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Maréchaussée et gendarmerie à La Romagne et dans les villages du ressort de la brigade de Rethel, puis du canton de Rocquigny (1720-1799)


La création des maréchaussées date de la guerre de Cent Ans[1]. Elles sont destinées à la surveillance des gens de guerre, dont le comportement se doit d’être encadré, et ce, d’autant qu’ils sont accompagnés de pillards, quand ils ne pratiquent pas eux-mêmes cette activité.

D’abord temporaires, elles deviennent permanentes dès les années 1445-1448, lorsqu’elles commencent à disposer de pouvoirs de police.


[1] Ce conflit débute en 1337, lorsque Philippe VI confisque la Guyenne, provoquant la revendication de la couronne de France par Édouard III. Après plusieurs affrontements, dont la bataille navale d’Arnemuiden (1338), le conflit s’achève en 1453 avec la reprise de Bordeaux par les Français.


Vitrine d'armes de la maréchaussée au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vitrine d’armes de la maréchaussée au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

C’est une institution à caractère militaire, qui prend l’aspect de compagnies prévôtales, avec un prévôt[1] à la tête de chacune. Sous François Ier, les compétences judiciaires s’élargissent, et concernent tout autant les soldats que les civils, afin d’assurer la sécurité publique, la sûreté des villes et des campagnes.


[1]« Anciennement. Titre donné, sous l’Ancien Régime, à certains officiers ou magistrats chargés d’une juridiction ou préposés à des tâches de justice et de police. Prévôt royal, seigneurial. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


L’on peut attribuer à ce roi la conception des patrouilles routières. La nécessité de surveiller les grands chemins, et les routes secondaires, s’impose bientôt comme une évidence, si le pouvoir royal veut :

  • le respect de ses intérêts dans tout le royaume ;
  • un courrier officiel plus facilement transmis ;
  • un transfert des prisonniers facilité ;
  • le rendu de la justice à tous ses sujets.

C’est ainsi que se développe la maréchaussée provinciale, dont les salaires sont ainsi répartis dans la première moitié du XVIe siècle :

  • 300 livres pour le prévôt ;
  • 120 livres pour le greffier et l’archer.

Archers de la maréchaussée en patrouille (1720), Pierre Benigni, 1er quart du 20e siècle : dessin à l’aquarelle sur papier ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.2007.02181, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.
Archers de la maréchaussée en patrouille (1720), Pierre Benigni, 1er quart du 20e siècle : dessin à l’aquarelle sur papier ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.2007.02181, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.

Par la suite, Henri III partage la France en quatre commandements, attribués au connétable et aux trois maréchaux de France, avec la restriction que les lieutenants (subordonnés des prévôts) ne peuvent disposer des archers que sur l’autorisation de leur supérieur.

Ce roi crée ce que l’on peut appeler un premier équipement uniforme : un armet[1], un corps de cuirasse, des tassettes [2], une lance, une épée et un bon cheval.


[1] « Armure de tête des gens de guerre, de la fin du XVe siècle à la fin du XVIe siècle. », selon le Centre national de ressources textuelles et lexicales.

[2] « Anciennement. Pièce d’armure qui protégeait le haut de la cuisse. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Fragment de la table de marbre du connétable de la maréchaussée, après 1618, au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Fragment de la table de marbre du connétable de la maréchaussée, après 1618, au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Il faut distinguer, jusqu’à la Révolution, la maréchaussée de la gendarmerie de France[1]. La maréchaussée tire son nom de la juridiction des maréchaux de France.

Elle concerne les délits civils, ou criminels, des gens de guerre, et les affaires touchant au point d’honneur, avant de désigner le corps de cavaliers placé sous les ordres d’un prévôt des maréchaux.


[1] Babeau, Albert « Les quartiers de la gendarmerie en Champagne sous Louis XV », in Revue de Champagne et de Brie : histoire, biographie, archéologie, documents inédits, bibliographie, beaux-arts, tome cinquième, troisième année, premier semestre, 1er janvier 1878, Paris : Henri Menu, libraire-éditeur ; Arcis-sur-Aube : Léon Frémont, imprimeur breveté, 511 pages, pp. 136-141. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-12775, consultable en ligne sur Gallica, vue 136/518 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-LC19-116.


Gendarme de la Garde, anonyme français, 18e siècle : peinture à l’huile sur toile représentant un gendarme de la Garde, appartenant à la maison militaire du roi ; œuvre conservée au musée de l'Armée (Paris) ; numéros d’inventaire 21187 ; Ec 1161, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.
Gendarme de la Garde, anonyme français, 18e siècle : peinture à l’huile sur toile représentant un gendarme de la Garde, appartenant à la maison militaire du roi ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéros d’inventaire 21187 ; Ec 1161, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.

La gendarmerie[1] du roi a, pour sa part, été créée par Henri IV pour la garde du dauphin. Elle prend place aussitôt après les gardes du corps du roi, selon l’ordonnance de 1667.

Elle se compose de quatre compagnies dites du roi, de six compagnies[2] de quarante gendarmes, dont ceux qui sont affectés à la Reine, et qui ont leurs quartiers à Château-Porcien[3] ou Attigny[4], et six compagnies de chevau-légers.

La compagnie des gendarmes du roi est supprimée le 30 septembre 1787. Dans ce corps, les officiers supérieurs se distinguent en montant des chevaux gris, et les officiers subalternes, des chevaux bais.


[1] Funcken Fred ; Funcken, Liliane, L’uniforme et les armes des soldats de la guerre en dentelle. Tome 1 : France, maison du roi et infanterie sous Louis XV et Louis XVI ; Grande-Bretagne et Prusse, infanterie, 1700 à 1800, Paris, Casterman, 1975, 156 p., ill. en couleur. Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 4-V-31364 (1).

[2] Cinq sont créées sous Louis XIV.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Un brigadier et deux cavaliers de la maréchaussée de Lorraine en 1740, peinture par le commandant Eugène Louis Bucquoy, officier de gendarmerie et uniformologue français ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Un brigadier et deux cavaliers de la maréchaussée de Lorraine en 1740, peinture par le commandant Eugène Louis Bucquoy, officier de gendarmerie et uniformologue français ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A la fin du XVIe siècle, Henri IV octroie aux prévôts le titre de « conseillers du roi[1] » et, comme la tâche est souvent importante, l’on adjoint aux lieutenants des exempts[2]. Le réseau des brigades se complète, et l’uniforme primaire se transforme quelque peu, avec la saye[3] ou sayon[4].


[1] Terme honorifique à valeur variable, allant d’un rôle politique réel à une simple distinction sociale.

[2] Grade apparu sous Louis XIII, au sein de la maréchaussée. Officier intermédiaire chargé de fonctions d’encadrement, il peut suppléer les officiers supérieurs. Maintenu par la réforme de 1720, ce grade est progressivement remplacé à partir de 1778 par celui de maréchal des logis.

[3] Sorte de casaque. Initialement, « manteau fait d’une pièce d’étoffe rectangulaire attachée par une agrafe sur la poitrine ou sur une épaule, que portaient certains peuples de l’Antiquité et du haut Moyen Âge (on dit aussi Sayon). Saie des Gaulois, des Romains. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[4] Bardin, Étienne-Alexandre. Dictionnaire de l’armée de terre, ou Recherches historiques sur l’art et les usages militaires des anciens et des modernes. Paris : J. Corréard, 1850. Quinzième partie, entrée « Sayon » (Portée de fusil–Secrette), pages 4784-4785, consultables en ligne sur Gallica, vue 318/342 et suivante. Bibliothèque nationale de France, document numérique NUMM-6215627, texte reproduit d’après l’exemplaire original conservé à la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, cote V-31330. [Nota bene : la pagination de la quinzième partie est continue et atteint la page 4800 ; il ne s’agit pas du nombre total de pages de cette partie.]


Gendarmes et Chevaux-légers, planche 6 de la suite L'art militaire ou Les Exercices de Mars, livre à dessiner, Nicolas Guérard (vers 1648‑1719), vers 1695 : estampe, eau-forte sur papier ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéro d’inventaire 04617.4.58, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais. [Nota bene : l’orthographe moderne est désormais chevau-légers]
Gendarmes et Chevaux-légers, planche 6 de la suite L’art militaire ou Les Exercices de Mars, livre à dessiner, Nicolas Guérard (vers 1648‑1719), vers 1695 : estampe, eau-forte sur papier ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéro d’inventaire 04617.4.58, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais. [Nota bene : l’orthographe moderne est désormais chevau-légers]

En 1641, Louis XIII renforce la maréchaussée, avec la création de huit nouvelles prévôtés. A son tour, Louis XIV crée dans toutes les juridictions royales des huissiers, sergents royaux, etc.

A ce moment-là, il y a cent quatre-vingts sièges de maréchaussée, dont l’organisation et les salaires varient en fonction des lieux d’intervention, d’où des contestations et des mécontentements[1].


[1] « III. – Époque moderne. – La maréchaussée » in Armée et marine : revue hebdomadaire illustrée des armées de terre et de mer, Paris, [s.n.], 1899-1928, quatrième année, n° 42 du 19 octobre 1902, pages 710-713. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-4402, consultable en ligne sur Gallica, vue 2/20 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, FOL-LC6-87.


Carte des maréchaussées au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Carte des maréchaussées au musée de la Gendarmerie (Melun). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dans la réalité, la présence de la maréchaussée (ou maillage) est loin d’être identique sur tout le territoire. Chaque ancienne province compte, au moins, une compagnie qui, comme elle a vocation de justice, se compose d’une prévôté, des maréchaux avec, à sa tête, un prévôt général, assisté de baillis et vice-baillis, lieutenants criminels, assesseurs royaux, sergents, etc.


Elle a pour mission de combattre le crime à l’intérieur de son district. Bien qu’elle soit implantée dans des villes comme Châlons[1], Reims[2], Rethel[3], Mézières[4], la maréchaussée s’occupe particulièrement de la délinquance rurale : violences sur les grands chemins, crimes commis par des vagabonds, assemblées illicites. Elle vise les gens de guerre, s’ils commettent des délits dans leurs marches, lieux d’étape ou de séjour.


[1] Châlons-en-Champagne, commune française située actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est.

[2] Commune française située actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Ses prérogatives s’appliquent aux cas de braconnage, de contrebande, de faux-saunage[1]. A partir du milieu du XVIIIe siècle, elle s’occupe de la police des cabarets et des auberges, des foires et marchés puis, un peu après, du domaine sanitaire, en recherchant les animaux atteints de maladies susceptibles de se répandre.


[1] « Histoire. En composition. Faux-saunage, contrebande du sel qui se pratiquait, sous l’Ancien Régime, entre les provinces qui n’étaient pas assujetties à la gabelle, ou l’étaient peu, et celles qui étaient fortement imposées. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Enfin, elle gère la conservation des routes, en faisant respecter les règlements, qui limitent le nombre de chevaux attelés à des charrettes, afin de contrôler le poids de celles-ci, et veiller ainsi à ce que les routes ne soient pas abîmées. La promptitude des jugements et des sanctions est destinée à frapper l’opinion publique.

Les compagnies rencontrent un certain nombre de difficultés dans leurs missions, car les frontières qui délimitent leur zone d’action ne correspondent pas à celles de l’intendance, ce qui leur complique les choses.

A la mort de Louis XIV, le pays est en paix, et les troupes sont cantonnées essentiellement aux frontières. Une attention plus grande se porte alors sur la sécurité des campagnes : chaque chef de brigade est tenu d’aller avec ses cavaliers dans toutes les paroisses de la circonscription, qu’il doit surveiller dans un rayon de quatre à cinq lieues, de part et d’autre d’une route.


En 1716, un document[1] rapporte que, sur quatre jours, la maréchaussée de Rethel fait une tournée de Vaux-lès-Rubigny[2] jusqu’à Maranwez[3], en passant par Wadimont[4], La Hardoye[5], Rocquigny[6], Mainbressy[7], Mainbresson[8], Le Frety[9], à la recherche de soldats, cavaliers et, dragons sans congés.


[1] Procès-verbaux de tournées pour rechercher les soldats, cavaliers et dragons sans congés (1716) et correspondances sur les peines encourues pour l’acquisition ou le troc d’habits de déserteurs (1716‑1768). Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 93-100 bis [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 93‑100 bis = déserteurs 1716‑1791.]

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est, et rattachée à Rocquigny.

[6] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[7] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[8] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est, et rattachée à Rocquigny.

[9] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


A chaque étape, elle s’adresse, selon le village, au procureur d’office (Jean Legros à Vaux-lès-Rubigny), au syndic de la communauté (Jacques Deligny à Wadimont), au notaire royal (Jean Legros à La Hardoye), au maire (Pierre Filbaire[1] à Rocquigny), ou à des marchands, c’est-à-dire à des personnes capables de remarquer une présence inhabituelle.


[1] Orthographié Philbert sur certains documents.


Jusqu’en 1716, les brigades sortent à effectif complet pour une chevauchée, ce qui pose de graves problèmes d’efficacité pendant les tournées : le lieu de stationnement est complètement vide, et que les arrestations sont peu nombreuses.

C’est à partir de cette date qu’est adoptée la solution qui perdure, bien au-delà du siècle : seule la moitié des effectifs est désormais en campagne, tandis que l’autre assure la présence à la brigade, ce qui se révèle beaucoup plus efficace.


Saugrain, Guillaume. La Maréchaussée de France, ou Recueil des ordonnances, édits, déclarations, lettres patentes, arrests, règlemens et autres pièces concernant la création, établissement, fonctions, rang, séances, prééminences, droits, prérogatives et privilèges de tous les officiers et archers des maréchaussées, par G. Saugrain. Paris : H. Charpentier, 1697. In-4°, XX-1121 p. (recueil couvrant la période 1521-1696). Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-8719618, consultable en ligne sur Gallica, passim, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, F-20501.
Saugrain, Guillaume. La Maréchaussée de France, ou Recueil des ordonnances, édits, déclarations, lettres patentes, arrests, règlemens et autres pièces concernant la création, établissement, fonctions, rang, séances, prééminences, droits, prérogatives et privilèges de tous les officiers et archers des maréchaussées, par G. Saugrain. Paris : H. Charpentier, 1697. In-4°, XX-1121 p. (recueil couvrant la période 1521-1696). Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-8719618, consultable en ligne sur Gallica, passim, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, F-20501.

