traitant les gendarmes de « flambeaux de guillotine », ce dont il ne se souvient pas lorsqu’il est interrogé.

Néanmoins, il est conduit et enfermé à la maison d’arrêt de Charleville, d’où il est extrait le 25 prairial An VII[1], pour être jugé par le juge du canton de Signy-Librecy[2], qui le condamne à trois jours de prison, plus l’équivalent de trois jours de travail en argent[3].


[1] 13 juin 1799.

[2] Dénomination de la commune de Signy-l’Abbaye durant la Convention.

[3] Archives départementales des Ardennes, 4 L 281 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles 1 L 1-75 à 79 L 1-4 = archives judiciaires ; cotes 4 L 1-303 = tribunal correctionnel de Charleville. An III-an X.]


Compte tenu de l’époque, les tâches des gendarmes sont multiples. En dehors des affaires de vols, et de coups et blessures, ils ont pour mission d’amener un justiciable devant le juge de paix, comme ils le font avec Jacques Lantenois[1], un manouvrier de Montmeillant. C’est une affaire peu banale qui anime la commune ce jour-là.


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1213 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213 = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]


Une procédure ouverte le 2 prairial an IV[1] oppose une habitante de Rocquigny à un gendarme de la brigade, pour mauvais traitements exercés par ce dernier.

Le gendarme n’est autre que Jacques Taine, et les témoins de cet incident sur la place du village sont une petite dizaine, dont Pierre Foucault, laboureur, Pierre Dautreque, Catherine Gosset, Suzanne Foucault, etc.


[1] 21 mai 1796.


Tout commence, vers les dix heures du matin, par une querelle entre la femme Poncelet, et la femme du gendarme. Elles s’empoignent par les cheveux.

Un témoin raconte alors qu’un homme, en uniforme de gendarme, et armé d’un bâton ou d’un sabre, s’est mis à frapper une des femmes à terre, et affirme avoir reconnu la femme Poncelet, et ajoute qu’elle était blessée à la tête.

Un deuxième témoin confirme que la victime était couverte de sang. Selon un autre encore, le gendarme aurait pris sa femme par le bras, et l’aurait reconduite chez eux.


Le citoyen Louis Lambert Marache, officier de santé demeurant à Rocquigny, est mandaté par le juge de paix, Montain Macquart, pour examiner les blessures de la femme du citoyen Poncelet, le menuisier du village.

Il observe que, dans la partie supérieure et externe de l’os frontal, se trouve une plaie allant jusqu’au crâne. Il note également des contusions au visage, notamment sur les deux pommettes.

Les deux femmes comparaissent, par la suite, devant le juge de paix mais, par manque de documents, le contenu de la décision du tribunal n’est pas connu, ni les poursuites et les décisions prises à l’encontre du gendarme par sa hiérarchie[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, 7 L 90, pièces 11 et 12 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles 1L 1-7 5 à 79 L 1-4 = archives judiciaires, cotes 7 L 1-154 = tribunal correctionnel de Rethel. An III-1806.]


Une mission, assez semblable, est celle de la recherche de conscrits déserteurs. L’une d’elles les entraîne à Mainbressy, Rubigny, Wadimont, Saint-Jean-aux-Bois, Mainbresson, Vaux-lès-Rubigny et La Hardoye. Pour cela, les gendarmes de plusieurs brigades se regroupent, pour pouvoir aller perquisitionner sans crainte.


Ils le font lors des recherches entreprises, tant au Souberteau[1], pour retrouver un volontaire du 3e bataillon du Loiret[2], qu’à Chaumont-Porcien, pour enquêter sur le meunier du moulin à vent, soupçonné d’abriter des jeunes gens de Rocquigny et d’autres villages. L’information ne semble pas très fiable, car une seule arrestation a lieu.


[1] Ecart de Saint-Jean-aux-Bois.

[2] Archives départementales des Ardennes, L 1213 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213 = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]


Néanmoins, ce déploiement a une certaine répercussion sur la population, puisque six familles de conscrits se présentent spontanément aux gendarmes, pour promettre que leurs garçons se rendront dès le lendemain à Mézières. Cette opération a nécessité l’intervention de quatre brigades : Rethel, Château-Porcien, Rocquigny et Launois[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1209 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1209 = gendarmerie, organisation, casernements (1790- An VIII).]


Une autre affaire concerne les Fondys (commune de Givron[1]). Les gendarmes s’y rendent pour arrêter deux habitants, soupçonnés d’être les auteurs de l’assassinat de Jean-Baptiste Créqui, et de sa femme Marie-Anne Pagnier[2], commis dans la nuit du 7 au 8 fructidor an IX[3].


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Procès-verbal de gendarmerie relatif à Pierre et Jean Cherry de Givron, recherchés pour meurtre, et Jacques Cherry, réquisitionnaire (an IX). Archives départementales des Ardennes, 1 J 86, [série J = documents entrés par voies extraordinaires : dons, legs, achats, dépôts ; sous-série 1 J = pièces et dossiers isolés, petits fonds (série ouverte) ; cote 1 J 86 = documents relatifs au Rethélois (don de M. Lefranc, janvier 1951, entrées 163 et 164) ; documents n° 2 = pièces de procédure et divers.]

[3] Du 25 août au 26 août 1801.



Premier feuillet du compte rendu d’une tournée à la recherche de soldats réquisitionnaires ou conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Premier feuillet du compte rendu d’une tournée à la recherche de soldats réquisitionnaires ou conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A cette occasion, ils tombent fortuitement sur un réquisitionnaire, qui n’est pas en règle pour ses papiers militaires. Quoique porteur d’attestations de maladie et d’infirmités, il n’a pas son certificat de congé définitif. Il est arrêté et conduit, de brigade en brigade, jusqu’à Mézières.


Second feuillet du compte rendu d’une tournée à la recherche de soldats réquisitionnaires ou conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Second feuillet du compte rendu d’une tournée à la recherche de soldats réquisitionnaires ou conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Une autre fois, les gendarmes de Rocquigny, qui sont désormais en résidence à Château-Porcien, se rendent à La Verrerie (hameau de Rocquigny) au domicile de Bertauld (mais parfois appelé Bertrand) Baudrillart, au sujet de son fils Antoine[1].

Ils fouillent la maison, et finissent par le découvrir dans un grenier, caché sous un tas de linge sale. Le père explique alors au brigadier La Ramée que son fils n’est pas réquisitionnaire, mais conscrit, et qu’il est revenu à cause de ses pieds gelés par l’effet d’un hiver rigoureux.

Et il ajoute que ce dernier est revenu chez ses parents pour se procurer un peu d’argent, et pouvoir acheter des habits pour se couvrir. Or, il n’a plus rien. Antoine est arrêté et conduit, tout d’abord à la prison de Rethel, avant de rejoindre celle de Mézières.


[1] Procès Bertaud Baudrillart de Rocquigny, recélant son fils conscrit (an VII). Archives départementales des Ardennes, 1 J 86 [série J = documents entrés par voies extraordinaires : dons, legs, achats, dépôts ; sous-série 1 J = pièces et dossiers isolés, petits fonds (série ouverte) ; cote 1 J 86 = documents relatifs au Rethélois (don de M. Lefranc, janvier 1951, entrées 163 et 164) ; documents n° 2 = pièces de procédure et divers.]


Procès-verbaux de recherche de réquisitionnaires et de conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. [Nota bene : le papier est rongé par l’encre ferrogallique.]
Procès-verbaux de recherche de réquisitionnaires et de conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. [Nota bene : le papier est rongé par l’encre ferrogallique.]

A cet égard, en dehors de la brigade de gendarmerie, chaque canton se doit d’avoir sa prison municipale située, si cela est possible, dans des bâtiments communaux. Ainsi, l’administration de l’époque a estimé que, dans l’une des tours de l’église de Rocquigny, il y avait lieu d’y faire une prison assez convenable[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1336 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales ; cotes L 1336-1337 = canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819.]


De 1791 à 1799, la gendarmerie manque de moyens, et de personnel, pour pouvoir faire face aux désordres intérieurs (générés par les changements de régimes), et les guerres extérieures.

C’est avec le coup d’Etat du 18 et 19 brumaire an VIII[1] que Bonaparte, désormais Premier Consul, prend des mesures pour renforcer cette institution, et assurer une plus grande sécurité intérieure.

Lors de la réforme du découpage du département des Ardennes en cantons, et de la suppression de celui de Rocquigny, la brigade de Château-Porcien subsistera. Cependant, Chaumont-Porcien, nouveau chef-lieu de canton, sera à terme doté d’une brigade chargée de couvrir les villages de son ressort.


[1] Samedi 9 et dimanche 10 novembre 1799.


La longue et lente évolution, de la maréchaussée à la gendarmerie nationale, illustre la volonté constante de l’État de maintenir l’ordre dans des campagnes souvent isolées, et des territoires fragiles, confrontés à la délinquance, aux conscrits récalcitrants et aux troubles sociaux.

De la surveillance des gens de guerre, à partir de François Ier, à la gendarmerie républicaine, chaque réforme a cherché à concilier discipline militaire, efficacité de la surveillance, et connaissance du terrain, tout en adaptant les effectifs, les équipements et les uniformes aux exigences du service.


Malgré les crises révolutionnaires, et les contraintes financières, la gendarmerie a su s’ancrer dans le tissu communal, assurant à la fois la sécurité des individus et la continuité de l’autorité publique, préparant ainsi le modèle moderne de la gendarmerie nationale.


Façade principale du musée de la Gendarmerie (Melun), et grenade. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Façade principale du musée de la Gendarmerie (Melun), et grenade. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

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Gabrielle Gillet, mère de l’aviateur Jean Mermoz : de La Romagne à Rocquigny, une vie entre bois et château



La vie de Jean Mermoz (1901-1936) est très connue des Français. Aviateur pionnier de l’Aéropostale[1], célèbre pour ses vols audacieux entre la France et l’Amérique du Sud, il a marqué l’histoire de l’aviation, notamment lors de la traversée des Andes. Disparu au cours d’un vol le 7 décembre 1936, il est considéré comme un héros national.


[1] Compagnie générale aéropostale sous sa forme longue.



Il laisse un vif souvenir dans les Ardennes, ayant passé une partie de son enfance chez ses grands-parents à Mainbressy[1]. Adulte, il a souvent rendu visite à sa mère, Gabrielle Gillet, dite « Mangaby », à Rocquigny[2]. Aujourd’hui, l’association Racines de Jean Mermoz entretient sa mémoire dans les Ardennes.


[1] Commune située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.



Il est en revanche peu connu que la bâtisse surnommée localement « château Mermoz » a été achetée en même que des bois de La Romagne par la mère du pilote.



Lorsque madame Gillet[1] fait l’acquisition, auprès de madame Destrez Jourdain, de biens divers après le décès de son mari, Emile Destrez[2], l’acte de vente signé le 19 août 1935 en présence d’un notaire établi à Paris[3], maître Trimoulet[4], comprend pour elle l’achat de quelques hectares de bois situés à La Romagne.


[1] Madame Gillet, divorcée de Jules Mermoz, est la mère de l’aviateur Jean Mermoz. Elle est nommée ainsi dans tous les actes notariés, et c’est donc par convention cette dénomination qui a été privilégiée. Il est cependant à noter qu’elle est souvent présentée dans les journaux sous le nom de madame Gillet, madame Gillet Mermoz, madame Mermoz. Dans le recensement de Rocquigny de 1936, elle est dénommée Madame Mermoz. Mais elle apparait sous le nom de madame Gillet Mermoz dans celui de 1946.

[2] En 1934 à Rocquigny.

[3] Actuellement, chef-lieu de la région Île-de-France et siège de la Métropole du Grand Paris.

