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Cimetière et inhumations à La Romagne


Vue extérieure de l'église de La Romagne, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vue extérieure de l’église de La Romagne, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Pour le catholicisme, les morts, avant le jugement dernier, sont dans un état transitoire ou état de sommeil[1]. C’est en fonction de ce principe que le christianisme a introduit une révolution dans l’aménagement de l’espace funéraire par rapport à la tradition latine : il a voulu que le cimetière soit autour de l’église pour bien montrer les liens qui unissent les vivants et les morts. Celui de La Romagne ne déroge pas à cette tradition.

Le clocher sonnait le glas pour signaler à la communauté villageoise le décès de l'un de ses membres, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le clocher sonnait le glas pour signaler à la communauté villageoise le décès de l’un de ses membres, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La fondation du cimetière est contemporaine de la fondation de l’église et, pour les inhumations antérieures à cette date, la question se pose de savoir si elles avaient lieu à Rocquigny.

Traditionnellement, le cimetière doit être clos. En général, il est entouré de haies vives, ce qui fait que sa clôture doit être replantée périodiquement. Lors des visites de paroisses, c’est un des points sur lequel le visiteur porte une attention toute particulière.


[1] Le bas-latin cimiterium dérivé du latin classique coemeterium, désigne un lieu pour dormir, un dortoir.


La tradition d'entourer le cimetière de haies vives perdure, , prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
La tradition d’entourer le cimetière de haies vives perdure, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Après les affres de la guerre de Trente ans (1618-1648) et de la Fronde (1648-1653), celui de la paroisse est encore tout ouvert en 1665, et même postérieurement. La situation s’améliore à partir du début du siècle suivant puisque, lors d’une autre visite, il est dit « qu’il est entouré de toutes parts de hayes vives ». Ces dernières ont dû se détériorer au cours du siècle car, en 1774, le curé signale qu’il y a « quelques hayes vives à l’entour, ce qui ne suffit pas pour le bien fermer ». Une dizaine d’années plus tard, la situation perdure et n’a pas évolué.

Les haies protègent hermétiquement le cimetière, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Les haies protègent hermétiquement le cimetière, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Pour persuader les paroissiens d’entretenir leur cimetière, le doyen brandit la menace de l’interdiction (ou impossibilité d’enterrer les morts dans le cimetière paroissial). C’est ce qui se passe pour celui de celui de Montmeillant s’il n’est pas fermé au plus vite, tandis qu’il montre une certaine indulgence à l’égard des paroissiens de Rocquigny, dont la pauvreté est notoire, puisque ceux-ci s’engagent à le fermer dès que les moyens le leur permettront. Or, la lecture des documents montre qu’il s’écoule beaucoup de temps entre la promesse faite et son exécution. Les représentants de l’église savaient composer avec les paroissiens.


Christ en croix ornant une tombe, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Christ en croix ornant une tombe, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le cimetière est considéré comme une terre sainte d’où doit être exclu toute activité profane et toute violence. C’est pourquoi les comptes rendus de visite signalent qu’à La Romagne, il n’y a pas « de bestiaux qui paissent dans le cimetière et qu’aucune foire ne s’y tient », alors que ce sujet est abordé à maintes reprises pour d’autres paroisses comme Saint-Jean-aux-Bois ou Fraillicourt. Cependant, le cimetière peut être un lieu de réunion et d’information (puisque le curé y lit les ordres royaux ou autres), tout en étant prioritairement l’endroit obligatoire des inhumations.

Christ en croix, détail d'un monument funéraire, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Christ en croix, détail d’un monument funéraire, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Depuis le décret du 13 prairial an XII (article 16), c’est le maire et non plus le curé qui se voit attribuer la police et la surveillance du cimetière, ainsi que le droit de nommer un ou plusieurs fossoyeurs. Lorsque les visites paroissiales reprennent après le rétablissement de la religion catholique, celle de 1803 dit « qu’il est ouvert et que la grande porte a besoin d’être réparée » tandis que celle de 1807 souligne qu’il est « à l’abandon, sans murs et sans haies pour le défendre[1] ».

Avec sa grille et ses marches, l'entrée du cimetière garde l'esprit de celle de 1883, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Avec sa grille et ses marches, l’entrée du cimetière garde l’esprit de celle de 1883, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

L’entourage du cimetière est un souci pour la communauté villageoise : périodiquement, les lacunes dans les haies sont replantées, tandis qu’en 1883 le remplacement de la porte d’entrée en bois est envisagé au profit d’une porte en fer à claire voie[2]. L’accès aux marches devenant dangereux, des travaux sont décidés en mai 1914. Pour les mener à bien, on utilise des matériaux locaux, dont des pierres provenant de Renwez.


[1] Archives départementales de la Moselle, centre de Saint-Julien-lès-Metz, 29J 370 [série J = archives privées, sous-série 29J = évêché de Metz (1093-1999), articles 29J 130-773 = diocèse depuis 1802, articles 29J 340-396 = contrôle épiscopal, an XIII-1925, articles 29J 355-385 = visites canoniques, enquêtes sur l’état des paroisses, 1803-1886, articles 29J 355-377 = ancien diocèse de Metz, 1803-1886].

[2] Archives départementales des Ardennes, 5O, dossier en cours de reclassement au cours de sa consultation, [série O = administration et comptabilité communales, sous-série 5O = travaux et marchés communaux].


Porche extérieur de l'église, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Porche extérieur de l’église, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

En général, l’inhumation à l’intérieur de l’église est réservée aux personnages importants de la paroisse, comme les seigneurs  ou leurs proches. C’est le cas :

  • le 9 octobre 1693 pour Anne de Bouzonville (69 ans), femme du Sieur de L’Auge ;
  • le 10 octobre 1695 pour demoiselle Renée de l’Auge (32 ans) ;
  • le 18 mars 1698 pour Renée de Bouzonville (femme de René Duguet).

D’autre part, des membres importants de la communauté paroissiale peuvent bénéficier de ce privilège : on relève l’inhumation dans l’église de Marie Béchet le 14 décembre 1695, ou celle d’un jeune enfant âgé de 17 jours (né le 24 février 1702), fils de François Boudsocq[1]. En dernier lieu, certains curés sont inhumés dans le chœur de l’église de La Romagne : c’est le cas de Louis Potin et de Jean Bataille, tandis que Philippe Hennezel[2] a souhaité, en signe d’humilité, être inhumé dans l’allée et à proximité du porche, pour que les paroissiens marchent sur sa tombe.

Allée centrale de l'église, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Allée centrale de l’église, prise de vue effectuée le dimanche 3 septembre 2017. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

En 1776, une déclaration royale interdit désormais l’inhumation dans l’église, ce qui traduit les préoccupations sanitaires des autorités. La paroisse de La Romagne se soumet à ces nouvelles règles. Le sieur Pâté (curé et doyen de Rethel) et Pierre Baudesson (vicaire de Rethel) confirment lors de leur visite de 1783 que « l’on n’enterre pas dans l’église et que les fosses ont la profondeur qu’elles doivent avoir » tandis que lors de la visite à Rocquigny la même année, ils ont remarqué que « les fosses n’étaient pas assez profondes[3]».


[1] Archives départementales des Ardennes, EDEPOT/ROMAGNE[LA]/E 1 [série EDEPOT = archives communales déposées, sous-série ROMAGNE[LA]/E 1 = registres paroissiaux et d’état civil de La Romagne, 1693-1702, manque l’année 1700], acte de décès, vue 12/38, consultable en ligne.

[2] Archives départementales des Ardennes, 1J 21 9 [série J = archives d’origine privée (entrées par voie d’achat, don, legs ou dépôt), sous-série 1J = pièces isolées et petits fonds (série ouverte), article 1J 21 = histoire du Porcien (dons Didion et abbé Henry, novembre 1949), cote 1J 21 9 = cahier concernant Montmeillant et La Romagne, des extraits des registres paroissiaux et d’état-civil (1678-1860), les familles Lantenois, Hamel, Mauroy et Picard, des notes par A. Picard].

[3] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 2G 268/7 [série G = clergé séculier, sous-série 2G = fonds de l’archevêché de Reims, cotes 2G 267-268, = doyenné de Rethel (1248-1790)].


L'incinération, condamnée autrefois par l'Eglise catholique, est une alternative à l'inhumation, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
L’incinération, condamnée autrefois par l’Eglise catholique, est une alternative à l’inhumation, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Alors qu’avant la Révolution, les obsèques étaient purement religieuses, elles associent ensuite l’église et la commune, tout au moins en ce qui concerne la gestion du cimetière : la première garde cependant la prééminence. Rares sont les documents de successions qui font allusion aux frais d’obsèques, mais quelques actes font apparaître que les cérémonies s’élevaient à un peu moins de 50 francs, en dehors de la fabrication du cercueil par le menuisier du village (environ 15 francs) et le creusement de la fosse (8 francs)[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, 3E 14/67, [série E = état civil, officiers publics et ministériels, sous-série3E = archives notariales, article 3E 14 = dépôt 14, cotes 3E14/1-324 = archives notariales de Chaumont-Porcien et Seraincourt].


Vestige d'une pierre tombale, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vestige d’une pierre tombale, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

A partir de 1930, la présence d’un fossoyeur communal ou non apparaît dans les comptes-rendus municipaux. Ainsi, Alcide Dupont, Arthur Bart, Aimé Vuillemet occupent successivement cette fonction, avant que les entreprises de pompes funèbres ne se chargent de faire creuser les tombes.

Le Christ en croix est une constante de l'art funéraire religieux, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Le Christ en croix est une constante de l’art funéraire religieux, prise de vue effectuée le dimanche 18 juillet 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Le cimetière de La Romagne est donc tout au long des siècles un lieu d’inhumation pour tous les habitants du village. Il est aussi un endroit de repos pour quelques prêtres qui ont été au service de la paroisse tels :

  • l’abbé Morin (dont Jules Carlier nous dit en 1913 que « La pierre qui supportait la croix en bois érigée sur sa tombe existait encore à fleur de sol et qu’elle se trouvait à quelques pas en avant du portail[1] ») ;
  •  les curés Noiville et Regnier.

En dehors de ces figures, le cimetière a pu accueillir des vagabonds ou des mendiants, comme celui qui fut trouvé mort à Rocquigny mais qui était habitant de La Romagne.


[1] Bibliothèque Carnegie Reims, CHBM 994, Carlier, Jules, Epigraphie campanaire ardennaise : les Cloches du canton de Chaumont-Porcien, Rethel : Huet-Thiérard. 1913, 73 p. [Nota bene : l’ouvrage est un tiré à part donné en 1933 par l’auteur. Ce dernier a rédigé initialement quatre articles imprimés dans un périodique ardennais : la première partie est parue dans Carlier, Jules, « Epigraphie campanaire ardennaise : les Cloches du canton de Chaumont-Porcien » in Annales rethéloises : revue historique et littéraire, Rethel : Huet-Thiérard, 1907-1924 [I-XVIII], septième année, n° 37, janvier-février 1913, p. 1-5 ; La deuxième partie a été publiée dans Carlier, Jules, « Epigraphie campanaire ardennaise : les Cloches du canton de Chaumont-Porcien » in Annales rethéloises : revue historique et littéraire, Rethel : Huet-Thiérard, 1907-1924 [I-XVIII], septième année, n° 38, mars-avril 1913, p. 15-23. La troisième partie a été diffusée dans Carlier, Jules, « Epigraphie campanaire ardennaise : les Cloches du canton de Chaumont-Porcien » in Annales rethéloises : revue historique et littéraire, Rethel : Huet-Thiérard, 1907-1924 [I-XVIII], septième année, n° 40, juillet-août 1913, p. 47 et suivantes. La quatrième partie a été éditée dans Carlier, Jules, « Epigraphie campanaire ardennaise : les Cloches du canton de Chaumont-Porcien » in Annales rethéloises : revue historique et littéraire, Rethel : Huet-Thiérard, 1907-1924 [I-XVIII], septième année, n° 41, septembre-octobre 1913, p. 63 et suivantes].

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Maladies et accidents de la vie quotidienne à La Romagne


Médiathèque Georges-Delaw (Sedan), fonds Gourjault, carton 128, [Notes biographiques et documents originaux concernant des personnalités de Sedan et des Ardennes.], division 50 [Claude Chastillon, topographe, XVIIe siècle], partie c. [Nota bene : c. 29 gravures signées par C. Chastillon dont : le château de Chappes en Champagne - 2 cartes du verdunois - Richecourt - Le Château de Reims en ruine - Le château de Sainte-Menehould - Rozoy-en-Thiérarche - Dinant et Château-Regnault - Attigny - Abbaye de Signy - Le château de Thugny, 3 pièces - Le château de Bouvignes - Le château de Grandpré - Juniville - Le château de lambertelle - Le château de Chili - Le château de Rochefort. 24 figures identifiées et 5 gravures de châteaux champenois], notice descriptive consultable en ligne sur le Catalogue collectif de France (CCFr).
Médiathèque Georges-Delaw (Sedan), fonds Gourjault, carton 128, [Notes biographiques et documents originaux concernant des personnalités de Sedan et des Ardennes], division 50 [Claude Chastillon, topographe, XVIIesiècle], partie c. [Nota bene : contient 29 gravures, dont l’Abbaye de Signy], notice descriptive consultable en ligne sur le Catalogue collectif de France (CCFr).

Comme il est important depuis le Moyen Age, pour les familles quelque peu aisées, de se préoccuper du sort des malades, un certain Adam de Galery fait donation en 1286 aux moines de Signy d’une maison avec grange et dix setiers de terre sis à La Romagne. Il y ajoute des rentes en froment pour les besoins des malades, tout en gardant l’usufruit jusqu’à sa mort[1].

Un lieu-dit, assez proche du village mais sur le terroir de Rocquigny, porte le nom de maladrerie : cela atteste (mais surtout rappelle) la présence très ancienne d’un établissement, probablement de petite taille, où l’on regroupe les malades des environs.


[1] Archives départementales des Ardennes, H 205 [série H = clergé régulier avant 1790, cotes H 1-409 = abbayes, prieurés et couvents d’hommes, cotes H 203-237 = abbaye royale de Notre-Dame de Signy, cisterciens, filiale d’Igny, ligne de Clairvaux, commune de Signy-l’Abbaye, cotes H 205-206 = cartulaire (1134-1729) et table (XVIIIe siècle), 1134-XVIIIe siècle].


Ruisseau de la Fontaine aux Pous, repérage topographique des environs de La Romagne effectué le samedi 10 avril 2010. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Ruisseau de la Fontaine aux Pous, repérage topographique des environs de La Romagne effectué le samedi 10 avril 2010. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les actes de décès faisant mention de la cause de la mort sont rares. Néanmoins, il faut avoir présent à l’esprit les conditions climatiques et météorologiques, l’alimentation souvent insuffisante ou de mauvaise qualité, la misère générale et l’hygiène lamentable des habitations à l’extérieur : les fumiers contaminent souvent les puits, et les immondices s’étalent parfois dans les rues. Depuis toujours, le problème de ces engrais naturels s’est posé pour la qualité de l’eau et l’hygiène des rues dans un premier temps et des demeures, dans un second.


Yersinia pestis (bactérie vue au microscope à balayage).
Yersinia pestis (bactérie vue au microscope à balayage).

Bien que l’on n’ait pas de renseignements directs concernant la Romagne, on peut penser que la peste s’est manifestée périodiquement entre 1347 et 1635, puis de nouveau en 1636 comme elle l’a fait, à plusieurs reprises, à Sery ou à Wasigny : une liste des morts et une pierre de l’église y témoignent des nombreuses victimes dues à la contagion[1].

Les années de famine ou de disette s’accompagnent généralement de maladies. C’est ce qui se passe à propos des conséquences de l’hiver 1709. L’on constate pour le village une chute vertigineuse des naissances en 1710, au point que le solde naturel[2] est déficitaire.

Les habitants de La Romagne et des environs doivent faire face à un certain nombre de maladies et d’épidémies. Outre la peste, dont les ravages se font sentir régulièrement, d’autres fléaux reprennent à la fin du 16e siècle. Puis, dès 1701, c’est une « attaque de discentrie » qui les frappe.


[1] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-3639, Baudon, Albert, « Le registre des sépultures de Sery (1628-1660) », in Revue d’Ardenne et d’Argonne : scientifique, historique, littéraire et artistique publiée par la Société d’études ardennaises, 1re année, n° 1 (novembre/décembre 1893)-22e année, n° unique (1915/1923), Sedan : imprimerie Laroche, 1893-1923, 8e année, n° 1, novembre 1900, p. 125-133, périodique consultable en ligne sur Gallica.

[2] Différence entre le nombre de naissances et celui des décès.


Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-9782642, Meyserey, Guillaume Mahieu de, Méthode aisée et peu coûteuse, de traiter avec succès plusieurs maladies épidémiques, comme la suette, la fièvre miliaire, les fièvres pourprées, putrides, vermineuses & malignes, suivie dans différens endroits du royaume & des pays étrangers, avec les moyens de s'en préserver […], Paris : Veuve Cavelier et fils, 1753, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-TE29-4 (A), consultable en ligne sur Gallica.
Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-9782642, Meyserey, Guillaume Mahieu de, Méthode aisée et peu coûteuse, de traiter avec succès plusieurs maladies épidémiques, comme la suette, la fièvre miliaire, les fièvres pourprées, putrides, vermineuses & malignes, suivie dans différens endroits du royaume & des pays étrangers, avec les moyens de s’en préserver […], Paris : Veuve Cavelier et fils, 1753, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-TE29-4 (A), consultable en ligne sur Gallica.

En 1718 c’est « la suette miliaire » qui se répand à partir de Château-Porcien jusque Wasigny et Lalobbe. Cette maladie ne s’attaque qu’à des sujets robustes, alors qu’elle épargne les enfants et les vieillards. Elle commence par « une sueur sans grande fièvre, un petit mal de tête et une soif ardente[1] ».  Du deuxième au quatrième jour apparaît une congestion de la face. Les symptômes peuvent devenir violents très rapidement, et évoluer vers un délire ou un coma. La mort survient en quelques heures. Pour traiter cette maladie, il faut rester alité et suer beaucoup : on donne au malade de l’eau colorée avec du vin, des tisanes et la diète est imposée, même si le malade à très faim.


[1] Railliet, Georges (docteur), « Une épidémie de suette miliaire dans le Porcien au XVIIIe siècle », in Bulletin de la Société française d’histoire de la médecine, Paris : [R. Lacer], 1902-1942, tome XXIV, année 1930, p. 389-397, fonds de la SFHM [Société Française d’Histoire de la Médecine], 1930, n° 24, exemplaire numérisé d’après l’original de la Bibliothèque interuniversitaire de Santé, pôle médecine-odontologie, consultable en ligne sur Medica.


Considéré comme une mauvaise herbe, le chiendent (Agropyron repens, Elytrigia repens, Elymus repens, Triticum repens) est censé possèder des vertus anti-infectieuses.
Considéré comme une mauvaise herbe, le chiendent (Agropyron repens, Elytrigia repens, Elymus repens, Triticum repens) est censé possèder des vertus anti-infectieuses.

De 1733 à 1740 apparaissent rhumes, fluxions et pleurésies. Ainsi, Jean Tâté note qu’entre avril et juin 1741 à Château-Porcien « de nombreux rhumes incommodent les enfants ». Il compare ces maladies à une espèce de claveau[1]. Périodiquement, ces divers maux réapparaissent[2].

La bourrache officinale (Borago officinalis) est une plante annuelle courante en Europe.
La bourrache officinale (Borago officinalis) est une plante annuelle courante en Europe.

Dans les cas des fluxions ou de la toux, on tente de combattre la complication inflammatoire et on essaie de débarrasser les premières voies « des levains putrides qui y séjournent ». On recourt à la saignée, aux purgatifs doux comme « une décoction de casse avec de la manne », à des lavements et aux boissons comme les tisanes d’orge ou de chiendent. Pour la toux, on utilise « des béchiques mariés avec des antiseptiques », de la bourrache avec du kermès minéral.


[1] Maladie due à un poxvirus, qui se traduit par une fièvre élevée, un écoulement des yeux et du nez. Elle est propre aux bêtes à laine.