A partir de 1720[1], une grande réforme menée par Claude Leblanc[2], réorganise la maréchaussée en profondeur, et de façon durable, préfigurant la forme qu’elle adoptera en 1799.


[1] Luc, Jean-Noël « Chronologie sommaire de l’histoire institutionnelle de la maréchaussée et de la gendarmerie nationale (XVIIIe‑XXe siècles) », in Sociétés & Représentations, 2003/2, n° 16, pp. 36‑38, ici p. 36, consultable en ligne sur Cairn.info.

[2] Secrétaire d’Etat à la Guerre (1718-1722).


Chaque généralité[1] est désormais dotée d’une compagnie divisée en lieutenances, et comportant plusieurs brigades de cinq hommes. Cette réforme confirme certains critères d’entrée :

  • la catholicité ;
  • la moralité irréprochable (qui doit être confirmée par un prêtre, ou par une personnalité du voisinage) ;
  • un service honorable dans l’armée, au moins pendant quatre ans.

[1] « Circonscription administrative où s’exerçait la juridiction d’un bureau de trésoriers de France, et qui était placée sous la direction d’un général des finances ou, plus tard, d’un intendant. Généralité de Paris, de Moulins. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


La maréchaussée de Champagne[1] se compose de :

  • cent soixante-dix cavaliers, à la tête desquels se trouve un prévôt général ;
  • quatre lieutenances[2] (Troyes[3], Langres[4], Châlons-sur-Marne[5] et Reims[6]) ;
  • trente-quatre brigades.

[1] Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).

[2] En 1772, une cinquième lieutenance est créée à Sainte-Menehould.

[3] Commune française située actuellement dans le département de l’Aube, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département de la Haute-Marne, en région Grand Est.

[5] Lire Châlons-en-Champagne, à ne pas confondre avec Chalon-Sur-Saône, commune française située actuellement dans le département de Saône-et-Loire, en région Bourgogne-Franche-Comté.

[6] Cette lieutenance comprend huit brigades : deux à Reims, commandées respectivement par un exempt et un sous-brigadier ; une à Cormicy (à Dannevoux avant 1750) ; une à Rethel, commandée par un exempt ; une à Maubert-Fontaine (commune française actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est), commandée également par un exempt ; une à Launois (transférée à Mézières en 1750), dirigée par un brigadier ; une à Le Chesne (commune française actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est) ; et la dernière à Fismes (commune française actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est), commandée par un sous-brigadier. Cf. Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).


La maréchaussée de Champagne[1] se compose de cent soixante-dix cavaliers (à la tête desquels se trouve un prévôt général) ; quatre lieutenances[2] (Troyes[3], Langres[4], Châlons-sur-Marne[5] et Reims[6]) ; trente-quatre brigades.


[1] Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).

[2] En 1772, une cinquième lieutenance est créée à Sainte-Menehould.

[3] Commune française située actuellement dans le département de l’Aube, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département de la Haute-Marne, en région Grand Est.

[5] Lire Châlons-en-Champagne, à ne pas confondre avec Chalon-Sur-Saône, commune française située actuellement dans le département de Saône-et-Loire, en région Bourgogne-Franche-Comté.

[6] Cette lieutenance comprend huit brigades : deux à Reims, commandées respectivement par un exempt et un sous-brigadier ; une à Cormicy (à Dannevoux avant 1750) ; une à Rethel, commandée par un exempt ; une à Maubert-Fontaine (commune française actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est), commandée également par un exempt ; une à Launois (transférée à Mézières en 1750), dirigée par un brigadier ; une à Le Chesne (commune française actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est) ; et la dernière à Fismes (commune française actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est), commandée par un sous-brigadier. Cf. Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).


La brigade de Rethel est relativement ancienne, puisque des actes notariés permettent de dire qu’en 1701, l’un des archers se nomme Pierre Villain, et un greffier Jean Sonef[1], tandis qu’un document[2] de 1716 permet d’avoir une connaissance précise de tous les villages qui en dépendent.


[1] Cf. Archives départementales des Ardennes, Inventaire des archives communales anciennes de Rethel, 2024-2025, 66 p., page et vue 15/66, tapuscrit PDF non coté, consultable en ligne [D’après Pauffin, Nicolas, Inventaire des titres et renseignements qui se sont trouvés dans les armoires des archives de l’hôtel commun de cette ville de Rethel. Sa transcription a été réalisée entre avril 2024 et janvier 2025 à partir du manuscrit conservé aux archives municipales de Rethel, elles-mêmes déposées à la médiathèque-musée de L’Agora, sous la cote 1S2.]

[2] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 4, feuillet 34 [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 1‑13 = actes non judiciaires, actes administratifs : édits et ordonnances, réceptions, pièces comptables, etc.1669-1790.]


Ainsi, La Romagne[1] est décrite comme un village[2], situé sur une petite hauteur, et qui n’est traversé par aucune rivière. La commune dépend en première instance de Chaumont-Porcien[3], puis de Sainte-Menehould[4].

Il s’y exerce la haute, moyenne et basse justice, mais aucune juridiction n’y est établie. Il n’y a aucune activité commerciale, comme les foires et marchés, mais uniquement une fête patronale le 15 août.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Et une paroisse.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département de la Marne, en région Grand Est.


Le village se trouve sur le chemin de traverse de Rethel à Aubenton[1], et la frontière, à proximité d’une forêt d’environ deux cents arpents.

Il dépend du district de la brigade de Rethel, qui se trouve à quatre lieues, alors qu’il faut parcourir dix lieues pour se rendre à la lieutenance de Mézières[2], et dix-huit pour atteindre la résidence du prévôt général à Châlons.


[1] Commune française située actuellement dans le département de l’Aisne, en région Hauts-de-France.

[2] Meissner, Michel, « De la maréchaussée à la gendarmerie de Mézières », in Terres ardennaises : revue d’histoire et de géographie locales, n° 92, octobre 2005, p. 21‑23, ill. en noir. Archives départementales des Ardennes, PERH97 12.


Ce document de 1716 concerne aussi Montmeillant[1], qui dépend de la brigade de Launois[2], tandis que Rocquigny est rattaché à celle de Rethel[3]. Le premier village relève de Château-Porcien, et de Sainte-Menehould, alors que le second est en instance à Rozoy-sur-Serre[4], qui a autorité sur la haute, moyenne et basse justice, et qui ressort du baillage de Rethel.


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 4, feuillet 46 [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 1‑13 = actes non judiciaires, actes administratifs : édits et ordonnances, réceptions, pièces comptables, etc.1669-1790.]

[2] Launois-sur-Vence, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 4, feuillet 58 [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 1‑13 = actes non judiciaires, actes administratifs : édits et ordonnances, réceptions, pièces comptables, etc.1669-1790.]

[4] Commune française située actuellement dans le département de l’Aisne, en région Hauts-de-France.


Montmeillant[1] a un point commun avec La Romagne, celui de n’avoir ni foire ni marché. Alors que Rocquigny célèbre le 25 juillet la Saint-Christophe, et accueille deux foires (le 2 mai et le 25 juillet), et un marché le jeudi matin.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


La situation de Montmeillant intéresse à double titre la maréchaussée, non seulement en raison de son environnement boisé[1] (quelque mille quatre cents arpents entre les bois de Montmeillant, d’Angeniville[2] et de Signy-l’Abbaye[3]), mais aussi par sa situation sur la route passagère de Rumigny[4] à Wasigny[5].

Rocquigny se trouve en plaine, dans un paysage plus dégagé, et sur le trajet qui va de Rethel à Chaumont-Porcien et Aubenton.


[1] Susceptible de cacher des individus peu recommandables, des réfractaires, des voleurs, etc.

[2] Lieu‑dit du Bois d’Angeniville, sur la commune de Signy‑l’Abbaye.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Hussard du régiment Esterhazy et gendarme, selon l’ordonnance de 1776, avec prisonnier, anonyme français, 18e siècle : peinture à l’huile sur toile ; œuvre conservée au musée de l'Armée (Paris) ; numéros d’inventaire 7556 ; Ec114, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.
Hussard du régiment Esterhazy et gendarme, selon l’ordonnance de 1776, avec prisonnier, anonyme français, 18e siècle : peinture à l’huile sur toile ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéros d’inventaire 7556 ; Ec114, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.

D’autres réformes apportent de nombreuses modifications. En 1728, une masse d’équipement, et d’habillement[1], est créée pour faire face à l’achat et l’entretien de la tenue[2].

En 1768-1769, c’est une masse de remonte[3], alimentée par l’Etat et par la généralité, qui voit le jour, même si le cavalier doit encore fournir le prix de son cheval. En compensation, il reçoit une indemnité pour l’entretien et l’équipement de sa monture.


[1] Caisse ou dotation financière destinée à couvrir les frais d’uniformes, d’armes et d’équipement des soldats.

[2] Fohrer (capitaine), « Launois-sur-Vence : une petite histoire de la gendarmerie départementale au temps de l’hôtel de la maréchaussée (1776-1851) », in Terres Ardennaises : revue d’histoire et de géographie locales, n° 69, décembre 1999, pp. 22-25, passim. Archives départementales des Ardennes, PERH97 9.

[3] « Le fait de fournir des chevaux à une unité militaire, à un haras, etc. pour augmenter leur nombre ou pour remplacer ceux qui ne peuvent plus servir ; l’ensemble de ces chevaux. Officier de remonte (anciennement). Le Service général de la remonte de l’armée française fut créé en 1831. Un cheval de remonte. La remonte de la Garde républicaine. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Plaque signalétique contemporaine indiquant l’emplacement de l'ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 3 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plaque signalétique contemporaine indiquant l’emplacement de l’ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 3 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Quant à l’armement, il est prélevé sur les magasins de l’Etat. La maréchaussée comprend toujours trente-quatre brigades, mais plus d’hommes, dont le nombre atteint deux cent deux[1].

Des réformes concernent la règlementation du service, et la discipline. En 1770, la compagnie de Champagne comprend quarante-quatre brigades, alors qu’il y en avait que trente-quatre en 1720[2].


[1] Hatat ; Vétault, Alphonse ; Pélicier, Paul, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par MM. Hatat, Vétault et Pélicier… Marne. Archives civiles. Série C, Articles 1 à 2059. Tome I, Châlons : Le Roy, 1884, XVI‑474 p, page X. Bibliothèque nationale de France, site de l’Arsenal, 4-NF-17225 (C).

[2] Sur les effectifs de la compagnie de Champagne, Cf. Poncelet, Catherine, La maréchaussée en Champagne au XVIIIe siècle, mémoire de maîtrise, sous la direction de Yves-Marie Bercé, Reims : [s. n.], 1981, 120 p., ill. (graphiques, tables, cartes). Archives départementales des Ardennes, E/C 65.


Gendarmerie de France, auteur anonyme, 1779 : dessin à l’aquarelle et à l’encre représentant des militaires de la gendarmerie en uniforme, dans le cadre de la planche 4 de la série Uniformes militaires des troupes françaises sous Louis XVI ; œuvre conservée au musée de l'Armée ; numéros d’inventaire 10866 ; NF AR UNI, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.
Gendarmerie de France, auteur anonyme, 1779 : dessin à l’aquarelle et à l’encre représentant des militaires de la gendarmerie en uniforme, dans le cadre de la planche 4 de la série Uniformes militaires des troupes françaises sous Louis XVI ; œuvre conservée au musée de l’Armée ; numéros d’inventaire 10866 ; NF AR UNI, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.

En 1778, la militarisation de la maréchaussée se renforce, et l’esprit de corps[1] se développe. L’attitude attendue des membres de cette institution est plus précisément définie : il est nécessaire d’être de bonnes mœurs, d’adopter un comportement exemplaire, de faire preuve de tenue, d’honnêteté, et d’exactitude.

De plus, une attention particulière est portée à l’ivrognerie : la première remarque s’assortit d’un avertissement, la deuxième de la prison, la troisième d’un renvoi.


[1] Fressin, Thomas (commandant) ; Georges, Jonathan « Maillage territorial et état de la maréchaussée à la fin du XVIIIe siècle », in Les Notes du CREOGN [Centre de recherche de l’école des officiers de la gendarmerie nationale], n° 65, janvier 2022, 4 pages, consultables en ligne sur le site du CRGN [Centre de recherche de la gendarmerie nationale.]



Pistolet d’officier de maréchaussée, modèle 1770, manufacture de Charleville ; acier, fer, bois ; numéro d’inventaire 999.14.1. ; œuvre conservée au musée de l’Ardenne (Charleville-Mézières), notice descriptive consultable en ligne sur le portail MUSEAR – Les musées de Charleville‑Mézières.
Pistolet d’officier de maréchaussée, modèle 1770, manufacture de Charleville ; acier, fer, bois ; numéro d’inventaire 999.14.1. ; œuvre conservée au musée de l’Ardenne (Charleville-Mézières), notice descriptive consultable en ligne sur le portail MUSEAR – Les musées de Charleville‑Mézières.

Afin de contrôler les brigades, et leur bonne tenue, des revues sont organisées, durant lesquelles sont examinés les hommes, leurs uniformes, leurs montures, leurs armes, etc. En 1720, l’habillement, l’équipement et le harnachement de la maréchaussée était le suivant[1] :

  • un justaucorps[2] en drap « bleu-de-roi[3] », avec doublure et parements rouges ;
  • une aiguillette[4] de soie blanche[5] ;
  • un chapeau bordé d’un galon d’argent ;
  • une bandoulière de buffle[6] de quatre pouces et demi de large, bordé d’un galon d’argent ;
  • un ceinturon de buffle de deux pouces et demi de large, bordé d’un galon d’argent ;
  • un manteau bleu avec parements rouges ;
  • des bottines à bouche de cuivre ;
  • une veste de chamois[7] et une culotte de même en « drap de Sedan[8] » ;
  • des fourreaux de pistolets en drap bleu, avec un bordé et un galon de soie blanche.

Les chevaux sont alors caparaçonnés[9] avec des housses en drap bleu, avec un bordé et un galon de soie blanche. Ils doivent avoir la même taille que ceux des régiments de dragons.


[1] Tenaille-Champton, Histoire de la gendarmerie, depuis sa création jusqu’en 1790 ; accompagnée des tableaux de créations des maréchaussées à différentes époques. Paris : Anselin, 1829. XVI, 204 p. In-8. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-94733, consultable en ligne sur Gallica, page 121 et suivantes, vue 137/220 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-LF32-35.