[4] Etude située à l’époque au 6, rue de Miromesnil 78008 Paris. Archives notariales déposées actuellement à la SCP (Société civile professionnelle) « Fabrice Luzu, Julien Trokiner, Sébastien Wolf, Virginie Jacquet, Thibault Egret, Marion Jourdan et Claude-Aliénor Renault », ayant pour nom commercial DixSept68 Notaires, située au 29, rue de la Bienfaisance 75008 Paris.


Un second acquéreur, Auguste Lehmann, négociant parisien en immeubles, achète quelques parcelles situées dans ce village, les plus importantes relevant des terroirs de Lalobbe[1] et de Montmeillant[2]. Son but est uniquement commercial, et il ne cache pas son intention de les revendre.


[1] Commune située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Autrefois, une haie touffue encerclait le château de Rocquigny (Ardennes), formant un mur végétal. Cette barrière naturelle, aujourd’hui disparue, demeure visible sur cette source iconographique, témoin d’un paysage transformé. Archives départementales des Ardennes, 8Fi 8 [série Fi = documents figurés et assimilés entrés par voie extraordinaire, sous-série 8Fi = cartes postales], carte postale ancienne en noir et blanc consultable en ligne.
Autrefois, une haie touffue encerclait le château de Rocquigny (Ardennes), formant un mur végétal. Cette barrière naturelle, aujourd’hui disparue, demeure visible sur cette source iconographique, témoin d’un paysage transformé. Archives départementales des Ardennes, 8Fi 8 [série Fi = documents figurés et assimilés entrés par voie extraordinaire, sous-série 8Fi = cartes postales], carte postale ancienne en noir et blanc consultable en ligne.

D’après un acte de vente du 27 février 1922[1] par-devant maître Tison[2], notaire à Chaumont-Porcien[3], ces bois ont été acquis initialement par Emile Destrez (ancien capitaine d’artillerie de réserve exerçant la profession d’agent d’assurances), et sa femme née Pauline Marie Jourdain (déjà propriétaire du château de Rocquigny).


[1] Archives départementales des Ardennes, 4Q 3148 [série Q = domaines, enregistrement, hypothèques, sous-série 4Q = hypothèques, depuis l’époque révolutionnaire], transcription en date du 24 mars 1922, volume 71, n° 5.

[2] Archives notariales déposées actuellement à l’étude de maître Sophie Collet Monod 1, place de l’hôtel de ville 08460 Signy-l’Abbaye (Ardennes). Cet office notarial regroupe les anciennes études de Signy-l’Abbaye, Chaumont-Porcien, Poix-Terron, Château-Porcien, Launois-sur-Vence, Wasigny, Sévigny-Waleppe et Rocquigny.

[3] Commune située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Ils ont eu recours à un mandataire[1], qui les a mis en contact avec Marie Catherine Tonnelier, veuve de François Alfred Merlin[2], et madame Gilbert, veuve de Charles Paul Adrien Merlin[3]. Toutes deux résident à Paris et sont propriétaires de ces biens à La Romagne.


[1] « Personne chargée d’un mandat, d’une procuration, d’une mission lui permettant d’agir au nom d’une autre, appelée mandant. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] François Alfred Merlin (fils de Jean Baptiste Merlin et de Sidonie Leclère, tous deux nés respectivement à La Romagne et Warnécourt, et morts à La Romagne), naît le 3 décembre 1855 à La Romagne. Il est propriétaire rentier, marié le 3 avril 1880 à Chaumont-Porcien avec Marie Catherine Tonnelier, née le 4 août 1860 à Rocquigny.

[3] Charles Paul Adrien Merlin (fils de François Alfred Merlin et de Marie Catherine Tonnelier) est né le 21 novembre 1881 à Warnécourt (Ardennes). Il se marie le 17 janvier 1906 à Brienne-sur-Aisne (Ardennes) avec Marguerite Stéphanie Gilbert, née le 19 mars 1887 à Brienne-sur-Aisne. Il décède à Dugny-sur-Meuse (Meuse).


Madame Gillet se porte acquéreur de plusieurs hectares sur le terroir de La Romagne :

  • un hectare situé, d’après le contrat de vente du 27 février 1922, aux Houis, section B, numéros des parcelles 379, 380, 381, 382. Selon les documents du notaire et de la conservation des hypothèques, ces bois seraient cependant plutôt situés à la Cense Longue Vallée[1] pour deux hectares soixante ares et six centiares, cadastrés section B, n° des parcelles 379p, 3798, 3808, et 3816.
  • Un hectare trente-quatre ares au même terroir, lieu-dit du Beauchamp, près de l’ancien chemin de La Romagne à Saint-Jean-aux-Bois, section B, numéros des parcelles 247, 247b, 548.
  • Un hectare dix-huit ares soixante-dix centiares, même terroir, au lieu-dit l’Epine, section C, n° de parcelle 368 sur le cadastre.

[1] Lire probablement Cense Longueval.


Ces immeubles[1] proviennent de plusieurs successions issues de celle de Sidonie Merlin[2] :

  • Paul Merlin[3] est héritier de la première moitié. A son décès, son seul ayant-droit est son neveu Charles Paul Adrien Merlin Gilbert. Ce dernier, mort pour la France comme sous-lieutenant au 7e régiment d’infanterie le 12 juillet 1916, laisse son héritage à son épouse survivante, et légataire universelle, aux termes d’un testament olographe[4].
  • François Alfred Merlin Tonnelier est héritier de l’autre moitié. Il décède à Reims le 1er septembre 1906. Son épouse survivante, Catherine Tonnelier, a pour seul héritier son fils Charles Paul Adrien Merlin. Ce dernier est en communauté de biens avec Marguerite Stéphanie Gilbert, son épouse survivante.

[1] « Se dit d’un bien qui, par nature, ne peut être transporté d’un lieu à un autre. Assurer tous ses biens meubles et immeubles. Les fonds de terre et les bâtiments sont immeubles par nature. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Epouse de Jean Baptiste Merlin.

[3] Paul Merlin, fils de Jean Baptiste Merlin et de Sidonie Leclère, est né le 30 juillet 1846 à La Romagne.

[4] « Se dit d’un document entièrement écrit de la main de son auteur. Testament olographe, écrit, daté et signé par le testateur lui-même. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Cette plaque de la rue Jean Mermoz à Rocquigny (Ardennes) rend hommage à l’aviateur français, figure emblématique de l’Aéropostale, disparu en mer en 1936. Prise de vue effectuée le mercredi 18 décembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Cette plaque de la rue Jean Mermoz à Rocquigny (Ardennes) rend hommage à l’aviateur français, figure emblématique de l’Aéropostale, disparu en mer en 1936. Prise de vue effectuée le mercredi 18 décembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Lorsque Gabrielle Gillet Mermoz les achète, ces bois ne sont plus qu’à l’état de taillis, par suite de leur exploitation. Elle les conserve une quinzaine d’années, avant de les revendre en 1948 au médecin de Chaumont-Porcien de l’époque.

Ce serait peut-être un premier signe qu’elle souhaite rompre avec sa vie ardennaise, et se consacrer encore davantage aux œuvres en souvenir de son fils. Elle aurait sans doute éprouvé l’envie, en résidant à Paris[1], d’être plus proche d’instances officielles, capables de soutenir son action depuis la capitale.


[1] Son appartement est sis 2, square des Aliscamps 75016 Paris.



Lors de cette acquisition de bois à La Romagne, madame Gillet devient, par le même acte notarié, propriétaire du château de Rocquigny. Les articles de la presse locale, des ouï-dire, les bulletins municipaux de Rocquigny, et même un rapport de gendarmerie de la brigade de Chaumont-Porcien en date du 5 octobre 1944[1] affirment tous que l’aviateur Jean Mermoz aurait acheté à sa mère divers biens, dont une demeure sise à Rocquigny appelée « château ».


[1] « C’est en 1934 que Jean Mermoz achète la propriété de Rocquigny (le château) et y installe sa mère. » Ministère des ArméesService historique de la Défense (SHD), GD/8/E/226, archives de la Gendarmerie : compagnies et brigades : unités départementales des Ardennes (1917-1950) ; Brigade territoriale de Chaumont-Porcien (section de Rethel) : registre de correspondance confidentielle au départ (R/4), 1942-1946.


Acte de la vente du château de Rocquigny (Ardennes) le 19 août 1935 par madame Pauline Jourdain à madame Gabrielle Gillet.
Acte de la vente du château de Rocquigny (Ardennes) le 19 août 1935 par madame Pauline Jourdain à madame Gabrielle Gillet.

L’acte notarié actant la vente du bâtiment est cependant formel : daté du 19 août 1935, établi auprès de son notaire parisien[1], et signalé dans un registre de la conservation des hypothèques[2] de Rethel, il mentionne uniquement « madame Gabrielle Georgette Gillet sans profession acquéreur ici présente et qui accepte ». De fait, aucune phrase de cet acte ne laisse apparaître le nom de son fils, qui n’a donc pas acheté ce bien pour sa mère, comme l’affirme l’opinion publique.


[1] Maître Trimoulet. Etude située à l’époque 6, rue de Miromesnil 78008 Paris. Archives notariales déposées actuellement à la SCP (Société civile professionnelle) « Fabrice Luzu, Julien Trokiner, Sébastien Wolf, Virginie Jacquet, Thibault Egret, Marion Jourdan et Claude-Aliénor Renault », ayant pour nom commercial DixSept68 Notaires, située au 29, rue de la Bienfaisance 75008 Paris.

[2] Archives départementales des Ardennes, 4Q 3471 394 [série Q = domaines, enregistrement, hypothèques, sous-série 4Q = hypothèques, depuis l’époque révolutionnaire.]


La charpente du château de Rocquigny (Ardennes), visible dans la grande salle du deuxième étage, est composée de poutres massives assemblées selon des techniques traditionnelles. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 18 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
La charpente du château de Rocquigny (Ardennes), visible dans la grande salle du deuxième étage, est composée de poutres massives assemblées selon des techniques traditionnelles. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 18 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Ce château est une bâtisse carrée de deux étages, surmontés de combles. Il est construit sur une cave, dont les aérations et les soupiraux disposés régulièrement au ras du sol assurent une ventilation pour lutter contre l’humidité. Celle-ci est due à la fois au climat et à la proximité d’un petit ruisseau, dont les débordements provoquent quelques montées d’eau visibles sur les murs[1]. Un trottoir de briques, parfois dissimulé par de grandes herbes, en fait le tour.


[1] Rocquigny (Ardennes), maître d’ouvrage ; EURL (Entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée) « Eric Pallot architectes » (architectes du patrimoine), maître d’œuvre, Ardennes : Rocquigny – 08200 : étude de diagnostic pour la réhabilitation et l’aménagement du château Mermoz en musée et centre d’accueil, Noisy-Le-Grand (Seine-Saint-Denis) : Eric Pallot architectes, décembre 2022, [non paginé]. Nota bene : ce document dactylographié, produit à l’intention d’un public restreint, en dehors des circuits commerciaux de l’édition et de la diffusion, relève de la « littérature grise ». Entré en possession de l’auteure, il constitue un appui à la recherche historique en tant que source primaire, mais ne peut être cité directement en l’état pour des raisons de confidentialité.



Le bâtiment, entièrement réalisé en briques, et présentant sur ses deux façades, orientées est et ouest, l’inscription 1727 en fer forgé, interroge sur cette datation. Est-ce une allusion à l’année de sa construction (ou reconstruction), voire de son achèvement ? Peu d’indications permettent de répondre à ces questions. Néanmoins, des traces d’un ancien château, cerné de fossés, subsisteraient, et auraient été identifiées lors d’études récentes[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, 8J 20 [série J = documents entrés par voies extraordinaires : dons, legs, achats, dépôts ; sous-série 8J = collection Hemmerlé ; cote 8J 20 = liste des châteaux et maisons fortes des Ardennes.] Voir aussi l’étude de diagnostic pour la réhabilitation et l’aménagement du château Mermoz en musée et centre d’accueil, citée supra.