[2] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-TH PARIS-14424, Picard, Louis, « Les Épidémies dans le Porcien et les régions circonvoisines de 1772 à 1782 », thèse de médecine, numéro d’ordre 551, Paris : imprimerie de A. Lapied, 1938, 103 p. Voir aussi Archives départementales des Ardennes, PERH7 1, Railliet, Georges, « Les épidémies dans le Porcien et les régions circonvoisines de 1772 à 1782 d’après la thèse du docteur Louis Picard », in Bulletin du Comité des amis du musée [publié par la Société d’études historiques et archéologiques du Rethélois et du Porcien], Rethel : Musée du Rethélois et du Porcien, 1931-1939, n° 9, 1939, p. 20-25, notice consultable en ligne.


Le blason régional de la Thiérache est parti, en un coupé en chef fascé d'argent et de gueules de huit pièces et en pointe d'azur aux trois fleurs de lys d'or et en deux d'azur semé de fleurs de lys d'or, sur le tout d'or au lion de gueules.
Le blason régional de la Thiérache est parti, en un coupé en chef fascé d’argent et de gueules de huit pièces et en pointe d’azur aux trois fleurs de lys d’or et en deux d’azur semé de fleurs de lys d’or, sur le tout d’or au lion de gueules.

De 1772 à 1780, les villages ardennais du Porcien sont frappés à tour de rôle par des « fièvres putrides inflammatoires », que l’on qualifierait de nos jours de grippes. On peut aussi noter des dysenteries venues de la proche région de la Thiérache, et plus particulièrement par l’épidémie de Rozoy. Vers novembre 1778, une épidémie de « fièvre pourpreuse » (ou scarlatine) fait son apparition. Grâce aux gelées, elle régresse temporairement, avant de réapparaître vers mars pour disparaître en mai.

La scarlatine est une maladie infectieuse de la peau due à la bactérie Streptococcus pyogenes (vue au microscope, version colorisée).
La scarlatine est une maladie infectieuse de la peau due à la bactérie Streptococcus pyogenes (vue au microscope, version colorisée).

La grande chélidoine (Chelidonium majus) est une plante de la famille des Papavéracées.
La grande chélidoine (Chelidonium majus) est une plante de la famille des Papavéracées.

Quelle que soit l’époque, les hommes ont cherché à soulager leurs maux. Le curé de Doumely, Givron et Bégny note vers 1684 quelques remèdes qu’il aurait pu reprendre dans un recueil populaire à l’époque, le Médecin des pauvres. Ce sont des empiriques, pour combattre la « pierre » (ou calculs rénaux).

La gomme du cerisier est en fait due à une maladie de l'arbre nommée gommose.
La gomme du cerisier est en fait due à une maladie de l’arbre nommée gommose.

Le nombre de recettes montre l’importance de ce mal. Elles tentent de soulager les douleurs qu’il entraîne. L’une permet de « rompre la pierre et de faire uriner en moins de trois heures », l’autre propose de la briser quand elle se trouve dans la vessie.

Grande pimprenelle ou sanguisorbe officinale (Sanguisorba officinalis).
Grande pimprenelle ou sanguisorbe officinale (Sanguisorba officinalis).

Pour cela, il faut mélanger dans du vin blanc de « l’entre-deux des noix, de la racine de chélidoine, de la gomme de cerisier sauvage que l’on a fait brûler jusqu’à ce qu’elle devienne blanche, des racines de guimauve, de la bardane, du persil, du fenouil, des feuilles de saxifrages, de la pimprenelle, des noyaux de ‘pesche’ de nèfles »[1].

Comme son nom l'indique, la rue fétide (Ruta graveolens) dégage une odeur forte et désagréable.
Comme son nom l’indique, la rue fétide (Ruta graveolens) dégage une odeur forte et désagréable.

Ce curé propose également une recette pour se débarrasser de la vermine et des puces en particulier. Il faut faire une décoction de « rhue » (probablement la rue fétide, autrefois très utilisée) à laquelle on mêle de l’urine de jument. Heureusement que nos ancêtres n’avaient pas la même sensibilité olfactive que la nôtre !


[1] Laurent, Paul, « Les remèdes populaires dans les Ardennes au XVIIe siècle », in Archives historiques, artistiques et littéraires : recueil mensuel de documents curieux et inédits, chronique des archives et bibliothèques, tome 1 (1889/90) – tome 2 (1890/91), Paris : Etienne Charavay, 1889-1891, tome deuxième (1890-1891), p. 333-335, Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, microforme, MICROFILM M-5174, bobine reproduite d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-LC18-418.


repérage topographique des environs de La Romagne effectué le samedi 10 avril 2010. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Etang du Woicheux (un des plans d’eau du terroir), repérage topographique des environs de La Romagne effectué le samedi 10 avril 2010. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Pour la santé, il faut aussi relever l’influence du climat et du travail. L’humidité de la région est propice aux rhumatismes articulaires, à l’arthrite et aux autres maladies liées à un sol humide. Les actes notariés[1]  indiquent parfois que certaines personnes âgées sont dans l’incapacité de signer en raison de tremblements, bien qu’elles aient su autrefois, ou parce qu’elles ne peuvent plus se mouvoir.  La difficulté du travail fait apparaître des déformations du squelette et bien souvent les dos sont courbés avant cinquante-cinq ans.

Le froid, lui, favorise les congestions. C’est ce que l’on constate dans ce secteur, surtout pour les mois de janvier et de février, lorsque les journaux du XIXe siècle relatent, dans la rubrique des faits divers, les causes de décès. Nombreux sont les hommes victimes de ce mal foudroyant lorsqu’ils sortent de leur maison, ou qu’ils se déplacent sur les chemins pour vaquer à leurs occupations.


[1] Archives départementales des Ardennes, 3E 14/139 [série E = état civil, officiers publics et ministériels, sous-série 3E 14/1-324 = archives notariales de Chaumont-Porcien et Seraincourt].


La puce de rat Xenopsylla Cheopis est responsable de la transmission du typhus murin, notamment via les céréales.
La puce de rat Xenopsylla Cheopis est responsable de la transmission du typhus murin, notamment via les céréales (vue au microscope, version colorisée).

La première moitié du XIXe siècle voit encore des épidémies comme celles du typhus, qui éclatent en 1812 et 1814 à Rethel et dans sa région, et qui sont liées aux passages de troupes.

Typhus exanthématique, transmis par le pou de corps et la bactérie Rickettsia prowazekii (vue au microscope à balayage, version colorisée).
Typhus exanthématique, transmis par le pou de corps et la bactérie Rickettsia prowazekii (vue au microscope, version colorisée).

En 1832, dès le mois de mai, le choléra est présent, il se manifeste par des signes avant-coureurs (pesanteur dans la tête, jambes coupées, dévoiements d’entrailles). Il fait des ravages si importants que 59% des malades du canton de Chaumont-Porcien décèdent.

Bactérie Vibrio cholerae (vue au microscope, version colorisée).
Bactérie Vibrio cholerae (vue au microscope, version colorisée).

Cette maladie est connue dans la région et n’en est pas à sa première apparition. Les journaux jouent un rôle dans l’information ou dans la diffusion de traitements, en publiant des articles recommandant des mesures d’hygiène. Ces dernières nous semblent élémentaires de nos jours, mais elles n’étaient pas évidentes à l’époque.

Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-5421386, Larrey, Dominique-Jean, Mémoire sur le choléra-morbus, Paris : J.-B. Baillière, 1831, 1 vol. (46 p.), […], Paris : Veuve Cavelier et fils, 1753, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-TD57-9, consultable en ligne sur Gallica [Le chirurgien en chef de la Grande Armée a consacré plusieurs ouvrages à la maladie].
Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-5421386, Larrey, Dominique-Jean, Mémoire sur le choléra-morbus, Paris : J.-B. Baillière, 1831, 1 vol. (46 p.), […], Paris : Veuve Cavelier et fils, 1753, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-TD57-9, consultable en ligne sur Gallica [Le chirurgien en chef de la Grande Armée a consacré plusieurs ouvrages à la maladie].

Un hebdomadaire[1] rappelle qu’il faut éviter d’avoir dans les maisons des volatiles qui peuvent causer l’infection, ou d’avoir des cours avec un amas d’excréments, d’urine, de fumier et autres immondices. Un pharmacien de Rethel, monsieur Misset, rue du Grand Pont, y fait une publicité, qui se recommande tout de même du docteur Larrey ! Elle concerne des ceintures protégeant du « choléra-morbus ». Leur efficacité est certainement très improbable, mais cela permet de comprendre la peur que déclenche cette maladie.

Le camphrier (Cinnamomum camphora) a été utilisé contre l'épidémie de choléra en 1831–1832.
Le camphrier (Cinnamomum camphora) a été utilisé contre l’épidémie de choléra en 1831–1832.

Quant aux autres remèdes proposés, sont-ils plus efficaces ? Il faut mettre le malade dans un lit modérément chaud, et surtout ne faire aucune application extérieure comme les vésicatoires ou les sinapismes. Ensuite, on prépare une solution qui consiste à dissoudre une partie de camphre dans six parties de fort alcool, puis à en donner quelques gouttes au malade sur un peu de sucre, et ce jusqu’à ce que les symptômes soient moins alarmants. Espérons que c’était au moins agréable pour le malade, à défaut d’être souverain !


[1] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-LC11-849, Feuille d’affiches, annonces et avis divers des arrondissemens de Rethel et Vouziers, 1re année, n° 1 (1821) -12/13e année, n° 657 (13 oct. 1832) [?], Rethel : Impr. de Beauvarlet, 1821-1832, onzième année, n° 603, samedi 17 septembre 1831, recto-verso.


Bosse, Abraham (graveur), la Saignée. scène de genre, eau-forte et burin, 1632, consultable en ligne sur le portail des expositions virtuelles de la Bibliothèque nationale de France.
Bosse, Abraham (graveur), la Saignée, eau-forte et burin, 1632, consultable en ligne sur le portail des expositions virtuelles de la Bibliothèque nationale de France.

Autrefois, le chirurgien-barbier ne pouvait pas pratiquer tous les soins. Il se contentait de pratiquer les saignées, les pansements, les petites opérations et l’arrachage des dents. Le premier dont on trouve la trace dans l’état civil est Jean Berthot (époux de Jeanne Triffont), décédé en 1678[1]. L’officier de santé, dont la fonction a été créée à partir de la Révolution, fait office de médecin uniquement dans le département où il a été reçu, sans en avoir le titre.

Chrysler museum (Norfolk, Virginia), numéro d'inventaire 71.480, le Chirurgien barbier par David Teniers le Jeune, vers 1670.
Chrysler museum (Norfolk, Virginia), numéro d’inventaire 71.480, le Chirurgien barbier par David Teniers le Jeune, vers 1670.

Pour les fractures ou déplacements, on fait appel à des empiriques ou rebouteux. Cependant, comme en témoignent certains comptes de tutelle dressés après décès, on a aussi recours à un chirurgien (dont les fonctions sont très différentes de celles exercées de nos jours). Au début du XVIIIe siècle, on peut citer Remacle Merlin, maître chirurgien, Charles Devigny ou, un peu plus tard, Bertin (chirurgien à Chaumont). Il n’est autre que celui qui habitait auparavant à la Romagne, et dont on trouve trace dans le rôle des tailles de 1771. Il exerce conjointement avec Antoine Pardaillan, lui aussi de La Romagne, ou il le remplace. Parfois, on a recours à un chirurgien plus éloigné, tel Berton (chirurgien à Wasigny). Il est ainsi appelé pour soigner Louis Letellier. Sans résultats, hélas !

Bibliothèque interuniversitaire de Santé, pôle médecine-odontologie, 005501, référence image 08762, Bauhin, Gaspar, Theatrum anatomicum, Francfort-sur-le-Main : Johann Theodor de Bry, 1621, planche p. 163, gravure et burin, notice consultable en ligne.
Bibliothèque interuniversitaire de Santé, pôle médecine-odontologie, 005501, référence image 08762, Bauhin, Gaspar, Theatrum anatomicum, Francfort-sur-le-Main : Johann Theodor de Bry, 1621, planche p. 163, gravure et burin, notice consultable en ligne.

En 1743, il existe à la cense de la Viotte, paroisse de La Férée, un chirurgien oculiste dénommé Jean Palmier. A ce jour, aucun document ne permet de savoir où il exerçait son art, quels étaient ses patients et dans quels domaines précis il les traitait. A la Romagne résidait Gérard Merlin (marié à Jeanne Leblanc, qui était chirurgien. A partir de 1780, les habitants peuvent aussi avoir recours à Louis Lambert Marache, maître en chirurgie qui exerce à Rocquigny.


[1] Archives départementales des Ardennes, 1J 21 9 [série J = archives d’origine privée (entrées par voie d’achat, don, legs ou dépôt), sous-série 1J = pièces isolées et petits fonds (série ouverte), article 1J 21 = histoire du Porcien (dons Didion et abbé Henry, novembre 1949), cote 1J 21 9 = cahier concernant Montmeillant et La Romagne, des extraits des registres paroissiaux et d’état-civil (1678-1860), les familles Lantenois, Hamel, Mauroy et Picard, des notes par A. Picard].


Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d’inventaire 936.15.480, Brascassat, Jacques-Raymond, Taurillon, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.
Reconstitution de l’apothicairerie de l’Hôtel-Dieu de Saint-Louis (Charleville), ensemble présenté au Musée de l’Ardenne.

Le dépouillement des registres de l’hôpital de Charleville[1], qui subsistent encore pour la période antérieure à la Révolution, fait état de la prise en charge d’au moins trois habitants :

  • Marguerite Delangre, épouse d’Etienne Gasque dit « La Bonté », hospitalisée à deux reprises (d’abord en 1754, puis en 1779) ;
  • Marie-Catherine Arnoult, épouse de Guillaume Varlet, admise en 1786 ;
  • un adolescent, François Varlet, fils de Guillaume Varlet, en 1782.

La durée moyenne du séjour est de quinze à vingt-cinq jours, sans qu’aucune indication ne vienne expliquer pourquoi ces habitants ont été soignés aussi loin de leur demeure. Cela est d’autant plus étonnant qu’il existait un hôpital à Château-Porcien, certainement plus pratique d’accès.

Ensuite, et jusqu’au début du XXe siècle, on ne connaît rien des maladies qui ont pu atteindre la population villageoise. Les registres accessibles de l’hôpital de Rethel[2] font surtout état d’appendicites chez des sujets jeunes, de quelques fractures (dont une mortelle), de congestions pulmonaires ou de bronchites sévères. Ce n’est pas nouveau, compte tenu des conditions de vie liées au travail nécessitant de fréquents va-et-vient entre l’extérieur et l’intérieur.


[1] Archives départementales des Ardennes, F1 [série F = fonds divers se rattachant aux archives civiles entrés avant 1940, cotes F 1-58 = état des fonds subsistants, première partie, cotes F1-3 = manuscrits de l’abbé Bouillot (1758-1833), notices diverses sur l’histoire des Ardennes, 1800-1827].

[2] Archives départementales des Ardennes, documents divers [série HDEPOT = archives versées ou déposées par les établissements hospitaliers, sous-série HDEPOT/RETHEL = fonds de l’hôpital-hospice de Rethel (1714-1958)].


Saint Gorgon, martyr romain de l'époque de Dioclétien, est fêté le 9 septembre.
Saint Gorgon, martyr romain de l’époque de Dioclétien, est fêté le 9 septembre.

Les Romanais, dans l’espoir d’une guérison, se rendent au très ancien pèlerinage de Chaumont-Porcien, auquel il est déjà fait allusion bien avant la Révolution. Il permet, le lundi de Pentecôte, d’honorer à la fois saint Berthauld et sainte Olive, invoqués pour protéger des fièvres. Sinon, il se rendent à celui du Fréty qui existe aussi depuis des temps immémoriaux, et qui est réputé pour la guérison des écrouelles, des maladies nerveuses, de la goutte, des rhumatismes, et des douleurs quelles qu’elles soient. Là, ils prient saint Gorgon.


Mortier de pharmacie en marbre avec son pilon (datation estimée du XIXe siècle).
Mortier de pharmacie en marbre avec son pilon (datation estimée du XIXe siècle).

A la fin du XIXe siècle est mis en place, souvent de façon rudimentaire, un service médical gratuit pour les nécessiteux. La Romagne y adhère, moyennant le versement de trois francs par indigent. Les communes peuvent se faire inscrire auprès de la préfecture, afin de bénéficier de ce service pour les plus pauvres de leurs habitants. Les médecins et pharmaciens, qui voient ces patients désargentés, envoient à la fin de chaque exercice la note de leurs honoraires, et reçoivent en retour une somme proportionnelle au nombre de malades. Ce montant ne représente pas toutefois la totalité des frais[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 25, « Une question intéressante » [chronique locale et régionale], in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien, Charleville : [s.n.], 1880-1944, treizième année, n° 3994, dimanche 14 février 1892, p. 2 [presse locale ancienne, vue 2/4, consultable en ligne]. Voir aussi Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 25, « Une question intéressante » [chronique locale et régionale, suite et fin], in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien, Charleville : [s.n.], 1880-1944, treizième année, n° 3999, vendredi 19 février 1892, p. 2 [presse locale ancienne, vue 2/4, consultable en ligne].


Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d’inventaire 936.15.480, Brascassat, Jacques-Raymond, Taurillon, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.
Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d’inventaire 936.15.480, Brascassat, Jacques-Raymond, Taurillon, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.

Trop souvent, par manque de sécurité, les cultivateurs sont victimes d’accidents tel celui, tragique, du 21 février 1849. Ce jour-là, Jean-Baptiste Lantenois, jeune homme âgé d’une vingtaine d’années, trouve la mort en voulant arrêter un taureau furieux qui parcourait les rues du village et aurait mis ainsi la vie des habitants en danger.

La presse locale ancienne, dont Le Petit Ardennais, nous renseigne également sur la fréquence des accidents spécifiques à la vie à la campagne. Il donne aussi une indication sur l’âge des victimes. C’est tout d’abord un jeune garçon de quatorze ans (Jules Thonnelier), qui doit être amputé après s’être blessé avec une serpe, lorsque la gangrène se déclare quelque temps après (28 janvier 1905).

C’est ensuite un domestique (Aristide Carbonneaux) qui, monté sur une voiture, fait un faux mouvement, tombe de celle-ci, ce qui provoque de nombreuses contusions et une incapacité de travail durant quinze jours (22 avril 1906). C’est aussi une femme (Adolphine Dela, 66 ans), blessée par une vache qui s’est élancée sur elle, l’a frappée de deux coups de cornes dans l’estomac et l’épaule, entraînant des contusions et une fracture de l’épaule (novembre 1906).


Un tombereau est un véhicule à deux roues destiné au transport des marchandises.
Un tombereau est un véhicule à deux roues destiné au transport des marchandises.

Le transport et la conduite de chargements divers mettent en évidence les dangers qui guettent les domestiques de culture. Théophile Davenne, qui conduit un tombereau chargé, tombe si malencontreusement qu’une des roues lui contusionne grièvement la jambe gauche.

Ce même type d’accident guette également les transporteurs de charrois de pierres, très souvent victimes des blocs abandonnés par d’autres charretiers pour caler momentanément leurs véhicules : âgé de 26 ans, Charles Créquy tombe, entre la gare et La Romagne, sous la roue de sa voiture chargée de roches. Il a le crâne brisé. Son corps est retrouvé quelques instants plus tard (février 1890).

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Agriculteurs Agriculture Cultures Métiers Professions

Elevage et pâturage à La Romagne


Agneaux et brebis, repérage topographique des environs de La Romagne effectué le samedi 10 avril 2010. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Agneaux et brebis des Ardennes, repérage topographique des environs de La Romagne effectué le samedi 10 avril 2010. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

L’élevage se pratique sur des terres privées pour les laboureurs les plus aisés, ou sur les terres de la communauté pour la plus grande partie des habitants. Ces communaux comprennent aussi bien des prés que des bois comme zone de parcours pour le bétail.