[2] « Anciennement. Vêtement à manches et à basques, ajusté à la taille. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[3] Bleu roi.

[4] « Autrefois, cordon ferré aux deux extrémités, utilisé pour assurer la fermeture des vêtements ou comme simple ornement. Aujourd’hui. Cordon terminé par des ferrets qui sert d’ornement aux uniformes de certains militaires. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[5] Luc, Jean-Noël « Présentation. Du bon usage de l’histoire des représentations des gendarmes », in Sociétés & Représentations, n° 16, 2003/2, pp. 5-35, ici p. 6, Paris : éditions de la Sorbonne, (consultable en ligne sur Cairn.info).

[6] Faisant partie de la buffleterie, définie comme un « ensemble des bandes de buffle ou de cuir chamoisé, telles que baudrier, ceinturon, courroies et dragonnes, qui font partie de l’équipement militaire. La buffleterie blanche de la Garde républicaine, de la gendarmerie. », et, par extension, « Ensemble de tout équipement de cuir », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[7] « Spécialement. Peau de chamois, peau de cet animal ou, par extension, d’un autre animal, travaillée pour être rendue souple et moelleuse. Essuyer sa voiture avec une peau de chamois. Par métonymie. Culotte, gants, souliers de chamois. En apposition. Couleur chamois, d’un jaune clair. Une veste couleur chamois ou, elliptiquement, une veste chamois », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[8] « Sorte de drap fin qui se fabrique dans la ville de Sedan. Habit de sedan. Un beau sedan. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[9] Carapaçonner : « couvrir d’un caparaçon. Un cheval richement caparaçonné. Par extension. Péjoratif. Recouvrir entièrement. Il avait les pieds caparaçonnés dans d’épaisses chaussures. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


En 1756, les bottes molles remplacent les bottines, l’uniforme comprend désormais un surtout[1] bleu. Une cocarde noire est adoptée. Elle disparaît au profit du basin[2] blanc en 1769, année où la maréchaussée commence à porter des épaulettes, et où les cheveux doivent être attachés en queue, et maintenus par une rosette noire.


[1] « Vêtement large porté par-dessus les autres. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] « Étoffe dont la chaîne est de fil et la trame de coton. Basin uni. Un gilet, une robe de basin » ou « Étoffe damassée tissée de manière à présenter un effet de bandes longitudinales, utilisée notamment comme tissu d’ameublement. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Selon l’ordonnance du roi concernant la maréchaussée du 28 avril 1778, les culottes doivent être faites à pont-levis[1], et le portemanteau[2], être bleu, bordé d’un galon de fil blanc.


[1] « Terme de tailleur. Pont-levis, ou, plus ordinairement, pont, partie de la culotte ou du pantalon qui s’abaisse ou se lève à volonté. Pantalon à grand pont, à petit pont. », selon Littré, Émile, Dictionnaire de la langue française, Tome 3, Paris : Louis Hachette, 1873‑1874, 4 volumes, grand in-4. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-5460034 < Tome 3 >, consultable en ligne sur Gallica, page 1211, vue 1219/1408 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, FOL-X-124 (3).

[2] « Étui cylindrique en toile épaisse ou en cuir que les cavaliers attachent à leur selle, et qui peut contenir un manteau et quelques effets. Les portemanteaux, en usage dans l’armée jusqu’à la fin du XIXe siècle, sont aujourd’hui utilisés par les randonneurs à cheval. Désignait aussi autrefois une malle dans laquelle on rangeait ses vêtements. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Les soldes sont désormais payées régulièrement par trimestre, ce qui permet à chacun de s’équiper, de nourrir sa monture, de se loger. Il faut attendre les dernières années du règne de Louis XVI, pour que le logement soit fourni gratuitement par les habitants.


Les déplacements dans le rayon de la brigade donnent lieu à des décomptes de frais, comme c’est le cas pour la mission[1] dont sont chargés, le 16 août 1787, les sieurs Gillet et Crepin, respectivement brigadier et cavalier à Rethel.

Ils sont allés à Chaumont-Porcien pour prendre en charge, emmener, et constituer prisonnier, Jean Jacques Charron, accusé de mendier, et d’être sans domicile fixe, pour un coût de 15 livres pour le brigadier, et 12 pour le cavalier.


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 26 B 27 [série B = juridictions d’Ancien Régime, sous-série 26 B = maréchaussée de Reims ; articles 26 B 1‑129 (1669‑1791) = fonds de la maréchaussée de Reims, cotes 26 B 25‑27 = exécutoires (1729-1790).



Registre des exécutoires de la maréchaussée de Reims (Marne). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Registre des exécutoires de la maréchaussée de Reims (Marne). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Il n’est plus question de recevoir des candidats qui ne sachent ni lire ni écrire, car toute arrestation ou information fait désormais l’objet d’un procès-verbal écrit.

Ce qui est plus important encore, c’est la multiplication des brigades, afin d’assurer un maillage plus serré, et de renforcer la surveillance. Sur tout le territoire, l’on passe au cours de ce siècle de quelque cinq cents brigades à huit cent quatre-vingts, ce qui accroît considérablement la sécurité des campagnes.


Extrait du registre des exécutoires de la maréchaussée de Reims (Marne), avec mention de la Romagne (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Extrait du registre des exécutoires de la maréchaussée de Reims (Marne), avec mention de la Romagne (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La maréchaussée, qui surveille les campagnes sous l’Ancien Régime, et les juridictions qui en dépendent, sont supprimées à la Révolution, par la loi du 16 février 1791, et remplacées par un nouveau corps : la gendarmerie nationale, qui va, comme son ancêtre, couvrir le territoire national, divisé en légions[1]. Chacune d’entre elles s’étend en principe sur le territoire de trois à quatre départements.


[1] Ou divisions.


Copie de l’acte de baptême de Jacques Taine. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Copie de l’acte de baptême de Jacques Taine. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Dans cette nouvelle gendarmerie, l’on retrouve d’anciens membres de la maréchaussée, en raison du ralliement quasi-total de son personnel aux idées révolutionnaires, mais aussi d’ex-soldats porteurs d’un congé absolu[1], et munis surtout de leur précieux certificat de civisme[2].

Le plus souvent, les gendarmes sont natifs des communes avoisinant la brigade, ou issus du département. C’est en effet un atout pour la connaissance des lieux et des personnes.


[1] Dans le contexte militaire de l’Ancien Régime en France, un congé absolu désigne un laisser-passer permanent qui met fin définitivement au service actif d’un soldat ou d’un militaire, contrairement au simple congé temporaire.

[2] Document officiel instauré pendant la Révolution française, dans le contexte de la Terreur et de la guerre révolutionnaire. Il attestait qu’une personne était républicaine, fidèle à la Constitution du 24 juin 1793 et à la Nation, et qu’elle n’avait pas de comportement suspect ou contre-révolutionnaire.



Dessin du drapeau pour le corps des grenadiers de la Gendarmerie nationale, 4 octobre 1792, auteur anonyme, octobre 1792 : dessin à l’aquarelle et à l’encre noire sur papier vergé ; œuvre conservée au musée de l'Armée (Paris) ; numéro d’inventaire 04495.1586, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.
Dessin du drapeau pour le corps des grenadiers de la Gendarmerie nationale, 4 octobre 1792, auteur anonyme, octobre 1792 : dessin à l’aquarelle et à l’encre noire sur papier vergé ; œuvre conservée au musée de l’Armée (Paris) ; numéro d’inventaire 04495.1586, notice descriptive consultable en ligne sur GrandPalaisRmnPhoto, base iconographique de l’agence photographique de la RMN – Grand Palais.

Jusqu’à l’an V[1], la gendarmerie est subordonnée aux autorités administratives départementales, et ce, que ce soit pour le recrutement, l’organisation, le service, le logement et l’administration.

La tenue reste quasiment la même, à quelques différences près, liées au changement de régime : cocarde tricolore, grenade[2], à la place de la cocarde blanche et des fleurs de lys. Les boutons d’uniforme[3] portent la devise « Force à la loi ».


[1] Du 22 septembre 1796 au 21 septembre 1797.

[2] Ce symbole est devenu l’emblème de la gendarmerie.

[3] Fohrer (capitaine), « Launois-sur-Vence : une petite histoire de la gendarmerie départementale au temps de l’hôtel de la maréchaussée (1776-1851) », in Terres Ardennaises : revue d’histoire et de géographie locales, n° 69, décembre 1999, pp. 22-25, ici p.23. Archives départementales des Ardennes, PERH97 9.


Porche de l'ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 3 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Porche de l’ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le mardi 3 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La loi du 8 janvier 1792 stipule que, compte tenu des circonstances, des besoins indispensables du service nécessitent une augmentation provisoire des brigades. Chaque département doit avoir un minimum de quinze brigades, mais le nombre de celles-ci peut atteindre les vingt-et-une.


Tableau représentant un officier de la gendarmerie nationale, auteur anonyme, date inconnue ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.2007.02275, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.
Tableau représentant un officier de la gendarmerie nationale, auteur anonyme, date inconnue ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.2007.02275, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.

Les Ardennes, comme la Marne et l’Aisne, appartiennent alors à la 19edivision (ou légion), mais ces unités militaires changent de numérotation avec le temps, les régimes politiques, et le découpage du territoire.

Il s’y trouve deux capitaineries, en résidence à Mézières et Rethel, six lieutenances à Sedan[1], Grandpré[2], Carignan[3], Rocroi[4], Charleville[5], Attigny, et dix-huit brigades[6], soit huit officiers, dix-huit sous-officiers, et soixante-douze gendarmes.

Chaque canton ardennais est ainsi doté d’une brigade, qui peut être formée avec des surnuméraires, anciens de la maréchaussée qui y ont accompli un service actif, avant de suivre la formation de la gendarmerie nationale[7]. Ce déploiement peut s’expliquer par la situation de département frontière.


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune déléguée française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est, qui a fusionné avec sa voisine Termes.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[6] Mézières ; Rethel ; Launoy ; Le Chesne ; Givet ; Philippeville ; Sedan ; Grandpré ; Carignan (anciennement Yvoi) ; Asfeld ; Rocquigny ; Rocroi ; Fumay ; Charleville ; Beaumont ; Vouziers ; Attigny et Buzancy.

[7] Loi relative à l’organisation de la gendarmerie nationale donnée à Paris le 29 avril 1792 an IV de la Liberté, article 7. [Nota bene : il s’agit de Liberté, et non de République, car l’on se réfère au début de la Révolution. En revanche, les dates après septembre 1792 sont notées An I de la République.] Archives départementales des Ardennes, L 1208 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1208 = gendarmerie, instructions, circulaires. 1791-An VII.]


Sabre d’officier de la gendarmerie à pied, France, 1793 : arme blanche réglementaire utilisée notamment par l’officier Bonnardel ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.1984.02249, note descriptive consultable en ligne sur la base de données Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.
Sabre d’officier de la gendarmerie à pied, France, 1793 : arme blanche réglementaire utilisée notamment par l’officier Bonnardel ; œuvre conservée au musée de la Gendarmerie (Melun) ; numéro d’inventaire 10895.1984.02249, note descriptive consultable en ligne sur la base de données Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.

Ces brigades, qu’elles soient à cheval ou à pied[1], sont établies dans tous les lieux disposant d’une administration, ou d’un tribunal de district, et sont localisées au chef-lieu du canton.

Le site précis où la gendarmerie est installée est choisi avec soin, car elle doit se trouver en un lieu de passage très fréquenté. S’il n’y a pas de grandes routes qui traversent la commune, elle s’organise autour de la place publique, afin que les gendarmes puissent à tout moment observer ce qui se passe, les voyageurs, etc.


[1] Ces dernières viennent d’être créées.


Porche et cour de l'ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 8 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Porche et cour de l’ancien hôtel de la maréchaussée à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 8 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Plaque signalétique contemporaine indiquant l’emplacement de l’ancien logis du relais de poste à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 8 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plaque signalétique contemporaine indiquant l’emplacement de l’ancien logis du relais de poste à Launois-sur-Vence (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le dimanche 8 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.


A Launois, la gendarmerie intègre l’hôtel de la maréchaussée, bâti sous l’Ancien Régime, à proximité du relais de poste. Il convient de noter qu’au tout début de la jeune République, et pour des raisons de sécurité, des brigades provisoires sont établies dans divers lieux, comme à Wasigny, Margut[1], Neufmanil[2], Bouillon[3] et Maubert-Fontaine. Leur durée de vie est brève. Dès ses débuts, la brigade de Rocquigny[4] comprend, parmi ses effectifs :

Données extraites du Registre de la gendarmerie du département des Ardennes. Service historique de la Défense (Vincennes), fonds de l’armée de Terre, GR 28 YC 15 [série GR = Guerre et Armée de Terre ; sous-série GR YC = contrôles de la troupe ; section GR 28 YC = Gendarmerie (1792-1814).]

[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[3] Commune francophone de Belgique, située actuellement en région wallonne, en Ardenne belge, dans la province de Luxembourg.

[4] Registre de la gendarmerie du département des Ardennes. Service historique de la Défense (Vincennes), fonds de l’armée de Terre, GR 28 YC 15 [série GR = Guerre et Armée de Terre ; sous-série GR YC = contrôles de la troupe ; section GR 28 YC = Gendarmerie (1792-1814).]