Des ancres de tirants de formes diverses (croix de Saint-André ou esses[1]) assurent le maintien des murs. Cet édifice est doté de nombreuses ouvertures : vingt et une fenêtres et portes sont déjà répertoriées dans un document[2] du XIXe siècle utilisé pour la perception des impôts[3].


[1] « Objet, crochet, agrafe en forme de S. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROCQUIGNY/G 3 [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROCQUIGNY = fonds concernant Rocquigny ; série G = cadastre ; sous-série G 3 = propriétés bâties et non bâties : état de sections.]

[3] L’impôt sur les portes et fenêtres est fondé sur le nombre des ouvertures des bâtiments. Introduit par la loi du 4 frimaire an VII (24 novembre 1798), il est resté en place jusqu’en 1926 et a donc été appliqué au château de Rocquigny.



Une porte à double battant marque l’entrée principale à l’est, tandis qu’une porte, simple et symétrique, correspond à la sortie côté jardin. Les fenêtres, protégées par des volets récemment refaits[1], sont identiques sur la façade principale : quatre pour le rez de chaussée, et trois pour le premier étage. Les fenêtres de toit en chien-assis[2] sont au nombre de deux, tandis que des vasistas disposés sur la toiture éclairent le second étage et les combles.


[1] A la suite du rachat par la commune.

[2] « Lucarne verticale construite en avancée sur le toit pour éclairer une mansarde. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.



Les fenêtres sont disposées symétriquement, et l’encadrement en briques se termine par un voûtain[1] faiblement arrondi. Placées les unes au-dessus des autres, les trois fenêtres centrales du premier étage ont des dimensions égales. La symétrie s’arrête là, puisque cet étage prend la lumière par des fenêtres ouvrant sur la façade sud pour certaines chambres. Les battants sont à grands carreaux.


[1] « Portion de voûte délimitée par les arêtes ou les nervures. », selon le Trésor de la langue française informatisé.


A l’arrière, les ouvertures sont de tailles différentes, les grandes fenêtres semblent plus étroites, et un peu plus hautes que celles de la façade est. Le vitrage, disparate, est constitué de grands ou de petits carreaux.



Le toit en ardoise est très pentu, et dominé par quatre grandes cheminées en pierre, qui présentent des chaperons[1] en brique[2]. Cette toiture arbore un faîtage[3] décoratif en zinc, avec des épis[4] qui ont été ajoutés lors des réfections effectuées postérieurement à 1905.


[1] « Partie supérieure d’un mur de clôture auquel on a donné la forme d’un toit pour faciliter l’écoulement des eaux. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Voir l’étude de diagnostic pour la réhabilitation et l’aménagement du château Mermoz en musée et centre d’accueil, citée supra.

[3] « Assemblage de tuiles faîtières, de feuilles de plomb ou de zinc, qui couvre et protège l’arête supérieure d’un toit. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[4] Voir l’étude de diagnostic pour la réhabilitation et l’aménagement du château Mermoz en musée et centre d’accueil, citée supra.


L'effacement des armoiries sur la façade est du château de Rocquigny (Ardennes) rend difficile leur identification et leur rattachement à une famille précise. Le passage du temps, l'usure des matériaux et l'exposition aux intempéries ont contribué à l'altération de ces éléments héraldiques, laissant des traces vagues et indistinctes. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 18 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
L’effacement des armoiries sur la façade est du château de Rocquigny (Ardennes) rend difficile leur identification et leur rattachement à une famille précise. Le passage du temps, l’usure des matériaux et l’exposition aux intempéries ont contribué à l’altération de ces éléments héraldiques, laissant des traces vagues et indistinctes. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 18 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Trois marches donnent accès à la porte d’entrée, dont le linteau[1] est en pierre de taille, tout comme celui de la porte arrière et des appuis des fenêtres. Le linteau à l’est est surmonté de deux arcs en brique, à l’intérieur desquels subsistent deux médaillons, où sont sculptées des armoiries, rongées par le temps, et donc non identifiables.


[1] « Traverse horizontale reposant sur deux points d’appui au-dessus d’une ouverture, d’une baie, pour soutenir la maçonnerie. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Les arbres dénudés, alourdis par l’enneigement, encadrent la silhouette du château de Wasigny (Ardennes). Archives départementales des Ardennes, 8Fi 11 [série Fi = documents figurés et assimilés entrés par voie extraordinaire, sous-série 8Fi = cartes postales], carte postale ancienne en noir et blanc consultable en ligne.
Les arbres dénudés, alourdis par l’enneigement, encadrent la silhouette du château de Wasigny (Ardennes). Archives départementales des Ardennes, 8Fi 11 [série Fi = documents figurés et assimilés entrés par voie extraordinaire, sous-série 8Fi = cartes postales], carte postale ancienne en noir et blanc consultable en ligne.

Ces dernières pourraient dater de 1579[1] (date gravée), et faire allusion aux précédents propriétaires : la famille de La Chevardière. L’étude de diagnostic[2] souligne une grande ressemblance avec le château de Wasigny[3], en ce qui concerne le logis, à l’exception de la tourelle[4]. Dans ce cas, l’hypothèse d’une reconstruction, et non d’une construction totalement nouvelle, pourrait être émise, et ce d’autant plus que Charles Hemmerlé la qualifie d’édifice de style Louis XIII[5].


[1] Voir l’étude de diagnostic pour la réhabilitation et l’aménagement du château Mermoz en musée et centre d’accueil, citée supra.

[2] Citée supra.

[3] Commune située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] « Petite tour faisant partie d’un château, d’un édifice et, spécialement, qui se présente en encorbellement sur une façade ou à l’angle de ce château, de cet édifice. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[5] Archives départementales des Ardennes, 8J 20 [série J = documents entrés par voies extraordinaires : dons, legs, achats, dépôts ; sous-série 8J = collection Hemmerlé ; cote 8J 20 = liste des châteaux et maisons fortes des Ardennes.]



Les façades ouvrent sur d’immenses terrains (presque deux hectares), qui ont été en leur temps des jardins d’agrément à l’avant, et des jardins (potager et fruitier) à l’arrière.



Sur la droite du bâtiment principal, se trouve une aile assez longue, dont l’utilisation a été diverse selon les propriétaires, et qui a subi d’innombrables transformations. On peut les remarquer dans l’utilisation de matériaux divers (reprise côté nord du mur avec des parpaings ; pans de bois comblés avec des briques et du bardage[1]), tandis que la tourelle carrée (au sud) occupait probablement l’espace de l’ancien pigeonnier.


[1] « Enceinte de planches protégeant un ouvrage d’art. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Un carrelage quadrilobé et fleurdelysé au motif complexe, à la fois géométrique et floral, orne le sol du couloir d’entrée et d’une partie de la salle à manger, qui communique avec le petit salon, à droite de l’entrée, au rez-de-chaussée du château de Rocquigny (Ardennes). Cette décoration au sol, résistante et décorative, témoigne d’un époque où l’esthétique et le confort se mêlaient dans les choix architecturaux. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 18 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Un carrelage quadrilobé et fleurdelysé au motif complexe, à la fois géométrique et floral, orne le sol du couloir d’entrée et d’une partie de la salle à manger, qui communique avec le petit salon, à droite de l’entrée, au rez-de-chaussée du château de Rocquigny (Ardennes). Cette décoration au sol, résistante et décorative, témoigne d’un époque où l’esthétique et le confort se mêlaient dans les choix architecturaux. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 18 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La propriété, telle que l’achète en 1935 madame Gillet, est décrite dans l’acte notarié, et dans celui du registre des hypothèques, comme un ensemble comprenant une maison d’habitation, de grands communs et des jardins.


Petit salon à droite de l'entrée, communiquant avec la salle à manger, au rez-de-chaussée du château de Rocquigny (Ardennes). De grandes fenêtres offrent une vue dégagée sur la rue de La Bauve de l'Isle, tout en offrant un aperçu de l’ancien jardin qui orne la façade est. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 18 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Petit salon à droite de l’entrée, communiquant avec la salle à manger, au rez-de-chaussée du château de Rocquigny (Ardennes). De grandes fenêtres offrent une vue dégagée sur la rue de La Bauve de l’Isle, tout en offrant un aperçu de l’ancien jardin qui orne la façade est. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 18 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dès que l’on pénètre par trois marches à l’intérieur, un couloir central carrelé relie les quatre pièces du rez-de-chaussée. A droite, la première est parquetée, la deuxième au fond est une salle à manger avec une grande cheminée. Le sol se compose d’un rectangle, imitant un tapis rectangulaire, entouré d’une large bande en carreaux, identiques à ceux du vestibule.


Fabriqué dans un matériau robuste et durable,  l'évier de pierre, situé dans une zone pratique du château de Rocquigny (Ardennes), est utilisé notamment pour laver les légumes du jardin potager. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le samedi 23 novembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Fabriqué dans un matériau robuste et durable,  l’évier de pierre, situé dans une zone pratique du château de Rocquigny (Ardennes), est utilisé notamment pour laver les légumes du jardin potager. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le samedi 23 novembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Cette pièce communique avec l’office. A côté de ce dernier, se trouvent un débarras, un évier en pierre, et un W.-C. probablement destiné au personnel. Au fond du couloir, à droite et en partie sous l’escalier on a deux petits débarras et les escaliers menant à la cave. Une porte arrière communique par trois marches également avec les jardins.


La cuisinière, en fonte ou en métal, permet de préparer les repas dans la cuisine, tandis que le ballon d’eau chaude assure l'approvisionnement en eau pour la cuisine et la salle de bains, offrant ainsi un certain confort moderne au château de Rocquigny (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le samedi 23 novembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
La cuisinière, en fonte ou en métal, permet de préparer les repas dans la cuisine, tandis que le ballon d’eau chaude assure l’approvisionnement en eau pour la cuisine et la salle de bains, offrant ainsi un certain confort moderne au château de Rocquigny (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le samedi 23 novembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le premier étage, qui compte cinq pièces (selon le descriptif de la transcription de l’acte de vente de 1935 à la conservation des hypothèques[1]) est celui des chambres, dont certaines sont dotées de cheminées. On retrouve la même disposition qu’au rez-de- chaussée, avec un couloir central, sauf pour l’une des chambres, qui a été réduite pour laisser place à une salle de bains, et à un cabinet de toilette.


[1] Archives départementales des Ardennes, 4Q 3471 394 [série Q = domaines, enregistrement, hypothèques, sous-série 4Q = hypothèques, depuis l’époque révolutionnaire.]



Le second étage, en lambris[1] avec fenêtres, est composé d’un grenier et de combles au-dessus, auxquels on a accès par un escalier de meunier[2].


[1] « Revêtement de bois, de marbre, de stuc, ornant les murs d’une salle, d’une chambre, d’une galerie. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Ou échelle de meunier, dispositif prévu pour un encombrement réduit au sol, et se caractérisant par une pente plus raide qu’un autre type d’escalier.



Les grands communs attenant au logis, avec un bâtiment lui aussi en brique, et couvert en ardoise, comprennent une cuisine, un atelier, un garage pour automobile avec fosse, une grande remise, deux bûchers, une buanderie, un grand grenier sur le tout.