Pâtures, repérage topographique des environs de La Romagne effectué le samedi 10 avril 2010. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Pâtures ardennaises, repérage topographique des environs de La Romagne effectué le samedi 10 avril 2010. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La communauté villageoise régit par divers règlements[1] les vaines pâtures, un très ancien droit coutumier qu’ont les habitants d’une même commune de faire paître les bestiaux et les troupeaux sur les héritages des uns et des autres, à condition qu’il n’y ait ni semences ni fruits. Ce droit permet au bétail de circuler sur les chaumes après la récolte, et de fertiliser la terre. Les moutons ne peuvent être menés aux vaines pâtures que « dans les pasquis et versaines trois jours seulement après la récolte ».


[1] Les citations en italique sont tirées de ces derniers, sauf mention contraire.


Musée Flaubert et d’histoire de la médecine (Rouen), 2004.0.58.7, machine de Madame Du Coudray, mannequin utilisé pour l’enseignement de l’art des accouchements, les jumeaux, 2e moitié du 18e siècle, notice consultable en ligne sur le portail des collections du Réseau des musées de Normandie.
Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d’inventaire 907.19.234, Troyon, Constant, Rentrée de troupeau, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.

Le village veille aussi au respect des différentes règles concernant les troupeaux, de manière à ce que « personne ne laisse sortir les bêtes de l’étable pour les champs que les pastres n’aient sonné du cor », puisque le bétail ne peut être envoyé à la pâture « qu’après que la messe de paroisse aura été dite », sauf de Pâques jusqu’en septembre où le « bestail » peut partir au jour et revenir à huit heures à l’étable.


Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d'inventaire 907.19.337, Millet Jean-François, Berger gardant son troupeau, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.
Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d’inventaire 907.19.337, Millet, Jean-François, Berger gardant son troupeau [détail], notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.

Le berger est responsable dans tous les cas des dégâts que font ses bêtes, et doit en répondre. Simon Suant, berger communal de La Romagne en 1751, se trouve ainsi mis en cause dans un procès pendant[1] en la baronnie de Chaumont  par Brice Bolle, fermier de La Binotterie, car ses « bêtes à laine ont fait des dégâts dans un jardin à lui appartenant et aux haies de celui-ci ». Il est condamné à payer à ce laboureur 27 livres pour tous dépens, dommages et intérêts[2].


[1] Une affaire est dite pendante lorsqu’un tribunal a été saisi et que la cause n’a pas encore été jugée.

[2]  Archives départementales des Ardennes, 3E 3666 [série E = état civil, officiers publics et ministériels, sous-série 3E = notaires, cotes 3E 3540-4093 = archives notariales de Château-Porcien].


Agneaux et brebis des Ardennes, repérage topographique des environs de La Romagne effectué le samedi 10 avril 2010. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Agneaux et brebis des Ardennes, repérage topographique des environs de La Romagne effectué le samedi 10 avril 2010. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Les villageois dénoncent également les abus qui pourraient exister concernant les troupeaux à part. Ceux-ci sont expressément défendus, quelle que soit la qualité des personnes les possédant. Or, le jour où cette règle n’est pas respectée (on est en 1740), la communauté de La Romagne[1] assigne, par l’intermédiaire de François Godard, sergent en la justice de la baronnie et gruerie de Chaumont-Porcien, trois habitants : Nicolas Monnoye, Jeanne Charlier (veuve de Pierre Boudié) et Pierre Canon doivent comparaître devant le bailli afin de se voir interdire de faire « troupeau à part et condamner à 500 livres de dommages et intérêts envers ladite communauté et aux dépens pour la contravention par eux faite aux ordonnances[2] ».


[1] Représentée par Louis Lebrun, Thomas Devie, François Merlin, Pierre Gagnaire, Pierre Devie et Jean Courtois.

[2] Archives départementales des Ardennes, 7J 43 [série J = archives d’origine privée (entrées par voie d’achat, don, legs ou dépôt), sous-série 7J = collection Guelliot, érudit local].


Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d'inventaire 936.15.103, Brascassat, Jacques-Raymond, Taureau, vaches et moutons au pâturage, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.
Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d’inventaire 936.15.103, Brascassat, Jacques-Raymond, Taureau, vaches et moutons au pâturage, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.

Ce droit de vaine pâture, loin de disparaître avec la Révolution, est au contraire réglementé par deux lois (du 6 octobre 1791 et du 25 octobre 1795). Elle se maintient tout au long du XIXe siècle, comme le rappelle le maire lors d’une délibération : « Depuis un temps immémorial, les bêtes à laine et le gros bétail, d’après un droit acquis résultant d’une coutume locale et suivant un usage constant et suivi ont toujours joui du droit de parcours et de vaines pâtures sur les prés naturels de La Romagne dépouillés de leur récolte jusqu’en 1849[1] ».


[1] Archives départementales des Ardennes, délibération du conseil municipal en date du 7 août 1864.


Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d'inventaire 936.15.40, Brascassat, Jacques-Raymond, Moutons et brebis au pâturage, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.
Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d’inventaire 936.15.40, Brascassat, Jacques-Raymond, Moutons et brebis au pâturage, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.

Cette année-là, les terres des gorges du Ribouré sont attribuées aux particuliers pour la vaine pâture des moutons, alors que les terres du ruisseau Commelet, du Vertillon, de la Fontaine aux Grues et la Rouge Cotte reviennent au berger communal. L’année suivante, la vaine pâture change de lieu, et le troupeau communal se retrouve sur les terres du Saule Notre-Dame, le Pré Haut du Vertillon et une partie de la Hoëtte. En dehors de cette vaine pâture, la commune attribue des terres qui vont du chemin de Draize aux prés du Pont Canel pour les volailles.


Musée national des beaux-arts du Québec, numéro d'inventaire 1968.202, Walker, Horatio, Un attelage de bœufs, huile sur carton produite probablement en 1900, notice consultable en ligne.
Musée national des beaux-arts du Québec, numéro d’inventaire 1968.202, Walker, Horatio, Un attelage de bœufs, huile sur carton produite probablement en 1900, notice consultable en ligne.

C’est en 1889 que la vaine pâture sera officiellement abolie, tout en laissant au conseil municipal de la commune le pouvoir de la rétablir, à condition de déterminer l’époque où elle débute et prend fin, les lieux sur lesquels elle s’établit et la part de chaque espèce[1] .

Cette vaine pâture peut être suspendue en cas d’épizootie, de dégel ou de pluies torrentielles. C’est ainsi qu’elle subsiste encore quelques années dans le village. En effet, et en raison de la transformation de l’agriculture, des aménagements sont décidés par le conseil. Ce dernier propose que les « bas prés soient réservés au gros bétail et les hauts prés pour les bêtes à laine qui trouveront ainsi à se rafraîchir ».


[1] Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 21, Meyrac, Albert [et alii] ; « La Vaine Pâture », in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. 1re année, n° 1 du 31 mars 1880-35e année, n° 11991 du 25 août 1914. Charleville : [s.n.], 1880-1944, partie 1/3, n° 3262, mercredi 22 janvier 1890, p. 2-3 [presse locale ancienne, vues 2/4 et 3/4, consultables en ligne] ; partie 2/3, n° 3263, jeudi 23 janvier 1890, p. 2 [presse locale ancienne, vue 2/4, consultable en ligne] ; partie 3/3, n° 3264, vendredi 24 janvier 1890, p. 3 [presse locale ancienne, vue 3/4, consultable en ligne].


Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d'inventaire 936.15.41, Brascassat, Jacques-Raymond, Trois moutons, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.
Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d’inventaire 936.15.41, Brascassat, Jacques-Raymond, Trois moutons, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.

Les vaines pâtures permettent à tous les habitants, propriétaires ou non, de faire paître des bêtes. Pour cela, les propriétaires qui veulent user de ce droit doivent abandonner des surfaces en fonction du nombre et de la qualité des bêtes qu’ils veulent y mettre, alors que tout chef de famille même non propriétaire a le droit à six bêtes à laine, une vache et son veau.


Quelle que soit la nature du troupeau, sa conduite et sa surveillance sont réglementées et confiées à un berger communal choisi par la communauté villageoise, puis par la suite recruté par la municipalité. Ces troupeaux génèrent également des activités autres, tels les peigneurs de laine (Nicolas Goulart en 1702 ou Nicolas Renaulx, qualifié de « lainier » en 1720).

Années des emploisNoms des bergers
1693Jean Langlet
1694Jacques Douet (ou Douette)
1702Pierre Langlet
1714Jean Sonnet et Nicolas Lefébure (ou Lefèvre)
1720Pierre Langlet et Michel Osselet
1725-1731Nicolas Hezette
1742Pierre Vuilmet (ou Vuillemet)
1752Jean Deschamps et Jean Gouverneur
1762-1774Antoine Hezette
Dès le XVIIe siècle, les troupeaux de La Romagne sont gérés de façon communautaire.

Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d'inventaire 998.4.1, Guéry, Armand, Bergerie champenoise, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.
Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d’inventaire 998.4.1, Guéry, Armand, Bergerie champenoise, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.

Lorsqu’ils sont au service d’un particulier aisé, les bergers peuvent conduire de petits troupeaux d’une centaine de bêtes. Dans ce cas, ils perçoivent environ 60 livres de gages pour eux seuls, ou 80 avec leurs chiens. Parallèlement, on ne connaît pas la rémunération du berger communal.  Il ne semble pas que des troupeaux particuliers aussi importants existent à La Romagne. Louis Letellier (vers 1750) en a un qui comporte vingt-cinq bêtes et dont il confie la garde, certainement comme d’autres laboureurs, à Nicolas Carbonneaux. En 1771, Jean Rifflet et Brice Bolle ont leur berger particulier. En 1792, Nicolas Fressancourt est le berger de la communauté de La Romagne. En l’an V[1], c’est Jean-Baptiste Fersancourt puis, en 1798, Noël Fersancourt[2].


[1] L’an V du calendrier républicain correspond aux années 1796 et 1797 du grégorien.

[2] Compte tenu de l’orthographe variable de l’époque, on peut penser que Fressancourt et Fersancourt correspondent à une seule et même famille.


Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d'inventaire 936.15.39, Brascassat, Jacques-Raymond, Mouton bêlant, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.
Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d’inventaire 936.15.39, Brascassat, Jacques-Raymond, Mouton bêlant, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.

L’enquête réalisée à la demande de l’intendant de Champagne dans la subdélégation de Château-Porcien[1], à laquelle La Romagne est rattachée, permet d’en savoir un peu plus sur cet élevage et sur les maladies qui peuvent atteindre le cheptel. Cet animal, désigné communément mouton de Champagne, pèse en moyenne vingt-six livres, ce qui est nettement inférieur à un mouton gras qui, lui, peut peser jusqu’à trente-deux livres. Sa taille est d’un pied et sept pouces et demi. Il n’est cependant pas d’usage dans cette subdélégation d’élever les moutons pour les engraisser et les revendre dans les foires.


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Châlons-en-Champagne, C 432 [série C = administrations provinciales, articles C 431-432 = intendance de Champagne, fonds concernant les cultures, les bêtes à laine (1756-1789)].


Le coquelicot (Papaver rhoeas) appartient à la famille des Papavéracées et porte (entre autres) le nom vernaculaire de pavot des champs.
Le coquelicot (Papaver rhoeas) appartient à la famille des Papavéracées et porte (entre autres) le nom vernaculaire de pavot des champs.

Lorsque ces animaux paissent à l’extérieur, les lieux où poussent le pavot, le chéon[1], la trudaine[2] et les sénés sont bons pour eux. Mais aussi pour l’amendement de la terre, qu’ils fument directement. L’hiver, ils sont à l’intérieur, et on leur donne du fourrage d’avoine. Les étables sont généralement vidées deux fois durant la saison froide (en décembre puis en mars). Quand il est vendu, le fumier rapporte 5 ou 6 livres par voiture.


[1] Mauvaise herbe à fleurs jaunes.

[2] Espèce de trèfle à fleurs blanches.


Laine de mouton brute (toison non lavée, en suint).
Laine de mouton brute (toison non lavée, en suint).

Les moutons champenois ne présentent aucune marque distinctive, si ce n’est que certains spécimens ont le ventre chauve, alors que leurs congénères l’ont garni de laine. Cette dernière existe en deux qualités : la fine, que l’on prend sur les flancs et le dos, et la grosse que l’on prend aux cuisses. Cette dernière peut être vendue « en suint » aux environs de 17 sols la livre et, lavée, environ 23 sols pour la même quantité. Elle est acheminée vers Rethel ou Reims, où l’on fabrique des étoffes de qualité moyenne comme certains draps, des espagnolettes[1], des dauphines[2] ou des serges.


[1] Sorte de ratine (étoffe de laine).

[2] Nom d’un petit droguet (étoffe ornée d’un motif) de laine.


Laine de mouton lavée (débarrassée de son suint).
Laine de mouton lavée (débarrassée de son suint).

A La Romagne, le but de l’élevage n’est pas de produire de la viande, mais de la laine : au milieu du XIXe siècle, les deux cent soixante-dix kilos stockés dans le grenier de la ferme Merlin sont estimés à 1300 francs.


2007.0.664
Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d’inventaire 2007.0.664, Brascassat, Jacques-Raymond, Brebis et son agneau, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.

Tout cela n’est possible que si les bêtes échappent à certaines maladies bien spécifiques[1] comme l’araignée[2], le claveau[3] ou le criquet[4]. Pour éviter ces maux, les préoccupations concernant l’hygiène (dont on s’occupe davantage depuis le XVIIIe siècle) s’attachent à éviter que des foyers d’infection ne se constituent dans les bergeries et ne se propagent à tout un village. Les moyens de désinfection sont encore très rudimentaires.


[1] Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, département des Manuscrits, Français 20710 [ensemble de 133 feuillets = IV (pièces diverses), collection de Charles Maurice Le Tellier, archevêque-duc de Reims (1642-1710)], feuillets 53 et suivants.

[2] Maladie qui se manifeste par un gonflement de la tête et des oreilles accompagné d’un dégoût de toute pâture.

[3] Maladie due à un poxvirus, qui se traduit par une fièvre élevée, un écoulement des yeux et du nez.

[4] Maladie qui atteint les moutons, et pousse les bêtes à se manger les pattes.


Pour le XIXe siècle, sans que ce tableau ne soit exhaustif, les différents bergers communaux et particuliers sont :

AnnéesNoms des bergers
1817Jean Louis Roncin
1819Antoine Charles Liverniaux (64 ans)
1826Jean-François Gaudinart
1833Jean-Baptiste Carbonneaux (berger communal cette année-là)
1834Jacques Auguste Mauroy et Pierre Nicolas Durand
1844Basile Bonhomme
1850François Chrétien
1853Nicolas Carbonneaux
Date non préciséeJean Baptiste Noël
1854Pierre Hubert Roncin (berger communal)
Date non préciséePierre-Louis Delaître (berger communal)
1857Sébastien Lebrun (berger communal)
1865Jean-François Ingebos (berger communal)
1866Louis Dupont
1867Louis Sonnet
1869Jean-Baptiste Georges
1871Denis Ingebos
Avant 1875Jean-Baptiste Fay
1880Augustin Lacour
1888Pierre Emile Noël
Les bergers communaux sont chargés de la dépaissance (action de paître ou de faire paître les bestiaux).

Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d'inventaire 936.15.612, Brascassat, Jacques-Raymond, Agneau et études de tête et de patte, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.
Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d’inventaire 936.15.612, Brascassat, Jacques-Raymond, Agneau et études de tête et de patte, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.

Il est à noter que l’on trouve un troupeau assez important à la ferme Merlin, avec deux cent soixante-dix têtes réparties en béliers, agneaux, brebis, moutons et antenais[1] dont des bergers prennent soin jour et nuit : l’inventaire après décès signale que dans les bergeries se trouvent des lits avec draps, couvertures, etc.


[1] Agneaux ou agnelles âgés de douze à quinze mois.


Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d'inventaire 2007.0.621, Brascassat, Jacques-Raymond, Chevreaux au bord d'une rivière, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.
Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d’inventaire 2007.0.621, Brascassat, Jacques-Raymond, Chevreaux au bord d’une rivière, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.

Avec la fin de la seconde guerre mondiale et les transformations de l’industrie lainière de Reims qui vont suivre, l’élevage ovin disparaît à La Romagne. Seul un tiers était alors destiné à la boucherie. Le tout petit élevage caprin (pas plus de cinq à sept chèvres) semble avoir été très sporadique. Il s’éteint lui aussi.


Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d'inventaire 922.15.8, Troyon, Constant, Vache paissant près dune rivière bordée de saules, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.
Musée des Beaux-Arts (Reims), numéro d’inventaire 922.15.8, Troyon, Constant, Vache paissant près dune rivière bordée de saules, notice consultable en ligne sur le portail officiel des musées de Reims. Crédits photographiques : © Christian Devleeschauwer.

La présence de bovins se trouve attestée dans de nombreuses familles villageoises, qui en possèdent en général un à cinq. On ne peut donner leur race, les descriptions qui en sont faites se contentant de donner la couleur du poil : ainsi en est-il pour trois des quatre vaches âgées de quatre à quatorze ans possédées par Louis Letellier, dont deux sont « à poil noir » et une « à poil rouge ». Souvent, une ou plusieurs vaches sont données et inscrites parmi les donations faites lors de la signature d’un contrat de mariage.


Palazzo Pitti (Florence), Galleria Palatina, numéro d'inventaire 42 (1912), Le Pérugin, Marie-Madeleine [Maria Maddalena en italien], huile sur bois de la Renaissance italienne (1500 environ). Fêtée le 22 juillet, Marie-Madeleine est (entre autres) la patronne des gantiers et des tanneurs.
Palazzo Pitti (Florence), Galleria Palatina, numéro d’inventaire 42 (1912), Le Pérugin, Marie-Madeleine [Maria Maddalena en italien], huile sur bois de la Renaissance italienne (1500 environ). Fêtée le 22 juillet, Marie-Madeleine est (entre autres) la patronne des gantiers et des tanneurs.

Une réglementation précise que les vaches doivent être tenues à l’étable depuis Pâques jusqu’à la « Sainte-Magdelaine » (22 juillet) et ne point passer par les terres grasses après une grosse pluie. Elles ne doivent pas approcher les terres ensemencées plus près que trois verges. Dans tous les cas, le vacher est tenu pour responsable des dégâts.


Les virologues et bactériologistes Friedrich Löffler et Paul Frosch ont découvert en 1898 que la fièvre aphteuse est une maladie virale.
Les virologues et bactériologistes Friedrich Löffler et Paul Frosch découvrent en 1898 que la fièvre aphteuse est une maladie virale.

Le bouvier craint toujours que ses bovins ne tombent malades de langueur ou du laron[1], sans compter que, lorsque ces maladies sont jugulées, il faut traiter la fièvre aphteuse.


[1] Maladie du charbon sans siège déterminé.


Vache des Ardennes, repérage topographique des environs de La Romagne effectué le samedi 10 avril 2010. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Vache des Ardennes, repérage topographique des environs de La Romagne effectué le samedi 10 avril 2010. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Ce n’est qu’avec le développement de l’élevage laitier ou boucher que des troupeaux plus importants se forment : en 1773, il n’y a que quatre-vingt-neuf bêtes à cornes pour une population d’environ deux cent cinquante habitants. Un siècle et demi plus tard, la population ayant été divisée par deux, il y en a trois cent vingt, dont deux cents vaches laitières et cent vingt veaux et bœufs produits pour la viande.


Bidon de métal utilisé pour la collecte du lait.
Bidon de métal utilisé pour la collecte du lait.

En 1940, juste avant l’exode, le plus gros troupeau compte trente-six bêtes et se compose de quatorze vaches laitières, quinze bêtes d’un à deux ans, six génisses de plus de deux ans et un taureau.

Compte tenu des déclarations de sinistre faites par les éleveurs après le départ des troupes allemandes, il faut noter leur courage et leur travail pour reconstituer un cheptel qui comptera plus de quatre cents têtes en 1954. Les plus petites laiteries locales ont alors tendance à disparaître. Elles sont remplacées pour le ramassage et le traitement du lait par la laiterie Moreau de Rouvroy-sur-Andy, qui reste minoritaire : la majorité de la collecte est effectuée pour son usine de Résigny par la Sopad (groupe Nestlé). Tous l’appellent plus familièrement alors « la Maggi ».