Certificat de civisme de Jacques Taine et antériorité des services. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Certificat de civisme de Jacques Taine et antériorité des services. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Quelques dossiers, ou annotations concernant ces gendarmes[1], subsistent, ce qui permet de mieux en connaître certains, et, parfois, de prendre connaissance de l’avis de leur hiérarchie, par exemple :

  • Jean Baptiste Belhommet, trente ans, mesurant cinq pieds six pouces[2], né à Montgon[3], district de Vouziers[4]. A servi dans le régiment de Flandres comme chasseur à cheval, jusqu’au 6 novembre 1788.
  • Louis Bauduin (ou Baudoin), trente ans, mesurant cinq pieds six pouces, et donc de taille réglementaire. Né à Signy-l’Abbaye, district de Charleville, il a servi dans le 72e régiment d’infanterie, du 31 août 1783 au 31 août 1791.
  • Ambroise (dit aussi Thomas François) Demacon, né à Librebois (nom républicain de Saint-Jean-aux-Bois[5]). Son certificat de civisme atteste qu’il est un républicain convaincu : « Il a montré un patriotisme parfait », selon les édiles municipaux.
  • Nicolas le Borgne, de Rubigny[6], où il a été capitaine de la garde nationale, après avoir servi plus d’une dizaine d’années dans le régiment de Bourgogne, puis trois ans dans le Royal-Champagne. Il est recommandé à l’administration par le brigadier La Ramée. Un autre document indique un autre soutien, cette fois-ci au citoyen Demacon.
  • Gérard Martin Marguet, trente-neuf ans, mesurant cinq pieds six pouces. Il est né à Romance[7], district de Rethel. Il fait partie des troupes provinciales de la généralité de Châlons de janvier 1772 au 1er mai 1787.
  • Jean-Baptiste Princiaux, vingt-sept ans, mesurant cinq pieds six pouces. Né à Corny-la-Ville[8], district de Rethel, il sert dans le régiment de La Fère[9] du 16 avril 1782 au 16 avril 1790, dont cinq ans comme grenadier. A sa sortie du régiment, et avant de s’engager comme gendarme, il exerce le métier de tisserand. A trente ans, il passe de la brigade de Rocquigny à celle de Rethel. Il a « du civisme et de la conduite », et il sait écrire. Selon son supérieur, il n’a pas encore toutes les capacités pour le poste qu’il occupe, mais il est de ceux qui peuvent les acquérir. Sa monture, un cheval de quatre ans, présente une robe de couleur bai-brun[10].
  • Jacques Taine, originaire de Rethel. Il est recruté pour remplacer Jean Baptiste Princiaux, qui change de brigade. Il intègre la garde nationale, à partir du 14 juillet 1791, et y reste jusqu’à la formation du 3e régiment de volontaires, dans lequel il est sergent-major. Son certificat de civisme est élogieux : « Il a montré le plus grand zèle pour la défense de la chose publique. » Il est recruté le 16 octobre 1792.

[1] Archives départementales des Ardennes, L 1210 et L1212 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1210 = gendarmerie, recrutement. 1791-An VII et cote L 1212 = gendarmerie, personnel, 1790-An VII.]

[2] Taille minimale requise pour être gendarme.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[5] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[6] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[7] Acy-Romance, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[8] Corny-Machéroménil, commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[9] Commune française située actuellement dans le département de l’Aisne, en région Hauts-de-France.

[10] « Hippologie. Se dit d’un cheval présentant une robe noire agrémentée de zones rousses ou fauves situées autour des naseaux, sur les flancs, les grassets, les coudes, le ventre, les ars et à l’intérieur des cuisses. », selon le dictionnaire de lalanguefrancaise.com.


Nomination d’Ambroise Demacon à la brigade de Rocquigny (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Nomination d’Ambroise Demacon à la brigade de Rocquigny (Ardennes). Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

L’administration cantonale doit fournir à chaque gendarme un logement dans la caserne de la brigade, située au chef-lieu de canton, Rocquigny à cette époque.

C’est au 1er février 1792, le lieutenant Jean Baptiste Payot[1], en résidence à la gendarmerie d’Asfeld, se rend sur ordre du capitaine à Rocquigny, qui vient d’être désigné comme lieu d’installation d’une brigade.

Après l’inspection des lieux proposés, il fait part au maire et aux officiers municipaux de l’impossibilité de loger tous les gendarmes, et leurs familles, dans un lieu propre à n’accueillir que le brigadier.


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1213, feuillet 31 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213, feuillet = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]


Plan de la maison de Rocquigny (Ardennes) demandé par le lieutenant Jean Baptiste Payot. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Plan de la maison de Rocquigny (Ardennes) demandé par le lieutenant Jean Baptiste Payot. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les édiles proposent alors deux maisons qui pourraient convenir, car situées sur la place du village. Le lieutenant les invite à se réunir, et à faire un plan de l’une d’entre elles. Couverte en chaume, elle comprend un rez-de-chaussée, et un grenier au-dessus, auquel l’on accède par un escalier très incommode (car situé dans l’écurie).

Cette maison est divisée en une cuisine de dix-huit pieds de long sur seize de large, une chambre, et un cabinet. Une grange est attenante à la cuisine. Cette habitation est élevée d’environ six pieds au-dessus d’une rue étroite.

Un terrain, d’environ quatre verges, peut servir de cour et le jardin : quelques arbres fruitiers y poussent. Il peut être agrandi, car les terres adjacentes appartiennent au même propriétaire.


La municipalité n’a parfois pas d’autre choix que de louer des maisons et des chambres, transformées en bureaux et logements[1], par un bail de trois, six, neuf ans, à Nicolas Gouverneur, laboureur, Pierre Foucault, laboureur, et Jean-Baptiste Bocquet.


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1209 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1209 = gendarmerie, organisation, casernements (1790- An VIII).]


Un acte notarié, passé le 22 avril 1792 devant maître Jean Baptiste Deligny, notaire à Rocquigny, en témoigne. Nicolas Gouverneur propose, pour 80 livres par an, et dans la grand-rue, une maison avec jardin, attribuée au brigadier.

Pierre Foucault, lui, loue deux chambres basses, au rez-de-chaussée, tenant à son habitation, avec le logement des chevaux, et l’aménagement d’emplacements pour leurs vivres.

Jean-Baptiste Bocquet propose deux chambres, dont l’une se situe au rez-de-chaussée, avec un cabinet ouvrant au nord. La chambre du dessus est assortie de greniers, et d’une écurie au fond de la cour, le tout pour 300 livres annuelles. Deux gendarmes y trouvent place.

Quant à ceux qui ne peuvent être logés, ils perçoivent une indemnité compensatoire, et habitent dans d’autres communes faisant partie du canton : c’est ainsi que l’un d’eux habite quelque temps à La Romagne, et un autre à Montmeillant.


Un autre exemple de cette difficulté à loger les gendarmes concerne, une fois encore, la mairie de Rocquigny, comme le révèle un document daté du deuxième jour[1] supplémentaire de l’an IV[2].

A ce moment-là, la commune ne dispose pas de bâtiments, si ce n’est le presbytère, qui est offert à un gendarme. Or, cette maison est occupée par le citoyen Bernard, curé de la paroisse.

La municipalité décide alors d’informer ce citoyen particulier qu’il est tenu d’évacuer le lieu dans les deux jours qui suivent la notification de la décision[3].


[1] Le calendrier républicain français, instauré pendant la Révolution (à partir de 1793), remplace la semaine par des décades de dix jours. Chaque mois compte trois décades, soit trente jours, et l’année est composée de douze mois, totalisant trois cent soixante jours. Pour compléter l’année solaire (environ trois cent soixante-cinq jours et un quart), l’on ajoute cinq jours supplémentaires (ou six les années bissextiles). Ces jours, d’abord appelés sans-culottides, sont ensuite nommés jours complémentaires. Chacun de ces jours revêt une signification particulière. Le deuxième jour (duodi) est ainsi appelé le jour du génie.

[2] Soit le 18 septembre 1796.

[3] Archives départementales des Ardennes, L 1336 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales ; cotes L 1336-1337 = canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819.]



Recommandation pour le citoyen Le Borgne par le brigadier La Ramée. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Recommandation pour le citoyen Le Borgne par le brigadier La Ramée. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Il se plie à cette contrainte, sans s’y opposer dans un premier temps. Il trouve refuge auprès d’une âme charitable, qui l’héberge durant de nombreux mois : il n’a aucun autre lieu où s’installer.

Cette expulsion, conduite un peu trop rapidement, et apparemment sans protestation initiale de la part de l’expulsé, donne lieu par la suite à des réclamations du citoyen Bernard, à partir de l’an VI[1], pour plusieurs raisons.

Il rappelle que la maison, avec son écurie, son jardin, son grenier, et sa cour, est occupée depuis le 29 vendémiaire de l’an V[2] par les citoyens La Ramée et Taine, exceptés un local et le bûcher, qui sont destinés à l’administration, et à la tenue de séances (ou réunions).


[1] Du 22 septembre 1797 au 21 septembre 1798.

[2] Le 20 octobre 1796.


Confirmation de son intégration dans la brigade de Rocquigny (Ardennes) par Jacques Taine. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Confirmation de son intégration dans la brigade de Rocquigny (Ardennes) par Jacques Taine. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Or, ce que l’administration communale ignorait, ou a feint d’ignorer, lors de la réquisition, c’est que le citoyen curé Bernard s’était porté acquéreur de la maison curiale, et de ses dépendances, et qu’il en était propriétaire, suivant la loi, depuis le 9 messidor de l’an IV[1].


[1] Le 27 juin 1796.


En outre, il demande des réparations, pour certaines parties de sa propriété, après la constatation, par deux experts[1], des dégradations importantes concernant l’écurie[2], les portes de la cour, le clos et les palissades.


[1] Ce sont des charpentiers, l’un de Libre-Bois (nom républicain de Saint-Jean-aux-Bois), l’autre de Rocquigny.

[2] Qui menace de s’écrouler.


Le 21 floréal an VI[1], il demande à être indemnisé pour la location des lieux de vie, occupés par les citoyens gendarmes : jusqu’à ce jour, le montant du loyer n’a jamais été fixé, et aucun paiement ne lui a donc été versé.

Incapable dans ces conditions de s’acquitter de ses impôts, le citoyen se trouve dans une situation délicate, et ce, d’autant plus qu’il doit solder en entier son acquisition de sa maison de curé.


[1] Le 10 mai 1798.


Façade du bâtiment de la gendarmerie nationale de Château-Porcien (Ardennes), carte postale ancienne en noir et blanc avec au verso un cachet de la poste du 29 juillet 1928 (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).
Façade du bâtiment de la gendarmerie nationale de Château-Porcien (Ardennes), carte postale ancienne en noir et blanc avec au verso un cachet de la poste du 29 juillet 1928 (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).

La solution à ce conflit se trouve dans la décision prise en thermidor de l’an VI[1] par le chef du 31e escadron de gendarmerie, en résidence à Mézières : il est convaincu que la brigade de Rocquigny ne dispose pas de l’emplacement suffisant pour un établissement définitif, et donne un avis favorable pour son déplacement à Château-Porcien.

Et c’est bel et bien ce qui se passe quelques années plus tard : la brigade de Rocquigny est transférée à Château-Porcien, à partir de vendémiaire an VI[2]. Par la suite, elle est supprimée, et remplacée par celle de Chaumont-Porcien, conformément au nouveau découpage en cantons du département.


[1] Du 19 juillet au 17 août 1798.

[2] Du 22 septembre au 21 octobre 1797.


Façade du bâtiment de la gendarmerie nationale de Chaumont-Porcien (Ardennes), carte postale ancienne en noir et blanc avec un cachet de la poste au verso du 21 septembre 1930 (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).
Façade du bâtiment de la gendarmerie nationale de Chaumont-Porcien (Ardennes), carte postale ancienne en noir et blanc avec un cachet de la poste au verso du 21 septembre 1930 (exemplaire conservé dans la collection personnelle de l’auteure).

Au-delà de l’aspect strictement réglementaire, l’administration municipale de Château-Porcien n’a pas manqué de mettre en avant ses atouts[1] :

  • des emplacements commodes pour loger une brigade (deux maisons, dites des garçons et des filles) ;
  • un remaniement des espaces avec des cloisons, pour créer des places nouvelles
  • L’engagement que les travaux (enduit, blanchiment des murs, etc.) seront finis en vendémiaire an VII[2].
  • une population importante (quatre cents feux, soit deux mille habitants) ;
  • un sol qui peut fournir des vivres pour les hommes et les chevaux.
  • la position favorable du village, qui rapproche les gendarmes de la brigade de Rethel, et leur donne une place au centre des cantons d’Asfeld[3], Sévigny[4], Rocquigny, Wasigny, tout en permettant la surveillance des foires et des marchés.

[1] Archives départementales des Ardennes, L 1213, feuillet 39 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213 = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]

[2] Entre le 22 septembre et le 21 octobre 1798.

[3] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[4] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.


Dès que ce choix est entériné, les logements sont préparés pour accueillir la brigade, mais celle-ci se montre récalcitrante, prétextant tout d’abord qu’elle n’a pas reçu l’ordre du ministre de la Guerre, puis qu’elle ne compte de toute façon pas se déplacer en hiver.

Le citoyen Bernard, qui avait placé tous ses espoirs dans ce départ, craint de ne plus pouvoir réintégrer sa maison, et fait appel encore une fois à l’administration municipale de Rocquigny, pour que le départ de la brigade se fasse dans les plus brefs délais.

Cette dernière reconnaît les droits de ce citoyen[1]. Elle propose que, dans l’attente que les gendarmes quittent les logements, il doit rentrer en jouissance de la partie qui ne peut être occupée par la gendarmerie. Il a donc fallu plusieurs années à ce citoyen, soucieux de respecter la loi, pour recouvrir son bien.


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1213, feuillet 36 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213 = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]


Dans d’autres cas, si aucun accord ne peut s’établir entre les habitants et la municipalité, celle-ci doit réquisitionner des locaux. Cela donne parfois lieu à quelque scène cocasse, comme à Wasigny, où le citoyen Hachon refuse catégoriquement, malgré l’ordre de la mairie, de loger un gendarme.

Par conséquent, cet habitant s’enferme chez lui, laissant, sur la place du village, un homme affligé, avec la voiture qui transporte son mobilier. Le soir venant, et la situation étant toujours bloquée, ce dernier n’a d’autre solution que de trouver refuge à l’auberge[1]. Le document s’arrêtant à ce point, et appartenant à une liasse incomplète, il revient au lecteur d’imaginer la suite de cet incident…


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1207 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1207 = levée de volontaires nationaux (1791- An III).]


L’administration passe des contrats de fourniture, le plus souvent avec des cultivateurs de la localité, ce qui apporte à ces derniers des bénéfices substantiels. En plus du logement, elle se doit en effet d’assurer l’approvisionnement quotidien des brigades :

  • une livre et demie de pain ;
  • une demi-livre de viande ;
  • une once de lait
  • un pot de cidre ;
  • six centièmes d’une corde de bois[1] en hiver, et un douzième de centième en été ;
  • des fourrages (paille, deux boisseaux d’avoine, et divers végétaux par animal[2]).

[1] « Anciennement. Quantité déterminée de bois de chauffage qu’on mesurait avec une corde. À Paris, la corde de bois équivalait à 3,8 stères. Bois de corde, vendu à la corde et non par fagot. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Archives départementales des Ardennes, L 1208 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1208 = gendarmerie, instructions, circulaires. 1791-An VII.]