Deux jardins donnant sur la grande rue, séparés par une allée de sapins, prennent entrée sur la place, le pré, les vergers. Ils sont clos sur le derrière, traversés par un ruisseau, le tout d’un seul tenant et d’une superficie d’un hectare quatre-vingt-trois ares quatre-vingt-treize centiares cadastré au lieu-dit du Village, section E, parcelles n° 301, 311, 313, 314, 315.

Ce domaine tient à ce moment-là, du levant à monsieur Dizy, madame Blatié et plusieurs autres personnes, du couchant à messieurs Guillaume, Boudsocq, madame Blatié, en direction de la place et de la ruelle des Crolys, du midi à la Grande Rue, et du nord à la ruelle des Crolys.


Acte de la vente du château de Rocquigny (Ardennes) les 29 juillet et 27 août 1953 par le mandataire de madame Gabrielle Gillet à monsieur André Blatié.
Acte de la vente du château de Rocquigny (Ardennes) les 29 juillet et 27 août 1953 par le mandataire de madame Gabrielle Gillet à monsieur André Blatié.

Une « vente par madame Gabrielle Gillet à monsieur André Blatié[1] », par l’intermédiaire d’un mandataire, établie les 29 juillet et 27 août 1953 par l’étude de maître Yves de Saint-Gilles, permet par son descriptif de mesurer toutes les améliorations qui ont été apportées en quelque dix-sept années[2].


[1] Archives notariales déposées actuellement à l’étude de maître Sophie Collet Monod 1, place de l’hôtel de ville 08460 Signy-l’Abbaye (Ardennes). Cet office notarial regroupe les anciennes études de Signy-l’Abbaye, Chaumont-Porcien, Poix-Terron, Château-Porcien, Launois-sur-Vence, Wasigny, Sévigny-Waleppe et Rocquigny.

[2] Archives départementales des Ardennes, 4Q 7857 653 n° 56 [série Q = domaines, enregistrement, hypothèques, sous-série 4Q = hypothèques, depuis l’époque révolutionnaire.]


Dans le salon, au rez-de-chaussée du château de Rocquigny (Ardennes), à gauche de l'entrée, se trouve une fontaine décorative et commémorative dédiée à Jean Mermoz. Cette fontaine rend hommage à l'aviateur français et figure emblématique de l'Aéropostale. Placée dans cet espace de réception, elle incarne un souvenir marquant. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 18 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Dans le salon, au rez-de-chaussée du château de Rocquigny (Ardennes), à gauche de l’entrée, se trouve une fontaine décorative et commémorative dédiée à Jean Mermoz. Cette fontaine rend hommage à l’aviateur français et figure emblématique de l’Aéropostale. Placée dans cet espace de réception, elle incarne un souvenir marquant. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 18 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les quatre pièces du rez-de-chaussée sont devenues, à gauche, un vestibule et une petite pièce servant de bar. Après la disparition de l’aviateur Jean Mermoz, ce vestibule devient une sorte de sanctuaire dédié à sa mémoire, dans lequel une fontaine lumineuse évoque les éléments (eau et air) qu’il affrontait lors de ses vols. A droite, se trouvent le salon et la salle à manger, cette dernière communiquant avec la cuisine. Dans cette pièce sont installées une cuisinière et une chaudière pour le chauffage central, et un système d’eau sous pression.


Le premier étage, avec son couloir central, ne comporte plus que quatre pièces, mais est doté d’une salle de bain et d’un W.-C. tous deux desservis par un petit couloir qui s’insère entre deux chambres à gauche et un cabinet de toilette au bout du grand couloir. Les communs sont à peu près à l’identique, sinon qu’un pressoir à pommes est signalé, et que le grenier a été réduit pour laisser la place à trois chambres.



Les chambres de part et d'autre du couloir central au premier étage du château de Rocquigny (Ardennes) sont équipées d’un système électrique innovant pour l'époque. Ce dernier comprend des interrupteurs, des prises et des fils dissimulés sous des baguettes, installées autour des portes. Cette technologie, avant-gardiste pour son temps, témoigne du souci de confort et de modernité. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 18 octobre 2024. Crédits photographiques : Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Les chambres de part et d’autre du couloir central au premier étage du château de Rocquigny (Ardennes) sont équipées d’un système électrique innovant pour l’époque. Ce dernier comprend des interrupteurs, des prises et des fils dissimulés sous des baguettes, installées autour des portes. Cette technologie, avant-gardiste pour son temps, témoigne du souci de confort et de modernité. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 18 octobre 2024. Crédits photographiques : Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

L’électricité, installée dans tout l’immeuble, est à l’état neuf lors de la vente en 1953. Cette dernière précise que l’ensemble est alors entièrement clos, avec portes sur la rue et la place, pour la même superficie que celle indiquée dans le précédent acte.


Quant aux parcs, pelouses, bosquets et jardins autour de la propriété, ils sont traversés par une « rivière[1] ».


[1] Tel que cité dans le document. En réalité le ruisseau Chantraine, l’un des huit tronçons affluents référencés de la Malacquise (ou Hurtaut).



André Blatié, cultivateur à Rocquigny et acquéreur de ce bien, ne l’a jamais habité, ni véritablement entretenu, si bien qu’en quelque cinquante ans le château a subi de nombreuses dégradations. Celles-ci sont actées à partir de 1957 : les beaux arbres, buis, etc. sont abattus. Les parterres non entretenus disparaissent, puisque l’utilisation du domaine par son propriétaire change de vocation. La gentilhommière cède la place à une exploitation agricole, où les vaches paissent dans l’ancien parc du château. Après le décès de cet exploitant, la mairie rachète ce lieu et finance des réparations urgentes et indispensables.


Plaque de la rue de La Bauve de l'Isle, du nom de la famille qui fut longtemps propriétaire du château de Rocquigny (Ardennes). Cette dénomination rend hommage à l’influence et à l’ancrage historique de cette lignée dans la région. Témoignage du passé du domaine, elle perpétue le souvenir de ceux qui ont marqué l’histoire locale. Photographie en couleurs, prise de vue effectuées le mercredi 18 décembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plaque de la rue de La Bauve de l’Isle, du nom de la famille qui fut longtemps propriétaire du château de Rocquigny (Ardennes). Cette dénomination rend hommage à l’influence et à l’ancrage historique de cette lignée dans la région. Témoignage du passé du domaine, elle perpétue le souvenir de ceux qui ont marqué l’histoire locale. Photographie en couleurs, prise de vue effectuées le mercredi 18 décembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Jusqu’en 1843, le château est la propriété des descendants en ligne directe de Louis Robert de La Bauve, marié à Marguerite Béchet (1689-1761)[1].

Né vers 1654, Louis Robert, fils de Louis de La Bauve[2] et de Marie des Portes, est écuyer, seigneur de Jumont. Il est lieutenant-colonel au régiment Bonnelles dragons, maître de camps des armées du roi, chevalier de l’ordre du Saint-Esprit[3]. Il décède à Rocquigny le 29 août 1734[4]. Il est certainement à l’initiative de l’édification de ce château.


[1] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROCQUIGNY/E 6 [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROCQUIGNY = fonds concernant Rocquigny ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures, sous-série E 6 = années 1713-1722 [Note : 1713-1720 : minute et grosse], page non paginée, vue 73/108, consultable en ligne.

[2] Louis de la Bauve et Marie des Portes sont mariés à Villefranche-sur-Meuse, aujourd’hui Saulmory-Villefranche (Meuse), vers 1653. Ils se fixent probablement à cette époque en Champagne. Voir Archives départementales des Ardennes, PERH2 13, Bossu, Louis, « La famille des Portes », in Laurent, Paul (1860-1935). Directeur de publication, Revue historique ardennaise, Paris : A. Picard et fils, 1894-1914, 21 volumes, bimestriel, tome treizième année, 1906, pp. 5-35, pages 19 et 20, vues 13/194 et suivante, consultables en ligne. [Nota bene : ce périodique bimestriel édité entre 1894 et 1914 est un titre mort. Il ne saurait être confondu avec la Revue historique ardennaise publiée depuis 1969 à Charleville-Mézières par la Fédération des sociétés savantes des Ardennes, la Société d’études ardennaises (devenue la Société d’histoire des Ardennes) et la Société d’histoire et d’archéologie du Sedanais].

[3] Ordre très prestigieux de la monarchie française, fondé en 1578.

[4] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROCQUIGNY/E 8 [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROCQUIGNY = fonds concernant Rocquigny ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures, sous-série E 8 = années 1733-1742, page non paginée, vue 18/96, consultable en ligne.


Né le 25 et baptisé le 26 mars 1725[1] à Rocquigny, son fils Louis Dieudonné Robert de la Bove en hérite. Capitaine des dragons du régiment d’Aubigné, chevalier de Saint-Louis, il se marie le 25 février 1746 à Mézières avec Marie Suzanne Lesueur de Sernicourt (1723 -1781). L’acte de mariage de son fils Louis François de La Bauve[2] précise qu’il se trouve en 1781 au régiment de Custine dragons.


[1] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROCQUIGNY/E 7 [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROCQUIGNY = fonds concernant Rocquigny ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures, sous-série E 7 = années 1722-1780, page non paginée, vue 14/82, consultable en ligne.

[2] Archives départementales de la Marne, 2 E 534/134, registres paroissiaux, paroisse Saint-Pierre de Reims, baptêmes, mariages, sépultures 1778-1781 ;1783-1784, [folio 21 verso], vue 176/312, consultable en ligne. [Nota bene : le folio 21 recto semble ne pas avoir été numérisé.]


Né le 9 juillet 1751 à Rocquigny[1], ce dernier, garde du roi, fils des précédents et seigneur de Jumont et Sernicourt, en est ensuite le propriétaire. De fait de la paroisse de Saint-Nizier de Troyes mais de droit de celle de Rocquigny[2], Il épouse à vingt-neuf ans, dans l’église de la paroisse Saint-Pierre de Reims, à la suite d’une dispense de bans[3], Joséphine Angélique Lespagnol de Bezannes[4], qui décède le 8 mars 1830 à Rocquigny[5].


[1] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROCQUIGNY/E 9 [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROCQUIGNY = fonds concernant Rocquigny ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures, sous-série E 9 = années 1743-1752, page non paginée, vue 73/87, consultable en ligne.

[2] Archives départementales de la Marne, 2 E 534/134, registres paroissiaux, paroisse Saint-Pierre de Reims, baptêmes, mariages, sépultures 1778-1781 ;1783-1784, [folio 21 verso], vue 176/312, consultable en ligne. [Nota bene : le folio 21 recto semble ne pas avoir été numérisé.]

[3] Accordée par monseigneur l’archevêque de Reims le 31 mai 1781.

[4] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-12775, Du Pin de la Guérivière, E., « [Les ascendants maternels du bienheureux Jean-Baptiste de la Salle] : chapitre VIII : généalogie de la famille Lespagnol : origine du nom », in Frémont, Léon (imprimeur-typographe). Directeur de publication, Revue de Champagne et de Brie : histoire, biographie, archéologie, documents inédits, bibliographie, beaux-arts, Paris : H. Menu, 1876-1901, Arcis-sur-Aube : Léon Frémont, imprimeur-éditeur, place de la Halle, 1900, trente-huit volumes, vingt-cinquième année, deuxième série, tome douzième, pp. 738-759, page 751, vue 759/984, consultable en ligne sur Gallica, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque municipale de Châlons-en-Champagne, 2013-352967.

[5] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROCQUIGNY/E 26 [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROCQUIGNY = fonds concernant Rocquigny ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, sous-série E 26 = décès, table décennale des années 1823-1832, page non paginée, vue 57/83, consultable en ligne.