Museo del Prado (Madrid), numéro d'inventaire P002049, Bosch, Jérôme, la Tentation de saint Antoine, [le Petit saint Antoine], huile sur panneau datée d'après 1490 [mouvement primitif flamand]. Saint Antoine est le protecteur des animaux d’élevage en général et du porc en particulier.
Museo del Prado (Madrid), numéro d’inventaire P002049, Bosch, Jérôme, Tentation de saint Antoine, (Petit saint Antoine), huile sur panneau datée d’après 1490 (mouvement primitif flamand), notice consultable en ligne sur le site officiel du musée. Saint Antoine est le protecteur des animaux d’élevage en général et du porc en particulier.

Le porc et les volailles font partie d’un « élevage familial » : le premier, souvent conservé par salaison, apporte de la viande tout au long de l’année. Pour mieux nourrir les cochons, on les mène à la glandée dans les bois de chênes. Celle-ci fait l’objet d’un bail et d’une mise aux enchères, comme les coupes de bois. L’adjudicataire doit fournir une bonne caution, et s’engager à respecter un certain nombre de règles pour le marquage et la garde des porcs. L’original de la marque est déposé au greffe pour éviter les fraudes.

La glandée est permise durant trois mois, du 1er octobre au 1er janvier[1], alors que dans les forêts royales elle est autorisée jusqu’au 1er février. Tout l’art de cet élevage est d’éviter que les cochons ne soient atteints de la gourme[2] ou du « feu de saint Antoine[3] ».


[1] Archives du Palais princier de Monaco, T 668, ancien 83 [série T = archives du Rethélois et trésor des chartes du duché de Rethel-Mazarin, cotes T 655-672 = partie XIV (baronnie et comté de Rozoy), ensemble de documents concernant Rocquigny (1621-1790)].

[2] Maladie des voies respiratoires très contagieuse.

[3] L’ergotisme affecte l’humain ou les animaux herbivores.


Tuage du cochon dans la cour de monsieur Maurice Druart en 1940  (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Malherbe).
Tuage du cochon dans la cour de monsieur Maurice Druart en 1940 (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Malherbe).

Par la suite, l’élevage porcin se fait exclusivement à la maison : l’abattage donne lieu à un échange convivial avec le voisinage, car peu de bêtes sont destinées à la boucherie (15% en 1938). On distribue la « charbonnée », composée en partie du boudin (produit fragile qui se conserve peu) et de quelques côtelettes. Cette tradition ne peut avoir lieu lors des deux guerres mondiales, car la possession de deux porcs ou plus entraîne une réquisition. Il n’est possible d’en garder qu’un seul, ce qui n’assure pas toujours la consommation annuelle de la famille.


Le dindon rouge des Ardennes est une race rustique de gallinacé.
Le dindon rouge des Ardennes est une race rustique de gallinacé.

Quant à la basse-cour, elle est assez importante chez les laboureurs. Celle de Louis Letellier comprend plus d’une centaine de gallinacés et « poulets d’Inde[1] », mais le plus souvent c’est une petite basse-cour familiale qui assure la production d’œufs et le nécessaire pour améliorer l’ordinaire.


[1] Nom que l’on donnait autrefois aux dindes.


Les pots émaillés en grès sont utilisés dans les campagnes pour prolonger la conservation des œufs.
Les pots émaillés en grès sont utilisés dans les campagnes pour prolonger la conservation des œufs.

Les ménagères savent conserver le surplus de la production d’été pour faire face à la période hivernale en plongeant ces œufs dans un grand pot de grès contenant du silicate. Elles utilisent à partir des années cinquante un produit se présentant sous la forme d’une savonnette ronde : le combiné Barral (à base de chaux).

Musée de la Vie rurale (Steenwerck), numéro d'inventaire 2018.0.00112, carton de conservateurs pour œufs, combiné Barral, notice consultable en ligne sur le portail de l'association Proscitec (patrimoine et mémoires des métiers).
Musée de la Vie rurale (Steenwerck), numéro d’inventaire 2018.0.00112, carton de conservateurs pour œufs, combiné Barral, notice consultable en ligne sur l’inventaire des musées de l’association Proscitec (patrimoine et mémoires des métiers).

Le coloris des poules rousses (nom générique) varie du plus clair au plus foncé.
Le coloris des poules rousses (nom générique) varie du plus clair au plus foncé.

Cet élevage présent dans presque toutes les familles est parfois « sacrifié », par exemple pour clore les récoltes, pour les repas dominicaux, ceux de la fête patronale (où se retrouvent parents, enfants, petits-enfants), ou pour offrir un repas à toute la famille, venue parfois de loin pour les obsèques de l’un de ses membres.

La volaille est le domaine réservé de la femme : lorsque celle-ci vend au coquassier ambulant des œufs ou quelques poulets, l’argent qu’elle en tire constitue souvent sa cagnotte.

Poule cailloutée (coloris noir panaché de blanc).
Poule cailloutée (coloris noir panaché de blanc).

L'animal aux longues oreilles entre dans plusieurs recettes traditionnelles du terroir ardennais (tourtes, pâtés de croûte, civets).

Pâté de lapin ardennais
L’animal aux longues oreilles entre dans plusieurs recettes traditionnelles du terroir ardennais (tourtes, pâtés de croûte, civets, gibelottes).

Mais il faut croire que ces petites basses-cours sont l’expression d’une trop grande liberté pour les Romanais, car, lors de la seconde guerre mondiale, les Allemands obligent les habitants à en dresser l’inventaire : c’est ainsi que l’un des villageois déclare qu’il a cinq poules pondeuses, un coq et trois lapins[1] . Une richesse probablement intolérable pour ces occupants !


[1] Archives départementales des Ardennes, 10O, [série O = administration et comptabilité communales, sous-série 10O = dossiers d’administration communale].

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Cours d’eau et cultures humides à La Romagne


Ruisseau du Moulin Garot (vue générale), repérage des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 13 mai 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Ruisseau du Moulin Garot (vue générale), repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 13 mai 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

La Romagne a un réseau hydraulique constitué de nombreuses sources et de plusieurs cours d’eau, dont on peut citer quelques exemples :

  • Le ruisseau du Moulin Garot tire son nom du lieu-dit. Il est parfois dénommé ruisseau de Givron ;
  • Le Long Ruisseau ou ruisseau de Mainby prend sa source à la Fontaine aux Pous et se jette dans le ruisseau des Woicheux.
  • Ce dernier jaillit au Bois Diot et se déverse dans la Draize, qui naît près de la Cour Avril et passe à proximité du village.
Ruisseau du Woicheux, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 13 mai 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Ruisseau du Woicheux, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 13 mai 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Source Ravignon, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 13 mai 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Source Ravignon, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 13 mai 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Quoique le terroir soit largement irrigué, chacun veille à ce que l’eau ne soit pas détournée, sans quoi le contrevenant s’expose à quelques ennuis. C’est le cas pour Jean Baptiste Bienfait : ce dernier a capté, au détriment des religieux de la Piscine, le ruisseau qui coule sur leur terre, afin de le faire passer sur les siennes et assurer ainsi une bonne alimentation de ses terres empouillées[1]. La réaction est rapide, d’autant que cette dérivation modifie l’écoulement des eaux, provoquant temporairement l’inondation du chemin bordant ces pièces. L’homme est sommé de « remettre les choses en l’état » et, pour échapper à un procès, il accepte en plus « d’entretenir ledit chemin pratiquable[2] dans la nature de chemin et de garantir ledit pré de messieurs les religieux des dommages qui pourraient y survenir[3] ».


[1] Empouiller : ensemencer ou garnir une terre.

[2] Sic, c’est-à-dire praticable.

[3] Bibliothèque Carnegie, ms. 2450, Mémoire détaillé de tous les biens de la manse conventuelle de l’abbaye de Chaumont-la-Piscine achevé en 1771, manuscrit consultable en ligne sur la BVMM (Bibliothèque virtuelle des manuscrits médiévaux) élaborée par l’IRHT-CNRS (Institut de recherche et d’histoire des textes), acte passé le 26 mai 1774 par devant maître Fréal, notaire royal en Vitry et Vermandois, résidant et demeurant en Chaumont-en-Porcien, folio 673, vue 361/521 [Nota bene : bien que le codex soit censé s’interrompre selon son incipit en 1771, des mentions ont été portées postérieurement à cette date].


Panier traditionnel en osier brut.
Panier traditionnel en osier brut.

L’abondance de l’eau est fort utile, tant pour les hourliers (ou oseraies) que pour la culture du chanvre, dont l’apogée se situe à la fin du XVIIIe siècle. La plupart des ménages habitant le village possèdent une chènevière (ou chanvrière), tout comme le curé de La Romagne qui a, outre une somme fixe sur son église, deux arpents de prés et deux chènevières louées dont il tire un revenu de 60 livres[1].


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 2G 267/1 [série G = clergé séculier, sous-série 2G = fonds de l’archevêché de Reims, articles 2G 267-268 = doyenné de Rethel (1248-1790)], Supplément à ce qui manque aux éclaircissements donnés sur les cures du doyenné de Rethel.


Cordage en chanvre.
Cordage en chanvre.

Ce sont, le plus souvent, de petites pièces de dix à douze verges, ce qui montre le morcellement des terres. Cette culture demande des soins particuliers. La plante se sème au mois de mai, et se récolte en août pour le chanvre mâle. Ce dernier, dépourvu de graines, fournit une filasse de qualité supérieure destinée à la confection de chemises. Le chanvre femelle en donne une de qualité inférieure, que l’on utilise pour les cordages ou les couches des nourrissons.  C’est après la récolte que la présence d’eau est indispensable, afin de faire tremper les tiges pour pouvoir séparer la fibre de la paille.


Ruisseau du Rouage, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 13 mai 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.
Ruisseau du Rouage, repérage topographique des lieux-dits de La Romagne effectué avec monsieur Christian Beltrami le jeudi 13 mai 2021. Crédits photographiques : © 2020 laromagne.info par Marie-Noëlle ESTIEZ BONHOMME.

Au début du XVIIe siècle, les paysans sont soumis à un règlement de police rappelé en 1663[1], qui stipule que « les chanvres ne doivent point être mis rouis dans la rivière parce que la pêche en est ruinée et la boisson malsaine, mais dans un fossé ou marais du lieu » et qu’il faut veiller à « ne les seicher[2] jamais au four et cheminée, crainte d’accident de feu, mais dans les rues au soleil et au vent » (article XXXII). Ils creusent donc des fosses à proximité des cours d’eau. Ces endroits dans lesquels le chanvre trempe prennent le nom de roises[3]. La toponymie des villages environnants l’atteste puisque l’on trouve :

  • à La Romagne, la Côte des Roises ou le Pré des Roises ;
  • à Montmeillant, le Fossé Rouge ;
  • à Rocquigny, les prés de la Chènevière[4].

[1] Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, département des Manuscrits, Français 20710 [ensemble de 133 feuillets = IV (pièces diverses), collection de Charles Maurice Le Tellier, archevêque-duc de Reims (1642-1710)], Instructions aux marguilliers de chaque paroisse du duché de Mazarin.

[2] Sic, c’est-à-dire sécher.

[3] Sorte de trou rempli d’eau servant pour le rouissage du chanvre.

[4] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 4-LC20-173, Taine, Michel, « Balade cadastrale :  la culture du chanvre » in Terres Ardennaises : revue d’histoire et de géographie locales, Charleville-Mézières : Fédération des œuvres laïques, 1982-, n° 78, mars 2002, p. 25-35.


Après le rouissage[1], de nombreuses opérations sont nécessaires : séchage, broyage, teillage[2], peignage. Le filage, occupation des femmes durant l’hiver, est confirmé par la présence d’un ou plusieurs rouets dans chaque maison, selon les inventaires après décès. Le tissage est l’œuvre de tisserands. On en dénombre quelques-uns au cours du XVIIIe siècle grâce aux impositions. La toile produite, robuste et rêche, constitue la base du linge de maison ou de corps.

AnnéesTisserands
1712Jean Gorget l’aîné
1714Jean Georget l’aîné et Jacques Boudesocq
1721Jacques Boudesocq
1737/1742Jacques Boudesocq et Jean Lahay
1770/1774Jean Trippier et Jean Baptiste Deligny
Quelques tisserands de La Romagne au XVIIIe siècle.

[1] Immersion totale des tiges de chanvre dans l’eau.

[2] Opération qui consiste à enlever la partie ligneuse du chanvre.


Valise en osier typique des années 1920 utilisée pour les voyages.
Valise en osier typique des années 1920 utilisée pour les voyages.

La présence de nombreux rus a aussi pour conséquence que les terroirs romanais et de Rocquigny sont couverts d’osiers et permettent la fabrication de paniers. Une oseraie bien entretenue peut durer de cinquante à quatre-vingts ans, en fonction des soins du terreautage[1].  Un mandelier[2] présent dans un registre des tailles du village en 1702 atteste la pratique de ce métier. Cette culture perdure jusqu’au XXe siècle, tant que les maisons de champagne, principal débouché pour cette culture, utilisent cette matière pour leurs emballages.


[1] Rechargement en terre du pied d’osier.

[2] Vannier.


Creusement de puits à La Romagne (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Malherbe).
Creusement de puits à La Romagne (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Pierre Malherbe).

Outre ces nombreux petits ruisseaux, de multiples sources sont disséminées sur tout le terroir. Avant l’arrivée de l’eau courante, chacun se la procure grâce à un puits pour alimenter son foyer, si bien qu’au XIXe siècle, on en compte dans chaque hameau, et une cinquantaine dans le village. L’un des derniers creusés est celui du presbytère. A défaut de soleil, La Romagne a eu l’ingéniosité de transformer son climat humide en une richesse locale.

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Les principales fermes de La Romagne jusqu’à la Révolution


Panorama actuel depuis le mont Saint-Berthaud (Chaumont-Porcien).
Panorama actuel depuis le mont Saint-Berthaud (Chaumont-Porcien).

En dehors des religieux, le grand propriétaire de terres de la Romagne est le Seigneur de Chaumont, qui possède en particulier la ferme de la Binotterie, mais aussi d’autres biens moins importants en superficie : les baux signés en 1668 avec Jadin Rifflé, laboureur qui demeure à La Romagne, portent sur un jardin et une masure[1] situés sur le terroir.


[1] En latin tardif du VIIIe siècle, le terme mansura désigne une tenure domaniale, une manse. A partir de 950, il peut signifier une demeure, une maison.


Archives départementales des Ardennes, La Romagne D2 1835, la Cour Avril et le Bois Diot, cadastre ancien, plan parcellaire, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne D2 1835, la Cour Avril et le Bois Diot, cadastre ancien, plan parcellaire, consultable en ligne.

Le bail consenti le 15 décembre 1718 par Lassire, procureur fiscal de la baronnie de Chaumont[1], loue à Pierre Lepinois un jardin situé à La Romagne, sans oublier le bail à terrage fait au profit de Pierre Goulard demeurant au Petit Bois Dyot de deux pièces de terre sises au terroir du village. Dans ces exemples, le propriétaire est François d’Ambly, baron de Chaumont. Terwel[2] avance en 1657 que, sur les quatre cent quatre-vingts arpents de forêt qui couvrent le terroir, cent soixante-quatre appartiennent au seigneur (soit 34%).


[1] Archives nationales, site de Paris, T 471, liasse 9, pièce n° 4 [série T = papiers privés dans le domaine public, cotes T 1-982 = papiers séquestrés pendant la Révolution, provenant de particuliers émigrés ou condamnés, cote T 471 = documents de Louis Bruno, comte de Boisgelin de Cucé, et de Marie Stanislas Catherine de Boufflers, son épouse].

[2] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, microfiche, MFICHE 8-LC20-57, Graffin, Roger ; Jadart, Henri ; Laurent, Paul, « Les notices cadastrales de Terwel sur les villages de la frontière de Champagne en 1657 », in Revue historique ardennaise, Paris : A. Picard et fils, 1894-1914, tome neuvième, mai-août 1902, p. 97-256. [Nota bene : ce périodique bimestriel édité entre 1894 et 1914 est un titre mort. Il ne saurait être confondu avec la Revue historique ardennaise publiée depuis 1969 à Charleville-Mézières par la Fédération des sociétés savantes des Ardennes, la Société d’études ardennaises (devenue la Société d’histoire des Ardennes) et la Société d’histoire et d’archéologie du Sedanais].


Ecu en argent de six livres françaises datant de 1793 (avers).
Ecu en argent de six livres françaises datant de 1793 (avers).

On peut se faire une idée de la taille de la ferme de la Binotterie à travers sa vente en 1793, puisqu’elle est décrite comme comprenant quelque cent seize arpents de terre et huit de prés. Elle est réunie à celle de Place Aly (Alit) de Givron, qui inclut une maison, un bâtiment des fermiers, deux cent six arpents de terre, onze arpents de prés et pâture, le tout d’un seul morceau. Dans la cour de la ferme jaillit une belle source d’eau vive[1]. Le tout forme un ensemble dont le loyer annuel est de 1 500 livres, sans parler de sa valeur qui est de 30 000 livres[2].


[1] Bibliothèque Carnegie, CRV1189M Rés, vue 3/4, « A vendre », in Havé, Adrien (directeur de publication), Journal de Champagne, n° 1 du 1er janvier 1781-n° 34 du 20 août 1792. Reims : Imprimerie Pierard, 1781-1792, n° 23, lundi 8 mars 1790, p. 3 [presse locale ancienne, vue 3/4, consultable en ligne].

[2] Archives départementales des Ardennes, Q 136 [série Q = domaines, enregistrements, hypothèques depuis 1790, cotes Q 127-147 = ventes de biens nationaux, fonds concernant les affiches de la vente et enregistrement des affiches de vente par districts, 1790-an IV].


La ferme de la Binotterie a connu plusieurs bailleurs ou locataires, dont on peut citer les principaux :

AnnéeDurée du bailBailleurs ou locataires
22 janvier 1618Neuf ansJean Doule (Douce le jeune)
21 décembre 1630Prolongement du bailJean Doule (Douce le jeune)
1634Six ansPhilippe Boudeau
1642-1649Sept ans Prolongement du bail en 1649 pour sept ansJean et Hubert Lépinois. Seul ce dernier réside à la Romagne. Jean, lui, demeure à Fespin.
1701Trois ansJean Lebrun (demeurant à Doumely) et Marie Chulme (sa femme)
12 mai 1714Un anBail de terre en versaines (jachères) et prés (dépendant de la ferme de la Binotterie) à Jean Mouchet demeurant à Mauroy paroisse de Chaumont.
23 mai 1715Un anLocation de terres en versaines dépendant de la ferme de la Binotterie à Claude Canard, laboureur demeurant à la place Alit (= Aly).
1723Six ou neuf ansBerthauld Pasgnière et Barbe Georget (sa femme)
1741Trois, six, neuf ansBesnoit Pasgnière
1755Neuf ans (le bail sera renouvelé puis résilié en 1782).Berthauld Bolle et Alexisse Cousin (sa femme)
1783Conclusion du contrat non déterminéePromesse et soumission de « passer bail » signé au début des versaines 1783 entre maître Vittot (avocat en Parlement, fondé de procuration de madame la vicomtesse de Boisgelin, baronne de Chaumont) et Jean Chéry, laboureur demeurant à la place Aly, paroisse de Givron.
1787Estimation en vue d’une vente ou d’un partage des terres ?Arpentage, mesurage et levée d’un plan topographique des terres, jardin, chènevières, bois, broussailles composant la Binotterie et appartenant à monsieur le vicomte de Boisgelin, baron de Chaumont [1].

[1] Archives nationales, site de Paris, T 471, liasse 12 [série T = papiers privés dans le domaine public, cotes T 1-982 = papiers séquestrés pendant la Révolution, provenant de particuliers émigrés ou condamnés, cote T 471 = documents de Louis Bruno, comte de Boisgelin de Cucé, et de Marie Stanislas Catherine de Boufflers, son épouse].
Souvent, les seigneurs ne percevaient pas directement le montant des baux mais les affermaient.

Des deux châteaux édifiés à Séry (Ardennes) avant la Révolution, seul subsiste celui « du haut », situé près de l'église. Il a appartenu à différentes familles (dont les Danois).
Des deux châteaux édifiés à Séry (Ardennes) avant la Révolution, seul subsiste celui « du haut », situé près de l’église. Il a appartenu à différentes familles (dont les Danois).