Il est possible de suivre les dépenses de cette brigade lors d’une tournée pour retrouver des réfractaires, effectuée du 30 messidor an VII au 9 thermidor suivant[1].


[1] Soit du 18 au 27 juillet 1799.


Données extraites des archives départementales des Ardennes, L 1337 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales ; cotes L 1336-1337 = canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819.] [Nota bene : seule une partie des fournisseurs est indiquée à titre d’exemple).]

Le montant total s’élève à 1082,92 francs. Ces longues tournées entraînent des frais importants, qui pèsent sur les parents solvables qui, dans ce cas, doivent participer pour la somme de 34,50 francs, tandis que les insolvables s’acquittent d’une somme moindre, complétée par la contribution de la commune. La fourniture de la subsistance des gendarmes, et de leurs chevaux, peut être l’objet d’adjudications[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1336 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales ; cotes L 1336-1337 = canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819.]


Certificat de la perte de sa monture à Rocquigny (Ardennes) par le brigadier La Ramée. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Certificat de la perte de sa monture à Rocquigny (Ardennes) par le brigadier La Ramée. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La période de 1792 à 1795 est particulièrement difficile, en raison des événements intérieurs et extérieurs, au point que les gendarmes se trouvent assez souvent dans un certain état de misère : Ils ne parviennent pas toujours à obtenir les rations nécessaires, ni pour leurs montures, ni pour eux-mêmes.


C’est probablement en partie pour cette raison que quelques habitants de Vaux-lès-Rubigny se battent avec les gendarmes de la brigade de Rocquigny, qui attendent leur ravitaillement depuis quelques jours. Même si n’est certainement pas la seule explication qui vaille.

Au départ, le citoyen Mezeau, cultivateur dans la commune ci-dessus dénommée, avait été réquisitionné par l’agent municipal, pour aller aux magasins militaires de Rethel, afin d’y charger les rations nécessaires à la brigade.


Or comme, quelques jours plus tard, cette mission n’est toujours pas accomplie, l’agent municipal décide de faire loger, et nourrir, quelques gendarmes de la brigade de Rocquigny chez cet habitant récalcitrant, et ce, jusqu’à ce que le voiturage soit effectué.

Ce cultivateur refuse toujours d’obtempérer. Il ne reste plus à l’agent municipal d’autre solution que d’emmener les gendarmes à l’auberge, de recommander à l’aubergiste de bien les traiter, et de leur offrir à boire et à manger.

La boisson est-elle trop généreusement versée, ou les esprits se sont-ils échauffés ? C’est ce que l’on peut penser, pour expliquer les événements qui suivent. Alors qu’il est vingt-deux heures, les gendarmes sont invités à quitter l’auberge, mais il n’est pas question de rentrer à Rocquigny après cet échec. Ils se dirigent donc vers la maison de Mezeau, pour y dormir coûte que coûte.


Certificat de civisme d’Ambroise Demacon. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Certificat de civisme d’Ambroise Demacon. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Mais celui-ci n’a pas changé d’avis, et il ne veut toujours pas les recevoir. Selon les dires des gendarmes, il se met à les injurier. Une bagarre s’ensuit, à laquelle se mêlent quelques voisins et parents. L’agitation est à son comble, lorsque les gendarmes prennent fait et cause pour l’un des leurs (Ambroise Demacon), qui vient d’être blessé à coups de fourche et de faux.

Il semble que les protagonistes aient rendu coup pour coup. Le lendemain, deux officiers de santé (Louis-Lambert Marache, de Rocquigny, et Nicolas Joseph Douce, de Rozoy-sur-Serre) examinent Mezeau et Ambroise Demacon. Ils dressent la liste des blessures et ecchymoses, qui nécessitent pour l’un et l’autre plusieurs semaines de convalescence.


L’affaire est grave : à la suite de l’enquête de Montain Macquart, juge de paix du canton, trois des gendarmes sont arrêtés par deux de leurs collègues, puis incarcérés à Rethel, avant d’être poursuivis pour violences, et « maltraitements[1] » avec effusion de sang.

Après le jugement rendu par le tribunal correctionnel, ces trois hommes réintègrent leur brigade, ce qui en dit long sur ces périodes troublées[2], la violence ambiante, et la qualité relative du recrutement.


[1] « Action de maltraiter, mauvais traitement. » selon Littré, Émile, Dictionnaire de la langue française, Tome 3, Paris : Louis Hachette, 1873‑1874, 4 volumes, grand in-4. Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-5460034 < Tome 3 >, consultable en ligne sur Gallica, page 412, vue 420/1408 et suivantes, texte reproduit d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, FOL-X-124 (3).

[2] Archives départementales des Ardennes, 7 L 1-154 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles 1 L 1-75 à 79 L 1-4 = archives judiciaires, cotes 7 L 1-154 = tribunal correctionnel de Rethel. An III-1806.]


Plaque d’uniforme de gendarme, auteur anonyme, 1795 : plaquette (médaille) ; œuvre conservée au musée Carnavalet (Paris) ; numéro d’inventaire ND2408, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.
Plaque d’uniforme de gendarme, auteur anonyme, 1795 : plaquette (médaille) ; œuvre conservée au musée Carnavalet (Paris) ; numéro d’inventaire ND2408, notice descriptive consultable en ligne sur la base Joconde, catalogue collectif des collections des musées de France.

Cette brigade intervient, un dimanche, contre Pierre Linsart, un cultivateur âgé de trente-deux ans, lors d’une danse publique dans la commune voisine de Maranwez.

Le prévenu est en état d’ébriété, et profère injures et outrages envers la gendarmerie nationale, traitant les gendarmes de « flambeaux de guillotine », ce dont il ne se souvient pas lorsqu’il est interrogé.

Néanmoins, il est conduit et enfermé à la maison d’arrêt de Charleville, d’où il est extrait le 25 prairial An VII[1], pour être jugé par le juge du canton de Signy-Librecy[2], qui le condamne à trois jours de prison, plus l’équivalent de trois jours de travail en argent[3].


[1] 13 juin 1799.

[2] Dénomination de la commune de Signy-l’Abbaye durant la Convention.

[3] Archives départementales des Ardennes, 4 L 281 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles 1 L 1-75 à 79 L 1-4 = archives judiciaires ; cotes 4 L 1-303 = tribunal correctionnel de Charleville. An III-an X.]


Compte tenu de l’époque, les tâches des gendarmes sont multiples. En dehors des affaires de vols, et de coups et blessures, ils ont pour mission d’amener un justiciable devant le juge de paix, comme ils le font avec Jacques Lantenois[1], un manouvrier de Montmeillant. C’est une affaire peu banale qui anime la commune ce jour-là.


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1213 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213 = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]


Une procédure ouverte le 2 prairial an IV[1] oppose une habitante de Rocquigny à un gendarme de la brigade, pour mauvais traitements exercés par ce dernier.

Le gendarme n’est autre que Jacques Taine, et les témoins de cet incident sur la place du village sont une petite dizaine, dont Pierre Foucault, laboureur, Pierre Dautreque, Catherine Gosset, Suzanne Foucault, etc.


[1] 21 mai 1796.


Tout commence, vers les dix heures du matin, par une querelle entre la femme Poncelet, et la femme du gendarme. Elles s’empoignent par les cheveux.

Un témoin raconte alors qu’un homme, en uniforme de gendarme, et armé d’un bâton ou d’un sabre, s’est mis à frapper une des femmes à terre, et affirme avoir reconnu la femme Poncelet, et ajoute qu’elle était blessée à la tête.

Un deuxième témoin confirme que la victime était couverte de sang. Selon un autre encore, le gendarme aurait pris sa femme par le bras, et l’aurait reconduite chez eux.


Le citoyen Louis Lambert Marache, officier de santé demeurant à Rocquigny, est mandaté par le juge de paix, Montain Macquart, pour examiner les blessures de la femme du citoyen Poncelet, le menuisier du village.

Il observe que, dans la partie supérieure et externe de l’os frontal, se trouve une plaie allant jusqu’au crâne. Il note également des contusions au visage, notamment sur les deux pommettes.

Les deux femmes comparaissent, par la suite, devant le juge de paix mais, par manque de documents, le contenu de la décision du tribunal n’est pas connu, ni les poursuites et les décisions prises à l’encontre du gendarme par sa hiérarchie[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, 7 L 90, pièces 11 et 12 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles 1L 1-7 5 à 79 L 1-4 = archives judiciaires, cotes 7 L 1-154 = tribunal correctionnel de Rethel. An III-1806.]


Une mission, assez semblable, est celle de la recherche de conscrits déserteurs. L’une d’elles les entraîne à Mainbressy, Rubigny, Wadimont, Saint-Jean-aux-Bois, Mainbresson, Vaux-lès-Rubigny et La Hardoye. Pour cela, les gendarmes de plusieurs brigades se regroupent, pour pouvoir aller perquisitionner sans crainte.


Ils le font lors des recherches entreprises, tant au Souberteau[1], pour retrouver un volontaire du 3e bataillon du Loiret[2], qu’à Chaumont-Porcien, pour enquêter sur le meunier du moulin à vent, soupçonné d’abriter des jeunes gens de Rocquigny et d’autres villages. L’information ne semble pas très fiable, car une seule arrestation a lieu.


[1] Ecart de Saint-Jean-aux-Bois.

[2] Archives départementales des Ardennes, L 1213 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cotes L 1211-1213 = gendarmerie, personnel (1790- An VII).]


Néanmoins, ce déploiement a une certaine répercussion sur la population, puisque six familles de conscrits se présentent spontanément aux gendarmes, pour promettre que leurs garçons se rendront dès le lendemain à Mézières. Cette opération a nécessité l’intervention de quatre brigades : Rethel, Château-Porcien, Rocquigny et Launois[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1209 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1168-1230 = affaires militaires, ponts et chaussées ; cote L 1209 = gendarmerie, organisation, casernements (1790- An VIII).]


Une autre affaire concerne les Fondys (commune de Givron[1]). Les gendarmes s’y rendent pour arrêter deux habitants, soupçonnés d’être les auteurs de l’assassinat de Jean-Baptiste Créqui, et de sa femme Marie-Anne Pagnier[2], commis dans la nuit du 7 au 8 fructidor an IX[3].


[1] Commune française située actuellement dans le département des Ardennes, en région Grand Est.

[2] Procès-verbal de gendarmerie relatif à Pierre et Jean Cherry de Givron, recherchés pour meurtre, et Jacques Cherry, réquisitionnaire (an IX). Archives départementales des Ardennes, 1 J 86, [série J = documents entrés par voies extraordinaires : dons, legs, achats, dépôts ; sous-série 1 J = pièces et dossiers isolés, petits fonds (série ouverte) ; cote 1 J 86 = documents relatifs au Rethélois (don de M. Lefranc, janvier 1951, entrées 163 et 164) ; documents n° 2 = pièces de procédure et divers.]

[3] Du 25 août au 26 août 1801.



Premier feuillet du compte rendu d’une tournée à la recherche de soldats réquisitionnaires ou conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Premier feuillet du compte rendu d’une tournée à la recherche de soldats réquisitionnaires ou conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A cette occasion, ils tombent fortuitement sur un réquisitionnaire, qui n’est pas en règle pour ses papiers militaires. Quoique porteur d’attestations de maladie et d’infirmités, il n’a pas son certificat de congé définitif. Il est arrêté et conduit, de brigade en brigade, jusqu’à Mézières.


Second feuillet du compte rendu d’une tournée à la recherche de soldats réquisitionnaires ou conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Second feuillet du compte rendu d’une tournée à la recherche de soldats réquisitionnaires ou conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 26 février 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Une autre fois, les gendarmes de Rocquigny, qui sont désormais en résidence à Château-Porcien, se rendent à La Verrerie (hameau de Rocquigny) au domicile de Bertauld (mais parfois appelé Bertrand) Baudrillart, au sujet de son fils Antoine[1].

Ils fouillent la maison, et finissent par le découvrir dans un grenier, caché sous un tas de linge sale. Le père explique alors au brigadier La Ramée que son fils n’est pas réquisitionnaire, mais conscrit, et qu’il est revenu à cause de ses pieds gelés par l’effet d’un hiver rigoureux.

Et il ajoute que ce dernier est revenu chez ses parents pour se procurer un peu d’argent, et pouvoir acheter des habits pour se couvrir. Or, il n’a plus rien. Antoine est arrêté et conduit, tout d’abord à la prison de Rethel, avant de rejoindre celle de Mézières.


[1] Procès Bertaud Baudrillart de Rocquigny, recélant son fils conscrit (an VII). Archives départementales des Ardennes, 1 J 86 [série J = documents entrés par voies extraordinaires : dons, legs, achats, dépôts ; sous-série 1 J = pièces et dossiers isolés, petits fonds (série ouverte) ; cote 1 J 86 = documents relatifs au Rethélois (don de M. Lefranc, janvier 1951, entrées 163 et 164) ; documents n° 2 = pièces de procédure et divers.]


Procès-verbaux de recherche de réquisitionnaires et de conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. [Nota bene : le papier est rongé par l’encre ferrogallique.]
Procès-verbaux de recherche de réquisitionnaires et de conscrits. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le vendredi 13 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME. [Nota bene : le papier est rongé par l’encre ferrogallique.]

A cet égard, en dehors de la brigade de gendarmerie, chaque canton se doit d’avoir sa prison municipale située, si cela est possible, dans des bâtiments communaux. Ainsi, l’administration de l’époque a estimé que, dans l’une des tours de l’église de Rocquigny, il y avait lieu d’y faire une prison assez convenable[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, L 1336 [série L = administrations et tribunaux de l’époque révolutionnaire (1790-an VIII) ; articles L 1276-1357 = hôpitaux, prisons, affaires cantonales et municipales ; cotes L 1336-1337 = canton de Rocquigny, délibérations, an IV-1819.]


De 1791 à 1799, la gendarmerie manque de moyens, et de personnel, pour pouvoir faire face aux désordres intérieurs (générés par les changements de régimes), et les guerres extérieures.

C’est avec le coup d’Etat du 18 et 19 brumaire an VIII[1] que Bonaparte, désormais Premier Consul, prend des mesures pour renforcer cette institution, et assurer une plus grande sécurité intérieure.

Lors de la réforme du découpage du département des Ardennes en cantons, et de la suppression de celui de Rocquigny, la brigade de Château-Porcien subsistera. Cependant, Chaumont-Porcien, nouveau chef-lieu de canton, sera à terme doté d’une brigade chargée de couvrir les villages de son ressort.