Inscrit sur la liste des émigrés[1] lors de la Révolution, il en est rayé par un acte d’amnistie[2]. Il revient alors vivre dans son château natal. Maréchal des logis dans la garde du roi à la compagnie Noailles (vers 1814), chevalier de Saint-Louis[3], il devient maire de Rocquigny de 1816 à 1826. Il décède le 26 septembre 1826 dans la commune.


[1] Archives départementales des Ardennes, Q 619 [série Q = domaines, enregistrement, hypothèques depuis 1790, fonds Q 1-832 = état des fonds ayant subi des pertes en 1940, articles Q 469-832 = administration du séquestre des biens nationaux, documents Q 613-660 : liste générale des émigrés (collection incomplète) et suppléments à la liste générale des émigrés. 1793-an VIII.]

[2] Archives départementales des Ardennes, Q 625 [série Q = domaines, enregistrement, hypothèques depuis 1790, fonds Q 1-832 = état des fonds ayant subi des pertes en 1940, articles Q 469-832 = administration du séquestre des biens nationaux, documents Q 613-660 : liste générale des émigrés (collection incomplète) et suppléments à la liste générale des émigrés. 1793-an VIII.], radiation par acte d’amnistie à la suite de la délivrance le 28 thermidor an X (16 août 1802) d’un certificat par le ministère de la justice et le préfet.

[3] Distingué le 1er juin 1814 par le roi Louis XVIII selon la Base de données – Ordre de Saint-Louis, site consacré aux membres de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis nommés durant la Restauration, de 1814 à 1830. [Nota bene : ce recensement « a pour but de mettre à la disposition des chercheurs une base de données et des renseignements établis sur la base de recherches sur l’ordre de Saint-Louis, menées par une historienne spécialisée dans les ordres et décorations. Ce site est un site indépendant de tout association, institution ou organisme officiel ».]


Né le 8 septembre 1782 à Rocquigny, son fils Louis Félix de La Bauve de L’Isle[1] est baptisé le 10 du même mois[2]. Il épouse à Chapois (Jura) le 11 avril 1814[3] Julie Françoise Isabelle Charlot de Princey[4], née le 25 janvier 1774 à Salins[5], et qui décède le 30 octobre 1817 à Chapois[6]. Ce drame se passe quelques semaines après la naissance le 18 août 1817[7] (et la mort quasi simultanée[8]) de leur premier enfant, une petite fille nommée Sophie Julie Félicie Labove de Lille.


[1] Archives départementales des Ardennes, E 257 [série E = seigneuries, familles, état civil, notaires, articles E 207-647 = papiers de familles], famille de la Bove de l’Isle. 1773-an VI.

[2] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROCQUIGNY/E 12 [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROCQUIGNY = fonds concernant Rocquigny ; série E = registres paroissiaux et d’état civil, baptêmes, mariages, sépultures, sous-série E 12 = années 1773-1782 ; 1790], page non paginée, vue 125/128, consultable en ligne.

[3] Archives départementales du Jura, 3E/2404 [série E = féodalité, communes, bourgeoisie, familles, notaires, état civil ; sous-série 3E = registres paroissiaux et d’état civil (fonds du greffe des tribunaux) 1533-1922], commune de Chapois (Jura), naissances, mariages, décès, publications de mariage, 1813-1822. Nota bene : manquent les publications de mariage pour la période 1816-1817], page non paginée, média 134/237, consultable en ligne.

[4] Comme il est courant à cette époque, l’orthographe des patronymes est très fluctuante. On peut ainsi trouver Charlet, Charlot, Charelot, Princé, etc.

[5] Actuellement Salins-les-Bains, commune située dans le département du Jura, en région Bourgogne – Franche-Comté.

[6] Archives départementales du Jura, Qp 1620, déclaration de succession de madame Julie Françoise Charlot de Princé, le 1er avril 1818, bureau de l’enregistrement de Champagnole (Jura).

[7] Archives départementales du Jura, 3E/2404 [série E = féodalité, communes, bourgeoisie, familles, notaires, état civil ; sous-série 3E = registres paroissiaux et d’état civil (fonds du greffe des tribunaux) 1533-1922], commune de Chapois (Jura), naissances, mariages, décès, publications de mariage, 1813-1822. Nota bene : manquent les publications de mariage pour la période 1816-1817], page non paginée, média 41/237, consultable en ligne.

[8] Archives départementales du Jura, 3E/2404 [série E = féodalité, communes, bourgeoisie, familles, notaires, état civil ; sous-série 3E = registres paroissiaux et d’état civil (fonds du greffe des tribunaux) 1533-1922], commune de Chapois (Jura), naissances, mariages, décès, publications de mariage, 1813-1822. Nota bene : manquent les publications de mariage pour la période 1816-1817], page non paginée, média 203/237, consultable en ligne.


Rentier, maire de la commune de Chapois en 1817, inventeur de matériel agricole, dont une « machine destinée à la séparation du grain d’avec la paille[1] » ou « modèle à égrener le blé[2] », il est un homme préoccupé par le progrès.


[1] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-84, Loos, Philippe Werner (1754-1819). Directeur de publication, Archives des découvertes et des inventions nouvelles faites dans les sciences, les arts et les manufactures, tant en France que dans les pays étrangers pendant l’année…, Paris : Treuttel et Würtz, 1809- [circa 1842], annuel, 31 volumes, [année 1828 ; édition de 1829], page 504, vue 507/601, consultable en ligne sur Gallica.

[2] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-7363, Société royale d’agriculture (France), Mémoires d’agriculture, d’économie rurale et domestique, Paris : Buisson, 1785-1872, trimestriel (1785-1791) puis annuel (parfois 2 ou 3 volumes par an) (1800-1872), année 1830, première partie, page XXVI, vue 48/838, consultable en ligne sur Gallica, texte reproduit d’après l’original de l’Académie d’Agriculture de France, 2010-53013.


En 1835, le cadastre[1] de Rocquigny permet de repérer que ce Louis Felix Labove y est encore propriétaire de trois maisons et du château, ainsi que de terres (prés, jardins, vergers). Cela contredit totalement l’information erronée véhiculée dans certains documents tels que des articles ou des brochures, selon laquelle le château aurait été vendu en 1826.


[1] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROCQUIGNY/G 3 [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/ROCQUIGNY = fonds concernant Rocquigny ; série G = cadastre ; sous-série G 3 = propriétés bâties et non bâties : état de sections.]


Louis Felix Labove de Lille, âgé d’une soixantaine d’années, décède le 9 septembre 1843[1], sans aucun héritier direct. Ainsi s’éteint la branche ardennaise de la famille Labove de Lille, détentrice du château de Rocquigny. C’est la dernière fois que ce dernier est transmis par héritage dans cette famille.


[1] Archives départementales du Jura, 3E/2407 [série E = féodalité, communes, bourgeoisie, familles, notaires, état civil ; sous-série 3E = registres paroissiaux et d’état civil (fonds du greffe des tribunaux) 1533-1922], commune de Chapois (Jura), naissances, mariages, décès, publications de mariage, 1840-1846, page non paginée, média 165/186, consultable en ligne.


Par un premier testament[1], déposé auprès de maître Chauvin, notaire d’Arbois (Jura), il institue, comme légataires, des parents au 7e degré, dont certains sont originaires de l’Aisne (Rozoy-sur-Serre, Iviers, Laon, etc.), et d’autres d’Indre-et-Loire. Ces derniers ont choisi de vendre par adjudication la demeure. Deux notaires, maître Locar (notaire à Rocquigny) et maître Pottier (notaire à Chaumont-Porcien) en réalisent la vente[2]. Ces actes, dont le contenu est cité par d’autres documents, n’ont pas pu être trouvés dans l’état actuel de la recherche.


[1] Archives départementales du Jura, Qp 1634, déclarations de succession de monsieur Louis Félix Labove de Lille, du 1er mars et du 7 mars, bureau de l’enregistrement de Champagnole (Jura).

[2] Archives départementales des Ardennes, 4Q 3471 394 [série Q = domaines, enregistrement, hypothèques, sous-série 4Q = hypothèques, depuis l’époque révolutionnaire.]


Par un second testament, déposé auprès du même notaire le 4 septembre 1843[1], il se montre philanthrope à l’égard de l’Eglise et de son village du Jura, en consentant plusieurs legs[2], destinés à instruire en particulier les enfants.


[1] Archives départementales du Jura, 4E 50/36 [série E = seigneuries, familles, état civil ; sous-série 4E = minutes et répertoires des actes des notaires du Jura.]

[2] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-111, Bulletin des lois du royaume de France [devenu Bulletin des lois de la République française], Paris : Imprimerie royale [devenue Imprimerie nationale des lois], [1794]-1931, neuvième série, règne de Louis-Philippe Ier, roi des Français, partie supplémentaire, tome vingt-huitième, contenant les ordonnances d’intérêt local ou particulier publiées pendant le 2e semestre 1845, n° 793 à 820, 1846, page 632, vue 662/908, consultable en ligne sur Gallica.



Le château connaît de 1844 jusqu’en 1935 de nouveaux propriétaires, tous descendants directs du couple formé par Nicolas Emmanuel Destrez et sa femme Marguerite Hortense Gérardin.

Nicolas Emmanuel Destrez naît le 13 floréal an VII[1] à Doumely[2] (Ardennes) et décède à Rocquigny le 26 février 1874, âgé de soixante-seize ans. Il est notaire et, durant une certaine période, maire du village. Son épouse, Marguerite Hortense Gérardin, naît vers 1808, et décède à Rocquigny le 9 mars 1906. Leur mariage est célébré le 10 décembre 1828 à Auvillers[3] (Ardennes).


[1] 2 mai 1799.

[2] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/DOUMELY/E 13 [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série EDEPOT/DOUMELY = fonds concernant Doumely ; série E = seigneuries, familles, état civil, notaires ; sous-série E 13 = registre de naissances des années 1793-an X], page non paginée, vue 37/54, consultable en ligne.

[3] Actuellement Auvillers-les-Forges, commune située dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Leur fils Arille Destrez naît le 28 février 1836. Il est avoué au tribunal civil de première instance de la Seine, mais aussi rentier. Il épouse le 21 juin 1864 à Paris Victoria Elisa Blancard[1]. De leur union naît Ernest Emile Destrez. Alors qu’Arille est le seul héritier de sa mère, sa femme (après avoir été séparée de biens de son mari) fait l’acquisition du château auprès de sa belle-mère pour le prix de 18 000 francs, à la condition que cette dernière y reste jusqu’à sa mort.


[1] Victoire Elise est une orthographe alternative.


Ernest Emile Destrez naît le 5 octobre 1867, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). Il est propriétaire, directeur particulier d’assurances, profession qu’il exercera à Rocquigny. Chevalier de la Légion d’honneur, officier de l’Instruction publique. Il décède à Rocquigny le 24 avril 1934. Il épouse, à Paris, dans la mairie du 7e arrondissement, le 24 juin 1912, Pauline Marie Jourdain. A la mort de son mari, cette dernière hérite la propriété.


Elle décide de se défaire du château, peut-être parce qu’il n’y a aucun descendant direct pour en hériter. Il est donc vendu vide. Maître Husson, notaire à Rocquigny, est chargé de vendre les meubles, ce qui sera fait le dimanche 24 mars 1935[1]. Il publie des annonces à cet effet dans la presse locale, par exemple le jeudi 14[2] et le dimanche 17 mars 1935[3], à propos d’un « beau mobilier à vendre », dont il donne un rapide descriptif :

  • table de salon Régence ;
  • commode et chiffonnier Empire ;
  • cartel[4] ;
  • pétrin sculpté louis XV ;
  • vaisselles, verreries, etc.