La ferme de la Cour Avril, à la différence de celle de la Binotterie, est tout d’abord la possession du sieur de Bouzonville. Cela est attesté dans l’acte de mariage de 1624 entre Christophe de Bouzonville, fils d’Adrien de Bouzonville, sieur de Sery, capitaine de cent hommes à pied, et sa femme Françoise Danois.

Ensuite, ce sont ses enfants Hugues (qui avait un arrière-fief[1] à la Romagne) et sa femme Marie de Mailly[2], ainsi que Renée et son mari, messire Gilles Duguet[3], qui y résident.


[1] Fief relevant au second degré d’un autre fief, dans la dépendance duquel se trouve celui dont il relève directement.

[2] Archives départementales des Ardennes, E 825 [série E = seigneuries, familles, état civil, notaires, cotes E 801-1745 = minutes notariales, cotes E 825-826 = étude Natalis Baillaux à Boulzicourt, 1741-1780].

[3] Archives départementales des Ardennes, E 1445 [série E = seigneuries, familles, état civil, notaires, cotes E 801-1745 = minutes notariales, cotes E 1422-1453 = étude Hachette à Novion-Porcien, 1661-1691].


Selon l'hagiographie, saint Berthauld aurait vécu dans un ermitage limitrophe de Chaumont-Porcien.
Selon l’hagiographie, saint Berthauld aurait vécu dans un ermitage limitrophe de Chaumont-Porcien.

Des différends éclatent régulièrement entre le sieur de Bouzonville et les religieux de l’abbaye de Chaumont. En 1630, selon le mémoire de cette abbaye[1], ces derniers l’accusent d’empiéter sur leurs terres en récupérant des terres provenant de leurs biens qui jouxtent ceux de la Cour Avril. Ils ont de telles difficultés pour faire valoir leur droit qu’ils ne peuvent espérer que la « mort de cet homme », ce qui finit naturellement par se produire. De plus, ils l’accusent de « ne rien respecter et de couper des arbres pour alimenter son four à briques qu’il emploie pour ses bâtiments ». On peut ainsi dater approximativement la construction du pavillon en brique et ardoise. Terwel ajoute dans son mémoire qu’en 1657, les bois de la Cour Avril sont de quinze arpents.


[1] Bibliothèque Carnegie, ms. 2450, Mémoire détaillé de tous les biens de la manse conventuelle de l’abbaye de Chaumont-la-Piscine achevé en 1771, manuscrit consultable en ligne sur la BVMM (Bibliothèque virtuelle des manuscrits médiévaux) élaborée par l’IRHT-CNRS (Institut de recherche et d’histoire des textes).


Plaque de cheminée en fonte de la maison carrée de la Cour Avril (collection privée, avec l'aimable autorisation de monsieur Jean et madame Marie-Paule Vergneaux).
Plaque de cheminée en fonte de la maison carrée de la Cour Avril (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Jean et madame Marie-Paule Vergneaux).

La propriété passe ensuite à la fille des propriétaires, Louise, qui épouse en 1687 Firmin Canelle[1], écuyer et seigneur de Gand. Est-ce à la suite de sa tentative avortée de s’impliquer dans l’industrie du fer qu’il la vend et qu’elle devient alors la propriété de Jean Baptiste Devie, sieur de la Horgne ? Celui-ci-ci la cède à son tour pour la somme de 2000 livres[2] à messire Paul Boucher (seigneur d’Avançon) et à son épouse. Cette dernière n’est autre que Marie-Thérèse Devie de La Horgne, fille dudit Jean Baptiste.

Quelques enfants de ce couple y naissent, dont Nicolas Paul Marie, qui sera seigneur de cette Cour Avril. A partir de 1756, on sait, sans en connaître de façon certaine le propriétaire, que les fermiers en sont François Leclerc et sa femme Marie-Jeanne Fréal. En 1766, y résident François-Auguste Baudrillart et sa femme[3].


[1] Parfois orthographié Canel.

[2]Archives départementales des Ardennes, inventaires sommaires, page 101 [série C = administrations provinciales avant 1790, cotes C 936-1050 = bureau de Château-Porcien, contrôle des actes des notaires et sous-seings privés, tables des mainmortes et des biens nobles, institutions laïques, centième dernier, 1710-1791].

[3] Archives départementales des Ardennes, C 985 [série C = administrations provinciales avant 1790, cotes C 936-1050 = bureau de Château-Porcien, contrôle des actes des notaires et sous-seings privés, tables des mainmortes et des biens nobles, institutions laïques, centième dernier, 1710-1791].


Maison carrée de la Cour Avril aujourd'hui disparue, photographie ancienne (collection privée, avec l'aimable autorisation de monsieur Jean et madame Marie-Paule Vergneaux.
Maison carrée de la Cour Avril aujourd’hui disparue, photographie ancienne (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Jean Vergneaux et de madame Marie-Paule Vergneaux).

Elle passe ensuite, lors d’une vente[1] le 26 novembre 1767, des mains de messire Pierre-Antoine Thomas d’Avançon et consorts à celles du sieur Paul Legros, marchand à Wasigny. Cette transaction s’effectue contre 7150 livres et 5 livres de rente au profit de la fabrique de La Romagne.

Ce dernier cherche à la vendre dès juin 1782, sans que l’on sache si cette vente se fera finalement. Cette propriété est décrite de la manière suivante : « Ferme qui peut produire 8 à 900 livres de revenu et qui consiste en une maison bâtie en brique et pavillon couvert en ardoise, grange, écurie, remise, colombier, puits, belle cour et jardin potager entouré de beaux fossés[2] propres à mettre du poisson, cent vingt arpents de terre, trente arpents de bois garnis de futaies, quinze arpents de prés[3]. »


[1] Archives départementales des Ardennes, C 987 [série C = administrations provinciales avant 1790, cotes C 936-1050 = bureau de Château-Porcien, contrôle des actes des notaires et sous-seings privés, tables des mainmortes et des biens nobles, institutions laïques, centième dernier, 1710-1791].

[2] Ces fossés apparaissent encore très nettement sur le cadastre de 1936.

[3] Bibliothèque Carnegie, CRV1189M Rés, « A vendre », in Havé, Adrien (directeur de publication), Journal de Champagne, n° 1 du 1er janvier 1781-n° 34 du 20 août 1792. Reims : Imprimerie Pierard, 1781-1792, n° 23, lundi 10 juin 1782, p. 1 [presse locale ancienne, vue 1/4, consultable en ligne].


Du chanvre, on tire la filasse qui sert à fabriquer du tissu.
Les paysans tirent du chanvre la filasse qui sert à fabriquer du tissu.

La ferme de la Prieuré se situait près du moulin Garot et, jusqu’en 1720, on est certain qu’elle appartenait à la famille Bechet, dans la mesure où elle faisait partie du partage des biens de la succession de Charles Bechet et de sa femme Marie Foulon. Elle tombe dans le lot de leur fille Prudence, sœur de Robert Bechet d’Arzilly et de Nicolas Bechet de Longueval.

Elle se compose d’un corps de logis, de bâtiments de grange et écurie, d’un jardin, de terres, prés et plants d’arbres ainsi que d’une chènevière[1]. Elle est, dans le dernier quart du XVIIIe siècle, la propriété de Marie Peltier (veuve de Pierre Jadart du Merbion) qui la loue à Jean Lépinois et à sa femme Nicole Cousin[2].


[1] Champ sur lequel on cultive le chanvre.

[2] Acte du 30 septembre 1771 maître Watelier notaire à Wasigny [Archives départementales des Ardennes, série E = état civil, officiers publics et ministériels, sous-série 3E = notaires, cotes 3E 35/1-613 = archives notariales de Wasigny].


La ferme Merlin se trouve à l'angle de la rue Haute et de la grand-rue, carte postale ancienne de La Romagne.
La ferme Merlin se trouve à l’angle de la rue Haute et de la grand-rue, carte postale ancienne de La Romagne.

Nicolas Bechet, dit Bechet de Longueval, tire son nom de la cense de Longueval. Durant de longues années, on ne sait rien de cette propriété, jusqu’à ce qu’elle soit mentionnée comme faisant partie des biens de la famille Merlin au XIXe siècle.

Les deux dernières censes dont on trouve trace sont celles du Pont Canelle et de Blanchebarbe : on connaît l’existence de la première par un échange de terres qui se fait entre Gérard Merlin, sa femme Jeanne Leblanc, et Jean Posé manouvrier de Saint-Jean-aux-Bois[1]. La seconde porte sur celle de Blanchebarbe qui, elle aussi, est évoquée dans un acte notarié entre Nicolas Langlet et Gérard Merlin. Les censes disparaissent avec la Révolution, qui modifie en conséquence la répartition des biens du village.


[1] Archives privées et personnelles [source non communicable en raison d’un accord de confidentialité].

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La Romagne, du Néolithique à la fondation de la paroisse


Musée de l'Ardenne (Charleville-Mézières), hache polie néolithique provenant du site de Mairy  (ancienne commune des Ardennes intégrée à Douzy).
Musée de l’Ardenne (Charleville-Mézières), hache polie néolithique provenant du site de Mairy (ancienne commune des Ardennes intégrée à Douzy).

Dès le Néolithique[1], les secteurs de Château-Porcien, Marlemont et La Romagne sont occupés, sans que l’on puisse préciser si ces lieux sont des demeures permanentes ou des lieux de fabrication d’objets en pierre taillée. La découverte de monsieur Alfred Merlin de trois haches polies et de vertillons ou pesons de fuseaux au lieu-dit le Vertillon[2] viennent renforcer cette hypothèse.


[1] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-5757, Dupuis, J., « Inventaire des trouvailles archéologiques faites dans les Ardennes », in Bulletin de la Société archéologique champenoise, [1re année,] n° 1 (1907) – [8e année,] n° 2 (1914) ; 9e/15e année, n° 1 (décembre 1921) -33e année (mars/juin 1939). Reims : Impr. L. de Bary, 1907-1939, 27e année, n° 3-4, juillet-décembre 1933, p. 4-5, texte numérisé d’après un document original de la Société archéologique champenoise, consultable en ligne sur Gallica. Voir aussi Dupuis, J., « Inventaire des trouvailles archéologiques faites dans les Ardennes (suite) », in Bulletin de la Société archéologique champenoise, [1re année,] n° 1 (1907) – [8e année,] n° 2 (1914) ; 9e/15e année, n° 1 (décembre 1921)-33e année (mars/juin 1939). Reims : Impr. L. de Bary, 1907-1939, 30e année, n° 1-4, janvier-décembre 1936, p. 59-68, texte numérisé d’après un document original de la Société archéologique champenoise, consultable en ligne sur Gallica.

[2] Voir Guelliot, docteur O., « Le préhistorique dans les Ardennes (âge de la pierre) avec une carte et trois planches », in Revue historique ardennaise, Paris : A. Picard et fils, 1894-1914, tome neuvième, 1902, p. 261-299, cité [sans pagination en note de bas de page n° 1] par Coyon, Ch., « Notes sur le filage et le tissage dans l’Antiquité d’après les découvertes faites à Reims et dans les environs », in Travaux de l’Académie nationale de Reims, Reims : P. Giret, 1875-, cent-treizième volume, année 1902-1903, tome Ier, 1903, p. 188, Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMP-575, texte numérisé d’après le document original de l’Académie nationale de Reims, consultable en ligne sur Gallica. [Nota bene : la Revue historique ardennaise éditée entre 1894 et 1914 est un titre mort. Il ne saurait être confondu avec la Revue historique ardennaise publiée depuis 1969 à Charleville-Mézières par la Fédération des sociétés savantes des Ardennes, la Société d’études ardennaises (devenue la Société d’histoire des Ardennes) et la Société d’histoire et d’archéologie du Sedanais].


Le blason communal de Château-Porcien est de sinople au manteau ducal de gueules, doublé d'hermine et lié d'or, chargé d'un écusson d'azur surchargé d'une hache d'armes ou consulaire d'argent, entourée de houssines d'or liées d'argent, et d'une divise de gueules chargée de trois étoiles d'or brochant sur le tout de l'écusson, lui-même timbré d'une couronne ducale d'or; le tout, soutenu en pointe d'un porc de sable passant.
Le blason communal de Château-Porcien est de sinople au manteau ducal de gueules, doublé d’hermine et lié d’or, chargé d’un écusson d’azur surchargé d’une hache d’armes ou consulaire d’argent, entourée de houssines d’or liées d’argent, et d’une divise de gueules chargée de trois étoiles d’or brochant sur le tout de l’écusson, lui-même timbré d’une couronne ducale d’or ; le tout, soutenu en pointe d’un porc de sable passant.

D’autres lieux sont marqués par la présence romaine, ne serait-ce que la voie plus communément appelée « le chemin des Romains » qui passe de Saint-Loup-en-Champagne vers Château-Porcien avant de suivre le trajet Bagnogne, Hannogne, le Point-du-Jour, la Guinguette (commune de Rocquigny) pour atteindre La Romagne au-dessus du Bois Diot et des Houis avant de se diriger vers Mézières.

On peut donc penser qu’après la construction des routes, des chemins et des camps[1], certains Romains, probablement d’anciens soldats, se sont fixés dans les environs et ont construit des habitations. La Romagne en tirerait son nom.


[1] Dont un assez important se trouvait dans le  secteur de Chaumont-Porcien.


Prémontré, détail d'une gravure de Wenceslas Hollar (1607-1677).
Prémontré, détail d’une gravure de Wenceslas Hollar (1607-1677).

Les dénominations du village, dont la typographie a varié au cours des siècles, sont successivement Rommagnia, Rommaingna, Rommaigne (graphie attestée en 1248). Vers 1300, c’est la Roumaigne avec Gérard de La Roumaigne (moine de l’abbaye de Chaumont) qui exerce les fonctions de plaidator[1], mais aussi celle de prévôt de la ville de Chaumont-en-Porcien. Un document garde d’autre part la trace d’un certain Warin de la Roumaigne[2].


[1] Avoué.

[2] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, microfilm 35 mm, MFILM 4-K-311 (10,1), Lacaille, Henri ; Saige, Gustave, Trésor des chartes du comté de Rethel, Monaco : imprimerie de Monaco, 1902-1916, 5 vol. in-4°, Tome I. 1081-1328, p. 130 [collection de documents historiques publiés par ordre d’Albert Ier, prince souverain de Monaco].


Bibliothèque nationale de France, document numérique, IFN-53179483, Delisle, Guillaume (cartographe), Carte de la Champagne et des pays voisins ou l'on voit la généralité de Châlons partie de celle de Soissons, Paris : l'Auteur, 1713, échelle au 1:352 500 environ, image numérisée d’après une carte imprimée, consultable en ligne sur Gallica.
Bibliothèque nationale de France, document numérique, IFN-53179483, Delisle, Guillaume (cartographe), Carte de la Champagne et des pays voisins ou l’on voit la généralité de Châlons partie de celle de Soissons, Paris : l’Auteur, 1713, échelle au 1:352 500 environ, image numérisée d’après une carte imprimée, consultable en ligne sur Gallica.

Au XVIIe siècle, ainsi que l’atteste la carte du diocèse[1], c’est la graphie La Romaigne qui prévaut. On peut remarquer que les curés de la paroisse adoptent différentes orthographes, et ce n’est qu’en 1713 que le toponyme actuel apparaît sur une carte de la Champagne[2].


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 8J 111 [série J = archives privées, documents entrés par voie extraordinaire, sous-série 8J = fonds du chanoine Thibault, de Reims, 1612-1955].

[2] Bibliothèque nationale de France, document numérique, IFN-53179483, Delisle, Guillaume (cartographe), Carte de la Champagne et des pays voisins ou l’on voit la généralité de Châlons partie de celle de Soissons, Paris : l’Auteur, 1713, échelle au 1:352 500 environ, image numérisée d’après une carte imprimée, consultable en ligne sur Gallica.


Palais du Tau, (Reims), salle du trésor, reliquaire dit de Samson (archevêque de Reims de 1140 à 1161), cuivre émaillé et doré, argent doré sur une âme de bois, vers 1200.
Palais du Tau, (Reims), salle du trésor, reliquaire dit de Samson (archevêque de Reims de 1140 à 1161), cuivre émaillé et doré, argent doré sur une âme de bois, vers 1200.

Jusqu’au milieu du XIIe siècle, on ne trouve aucun renseignement sur La Romagne. En 1147, Samson, archevêque de Reims, confirme aux religieux de Chaumont leurs possessions, parmi lesquelles figure le village.


Le blason de la maison de Dreux est échiqueté d'azur et d'or à la bordure de gueules. Henri (1193-1240) a été archevêque de Reims de 1227 à 1240.
Le blason de la maison de Dreux est échiqueté d’azur et d’or à la bordure de gueules. Henri (1193-1240) a été archevêque de Reims de 1227 à 1240.

En 1227, La Romagne dépend du village de Rocquigny. A cette date, Henri de Dreux, archevêque de Reims, permet aux habitants de bâtir une église et de prévoir un cimetière dans le village, compte-tenu de la distance assez importante avec Rocquigny.

Bibliothèque Carnegie, ms. 2451, Histoire de l'abbaye de Chaumont en Portien, ordre de Prémontré et diocèse de Reims, 653-XXI p., folio 60, manuscrit consultable en ligne sur la BVMM (Bibliothèque virtuelle des manuscrits médiévaux) élaborée par l’IRHT-CNRS (Institut de recherche et d’histoire des textes).
Bibliothèque Carnegie, ms. 2451, Histoire de l’abbaye de Chaumont en Portien, ordre de Prémontré et diocèse de Reims, 653-XXI p., folio 60, manuscrit consultable en ligne sur la BVMM (Bibliothèque virtuelle des manuscrits médiévaux) élaborée par l’IRHT-CNRS (Institut de recherche et d’histoire des textes).

Pour cela, il charge Simon Pied de Loup, chanoine et official[1] de Reims, de dresser l’acte et de le faire parvenir à l’abbé et aux religieux de Chaumont-Porcien :

« Simon pes lupi canonicus et officialis domini Remensis. Dilectis in christo omnibus presentes litteras visuris salutem. Nouerit universitas nostra quod nos de voluntate, et speciali mandato domini Remensis liberaliter, et benigne concepit abbati et ecclesiae calmontentis ad quod jus patronatus de Roquigniaco et de Romeigne appenditia ejusdem noscitur pertinere ; quod in eadem villa de Romeigne ecclesia construatur, et cimaeterium habeatur, cum idem locus ipsius villa de Romeigne amatrice ecclesia de Roquigniaco nimium distare videatur. Actum anno domini M CC vicesimo septimo mense octobri[2]. »


[1] Juge ecclésiastique délégué par l’évêque pour exercer en son nom la juridiction contentieuse.

[2] Bibliothèque Carnegie, ms. 2451, Histoire de l’abbaye de Chaumont en Portien, ordre de Prémontré et diocèse de Reims, 653-XXI p., folio 60, manuscrit consultable en ligne sur la BVMM (Bibliothèque virtuelle des manuscrits médiévaux) élaborée par l’IRHT-CNRS (Institut de recherche et d’histoire des textes).


Cambridge University Library, MS Mm.5.31, vue 229/419, Alexandre le Minorite (commentateur), Expositio in Apocalypsim, moines cisterciens au travail, parchemin, codex, folio 113, consultable en ligne.
Cambridge University Library, MS Mm.5.31, Alexandre le Minorite, Expositio in Apocalypsim, moines cisterciens au travail, parchemin, codex, folio 113, vue 229/419, consultable en ligne.

En ces années, le village ne se compose que de quelques fermes éparses. Une dizaine d’années plus tard, Jacques de Montchâlons rend aux moines de Signy un hallier[1] près du chemin de Doumely à La Romagne, qu’ils avaient défriché[2] et que son beau-père Raoul de Château-Porcien avait usurpé. Ces religieux appartiennent à l’ordre des cisterciens, tandis que l’abbaye de Chaumont-Porcien relève de celui des prémontrés.


[1] Enchevêtrement de buissons serrés et touffus, d’un accès difficile.