[1] Samedi 9 et dimanche 10 novembre 1799.


La longue et lente évolution, de la maréchaussée à la gendarmerie nationale, illustre la volonté constante de l’État de maintenir l’ordre dans des campagnes souvent isolées, et des territoires fragiles, confrontés à la délinquance, aux conscrits récalcitrants et aux troubles sociaux.

De la surveillance des gens de guerre, à partir de François Ier, à la gendarmerie républicaine, chaque réforme a cherché à concilier discipline militaire, efficacité de la surveillance, et connaissance du terrain, tout en adaptant les effectifs, les équipements et les uniformes aux exigences du service.


Malgré les crises révolutionnaires, et les contraintes financières, la gendarmerie a su s’ancrer dans le tissu communal, assurant à la fois la sécurité des individus et la continuité de l’autorité publique, préparant ainsi le modèle moderne de la gendarmerie nationale.


Façade principale du musée de la Gendarmerie (Melun), et grenade. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Façade principale du musée de la Gendarmerie (Melun), et grenade. Photographie en couleurs, prise de vue effectuée le jeudi 5 mars 2026. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Catégories
Administration communale Agriculteurs Finances publiques Guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697) Guerre franco-espagnole (1635-1659) Impôt Métiers Professions Travailleurs

Les impôts directs à La Romagne avant la Révolution


La circonscription administrative fiscale est l’élection.  Elle regroupe des dizaines, voire quelques centaines de villages. Celle de Reims, dont dépend La Romagne, est créée dès 1357. Elle subit des modifications, en se voyant enlever des paroisses ardennaises lors de la création de celles de Rethel (1450) et de Sainte-Menehould (1635).

Les impôts, à l’origine, ne sont pas permanents, mais accordés pour une période donnée. A partir du XIVe siècle, certains deviennent définitifs. Ils sont fixés en Conseil du roi, et répartis entre les paroisses de la province par l’intendant.

L’impôt direct reste assez stable jusqu’en 1621, avant d’augmenter considérablement à partir de 1626. Les besoins du roi pour les guerres et le développement de l’administration monarchique sont sans cesse grandissants. Ce qu’atteste le quintuplement des dépenses de guerre contre les Habsbourg entre 1599 et 1643.


Or, les revenus du domaine royal[1] sont insuffisants pour faire face, ne serait-ce qu’aux dépenses ordinaires, ce qui aboutit à un empilement de taxes pour les contribuables au cours des siècles.


[1] « Domaine de la Couronne, partie du territoire que le roi possédait en propre, ou sur laquelle il exerçait directement son autorité (on dit aussi domaine royal). », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Tous les moyens sont bons pour procurer de l’argent au Trésor royal[1]. Outre les divers impôts établis, comme la création en 1674 du droit de timbre sur les actes officiels, Louis XIV multiplie la vente des charges, et taxe les faux nobles. L’usurpation de noblesse est la cause d’une surcharge fiscale pour tous les roturiers.


[1] Lieu où sont versées les sommes qui proviennent des revenus royaux, et d’où sont tirées celles employées au service et aux dépenses de la royauté.


Bibliothèque nationale de France, document numérique, page non paginée, vue 2/558, consultable en ligne sur Gallica, Hozier, Charles-René, Volumes reliés du Cabinet des titres : recherches de noblesse, armoriaux, preuves, histoires généalogiques. Armorial général de France, dressé, en vertu de l’édit de 1696. X Champagne, 1701-1800, manuscrit en français, 555 pages, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, département des Manuscrits, Français 32237.
Bibliothèque nationale de France, document numérique, page non paginée, vue 2/558, consultable en ligne sur Gallica, Hozier, Charles-René, Volumes reliés du Cabinet des titres : recherches de noblesse, armoriaux, preuves, histoires généalogiques. Armorial général de France, dressé, en vertu de l’édit de 1696. X Champagne, 1701-1800, manuscrit en français, 555 pages, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, département des Manuscrits, Français 32237.

Dans chaque province, à partir de 1696, est lancée la recherche des usurpateurs de titre de noblesse[1], qui bénéficient ainsi d’exemptions fiscales. Ceux qui se déclarent nobles doivent apporter les preuves de leur noblesse, afin d’échapper à cette taxe. Nombre d’entre eux sont inquiets, car tous n’ont pas les documents requis pour l’établir, et c’est une agitation de plus dans un pays troublé.


[1] Déclaration du roi pour la recherche des faux nobles du 4 septembre 1696, qui fait suite à la grande enquête sur la noblesse de 1666, et qui débouche sur la parution de l’Armorial général de France, dit « Armorial d’Hozier ». Pour les Ardennes, voir Bibliothèque nationale de France, document numérique, page non paginée, vue 1/558 et suivantes, consultable en ligne sur Gallica, Hozier, Charles-René, Volumes reliés du Cabinet des titres : recherches de noblesse, armoriaux, preuves, histoires généalogiques. Armorial général de France, dressé, en vertu de l’édit de 1696. X Champagne, 1701-1800, manuscrit en français, 555 pages, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, département des Manuscrits, Français 32237.


L’impôt de la taille, créé au XIVe siècle, ne devient pérenne qu’à partir du XVe siècle, à la suite de la permanence de l’armée sous Charles VII. Il n’est pas dû individuellement par les habitants, mais collectivement par une paroisse. C’est un impôt de répartition, pour lequel il existe deux catégories : la taille personnelle[1], pratiquée surtout dans le Sud de la France (par exemple le Languedoc), et la taille réelle[2], concernant plutôt les régions du Nord.


[1] Elle était « celle qui était levée sur chaque personne taillable. », et la taille réelle, « celle qui était levée sur les terres », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Elle est fondée sur l’appréciation de la richesse en terres du chef de famille.


C’est à cette dernière qu’est soumis le village de La Romagne. La taille est levée chaque année, en tenant compte de tous les types d’activités. Elle varie considérablement, en fonction de la nécessité pour le roi de rétablir les finances. Les aménagements obtenus par Terwel[1] sont de très courte durée.


[1] Auteur de notices cadastrales sur les villages de la frontière de Champagne en 1657.


Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2181 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488 = élections, cote C 2181 = liasse, 12 cahiers in-4°. Voir aussi Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2182 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488 = élections, cote C 2182 = liasse, 11 cahiers in-4°.
Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2181 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488 = élections, cote C 2181 = liasse, 12 cahiers in-4°. Voir aussi Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2182 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488 = élections, cote C 2182 = liasse, 11 cahiers in-4°.

Dès 1660, dans presque toutes les paroisses, le montant des tailles augmente, et ce, jusqu’en 1664[1]. Les villages sont pressurés, alors que ces années-là sont les premières d’une paix longtemps attendue avec l’Espagne[2]. La somme demandée pour l’ensemble de l’élection de Reims en 1660 se monte à 208 595 livres de principal[3].


[1] Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2182 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488 = élections, cote C 2182 = liasse, 11 cahiers in-4°. – 1662-1672. – Election de Reims : taille et accessoires. – Assiette et département des tailles et accessoires pour les années 1662, 1664 à 1669 et 1671 à 1672 par les intendants Daniel Voysin en 1662, Lambert d’Herbigny en 1665, Lefèvre de Caumartin de 1666 à 1671. – Etat des sommes restant dues en 1665 sur le taillon imposé en 1656.]

[2] La guerre francoespagnole a eu lieu du 19 mai 1635 au 7 novembre 1659.

[3] Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2181 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488 = élections, cote C 2181 = liasse, 12 cahiers in-4°. – 1625-1660. – Election de Reims : taille et accessoires. – Assiette et département des tailles, crues, accessoires et taillon à lever sur les communautés de l’élection en 1625. – Registre et département des tailles, taillon, crues des garnisons et autres crues, droits d’officiers et autres à lever sur l’élection pendant l’année 1628. – Département de la taille en 1634, du taillon en 1649. – Etat des deniers dus par les paroisses de l’élection et dont il n’a pu être fait recouvrement en 1652 à cause des guerres et de l’abandon de la plupart de ces paroisses : la somme totale s’élève à 89 042 livres 11 sols 6 deniers. – Assiette et département des tailles de 1658, 1659 et 1660 par Daniel Voysin, « intendant de la justice, police et finances et armées de S. M. en la province de Champagne ». – Extrait de l’état du roi contenant les sommes à lever sur les paroisses de l’élection pour la subsistance des gens de guerre pendant les cent cinquante jours du quartier d’hiver de l’année 1660.]


Les guerres suspendent la perception des impôts, mais ne l'annulent pas. Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2181 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488 = élections, cote C 2181 = liasse, 12 cahiers in-4°.
Les guerres suspendent la perception des impôts, mais ne l’annulent pas. Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2181 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488 = élections, cote C 2181 = liasse, 12 cahiers in-4°.

Il est très difficile pour la population de faire face à ces impôts, après les ravages des guerres. Pour ceux qui ne peuvent pas les payer, il est interdit en 1663 de saisir les chevaux, les instruments, et outils agricoles, car cela renforcerait la pauvreté. Si les tailles sont réduites momentanément après les premières années du règne de Louis XIV, cela ne dure pas.

En janvier 1678, Thomas Hue de Miromesnil[1] (1634-1702) fait remarquer que l’élection de Reims est une des trois juridictions les plus chargées en impôts, que le nombre de pauvres s’accroît de jour en jour, au point que la taille se paie très difficilement, car la circonscription est loin d’être remise de la guerre[2].


[1] Intendant de Châlons, c’est-à-dire, selon le titre officiel, « commissaire départi en la province de Champagne ».

[2] Archives nationales, G7 224 [série G = administrations financières et spéciales, sous-série G7 = contrôle général des finances, fonds G7 71-531 = lettres originales adressées au contrôleur général des finances par les intendants des généralités. 1678-1747, articles G7 223-238. Champagne (Châlons-sur-Marne). 1677-1738.]


Musée national du Château de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire MV 5957,
Duplessis Joseph Siffred (1725-1802), Jacques Necker (1732-1804), directeur général des Finances, huile sur toile, XVIIIe siècle, notice descriptive consultable en ligne sur le site de l’agence photographique GrandPalaisRmnPhoto, édité par la Réunion des musées nationaux (France).
Musée national du Château de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire MV5957,
Duplessis Joseph Siffred (1725-1802), Jacques Necker (1732-1804), directeur général des Finances, huile sur toile, XVIIIe siècle, notice descriptive consultable en ligne sur le site de l’agence photographique GrandPalaisRmnPhoto, édité par la Réunion des musées nationaux (France).

Il faut attendre Necker (1732-1804), et ses analyses des finances de la France, pour que l’augmentation de ce plus ancien impôt direct soit désormais dûment enregistrée par une loi. Jusqu’alors, elle pouvait être décidée à l’aide d’un simple arrêt du Conseil du roi, et présentait de fait un caractère plus arbitraire. La baisse de cette imposition n’arrive qu’à la suite des efforts faits par Colbert (1619-1683) pour réduire les tailles du royaume.

Musée national du Château de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire MV7403,
Franque Jean-Pierre (1774-1860) ; Nanteuil Robert (1623-1678) [d'après], Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), représenté en 1676 (dans un encadrement décoratif), huile sur toile, 1839, notice descriptive consultable en ligne sur le site de l’agence photographique GrandPalaisRmnPhoto, édité par la Réunion des musées nationaux (France).
Musée national du Château de Versailles et de Trianon, numéro d’inventaire MV7403,
Franque Jean-Pierre (1774-1860) ; Nanteuil Robert (1623-1678) [d’après], Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), représenté en 1676 (dans un encadrement décoratif), huile sur toile, 1839, notice descriptive consultable en ligne sur le site de l’agence photographique GrandPalaisRmnPhoto, édité par la Réunion des musées nationaux (France).

En réalité, il est plus juste de parler des tailles au pluriel que de la taille au singulier, puisque cet impôt se compose de plusieurs éléments : la taille proprement dite, le taillon[1] de la gendarmerie, la taille pour la solde des officiers des maréchaussées, et celle pour les étapes des gens de guerre.


[1] « Imposition de deniers, qui se levait anciennement de la même manière que la taille, et qui en était comme un supplément. Receveur général, receveur particulier du taillon. Le taillon était affecté au payement de la gendarmerie. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


L’année fiscale commence au premier octobre. Au mois de février, le Conseil du roi détermine la somme à imposer pour l’année suivante, et la répartit entre les généralités des pays d’élection. Fin juin, deux extraits établis par le contrôleur général sont adressés à l’intendant et aux officiers du bureau des finances.


Le premier répartit la somme due par sa province entre les différentes élections. Après contrôle, l’intendant, renseigné par ses subdélégués (en contact permanent avec la population) procède au département[1] des tailles entre les divers villages et villes.

Il peut ainsi tenir compte d’événements ponctuels comme les inondations, les sécheresses, les grêles, les circonstances personnelles (état de santé ou nombre et âge des enfants) et ajuster au mieux l’impôt.


[1] « XIIe siècle, au sens d’action de partager ; XVIIIe siècle, comme terme du vocabulaire administratif. Dérivé de départir, au sens de partager. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


C’est ainsi que, dans le cas d’incendies ou de dégâts dus à des orages, plusieurs habitants de La Romagne, de Rocquigny et de Saint-Jean-aux-Bois[1] obtiennent une remise ou une dispense de leur imposition, en raison de la perte de leur maison, grange, meubles, vêtements, chevaux, charrettes, charrues, foin, etc.

On peut citer le cas de très pauvres habitants, qui ont besoin de soulagement. Ou encore, une inondation en 1784 à Château-Porcien, qui a valu aux réfugiés d’être nourris et logés par d’autres habitants[2].


[1] Villages du département des Ardennes.