[1] Archives départementales des Ardennes, 8U/NOT 82 [série U = justice, depuis 1800, sous-série 8U/NOT = officiers publics et ministériels (copies de répertoires de notaires).], répertoire d’officier public ministériel de maître Lefèvre (1914-1925, 1927) et de maître Husson (1927, 1930-1939), versé par le tribunal de première instance de Rethel, 1914-1939.

[2] Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 113, « Beau mobilier à vendre à Rocquigny » [page d’annonces] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, cinquante-sixième année, n° 16911, jeudi 14 mars 1935, page 6, vue 6/6, septième colonne, consultable en ligne.

[3] Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 113, « Beau mobilier à vendre à Rocquigny » [page d’annonces] in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. Charleville : [s. n.], 1880-1944, cinquante-sixième année, n° 16914, dimanche 17 mars 1935, page 7, vue 7/8, deuxième colonne, consultable en ligne.

[4] « Cartouche décoratif ornant notamment le cadran de certaines pendules. Par métonymie. La pendule elle-même. Un cartel Louis XV. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


86% environ des acheteurs proviennent du département des Ardennes. Graphique de type « secteurs ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
86% environ des acheteurs proviennent du département des Ardennes. Graphique de type « secteurs ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, madame Gillet vit peu à Rocquigny. Avant de se dessaisir des bâtiments, que d’aucuns surnomment désormais localement le « château Mermoz », sa propriétaire se sépare de tous ses meubles et ses objets.

Pour cela, l’étude de maître Yves de Saint-Gilles, notaire à Chaumont-Porcien a recours à une « adjudication mobilière à la requête de Mme Gabrielle Georgette Gillet[1] » le dimanche 6 juillet 1952, avec continuation le lundi 7 juillet. Annoncée par des affiches et dans la presse[2], cette vente est constituée de quatre cent cinquante-quatre lots.


[1] Archives notariales déposées actuellement à l’étude de maître Sophie Collet Monod 1, place de l’hôtel de ville 08460 Signy-l’Abbaye (Ardennes). Cet office notarial regroupe les anciennes études de Signy-l’Abbaye, Chaumont-Porcien, Poix-Terron, Château-Porcien, Launois-sur-Vence, Wasigny, Sévigny-Waleppe et Rocquigny.

[2] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-26782, L’Ardennais : quotidien républicain, Charleville-Mézières : L’Ardennais, 1944-1992, neuvième année, n° 2376, samedi 5 et dimanche 6 juillet 1952, page 5, vue 5/8, septième colonne, consultable en ligne sur Gallica, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, FOL-JO-2513.


65% environ des acheteurs ardennais proviennent de Rocquigny (Ardennes) et de ses environs. Carte heuristique de type « formes ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
65% des acheteurs ardennais proviennent de Rocquigny (Ardennes) et de ses environs. Carte heuristique de type « formes ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les biens mobiliers sont convoités par cent treize acquéreurs (cent hommes et treize femmes), venus pour la plupart des Ardennes (quatre-vingt-dix-sept acheteurs) dans un rayon d’une quarantaine de kilomètres, tandis que d’autres ont effectué des déplacements plus lointains.


35% environ des acheteurs ardennais proviennent de communes plus éloignées de Rocquigny (Ardennes) et de ses environs. Graphique de type « barres ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
35% environ des acheteurs ardennais proviennent de communes plus éloignées de Rocquigny (Ardennes) et de ses environs. Graphique de type « barres ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les sept plus gros acheteurs ont investi au minimum 10 000 anciens francs de plus que la majorité. Graphique de type « histogramme ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Les sept plus gros acheteurs ont investi au minimum 10 000 anciens francs de plus que la majorité. Graphique de type « histogramme ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le montant des ventes s’étend de 50 à 82 200 francs et fait apparaître deux grandes parties : cent six acheteurs entre 50 et 21 000 francs ; sept entre 33 100 et 82 200 francs). L’analyse des objets de cette vente ne peut pas être plus approfondie, dans la mesure où le descriptif en a été dressé par un notaire. Un commissaire-priseur se serait attaché à donner de plus amples renseignements sur les origines, les matières, les décors…


La majorité des acheteurs a dépensé au maximum 5 000 anciens francs. Graphique de type « histogramme ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
La majorité des acheteurs a dépensé au maximum 5 000 anciens francs. Graphique de type « histogramme ». Crédits iconographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.


Le mobilier de ce château répond à un certain niveau de vie, à la volonté d’accueillir agréablement des invités, et de profiter du confort moderne de l’époque.



Quoique le chauffage central soit installé, le plaisir de se chauffer au coin du feu est attesté par un lot de douze stères[1] de bois, des cheminées installées dès la construction dans les différentes pièces, plusieurs paires de chenets, une crémaillère, un soufflet, un pare-feu et des taques. Une bouillote et une bassinoire en cuivre rendent le coucher plus douillet.


[1] « Unité de volume utilisée pour le bois de chauffage (symbole : St), qui équivaut à un mètre cube de bûches d’un mètre de long empilées régulièrement les unes sur les autres. Acheter deux stères de bois. Un décastère vaut dix stères. », selon le Dictionnaire de l’académie française.


L'attache de volet sur la façade sud du château de Rocquigny (Ardennes) est un élément de ferronnerie encore en place malgré l'usure du temps. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 18 décembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
L’attache de volet sur la façade sud du château de Rocquigny (Ardennes) est un élément de ferronnerie encore en place malgré l’usure du temps. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mercredi 18 décembre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le bien-être est renforcé par dix-sept tapis de laine, des descentes de lit, une carpette, une tapisserie. Pour lutter contre le froid, l’humidité ou la lumière du petit matin, des doubles rideaux (au moins six paires) occultent les fenêtres.


Les luminaires sont nombreux, tant pour l’éclairage direct qu’indirect. Ils comptent des lustres en bois ou en bronze, sept lampes anciennes, des lampes de chevet. Comme le réseau n’est parfois pas très stable, on revient momentanément aux lampes à huile ou à pétrole, aux chandeliers et à leurs bougies.


La cuisine est dotée d’un important matériel pour préparer des mets simples ou raffinés : faitouts, casseroles et louches en cuivre, cocottes, trois cafetières, et même une bouilloire à lait, des tourtières, un gaufrier, etc. Une table de boucher sert à découper la viande. Une poissonnière permet de cuire avec précision des poissons entiers au court-bouillon.

Les lots de bocaux, le stérilisateur, les bassines en cuivre et un chaudron laissent à penser que l’on fait des confitures et des conserves ; le saloir, que de la viande est conservée par salaison ; le pressoir, le moulin à pommes, les tonneaux et feuillettes[1] ainsi que les bouteilles, que l’on produit du cidre.


[1] « Tonneau dont la contenance varie, selon les régions, de cent quatorze à cent quarante litres. Une feuillette de chêne. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.



Plusieurs services de table[1] et à café, des verres (dont certains probablement en cristal), et de l’argenterie témoignent d’une vie sociale et mondaine. A côté de cette vaisselle raffinée, il en existe une plus simple, avec de nombreux plats, des assiettes à fleurs, etc.


[1] Dont les enchères se sont élevées à 4 400 et 6 600 francs.



Tout le matériel n’est pas énuméré : vingt-six lots de cette vente sont proposés comme « lots d’objets divers ». Néanmoins, certains permettent d’évoquer sans aucun doute le grand aviateur, durant les quelques mois qui précèdent sa mort. C’est tout d’abord un lot de cendriers : très souvent photographié, Jean Mermoz arbore souvent une cigarette sur les clichés[1]. Un chapeau mexicain, des hallebardes, des fétiches, une peau de crocodile et des objets des colonies évoquent des souvenirs de ses voyages lointains.

Quant au berceau, au jeu de nain jaune et à une petite voiture, pourrait-on les rattacher à son enfance ? Ou à celle d’enfants de pilotes décédés, qui étaient accueillis à Rocquigny pour les aider à surmonter cette disparition ?


[1] En revanche, la présence d’un porte-pipes reste plus mystérieux.


Les meubles occupent une grande place dans cette vente. Ils sont adaptés aux différents usages des pièces. Plusieurs canapés et fauteuils, un bar roulant, des guéridons et des petites tables décorent le salon ou le bar. Une horloge ancienne et une petite pendule rappellent la fuite du temps.

Une bibliothèque, des presse-livres, un secrétaire style Louis XIV, une corbeille à papier et un encrier évoquent une pièce ou un coin plus intime[1]. Il est attesté que madame Gillet entretenait une correspondance importante.

Dans la salle à manger doivent se trouver la table ancienne, des chaises, peut-être un des bahuts vendus, et un buffet ancien.


[1] Un cabinet de travail ? Un boudoir ? Une chambre ? L’acte ne précise pas l’affectation exacte de la pièce.


Les murs d’une chambre du premier étage du château de Rocquigny (Ardennes) sont recouverts de lambris, contribuant à l’isolation thermique et à la protection des murs. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 18 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Les murs d’une chambre du premier étage du château de Rocquigny (Ardennes) sont recouverts de lambris, contribuant à l’isolation thermique et à la protection des murs. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 18 octobre 2024. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les différentes pièces du premier étage peuvent comprendre la chambre à coucher complète[1] en plaqué noyer[2], deux « cosys[3] », des tables de nuit.


[1] C’est-à-dire comportant un lit, deux tables de chevet, et une armoire, voire des chaises, le tout du même style.

[2] Le bois de noyer est apprécié pour sa robustesse, sa finition élégante et sa couleur chaleureuse. Il est idéal pour les meubles, les revêtements de sol et l’ébénisterie.

[3] « Causeuse disposée dans le coin d’une pièce. » dans un contexte francophone. « Le syntagme cosy-corner désignant un meuble n’existe pas en anglais », où il s’applique à un « agencement d’intérieur, généralement dans une encoignure, comprenant un divan accompagné d’une étagère. » Voir le Trésor de la langue française informatisé.


D’une manière générale, la demeure est décorée de bibelots divers, de vases, de porte-photos, de cadres et de tableaux. Les cuisines sont en bois blanc, dotées de tabourets et de chaises en paille, et très certainement de buffets vaisseliers.


L’eau courante, assainie par des filtres à eau, alimente non seulement la cuisine, mais également les salles de bain, le cabinet de toilette et les W.-C., ce qui n’était pas répandu pour l’époque dans les villages ardennais. La vente d’une table, d’une garniture de toilette et d’un bidet portatif témoigne de pratiques d’hygiène plus anciennes.


Si l’automne et l’hiver se passent plus à l’intérieur, le printemps et l’été sont propices à profiter des jardins à l’ombre d’un parasol, sur des transats[1], ou à déjeuner à l’extérieur avec du mobilier de jardin, lui aussi proposé à la vente.


[1] « Chaise longue pliante, faite d’une toile tendue sur une armature de bois ou de métal. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Couverture du n° double 48/49 – hiver 1968 – printemps 1969 consacré à Jean Mermoz (reproduite avec l’aimable autorisation de madame Béatrice Leroy, coordinatrice éditoriale d’Icare : revue de l’aviation française).
Couverture du n° double 48/49 – hiver 1968 – printemps 1969 consacré à Jean Mermoz (avec l’aimable autorisation de madame Béatrice Leroy, coordinatrice éditoriale d’Icare : revue de l’aviation française).

C’est dans ce séjour enchanteur que madame Gillet reçoit les amis de son fils comme Joseph Kessel ou Antoine de Saint-Exupéry. Son cousin germain Jean Boulanger partage à ce propos un témoignage auriculaire dans Icare : revue de l’aviation française[1] : « Je sais que le 11 novembre 1936 à Rocquigny, il avait assisté au défilé en compagnie de Saint-Ex et qu’ils ont parlé politique, longtemps, chez Mme Mermoz, en marchant à grands pas dans le jardin[2]. »


[1] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-18557, Boulanger, Jean. Auteur, « Mon cousin Jean », in Syndicat national des pilotes de ligne (France), Icare : revue de l’aviation française, Paris ; Pantin : Tour ESSOR 93, 1957-, n° double 48/49 – hiver 1968 – printemps 1969, pp. 51-55, consultable en ligne sur Gallica, texte numérisé d’après l’original du Musée Air France, 2018-231062, page 55, vue 57/250.