[2] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-LC19-232, Nouvelle revue de Champagne et de Brie, 1re année [n° 1] (janvier/février 1914) – [n° 5/6] (septembre/décembre 1914) ; 2e année [n° 1] (janvier/février 1924) – 15e année [n° 4] (octobre 1938), Reims : imprimerie Monce & Cie, 1914-1938, Tome XII, 1934, p. 245 [Nota bene : la livraison de septembre/décembre 1914 a été publiée en 1923, et le périodique n’a pas paru en 1937].


Armoiries ecclésiastiques d'Innocent III, de Grégoire IX et d'Alexandre IV.
Armoiries ecclésiastiques d’Innocent III, de Grégoire IX et d’Alexandre IV.

A cette époque, une bulle du pape Grégoire IX énumère les bénéfices des religieux de Chaumont, dans lesquels figurent ceux de La Romagne, Rocquigny et Montmeillant. En 1270, l’abbaye de Signy est l’un des principaux propriétaires du village, après une donation de Roger de Rozoy et de sa femme Aélis.

Elle comprend des terres sur lesquelles se trouvent un moulin et un vivier : en les louant, les religieux se procurent un revenu qui doit être consacré à donner une pitance aux moines le jour anniversaire de la mort des donateurs. Ils conservent aussi les poissons d’eau douce pour le Carême, période durant laquelle la viande est proscrite de l’alimentation. Les cisterciens reçoivent également de Clémence, comtesse de Saumes (parfois orthographiée Saulmes), une partie des terres qu’elle possède à La Romagne.


Archives départementales des Ardennes, 1J 1224, Cartulaire de l’abbaye Saint-Berthauld de Chaumont contenant des actes de 1087 à 1543, pièce de 1543 remise par monsieur Jacques Lucas avec le soutien de l’ASPP (Association de Sauvegarde du Patrimoine du Portien) le 4 novembre 2009, signalé en ligne.
Archives départementales des Ardennes, 1J 1224, Cartulaire de l’abbaye Saint-Berthauld de Chaumont contenant des actes de 1087 à 1543, pièce de 1543 remise par monsieur Jacques Lucas avec le soutien de l’ASPP (Association de Sauvegarde du Patrimoine du Portien) le 4 novembre 2009, signalé en ligne.

Les deux abbayes de Signy et de Chaumont-Porcien ont des rentes en froment, prés, terres, maisons, granges, étables, jardins à La Romagne, tout comme à Bégny, Hauteville, la Hardoye, etc. Mais, à la suite de divers échanges avec Signy, Chaumont va garder la tutelle de la paroisse de La Romagne.

Blason ecclésiastique de l'ordre cistercien, dont la devise latine  «Cistercium mater nostra » signifie « Cîteaux notre mère ».
Blason ecclésiastique de l’ordre cistercien, dont la devise latine «Cistercium mater nostra » signifie « Cîteaux notre mère ».

A partir du XIIIe siècle, celle-ci est un territoire nettement délimité, sur lequel vit une communauté de fidèles placé sous la responsabilité d’un prêtre à qui l’on a confié la cura animarum (soin des âmes). Le curé va voir son autorité s’imposer au sein de cette structure.


Le comté de Porcien, ancien pagus de Champagne, dépend de l'Église de Reims.
Le comté de Porcien, ancien pagus de Champagne, dépend de l’Église de Reims.

Le 28 octobre 1284, dans une sentence arbitrale sur divers litiges entre l’abbaye de Chaumont, la commanderie de Seraincourt, et Logny-lès-Chaumont, des hommes sont désignés pour son application. Parmi eux, un certain « Ponsars li puissans » de La Romagne[1] et deux bourgeois de Rocquigny et de Rozoy. Cela semble montrer que le village a pris davantage d’importance dans le comté de Porcien.


[1] Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 4-K-311 (11), Robert, Gaston, Documents relatifs au comté de Porcien : 1134-1464, Monaco : imprimerie de Monaco, 1935, XCVI-416 p., p. 104 [cet ouvrage correspond à une collection de documents historiques publiés par ordre de S. A. S. le prince Louis II, prince souverain de Monaco].

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Les sages-femmes de La Romagne, personnages incontournables


Bibliothèque nationale de France, NUMM-9766051, Le Boursier Du Coudray, madame, Abrégé de l'art des accouchemens, dans lequel on donne les préceptes nécessaires pour le mettre heureusement en pratique [...] par madame Le Boursier Du Coudray, ancienne maîtresse sage-femme de Paris, Paris : chez la Veuve Delaguette, 1759, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-TE121-43, consultable en ligne sur Gallica.
Bibliothèque nationale de France, NUMM-9766051, Le Boursier Du Coudray, madame, Abrégé de l’art des accouchemens, dans lequel on donne les préceptes nécessaires pour le mettre heureusement en pratique […], Paris : chez la Veuve Delaguette, 1759, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-TE121-43, consultable en ligne sur Gallica.

En dehors du curé, des marguilliers et du maître d’école, la vie de la paroisse est liée aux sages-femmes ou « belles-mères », car les naissances sont nombreuses. En ce qui concerne celles qui ont été présentes à La Romagne, nous ne savons que peu de choses et ignorons même le plus souvent leur identité, sauf pour quelques-unes d’entre elles. Celle qui exerce en 1663 se nomme Hélène Legros[1], tandis que celle qui aide aux accouchements en 1756 est Marie-Catherine Bellomé ou Bellommé, ainsi que le signale le curé dans un acte de naissance[2].


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 2 G 252 page 212 [série G = clergé séculier, sous-série 2G = fonds de l’archevêché de Reims, cotes 2G 250-252 = administration spirituelle du diocèse, état des paroisses, visites des églises (1348-1789)].

[2] Archives départementales des Ardennes, 5 Mi 7 R 40 [série Mi = reproductions d’archives sous forme de microfilms, sous-série 5 Mi = microformes d’état civil réalisés par Family History Library, la société généalogique de Salt Lake City].


Bosse, Abraham, l'Accouchement, troisième planche d'une suite de six intitulée le Mariage à la ville. scène de genre, eau-forte et burin, 1633, consultable en ligne sur le portail des expositions virtuelles de la Bibliothèque nationale de France.
Bosse, Abraham (graveur), l’Accouchement, troisième planche d’une suite de six intitulée le Mariage à la ville. scène de genre, eau-forte et burin, 1633, consultable en ligne sur le portail des expositions virtuelles de la Bibliothèque nationale de France.

En 1772, c’est Marie Langlet qui assiste les mères pour les enfantements. En revanche, à Montmeillant au même moment, il n’y en a pas et le curé reçoit l’ordre d’en faire élire une au plus vite[1]. Tout comme pour le maître d’école, la présence de la sage-femme n’est attestée dans les diverses visites pastorales qu’à partir de 1745. Cette année-là, elle est présente « physiquement » lors de l’inspection du vicaire et « instruite sur les devoirs de son ministère », selon le procès-verbal.


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, 2 G 252 page 213 [série G = clergé séculier, sous-série 2G = fonds de l’archevêché de Reims, cotes 2G 250-252 = administration spirituelle du diocèse, état des paroisses, visites des églises (1348-1789)].


Musée Flaubert et d'histoire de la médecine (Rouen), numéro d'inventaire 2004.0.58.7, machine de Madame Du Coudray, mannequin utilisé pour l'enseignement de l'art des accouchements, les jumeaux, 2e moitié du 18e siècle, notice consultable en ligne sur le portail des collections du Réseau des musées de Normandie.
Musée Flaubert et d’histoire de la médecine (Rouen), numéro d’inventaire 2004.0.58.7, machine de Madame Du Coudray, mannequin utilisé pour l’enseignement de l’art des accouchements, les jumeaux, 2e moitié du 18e siècle, notice consultable en ligne sur le portail des collections du Réseau des musées de Normandie.

Le baptême administré par la sage-femme ne doit l’être que dans un cas bien précis, « la crainte qu’on n’aurait pas le temps de porter l’enfant à l’église » ; la lecture des registres ne fait apparaître que quelques cas de « baptême à la maison », et concerne les enfants nés d’un même couple. La sage-femme administre le baptême les 5 février 1753, 21 mars 1754 et 8 mai 1756 aux trois enfants du couple formé par Raulin Boudsocq et Marie Monnoy, puis en 1760 aux « enfants gémellaires » de Jean-Baptiste Tellier et Marguerite Pagnier. L’urgence de cet acte est avérée, puisque ces jumeaux décèdent le premier jour.

De même, celle qui exerce en 1774 est « bien instruite pour administrer en cas de nécessité le baptême mais elle n’a pas prêté serment ». Celle de 1783 n’est pas « jurée » mais « on ne se plaint pas » de celle qui « fait les fonctions ».


Ce portrait de Charles-Maurice Le Tellier par Robert Nanteuil en 1663 montre l'homme d'Eglise avant qu'il ne soit archevêque-duc de Reims de 1671 à sa mort. L'ecclésiastique évoque les sages-femmes dans le rituel qu'il a renouvelé et augmenté.
Ce portrait de Charles-Maurice Le Tellier par Robert Nanteuil en 1663 montre l’homme d’Eglise avant qu’il ne soit archevêque-duc de Reims de 1671 à sa mort. L’ecclésiastique évoque les sages-femmes dans le rituel qu’il a renouvelé et augmenté.

L’absence de documents particuliers au village ne permet pas d’en savoir plus sur le nom et le choix des maïeuticiennes, mais on peut penser que celui-ci se fait en fonction des instructions données dans le rituel de la province ecclésiastique de Reims [1], car les évêques ou les archevêques souhaitent « qu’il y ait une sage-femme pour chaque paroisse ». Ainsi, lorsque le choix d’une accoucheuse s’avère nécessaire, le curé doit réunir les femmes les plus honnêtes et les plus vertueuses et les avertit « d’élire celle qu’elles croiront la plus fidèle et la plus propre à exercer cette fonction ».

Ensuite, le curé lui enseigne « la véritable forme du baptême », lui fait prêter le serment selon la formule qui est dans le rituel. En outre, il l’avertit « de ne baptiser aucun enfant que dans la nécessité et en présence de deux femmes dont la mère de l’enfant si cela est possible ».  Si l’on se réfère à ces directives, on constate qu’à aucun moment il n’est question d’instruction professionnelle : la sage-femme est une simple matrone dont les conditions de vie sont très médiocres, et qui est peu rémunérée. Un accouchement payé, ce qui est loin d’être toujours le cas, l’est pour 30 sols (environ 25 euros de nos jours).


[1] Archives départementales de la Marne, centre de Reims, R Thi 402, Église catholique (auteur), Rituel de la province de Reims, renouvelé et augmenté par monseigneur Charles Maurice Le Tellier, archevêque-duc de Reims, Paris : Frédéric Léonard, 1677, 643 p.


Musée Flaubert et d'histoire de la médecine (Rouen), numéro d'inventaire 2004.0.58.1, machine de madame Du Coudray, mannequin utilisé pour l'enseignement de l'art des accouchements, partie inférieure du corps d'une femme, 2e moitié du 18e siècle, notice consultable en ligne sur le portail des collections du Réseau des musées de Normandie.
Musée Flaubert et d’histoire de la médecine (Rouen), numéro d’inventaire 2004.0.58.1, machine de madame Du Coudray, mannequin utilisé pour l’enseignement de l’art des accouchements, partie inférieure du corps d’une femme, 2e moitié du 18e siècle, notice consultable en ligne sur le portail des collections du Réseau des musées de Normandie.

Le plus souvent, la sage-femme est assez âgée, mariée ou veuve d’un laboureur. Il faut attendre que le roi Louis XVI s’émeuve de tous les accidents qui surviennent lors des accouchements pour que l’on ouvre des cours publics et gratuits dans les diverses provinces afin de former les sages-femmes.


Musée Flaubert et d'histoire de la médecine (Rouen), numéro d'inventaire 2004.0.58.11, machine de madame Du Coudray, mannequin utilisé pour l'enseignement de l'art des accouchements, appareil génital féminin représenté avec tous ses organes en taille naturelle en dehors de la grossesse, 2e moitié du 18e siècle, notice consultable en ligne sur le portail des collections du Réseau des musées de Normandie.
Musée Flaubert et d’histoire de la médecine (Rouen), numéro d’inventaire 2004.0.58.11, machine de madame Du Coudray, mannequin utilisé pour l’enseignement de l’art des accouchements, appareil génital féminin représenté avec tous ses organes en taille naturelle en dehors de la grossesse, 2e moitié du 18e siècle, notice consultable en ligne sur le portail des collections du Réseau des musées de Normandie.

Ainsi, elles seront « à même d’éviter des erreurs souvent fatales » et elles sauront aussi « faire appel au secours d’un chirurgien habile[1] ». Si l’on ne sait rien de la formation de la sage-femme de La Romage en 1774, on apprend que celle qui exerce à Chaumont-Porcien est « aux écoles » à Château-Porcien, preuve que la formation commençait à se répandre. Une correspondance entre l’intendant de Châlons monsieur Rouillé d’Orfeuil et le subdélégué de Château-Porcien concerne l’envoi du « sieur Colombier chirurgien à Château pour suivre le cours d’accouchement de Madame Ducoubry [sic, c’est-à-dire Du Coudray] et faire l’emplette de sa machine ».


Angélique Marguerite Le Boursier Du Coudray est la première sage-femme à enseigner en public l'art des accouchements. Elle promeut le remplacement des matrones autodidactes par des praticiennes formées.
Angélique Marguerite Le Boursier Du Coudray est la première sage-femme à enseigner en public l’art des accouchements. Elle promeut le remplacement des matrones autodidactes par des praticiennes formées.

Ce même sieur Colombier va ouvrir ensuite un cours gratuit pour l’instruction de huit sages-femmes. Ce document indique également que d’autres suivent ce cours entre le 3 janvier et le 1er février 1774. Un autre enseignement est dispensé la même année à Rethel par le docteur Jacques Télinge, qui en organise d’autres en 1775 et 1778.


[1] Bibliothèque nationale de France, document numérique, NUMM-6257391, Gosset, Paul, Les sages-femmes du pays rémois au XVIIe et au XVIIIe siècle : notes publiées à l’occasion du centenaire de la maternité de l’hôpital civil de Reims (6 avril 1809), Reims : Matot-Braine, 1909, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France 8-T3-229, consultable en ligne sur Gallica.


Musée Flaubert et d'histoire de la médecine (Rouen), numéro d'inventaire 2004.0.58.3, machine de madame Du Coudray, mannequin utilisé pour l'enseignement de l'art des accouchements, fœtus à sept mois dans sa matrice, 2e moitié du 18e siècle, notice consultable en ligne sur le portail des collections du Réseau des musées de Normandie.
Musée Flaubert et d’histoire de la médecine (Rouen), numéro d’inventaire 2004.0.58.3, machine de madame Du Coudray, mannequin utilisé pour l’enseignement de l’art des accouchements, fœtus à sept mois dans sa matrice, 2e moitié du 18e siècle, notice consultable en ligne sur le portail des collections du Réseau des musées de Normandie.

Par la suite, l’activité des sages-femmes est davantage formalisée. Un nouveau règlement rendu pour elles par les officiers au bailliage royal et siège présidial de Reims en juin 1787 renforce les règles édictées dans le précédent du 30 août 1782 : il interdit en particulier l’exercice de l’art des accouchements « à toutes les personnes à moins qu’elles n’aient assisté exactement et pendant le temps nécessaire aux leçons qui se donnent gratuitement dans les lieux les plus voisins de leur domicile et à celles qui ne seraient pas munies de lettres de capacité délivrées à la suite de ces cours, ni en possession d’un certificat de bonne vie et mœurs délivré par le curé de la paroisse de leur domicile ».


Musée Flaubert et d'histoire de la médecine (Rouen), numéro d'inventaire 2004.0.58.8, machine de madame Du Coudray, mannequin utilisé pour l'enseignement de l'art des accouchements, tête d'un enfant mort, 2e moitié du 18e siècle, notice consultable en ligne sur le portail des collections du Réseau des musées de Normandie.
Musée Flaubert et d’histoire de la médecine (Rouen), numéro d’inventaire 2004.0.58.8, machine de madame Du Coudray, mannequin utilisé pour l’enseignement de l’art des accouchements, tête d’un enfant mort, 2e moitié du 18e siècle, notice consultable en ligne sur le portail des collections du Réseau des musées de Normandie.

Pour encourager les sages-femmes à s’instruire, ou pour susciter quelques vocations, des mesures sont prises comme des exemptions d’impôts, en particulier les tailles pour elles et leur mari. Petit à petit, l’instruction donnée va permettre une amélioration de la vie de la mère et du nouveau-né. Trop de femmes meurent en couches ou de leurs suites. Quant à la mortalité néo-natale, elle est aussi très importante. Il n’est pour s’en persuader que de lire les registres paroissiaux : ce ne sont parfois que quelques heures ou quelques jours qui séparent la naissance, le baptême et le décès. C’est aussi pour le royaume une perte infinie de sujets.


Musée Flaubert et d'histoire de la médecine (Rouen), numéro d'inventaire 2004.0.58.2, machine de madame Du Coudray, mannequin utilisé pour l'enseignement de l'art des accouchements, fœtus à terme, 2e moitié du 18e siècle, notice consultable en ligne sur le portail des collections du Réseau des musées de Normandie.
Musée Flaubert et d’histoire de la médecine (Rouen), numéro d’inventaire 2004.0.58.2, machine de madame Du Coudray, mannequin utilisé pour l’enseignement de l’art des accouchements, fœtus à terme, 2e moitié du 18e siècle, notice consultable en ligne sur le portail des collections du Réseau des musées de Normandie.

En l’an III, la sage-femme est Marie Mauroy. A moins d’une homonymie, il s’agit probablement de l’épouse de Sébastien Dourlet, décédée à La Romagne le 2 messidor an X.

Quelques noms apparaissent encore après cette période : Marie-Anne Bolommé ou Bonnomet (qui serait la femme de Hubert Sonnet) aurait tenu cette fonction avant l’an IX. De 1816 jusque 1822 au moins, on trouve Cécile Grandvalet. Ensuite, vers 1827, c’est Françoise Créquy de Rocquigny qui s’occupe des parturientes de La Romagne. Enfin, en 1835, Agnès Eléonore Davaux (épouse de François Xavier Lallement), habitant La Romagne, remplit « les fonctions à défaut d’autre ».


Bibliothèque nationale de France, NUMM-1175483, Le Boursier Du Coudray, madame, Abrégé de l'art des accouchemens, dans lequel on donne les préceptes nécessaires pour le mettre heureusement en pratique Paris : Vve Delaguette, 1759, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-TE123-738, consultable en ligne sur Gallica.
Bibliothèque nationale de France, NUMM-1175483, Andrieu, mademoiselle (sage-femme), Du Rôle de la sage-femme dans la société, par Mlle Andrieu, Paris : imprimerie de Alcan-Lévy, 1889, texte numérisé d’après l’original de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 8-TE123-738, consultable en ligne sur Gallica.

Aucune donnée ultérieure concernant la présence d’une sage-femme à La Romagne n’a pu être trouvée dans l’état actuel des recherches. Il semblerait que l’officier de santé de Rocquigny ait été de plus en plus sollicité, avant de laisser la place à un médecin.

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Les religieux de Chaumont-Porcien, possesseurs terriens de La Romagne jusqu’à la Révolution


Le blason écclésiastique de l'ordre des chanoines réguliers de Prémontré est d'azur, semé de fleurs de lys d'or, à deux crosses du même passées en sautoir brochant sur le tout.
Le blason écclésiastique de l’ordre des chanoines réguliers de Prémontré est d’azur, semé de fleurs de lys d’or, à deux crosses du même passées en sautoir brochant sur le tout.

En dehors des laïcs, les autres grands propriétaires de terres de la Romagne sont les religieux de l’abbaye de Chaumont-La-Piscine, qui exploitent trois censes : celles de la Marlière, de La Paternotte et la cense de la Bouloi.


Denier tournois de type Paris 1616, portrait de Louis XIII le juste (avers).
Denier tournois de type Paris 1616, portrait de Louis XIII le juste (avers).