[2] Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 953 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 749-1157 = finances, impositions, aides et gabelles, eaux et forêts, monnaies, postes et messageries, traites foraines, cote C 953 = portefeuille. – 175 pièces, papier. – 1757-1788. – Remises, décharges et modérations. – Requêtes en décharge d’impositions, avec pièces à l’appui, adressées à l’intendant et classées par élections. – Election d’Epernay : Mancy (1777-1785). – Mareuil-le-Port (1774). – Mareuil-en-Brie (1785-1788). – Mareuil-sur-Ay (1785-1786). – Mareuil-sous-Châtillon (1773). – Monthelon (1785-1788). – Montmort (1772-1787). – Moslins (1785-1787). – Moussy (1772). – Passy-Grigny (1787-1788). – Pierry (1775-1776). – Plivot : requête des habitants disant « que depuis plusieurs années ils n’ont rien récolté en différents cantons de leur prairie désolés par la grande sécheresse et surtout par des insectes qui se couloient entre deux terres, coupant entièrement les racines des herbes, de sorte que la surface de leurs héritages étoit soulevée ; que les débordements des eaux en l’’hiver dernier ont absolument enlevé le gazon de leur prez, en ont creusé plusieurs jusqu’à en arracher les bornes et à recombler les troux des autres servant de limites » (1786). – Saint-Gemme (1785). – Soilly (1773-1788). – Tauxières (1786-1788). – Tours-sur-Marne (1785-1788). Trépail (1778-1787). – Troissy (1784-1787). – Vandières (1757). – Vouciennes : requête des habitants surchargés de taxes ; « ces malheureux n’ont pu, quoiqu’ils ayent fait tous leurs efforts, s’acquitter des tailles, vingtièmes et impositions : ils en redoivent encore des sommes considérables sur les années 1780, 1781, 1782, 1783 et 1784… les frais qu’on leur fait ne font qu’augmenter leurs charges » (1784). – Vaudancourt (1772-1786). – Vaudemange ; requête des habitants « disant que l’hiver de 1784, la grande abondance de neige, en fondant, a produit une grande abondance d’eau qui a causé un très grand dommage : les grains des terres hautes et moyennes ont été ravinés et déracinés ; les terres des lieux plats sont entraînées par les eaux ou recouvertes de mauvaise terre, et les terres qui étaient pour ensemencer ont été pareillement dégradées, ce qui a ôté toutes les espérances des cultivateurs » (1785). – Venteuil (1772-1786). – Verneuil (1771-1788). – Ville-en-Selve (1787-1788). – Ville-en-Tardennois : requête des habitants « disant qu’il a plu au roi de leur faire une remise d’une somme de quatre-vingt-six livres pour être répartie au marc la livre sur tous les contribuables à la taille, comme cela s’est pratiqué dans toutes les paroisses de votre généralité ; mais ils n’ont jamais été plus surpris que d’apprendre que cette somme a été répartie, il y a environ trois mois, sur 25 particuliers de la paroisse et de ladite ville, sans que le collecteur ni aucune autre personne leur ait fait part de cela, sinon il y a huit jours qu’à force de plaintes, le collecteur, semble-t-il par une grâce spéciale, a annoncé à la porte de l’église ce bienfait de S. M. Les suppliants auroient bien moins lieu de plainte si on avoit rejeté cette somme sur tous les pauvres, mais au contraire, il semble qu’on se soit étudié à la répartir sur ces 25 particuliers des plus riches de la paroisse » (1786-1787). – Vinay (1785-1786). – Vincelles : requête des habitants au roi demandant la remise des impôts pour l’année ou un temps suffisant pour les payer (1784).]


Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]
Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]

Chaque paroisse est ensuite informée de son imposition par son receveur des tailles. Les collecteurs, solvables, sont élus le premier dimanche de septembre. Ils sont chargés de la répartition de l’impôt auprès de chaque foyer, puis de sa perception.

Ils changent chaque année, et peuvent être poursuivis pour prévarication[1], si une plainte est portée contre eux. Les sommes qu’ils touchent sont variables : ainsi, en 1602, ils reçoivent vingt deniers par livre perçue, alors qu’en 1620, ils n’en obtiennent que huit, et plus que six en 1626.


[1] « Manquement d’un homme d’État, d’un élu, d’un agent public aux devoirs de son mandat, de sa charge ; faute grave commise à des fins d’intérêt personnel dans l’exercice de ses fonctions. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


En-tête du rôle de La Romagne (Ardennes) en 1762. Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]
En-tête du rôle de La Romagne (Ardennes) en 1762. Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]

D’après le rôle de 1750[1], le système change : un édit permet désormais aux intendants de nommer des commissaires au lieu de collecteurs pour asseoir[2] la taille, et la récolter chaque fois que le besoin s’en fait sentir. Ainsi, en 1762, le rôle[3] est tenu par Jean Sollette, commissaire nommé par l’intendant de Champagne.


[1] Il n’existe aucun rôle conservé entre 1742 et 1750, si bien qu’il n’est pas possible de dater plus précisément le passage des collecteurs aux commissaires à La Romagne.

[2] C’est-à-dire établir la base de l’imposition.

[3] « Ce qui sert de support à un écrit officiel ; cet écrit lui-même. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]
Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]

Les plus anciens rôles concernant La Romagne sont établis par ordre alphabétique des prénoms, ou par noms de famille. Jusqu’en 1752, ils ne concernent que les tailles.  A partir de cette date, apparaît le détail de la capitation, auquel s’ajoutent en 1771 les quartiers d’hiver.


Liste des contribuables de La Romagne (Ardennes) par ordre alphabétique des prénoms sur le rôle de 1762. Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]
Liste des contribuables de La Romagne (Ardennes) par ordre alphabétique des prénoms sur le rôle de 1762. Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]

Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]
Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]

Ainsi, les collecteurs répartissent le « tant pour la taille », le « tant pour leurs six deniers », le montant de l’ustensile[1] (levé uniquement en temps de guerre) et celui des quartiers d’hiver.


[1] « Ensemble des fournitures dues à la troupe par les gens qui la logeaient et, par extension, impôt établi par addition à la taille pour tenir lieu desdits fournitures [et services]. », selon le Centre national de ressources textuelles et lexicales.


La perception provoque parfois des heurts importants avec les villageois, si ceux–ci estiment être défavorisés par rapport à d’autres. Ils discutent alors la quote-part attribuée, ou dénoncent de trop fortes pressions du collecteur pour recouvrer l’impôt.


Ce dernier est responsable de la rentrée de l’argent, et doit combler personnellement tout déficit. Parfois, devant la mauvaise volonté de certains à payer, il peut avoir recours à des garnisaires[1].

Ces hommes, recrutés par les receveurs et envoyés ensuite, soit chez le collecteur, soit chez le contribuable, exercent une pression pour le règlement des dettes. L’un ou l’autre doit le feu et le logement, et cette présence accélère assez souvent le paiement de l’impôt.


[1] « Celui qu’on établissait chez un contribuable en retard pour le contraindre à s’acquitter, chez un débiteur pour garder les meubles saisis, ou chez les parents d’un jeune homme qui ne s’était pas présenté pour la conscription. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


Par sa place, le collecteur s’attire souvent des ennemis, et subit les pressions de gens influents, et ce, d’autant plus qu’il est démuni de toute autorité. Cependant, à la sortie de sa charge, et pendant les trois années qui suivent, il ne peut pas être imposé à un taux supérieur à celui de l’année précédant son entrée en poste, sauf si l’on peut prouver sa malhonnêteté.

Une plainte est ainsi déposée contre les collecteurs Jean Millet et Jean Courtois, car ils sont accusés d’avoir sous-estimé leur propre cotation, et probablement d’avoir favorisé, ou mal coté, deux contribuables, les veuves Langlet et Deschamps. Ils comparaissent le 15 mai 1737. L’année suivante, Jean Millet doit s’acquitter d’une somme supplémentaire de 12 livres. Elle est de 6 livres pour Jean Courtois, tandis que la veuve Langlet se voit réclamer 10 sols, et la veuve Deschamps 20 sols[1].


[1] Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin. – 1774-1790. – Election d’Epernay : requêtes en décharge de taille adressées aux élus et classées par ordre alphabétique de communautés. – Ambonnay (1789) ; Anthenay (1785) ; Athis (1781-1787) ; Avenay (1786-1787), Avize (1789) ; Ay (1774-1788) ; J.-B. Georges, syndic de la communauté, demande à être exempt de la collecte : accordé (1775). – Baslieux (1789) ; Belval (1784-1785) ; Binson-Orquigny (1784-1789) ; Boursault (1782). – Champillon (1782-1785) ; Champvoicy (1784-1788) ; Châtillon-sur-Marne (1783-1789) ; Cherville (1789) ; Chouilly (1782-1788) ; Condé-sur-Marne (1787-1788) ; Courthiézy (1787) ; Cuis (1782-1785) ; Cumières et Mardeuil (1786). – Damery (1782-1788) ; Dizy (1782-1789) ; Dormans (1780-1790).]


En-tête du rôle de 1702 de La Romagne (Ardennes) avec le cachet de la généralité de Châlons. Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]
En-tête du rôle de 1702 de La Romagne (Ardennes) avec le cachet de la généralité de Châlons. Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]

L’analyse approfondie des rôles[1] des années 1702,1712, et 1752[2] permet de déceler un certain nombre de changements dans la population.


[1] Ibidem. [Nota bene : le cadre de classement des archives départementales de la Marne ne décrit pas de façon exhaustive toutes les pièces incluses sous la cote C 2169.]

[2] Le rôle de 1702 analysé ci-dessus a été choisi car il est le premier conservé pour La Romagne. Bien que d’autres registres ultérieurs aient été consultés aux archives départementales de la Marne, la méthodologie a consisté à privilégier un sondage des années 1702, 1712 (une décennie après) et 1752 (un demi-siècle après). Ce choix, qui pourrait paraître arbitraire, peut s’expliquer : 1712 est la première année documentée après le grand hiver de 1709. Et le système d’imposition change trop dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle pour qu’une comparaison puisse être établie après 1752. Il faut peut-être ajouter que l’état de conservation de certains documents a pu les rendre moins exploitables. Le corpus choisi a fait l’objet d’un dépouillement systématique (par nom, métier, et taille).


Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]
Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]

Le rôle de 1702 met en lumière la diversité des activités et des situations parmi les trois exemptés[1] (le seigneur de La Romagne, le marquis de Chaumont ; le curé de la paroisse Norbert Deheaulme ; Firmin Canel, écuyer dans les chevau-légers de la garde) et les soixante contribuables, dont quatorze laboureurs, huit tireurs de mines, neuf manouvriers, deux tisserands en toile et un peigneur de laine, deux scieurs de long, un meunier, un fruitier, un berger, un maître d’école, un hautelain[2], un mandelier[3], un couvreur en paille, un savetier[4].


[1] Les nobles, le curé du village et son vicaire (quand il y en a un), et ceux qui ont été au service du roi dans ses armées, sont dispensés du paiement de la taille.

[2] Variante orthographique d’hôtelain, c’est-à-dire aubergiste, cabaretier, hôtelier, hôte, celui chez qui on loge.

[3] « Celui qui fabrique et vend des mandes, des paniers, vannier », selon le Centre national de ressources textuelles et lexicales.

[4] « Artisan qui raccommodait les souliers. », selon le Dictionnaire de l’Académie française. A distinguer du sabotier, qui est, lui, un « fabricant ou marchand de sabots. »


Rôle de La Romagne (Ardennes) en 1702. La dégradation du document entraîne une perte d'information. Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]
Rôle de La Romagne (Ardennes) en 1702. La dégradation du document entraîne une perte d’information. Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]

Quatre métiers ne sont pas précisés. Une femme célibataire est répertoriée, Marguerite Cornu. Dix veuves sont décomptées. La plus forte cotisation (55 livres) est celle de Pierre Leblanc, laboureur en propre et en cense. La plus faible est celle d’un habitant dont le nom est resté illisible à cause d’un bas de page déchiré, mais qui cotise 8 sols. L’assiette de la taille est de 548 livres et 15 sols. Le document est établi le 27 décembre 1701 pour un paiement en 1702.


Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]
Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]

Le rôle de 1712 ne montre plus que cinquante-trois contribuables et deux exemptés. Le premier est le curé Louis Potin, et le second, qualifié de « soi-disant exempt des impositions[1] », est le sieur Devie de La Horgne, lieutenant de cavalerie. L’assiette de la taille est de 429 livres 2 sols 6 deniers. Le document est établi le 6 janvier 1712 pour un paiement en 1712.


[1] L’orthographe a été modernisée.


Il n’y a plus de tireurs de mines, et il ne subsiste qu’un tisserand. L’extraction du fer et la filière de la laine semblent des secteurs en déshérence.


Rôle de La Romagne (Ardennes) en 1712. L'humidité favorise le développement de certains champignons. Le papier en a gardé des traces. Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]
Rôle de La Romagne (Ardennes) en 1712. L’humidité favorise le développement de certains champignons. Le papier en a gardé des traces. Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]

Désormais, seuls restent onze laboureurs, certains ayant changé de statut pour celui de manouvriers. Désormais, ces derniers sont au nombre de quinze. Les deux scieurs de long continuent d’exercer.

Sont également notés un maréchal-ferrant, un meunier, un berger (identifié comme pauvre), un maître d’école, un garde[1], trois fruitiers, et un boucher. Jean Foulon et Pierre Cocu n’ont pas de mention de métier. Onze veuves sont dénombrées. Une célibataire est recensée, Madeleine Mallet.


[1] Sous réserves, cela pourrait correspondre à un garde des bois et forêts particulier.


Le veuvage des femmes marque une hausse entre 1702 et 1712. D’autre part, une nouvelle classe apparaît dans les rôles, celle des mendiants : le terme désigne, non celui qui vit de mendicité, mais un homme pauvre, qui n’a pas de réserves, qui est très vulnérable en raison de la maladie, du chômage ou de la cherté des grains.

Une livre = vingt sols.

Cela n’empêche pas de lui prélever quelques sous malgré son statut. Ainsi, Martin Mauroy, qualifié de mendiant, doit-il payer 30 sols, soit une livre et 10 sols, en 1712. Gilles Antoine, répertorié lui comme pauvre, s’acquitte pour sa part de 20 sols, soit une livre.

Un sol = douze deniers.

Cette situation des veuves, des pauvres et des mendiants à La Romagne est sans doute liée à l’influence du grand hiver de 1709, qui a accru la pauvreté, avec une sous-alimentation des Romanais, et une plus grande mortalité.

Rôle de la taille à La Romagne (Ardennes) en 1727. Certains insectes (termites, vrillettes, poissons d'argent, etc.) creusent les documents et en rendent la lecture difficile. Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]
Rôle de la taille à La Romagne (Ardennes) en 1727. Certains insectes (termites, vrillettes, poissons d’argent, etc.) creusent les documents et en rendent la lecture difficile. Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]

Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]
Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]

Le rôle de 1752 atteste que la population a de nouveau augmenté. Il y a désormais quatre exemptés : Monsieur de la Motte Houdancourt ; monsieur du Merbion, officier de milice ; monsieur d’Avançon, officier réformé ; le prieur.