[2] La reproduction de la couverture de la revue à titre d’illustration a fait l’objet d’une aimable autorisation de Béatrice Leroy, coordinatrice éditoriale d’Icare : revue de l’aviation française.



Cette vie de château n’a cependant qu’un temps pour la mère de Mermoz : en raison de la mort brutale de son fils, elle s’investit, avant et après la Seconde Guerre mondiale, dans des œuvres en faveur des veuves et des orphelins de pilotes de ligne. Elle accueille les enfants d’Alexandre Collenot[1] ainsi que leur mère. Elle tient ensuite dans les années 50 à collecter des fonds pour l’aérium[2] de Vic-sur-Cère (Cantal), créé pour recevoir des orphelins de l’aviation militaire et marchande.


[1] Mécanicien d’aviation, souvent coéquipier de Jean Mermoz, disparu prématurément en mer le 10 février 1936.

[2] « Établissement sanitaire destiné aux enfants délicats, aux convalescents ayant besoin de grand air. Les aériums du Jura. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.



Occupation d'immeubles à l'usage d'habitation par les troupes allemandes. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 319, Rocquigny ; madame Gabrielle Gillet-Mermoz [château de Rocquigny] ; [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.]
Occupation d’immeubles à l’usage d’habitation par les troupes allemandes. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 319, Rocquigny ; madame Gabrielle Gillet-Mermoz [château de Rocquigny] ; [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.]

Le château[1], à partir du 1er juillet 1940, est réquisitionné par les troupes allemandes à des fins d’habitation. Comme il se compose de douze pièces, dix sont occupées sans discontinuer jusqu’au 15 juin 1941 : la cuisine et l’office, la salle à manger, six chambres (dont une est transformée en bureau), la salle de bain, deux garages, une grange, le jardin[2], et la cave.


[1] Archives départementales des Ardennes, 147W 319, Rocquigny (Athanase Bocahut ; Léon Bestel ; André Beuvelet ; Paul Blatié ; Angèle Canon ; Émile Boudsocq ; Alice Charpentier ; René Cherpin ; commune [bureau de poste, mairie-école] ; veuve Compas ; Étienne Costa ; Jean-Baptiste Courtois ; Lucie Courtois ; Roger Croizon ; Léopold Cugnard ; Marcel Cugnart-Brasseur [magasin et grange à grains] ; Ernest Debruelle ; André Deligny [établissements Goulet-Turpin] ; Jean Deligny ; Maurice Dizy ; Raoul Durtette ; Georges Fontenelle ; Victor Fossier ; Gabrielle Gillet-Mermoz [château de Rocquigny] ; Rose Guillaume ; Fernand Husson [notaire] ; Gaston Husson ; Jean Kieffer ; Thérèse Lebas ; Alexandre Lebrun ; Georges Lefebvre ; M. Legros-Mauroy ; André Legros ; Ernest Legros ; Joseph Legros ; Ernest Maquin ; Marie Masson ; Jules Mauroy ; Émile Modeste ; Georges Modeste ; Louis Paroche ; veuve Potron ; Henri Puyravan ; Georges Renault ; René Renault ; Hector Richard ; Jean Robinet ; Henriette Rousselle ; Léon Thonant ; Georges Treuvelot ; André Vilette) ; état nominatif de dépenses de personnel ; demandes d’indemnités de trois cultivateurs pour l’enlèvement d’un avion anglais. [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.]

[2] Appelé aussi parc par madame Gillet.


Logement et cantonnement. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 319, Rocquigny ; madame Gabrielle Gillet-Mermoz [château de Rocquigny] ; [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.]
Logement et cantonnement. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 319, Rocquigny ; madame Gabrielle Gillet-Mermoz [château de Rocquigny] ; [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.]

Quatre occupants (deux officiers et deux ordonnances[1]) sont déclarés, mais de trois à six officiers logent au château :

  • selon les commentaires portés par madame Gillet au verso des formulaires délivrés par les autorités ;
  • et d’après une fiche allemande.

[1] « Soldat attaché au service personnel d’un officier, et qui était naguère chargé de l’entretien de ses effets, de ses armes et de sa monture (dans cette acception, s’emploie le plus souvent au masculin). », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Mandat en vue d'une indemnisation. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 319, Rocquigny ; madame Gabrielle Gillet-Mermoz [château de Rocquigny] ; [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.]
Mandat en vue d’une indemnisation. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 319, Rocquigny ; madame Gabrielle Gillet-Mermoz [château de Rocquigny] ; [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.]

Du 25 juillet 1940 à la fin juin 1941, trois chambres sont allouées à des sous-officiers. Ils bénéficient du chauffage central (ce qui n’est pas commun pour l’époque), d’eau, d’électricité. La salle de bain, qui est l’une des rares, si ce n’est la seule de Rocquigny, est utilisée également par tous les officiers de la localité, alors que la salle à manger sert, non seulement aux officiers affectés à Rocquigny, mais aussi pour des officiers des cantonnements des autres communes.


Libération de sommes dues par l'Etat français. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 319, Rocquigny ; madame Gabrielle Gillet-Mermoz [château de Rocquigny] ; [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.]
Libération de sommes dues par l’Etat français. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 319, Rocquigny ; madame Gabrielle Gillet-Mermoz [château de Rocquigny] ; [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.]

Feuille volante portant sur des réclamations. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 319, Rocquigny ; madame Gabrielle Gillet-Mermoz [château de Rocquigny] ; [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.]
Feuille volante portant sur des réclamations. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 319, Rocquigny ; madame Gabrielle Gillet-Mermoz [château de Rocquigny] ; [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.]

Madame Gillet a pu ajouter par la suite sur une feuille volante qu’entre le 17 mai 1940 et la fin juin, les changements se sont faits journellement et que « la maison était occupée jusqu’au grenier par une multitude de soldats » alors que « le parc était couvert de tentes, de canons, de tanks ». Par la suite, lorsque des troupes de théâtre viennent à passer, le nombre d’occupants augmente de quinze à trente personnes.


Occupation d'immeubles à l'usage d'habitation. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 319, Rocquigny ; madame Gabrielle Gillet-Mermoz [château de Rocquigny] ; [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.]
Occupation d’immeubles à l’usage d’habitation. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 319, Rocquigny ; madame Gabrielle Gillet-Mermoz [château de Rocquigny] ; [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.]

Elle a connu ensuite une autre occupation, du 19 au 29 août 1944, lors des revers allemands[1]. Une fois de plus, son espace personnel est réduit à une chambre et un salon, pièces dans lesquelles elle est reléguée. Elle ne peut utiliser sa cuisine qu’à certaines heures pour préparer les repas.


[1] Les armées germaniques subissent de lourds échecs militaires en France. Paris est libéré le 25 août, précipitant la retraite allemande vers l’Est.


Indemnité de réquisition d'immeuble. Décompte des sommes dues. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 319, Rocquigny ; madame Gabrielle Gillet-Mermoz [château de Rocquigny] ; [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.]
Indemnité de réquisition d’immeuble. Décompte des sommes dues. Cf. archives départementales des Ardennes, 147W 319, Rocquigny ; madame Gabrielle Gillet-Mermoz [château de Rocquigny] ; [intitulé] ; Ardennes. Préfecture, 2e division, 3e bureau [producteur] ; 1941-1946 [dates de début et de fin] ; [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels) ; dossiers individuels, questionnaires d’enquête, listes nominatives.]

La fin de la Seconde Guerre mondiale, son désir de rejoindre son appartement parisien, la disparition de ses parents, et peut-être sa santé qui se dégrade, lui offrent des raisons de vendre la maison familiale de Mainbressy[1] et son château de Rocquigny, et ce d’autant plus que son attitude sous l’Occupation n’aurait pas toujours été appréciée par la population locale.


[1] L’acte de vente est établi le samedi 17 mars 1951 en la mairie de Mainbressy par-devant maître Yves de Saint-Gilles. Archives notariales déposées actuellement à l’étude de maître Sophie Collet Monod 1, place de l’hôtel de ville 08460 Signy-l’Abbaye (Ardennes). Cet office notarial regroupe les anciennes études de Signy-l’Abbaye, Chaumont-Porcien, Poix-Terron, Château-Porcien, Launois-sur-Vence, Wasigny, Sévigny-Waleppe et Rocquigny.



En dehors de ce qui pourrait s’apparenter à de la médisance, un rapport d’enquête[1] établi officiellement le 5 octobre 1944 par un maréchal des logis chef, commandant la brigade de gendarmerie de Chaumont-Porcien, sur la demande du 25 septembre 1944 formulée par le général commandant militaire de la région militaire de Laon (Aisne), montre que l’on s’intéresse à « madame MERMOZ[2] née GILLET[3] (Gabrielle) » et à son progermanisme, souligné à plusieurs reprises :

  • « La débâcle de 1940 n’émotionne pas outre mesure madame Mermoz qui reste dans son château ; elle est toujours férue de politique et ne cache pas ses tendances pro-allemandes. »
  • « On ne remarque cependant pas que les autorités occupantes lui accordent plus d’attention qu’aux autres habitants et si quelquefois un officier allemand de passage allait présenter ses hommages à Madame Mermoz, il est possible et même probable, que c’est moins à la collaboratrice qu’à la mère du célèbre aviateur. »
  • « De toute évidence, Mme Mermoz a extériorisé ses tendances pro-allemandes et elle est à surveiller ; mais jusqu’à ce jour aucun fait menaçant la sécurité n’a pu être relevé contre elle. »

[1] Ministère des ArméesService historique de la Défense (SHD), GD/8/E/226, archives de la Gendarmerie : compagnies et brigades : unités départementales des Ardennes (1917-1950) ; Brigade territoriale de Chaumont-Porcien (section de Rethel) : registre de correspondance confidentielle au départ (R/4), 1942-1946.

[2] La typographie reprend celle du document administratif original.

[3] Idem.


Il y est d’autre part explicitement mentionné que le château, après son achat, est devenu « le lieu de réunion du P.S.F.[1] dont madame Mermoz est une fervente militante » (Jean Mermoz lui-même est un membre fondateur et le vice-président de ce parti).


[1] Parti social français. Lire PSF, selon les règles de typographie actuelles concernant les sigles et les acronymes. Organisation nationaliste fondée le 6 juillet 1936 par le lieutenant-colonel François de La Rocque, à la suite de la dissolution des Croix-de-Feu, mouvement d’anciens combattants de la Première Guerre mondiale.


Le rapport de gendarmerie est mesuré dans son ton, et préfère s’appuyer sur des faits que sur des rumeurs, même s’il les relaie parfois : « Quelques éléments de la population de Rocquigny soupçonnent madame Mermoz d’être à la base de certaine dénonciation qui a eu pour simple résultat la convocation du maire et de plusieurs autres personnes [à[1]] la Kommandanture[2] de Charleville pour s’y voir interrogés sur leu[rs[3]] soi-disants[4] tendances et activité[5] communistes alors qu’il s’agissait tout au plus de socialistes. Ces soupçons ne semblent pas devoir être justifiés, car madame Mermoz est une personne plutôt érudite en matière de politique et qui ne pourrait confondre. »


[1] Faute de frappe.

[2] Lire Kommandantur.

[3] Faute de frappe.

[4] L’adjectif « soi-disant » est en réalité invariable. Les puristes préfèreront « prétendues, attendues, supposées ».