La cense de La Marlière, parfois nommée aussi ferme de la Malterie, est le point de départ de la réalisation d’un patrimoine foncier dans le village. Elle a été acquise dès 1243, comme en attestent des recueils de titres de propriétés achetées dans ce secteur. Les religieux l’ont obtenue moyennant le « denier à Dieu » de 12 deniers tournois, 10 sous tournois pour vins et 320 livres tournois de principal auprès de Jean Tribout, Marin Guillaume et Alizon Garnin. Cette propriété se situait en face du chemin menant à la cense Longueval et se composait d’une maison, d’une grange, d’une étable, d’un jardin et pourpris[1], de terres et prés pour une superficie d’environ 30 setiers[2].


[1] Enceinte ou clôture qui entoure un espace.

[2] Ancienne mesure de capacité, variable suivant les époques et les régions.


Bibliothèque nationale de France, image numérisée, IFN-8400504, Tortorel, Jacques (graveur) ; Perrissin, Jean Jacques (graveur), le Massacre fait à Vassy le premier jour de mars 1562, [s.l.] : [s.n.], [s.d.], gravure sur bois de la suite de Perrissin et Tortorel, estampe consultable en ligne sur Gallica. Cet événement, qui a eu lieu à Wassy [orthographe moderne] est le déclencheur de la première des huit guerres de Religion.
Bibliothèque nationale de France, image numérisée, IFN-8400504, Tortorel, Jacques (graveur) ; Perrissin, Jean Jacques (graveur), le Massacre fait à Vassy le premier jour de mars 1562, [s.l.] : [s.n.], [s.d.], gravure sur bois de la suite de Perrissin et Tortorel, estampe consultable en ligne sur Gallica. Cet événement, qui a eu lieu à Wassy [orthographe moderne] est le déclencheur de la première des huit guerres de Religion.

Pendant trois siècles, on ne sait rien des laboureurs qui l’ont exploitée. Ce n’est qu’en 1543 qu’apparaît le nom de Jean Mallet comme censier. Il loue ce bien pour la somme de 20 livres à laquelle s’ajoutent les suppléments habituels (deux livres de cire, deux sols, six deniers des Innocents, deux chapons).

Quarante ans plus tard, Guillaume Robin en prend la succession. Hélas, les temps sont si difficiles avec les guerres de Religion que cette cense, comme toutes les autres que possédait l’abbaye sur le terroir, est victime de divers ravages qui font tomber sa valeur locative à 12 livres en 1624.

Dans l’inventaire qui est établi à ce moment-là, il est question de trente arpents de terre et de trois fauchées de pré[1]. On peut penser que cette augmentation de la superficie est due, d’une part à des acquisitions, et d’autre part à la place laissée par la destruction de la maison et de tout son contour. Ces terrains sont très certainement récupérés pour être cultivés. Il faut attendre 1630 pour en connaître le nouveau censier : Jean Douce.


[1] Surface pouvant être fauchée en une journée.


Saint Norbert recevant les règles augustiniennes de saint Augustin. Au XIIe siècle, une communauté norbertienne de l'abbaye de Cuissy s'est installée à Gerigny avec une donation sur les terres de Givron et de Draize.
Saint Norbert recevant les règles augustiniennes de saint Augustin. Au XIIe siècle, une communauté norbertienne de l’abbaye de Cuissy s’est implantée à Gérigny.

Après leurs démêlés avec le sieur de Bouzonville, les religieux finissent par retrouver la ferme dans un état encore plus lamentable qu’au début du siècle, puisqu’ils ne la louent à Jean Lespinois que pour 9 livres en 1668. Le travail de cet homme pendant plus d’une vingtaine d’années est fructueux, puisque cette propriété retrouve une certaine valeur lorsqu’elle est baillée pour 25 livres à André Douce (habitant de Gérigny, dans la paroisse de Rocquigny).


Les chênes sont cultivés pour leur bois dur, leur écorce (riche en tanins), leurs glands (qui nourrissent les porcs lors des glandées).
Les chênes sont cultivés pour leur bois dur, leur écorce (riche en tanins), leurs glands (qui nourrissent les porcs lors des glandées).

En plus de cette cense, les religieux lui laissent un arpent de broussailles et se réservent une chênaie. Bien soignés, les chênes au nombre de dix-sept atteignent quatre-vingts ans plus tard une belle taille. L’état de cette ferme ne cesse de progresser, puisque le loyer sous la gestion de Jean Chery et Jean Baptiste Canard passe de 50 à 90 livres entre 1767 à 1776. Par la suite, et jusqu’à la vente des biens nationaux, cette cense est incorporée dans les baux de location de la ferme de la place Alit de Givron[1].


[1] Bibliothèque Carnegie, ms. 2450, p. 678 à 682 [passim], Mémoire détaillé de tous les biens de la manse conventuelle de l’abbaye de Chaumont-la-Piscine achevé en 1771, manuscrit consultable en ligne sur la BVMM (Bibliothèque virtuelle des manuscrits médiévaux) élaborée par l’IRHT-CNRS (Institut de recherche et d’histoire des textes).


Archives départementales des Ardennes, La Romagne C2 1835, le village et le Mont de Vergogne, cadastre ancien, plan parcellaire, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne C2 1835, le village et le Mont de Vergogne, cadastre ancien, plan parcellaire consultable en ligne.

Lors de la vente des biens de l’abbaye à la Révolution, cette ferme est adjugée à Jean-Charles Dupont, laboureur au Mont de Vergogne, pour la somme de 3825 livres, alors qu’elle avait été mise à prix à 2035 livres[1]. On peut penser qu’il n’en est pas le véritable acquéreur[2] mais un homme de paille.


[1] Archives départementales des Ardennes, Q 145 [série Q = domaines, enregistrements, hypothèques depuis 1790, cotes Q 127-147 = ventes de biens nationaux, fonds concernant les affiches de la vente et enregistrement des affiches de vente par districts, 1790-an IV].

[2] Archives départementales des Ardennes, Q 272 n° 153 [série Q = domaines, enregistrements, hypothèques depuis 1790, cotes Q 272-282 = ventes de biens nationaux, district de Rethel, 1790-an IV].


Bibliothèque Carnegie, ms. 2450, p. 678 à 682 [passim], Mémoire détaillé de tous les biens de la manse conventuelle de l’abbaye de Chaumont-la-Piscine achevé en 1771, manuscrit consultable en ligne sur la BVMM (Bibliothèque virtuelle des manuscrits médiévaux) élaborée par l’IRHT-CNRS (Institut de recherche et d’histoire des textes).
Bibliothèque Carnegie, ms. 2450, Mémoire détaillé de tous les biens de la manse conventuelle de l’abbaye de Chaumont-la-Piscine achevé en 1771, manuscrit consultable en ligne sur la BVMM (Bibliothèque virtuelle des manuscrits médiévaux) élaborée par l’IRHT-CNRS (Institut de recherche et d’histoire des textes).

L’abbaye possède aussi au lieu-dit Le Mont Ballard royant[1] au chemin de Saint-Jean-aux-Bois et au terroir de Montmeillant La Cense de La Paternotte dont le nom, selon les uns, serait une déformation de Pater noster alors que plus prosaïquement le rédacteur du mémoire[2] des biens de la manse[3] conventuelle signale qu’il s’agit tout simplement du nom d’un des premiers preneurs.


[1] Pour le sens de « royant à » ou « budant à » (« attenant à »), voir Tamine, Michel, « Le vocabulaire toponymique de la limite : éléments d’un inventaire ardennais (suite et fin) », In Nouvelle revue d’onomastique, Paris : Société française d’onomastique, 1983-, n°33-34, 1999, p. 31-92, Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 4-X-1826 [périodique, consultable en ligne sur Persée].

[2] Bibliothèque Carnegie, ms. 2450, Mémoire détaillé de tous les biens de la manse conventuelle de l’abbaye de Chaumont-la-Piscine achevé en 1771, manuscrit consultable en ligne sur la BVMM (Bibliothèque virtuelle des manuscrits médiévaux) élaborée par l’IRHT-CNRS (Institut de recherche et d’histoire des textes).

[3] Exploitation agricole comprenant une habitation rurale avec ses jardins, champs, vergers.


Bibliothèque nationale de France, image numérisée, IFN-7741202, Tavernier de Jonquières (dessinateur) ; Destailleur, Hippolyte (collectionneur), Abbaye de Prémontré, [s.l.] : [s.n.], [178.], dessin à la plume, encre brune et aquarelle, consultable en ligne sur Gallica.
Bibliothèque nationale de France, image numérisée, IFN-7741202, Tavernier de Jonquières (dessinateur) ; Destailleur, Hippolyte (collectionneur), Abbaye de Prémontré, [s.l.] : [s.n.], [178.], dessin à la plume, encre brune et aquarelle, consultable en ligne sur Gallica.

La constitution de cette ferme date de 1531 environ. Elle repose sur la réunion de terres achetées ou échangées avec messire Jacques de Suzanne (seigneur de Chaumont) et sa femme, et des achats de l’abbaye auprès d’habitants de la Romagne : sept setiers (sis au Bois Couvert et au Beau Champ) viennent de Jean Constant ; trois autres de Pierre Noé ; enfin, une pièce et tenure au Mont Ballard ont pour origine les terres de Geoffroy de Mariaulcourt, laboureur de la paroisse. Les acquisitions se poursuivent ensuite auprès d’autres agriculteurs du village (Jean Bondo dit Leblanc père et fils, Pierre Legros et Pierre Malart), montrant le patient travail des religieux pour agrandir le foncier autour de leur ferme.


Le froment est également appelé blé tendre (Triticum aestivum).
Le froment est également appelé blé tendre (Triticum aestivum).

Dès 1544, après Jean Fondrillon, elle est laissée le temps et espace de vingt-sept ans et vingt-sept dépouilles à Lambert Fondrillon, sa femme Jeanne, leurs enfants, à condition de payer la redevance (trois muids de grains, moitié froment moitié avoine, et les annexes conformes aux us et vigueurs).

Ce contrat ne se borne pas à fixer le montant de la location, mais il répertorie également les devoirs du censier à l’égard de l’abbaye. Ce dernier ne peut ni couper ni aliéner aucune chose de ladite cense sans le consentement des religieux ; de plus, il se doit de planter et enter raisonnablement sur les jardins et les terres, et uniquement dans les lieux les plus convenables. Le censier et sa famille disposent outre les terres d’une superficie voisine de trente-deux arpents, d’une maison d’une grange, d’une écurie et d’un jardin (ce qui semble être la norme).

L'avoine cultivée (Avena sativa) est utilisée comme céréale ou comme plante fourragère.
L’avoine cultivée (Avena sativa) est utilisée comme céréale ou comme plante fourragère.

Le censier suivant que l’on identifie en 1619 est Pierre Legros mais, dans son contrat, il n’est plus question de la maison, ce qui laisse supposer qu’elle a été détruite lors des guerres. La cense passe ensuite en 1643, pour la somme de 60 livres, à Robert Frougneux, puis à Toussaint Decarreaux, avant d’être tenue en 1709 par Philippe Jadart (laboureur de Montmeillant). Lui succède sa veuve, avant que la cense n’échoie à Jean Soret de La Romagne.

Comme celui-ci loue également la ferme de La Bouloi, il rétrocède son bail à Henry Mallet. C’est à l’occasion de la déclaration des terres que fait ce dernier que l’on s’aperçoit que la superficie de cette ferme a diminué d’au moins six arpents.


L'ordre des chanoines réguliers de Prémontré porte un habit et un scapulaire blancs.
L’ordre des chanoines réguliers de Prémontré porte un habit et un scapulaire blancs.

Cette diminution est attribuée à la négligence de certains censiers et aux voisins qui, petit à petit, grignotent sur les terres de La Paternotte lorsqu’ils cultivent les leurs. Une fois de plus, les religieux parviennent à en récupérer une bonne partie, si ce n’est la totalité.

Dans le dernier quart du XVIIIe siècle, plus précisément en 1777, les religieux qui ont beaucoup de mal parfois à louer leurs terres décident de planter des bois à La Paternotte, soit trente-deux arpents.

Lors de la vente des biens nationaux, la ferme de la Paternotte est intégrée à celle de la Bouloi et il ne subsiste de ce lieu de manière indépendante que vingt-huit arpents de bois et cinq quartels de pré[1].


[1] Archives départementales des Ardennes, Q 528 [série Q = domaines, enregistrements, hypothèques depuis 1790, cotes Q 523-543 = administration du séquestre des biens nationaux, fonds concernant les églises collégiales, les abbayes, les prieurés, les cures, les presbytères et les chapelles, 1790-1840].


Les bouleaux, qui poussent sur les terres pauvres, auraient donné leur nom à la Boulois [orthographe moderne].
Les bouleaux, qui poussent sur les terres pauvres et souvent siliceux, auraient donné leur nom à la Boulois [orthographe de 1835].

La ferme la plus importante possédée par l’abbaye de Chaumont est la ferme de la Bouloi ou de La Boullenoi (dont le nom pourrait provenir du latin betulla[1]). C’est en 1541 que Gobert Coulin, abbé de Chaumont, achète à Nicolas Vasselier (laboureur de La Romagne) cette ferme royée[2] au ban de Montmeillant et budant[3] au Petit Vivier pour la somme de 400 livres tournois. Elle se compose à l’époque d’une maison, d’une grange, d’une écurie, de six muids et demi de terres arables et, en friche, de cinq fauchées de pré. A cela s’ajoutent des terres qui sont rachetées à l’église de La Romagne.


[1] Les bouleaux font partie de la famille des bétulacées et du genre Betula [variante orthographique courante de betulla en botanique]. Ils sont très présents dans la forêt ardennaise.

[2] C’est-à-dire « attenant au ban de Montmeillant ».

[3] Equivalent de « contiguë au Petit Vivier ».


Archives départementales des Ardennes, 1J 1224, Cartulaire de l'abbaye Saint-Berthauld de Chaumont contenant des actes de 1087 à 1543, pièce de 1543 remise par monsieur Jacques Lucas avec le soutien de l’ASPP (Association de Sauvegarde du Patrimoine du Portien) le 4 novembre 2009, signalé en ligne.
Archives départementales des Ardennes, 1J 1224, Cartulaire de l’abbaye Saint-Berthauld de Chaumont contenant des actes de 1087 à 1543, pièce de 1543 remise par monsieur Jacques Lucas avec le soutien de l’ASPP (Association de Sauvegarde du Patrimoine du Portien) le 4 novembre 2009, signalé en ligne.

Selon leur origine, certaines de ces terres sont chargées de droits divers, tantôt de cens, tantôt de cens et terrage, tantôt uniquement du terrage. Quoi qu’il en soit, elles sont toutes, selon le vieux cartulaire de l’abbaye, franches de dîmes. Cette exemption pose néanmoins quelques problèmes avec le curé de la paroisse.

Ce même abbé, un peu plus tard, fait de nouvelles acquisitions, tant auprès du premier vendeur que de Jean Jaudart, habitant de la paroisse. A l’issue de tous ces achats, la ferme contient sept muids et deux quartels soit quatre-vingt-quatre arpents et demi de terres et prés, mais continue d’être exploitée par Nicolas Vasselier. L’abbaye la lui loue à rente viagère pour le montant annuel de cinq muids de grains (moitié froment moitié avoine) et les suppléments.


Le blason communal de Sainte-Menehould est d'azur à une porte de ville donjonnée d'argent maçonnée ajourée et ouverte de sable, les deux tours d’angle essorées en dôme d’or, la porte chargée d'un lion d’or, armé et lampassé de gueules, issant du seuil et tenant dans sa patte dextre une épée en barre aussi d’argent, les trois tours sommées chacune d’une aigle essorante du même.
Le blason communal de Sainte-Menehould est d’azur à une porte de ville donjonnée d’argent maçonnée ajourée et ouverte de sable, les deux tours d’angle essorées en dôme d’or, la porte chargée d’un lion d’or, armé et lampassé de gueules, issant du seuil et tenant dans sa patte dextre une épée en barre aussi d’argent, les trois tours sommées chacune d’une aigle essorante du même.

D’après les documents étudiés, Nicolas Vasselier jouit de la ferme de La Bouloi jusque vers 1559 ou 1560, date à laquelle elle est attribuée à Aimand Grauet et Jean Rifflet. Comme ces deux-là se dispensent de payer le prix annuel durant la durée de leur bail, une première sentence est rendue au bailliage de Sainte-Menehould, puis une seconde par le Parlement de Paris condamnant les fermiers à tous les dépens, dommages et intérêts.


Les traités de Westphalie, signés le 24 octobre 1648, mettent fin à la guerre de Trente Ans.
Les traités de Westphalie, signés le 24 octobre 1648, mettent fin à la guerre de Trente Ans.

Avec les évènements qui émaillent le XVIIe siècle (guerre de Trente Ans, la Fronde, etc.), la ferme ne trouve pas preneur et est à bailler à louage, car seuls les prés de cette cense avec les fruits du jardin rendent quelque chose. Comme celles des autres fermes, la maison n’existe plus, ce qui fait que les religieux ne trouvent pas à La Romagne de censiers. Ils doivent alors se tourner vers des habitants de Montmeillant comme Gilles Frangeux, dont le bail est reconduit de 1619 à 1641.


Le blason ecclésiastique de l'archevêché de Reims est d'azur, semé de fleurs de lys d'or, à la croix de gueules brochante sur le tout.
La paroisse de Montmeillant dépend de l’archevêché de Reims, dont le blason ecclésiastique est d’azur, semé de fleurs de lys d’or, à la croix de gueules brochante sur le tout.

En 1652, c’est à nouveau un laboureur de La Romagne, Nicolas Boudsocq, puis ses enfants qui la reprennent et tentent de la remettre en valeur jusqu’après 1701. A cette date, le père Davaux, curé de Montmeillant[1], demande de faire valoir cette ferme, mais il n’obtient pas gain de cause.

Est-ce pour cette raison que ce dernier, après beaucoup de tergiversations, doit se rendre aux injonctions de son archevêque et faire un retour à l’abbaye dont il était issu afin d’y méditer ?


[1] Selon monseigneur Le Tellier, il avait un faible pour la terre et sa culture plutôt que pour sa mission ecclésiastique auprès de ses paroissiens.


Pièce d'or de 24 livres françaises, 1793 (avers).
Pièce d’or de 24 livres françaises, 1793 (avers).

La réunion des deux fermes de La Paternotte et de la Bouloi à partir de 1718 permet la rétrocession d’une partie. Succédant à la veuve de Philippe Jadart, Jean Soret et sa femme, puis ses enfants, s’en occupent jusqu’en 1766. Elle est alors cédée à Thomas Devie pour la somme de 150 livres. Les religieux, en même temps qu’à la Paternotte, plantent treize arpents de bois.


D'abord titres d'emprunt, les assignats deviennent une monnaie de circulation et d’échange en 1791.
D’abord titres d’emprunt, les assignats deviennent une monnaie de circulation et d’échange en 1791.

Pour veiller sur ces nouveaux plants, ils choisissent comme garde un habitant du village, qui reçoit un salaire annuel de 30 livres. Lorsque la Révolution éclate, ces bois et les taillis font partie des ventes de biens nationaux et sont acquis indépendamment des fermes[1].

A sa mise en vente en 1791, la propriété est louée par un bail de neuf ans à Jean-Pierre Letellier, laboureur au Mont de Vergogne, pour la somme de 250 livres et huit livres de beurre. Il conserve l’exploitation de cette ferme jusqu’à l’expiration de son bail, puisque celui-ci avait été signé avant le 2 novembre 1789, ce qui interdit aux nouveaux acquéreurs d’évincer le locataire, même en l’indemnisant, en raison du décret du 14 mars 1790[2].


[1] Archives départementales des Ardennes, Q 528 [série Q = domaines, enregistrements, hypothèques depuis 1790, cotes Q 523-543 = administration du séquestre des biens nationaux, fonds concernant les églises collégiales, les abbayes, les prieurés, les cures, les presbytères et les chapelles, 1790-1840].

[2] Article V du titre I.


Pièce d'or de 24 livres françaises, 1793 (revers).
Pièce d’or de 24 livres françaises, 1793 (revers).