Les exemptés de la taille à La Romagne (Ardennes) d'après le rôle de 1752. Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]
Les exemptés de la taille à La Romagne (Ardennes) d’après le rôle de 1752. Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]

S’y ajoutent soixante-quinze contribuables, dont vingt laboureurs et vingt-trois manouvriers, trois forains[1] et cinq de droits de suite[2], un tailleur, un maréchal-ferrant, deux pâtres, un cabaretier, un maître d’école, un sabotier.


[1] « Propriétaire forain, qui ne réside pas dans le lieu où sont situés ses biens et où il paie l’impôt. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] Le droit de suite permet à un créancier de poursuivre un bien en quelque main qu’il se trouve.


Rôle de La Romagne (Ardennes) en 1752. Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]
Rôle de La Romagne (Ardennes) en 1752. Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 2169 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 2099-2488, élections, cote C 2169 = liasse. – 185 pièces, 1 parchemin.]

Quatre femmes sont célibataires. Les veuves sont au nombre de treize, dont une insolvable. Quant aux veufs, ils ne forment pas une catégorie à part, leur état étant signalé en même temps que leur activité. La Romagne en compte trois. L’assiette de la taille est de 599 livres 5 sols. Le document est établi le 22 décembre 1751 pour un paiement en 1752.


La politique royale a recours presque systématiquement à la belligérance pour consolider les positions de la France. De 1688 à 1697, la guerre de la Ligue d’Augsbourg[1] est la cause de ponctions fiscales de plus en plus fortes.

Celles-ci sont destinées, d’une part, aux cavaliers et fantassins préposés à la garde de la rivière Meuse et, d’autre part, aux appointements des officiers et des soldats, à leur habillement, à l’armement et au fourrage.


[1] Aussi désignée comme guerre de Neuf Ans, guerre de la Succession palatine, guerre de la Grande Alliance, campagnes du Palatinat, elle est nommée guerre de Succession d’Angleterre ou guerre du roi Guillaume par les historiens britanniques.


La Romagne[1], comme Herbigny ou Wasigny est rattachée au 13e poste de Maubert-Fontaine, sur la ligne de défense depuis Charleville jusque Signy-le-Petit[2].


[1] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 2007-53877, Desbrière, Michel, Chronique critique des lignes de défense de la Champagne septentrionale 1644-1748, Charleville-Mézières : Éditions Terres ardennaises, 2003, 314 p., p. 247.

[2] Tous ces villages se trouvent dans le département des Ardennes.


Au départ, la fourniture de l’ustensile comprend la place au feu et à la chandelle[1], avec fourniture du sel, du vinaigre et d’autres menues denrées, le prêt des objets de cuisine, le coucher, ainsi que l’avance de la subsistance et du fourrage pour les chevaux.


[1] C’est-à-dire le chauffage et l’éclairage.


Cet impôt se paie sur cinq mois à compter du 1er décembre. En 1655, cette obligation est convertie en une somme d’argent. Un siècle plus tard, l’intendant de Champagne Pelletier de Beaupré[1] donne des instructions concernant les dispenses de paiement d’ustensile.

Elles précisent que, si une exemption individuelle est accordée, la somme due par l’ensemble de la paroisse ne peut en aucun cas être diminuée. Si bien que la répartition s’applique à ceux qui ne sont pas dispensés :  leur participation est augmentée d’autant[2].


[1] Il est intendant de la généralité de Champagne de 1739 à 1750.

[2] Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 791 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 749-1157 = finances, impositions, aides et gabelles, eaux et forêts, monnaies, postes et messageries, traites foraines, cote C 791 = portefeuille. – 3 cahiers in-fol. – 1787. – Tarif pour la répartition de la taille de 1788 dans les villes, bourgs et communautés de l’élection de Chaumont-en-Bassigny, classées par ordre alphabétique depuis Germizey jusqu’à Voucourt (un premier cahier manque). Le tableau consacré à chaque localité contient les mêmes renseignements statistiques et autres énumérés dans l’article précédent : le nom du seigneur, ceux des commissaires de la taille des trois dernières années, le taux de la taille de l’année précédente au marc la livre de la propriété et de l’exploitation réunies ; celui des impositions accessoires et de la capitation ; la mesure du lieu pour les biens fonds ; la mesure, le poids et le prix des différentes espèces de grains ; le tableau du territoire de la communauté divisé en exploitation des privilégiés, des taillables et biens incultes ; la consistance des usages communaux ; l’extrait en ce qui concerne la communauté du dénombrement général de 1774 (habitants et bestiaux) ; le montant de la taille de chacune des dix dernières années ; le chiffre proposé par l’élection et celui qui est arrêté par l’intendant pour l’année 1788.]


Les quartiers d’hiver sont destinés au logement des troupes durant la trêve hivernale. Ils pèsent lourdement sur la population. En 1727, la généralité de Châlons se doit de fournir la somme de 476 779 livres.

Ce dû est réparti entre toutes les élections, dont celle de Rethel pour 58 467 livres, et celle de Reims pour la somme de 88 689 livres[1]. A charge pour ces deux circonscriptions d’exiger à leur tour ces sommes de chacune des paroisses sur lesquelles s’exerce leur tutelle.


[1] Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 1117 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 749-1157 = finances, impositions, aides et gabelles, eaux et forêts, monnaies, postes et messageries, traites foraines, cote C 1117 = portefeuille. – 59 pièces, 8 parchemins. – 1703-1775. – Impositions militaires : ustensile, fourrage et quartier d’hiver. – Lettre du roi à l’intendant de Champagne d’Harouys fixant le chiffre de l’ustensile et réglant le mode de recouvrement pour 1704 (1703). – Fixation de l’ustensile à payer par les villes de la généralité de Champagne en 1708 : la somme s’élève à 110 000 livres. – Département du quartier d’hiver par élections et paroisses : élections de Bar-sur-Aube, Chaumont, Epernay, Joinville, Rethel, Sainte-Menehould, Sézanne et Vitry (1704) ; de Châlons (1711-1712) ; de Joinville et Troyes (1716-1717) ; d’Epernay, Sainte-Menehould et Sézanne (1718). – Arrêts du Conseil fixant l’imposition à lever en Champagne pour le quartier d’hiver et l’habillement de la milice : la somme s’élève en 1727 à 476 779 livres 18 sols 3 deniers ; en 1730 à 330 954 livres 13 sols 6 deniers ; en 1762 à 573 430 livres 19 sols 9 deniers. – Demandes d’exemption de l’ustensile classées par communautés. – Châlons : Beschefer et Charruel, officiers de feue madame ; lettre de d’Argenson à l’intendant Le Pelletier de Beaupré en leur faveur (1734). – Fismes : Billet, substitut du procureur du roi au bailliage (1742). – Langres : les échevins de la ville (1735). – Reims : les bailli et procureur fiscal de l’archevêque ; 2 lettres de l’archevêque Armand-Jules de Rohan à l’intendant pour lui recommander la requête et le remercier d’y avoir fait droit (1734) ; Bernard, professeur à la faculté de médecine (1734). – Liste envoyée à l’intendant de Champagne par les échevins de Reims avec prière de leur faire savoir si les personnes y dénommées doivent être sujettes à l’ustensile ; observations de l’intendant Le Pelletier de Beaupré en réponse (1734). – Ordonnance de l’intendant Le Pelletier assujettissant à l’ustensile les officiers des traites foraines de Reims (1744). – Sainte-Menehould : Delavaux, substitut du procureur du roi au bailliage et prévôté (1734).]


La capitation est un autre impôt personnel, établi sur la fortune de chacun. A l’origine, c’est un impôt temporaire (qui se prélève par tête, comme son nom l’indique), destiné à soutenir l’effort de guerre.

Créée par la déclaration du 18 janvier 1695, elle taxe chaque feu sans exception (à moins d’indigence déclarée), d’après son état financier, et selon un tarif qui comporte vingt-deux classes.


Supprimée peu de temps après, elle est rétablie en 1701 de façon systématique. Très rapidement, un système d’abonnement ou de rachat enlève à cet impôt son caractère d’égalité. Le clergé le rachète d’abord par un « don gratuit ».

Puis il s’en affranchit complètement en 1710, en payant six fois la valeur de ce « don ». On nomme des membres de la noblesse, comme le marquis d’Ambly en 1716, pour assurer la répartition de la capitation dans les bailliages de Rethel et de Reims[1].


[1] Archives départementales de la Marne, site de Châlons-en-Champagne, C 969 [série C = administrations provinciales. – Intendances, subdélégations, élections et autres divisions administratives ou financières, bureaux des finances, états provinciaux, principautés, régences, etc., articles C 749-1157 = finances, impositions, aides et gabelles, eaux et forêts, monnaies, postes et messageries, traites foraines, cote C 969 = portefeuille. – 151 pièces, papier. –  1718-1787. – Capitation de la noblesse : commissaires chargés de travailler à la répartition. – Circulaires annuelles de l’intendant aux commissaires de la noblesse (1769-1787). – Envoi à l’intendant des lettres de cachet portant nomination des commissaires dont les noms suivent : Louvergny et Sugny (1720) ; comte de Dampierre (1724) ; marquis de Sommeyèvre (1724) ; Dey de Séraucourt (1724) ; Saint-Eulien et Pavant (1726) ; Saint-Eulien (1729) ; Féret (1733) ; Mondéjeux (1736) ; comte de Wignacourt (1740) ; Féret (1742) ; Mesgrigny (1743) ; comte de Gizaucourt (1744) ; comte de Nettancourt (1744) ; Godet de Vadenay (1745) ; marquis de Pleurre (1749) ; marquis de Villennes (1750) ; Féret (1753) ; Godet de Crouy (1753-1766) ; Capy d’Hoiry, Hocart et Renneville (1767) ; marquis d’Ambly (1770-1777) ; Hocart fils (1774) ; Gizaucourt fils (1774-1787) ; comte de Pleurre (1776-1787) ; Béguin de Savigny et Rémont de Saint-Loup (1777-1784) ; marquis de Bienville (1782) ; Cappy fils (1784).]


La capitation et les quartiers d’hiver sont établis « au marc la livre[1] » soit, pour la première, 12 sols 10 deniers, et pour les seconds, 12 sols 3 deniers.


[1] « Au marc le franc, se dit, par référence à une ancienne unité de poids, de la manière de répartir ce qui doit être reçu ou payé par chacun, en proportion de sa créance ou de son intérêt dans une affaire. Les créanciers ont été payés au marc le franc. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


A partir de 1710, et pour des périodes plus ou moins longues, sont établis de nouveaux impôts (dixième, vingtième, cinquantième), qui taxent, selon les époques, les revenus.

Cette imposition ne repose pas sur l’ensemble de la population : les nobles en sont dispensés, au nom de l’impôt du sang ; le clergé l’est aussi, pour son rôle spirituel. Seuls les roturiers, artisans, manouvriers, laboureurs y sont soumis, ce qui affaiblit considérablement la province.

Le nombre des exempts et des privilégiés est très grand, et la situation instable de l’époque nuit au commerce et aux cultures, comme le constate l’intendant Larcher[1] dans son Mémoire sur la Champagne[2].


[1] Intendant de la province de Champagne de 1692 à 1699.

[2] Bibliothèque du Sénat, 3FPM0956 [= Ancien 9351 selon une cotation antérieure], numéro de notice 956, Mémoires sur diverses généralités [XVIIIe siècle, manuscrit en français sur papier, 230, 213, et 200 pages, 350 sur 240 mm, reliure en parchemin vert], tome I, Larcher, Michel, Mémoire sur la généralité de Champagne, dressé par M[ichel Larcher], 1695, 230 p.


Cette grande misère est encore soulignée en 1712 par le sieur Galloys, receveur général des finances. Ce dernier demande de soulager la population d’une partie de l’ustensile car, dans la misère où sont les peuples, il ne peut en faire le recouvrement[1].


[1] Archives nationales, G7 236 [série G = administrations financières et spéciales, sous-série G7 = contrôle général des finances, fonds G7 71-531 = lettres originales adressées au contrôleur général des finances par les intendants des généralités. 1678-1747, articles G7 223-238. Champagne (Châlons-sur-Marne). 1677-1738.]


En 1765, des instructions pour la confection des rôles des tailles et de la capitation dans la généralité de Châlons permettent de comprendre comment est établi le montant de ces impôts, d’autant que, depuis cinq ans, le système d’imposition est passé à la taille tarifiée.

Est pris en compte ce qui relève de l’industrie, ou du travail manuel, que ce soit pour les manouvriers ou les artisans. S’y ajoute ce qui est du domaine de la propriété, ou de la location de biens, selon la déclaration royale du 13 août 1765.


L’imposition de l’industrie est réglée sur la base de deux cents jours par an, dont le prix est fixé suivant les différentes vacations ou métiers. Elle concerne les laboureurs n’ayant pas l’emploi d’une charrue toute l’année, les manouvriers et les artisans.

Certaines catégories en sont exemptées, comme les veufs et veuves de plus de soixante ans. Sont également concernées par cette mesure les personnes vivant « bourgeoisement », c’est-à-dire n’effectuant aucun travail mécanique, ainsi que les domestiques célibataires. Des réductions sont consenties aux veufs et veuves de moins de soixante ans.


Les avocats, notaires, procureurs, sergents, praticiens et chirurgiens la payent. Les commerçants (blatiers[1], coquassiers[2], revendeurs, cabaretiers, etc.) sont taxés comme le sont les biens-fonds.


[1] « Revendeur de blé, de grains. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.

[2] « Marchand de beurre, œufs, volailles », selon le Centre national de ressources textuelles et lexicales.


Les autres immeubles[1] sont constitués de terres de labour, pour lesquelles on paie la taxe d’exploitation, plus la moitié de celle de propriété. Mais pour d’autres, comme les prés, les vignes, les chènevières, la taxe entière de la propriété est payée. Quant aux maisons, moulins et étangs, ces biens voient la taxe diminuée d’un quart, à cause des réparations et de l’entretien nécessaires.


[1] « Se dit d’un bien qui, par nature, ne peut être transporté d’un lieu à un autre. », selon le Dictionnaire de l’Académie française.


La lourdeur de la fiscalité, et les privilèges dont certains bénéficient, expliquent les revendications qui apparaissent dans les cahiers de doléances de 1789.