[5] Au singulier, au sens générique d’engagement.


En janvier 1945, elle figure sur la liste des membres de groupements antinationaux[1]. Puis la chronique locale et régionale du quotidien L’Ardennais[2] apprend que, dans sa séance du 27 juillet 1945, Madame Gabrielle Mermoz comparaît devant la chambre civique des Ardennes[3].


[1] Archives départementales des Ardennes, 1W 88 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels).] Voir aussi Archives départementales des Ardennes, 1M 21 105, page 3 [série M = administration générale et économie depuis 1800, sous-série 1M = administration générale (fonds du cabinet du préfet).]

[2] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-26782, « Chambre civique des Ardennes » [chronique locale et régionale] in L’Ardennais : quotidien républicain, Charleville-Mézières : L’Ardennais, 1944-1992, deuxième année, n° 257, samedi 28 et dimanche 29 juillet 1945, page 2, vue 2/2, deuxième colonne, consultable en ligne sur Gallica, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, FOL-JO-2513.

[3] La chambre civique des Ardennes était composée de monsieur Chabert (commissaire du gouvernement adjoint), monsieur Bodelet (président du tribunal civil de Sedan), Pierre Nizet, Félix Goffette, André Petit et Camille Génon (jurés).


Elle est accusée par le commissaire du gouvernement[1] de s’être rendue coupable d’indignité nationale[2] à Rocquigny en 1941,1942, 1943, 1944. Elle est assistée par maître Manil, un avocat du barreau de Charleville.


[1] Arrêts de la chambre civique entre le 9 mars 1945 et le 28 juillet 1945, avec acquittement de madame Gillet Mermoz le 27 juillet 1945. Archives départementales des Ardennes, 7U1 18 [série U = justice, depuis 1800 ; sous-série 7U1 = juridiction d’exception. Cour de justice des Ardennes 1944-1951.]

[2] L’ordonnance du 26 août 1944 définit le crime d’indignité nationale.


La chambre civique statue contrairement aux réquisitoires, après avoir entendu des témoins, dont trois sont nommés. Elle se prononce pour l’acquittement. Lors de cette même séance, sur les autres prévenus, la chambre civique condamne trois prévenus à l’indignité nationale (deux pour cinq ans, et un à vie), et en acquitte sept autres.


En outre, Le 9 avril 1945, Max Delty[1] et son amie Arlette Carlys sont arrêtés au château de Rocquigny, où ils s’étaient réfugiés. Selon L’Ardennais[2]du lendemain, il est reproché à l’artiste d’avoir été le « secrétaire de Doriot[3] et un ex-speaker de Radio-Vichy[4]».

L’information, qui circule dans la presse régionale, a un retentissement national : cet entrefilet est en effet repris presque tel quel par L’Aurore, Le Figaro, France libre : toujours à l’avant-garde du progrès social, L’Humanité : organe central du Parti communiste français, France libre sportive , etc.


[1] Max Delty, de son vrai nom Alexis Vasseur, est un chanteur lyrique. Madame Gillet, infirmière à l’époque, l’aurait rencontré en le soignant, alors qu’il avait été blessé lors de la Première Guerre mondiale. Il est le mentor de Jean Mermoz, lui conseillant de se tourner vers l’aviation, et jouant d’autre part un rôle dans la rencontre entre le pilote et le colonel de La Rocque.

[2] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-26782, « Une belle prise » [chronique locale et régionale] in L’Ardennais : quotidien républicain, Charleville-Mézières : L’Ardennais, 1944-1992, deuxième année, n° 168, mardi 10 avril 1945, page une, vue 1/2, cinquième colonne, consultable en ligne sur Gallica, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, FOL-JO-2513.

[3] Jacques Doriot (1898-1945), dirigeant du Parti populaire français, est une figure majeure de la collaboration.

[4] Surnom de la radio nationale qui émet du 6 juillet 1940 au 26 août 1944.


Une semaine après, L’Ardennais revient sur l’affaire [1], accusant cette fois-ci Max Delty :

  • d’avoir participé régulièrement à l’émission La Rose des vents sur Radio-Paris[2] ;
  • d’avoir proféré des insultes et des menaces à l’égard de la France libre ;
  • d’avoir tenu un stand de la Légion tricolore contre le bolchévisme[3] ;
  • d’avoir fait de la propagande pour la LVF[4], le RNP[5] et le PPF[6] ;
  • d’avoir participé à un défilé de chemises noires ;
  • d’avoir arrêté ou fait arrêter des milliers de patriotes.

[1] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-26782, « Autour de l’arrestation d’Alexis Vasseur » [chronique locale et régionale] in L’Ardennais : quotidien républicain, Charleville-Mézières : L’Ardennais, 1944-1992, deuxième année, n° 173, mardi 17 avril 1945, page deux, vue 2/2, troisième colonne, consultable en ligne sur Gallica, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, FOL-JO-2513.

[2] Radio de propagande diffusée sous l’Occupation de 1940 à 1944.

[3] Nom provisoire de la LVF en 1942.

[4] LVF = Légion des volontaires français contre le bolchevisme, combattants volontaires aux côtés du Troisième Reich.

[5] RNP = Rassemblement national populaire, parti collaborationniste, fondé par Marcel Déat pendant l’Occupation.

[6] PPF = Parti populaire français, parti collaborationniste, fondé par Jacques Doriot pendant l’Occupation.


En 1941, Max Delty anime une émission en souvenir du cinquième anniversaire de la mort de l’aviateur[1]. En 1943, Mme Gillet lui confie la création d’une association pour préserver la mémoire de son fils. Max Delty, né le 26 août 1888, décède le 10 août 1945 à son domicile parisien. Aucune source n’a pu à ce jour permettre d’identifier ce qui s’est passé entre son arrestation et sa mort.

Quant à madame Gillet, bien qu’elle figure encore sur le recensement de 1946[2] à Rocquigny comme propriétaire, elle n’y vit plus en fait que très rarement.


[1] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-2127, « Le souvenir de Jean-Mermoz à Radio-Paris », in Edwards, Alfred (1856-1914). Directeur de publication, Le Matin : le mieux informé des journaux parisiens, grand folio, quotidien, cinquante-huitième année, n° 21039, jeudi 4 décembre 1941, page 2, vue 2/4, septième colonne, consultable en ligne sur Gallica.

[2] Archives départementales des Ardennes, 30W 15 [série W = archives publiques entrées par voie ordinaire postérieures au 10 juillet 1940 (hors état civil, officiers publics et ministériels).]



En 1952, ses déboires sont loin, et elle reprend à Paris ses activités caritatives. Un « décret du 15 novembre 1952 portant nomination dans l’ordre national de la Légion d’honneur[1] » nomme « à titre civil, au grade de chevalier […] Mme Mermoz[2], née Gillet (Georgette-Gabrielle), infirmière ; 36 ans de services civils[3]. »

Le journal L’Ardennais lui rend alors un hommage appuyé : « Mme Mermoz Chevalier de la Légion d’Honneur. – Paris. – Mme Mermoz, mère du héros de l’Atlantique Sud, fondatrice de l’Aérium des Croix, qui recueille les orphelins de l’aviation militaire et marchande, de l’armée de terre et de mer, ainsi que les enfants des combattants d’Extrême-Orient et de l’Union Française vient d’être élevée au grade de chevalier de la Légion d’honneur, au titre du ministère des Forces Armées[4]. »


[1] Bibliothèque nationale de France, NUMP-5314, Journal officiel de la République française. Lois et décrets, Paris : Journaux officiels, 1881-2015, in-folio, quotidien, quatre-vingt-quatrième année, n° 273, dimanche 16 novembre 1952, page 10699, vue 11/32, première colonne, consultable en ligne sur Gallica, texte reproduit d’après l’original de la DILA (Direction de l’information légale et administrative), 2009-100524.

[2] Selon les renseignements fournis par la grande chancellerie de la Légion d’honneur à l’auteure, le dossier de proposition pour l’attribution de cette décoration à madame Mermoz née Gillet ne se trouve pas dans la base de données Léonore, réalisée par les Archives nationales, et qui recense uniquement les légionnaires dont les dossiers ont fait l’objet d’un versement par la grande chancellerie aux Archives nationales. D’autre part, il n’est pas non plus conservé au SHDCAAPC (Service historique de la DéfenseCentre des archives de l’armement et du personnel civil) de Châtellerault (Vienne), d’après les renseignements fournis par ce dernier.

[3] A titre exceptionnel, et dans le dessein d’être agréable à l’auteure, la grande chancellerie de la Légion d’honneur lui a adressé une copie de l’extrait du Journal officiel mentionnant cette décoration, cité supra.

[4] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-26782, « Mme Mermoz Chevalier de la Légion d’Honneur » [chronique locale et régionale] in L’Ardennais : quotidien républicain, Charleville-Mézières : L’Ardennais, 1944-1992, neuvième année, n° 2496, jeudi 27 novembre 1952, page 5, vue 5/8, sixième colonne, consultable en ligne sur Gallica, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, FOL-JO-2513.


Des infiltrations d’eau de pluie affectent la grande pièce du deuxième étage du château de Rocquigny (Ardennes), autrefois aménagée en dortoir. L’humidité progressive a fragilisé les revêtements et laissé des traces visibles sur les murs et le plafond, témoignant de l’altération du bâti au fil du temps. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Des infiltrations d’eau de pluie affectent la grande pièce du deuxième étage du château de Rocquigny (Ardennes), autrefois aménagée en dortoir. L’humidité progressive a fragilisé les revêtements et laissé des traces visibles sur les murs et le plafond, témoignant de l’altération du bâti au fil du temps. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Elle décède le 26 novembre 1955, à Paris, loin du château de Rocquigny. La transformation de ce dernier en exploitation agricole, additionnée au manque d’entretien général, puis au vandalisme, marquent le début de sa dégradation.

Des végétaux (dont un lierre géant sur le mur au sud) recouvrent les murs extérieurs, la toiture laisse passer des infiltrations d’eau, une marche de l’escalier s’affaisse, les planchers sont fragilisés, les vitres parfois brisées, les fenêtres arrachées, laissant libre cours aux intempéries.



Ces biens sont légués à la SPA[1], qui n’est pas intéressée par le château, trop lourd d’entretien. La commune, consciente de l’intérêt de ce domaine, décide en 2008 d’en devenir propriétaire. Le passif est lourd, mais les efforts des uns et des autres pour valoriser ce château suscitent l’intérêt de la « Mission patrimoine » (confiée à Stéphane Bern), l’investissement de la Française des jeux, des dons de particuliers, etc.


[1] Société protectrice des animaux.



Cette métamorphose du château Mermoz à Rocquigny (Ardennes) incarne l’ambition de reconstruire, réformer, refonder un patrimoine historique et mémoriel, tout en dynamisant le tourisme.

Le château sera revitalisé avec un musée de l’Aviation célébrant les exploits de Jean Mermoz et d’Albert Caquot, ingénieur né à Vouziers (Ardennes) qui a réalisé la structure interne en béton du Christ de Rio[1].

Quant aux intérieurs des années 1930, ils seront réinterprétés tout en intégrant des éléments contemporains, et un gîte touristique verra le jour, attirant les visiteurs. Avec un financement de 460 000 € déjà mobilisé, cette initiative créera des emplois et encouragera l’aménagement du territoire ardennais, renforçant le tissu associatif local et célébrant l’histoire régionale de manière innovante.


[1] Rio de Janeiro sous sa forme longue. Commune située dans la région Sud-Est de la république fédérative du Brésil (República Federativa do Brasil), capitale de l’État de Rio de Janeiro après avoir été celle du pays jusqu’en 1960.