Lors de la vente, cette ferme est adjugée pour la somme de 5475 livres à Nicolas Gabriel Billaudel, châtelain bourgeois demeurant à Rethel[1]. Ce n’est pas la seule acquisition de cet homme dans le village, puisqu’il s’y constitue un joli petit patrimoine, tant en terres qu’en bois.

Passé en quelques siècles des religieux de Chaumont à un privé, c’est tout le paysage foncier de La Romagne qui est redessiné.


[1] Archives départementales des Ardennes, Q 273 n° 372 [série Q = domaines, enregistrements, hypothèques depuis 1790, cotes Q 272-282 = ventes de biens nationaux, district de Rethel, 1790-an IV].

Catégories
Agriculteurs Agriculture Cultures

Les lieux-dits de La Romagne, éléments de toponymie


La densité des noms de parcelles et de lieux-dits autour de La Romagne est beaucoup plus forte entre le Moyen-Age et la fin de l’Ancien Régime que de nos jours. En témoignent les actes notariés qui font allusion à des dénominations que l’on ne peut plus localiser : les Rouages, par exemple, tenaient au chemin qui conduit à Montmeillant et à celui de Saint-Jean-aux-Bois (d’après la vente en 1719 d’une pièce de pré entre Gérard Merlin et Robert Bechet).


Les lieux-dits de La Romagne peuvent tirer leurs noms d'arbres, comme le Grand Poirier ou le Gros Faux (hêtre).
Les lieux-dits de La Romagne peuvent tirer leurs noms d’arbres, comme le Grand Poirier ou le Gros Faux.

Par la suite, les plans cadastraux ont découpé le terroir avec une certaine rigueur. L’absence de terriers[1] ne permet pas de pousser plus loin l’étude comparative. Néanmoins, les relevés qui ont pu être faits dans le passé montrent une grande richesse et mettent en valeur :

  • des noms de propriétaires ;
  • l’aspect des lieux (mont, fosse ou vallon, partie basse ou fond) ;
  • la nature du sol (cailloux, pierre) ;
  • l’humidité de l’endroit ;
  • les plantes (arbres fruitiers et autres, plantes utiles) ;
  • les jardins (courtils) ;
  • les voies ou moyen de communication (chemin, voie ou son diminutif « voyette », pont) ;
  • les carrières ;
  • l’industrie ou le commerce (mines, moulins, briqueterie) ;
  • la religion (la croix, qui peut tout aussi bien désigner un calvaire qu’un carrefour).

[1] Dans les registres nommés terriers, on indiquait les limites des fiefs et des censives, les redevances dues, les services à rendre, les usages locaux. Les terriers de La Romagne ont disparu.


Archives départementales des Ardennes, La Romagne A1 1835, Le bois d'Apremont et les Houis Bas, cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne A1 1835, le bois d’Apremont et les Houis Bas, cadastre ancien, plan parcellaire avec une partie développée à l’échelle 1/1250, consultable en ligne.

Bois, arbres divers et végétation

  • Bois d’Apremont, Bois Promsy, Bois Foissier, Bois de la Cense Longueval, Bois de la Paternotte,  Bois de la Tachette, Bois du Grand Sart, Bois des Ribourés, Bois de la Queue de l’Etang, Bois de la Plaine ;
  • Le Bochet, le Bochet Croët, le Buisson Peautelet, la Haye Colin ;
  • Les Plants, le Plant Foucault, le Gros Faux, le Grand Poirier, les Bruyères.
Fau (faux) vient du latin Fagus sylvatica, le nom scientifique du hêtre commun (planche tirée de la flore médicale de Pierre François Chaumeton, 1817).
Fau (faux) vient du latin Fagus sylvatica, le nom scientifique du hêtre commun (planche tirée de la flore médicale de Pierre François Chaumeton, 1817).

Le pou ou pouil est l'ancien nom du coq (Gallus gallus domesticus). L'ardennaise dorée est une race de poule belge et française.
Le pou ou pouil est l’ancien nom du coq (Gallus gallus domesticus). L’ardennaise dorée est une race de poule belge et française.

Présence d’eau

  • La Fontaine Roger, la Fontaine aux Pous, la Fontaine aux Grues, le Long Ruisseau.
Muséum d'histoire naturelle de Toulouse, MHNT.ZOO.2010.11.65.5, œuf de grue cendrée (Grus grus), collection oologique de Jacques Perrin de Brichambaut (photographie de Roger Culos).
Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, MHNT.ZOO.2010.11.65.5, œuf de grue cendrée (Grus grus), collection oologique de Jacques Perrin de Brichambaut (travail personnel du photographe Roger Culos, 2019).

Nature du sol

  • La Petite Marnière, la Pierre, les Groettes, Les Minières, les Cailloux.

Le chêne pédonculé (Quercus robur) est, avec le hêtre commun, une essence feuillue courante en Champagne-Ardenne.
Le chêne pédonculé (Quercus robur) est une essence courante des Ardennes.

Terre

  • Les Terres de Belair, les Terres Jacques, la Grosse Terre, la Terre Martin, les Terres du Grand Chemin, les Terres de la Cense Longueval, les Terres de la Tachette, les Terres de la Pierre, la Rouge Terre, La Terre Grand-mère, les Longues Terres de la Huée, les Terres du Pré Mellier, les Terres des Hayes, les Terres des Veaux, les Terres Madame, les Terres de la Grosse Soule, la Terre aux Chênes, la Terre du Berger, la Ronde Terre
Le chêne rouvre ou sessile (Quercus petraea) est aujourd'hui utilisé par la Tonnellerie de Champagne-Ardenne.
Le chêne rouvre ou sessile (Quercus petraea) est aujourd’hui utilisé par la Tonnellerie de Champagne-Ardenne.

Planche Deyrolle d'enseignement agricole sur les plantes fourragères des prairies naturelles.
Planche Deyrolle d’enseignement agricole sur les plantes fourragères des prairies naturelles.

Pré

  • Le Pré Agnant, le Pré Agnant sous la Voye Libert, le Pré Potier, le Pré des Roises, le Pré Montagne, le Pré de la Biche, le Pré des Guitons, le Pré de la Houette, le Pré des Moisnes, le Pré Haut du Moulin Garot, le Pré du Chat Noyé, le Pré Merlin, la Huée du Pré Mellier, le Pré de la Passe, les Prés du Grand Sart, le Pré Hudrot, le Pré de la Voyette de Chaumont, le Pré de l’Etang.

Le courtil est un jardin paysan, généralement clos.
Le courtil est un jardin paysan, généralement clos.

Courtil (petit jardin)

  • Le Courtil Monnois, le Courtil Noirette, le Courtil Macheterre, le Courtil Jadin, le Courtil Habert, le Courtil Jean Rousseau, le Courtil Doré, le Courty Rogier.
Le courtillage est un petit jardin potager et, par métonymie, la production de ce dernier.
Le courtillage est un petit jardin potager et, par métonymie, la production de ce dernier.

Archives départementales des Ardennes, La Romagne C1 1835, le village et le Mont de Vergogne, cadastre ancien, plan parcellaire, consultable en ligne.
Archives départementales des Ardennes, La Romagne C1 1835, le village et le Mont de Vergogne, cadastre ancien, plan parcellaire consultable en ligne.

Elévation

  • Le Mont Ballot, le Mont de Vergogne, etc. ;
  • La Côte Monnois, la Côte du Petit Moulin, la Côte de Montmeillant, la Côte de la Rouge Cotte, la Côte du Chat Noyé, la Côte Herbin, la Côte Hamel, la Côte au Saint Foin, la Côte des Cayotiers.
Le sainfoin (Onobrychis viciifolia) est une plante des prairies pauvres autrefois cultivée comme fourrage.
Le sainfoin (Onobrychis viciifolia) est une plante des prairies pauvres autrefois cultivée comme fourrage.

La fauchée était la quantité d'herbe qu'un agriculteur pouvait couper en un jour.
La fauchée était la quantité d’herbe qu’un agriculteur pouvait couper en un jour.

Mesures

  • Les Quatre Arpents, les Dix Quartels, la Fauchée Robin.

Contrairement à ceux de La Romagne, disparus, le moulin de Librecy, hameau de la commune de Signy-l'Abbaye a pu être restauré (sa partie meunerie date de 1604). La FFAM (Fédération française des associations de sauvegarde des moulins) et la FDMF (Fédération des moulins de France) tentent de préserver ce patrimoine.
Contrairement à ceux de La Romagne, disparus, le moulin de Librecy, hameau de la commune de Signy-l’Abbaye a pu être restauré (sa partie meunerie date de 1604). La FFAM (Fédération française des associations de sauvegarde des moulins) et la FDMF (Fédération des moulins de France) préservent ce patrimoine.

Lieux anciens

  • Le Fossé du Château, le Grand Fief et le Petit Fief, la Cense Longueval, le Moulin à Vent, le Petit Moulin à Vent, la Croix Renaud, le Pont Cannel, la Briqueterie, la Queue de l’Etang.
Catégories
Métiers Patrimoine industriel Professions Travailleurs

Poste, télégraphe et téléphone à La Romagne


Le roi Louis XI est le créateur de la poste d'Etat.
Le roi Louis XI est le créateur de la poste du roi par relais (journée du timbre 1945).

Le service de la poste est un service très ancien, dont la création remonte à 1477 sous le règne de Louis XI. Cet établissement a un double but : l’acheminement des dépêches et des voyageurs. Il perdure jusqu’après la Révolution. Le bureau de poste desservant alors La Romagne et les villages environnants est, soit celui de Wasigny (comme l’indique le curé dans l’enquête paroissiale de 1774), soit celui de Rethel. Ce dernier est l’un des sept existant pour le secteur ardennais depuis 1700. Ensuite, et selon l’importance de la paroisse, le courrier est distribué une ou deux fois par semaine

Le blason communal de Wasigny (Ardennes) est écartelé au un et quatre d’argent au loup courant de sable, au deux et trois d’azur à la gerbe de blé d’or.
Le blason communal de Wasigny (Ardennes) se décrit comme écartelé au un et quatre d’argent au loup courant de sable, au deux et trois d’azur à la gerbe de blé d’or.

Un facteur rural en 1830, journée du timbre, émission premier jour du 18 mars 1968 à Charleville-Mézières.
Un facteur rural en 1830, journée du timbre, émission premier jour du 18 mars 1968 à Charleville-Mézières.

A partir de la Révolution, la marque de l’origine du département figure sur la lettre et ce sera le chiffre 7 qui l’identifiera jusqu’en 1875, date à laquelle il est remplacé par le nom du département. D’autre part, le bureau d’où part le courrier est distingué par un autre numéro. A partir de 1835, le bureau de Chaumont-Porcien est créé et porte le n° 825. En 1866, celui de Rocquigny ouvre. Ce sont ces deux- là qui successivement ont desservi La Romagne.

Le développement de l’instruction primaire et la suppression de la taxe des lettres, établie d’après la distance au profit d’une taxe fixe et uniforme, vont petit à petit accroître le volume du courrier. Lors de leurs tournées, les facteurs ruraux se doivent d’avoir sur eux en permanence des timbres, afin que tous puissent s’en procurer facilement.

Ces agents postaux ou « piétons » existent depuis la Révolution : le citoyen Jean-Baptiste Canon assure ce service pour La Romagne. Jusqu’à l’installation des boîtes aux lettres, c’est à eux que l’on confie le courrier à expédier. Leur tâche est pénible, puisqu’il leur faut parcourir chaque jour de longs trajets, et ce quel que soit le temps. Il n’en est pour preuve que le fait divers suivant : le 25 mai 1846, vers 10 heures du matin, Gérard Peltier âgé de 37 ans fait sa tournée dans le village. Il se présente au domicile d’Hubert Laroche, où il décède brutalement. Est-il victime d’une très grande fatigue, de chaleur précoce ou d’un malaise ? Rien ne permet d’avancer une explication.

Plaque de facteur rural du service des postes.
Plaque de facteur rural du service des postes.

Le facteur rural dans la grand-rue de La Romagne , carte postale ancienne (collection privée, avec l'aimable autorisation de monsieur René Malherbe).
Le facteur rural dans la grand-rue de La Romagne (Ardennes), carte postale ancienne (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur René Malherbe).

Jusqu’en 1897, les facteurs ruraux sont rémunérés proportionnellement à l’étendue du parcours effectué, qui peut aller jusqu’à 32 km. Mais ce cas est assez peu répandu. Au cours de leur vie professionnelle, en fonction de leur avancée en âge, et en raison de leur impossibilité de faire d’aussi grands parcours, ils demandent de plus petites tournées, ce qui fait diminuer leurs salaires. C’est pourquoi une expérience menée au sein de cinq départements, dont celui des Ardennes, aboutit à donner aux facteurs un traitement fixe.

Depuis 1853 environ, il existe un système de voitures de nuit qui font la liaison Rethel Rocquigny pour y déposer le courrier. Un peu plus tard, elles font le tour par Chaumont-Porcien, Wasigny et Novion, avant de rejoindre Rethel. Par la suite, cet acheminement se fait par les trains de marchandises, bien que ceux-ci ne fonctionnent pas tous les jours. C’est pourquoi leur circulation journalière est demandée par les édiles du canton.

Bien que l’on connaisse peu de messagers effectuant la tournée du village, on sait cependant qu’en 1866, c’est Jean-François Devie puis, de 1867 à 1875, François-Pierre Mauroy qui s’en charge.

Un relais de poste (journée du timbre du
Un relais de poste (journée du timbre 1973).

Ancienne boîte aux lettres de La Romagne, située sur le mur de la salle des fêtes (ancienne école), rue des Fondys, photographiée en 2017 (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Daniel Sené).
Ancienne boîte aux lettres de La Romagne, située sur le mur de la salle des fêtes, rue des Fondys, photographiée en mars 2017 (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Daniel Sené).

Les bureaux de poste vont se multiplier à partir de 1850 à travers le département. Lorsque les boîtes aux lettres sont installées, une à deux levées sont instaurées chaque jour. Les distributions sont journalières, et ce même le dimanche, comme le confirme une délibération du conseil municipal en juillet 1919. Or, ces levées et distributions ne donnent pas toujours satisfaction quant à leurs horaires. Diverses propositions et demandes sont faites, sans qu’on ne trouve jamais le bon équilibre.

Boîte aux lettres de La Romagne actuellement en service, située sur le mur de la salle des fêtes (ancienne école), rue des Fondys, photographiée en avril 2021 (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Daniel Sené).
Boîte aux lettres de La Romagne actuelle, située sur le mur de la salle des fêtes (ancienne école), rue des Fondys, photographiée en avril 2021 (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Daniel Sené).

La boîte aux lettres de La Romagne a visiblement essuyé pendant de nombreuses années les intempéries typiques des Ardennes. Son état est un indice de la dureté du métier de facteur rural.
La boîte aux lettres de La Romagne a visiblement essuyé pendant de nombreuses années les intempéries typiques des Ardennes. Son état est un indice de la dureté du métier de facteur rural.

Dès 1890, des récriminations s’élèvent : en effet, les dépêches arrivent en gare de Draize – La Romagne vers 6 h 30 pour être acheminées au bureau de  Chaumont  dans la matinée, quoique la distance ne soit que de 6 km. Or, la route est accidentée, les pentes dangereuses pour des voitures à chevaux qui sont, pour la plupart du temps, obligées de circuler au pas. Les habitants de Chaumont aimeraient bien bénéficier des passages des autres trains à Draize pour avoir un second service de voiture. Ce dernier pourrait également être utile à ceux qui souhaiteraient prendre le train. Ainsi, la voiture ne circulerait jamais à vide et les habitants bénéficieraient d’une possibilité d’une seconde distribution. Cette requête ne semble pas avoir abouti[1] .


Modèle officiel de boîte aux lettres fabriquée pour la poste par la maison Foulon en 1930.
Modèle officiel de boîte aux lettres fabriquée pour la poste par la maison Foulon, en service entre les années 1930 et 1950.

Une fois à Chaumont, le courrier pour Rocquigny et ses environs est trié puis acheminé quelque temps après, ce qui a pour conséquence de mal desservir les commerçants, les notaires, et d’occuper les facteurs ruraux au plus fort de la chaleur en été. La mise en place d’une organisation stable et rationnelle semble difficile pour l’administration des postes, si l’on tient compte qu’en quelque six mois entre 1907 et 1908, le service a dû faire appel à une dizaine de transporteurs différents pour faire la liaison de la gare de Draize à Chaumont. En 1931, à des fins d’amélioration, la Poste envisage dans la région de Chaumont-Porcien la création d’un circuit automobile rural qui pourrait satisfaire les communes.


[1] Archives départementales des Ardennes, DEP/ARDENNAIS 22, « Chronique locale et régionale », in Le Petit Ardennais : journal politique [« puis » journal républicain] quotidien. 1re année, n° 1 du 31 mars 1880-35e année, n° 11991 du 25 août 1914. Charleville : [s.n.], 1880-1944, onzième année, n° 3484, vendredi 5 septembre 1890, p. 2 [presse locale ancienne, vue 2/4, consultable en ligne].


Le service des postes & télégraphes vend des bulletins de communication à partir des cabines publiques.
Le service des postes & télégraphes vend des bulletins de communication à partir des cabines publiques.

En dehors du courrier, un autre moyen de relier les habitants de La Romagne est le téléphone. Le Préfet des Ardennes propose en 1899 un projet d’organisation de réseau départemental. Ceci nécessite la mise en place d’un très important emprunt de 600 000 francs remboursable sur 30 ans. La Romagne pourrait se rattacher à ce projet. Mais elle attendra 1906 pour que cela soit effectif et que ce service assure aussi l’échange des télégrammes.

Emission premier jour représentant le télégraphe Chappe à l'occasion du bicentenaire de cette invention.
Emission premier jour représentant le télégraphe Chappe à l’occasion du bicentenaire de cette invention.

Le premier gérant choisi pour ce service est monsieur Varlet en raison de ses qualités de boulanger, épicier, aubergiste. Le local est l’une des pièces de la maison dans laquelle il exerce déjà. Afin que le service fonctionne sans interruption et sans attente, sa femme est désignée comme suppléante.


Madame Mariette Lesein, gérante de la cabine téléphonique de La Romagne, et monsieur Edmond Lesein (collection privée, avec l'aimable autorisation de monsieur Eric Lesein).
Madame Mariette Lesein, gérante de la cabine téléphonique de La Romagne, et monsieur Edmond Lesein (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Eric Lesein).

La première guerre mondiale et l’occupation allemande de tous les villages environnants met fin à ce service. Ce n’est qu’en juin 1921 que le bureau de La Romagne, tout comme ceux de Draize et de Givron, est rouvert au public[1].

Parmi les gérants successifs de cette cabine téléphonique, on notera Léon Briard, Gaston Boudsocq, Mariette Lesein née Henri, Adrien Ravignon et madame Van der Beke.


[1] Bibliothèque Carnegie, PER CH Atlas 2, « P. T. T. service téléphonique » [rubrique Ardennes] in Le Courrier de la Champagne : journal de Reims, 20e année, n° 1 (23 janv. 1854)-34e année, n° 4123 (7 mai 1868) ; 34e année (8 mai 1868)-? ; 85e année, n° 1 (30 avr. 1919)-87e année (25 sept. 1921), Reims : [s.n.], 1854-1921, 87e année, dimanche 5 juin 1921, p. 3 [presse locale ancienne, vue 3/4, consultable en ligne].


Enveloppe premier jour du centenaire du téléphone.
Enveloppe premier jour du centenaire de l’invention du téléphone par Graham Bell en 1876.

Rares sont les particuliers qui possèdent personnellement une ligne téléphonique jusqu’à l’après-guerre, en dehors des Etablissements Malherbe qui ont été les premiers. En 1954, le téléphone rural automatique est installé à La Romagne. Le développement du fixe et du portable fera disparaître définitivement ces cabines du village.

Photographie de la dernière cabine téléphonique publique de La Romagne prise en avril 2017 (collection privée, avec l'aimable autorisation de monsieur Daniel Sené).Dernière cabine téléphonique publique de La Romagne photographiée en avril 2017 (collection privée, avec l'aimable autorisation de monsieur Daniel Sené).
Dernière cabine téléphonique publique de La Romagne photographiée en 2017 (collection privée, avec l’aimable autorisation de monsieur Daniel Sené).